‹ Dictionaire des sciences médicalesChapitre 15 sur 43 · FUR · texte numérisé non relu

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au traitement désaffections nuances et <le plusieurs autres maladies, imprimé* par ordieda gouvernement ; in-8°. Paris, 1816.

Ce recueil contient les rapports cités dans le présent article , faits tant par le jury médical nomme par le conseil d'administration des hôpitaux , que par les commissaires de la b acuité de médecine.

( HALLE et WTSTEK )

FUREUR , s. îtfuror. La fureur est un emportement violent causé par l'égarement de l'esprit ou du cœur. La fureur est cet état dans lequel l'homme, transporté hors de lui par le délire ou par quelque passion , s'exhale en propos , en menaces , en aclions, et cherche à nuire aux autres et à lui-même.

La fureur exprime le plus haut degré d'exaltation des passions véhémentes. On aime ou Ton hait avec fureur. On appelle fureur un violent accès de colère. Le zèle outré pour la religion , le fanatisme religieux se convertissent quelquefois en véritable fureur. Cet état extrême des passions , qui prive l'homme de sa raison , qui le porte aux déterminations les plus funestes, conduit assez souvent à l'aliénation mentale j il cause quelquefois' des hémorragies, des paralysies, et même l'apoplexie et la mort.

Daus la fureur, la face est colorée, quelquefois très-pale, toujours convulsive, l'œil est en feu, le regard farouche, la voix haute, le ton menaçant, tout le corps dans un spasme général. La fureur est expansive dans quelques cas; elle est morne, concentrée dans d'autres ; elle est toujours suivie de lassitude, de brisement des forces; souvent elle se juge par des évacuations forcées, des hémorragies, et même par la mort.

La fureur est un accident , un symptôme, c'est la colère du délire. Elle a été confondue avec la manie par les anciens et p3r plusieurs modernes ; de même qu'on a confondu avec l'hydropbobie la rage , qui n'est qu'un degré extrême de fureur. La manie consiste dans un délire général , chronique et sans fièvre , avec exaltation des forces, par opposition avec la démence, qui est un délire général chronique sans fièvre avec diminution des forces. Mais tous les maniaques ne sont pas furieux, comme tous les hydrophobes ne sont pas enragés; mais la fureur éclate dans tous les délires, même dans le délire fébrile ; la fureur éclate dans toutes les aliénations, même dans la démence ; elle éclate daus plusieurs maladies qu'on ne peut confondre avec la manie, telles que l'hystérie , l'hydrophobie ; elle éclate dans l'ivresse, après l'usage de certains poisons, etc. Donç la fureur est un symptôme bien distinct de la manie, qui se rencontre à la vérité souvent avec clic, mais qui ne peut la caractériser. La fureur peut bien caractériser une variété de la manie, mais non fournir un caractère spécifique, tout comme elle peut caractériser plusieurs variétés de mouomnnic , de mélancolie , de démence et d'idiotisme.

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Le tempérament sanguin et surtout le tempérament bilieux irritable prédisposent à la fureur. La chaleur brûlante de l'air, certaines constitutions atmosphériques, certains vents rendent plus imminentes les explpsions de fureur, ainsi que tontes les circonstances qui augmentent l'impulsion du sang vers la tète, ou l'influx nerveux , ou, si l'on préfère, l'excitemcnt des forces vitales dans le cerveau.

La fureur est causée* par l'usage, ou mieux par l'abus de plusieurs substances introduites dans l'estomac; le vin , les liqueurs alcooliques, l'opium, leconium, le tanguin, etc., jettent dans la fureur.

Quelques fièvres, la pbrénésie, l'hyJrophobie causent quelquefois la fureur; elle est svmptomatique de quelques aliénations mentales , de quelques hystéries. Dans tous ces cas , des .hallucinations des sens, aes jugemens faux , la perversion des affections morales portent les fébricttans, les hydrophobes, les aliénés à la fureur. De toutes les passions qui entraînent les aliénés à la fureur, celles qui les excitent le plus fréquemment sont le fanatisme religieux, l'amour, la jalousie, l'honneur compromis, la misère. Comme toutes les autres de'terminations du délire, la fureur n'est jamais automatique, dans ce sens que les furieux ne se livrent jamais sans motif à leurs emportemens {Voyez folie, manie). C'est toujours pour éviter, pour écarter quelque danger dont ils se croyent menacés, pour résister à des contrariétés vraies ou imaginaires, ou enfin pour se venger de ceux qu'ils prennent pour leurs ennemis.

La fureur est continue ou intermittente; si clic est continue, elle ne peut être de longue durée.

Elle est toujours un symptôme fâcheux dans la fièvre on les pblegmasies.

Il n'en est pas de même dans l'aliénation mentale; elle est critique dans la démence consécutive. Lorsqu'après un traitement débilitant de la manie ou de la démonomauic , les aliénés sont tombés dans la démence , s'ils reprennent des forces , la manie et souvent la fureur mettent fin au délire. L'on voit aussi la fureur se terminer par la démence incurable, et quelquefois il suffit d'un seul jour de fureur pour cela. La fureur qui cause tant d'effroi et tant d'inquiétude à ceux qui ne sont pas familiarisés avec les aliénés, loiu d'aggraver le pronostic de l'aliénation mentale , laisse plus d'espoir de guérison , parce que ce symptôme indique la réaction des forces vitales. H n'est pas rare qu'après un accès de fureur, les aliénés deviennent plus calmes et plus raisonnables. Mais si la fureur est continue , si le délire est général et ôte au furieux jusques au sentiment de t a propre existence, on peut craindre qu'il ne résiste pas à cet excès d'excitation, et que la mort ne termine promptcmçnt sa

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rie. Si l'aliéné dans sa foreur a commis quelque acte d'atrocîle*, il est à craindre qu'il ne guérisse point. Je n'ai point vu guérir d'aliéné' qui ait tranché les jours de ses en fans , de ses parens ou de ses amis ; mais ils ne sont pas incurables lorsqu'ils n'ont compromis que leur existence.

La fureur n'exige point un traitement particulier : son traitement doit rentrer dans celui des maladies dont elle est le symptôme. C'est pour l'avoir appréciée isolément , pour lui avoir donné tant d'importance , qu'on a commis bien des erreurs dans le traitement des aliénés et des hystériques furieux , lesquels , sous prétexte d'abattre les forces . étaient saignés avec excès, sans réfléchir que la saignée souvent augmentait le mal qu'elle ne calmait les malades qu'en leur ôtant les forces nécessaires pour délirer, et en les privant de celles qui étaient nécessaires pour achever la solution de la maladie.

Ce symptôme a déterminé des erreurs d'une conséquence? plus générale , et non moins funeste aux aliénés. Ne voyant dans les fous que des aliénés, on a logé, traité tous les aliénés comme des êtres dangereux et malfaisans dont il fallait garantir la société : de là les cachots, les loges , les grilles, les chaînes, les coups, moyens oui exaspèrent le délire et qui sont on des principaux obstacles à la guérison de ces infortunés ; tandis qu'en calculant le nombre relatif des furieux , it suffit de quelques précautions dans la distribution d'une maison d'aliénés , pour loger et diriger convenablement ceux qui peuverit être dangereux. Voyez hospice d'aliénés. ( esqgmol)

fureur (méd. légale). La fureur et la manie sont considérées comme synonymes dans presque tous les traités de médecine légale , et le code civil semble sanctionner cette aynonyraie par l'article 489 , ainsi conçu :

« Le majeur, qui est dans un e'tat habituel a*imbécillite\ de démence ou de fureur, doit être interdit , même lorsque cet état présente des intetvalles lucide*. »

Cependant la fureur chez un individu atteint de délire maniaque , n'est qu'une conséquence de ce délire , et la manie peut exister sans fureur, comme la fureur peut aussi se manifester sans manie notoire. Le langage médical rigoureux ne permet donc plus que l'on confonde l'une avec l'autre; et le médecin, chargé d'opérations médico-judiciaires , doit éviter dans ses rapports cette confusion.

Toutefois la fureur devient plus particulièrement un sujet de recherches et de méditations pour le médecin légiste , lorsqu'elle ne peut être attribuée à l'exaltation d'un délire habituel et notoire ; c'est-à-dire, à un état antécédent d'aliénation mentale , mais qu'elle est le résultat d'une commotion morale , knuque , imprévue. C'est alors la colère portée au dernier

FUR i57 degré ; et , comme telle, on doit l'apprécier soigneusement et examiner à quel point les actes auxquels elle peut entraîner se trouvent être en rapport avec le degré de provocation. « Le code pe'nal , disent les auteurs de ses motifs (rapport du 7 février 1810), n'admet point V excuse sans une provocation violente , et d'une violence telle , que le coupable n'ait pas eu , au moment même de Vaction qui lui est reprochée , toute la liberté d'esprit nécessaire pour agir avec una mûre réflexion. »

On voit , d'après ce qui précède , qu'il peut se présenter des cas où la fureur devient une circonstance au moins atténuante. Mais , pour bien les juger , il faut chaque fois s'enquérir des diverses causes qui ont concouru à déterminer l'exaltation de la colère ; il faut surtout les peser individuellement et dans leurs rapports avec le sujet sur lequel elles ont agi. Il était impossible qu'une loi établît une gradation de peines conformes aux principes qui viennent d'être exposés , par la raison que ces principes, conduisant à une infinité de considérations individuelles , il aurait fallu établir pour chacune de leurs combinaisons une disposition pénale particulière. Toutefois comme on trouve dans notre législation civile et criminelle des moyens de les faire valoir , il ne sera pas sans utilité d'exposer ici les plus essentielles de ces considérations.

La fureur qui survient chez un aliéné , ou qui accompagne un accès de manie , ne peut , dans aucun cas , donner lieu à une punition légale du furieux, mais bien à celle des personnes chargées de le surveiller. Voyez les articles 475, 479 et 480 du code pénal. Alors il s'agit seulement de constater si l'aliénation mentale est réelle, et s'il n'y a pas de simulation. Fojez alilnk , manie 9 siMULies (maladies).

La fureur ou l'exaltation de la colère qui se manifeste chez un individu habituellement sain d'esprit , doit-elle être regardée comme une aliénation mentale ?

Si l'on examine les changemens notables que la colère , portée à un certain degré, oroduit sur l'individu dont elle s'empare ; combien elle trouble la circulation et la température; combien elle altère les traits ; on ne peut se défendre de la considérer comme uu état d'aliénation mentale passagère , et de consacrer ainsi l'opinion qu'Horace et Perse ont émise dans les vers suivans :

ira furor brevis est, animum rege , qui n'm partt, Imperat : hune Jrenis , hune tu compesce carmù.

Ho*.

JYunc face suppnuia jeruescit sançuis et ir.i ScintiUant, dicisquefacisque quart ipse dfonsani eit hominu, non tonus jurât Omtes.

Paiwx.

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La colère a cela de commun avec la frayeur , que Tune et l'autre commotion morale peuvent nous surprendre , pour ainsi dire , à l'improviste et souvent nous priver de toute réflexion , de toute faculté* de lier convenablement nos idées. On conçoit combien il est essentiel , en matière criminelle surtout, d'ap- précier avec justesse ce mode d'invasion , parce que moins il est prévu , moins il est préparé , et plus il peut atténuer la culpabilité. Le médecin consulté judiciairement ou ex ira judiciairement , le médecin remplissant les fonctions de juré , le magistrat surtout, rencontrent des occasions nombreuses de faire l'application de ce principe ; et c'est alors qu'ils doivent examiner avec soin les circonstances morales qui ont déterminé l'événement ; car elles forment les premières bases sur lesquelles leur opioiou devra se fouder. Plus l'espace de temps qui s'écoule entre la provocation et les actes d'une colère furieuse est court , plus ces actes deviennent excusables ; car la colère exaltée par la réflexion sur l'outrage qui nous a été fait , ou sur les torts que nous avons éprouvés , n'est plus de la fureur, c'est de la vengeance. Dans cette appréciation doitaussi entrer pour beaucoup, ainsi que je l'ai déjà fait observer, l'énergie des causes qui ont provoqué la colère , puisque c'est généralement sur elles que peuvent se calculer en général les divers degrés de cette affection morale , et que l'on peut la nuancer depuis l'emportement jusqu'à la fureur. Pourra-t-on , par exemple , supposer la même perturbation physique et morale chez deux homicides , dont l'un aurait été excité à ce crime par quelques propos injurieux , et l'autre par une action qui l'aurait privé a jamais du repos et du bonheur ? Ainsi nous trouvons parmi les dispositions du code pénal , qui rendent l'homicide excusable, celle qui est relative à l'homicide commis par l'époux outragé ; mais l'art 5?4,qui renferme cette disposition, expose en même temps toutes les circonstances qui , en pareil cas , peuvent déterminer brusquement ce haut degré de fureur qui exclut Ja liberté d'esprit :

a Le meurtre y y est-il dit , commis par Ve'poux sur V épouse , ou par celle-ci sur son époux , n'est pas excusable , si la vie de l'époux ou de Vépouse qui a commis le meurtre ria pas été mise en péril dans le moment où le meurtre a eu lieu. Néanmoins , dans le cas d'adultère prévu par l'article 53(i , le meurtre commis par l'époux sur son épousé, ainsi que sur le complice , à l'instant où il les surprend en flagrant délit dans la maison conjugale, est excusable. »

Mais , outre les circonstances formant les causes occasionnelles de la colère et de la fureur , il en est d'autres qui doivent également servir à faire apprécier, sous le rapport physique et / psycologique, le degré de ces passions el leur influence sur la

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liberté des facultés intellectuelles de celui qui les éprouve. Une première de ces causes , que l'on pourrait appeler prédisposantes , se trouve dans la constitution mêmede l'individu. Cependant ici il ne faut pas entendre par constitution ce que Ton appelle tempérament. Je sais que l'on a cherché à déterminer par lui la disposition plus on moins grande à la colère , et qu'on a remarqué que les individus doués d'un tempérament bilieux, non-seulement étaient les plus enclins à cette passiou, mais aussi qu'elle prenait facilement chez eux le caractère de fureur. Toutefois cette observation , quoique vraie en général , est sujette à trop d'exceptions pour qu'elle puisse servir de guide dans tous les cas ; et j'ai vu des personnes , avec toutes les apparences d'un tempérament phlegmatique , se livrer tout à coup et par suite de légers motifs , à des excès de colère furieuse ; tandis que j'en ai connu d'autres* dont les cheveux foncés et crépus, l'œil noir et animé, le teint hépatique, la vivacité des gestes, etc., semblaient indiquer une violence de toutes les passions, supporter avec sang-froid des provocations sérieuses et les combattre par le raisonnement. Enfin, on sait combien, outre ces anomalies difliciles à expliquer, l'éducation peut modifier nos propensions morales. Puissent les considérations nombreuses qui découlent de ces données n'être jamais négligées des magistrats et des médecins !

Un des plus sûrs moyens de déterminer jusqu'à quel point le raisonnement a pu participer à des actes commis dans un accès de colère furieuse , est , après avoir pesé les circonstances de la provocation , de se faire rendre compte des effets que la colère produit habituellement chez l'individu accusé, et de ceux qu'elle a déterminés en lui dans le cas qui a donné lieu à l'examen judiciaire. Alberti ( Comment, in constùut. criminalem , p. 365 ) trace à ce sujet le précepte suivant :

« Danturetiam homines quiob tram in furiosam , attamen transitoriam mentis impotentiam 'delabuntur, qui œque c/rcumspeae inquirendt sunt , an débet um quod commiserant ob ejusmodi insaniam perpetraverint , siquidem testimonia interdum de uno alterove percipiuntur , quod sub ira in co/ivulsiones , atu'mi deliquium , aut insaniam delabantur. »

Eu effet, supposons qu'un individu soit notoirement sujet à des accès de colère dégénérant en fureur, et se manifestant par des symptômes tels que Alberti les décrit j cette fâcheuse disposition, si elle ne peut excuser dans tous les cas les excès auxquels il se serait porté dans sa fureur, ne doit- elle pas au moius les atténuer ?

Diverses autres causes peuvent encore concourir à disposer à la fureur. Ces causes étant souvent passagères exigent, pour être reconnues et appréciées , toute la sagacité du médecin.

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