RHUBARBE
RHUBARBE, s. f. , rheum; genre de plantes de l'ennéandrie trigynie, L. , et de la famille des polygone** , J. , qui a pour caractères : calice persistant , à six divisious alternativement grandes et petites; neuf él a mi nés ; ovaires à trois stigmates sessiles; une semence nue , triangulaire, bordée d'un feuillet membraneux.
On connaît une dixaine d'espèces de rhubarbes, toutes étrangères à l'Europe, quoiqu'on les y cultive pour la plupart, avec assez d'avantage.
La rhubarbe de Chine, rheum palmatum , reconnaissable à ses feuilles palmées, dont les lobes sont aigus, croît dans le voisinage de la grande muraille chinoise. On trouve sa racine dans le commerce* en morceaux cylindriques et arrondis , d'un jaune sale à l'extérieur, d'un tissu compacte , et garnis eu dedans de marbrures briquetées. Elle a une saveur amère et une odeur bien sensible, teint la salive en jaune, et croque sous la dent. La couleur de sa poudre lient le milieu entre J'oraugé et le jauue ; sa pesanteur surpasse celle des autres espèces.
La rhubarbe de Moscovie, rheum undulatum, ainsi appelée à cause de ses feuilles ondulées, tire son autre nom de ce qu'elle nous vient de la Moscovie parla voie du commerce, quoiqu'elle ti'y soit pas cultivée. Sa racineesten morceaux aplatis , mondés au vif , percés de grands trous, et d'un jaune plus vif à l'intérieur qu'à l'extérieur. Elle est plus compacte que les précédentes, moins facile à écraser entre les doigts, et marbrée de rouge, de jaune et de blanc ; elle croque sous la dent, donne une poudre d'un jaune pur, teint la salive en jaune de safran, exhale une odeur très-sensible, et laisse dans la bouche une saveur amère et astringente.
Indépendamment de ces deux espèces commerciales , qui offrent plusieurs variétés peu importantes , ou en trouve encore dans le commerce une autre provenant de la seconde ou peut-être aussi de la première des deux espèces botaniques précédentes, et qu'on désigne sous le nom de rhubarbe d'Europe ; celle-là , d'uue texture plus ligneuse , est eu morceaux peu volumineux et plus longs que gros; elle offre des veines concentriques et radiées, très serrées; elle a une saveur astringente, avec une odeur nauséabonde et désagréable, colore faiblement la salive en jaune, et croque peu sous la dent; sa poudre a une teinte rougeâlre.
Lerhapontic, rheum rhaponlicum, qui croît sur le Caucase , a de très-larges et tres-grandes feuilles épaisses ; sa racine est rameuse et charnue, d'un rouge brun obscur , avec une odeur moins forte que celle des précédente»' , et une saveur plus slyplique. On s'en sert peu maintenant en médecine.
Des deux rhubarbes exotiques que fournit le commerce ,
celle de Chine est moins estimée que celle de Moscovie, qui est soumise à un examen sévère avant d'entrer en Russie. Notre rhubarbe indigène pourrait les remplacer toutes deux avec ayantage, mats en doublant la dose.
Toutes ces racines contiennent , dans des proportions différentes, les mêmes principes constituais qui sont: la rhéina ou rhabarbtirinc ^ substance colorante jaune, de nature particulière, insoluble dans Peau iroide, mais soluble dans l'eau chaude, l'alcool et l'éthcr; la caphopicritc , aulie principe colorant, qui n'existe pas dans les rhubarbes indigènes selon Devaux; uue huile fixe et douce, soluble dans l'alcool et l'étlter, qui se rancit par la chaleur j un peu dégomme, une matière amylacée, du tannin , du ligneux, du stirmalate de chaux 4 de Toxalale de chaux , on peu de sel a base de potasse, beaucoup de sulfate de chaux et un peu d'oxide de fer j il y a moins d'oxalate calcaire dans celle de Moscovic que dans cel lu de Chine ; celle de Frauce contient davantage de tanum, qui est rougeâtre, et beaucoup plus do matière amylacée.
La rhubarbe est un médicament dont on fait fréquemment usage en médecine, et qui possède une propriété excitante, qui devient purgative à une certaine dose j deux gros de cette substance, bouillis dans un verre d'eau i provoquent,- une heure ou deux après l'ingestion, une accélération marquée du pouls» avec accroissement sensible de la chaleur, des urines colorées en jaune rougeâtre , souvent des sueurs offrant la même teinte, surtout aux aisselles, des borborygme» , de légères coliques * et enfin plusieurs selles colotées en jaune; toutes les excrétions exhalent l'odeur de la rhubarbe pendant plus de vingt-quatre heures. A petite dose , au contraire, comme à celle de douze a vingt grains, cette substance ne purge pas, et ne fait que stimuler l'estomac* de manière à rendre l'appétit plus vif. Comme son action purgative est peu prononcée, on l'emploie surtout chez les enfans, les convalescent, les femmes et les personnes délicates , quoiqu'il soit difficile de masquer sa saveur amère et nauséabonde; lorsqu'on J'administre a titre de tonique, c'est ordinairement en poudre y raèlee avec la première cuillerée de soupe , à la dose de huit à douze grains ; on la fait prendre aussi en intusion dans l'eau, en sirop et en teinture alcoolique. Quant aux cas dans lesquels on peut y avoir recours, nous renvoyons aux articles laxatif et TONIQUE.
RHUMATISMAL, adj., rlieumaticus ; se dit des douleurs quj caractérisent les rhumatismes , des maladies qui se manifestent chez les snjels affectés de rhumatisme, de la fièvre accompagnée de rhumatisme , du principe , du vice auquel on attribue la production du miumatisme.
RHUMATISME 0r> K11UMAT1SME, s. m., rheumatismus, rlieumaticus njjtc» tus. Après avoir été employé dans le Sens étymologique de r/mme, le mot rhumatisme, qui rappelle l'idée d'un afflux ou d'un écoulement, désigne aujourd'hui un état moibule caractérisé principalement par des douleurs errantes, ayant leur siège le long des membres et dans Its grandes articulations, tandis que la goutte se fait seulir coiumuuémeut dans les articulations des doitgs et des orteils. Bailliez plaçait le siège spécial du rhumatisme daus les muscles et les tendons voisins des articulations, et dans les membiancs aponévrotiques qui recouvrent les muscles du cou. du dos et des extrémités; le progrès des douleurs se (ait , dit-il, sentir rapidement d'une jointure à l'autre, suivant la direction des muscles inicqosés; les personnes jeunes, pléthoriques, agitées dépassions vives, chez qui la peau est spongieuse, y sont sujettes quand elles souffrent des cessations soudaines de la transpiration et des suppressions des évacuations de sang habituelles. Le rhumatisme n'est jamais sensiblement héréditaire ni contagieux , ajoute Barlhez; il peut n'attaquer qu'une ou deux fois daus le cours do la vie, et ses attaques ne sont pas accompagnées d'une lésion particulière des organes digestifs. Telles sont les différences que le professeur de Montpellier établissait entre le rhumatisme et la goutte, a laquelle il assignait pour siège Jes ligamens, le périoste , et les autre* parties voisines des articulations qui sont attenantes aux os- Douuons ici la description qu'il a tracée du rhumatisme, parce qu'elle est le sommaire de tout eé qu'on avait dit jusqu'à lui sur celte maladie.
Le rhumatisme aigu est quelquefois précédé et ordinairement suivi des symptômes d'accélération du mouvement circulatoire. 11 commence d'ordinaire par un frisson, auquel succèdent la chaleur, des anxiétés, un pouls fréquent, plein et dur; un redoublement a lieu chaque soir, époque- de la) journée ù laquelle la violence des douleurs a&'gmcule, et où elles se propageut d'une articulation à une autre. Quelquefois un frisson se fait sentir à plusieurs reprises le long de l'épi i e du dos. Quand on remue le membre malade, le sujet y rea-J sent du refroidissement, et ensuite une douleur plus vive; le membre est-il tenu chaudement, la douleur change paifoisde» siège, et s'étend, quand elle est très-vive, a d'autres parties v sans diminuer dans la partie qui, la première a été douloureuse. Dans tous les cas de rhumatisme, dit Barikcz, la douleur s'accroît lorsqu'on presse ou qu'on agile les parties souffrantes. Si on lire du saog par la lancelle, il se couvre d'une couenne. La partie est chaude et âcre au toucher. Le malade y éprouve nés variations \iolcuies du chaud au froid, un sen-
timent de pesanteur et de lassitude; elle a perdu sa mobilité, et celte abolition du mouvement persiste quelquefois après la cessation de la douleur. Quand celle-ci a duré un certain temps, il se manifeste du gonflement et de la rougeur; li douleur diminue un peu, mais la pression la renouvelle. Des sueurs ont lieu sans soulagement; le ventre est resserré, J'urine enflammée, sans sédiment, et rendue en petite quantité ; plus lard, elle dépose un sédiment briqueté, surtout quand il y a des rémissions plus marquées. Après quinze jours ou irois semaines, l'accélération de la circulation cesse, il survient un flux d'urine ou une sueur abondante, les douleurs deviennent plus modérées, circonscrites, et cessent, ou bien la maladie passe à l'état chronique. Dans la convalescence du rhumatisme aigu, les parties qui ont le plus souffert restent ordinairement sujettes à des retours de douleurs pour les causes les plus légères, et même sans causes apparentes.
Le rhumatisme chronique n'est, le plus souvent, que la prolongation du rhumatisme aigu. Il esl presque toujours sans accélération du pouls, si ce n'est lorsque le marasme vient s'y joindre, par suite de l'excès des douleurs. Les parties douloureuses voisines des articulations, lorsqu'elles sont constamment souffrantes, ne présentent point de rougeur et peu de gonflement. Les membres affectés sont faibles, raides; ils se refroidissent spontanément ; le froid y excite les douleurs, que la chaleur diminue. Quelquefois, il y a une certaine accélération de la circulation, les douleurs sont vagues, elles augmentent la nuit; alors les parties malades sont gonflées et rouges; la sueur qui s'y manifeste esl froide et visqueuse, alors même que le reste du corps est couvert d'une sueur chaude et abondante. Le rhumatisme chronique sans accélération de la circulation se termine souvent par une diaphorèse général , ou par une autre évacuation, souvent sans aucun mouvement de ce genre.
liai 1 1 ou , dît Barthez, a observé dans le cadavre d'un homme qui avait eu souvent des douleurs de rhumatisme aux épaules et aux bras, que tous les nerfs et les ligamens, c'est-à-dire les parties tendineuses des muscles qui avaient souffert ces douleurs, étaient infiltrés et pénétrés d'une sérosité visqueuse, et il ajoute qu'on observe la même chose dans des cas semblables. Drelincoui l trouva une humeur gélatineuse concrète, au dessus des muscles, chez un homme qui était mort des suites du rhumatisme. Clapton Havers a vu deux faits semblables. Cullen a observé que le rhumatisme est quelquefois suivi d'épanchernens d'un fluide gélalineux dans les gaines des tendons des muscles affectés, et que, dans des cas très-rares, il forme des tumeurs considérables ou permanentes
qu'il faut ouvrir; Slœrck a fait la même observation. Quand le rhumatisme se rapproche fort de la goulle, dil Bailliez, il se produit des nodosités et des ankyloses, formées par une matière gypseuse, et des hydropisirs articulaires. Dans des cas de ce geure, on a vu les urines charicr une matière analogue , les tendons, les membranes, les chairs, acquérir la dureté des os. -
Bailliez voyail dans le rhumatisme une sorlc d'inflammation particulière des parties musculcust s ou lendiucuses , avec excès d'aclion de la force de situation fixe.
PïncI admet deux espèces de rhumatisme , l'un musculaire , inflammation des muscles, ou myositis de Sagar, et l'autre fibreux.
Lu rhumatisme musculaire a, suivant lui, pour symptômes : d'abord un frisson suivi d'anxiété, de chaleur, d'un pouls dur el fiéqueut, avec des paroxysmes vers le soir ; puis une douleur dilaceranie , fixe ou vague, qui se porte successivement avec la plus grande promptitude, dans les différentes parties du corps, a son siège dans le lissu propre des muscles, augmente quelquefois par le plus léger contact, par la moindre pression, ainsi que par la moiudrc secousse, et rend les mouvemens impossibles ou au moins très-douloureux ; un état de tension locale, rarement du gonflement, el le changement do couleur de la peau. Lorsque le rhumatisme est général, il commence ordinairement par des lassitudes, des engourdisscineus et des horrinilalions vagues, qui, en se pro.ongcai.t , donnent lieu a un liisson assez intense; à ce frisson, succède une chaleur vive, qui dure pendant un temps varié ; alors se manifestent des douleurs très- vives ; il y a céphalalgie, coloration de la face, soif, sécheresse de la peau, urine rouge, insomnie. La durée de ces symptômes varie de cinq à soixante jours; leur terminaison a lieu par résolution, par une sorte d'exsudation gélatineuse, et rarement par la suppuration. La résolution s'accompagne de sueurs générales, d'une urine briqueiéc, d'une éruption analogue aux piqûres de puces; il n'est pas rare de voir la maladie passer à Péïat chronique.
Le rhumatisme musculaire chronique, ajoute Pincl,n'esi ordinairement ni précédé ni accompagné de fièvre; la douleur est moins vive, et se renouvelle à des époques irrégulicrcs; elle est accompagnée, tantôt d'un sentiment de froid % et lantôl d'un Sentiment de chaleur; ou ressent une faiblesse plus ou moins grande dans les mouvemens ; la durée de tes symptômes est longue et indéterminée; il leur succède quelquefois un étal de paralysie.
Le rhumatisme fibreux est, dit Pincl, ordinairement précédé de frisson ; les douleurs suivent le trajet du lissu fibreux j
elles sont aiguës, déchirantes, arrachent souvent des cris un malade, et suspendent tous les mouvemens des parties aifeclées; toutes les parlies voisines, et quelquefois tous les mcmbies se gonflent; les douleurs se propagent le long de» tissus fibreux; elles augmentent surtout par les mouvemens qui eu Obèrent la distension; le pouls est dur et fréquent, la peau chaude et sèche, surtout sur les parties'affçciécs ; il y a soif, sécheresse de la bouche , céphalalgie, rougeur de la face, insomnie, lésion dans les sécrétions. Ce rhumatisme jouit de beaucoup de mobilité; les douleurs passent avec une rapidité étonnante d'une partie à une autre. Quand il est aigu , il est ordinairement nuancé par des lassitudes, des engourdissemens dans les parties qui doivent en êlie le siège; avec une douleur obscure qui ne larde pas h se développer; cette douleur est aiguë , et suspend le mouvement des parties qui eu sont le siège , la fièvre est intense. Cet état dure de sept à soixante jours; il se termine par résolution, et jamais par suppuration; on n'a pas encore d'observation de son passage a la gangrène; il a une tendance à devenir chronique, et il est très-sujet à récidiver.
Le rhumatisme fibreux chronique est caractérise' par une douleur moins vive, plus supportable; on ne remarque point de fièvre, mais les articulations sont i aides, et les mouvemens incommodes; il est d'autant plus rebelle qu'il est plus ancien; il s'exaspère quelquefois par act-ès, cl présente alors tous les caractères du rhumatisme aigu; il peut entraîner après lui l'immobilité des membres affectés et leur ankylose, s'il est très-ancien, et s'il attaque des sujets âgés ou qui' ont éprouvé tout ce qui tend à diminuer l'action musculaire.
Chomel rejclle la distinction du rhumatisme en musculaire cl fibreux; suivant lui, tout porte à croire que le rhumatisme a son siège dans les muscles, puisque, dans cette maladie, leur contraction ne peut avoir lieu sans accroître la douleur. Quant à la question de savoir si le rhumatisme est borné a la portion charnue ou fibreuse des muscles, on ne connaîtaucun fait qui prouve rigoureusement que cette affection puisse avoir son siège dans les parties charnues seulement; on peut seulement le présumer, puisqu'elle a lieu frequemmeut dans toute la région du grand pectoral , et qu'alors le mouvement et la plus légère pression augmentent la douleur, et qu'on l'observe également dans les muscles étendus de la crête iliaque aux dernière* cotes. Il est plus facile de démontrer, dit-il, que le tissu fibreux peut en cire le siège. Chez deux malades, le rhumatisme occupe le ligament inférieur de la rotule ; chez deux autres, les bords de cet os ; chez plusieurs, Piusertion du deltoïde a l'humérus; chez unaulre, celle du tendon d'Achille au calcanéum; chez d'autres, les articulations des phalanges
et la continuité des os, toutes parties principalement livreuses; enfin, c'est, njoutc-t-il, dans les *n droits ou il y a le plus de tendons' et d'aponévroses que la maladie sévit avec le plus d'intensité. 1 1 •
Que penser du rhumatisme du périoste, de la dure-mère, de la sclérotique?
Le rhumatisme peut-il avoir son siège dans les membranes synoviales ? Si ce lait n'est pas constant, il a du moins clé observé, et par Choniel lui-même, car ila trouvé chez un malade qui avaitsuccombéàla Charité, et chez deux autres quimourureutà l'Hôlel-Dieu, après avoir eu IcsarticulationsgoniJéeset très-douloureuses , les membranes synoviales onilammécs et des épanchemens purnlcns dans les cavités articulaires. Le même auteur rapporte qu'un homme admis aTHôtel-Dicu pour tu hydrothorax, y mourut trois jours après; il avait présenté quelques symptômes de rhumatisme a la cuisse, fin trouva des foyers purulens depuis l'aine jusqu'au genou; l'intérieur de l'articulation contenait beaucoup de pus moins épais ; il y avait communication entre la cavité- articolaii c et le9 abcès de la cuisse; ainsi que Licutaud et Rcsault , Chôme! a trouvé les muscles desséchés, arides et rcssemblans k des tendons, chez une femme qui avait éprouvé un rhumatisme chronique avec une Contracture. Outre ces altérations cl celles que nous avons rappdrtées plus haut d'après Barthez, divers auteurs, Bailîou, Baglivi' et Plater, ont trouvé du sang infiltre* dans les interstices des muscles lombaires; Morgygni a trouvé une couleur brune dans ces mêmes muscle» chez un jeune homme a la suite d'un rhumatisme chronique. Chomcl a ouvert six cadavres de sujets morts avec des symptômes de rhumatisme chronique ; sur trois, il n'a rien trouvé dans lesarticulaiions ni dans les muscles ; chez trois autres, il y avait des ulcérations superficielles des cartilages qui revêtent les surfaces articulaires; chez deux, la substance cartilagineuse était remplacée dans quelques points par un tissu cellulaire rongeâtre , vasculeux, facile à enlever, et présentant l'os à nu au dessous. Morgagni et Latour avaient vu des faits analogues. Chez ces deux sujeU, le tissu cellulaire extérieur à la membrane synoviale offrait une couleur rouge ou livide, comme si du sang y eût été épanché , et surtout au dessus des ligamens inter-articulaires de la hanche et du genou; chez un seul, la partie de la capsule synoviale qui n'est pas recouverte par les cartilages articulaires, à l'humérus, au fémur, auiibia,au péroné, paraissait soulevée, et présentait un certain nombre de trous de grandeur variée, exactement circulaires, comme s'ils eussent été faits avec un emporte-pièce ; quelques-uns offraient un diamètre de deux lignes ; d'ami es u!en avaient que la moitié ou le quart ; au dessous de
la membrane synoviale soulevée, Je lUsu compacte de l'os avait disparu j ou voyaii à nu le tissu cclluleux, qui n'était ni mou, ui friable , si ce n'est à l'articulation du péroné avec le pied; toutes les articulations où l'on observa celte altération de la uiembtane synoviale, marquée surtout sur le col de l'humérus, contenaient du sang ou de la sérosité sanguinolente.
i Sans croire tirer aucune conclusion de ces faits, Chouicl psnse que le rhumatisme ne peut être mieux placé qu'à la fin de la classe desphlegniasies,avec lesquelles il a, dit-il, plus d'analogie qtt'avt'C toute autre affection, et immédiatement avant celle deshéuiorragics,avcclaquelleil a aussi des connexions iitthnes , notamment par ses fréquens retours et sa mobilité. Déjà Slabl avait rangé le rhumatisme parmi les efforts hémorragiques. Pinel l'a classé dans le dernier ordre de la classe des phlegmasies, après les inflammations des parenchymes, avant la goutte.
Kochc pense que le rhumatisme articulaire ou fibreux et \x goutte sont la même affection sous deux noms différeus , qu'il n'existe pas plus de principe rhumatismal que de principe goutteux; qu<: ces phlegmasies consistent l'une et l'autre dan* l'inflammation du système fibro-séreux des articulations , et qu'on doit les réunir sous une dénomination commune. Leur mobilité , dit-il, est due à l'action d'un stimulus qui agit sur un point éloigné, a l'activité des sympathies qui unissent tous les points du sj'Stèmc fibro-séreux entre eux et avec des tissus analogues, enfin, au peu d'adbércuce de l'inflammation dans ce lissu.
Pour confirmer cette opinion, qui réunit toules les probabilités en sa faveur, il reste à déterminer, par l'anatomic pathologique cl l'observation clinique , les signes dislinclifs cl les altérations des capsules synoviales, des ligamens articulaires , des tendons, du tissu cellulaire a voisinant , et des cartilages, lorsque ces parties sont enflammées isolément, si cela peutarriver eu effet. 11 faut aussi que l'on sache définitivement à quoi s'en tenir sur l'inflammation musculaire. Il y a d'importantes recherches a faire sur ces divers points d'anatoraic et de physiologie pathologiques. Alors seulement on pourra tracer d'une manière satisfaisante l'hisloire complète de I'arthrite.
En attendant les recherches des analomisles, il serait à désirer que les praticiens nous donnassent une bonne description du rhumatisme articulaire dans lequel la douleur se fait sentir autour ou dans les articulations, et du rhumatisme inler-articulaire, c'est-à-dire, de celui dans lequel la douleur est rapportée au centre des muscles. Ce dernier est celui que l'on est exposé à confondre avec les névralgies, parce que, comme elle, il suit la direction des membres.
RHUMATISMK 101
On a donne le nom de général au rhumatisme qui en va bit toutes ou du moins la plupart des articulations en même temps , ou qui s'étend à la plupart d'entre elles dans un temps ion court; latéral y quand il n'occupe qu'un seul côté du corp» ; supérieur ou inférieur, selon qu'il a son siège dans les parties sus ou sous-diaphragmaliques ; partiel, toutes les fois qu'il ne s'étend qu'a une ou plusieurs parties du corps; génal, lorsqu'il a son siège dans les joues ; lumbago ? quand il a son siège à la région lombaire; sciatique^ quand il occupe la cuisse; pleurodynie , quand il a pour siège les muscles intercostaux: torticolis , quand il est home aux muscles du cou.
Cbomel rapporte que, sur cent deux rhumatismes, vingtdeux occupaient simultanément quelques articulations des membres, ou se portaient vaguement dans diverses parties du corps; vingt-deux occupaient les membres inférieurs; douze , les membres supérieurs ; onze, le tronc; onze, tout le corps; ouze en même temps quelques articulations des membres supérieurs et inférieurs ; neuf, la colonne vertébrale ; trois, un des côtés du corps. Le rhumatisme des parois thoraciques coïncidait avec celui des membres supérieurs , et celui des parois fie l'abdomen avec celui des membres pelviens, quand il y avait affection simultanée du tronc et des membres.
Sous le nom de rhumatisme interne, on désigne des douleurs vagues, errantes, passagères, qui se font sentir dans le crâne, les orbites, les oreilles , la poitrine ou le bas-ventre , soit chez les personnes qui ont éprouvé des douleurs dans les articulations ou la continuité des membres , soit chez des sujets dont les membres et les articulations n'ont jamais été douloureux. On suppose que ces douleurs ont pour siège la dure-mère, le périoste, la sclérotique, la membrane qui revêt la caisse du tympan, le muscle triangulairedustetnum , 1rs parties fibreuses du conduit aérien , le péricarde, le cœur, l'œsophage, l'estomac, les intestins, la vessie; ce sont de simples présomptions. Si l'on connaît à peine le siège précis du rhumatisme extérieur, comment connaître celui du rhumatisme interne? cependant celui-ci mérite d'être étudié avec beaucoup de soin. Quand on a lu avec attention tout ce qui a été dit sur ces douleurs vagabondes descavilés, on demcurepersuadc,non pas que le rhumatisme peut se porter de l'extérieur a l'intérieur, comme on le dit, mais que les viscères comme les membres sont sujets a des douleurs erratiques, auxquelles on a cru devoir donner le nom de rhumatisme, parce qu'elles alternent avec les douleurs errantes des membres, et leur succèdent assez souvent. Ces douleurs internes ne sont évidemment que le symptôme d'irritations viscérale* fugaces ou chroniques.
Le rhum a lis tue , alors niême qu'il s'étend à plusieurs aticulations, peut n'être compliqué d'aucune autre irritation, et pourtant , en raison de son éteudueet de Ja douleurqu'il cause , donner lieu à l'accélération de la circulation ; alors la peau est chaude et halitucuse, le pouls plein , dur et tendu. Si, au jhumatisme, c'est-à-dire, à l'irritation synoviale , fibreuse ou musculaire, se joint la gastrite ou la gastro-entérite, ce qui a fréquemment lieu, la peau est non seulement chaude, mais encore àcre, et il y a tous les signes de l'irriution des voies digestives. Cest dans ce cas surtout qu'on a observé les constipations opiniâtres qui désoient les rhumalisaus, ce qui a lieu également quelquefois dans le rhumatisme chronique.
Si les douleurs et les gonficmens du rhumatisme aigu, appelé général,» n'étaient pas aussi faciles à distinguer • s'il n'était pas si aisé d'en assigner le siège ou du moins la région , celte maladie aurait passé pendant plus- de temps pour une fièvre, tandis que Chomel lui-même a renoncé a la fièvre rhumatismale. D'un autre côté , trompé par la différence notable que présente le rhumatisme chronique, ordinairement dépourvu de phénomènes lymphatiques, Cullcn voulait qu'on le considérât, en quelque sorte, comme une maladie particulière, à laquelle il donnait le nom tfarthrodynie.
Sur soixante-treize rhumatisans, Chomel rapporte que trentecinq furent affectés de cette maladie pour la première fois de quinze à trente ans; vingt-deux de trente à quarante-cinq ans; sept de quarante-cinq à soixante ans; sept passé la soixantième année; deux avant la quinzième; l'un à neuf ans, l'autre à huit ans.
Sur ce même nombre, cinquante-quatre offraient les attributs du tempérament sanguin; dix-huit ceux du tempérament lymphatique ; quelques-uns ceux du tempérament bilieux ; un plus petit nombre les traits du tempérament nerveux. La plupart étaient d'une constitution robuste, et ils avaient un embonpoint médiocre, les cheveux châtains, le teint clair et animé, la stature moyenne ou petite; un dixième environ avait une large poitrine, un grand abdomen.
Hoffmann s'est trompé quand il a dit que les femmes étaient plus souvent affectées du rhumatisme que les hommes. Cette maladie est surtout commune chez les hommes adonnés aux travaux pénibles, qui provoquent la sueur, et exposent à des suspensions de la transpiration; on l'observe fréquemment chez les personnes qui se livrent à des marches forcées en bravant toutes les variations de l'atmosphère, et qui couchent en plein air, soit dans la saison froide et humide, soit durant les uuils fraîches des pays ehauds, ou dans l'été.
On observe le rhumatisme principalement en hiver et dans
RHUMATISME ' iu3
l'automne, parfois en été, rarement au printemps ; la proportion est, selon Chomcl, de vingt-quatre, dix-huit, douze a quatre. Nous dirons, à celte occasion, que les sujets disposes au rhumatisme le contractent indifféremment dans toutes les saisons, lorsqu'elles se trouvent soumises à l'empire des conditions qui le font éclore; mais une fois qu'on en a été affecté , si onconscrvcdc lasensibililé dans les articulations cl les muscles, c'est surtout l'automne qui réveille les douleurs; il en est de même pour tout rhumatisme chronique.
Il est plus commun dans les pays tempérés, sujets h des changemens brusques de la température , que dans les pays très-chauds ou tres-froids; les habitans de ceux-ci, instruits par l'expérience, se préservent de ces deux extrêmes, soil par les fourrures cl le feu, soit par les vetemens longs , larges et floltans. On l'observe surtout dans les pays humide?, brumeux, et quand régnent les vents du sud cl de l'ouest, qui accompagnent si souvent l'humidité de l'atmosphère. Sur cent rhumatismes, disait Bosquillon, il yen a quatre-vingt-dix-neuf qui sont dus au froid , il fallait dire au refroidissement. 11 suffît, en effet , d'être plongé dans Veau froide, d'y mettre même seulement les pieds, de s'exposer à la pluie, de conserver sur soi un vêtement mouillé, de dormir ou même de se reposer quelques instans sur un sol frais et surtout humide, ou de changer prématurément ses vetemens d'hiver contre des vêlemer.s d'été, cl d'ôler son habit afin de se rafraîchir, pendant les chaleurs brûlanles de l'été, pour être subitement saisi du rhumatisme, ou pour le voir se renouveler, si déjà on y est sujet.
Les abus dans le régime alimentaire, et les excès dans les boissons disposent h la goutte plus qu'au rhumatisme, entendant par celui-ci la phlegmasie des muscles ou des grandes articulations seulement; mais il n'est pas douteux que la sobriété n'en préserve, et ne prévienne le retour des souffrances que fait éprouver cctlè maladie. Le cidre et la bière n'ont d'ailleurs pas seuls le privilège de provoquer le rhumatisme. L'abus des liqueurs alcooliques a bien plus d'influence sur su production, si toutefois on doit donner le nom de rhumatisme . aux vives douleurs que les ivrognes ressentent le long d'un membre, souvent dans tout un côté du corps , douleurs semiparalytiques, qui, selon nous, sont le signe d'une plilcgnfasie cérébrale chronique.
Oulre la cessation subite de la transpiration cutanée générale, le refroidissement d'une petite partie de la plante des pieds, par exemple chez les personnes qui ont la mauvaise habitude démarcher nu-picdslc matin ou lesoir, la réfrigération d'une partie quelconque, la suppression de la sueur de cette même pallie par un moyen quelconque, de la surface du corps
par un vent frais, par un courant d'air qui agit a la manièie d'une douche; la suppression de l'épistaxis, d'une hémoptysie , des hémorroïdes, des menstrues, des flucurs blanches, des lochies, du lait, des dartres, des vesicaloircs, dessétons, des Cautères, peuvent encore déterminer le rhumatisme, ou sont déterminés par son développement occasionc par le froid.
On le voit survenir à la suilc d'émissions trop souvent répétées du sperme, par excès du coït ou par masturbation, de saignées abondantes ou réitérées. 11 n'e?t pas étonnant que le plaisir vénérien soit susceptible de déterminer l'invasion ou le retour du rhumatisme, puisque cet acte o&asione si souvent un sentiment de fatigue douloureux dans les articulations et le long des membres chez les personnes qui d'ailleurs se portent le mieux.
Toute partie, qui a été le siège d'une plaie, d'une contusion, d'une entorse, d'une luxation, d'une fracture, est prédisposée à devenir douloureuse ; et si le sujet contracte un rhumatisme, celui-ci a lieu de préférence dans celte partie; souvent même on ne peut assigner a beaucoup de douleurs, dites rhumatismales, que l'une ou l'autre de ces circonstances et un simple changement dans l'atmosphère. Quoi quYn dise Chôme!, il n'est rien de plus ordinaire que de voir les rhumatîsans annoncer, par le retour de leurs douleurs, les changemens du chaud et du sec au froid et à l'humide.
Haygarth pense que le rhumatisme se développe une heure, ou même une demi-heure, le plus souvent un ou deux jours après l'application de la cause déterminante , jamais au delà du sixième jour; Giannini disait l'avoir vu se manifester après un intervalle de quinze jours j Chomel l'a vu ordinairement se faire sentir après une espace d? douze a vingt-quatre heures, et nous avons fait la même observation, quoique d'ailleurs nous soyons certain que le rhumatisme peut se manifester pendant que le refroidissement qui le cause dure encore.
On a vu, dit-on, le rhumatisme se manifester dans le cours du typhus, de la péripneumonie, et de diverses maladies chro^ niques, au déclin de diverses maladies, durant la convales- < cence, par l'influence d'un traitement perturbateur, par Pu- ' sage, entre autres, des astringens dans la diarrhée, du quinquina dès ies premiers accès d'une fièvre. intermittente bénigne.
Les douleurs ressenties aux articulations et le long des membres dans l'hystérie, le scorbut, la syphilis, les maladies vermineuscs, les altérations de structure des ganglions lymphatiques, du mésentère, du pancréas, du pylore, des reins, «le la veine cave et des autres viscères du bas-vcntrc, dans la colique métallique cl à ia suite de cette maladie, dans l'hy-
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droihorax , la néphrite, l'ancvrysmc de l'aorte ou de l'artère pulmonaire, la rupture de l'œsophage, ic rachitisme, les abcès qui se manifestent chez les nouvelles accouchées et chez les nourrices, dans l'ergotisme, chez les femmes enceintes, à la suite d'efforts violens, étaient jadis regardées comme autant de rhumatismes symptomatiques; aujourd'hui, on n'en parle plus, par cela seul que ce sont des phénomènes morbides sympathiques, et l'on oublie que tout organe souffrant est un organe malade. Chomcl veut que l'on distingue les douleurs rhumatismales, non-seulement des douleurs goutteuses, mais encore des douleurs syphilitiques qui, dit-il, se font sentir presque exclusivement la nuit, augmentent peu par la pression et le mouvement, n'empêchent jamais complètement celui-ci, succèdent à des maladies vénériennes, ordinairement mal traitées, et sont souvent accompagnées d'exostoses et d'autres symptômes. Faut-il donc considérer ces douleurs comme n'ayant rien du rhumatisme, et tenant en totalité de la syphi- Jis? Une douleur vague, passagère, dans une articulation, dans un membre, n'esl-cllc pas toujours le résultat d'une même modification organique, alors même qu'elle dépend de causes différentes? On doit en dire autant des douleurs scorbutiques. A l'égard des douleurs nerveuses ou névralgies, on les reconnaît et on les dislingue du rhumatisme en ce qu'elles suivent la direction connue d'un ncri principal, cl en ce qu'elles sont souvent accompagnées de mouvemens irréguliers ou manifestement convulsifs, dans la partie musculaire, voisine du nerf irrité. Rien n'est plus singulier que les douleurs dues ou du moins liées a la présence des vers dans le canal digestif; elles sont fort irrégulières, et n'ont guère lieu que chez des enfans, avant l'âge où ils peuvent êlre affectes de rhumatisme; Jes douleurs métalliques ne sont guère moins inexplicables, à moins qu'on admette que les unes et les autres, et celles qui ont lieu, h un plus ou moins haut degré d'intensité, dans toutes les irritations de l'estomac et des intestins, sont le résultat d'une sympathie, résultat de l'organisation, d'une loi pri mordialc, entre les voies di^eslives et les membres.
Le rhumatisme, en général, est facile à reconnaître; mais un obsrrvateur inaltentif peut prendre une pleurodynie pour une pleurésie, un lumbago pour une néphrite, une sciatique rhumatismale pour la névralgie sciatique; il serait encore plus grave de tomber dans l'erreur opposée.
Les tumeurs blanches, la carie des articulations, I'hydrariiire, I'arthrocace, en un mot, tel est le plus Incheux résultat du rhumatisme articulaire chronique; il faut donc tâcher de prévenir le passage du rhumatisme aigu h ce type redoutable, cl lorsqu'on n'a pu l'empêcher, s'attacher a consetver an
i humalisrae ambulant son caractère vagabond , de peur qu'une articulation ne finisse par s'affecter au plus haut degré de gravité.
L'ignorance du médecin, a dit Bâillon, est une seconde maladie pour le malade. Tel de nos confrères, parlant de cette sentence, vraie sous tous les rapports, a fini par regarder comme indifférent le choix des méthodes de traitement. C'est au contraire une raison de plus pour rechercher avec soin t d'abord celle qui sert. Roche a tracé en peu de mots la meilleure marche à suivre dans le traitement du rhumatisme.
Ecarter les causes, et pour cela entretenir autour du malade une température douce et uniforme; diminuer, et, dans les cas graves, retrancher les alimens; choisir ceux qu'on accorde parmi les moins capables d'exciter vivement les voies digeslivesj proscrire toute boisson stimulante; puis chercher à rappeler les exanthèmes, les écoulemens supprimés, mais seulement après avoir attaque localement le rhumatisme par les antiphlogistiqucs; combattre l'irritation qui constitue le rhumatisme, jusqu'à ce qu'on l'ait détruite, let est le principal but, après l'éloignement des causes, et pour cela, il faut avoir recours à la saignée générale et locale, aux boissons adoucissantes, au régime et aux topiques émollicns, ensuite aux révulsifs.
La saignée générale a été recommandée d'une manière trop générale dans le rhumatisme; quand elle est très-abondante, elle tire plus de sang qu'il ne faut de tout le système circulatoire, et pas assez de la partie affectée; ce dernier inconvénient est encore plus marque quand on ne fait qu'une petite saignée. Ce moyen ne doit être employé que pour assurer l'effet des sangsues subséquemment appliquées, et seulement chez les sujets pléthoriques, ou lorsque la douleur est très-vive , la chaleur très-intense, et l'affection étendue à plusieurs articulations. Alors quelquefois la saignée sufGt ; mais, le plus ordinairement, on est obligé d'eu venir a l'application des sangsues.
Chomel a donné de fort bons préceptes pour l'emploi des saignées locales. Elles diminuent, dit-il , presque constamment l'intensité des douleurs dans le lieu où on les fait; tous les malades chez lesquels je les ai vu employer ont éprouvé un soulagement prompt et seusible; elles ont, dans la pleui odynie, le torticolis, une efficacité très-marquée; en considérant le rhumatisme vague comme une série d'affections locales, je suis porté a croire, ajoute-t-il, qu'en diminuant l'intensité de chacune de ces affections par les saignées locales, on rendrait la maladie plus courte et plus légère. Ensuite il propose, à l'exemple de Pringle, de faire appliquer les sangsues, ordinairement au nombre de quatre ou cinq, sur la partie malade,
cl de répéter ce moyen pendant trois ou Quatre jours de suite, puis de mettre de plus en plus d'intervalles entre les applications, en diminuant successivement le nombre de ces animaux. Ce procédé est insuffisant; il faut appliquer au moins dix sangsues, et souvent il faut aller jusqu'à vingt, pour obtenir un bon eifet. Pour l'ordinaire, alors, la douleur diminue dans la partie; si ensuite, ce qui arrive fort souvent, elle reparaît dans une autre articulation, il faut sans délai y appliquer de nouvelles sangsues , et pouisuivre ainsi le mal dans tous les endroits où il se montre.
Les ventouses scarifiées sont très-inférieures aux sangsues dans le traitement, car la pression opérée par leur bord est insupportable, et il est difficile de tirer beaucoup de sang sans faire des incisions profondes, qui ne sont pas sans inconvénient.
Le pclil-lait, leao gommée, Peau acidulée, la diète, ou seulement de légers potages maigres, seront prescrits en même temps.
Si l'estomac ou le canal intestinal donne des signes d'irritation, il importe d'appliquer des sangsues à l'abdomen, et de recommander la diète absolue ; parfois ces moyens produisent plus d'effet que les sangsues appliquées sur les articulations ou la partie douloureuse des membres. C'est qu'alors l'irritation gastrique était primitive, et celle des membres sympath iqucj mais il ne faut pas conclure de là qu'il en est toujours ainsi.
Les topiques éniollîcns, cVst-à-dîre cliauds et humides, sont de peu d'utilité dans le rhumatisme aigu, celui dont il s'agit maintenant. Les cataplasmes sont pesans, et par là douloureux; les lotions sont trop chaudes. Peut-être l'eau froide en arrosoir, long-temps continuée , serait-ciie ie meilleur topique. Les applications chaudes semblent presque toujours augmenter, en pareil cas, l'afflux du sang cl la chaleur morbide.
Tel est le traitement du rhumatisme aigu; nous ne pensons pas que l'on doive jamais s'abstenir d'appliquer des sangsues, sous prétexte que le mal est léger, car cette maladie est si rebelle, quand une fois elle est passée à l'état chronique, que l'on ne doit rien négliger pour faire cesser promptement la plus légère douleur articulaire, ou située le long d'un membre. A l'égard de la constipation, qui accompagne si souvent le rhumatisme, elle cède aux antiphlogisliques dirigés contre la gastro-entérite, quand celle-ci a lieu; elle réclame l'emploi de l'huile de ricin, du petit-lait avec un sel neutre, de la manne, du tamarin , quand les voies digestives sont sans irritation.
L'administration de l'émulique à petites doses, plusieurs fois
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répétées chaque jour, de manière que le malade en prenne quatre, cinq ou six grains, employée par Vidal, Rasoi i ci Laëtinec, est quelquefois utile, dit-on, mais seulement quand les voies digestives ne sont pas irritées, et il faut s'arrêter des qu'il se mauifeslc de la soif, des nausées, du dégoût, de la céphalalgie, de la diarrhée. On prétend que cette méthode est plus courte : cela peut être ; mais , à coup sûr, elle est plus périlleuse.
Les sudorifiques, les narcotiques, que Ton a donnés si souvent dans le cours du rhumatisme aigu, augmentent la constipation, font naître, développent et accroissent l'irritation des voies digestives, et ne guérissent point la maladie, quand une fois elle est établie. Les sudorifiques l'ont quelquefois fait avorter, mais seulement quand elle était absolument à son début; et puisque les sueurs spontanées qui accompagnent ordinairement le rhumatisme ne sont suivies, dans le plus grand nombre des cas, d'aucun soulagement, la nature elle-même nous dit qu'il est inutile de chercher h provoquer cette évacuation. Les bains de vapeurs seraient le meilleur moyen de la provoquer; n'est-ce pas agir" contre tous les principe? que de déterminer l'afflux du sang de l'intérieur à l'extérieur dans une maladie sous-cutanée?
Les narcotiques pallient la douleur passagèrement, engourdissent la sensibilité, par l'afflux du sang qu'ils déterminent vers le cerveau : c'est évidemment le genre de dérivation le moins avantageux; à l'extérieur, c'est un palliatif souvent impuissant, et qui masque les progrès du mal, quand il calme la douleur.
Le quinquina n'est utile, dans le rhumatisme aigu, que lorsque celui-ci est intermittent. On peut quelquefois l'omployer avec succès quand, à l'aide des émissions sanguines, on a procuré une rémission marquée. Levillain l'a employé très-heureusement dans un cas de ce genre.
Une précaution importante, dans le traitement du rhumatisme aigu, c'est de ne jamais se hâter d'appliquer des vesicatoires sur la partie douloureuse; nous avous vu maintes fois cette pratique prolonger l'irritation au lieu de la faire cesser; nous ne voulons pas nier l'utilité de ce moyen dans plusieurs cas, mais il est difficile de bien saisir l'instant favorable.
Le rhumatisme chronique doit être traité d'après les mêmes principes que le rhumatisme aigu. Mais la saignée générale est rarement indiquée , les sangsues doivent être appliquées d'abord en grand , puis en petit nombre, et avec une grande persévérance, qui n'est pas toujours récompensée par le succès. IV faut joindre aux émissions sanguiues locales, et faire alterner avec elles, les vésicatoirc* volans, les ventouses, les moxas,.
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les raies de feu , 1rs bains, les douches d'eaux thermales minérales, les douches de vapeurs, et bien souvent on échoue. Les sudoriiiqucs, l'huile de térébenthine , l'acupuncture, sont autant de moyens qui comptent des succès qu'on a fait sonner bien haut dans les journaux ; ces moyens sont eu effet quelquefois utiles; mais il est impossible tic due précilémeut dans quels cas; l'empirisme seul eu justifie donc l'emploi. On doit en dire autant du colchique T de la gratiolc, de la belladone, de ia ciguë, de la clématite et de l'aconit, qui, dit-oii, font merveilles dans le rhumatisme chrouique. Ajoutons a cette longue liste les frictions mcrcuriellcs , qui donnent des douleurs plus souvent qu'elles n'en ôtcnl ; l'électricité qui, comme on sait, .guérissait autrefois tous les maux; les frictions, les fumigations camphrées, alcooliques, clhérécs, aromatiques, résineuses, l'urticalion, la flagellation, les ventouse* sèches, les bains de marc de raisin. Tous ces moyens ont été quelquefois employés avec succès, et, quand on a épuise les anliphlogisliqucs directs, on n'a rien de mieux h faire que de parcourir le cercle de ces divers moyens révulsifs, dans l'espoir, souvent trompé, de trouver le plus efficace, relativement au cas dont il s'agit.
Lorsqu'on a obtenu de l'amélioration, soit dans le rhumatisme aigu , soit dans le rhumatisme chioniquc, il importe de ne ramener que par dcgiés les parties qui en ont été le siège à l'exercice de leurs fonctions. Il faut ensuite recommander au sujet d'éviter tout régime stimulant , de porter des vêtement de flanelle sur la peau, de passer dans un pays chaud durant l'automne et l'hiver, et se faire souvent frictionner le corps devant le feu avec une flanelle imbibée d'un liquide excitant.
Lorsque, maigre tous les moyens employés, l'articulation atteinte de rhumatisme s'affecte profondément, lorsque les os se gonflent, les cartilages s'érodent, les synoviales contractent des adhérences, les abcès se forment, les fistules s'ouvrent , alors il faut tenir la conduite indiquée à l'article arthrocace.
AJous avons renvoyé h cet article l'histoire de l'inflammation de la face interne des muscles abdominaux, des muscles psoas et iliaque, appelé psoïiis par Rosembcrg et Drevssig, péritonite musculaire par J.*P. Frank. Ce dernier dit en peu de mots que, lorsque l'inflammation occupe le prolongement périlouéal qui recouvre les muscles psoas et iliaque, on observe plusieurs des symptômes de la péritonite, et de plus quelques-uns qui diffèrent peu de ceux qui signalent l'invasion ou la fiu de l'hépatite; une douleur se fait sentir au dos, puis au dessus de la vessie d'un côté; cette douleur est ordinairement peu intense, quelquefois très-forte ; un sentiment d'engourdissemeut douloureux descend de l'aine à la cuisse, et le
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malade ne peu! allonger ce membte sans éprouver de vives souffrances: uiais il n'y a aucune difficulté dan? l'émission de l'urine et dans l'expulsion des matières fécalcsj au bout de quelques jours, le loucher reconnaît une tumeur manifeste , mais profonde, sur le trajet des muscles psoas et iliaque, vei» les glandes inguinales externes. Si on néglige le traitement dès le principe, il survient une suppuration qui marche avec beaucoup de lenteur; le pus, ramené entre le péritoine et l'os iuuominé, corrode et carie cet os, les vertèbres lombaires voisines et le sacrum; il peut aussi se détourne-r du coté de* lombes, ou, suivant la direction des attaches, musculaires , se diriger vers la crôte de l'os des îles, venir former une tumeur fluctuante vers la hanche, et descendre a la région inguinale, vers la partie supérieure de la cuisse, et s'y auuonccr par un dépôt semblable, que la pression fait refluer en, partie dans l'abdomen. jN'esl-il pas évident que l'on a pris pour les résultats d'une péritonite partielle, ou d'une inflammation des muscles psoas et iliaque , ceux qu'occasione la présence du pus provenant d'une carie des vertèbres lombaires ou sacrées? Tout ce qu'on a dit, outre ce qu'où vient de lire, sur lepsoïtis, milite en faveur de notre opinion.
RHUME, s. m., rheuma» entarrhus ; synonyme de catarrue; ou appelle vulgairement rhume de cerveau, le coryza; rhume de poitrine, la bronchite et la pneumonie chroniques, ou plutôt toute maladie d'un organe thoracique accompagnée de toux. Nous ne parlerons pas du rhume nerveux , du rhume négligé, ni du rhume de chaleur , expressions absurdes que ne dédaigne pas le médecin qui parle le langage de l'ignorance pour obtenir son suffrage ou plutôt sou argent.
RICIN, s. m., ricinus ; genre de plantes de la monoccic mouadelphic, L. , et de la famille des euphorbiacées, J. , qui a pour caractères : calice à cinq divisions profondes, ou à trois segmens; point de corolles; étamines nombreuses, h filets rameux et réunis en un faisceau à leur base; trois styles fendus en deux ou trois stigmates simples ; capsule a trois sillons, à trois valves et a trois loges monospermes.
Le ricin commun, appelé aussi palma christi, ricinus commuais, à lige cylindrique, fisluleuse et lisse, à feuilles palmées, à capsules hérissées d'épines molles, est originaire des Indes et d'Afrique, où il s'élève à la hauteur de vingt ou vingt-cinq pieds, tandis que, chez nous, le midi excepté, il est annuel, et n'atteint guère au delà de la taille d'un homme. Ses graines, du volume et presque de la forme d'un haricot moyen , sont ovoïdes,, aplaties , luisantes , marbrées de gris reugeatre-et de blanc, obtuses et plus grosses à la hase , surmontées d'une espèce de caroncule au sommet. Elles sont com-
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posées d'une enveloppe extérieure, fragiic et colorée, d'une autre interne , blanche et très-mince , de deux cotylédons huileux, et d'un embryon blanc, conique , peu visible. Elles n'ont pas d'odeur sensible , et sont h peu près dépourvncs de saveur, à moins qu'on n'en mâche une certaine quantité, et qu'elles ne soient pas fraîches, car alors elles font éprouver à la langue nu sentiment d'àcrelé. Mcral a observe , sur du licin de quelques mois recolle en Fiance , que l'embryon n'a point une saveur différente de celle de l'amande , ainsi qu'on l'avait pensé jusqu'à présent , en attribuant à cet embryon une âcreté considérable , et le regardant comme la cause de celle qu'on attribue quelquefois a la semence.
Cette plante n'est utile qu'en raison de l'huile qu'on retire de ses graines , et qu'on prépare de différentes manières , suivant les pays. Haguenot a recommande de la dépouiller de son enveloppe, qui lui communique de l'âcretc, ce qui explique pourquoi celle qu'on fait h froid est plus douce que celle qu'on obtient par la chaleur , qui extrait toujours une partie des principes de l'enveloppe. Cette graine donne environ Je tiers de son poids d'une huile très-épaisse , un peu louche d'abord, mais qui s'éclaircit avec le temps, en laissant déposer un peu de mucilage.
L'huile de ricin a la consistance d'un sirop e'pais ; elle est sans couleur ; elle a une odeur fade et un peu nauséeuse , une saveur douce, assez analogue à celle de la noisette, sans Acreté ni causticité. En vieillissant , elle prend la consistance du miel, rougit et devient plu3 transparente. Elle conserve sa consistance ordinaire jusqu'à une chaleur de quarante degrés j mais , h celte température , elle prend la fluidité de celle d'olive. Le froid ne paraît pas changer ses propriétés, et elle ne devient pas plus épaisse jusqu'à vingt-un degrés au dessous de zéro.
On a beaucoup parlé de l'âcretc de celte huile ; mais il paraît, selon Mérat, qu'on l'a fort exagérée , et qu'elle n'existe jamais dans celle qui est fraîche et bien préparée , du moins celle d'Europe n'en offre-t-ellc aucune trace; de sorte qu'elle est le plus souvent trop douce, et ne produit pas d'effet purgatif. L'âcrelé de l'huile d'Amérique semble tenir d'un côté à l'action de la chaleur, quand on pousse un peu trop l'cbullilion , ce qui y développe un principe d'àcrelé qui n'y existe pas naturellement, de l'autre, à ce qu'on y mêle de l'huile de pignon, enfin, à ce qu'elle devient rance eu vieillissant. Au reste , la solubilité complète de celte huile dans l'alcool fournit un excellent moyen de reconnaître sa pureté.
On donne cette huile seule ou associée à d'autres purgatifs, surtout à des sirops , à la dose de deux à quatre onces , me-