SUICIDE
liéic de la vie dans le plus terrible des ennuis, puisqu'il conduit au suicide.
Esquirol signale une variété du suicide dont personne n'avait parlé. 11 est des individus , dit-il , qui, à la suite de causes physiques ou morales variables, ont peu d'appétit, une douleur eourde à la tête, des chaleurs d'entrailles, des borborygraes, de la constipation; néanmoins leur extérieur n'indique aucun autre désordre grave de la santé ; chez les femmes quelquefois, les menstrues se suppriment. Plus tard, ces malades ont les traits tirés, le regard fixe et inquiet; le teint est pâle ou jaune; ils se plaignent d'une gêne, de douleur h l'épigastre, d'une sorte d'engourdissement de la tête qui les empêche de penser, et d'une torpeur, d'une lassitude générale qui les empêche d'agir. Ils ne font point de mouvement; ils aiment à rester couchés ou à être assis; ils s'impatientent lorsqu'on veut leur faire faire de l'exercice ; ils abau donnent leurs occupations ordinaires, négligent leurs devoirs domestiques, sont indifférent pour les objets de leurs affections ; ils ne veulent ni s'occuper d'affaires, ni converser, ni étudier, ni lire, ni écrire; ils redoutent la société, et surtout les importunites auxquelles celte maladie les expose. Affligés de cet état, ils ont des idées noires; enfin, désespérés de leur nullité ou prétendue nullité, qu'ils croient ne pouvoir jamais surmonter, ils désirent la mort, la réclament, et souvent se la donnent, voulant cesser de vivre, parce qu'ils croient ne pouvoir plus remplir les devoirs de la société. Ces malades ne déraisonnent pas; leur impulsion au suicide est d'autant plus forte qu'ils ont eu plus d'occupations habituelles \ et plus de devoirs k remplir. Celte maladie peut persister pen-
dant plusieurs mois, pendant deux ans, alterner avec la manie , avec la sanlé parfaite; quelques malades sont pendant six mois, maniaques ou bien portans, et pendant six autres mois tourmentés par leurs idées noires et par le désir de se tuer.
Ce tableau est de la plus grande vérité , nous avons eu plusieurs fois l'occasion de nous en convaincre, surtout dans une ville de France où le premier degré de celte maladie paraît être endémique, si Ton en croit des bruits populaires. C'est le cas d'un état combiné de souffrance de l'encéphale et de l'estomac, peut-être avec quelque dilatation du cœur.
Esquirol n'a jamais vu d'individus qu'un funeste penchant entraînât au suicide par une sorte d'atlrait irrésistible; j'ose croire, dit-il, que si l'on eût mieux étudié les individus que l'on dit avoir obéi a un entraînement insurmontable, on eût démêle les motifs de leur détermination : le bonheur, dit J.-J. Rousseau, n'a point d'enseigne extérieure.
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Parmi les malheureux qui tuent avatit de se tuer, dit Esquirol , il en est qui obéissent a des passions véhémentes qui les portent promptement à ce double homicide; le* autres sont mus par des passions lentes. Il en est qui ne veulent pas se tuer de crainte de commettre un trop grand crime; les autres, parce que, certains de mourir après avoir lue , ils espèrent avoir le temps de se préparer à la mort, il en est qui tuent les personnes qui leur sont le plus affectionnées pour les préserver des peines de la vie ou des dangers de la damnation, ou enfin pour ne pas s'en séparer, croyant leur être réunis après la mort»
Il serait consolant, dit Coste, de pouvoir décider que le suicide est toujours l'effet d'une maladie, et la plupart des hommes, trompés par le seuii-ment même de leur attachement à la vie , sont portés h penser ainsi ; ils ne conçoivent pas alors que leur organisation tout entière Se révolte contre la seule pensée de la mort, qu'un homme sain de corps et d'esprit puisse envisager la mort sans effroi ; c'est un préjugé utile et doux. La mort est sans doute nécessaire pour l'homme, mais la vie ne dure qu'autant qu'il le veut, et ce n'est pas la faculté de vivre et de jouir qui le dislingue de la brute, niais le pouvoir de s'abstenir de tout avec volonté, et même de la vie. 11 s'agit d'être bien ou d'être mal au monde, alternative extrêmement simple, si l'on se reporte h la naissance des sociétés, singulièrement compliquée dans l'état de civilisation. Ainsi les causes du suicide, qui se réduiraient peut-être, pour le sauvage, a l'impatience de la douleur ou des privations physiques, se multiplient, pour l'homme civilisé, avec les chaînes de l'opinion et les intérêts moraux qui le gouvernent. A l'égard du penchant héréditaire au suicide, tantôt il existe avec la folie, tantôt il existe avec la raison ; dans le premier cas, il doit être considéré comme phénomène dominant, et si l'on veut caractéristique d'une maladie mentale; dans le second, il n'est que la toute puissance d'une idée fixe et motivée, et peut-être tient-il beaucoup plus à l'imitation, h la contagion de l'exemple dans une famille , qu'a une disposition originelle, à une véritable hérédité. Le remords e%t une pensée trop sévère au cœur de l'homme polir qu'il puisse la supporter loug'temps, et lorsqu'il n'y a point de réparation possible, la religion seule prévient le suicide. Je suis persuadé qu'il y a du remords au fond de bien des suicides mal interprétés. Je ne sais si la lecture des écrivains romantiques n'est pas propre à développer ce malaise des facultés morales, qui fait que les choses de la vie ne suffisent plus a leur activité. L'ennui est aussi le partage des hommes les plus distingués par leur esprit, et qui semblent avoir le moins besoin de sen-
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sation ; peut -rire rt:sultot-i] alors de l'inaction de facultés puissantes, forcées de se replier sur elles-mêmes et de se consumer dans leur force, parce que rien ne leur rc'pood; de là le désir de quitter un monde où Ton desespère d'être jamais aimé ni compris.
Quel est, ajoute Coste,Ie siège et la cause du suicide? quel est le siège de la détermination au suicide, des motifs du suicide? Si la cause est une douleur physique, son siège n'aura d'autres bornes que celles des parties sensibles; si celle cause est une douleur morale, elle aura nécessairement son siège dans la substance qui perçoit cette douleur ; ainsi , en admettant tout ce qu'on suppose des fonctions du cerveau, il sera souvent le siège de la cause occasionellc du suicide, et constamment le siège des motifs et de la détermination.
Je regarde, dit-il, une loi qui flétrirait la mémoire d'un homme par cela seul qu'il attente à ses jours, comme impossible, parce qu'elle est contre la nature des choses; des lois qui punissaient le malheur et qui flétrissaient Tinnocencc n'ont pu <Hre faites que par des idiots. Une éducation chrétienne est le plus cfGcace de tous les moyens pour prévenir le suicide, parce qu'une âme pénétrée de ses maximes n'est point accessible au désespoir, et parce qu'une conscience irréprochable est toujours plus forte que le malheur.
Nous rapportons textuellement ces passages, parce qu'il nous paraît impossible de penser plus juste et de mieux exprimer la vérité.
Appelé par les parens d'une personne disposée au suicide ou par celte personne elle-même, le médecin doit, comme s'il s'agissait de tout autre étal pour lequel on réclamerait ses soins, se faire rendre exactement compte de la vie passée du sujet, de ses maladies antérieures; ensuite il dirigera ses recherches sur l'état présent de chaque organe, et d'après les indications, s'il s'en présente, il agira comme sfil ne s'agissait pas d'un cas de tendance au suicide. S'il y a des signes* de folie, il demandera l'isolement; s'il n'en existe pas, il se bornera aux moyens réclamés par l'état de la tête, de la poitrine ou du bas-ventre. S'il ne s'offre aucun symptôme, il se bornera à recommander un régime adoucissant, le travail, les voyages et la distraction. Dans tous les cas, il prendra ou fera prendre les mesures nécessaires pour que le sujet ne puisse exécuter son projet.
Il est des personnes, des femmes surtout, qui menacent de se suicider, afin d'en obtenir ce qu'elles désirent, ou même uniquement pour lourmcnler leurs pioches ; afin de déjouer cette basse manœuvre, il faut les laisser libres d'exécuter le projet dont elles font en quelque 6orlc parade. Mais il im-