‹ Dictionaire des sciences médicalesChapitre 25 sur 43 · THYROÏDE · texte numérisé non relu

THYROÏDE

Les ganglions lymphatiques , communément appelés élan des lymphatiques ou glandes conglobées, se rencontrent, à diverses distances les uns des autres, le long du trajet des vaisseaux du même nom. C'est dans leur intérieur que ceux-ci se ramifient, s'anastomosent et se confondent avant de se rendre aux troncs communs de leur système. Ce sont des corps arrondis ou ovalaires , quelquefois triangulaires , plus ou moins convexes , souvent aplatis , toujours creusés de légers sillons dans quelques points de leur superficie , tantôt isolés , tantôt aussi rapprochés et rassemblés en manière de grappes , d'un volume très-variable , depuis celui d'une tête d'épingle , et a u dessous , jusqu'au diamètre d'un pouce environ. Mais leur grosseur o'estpas, à beaucoup près, la même aux différentes époques de la vie. Il» sont, proportion gardée , beau-

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coup plus volumineux chez 1rs jeunes gens, et surtout cîiez les «nfans, que chez les vieillards ; souvent même ils diminuent tellement avec les années , qu'on parvient difficilement à découvrir ceux du mésentère chez les personnes Tort âgées. Ils ont , eu gênerai , une teiute ronçeutrc. Cependant leur cou-* leur n'est pas la même dans toutes les parties du corps. Les ganglions lymphatiques sous-cutanés sont notablement plus rouges que ceux qui se rencontrent dans les cavités splanchniques. Warlhon a le premier fait la remarque fort juste qu'il* perdent d'autant plus de leur rougeur, que le sujet est plus avancé en âge : ce qui dépend de ce que , pendant les premiers temps de la vie , le système des vaisseaux sanguins est à la fois plus perméable et plus riche en ramifications capillaires. D'ailleurs , beaucoup de circonstances extérieures contribuent encore à altérer la teiute des ganglions qui nous occupent, et à la faire varier. Telle est . entre autres , la couleur des fluides qui les traversent : de là vient que certains ne sont pas toujours colorés de la même manière ; ceux du mésentère , par exemple, paraissent être et sont effectivement plus blancs pendant la digestion et l'absorption du chyle qu'eu tout autre temps. Leur consistance ne présente pas moins de variétés. En général cependant, ceux des parties extérieures ont plus de solidité que ceux des parties internes , et surtout que ceux du mésentère , lesquels se déchirent fort aisément.

La membrane qui les enveloppe en manière de capsule , est ferme , mince , lisse et brillante. Elle adhère aux parties voisines par un tissu cellulaire plus ou moins abondant, et plus ou moins chargé de graisse , mais toujours assez lâche pour permet tre aux ganglions situés sous les tégumens communs de céder un peu aux impulsions qu'on leur donne et de rouler sous les doigts. Cette membrane se résout toute entière en tissu cellulaire par la macération. Après l'avoir enlevée , on aperçoit la substance des ganglions qui est molle, Ûexible, et formée d'un assemblage de vaisseaux lymphatiques , soutenus par un tissu J n mineux , dont les interstices sont remplis d'un suc particulier, blanc, séreux, lactescent , et plus ténu que le lait, chez les enfans; mais qui, par les progrès de l'âge , devient incolore, diaphane , plus consistant , diminue de quantité, et finit par disparaître tout-à-fait.

Les ganglions lymphatiques reçoivent beaucoup d'artérioles. Des nerfs s'y distribuent aussi , mais en petit nombre et fort déliés, en sorte qu'il est difficile de les apercevoir. La sensibilité, naturellement obscure et peu prononcée de ces parties, se développe et devient souvent tres-vive dans les maladies qui s'emparent d'elles. Les vaisseaux lymphatiques qui s'y rendent, et qui n'y pépcUÇftt qu'aprèa s'être Avisés en plusieurs

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branches à leur approche , portent lYpithète de déférera : on donne celle d'efférens aux rameaux qui en ressortent.

On n'a pas encore de notions bien certaines sur l'usage des ganglions lymphatiques. Si on fait toutefois attention aux particularités remarquables de leur structure, on est disposé à croire qu'ils sont destinés à ralentir le cours de la lymphe, et à favoriser l'élaboration, la mixtion des fluides hétérogènes dont se compose cette humeur ramenée de toutes les parties du corps. Sans doute aussi qu'ils ont pour bnt d'alimenter cette même lymphe de la rosée séreuse versée dans leurs cellules par les arte'rioles , et qu'ils contribuent ainsi à en augmenter la du idité. Au reste, tout porte à croire qu'ils sont principalement utiles pendant les premières années de l'existence. En effet, outre qu'ils présentent plus de volume chez les jeunes gens f leur grosseur augmente encore à un point considérable à l'époque où le corps commence à prendre un accroissement rapide; et cette augmentation , toujours accompagnée de douleurs assez vives , est quelquefois portée en peu de jours à un point considérable.

Ils sont sujets à de nombreuses maladies , parmi lesquelles se rangent l'inflammation , la suppuration , l'infili ration , l'en* corgemeut , l'obstruction , le carcinome et le cancer. Leur engorgement , la plus commune de toutes les affections dont ils deviennent le siège, dépend d'une foule de causes différentes, notamment des scrophules , du vice vénérien , de la petitevérole , etc. Une fois qu'ils ont été tuméfiés , ils conservent généralement un excès de volume auquel les secours de l'art ne sauraient remédier ; circonstance qu'il importe beaucoup de prendre en considération dans le traitement des maladies vénériennes , afin de ne pas insister sans nécessité sur l'emploi des mercuriaux et des autres antisyphilitiqnes. Voyez lymphatique.

Les ganglions nerveux sont des renflemens ou nœuds particuliers quî se rencontrent sur le trajet des nerfs, et qui résultent essentiellement d'un assemblage de filament nerveux , ramifiés et divisés à l'infini , entrecroisés , confondus , diminués de consistance , et adhérait les uns aux autres au moyen d'un tissu lamineux très-fin, arrosé par un suc muqueux, et traversé en tout sens par des ramuscules sanguins.

Ces ganglions , en général , peu volumineux , sont d'nne couleur grise, tirant légèrement sur le rougeâtre, et d'une consistance supérieure à celle des nerfs. Leur capsule est celluleuse , dense , ferme et résistante. Quant à leur substance intérieure , elle est formée par l'union des fibres nerveuses. Ils semblent, en effet , ne différer des plexus que parce que les filets qui les composent sont plus intimement unis ; car la

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macération les résout en plusieurs filamens qui s'anastomosent ensemble.

On les partage , d'après leur situation , en ceux de la tête , do cou , de la poitrine, de l'abdomen et du bassin. A la tête, on trouve le lenticulaire, le sphéno-palatin , celui de la glande sublinguale, etc. Au cou, on rencontre les trois cervicaux, et quelquefois un autre sur le côté de la trachée-artère. Ou. observe, dans la poitrine, les douze thoraciques; dans l'abdomen , les semi-lunaires , les lombaires , etc. ; et dans le bassin , les sacrés.

On les divise aussi en simples et en composés. Les ganglions simples sont ceux qui proviennent du renflement d'un seul nerf; les autres doivent naissance à l'association de cordons provenant de nerfs difle'rens , entre lesquels ils établissent ainsi une communication. Suivant Meckel , Zinn , Scarpa et Sabatier, dans ces derniers, plusieurs petits filets se divisent et se réunissent ensuite en formant des troncs , de sorte que des nerfs distincts dans leurs origines , au cerveau ou à la moelle épiniere , lorsqu'ils se portent à un même ganglion composé, y sont mêlés par leurs filets qui s'y sont divisés , et ensuite unis tellement que chaque rameau qui sort enfin de ce ganglion est composé de filets de plusieurs paires distinctes de nerfs.

Les opinions des physiologistes ont été singulièrement partagées sur les usages des ganglions nerveux. Lancisi, qui avait pensé reconnaître des fibres musculaires dans leur texture , imagina qu'ils sont propres à accélérer le cours du ûuide nerveux ou des esprits animaux. D'autres les crurent destinés à favoriser la division de certains nerfs en un grand nombre de filets, à les faire parvenir commodément dans toutes sortes de directions aux parties auxquelles ils sont destinés, et à réunir plusieurs petits filamens en une grosse branche. La nature , disent-ils, semble avoir voulu croiser et mêler intimement, dans les ganglions et les plexus , les filets venant de difle'rens troncs nerveux, et faire ainsi que les autres troncs de nerfs qui sortent de ces ganglious et de ces plexus, soient composés de manière que leurs divers rameaux soient éminemment sympathiques entre eux. La plupart, enfin, les ont considérés comme étant , jusqu'à un certain point , indépendans de i'encéphale, et comme agissant d'une manière qui leur appartient en propre. L'anglais Johnstone parait avoir le premier émis cette opinion dans les Transactions philosophiques. Il regardait les ganglions comme de petits cerveaux , des sources de nerf* composées d'un mélange de substance corticale et de substance médullaire , qui , bien que pouvant agir indépendamment du cerveau, et se passer pendant quelque temps de son

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influence , lui sont cependant subordonnées , et ont pour mage spécial d'alfrauchir du pouvoir de la volonté' les mouvem.'us vitaux, à la conservation desquels ils veillent, par exemple, dans le sommeil et dans l'apoplexie. Tissot nous a donné une analyse assez étendue de cette opinion dans son Traité des nerfs et de leurs maladies. Mlle a été soutenue depuis par Monro, Scarpa, Burthcz , etc.; mais personne ne Ta défendue avec plus d'ardeur que Bichat. Cet habile physiologiste, se fondant sur la ténuité extrême, le nombre très-considérable, la couleur grisâtre , la mollesse remarquable , et les variations extrêmement communes des nerfs qui proviennent dos ganglions , si on excepte ceux de communication entre les nerfs cérébraux , et quelques-uns de ceux qui unissent ces renflemens entre eux , soutint que tous les ganglions formeut autant de centres nerveux absolument indépendans et distincts , destinés à fournir des nerfs aux organes de la vie organique , et consacrés exclusivement à l'exercice de cette vie. Disséminés dans les différentes régions du corps , ils ont tous une actioa propre et isolée. Chacun est un foyer qui envoie, en divers sens, une foule de ramifications, lesquelles portent, dans leurs org.m»s respectifs , les irradiations du foyer dont elles s'échappent ; de sorte que les passions ou les opérations de la vie organique n'ont pas de centres fixes et constans, comme il en existe un pour les sensations ; qu'elles portent chacune leur influence sur un organe spécial ; que si le sentiment local qu'elles nous font éprouver se rapporte eu général à la région épigastrique , rendue si célèbre par ce phénomène dans les écrits des modernes, c'est parce que tous les viscères important de la vie organique se trouvent concentrés là; et enfin, que si la nature eût séparé ces viscères par de grands intervalles, alors le foyer épigastrique n'existerait plus, et le sentiment de «os passions serait disséminé. De toutes ces considérations, Bichat conclut qu'il existe deux systèmes nerveux bien distincts, celui qui émane du cerveau et celui qui provient des ganglions; que le premier a un. centre unique, tandis que le second en a un très-grand nombre , et que les branches communicantes des ganglions , d'après lesquelles les analomistes se sont déterminés à admettre un nerf isolé sous le nom de trisplanchnique, intercostal , vu grand sympathique , ne supposent pat plus un nerf continu , que les rameaux qui passent de chacune des paires cervicale , lombaire ou sacrée aux deux paires qui lui sont supérieures et inférieures , d'autant plus même que ces communications sont souvent interrompues, et qu'on voit, chez bien des sujets, le nerf trisplanchniquc cesser et renaître ensuite, soit t»ntre ses portions pectorale et lombaire , soit entre ses portions lombaire et sacrée; d'où il parait constant mie ça

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5 retendu nerf n'est qu'une suite de communications entre ivers centres nerveux placés a différentes distances les uns de» autres.

Quoiqu'on ne puisse disconvenir de l'indépendance des ganglions et des nerfs émanés d'eux , puisqu'elle e>t prouvée par une foule de faits recueillis chez l'homme , et surtout par ce qui se passe chez les animaux d'un ordre inférieur , privés d'encéphale , et doués seulement de ganglions nerveux , Bichat parait cependant avoir été beaucoup trop loin en affectant exclusivement ces derniers à uue seule classe d'organes. En effet , non-seulement les fonctions, dites organiques, s'exercent dans tout le corps , et par suite dans des parties où on ne rencontre jamais de ganglions , mais encore tous les orgaucs destinés à la vie organique reçoiveut des nerfs cérébraux , souvent même plus nombreux que les ganglionnaires. D'ailleurs, il est démontré qu'il existe, entre toutes les parties de notre corps, une connexion trop intime , pour qu'on puisse dire de l'une d'entre elles qu'elle est entièrement indépendante, outre que la considération du cerveau dans toute la série du règne animal semble autoriser à conclure que ce viscère n'est proprement qu'un ganglion semblable aux autres, mais sur lequel se sont succesivement et graduellement entés , pour ainsi dire, des organes destinés à l'exercice des sens externes et de la pensée. On s'éloignerait donc peut-être moins de la vérité que ne l'a fait Bichat, en disant que les ganglions , indépendamment de l'influence directe et incontestable qu'ils ont sur la production des besoins, des déterminations instinctives , et en un mot de tout ce qui se rapporte à l'appareil des passions, fervent encore de points de contact aux diramations du système nerveux , et sont , de çetle manière , les ageus principaux de la correspondance qui existe entre les organes. Ce qui tend à prouver celte assertion , c'est qu'on les rencontre pour la plupart dans les lieux où se trouvent un grand nombre de viscères qui, bien que distincts , agissent cependant dans une même vue , et conspirent à un même but. Tout porte à croire qu'une partie au moins de la destination des ganglions est d'entretenir entre ces viscères une harmonie nécessaire à l'exercice libre et régulier de la fonction. Forez nerf.

ganglion ( pathologie) ; tumeur globuleuse , dure , indolente , excédant rarement le volume d'un œuf de pigeon , presque toujours solitaire , et située sur le trajet des tendons.

Cette tumeur, formée par un fluide albumincux renfermé dans un kyste épais , solide et résistant , est peu profoude , et communément plus ou moins mobile sous la peau. Quand on l'examine avec attention, on s'aperçoit que le sac communique avec la gaine du tendon voisin par un pédicule étroit et mince.

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Elle croît d'une manière fortlente, s'enflamme très-rarement, et tombe plus rarement encore en suppuration : lorsque ce dernier accident a lieu , la tumeur donne presque toujours naissance à iiq ulcère de mauvais caractère. Tant qu'elle demeure peu volumineuse, elle ne cause pas la plus légère incommodité; mais, quand elle prend de l'accroissement , elle produit une difformité bien sensible-, gène et quelquefois même empêche tout à-fait les niouvemens du tendon >ur lequel elle repose. C'est surfout aux mains et aux doigts qu'on l'observe : elle est bien moins fréquente aux pieds.

Le ganglion reconnaît pour cause une contusion ou une tension forle et subite d'uu tendon; mais il paraît dépendre aussi, dans quelques circonstances , d'une cause interne , et notamment d'une affection rhumatismale ou arthritique : alors il ae développe spontanément, et presque toujburs même on en voit survenir plusieurs à la fois. Il parait dépendre de ce qu'il se foi me à la g une du tendon une petite fente par laquelle l'humeur lnbréfiante s' e\ happe au milieu du tissu cellulaire environnant, et l'organise peu à peu en un kyste, dont sa quantité toujours croissante concourt à augmenter la capacité , l'épaisseur et la densité.

La résolution , la compression , l'extirpation , l'incision et l'écrasement sont les cinq méthodes qu'on a proposées pour obtenir la guériaou de cette tumeur.

La solidité et la dureté du sac font qu'il est très-difficile d'en obtenir la résolution , qu'il est cependant bon de tenter A parce qu'elle a réussi quelquefois, et qu'eile ne peut au moins jamais nuire. Les résolutifs les plus stimulans sont ceux aux-

2uels on doit avoir recours, et il n'y a aucun danger à redouter e leur part, parce que le kyste ne s'enflamme qu'avec beaucoup de difficulté. On a conseillé les frictions avec l'esprit de savon ou l'infusion de feuilles de belladone, et même les cataplasmes pre'parés avec les feuilles pilées de celte plante. Quelques praticiens assurent avoir obtenu de grands avantages de l'électricité. Suivant d'autres, les frictions sèches, réitérées souvent et faites avec rudesse, suffisent dans bien des cas. On a aussi recommandé le fiel de bœuf mêlé avec l'esprit de corue de cerf.

La compression s'est montrée quelquefois efficace. Il faut qu'elle soit très-forte, et qu'on ail l'attention, si la tumeur est trop dure, de la ramollir en la comprimant à différentes reprises , ou la frictionnant soit avec des huiles , soit avec un liuimenl volatil ordinaire. Quant à l'instrument compressif , il est fort simple, et consiste en u îc balle de plomb aplatie , ou un épais morceau d'or qu'on applique sur la tumeur , et qu'on y maiulient à l'aide d'un bandage fort serré. La com^

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pression réussit bien pins sûrement encore lorsqu'on a le soin d'enfermer le membre entier dans un bandage roulé. Au reste , celte méthode est fort longue, gênante et même douloureuse , de sorte qu'il est rare que les malades ne la rejettent pas.

L'extirpation de la tumeur ne laisse pas que d'être assez difficile, à cause du voisinage du tendon qu'on craint d'intéresser, et même sujette à quelques inconvéuiens, tels que de vives douleurs, une fièvre violente, et des spasmes. Cepeudant on peut y recourir toutes les fois que la mobiliic' du ganglion indique qu'il n'adhère point à la gaine tendineuse, ou qu'il n'y tient au moins que par un long et grèle pédicule. On a grand soin aussi d'empêcher l'air de s'introduire dans la plaie, et,

Îtour y parvenir, on réunit, aussi promptement que possible f es lèvres de cette dernière avec des emplâtres agglutinatifs. Il faut , comme dans toutes les tumeurs cystiques , enlever le kyste sans l'ouvrir,' et se bien garder surtout d'en laisser subsister des lambeaux qui reproduiraient infailliblement et bientôt la maladie.

La méthode la plus ordinaire et la moins sujette à inconvéniens consiste à écraser la tumeur , et à en faire sortir le fluide qui se répand dans le tissu cellulaire, où les vaisseaux absorbans le pompent. On y parvient par une forte et subite compression exercée avec le pouce , sous lequel on a placé un corps dur, tel qu'une pièce de monnaie : on frotte ensuite la peau afin de bien vider le sac , et on établit une forte compression avec un bandage qu'on imbibe d'une dissolution de sel ammoniac dans le vinaigre. Ce procédé n'entraîne jamais d'iullammalion j il n'est point non plus douloureux , et n'incommode en rien le malade. Il exige seulement qu'on insiste sur l'emploi de la compression : plus on la prolonge , et plus on est en droit de compter sur une guérison radicale.

L'écrasement n'est guère praticable que quand la tumeur te trouve en face d'un os qui fournit un point d'appui solide et invariable , ou quand le sac n'est pas trop épais. Mais , dans le cas contraire, l'incision avec la pointe d'une lancette mérite Ja préférence. On a soin, eu tirant à soi la peau, de détruire le parallélisme entre l'ouverture qu'on y pratique et celle qu'on . fait en sac , afin qu'elle recouvre cette dernière après l'opération, et qu'elle s'oppose à l'entrée de l'air. Une fois la tumeur vidée, on procède d'ailleurs comme dans le cas précédent , c'est-à-dire qu'on applique un bandage compressa fortement •erré. (jocnoAir)

GANGLIONNAIRE , adj . , ganglionaris ; nom que certain s . anatomistes donnent aux nerfj le long du trajet desquels o:n

rencontre des ganglions Le graud sympathique est un nerf éminemment ganglionnaire. (iocbd«k)

GANGRÈNE, yganpra>na Considérations générales. On a défini la gangrène, la mort d'une partie. Cette définition est juste , m *is rlle ne donn»* pas une idée romplette de la chose qu'on veut définir. Eu effet , lorsque la mort générale a lieu, les (onctions du médecin cessent relativement à l'individu dont il était chargé ; elles cesseraient aussi relativement à l'individu frappé de gangrène , si la gangrené n'était qoe l'extinction de la vie dans une partie; mais il n'en est pas ainsi : nonseulement le médecin doit mettre tousses soins a prévenir cette mort, il faut encore qu'il sache diriger les forces vitales de manier* à diminuer les effets de cette mort sur le tout vivant ; car telle est l'harmonie qui règne dans l'organisation animale , que, dès qu'une partie est frappée de mort, elle devient corps e'tranger relativement aux parties vivantes avec lesquelles elle est en contact , et dès- lors elle produit sur ces parties une irritation particulière qui développe eu elles l'état inflammatoire , et cet état inflammatoire détermine à son tour l'excitation générale selon le degré auquel il est arrivé. L'cnserahlc de ces phénomènes constitue l'affection connue eu médecine sous le nom de gangrène , que l'on pourrait , je crois , définir ainsi : Z&r— tinction delà vie dans une partie, et réaction de la puissance conservatrice dans les parties contiguès et les fonctions générales.

Ainsi la gangrène n'est pas seulement la mort d'une partie ; elle u'est pas non plus seulement , comme on l'a dit , une terminaison de plusieurs maladies ; elle est une maladie elle-même , qui demande des soins particuliers , soit pour modérer la réaction de la puissance conservatrice lorsqu'elle est trop forte , soit pour l'exciter ou la régulariser lorsqu'elle ne se développe pas convenablement , soit enfin pour opérer la séparation des parties devenues hétérogènes au tout vivant.

Cette définition de la gangrène n'est point fondée sur Tétyroologie du mot , mais sur la nature de l'affection ; définir la gangrène d'après Pétymologie, ce serait transporter la science a l'époque où on observa cette maladie pour la première fois. Lorsqu'un objet inconnu nous frappe , noos remarquons d'abord les qualités et modifications les plus apparentes j ce n'est que par des études successives que nous pouvons recueillir des données certaines sur sa véritable nature. Ainsi, l'on peut présumer que les Grecs n'observèrent d'abord qoe l'effet , le plus apparent de la gangrène , la destruction de la partie , et que , dirigés par leur vive imagination , ils crurent en donner une idée exacte par celle d'un auimat mangeant , dévorant cette partie , d'où ils ont fait le mot ytLKy^uvA , de 7 pet* ,

je mange, je dévore, (Court de Gcbelin ajoute que le mot gan vient du celte, et signifie entièrement). C'est ainsi que l'engorgement douloureux du sein , à ciuse de la dilatation des nombreux vaisseaux qui aboutissent de toute part à la glande affectée , a reçu d'eux le nom de cancer , par la ressemblance qu'il leur a offerte de cet animal.

Les auteurs, et particulièrement les anciens, ont fondé les distinctions qu'ils ont établies de la gangrène , tantôt sur son étendue en profondeur , tantôt,sur ses périodes.

D'après le premier point de vue , ils dounent le nom de gangrène proprement dite à la mortification des tégumens, réservant celui de sphacèle pour désigner la gangrène des muscles f des vaisseaux, et celui d'eslhiomcne pour exprimer la mort

Sarfaite et entière de la partie {Voyez la C'/fVwrgïedeLamotlie). [ais l'étendue de l'affection eu profondeur , quand même il serait possible de l'apprécier , ne présente pas les considérations les plus importantes pour le traitemeut de la maladie.

D'après le second point de vue, ils appellent gangrène l'affection d'une partie qui laisse encore l'espoir de la guérison ; *l sphacèle , celle où toute action vitale est détruite ( Voyez Galien, Fabrice de Hilden, Boerhaave). Cette distinction parait plus importante au premier abord : la pratique offre en effet des degrés dans la cessation de la vie d'une partie ; mais pour peu qu'on y réfléchisse , on verra que ces degrés tre sont pas bornés à deux ; qu'il y en a au contraire une infinité depuis l'époque où la maladie primitive a menacé de passer à l'état de gangrène jusqu'à celte où la décomposition et séparation de la partie gaugrénée est tont-à-fait opérée.

Les chirurgiens qui ont écrit vers le milieu du siècle passé , se sont plus particulièrement itlachés à distinguer la gangrène d'après les phénomènes de l'engorgement ou de la sécheresse de la partie (Qucsnay , Louis , Hcvin , etc.). Pour s'assurer combien la distinction de la gangrène en sèche et en humide est peu fondée, il n'y a qu'à considérer les gangrènes sèches et humides sous le triple rapport de leurs causes , de leurs symptômes et de leuf traitement, i ° Les individus de tout âge , de tout sexe et de tout tempérament sont aussi bien exposés à la gangrène sèche qu'à l'humide ; elles surviennent l'une et l'autre dans les maladies aiguës ( Lamothe , t. m , p. 545) et chroniques (Hilden , cent, a , obs. 92) , soit comme phénomène critique , soit comme phénomène symptomatique. La ligature d'une artère , l'usage du seigle ergoté, la congélation, etc. , produisent tantôt la gangrène sèche, tantôt l'humide. 20. La gangrène sèche ne diffère de l'humide que par l'absence des fluides qui, dans celte dernière , engorgent la partie j mais ce symptôme est peu ossenliej j et ceux qui U sont ventabiement, tels que Fin-

flammation des parties contiguès qui, seule, peut amener Ta gn£rison , le sentiment de chaleur brûlante ou de froid glacial , de douleur vive ou d'insensibilité; les nausées, lessyncopes,etc. , se rencontrent également dans les gangrènes sèches et humides, sans qu'aucun soit exclusivement attaché à une des deux espèces. 3°. L'humidité et la sécheresse de la partie n'apportent que de légères modifications dans les indications à r«ïoi»!îr pour la guérison : les base*, sur lesquelles le traitement doit être fonde , sont les cau»es de la maladie qui sont très-nombreuses : or , puisque les causes varient dans l'un et dans l'autre eas, le traitement doit varier autant qu'elles; du re«te, la gangrène sèche u'est pas très-commune en comparaison de Pliumide. Valsalva ne l'avait jamais observée. Il élait obligé, dit Morgagni , ep. 55, d'emprunter des exemples des auteurs pour m'en donner une idée : cum adolesceryi mihi ex relation* aliorum narrabat. La gangrène blanche , ainsi nommée par Quesnay ( p. 537 ) , parce que la partie , en se desséchant, prend une teinte blanchâtre , est encore plus rare , et demande encore moins de modification dans le traitement.

L'art possède un grand nombre de moyens à opposer à la gangrène; la difficulté consiste à en faire un choix heureux. Les préceptes que nous ont transmis les anciens n'ont rapport qu'à la gangrène en général ; mais n'est-il pas évident qu'une affection , qui se présente sous des formes si variées, doit nécessiter une égale variété dans son traitement; et que ce qui est utile dans un cas , serait nécessairement nuisible dans un autre? Que faut- il donc penser de l'emploi de certains médicamens , tels que le quinquina, l'opium, les acides qui , à différentes époques , ont été préconisés comme des spécifiques contre la gangrène ? En 1767 , lorsque l'Académie de Dijon proposa la question sur les antiseptiques , les concurrent , séduits par les expériences de Haies et de Macbride, sur le développement de l'air fine (g*z acide carbonique) dans la putréfaction des substances animales , regardèrent ce çaz comme l'agent général de l'union des élémens de nos parties , et établirent qu'il fallait chercher les moyens de s'opposer à la gangrène parmi les substances capables d'empêcher le dégagement de l'air fixe de nos parties , ce qui les porta à classer les antiseptiques , d'après celte propriété qu'ils leur supposaient. Xes uns , selon Boissicr , s'opposent directement au développement de ce gaz : ce sont les topiques acerbes , les corps gras , etc. ; les autres retiennent l'air fixe dans nos partiel d'une manière indirecte, c'est-à-dire, en agissant sur les fonctions, comme le quinquina , les spiritueux , etc. Le même auteur avance (p. 58, Diss. sur les antisept,^ Dijon, 1769) qne l'on peut faire rétrograder la putréfaction en couvrant les parties.

gangrénées de topiques qui puissent leur fonrnir une grande quantité d'air fixe , dont elles sont t dit-il ,fort avides. N'est-ce pas, d'après la même idée que Ton a proposé , dans ces derniers temps , contre la gangrène , les cataplasmes de charbon en poudre / Bordenave présenta une théorie à peu près semblable ; mais ces théories , plus brillantes que solides, doivent êcre totalement abandonnées depuis que les lois de h vie sont mieux connues , et que la chimie moderne, par des procédés plus eiacts , a démontré que le gaz acide carbonique n'est pas le seul principe qui se dégage dans la p utré faction des substan « es animales. Les auteurs, qui ont écrit depuis cette époque , ont bien senti la nécessité de diriger le traitement de la gangrène d'après ses causes et les phénomènes qu'elle présente; mais les uns n'ont donné que des vues générales à c<* sujet , et les autres se sont bornés à la description de quelques e<pècesj c'est sans doute pour remplir cette lacune que la So< ., «{•• m<il*»<:tna de Paris proposa, en 1807, la question suivante: Exposer les caractères , les causes et la traitement de la gangrène 9 considérée dans les divers systèmes quelle peut affecter. L'article que nous insérons n 1 est extrait du mémoire que nous présentâmes à cette Société , el auquel elle voulut bien accorder le prix en 1809.

S'il est quelquefois difficile de déterminer les signes qui annoncent le passage de l'état pathologique a l'état gangreneux f il est toujours très aisé , lorsque la gangrené est une ibis produite , de la distinguer des autres maladies. Ce n'est qu'avec certains cancers qu'elle présente quelque analogie au premier abord , mais le moindre examen fait voir que ces deux affections différent essentiellement par leur nature intime. Nous avons vu en effet que les parties frappées de mort développent dans les parties contiguës un état d excitation vitale qui établit une barrière insurmontable entre elles et tes parties mortes. Dans le cancer , au contraire , les propriétés vitales sont perverties, mais non détruites ; la communication avec les parties environnantes se conserve par le moyen des artères , des veines et des vaisseaux lymphatiques ; on trouve même ordinairement ces vaisseaux dilatés ; la circulation des fluides qu'ils contiennent éprouve à la vérité plus de difficulté que dans les parties sakies, mais elle n'est pas interrompue ; la circulation nerveuse non -seulement n'éprouve point d'obstacle, mais elle

Î>*rait même avoir augmenté d'énergie par l'effet de la maa lie , comme l'indiquent les douleurs lancinantes , intolérables que les malades éprouvent quelquefois : aiusi toutes les propriétés vitales sontétemtes dans la gangrène , tandis qu'elles ne sont que perverties dans le cancer. Toute communication des parties samei avec les parties gangrenées est interrompue,

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tandis qu'elle continue d'avoir lieu dans les cancers. C'est je pense , celle libre communication d'une partie de'génére'e avec les parties vivantes qui empcche celles-ci de passer à ua degré d'inflammation suffisant pour les isoler des parties affectées, s'opposera l'absorption des fluides de générés , et opérer la séparation des partit s désorganisées.

Celte distinction entre le cancer et la gangrène explique fort bien pourquoi celle - ci guérit quelquefois par les seuls efforts de la nature, tandis que l'autre va toujours en augmentant tt en s'accroissant aux dépens des parties contigués ; pourquoi la gangrène se manifeste indistinctement dans toutes les parties du corps , tandis que le cancer attaque plus particulièrement, i°. les organes enveloppés par beaucoup de tissu cellulaire et qui ne peuvent que difficilement être cernés à l'aide de l'inflammation , telles sont les glandes mammaires , celles de l'aisselle , etc. ; 2°. les parties d'un tissu lâche et spongieux qui facilite le passage des fluides viciés dans les parties saines: aussi remarque-t-on que les affections des lèvres, du gland , de la verge , du vagin , de la matrice, etc. , dégénèrent en cancer beaucoup plus facilement que les affections analogues des autres parties. D'après cette théorie, l'indication à remplir pour la guérison des cancers consisterait à les transformer en gangrène, c'est-à-dire, à détruire la vie dans les parties dégénérées et à déterminer dans les parties contigués l'état inflammatoire , nécessaire pour produire la séparation des parties mortes. C'est précisément ce qu'opère le cautère actuel a l'aide duquel on guérit les caries qui sont le cancer des os ; c'est ce qu'opèrent les caustiques, et surtout celui du frère Côme,que l'on emploie souvent avec succès dans les ulcères carcinomatenx qui avaient résisté à tous les autres moyens. L'expérience n'a point couronné des mêmes succès l'application des caustiques sur les glandes cancéreuses j cependant M. Garnery t de Turin , a opéré la guérison d'un cancer au sein en excitant une inflammation gangreneuse au moyen de l'eau vulnéraire de Suye {Bulletin des Sciences médicales, 1809). Nous n'avons pas besoin d'observer que ces moyens n'agissent que localement et ne peuvent influer en rien sur la diathèse cancéreuse.

Nous allons actuellement examiner les divers genres et espèces, de gangrène.

article 1. Gangrène succédant aux inflammations aiguës. Lorsqu'une partie enflammée est parvenue à un extrême degré de tension et d'engorgement , f exercice de ses propriétés organiques est enrayé; et les solides ne pouvant plus réagir sur les fluides , l'absorption de ceux-ci devient impossible , et dès- ■ grs commence la décomposition gangrcae.UK des solides et

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des fluides. On prévient celle funeste terminaison de l'inflammation en lui opposant tous les moyens qui peuvent diminuer l'intensité' de se» symptômes. Ces moy eus consistent i°. à enlever la cause de l'irritation ; ainsi l'inflammation dépend - elle de l'embarras des premières voies, les émeliques , les délayant sont indiques. Si c'est un irritant mécanique, il ne faut pas balancer de l'extraire, fùl-on obligé de l'aire des incisions pour aller à sa recherche. Lorsque l'irritant a été introduit dans le tube alimentaire , les vomilifs en favoriseront l'expulsion , les adoucissans eu calmeront les effets. a°. Si la cause irritante n'a* pu être enlevée , il faut en diminuer l'action par la saignée , les bains, les boissons délayantes, uitrées, acidulées, Pair frais, la tranquillité du corps et de l'esprit, les topiques émoltims. 11 faut avoir un soiu extrême de n'appliquer ces topiques qu'à » une température tiède. Tel cataplasme émollient devient irritant et répercussif s'il est appliqué trop froid ou trop chaud. Dans plusieurs circonstances, les caïmans narcotique sont produit les plus heureux eflets. Ces cas sont même assrz fréquens et ont mérilé aux médicamuis narcotiques le titre d\.nli-gancréneux lorsque l'inflammation dépend essentiellement de 1 irritation.

Ces moyens bien administrés procurent ordinairement une terminaison favorable de l'inflammation ; s'ils étaient insufllsans et si l'engorgemeut et la tension allaient toujours croissant, on pourrait tenter, comme dernière ressource, les scarifications et incisions; elles sont surtout iudiquées dans les parties bridées par des aponévroses ou autres substances fibreuses, et l'on doit y recourir de bonne heure dans ces cas.

On a lieu de craiudre que les secours de l'art ont été im-

{missans et que la gangrène va se déclarer, lorsque se déveoppent les phénomènes suivans : la douleur se calme , la tuméfaction s'affaisse , la rougeur qui étail très-vive fait place à une teinte brunâtre; des phlyetènes se développent sur plusieurs points de la partie enflammée; la chaleur se dissipe, l'épiderme se ride , se détache , la sensibilité s'éteint ; en même temps le catme le plus profond succède aux agitations extérieures j quelquefois même un doux sommeil s'empare du malade , mais le plus souvent il est comme absorbé , et dans un état de stupeur qui ne laisse pas d'être agréable au malheureux qui vient d'éprouver des douleurs si aiguës, mais c'est la tranquillité de la mort. La prostration des forces, l'irrégularité des fonctions, le sentiment d'un froid général, quelquefois des nausées et des syncopes, annoncent le danger de cet état : c'est alors que commence le travail de la nature qui doit séparer les parties mortes des vivantes. Ces dernières se gonflent et prçnneut une couleur d'un rouge vermeil qui cou-

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traste d'une manière remarquable avec la lividité et l'affaissement des parties frappées de mort. Bientôt il s'établit entre le mort et le vif une suppuratiou d'autant plus prompte que les propriétés vitales ont plus d'énergie; peu à peu cette suppuration détruit le tissu cellulaire et les vaisseaux qui maintenaient encore la continuité des parties vivantes avec les parties mortes, celles-ci répandent en très-peu de temps une odeur cadavérique , se décomposent avec plus ou moins de rapidité', selon la nature de l'affection qui a produit la gangrène et selon la structure du système qui en est le siège {royez mortification et putréfaction des substances animales) . Enfin les parties frappées de mort se détachent et laissent voir une plaie qui rentre dans la classe des plaies simples.

Lorsqu'on n'a pu empêcher la gangrène de se déclarer , il faut du moins empêcher qu'elle ne s'étende ; s'opposer à l'influeuce funeste qu'elle peutexerccrsurles fonctions, et remédier à ses effets. Les moyens d'arriver à ce triple but sont locaux ou généraux. Parmi les locaux , il faut distinguer les topiques don» on recouvre les parties frappées de mort et ceux que l'on applique sur les parties contiguës que la vie anime encore. Les premiers sont pris dans la classe des substances propres à dessécher l'escarre , et corriger , ou du moins diminuer les effets de la décomposition : tels sont les acides minéraux , les dissolutions salines, les résines balsamiques, les poudres aromatiques, le tanin, les spiritueux , le charbon , l'onguent égyptiac, etc. Si l'escarre était étendue, il faudrait la fendre avec un bistouri , afin de donner la facilité au pus qui s'est formé audessous de s'évacuerau dehors. Les topiques que l'on applique sur les parties qui environnent les parties mortes, sont relatifs à l'état de ces parties ; ils doivent être toniques , astringens, si les parties sont dans le relâchement; émolliens anodins, si elles sont dans un état d'inflammation vive. Ce dernier cas est le plus ordinaire dans les gangrènes qui succèdent aux inflammations aiguës.

Les moyens généraux qu'on peut employer pour remédier à la gangrène consistent à maintenir les forces vitales dans l'état le plus propre à favoriser la séparation des escarres gangreneuses. Cet état est un degré modéré d'excitation , d'où l'on voit qu'il faudrait administrer les délayans , la saignée même, et les rafraichissans , si l'excitation était trop forte; au contraire , donner les spiritueux , le quinquina , etc. , si la faiblesse menaçait. On a beaucoup parlé de la résorption des matières putrides ; mais comme elle peut avoir lieu également par défaut ou par excès d'excitation , il faut , pour la prévenir , employer tantôt les toniques, tantôt les débilitans, selon l'état des forcer vitales. Dans ces derniers temps , le docteur Lcntiu

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a employé avec succès le sel volatil de succin associe' au musc. Il faisait prendre toutes les trois heures une pilule composée de cinq grains de succin , de huit grains de musc incorporés dans un extrait. Hufelaud vante beaucoup cette composition. J'en ai obtenu de très - bons effets en substituant au musc une égala quantité de camphre.

Si le membre entier a été gangrène' , il faut pratiquer l'amputation dans la ligne qui sépare le mort d'avec le vif ; il est cependant des circonstances qui obligent de faire l'amputation du membre dans les parties saines. Dans ce cas , il ne faut l'entreprendre que quand l'irritation est calmée et la gangrène entièrement bornée, ce que l'on reconnaît à la diminution de l'engorgement et des autres symptômes inflammatoires , et à la suppuration qui s'établit entre le mort et le vif. Si ou faisait l'amputation avant , on donnerait lieu à une inflammation trop vive dans le moignon , et la gangrène s'y manifesterait de nouveau. Il est rare que les bornes de la gangrène soient régulièrement tracées ; tantôt elle descend très - bas du côté interne , tantôt c'est du côté citerne. Dans ces cas , on doit commencer l'incision circulaire entre le mort et le vif, à l'endroit le plus élevé , ensuite continuer circulairement et comme dans les autres amputations, sans avoir égard aux parties vivantes qui restent audessous dans les autres parties de la circonférence. Quelquefois l'os est malade au-delà du niveau des chairs mortes. Cette circonstance retarde la guérison. On ne peut attendre que du temps la séparation de la portion osseuse frappée de mort.

Tels sont les phénomènes que présente la gangrèncàla suite des inflammations aiguës, et le traitement qu'on peut lui opposer, sauf quelques modifications déterminées par la nature des systèmes anatomiques qui en sont le siège et que nous allons examiner.

Plus un système est doué de propriétés vitales , plus les inflammations qui s'y développent sont susceptibles de passer à l'état de gangrène , et vice vend. Les systèmes fibreux f osseux, cartilagineux, passent rarement à l'état inflammatoire , à cause de la contexture serrée de leur tissu , et du peu d'activité de leurs propriétés vitales ; et lors même que l'inflammation a lieu , elle est rarement assez intense pour se termiuerpar la gangrène ; d'un côté , il y a une moindre affluence d'humeur dans les parties enflammées , et de l'autre leur structure résiste à cet afflux et ne permet pas aux fluides de les distendre comme cela a lieu dans les parties molles. Dans l'cxostose , l'inflammation développe à la vérité les propriétés vitales à un haut degré ; cependant je ne connais pas d'observations d'exostoses terminées par la nécrose ; lorsqu'un exoslose acquiert la du- 17. ai

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reté de l'ivoire , on peut regarder cette terminaison de l'inliam' mation osseuse comme analogue à l'induration des parties molles. On conçoit cependant la possibilité de la terminaison

Ï>ar gangrène des inflammations du système osseux, lorsqu'à a suite de ces inflammations l'os passe à cet e'tat de dégénérescence connu sous le nom d'osteo-sarcome. L'organe privé alors de son phosphate calcaire , peut partager les affections des parties molles de la nature desquelles il s'est rapproché. Si l'on regardait comme une inflammation du système pileux l'affection connue sous le nom de plique polonaise , on pourrait dire que cette inflammation se termine par gangrène , lorsque la plique se détache après la maturité j mais comme les auteurs qui ont décrit cette maladie ne sont point d'accord sur sa nature , il convient d'attendre que de nouvelles lumières aient éclairé ce point de pathologie. En lisant l'intéressant mémoire du docteur WoltT(ZM/. médical., août i8i5) , on* est porté à adopter son opinion sur la production de la plique qu'il attribue à l'oubli des soins de propreté. Cependant cet auteur ne me paraît pas donner une raison péremptoire de la formation de la plique à la crinière des chevaux , ni de l'altération des ongles qui a lieu si fréquemment chex les sujets atteints de la plique.

Comment donc arrive la gangrène ou la mort des systèmes fibreux , cartilagineux, osseux , épidermoïde et pileux? Elle arrive lorsque l'inflammation du réseau vasculaire destiné à porter les fluides uourriciers dans ces systèmes , est parvenue au point d'opérer l'engorgement et la destruction de ce réseau. Cela a lieu , i°. par l'action des irritans extérieurs, mécaniques, chimiques et spécifiques; 2°. par une dégénérescence particulière des fluides qui vont se distribuer dans ces organes , laquelle ne s'observe guère que chez les sujets qui sont sous l'influence de certains virus. Dans tous les autres cas, la gangrène ne se mauifeste dans les systèmes fibreux, cartilagineux et osseux, que par communication des parties molles environnnantes, c'est-à-dire qu'elle résulte ne la destruction du tissu cellulaire et des vaisseaux qui établissaient leur communication avec ces parties. Voyez exfoliation, zpilation 9

NECROSE.

Les phlegmasies qui se terminent le plus fréquemment par la gangrène sont celles du système dermoïde {Voyez anthrax,

ÉRYSIPELE GANGRENEUX , PHLEGMON GANGRENEUX ). Le pemplii-

gus est une affection cutanée ordinairement très- légère , mais il faut se tenir en .garde contre ses suites ; car la vésicule sousépidermoïde qui s élève au centre d'une tache rougeâtre, présente une très-grande analogie avec des maladies essentiellement gangreneuses, telles que la pustule maligne, i'érysipèle

GAN 3a3 gangreneux î aussi l'expérience apprend que IVruption pemphigoide donne souvent lieu à des fièvres adynarniques et ataxiques, et que ses ve'sicules sont souvent remplace'es par des escarres gangreneuses {Rec. pér. de la Soc. de méd. , sept. 1811 , t. 4» P* 292)- La terminaison par gangrène s'observe aussi dans les pblegmasies des membranes muqueuses , surtout de celles de la gorge, des intestins et de la vessie. Mais quelquefois aussi les pblegmasies de ce système présentent , dès leur principe, le caractère gangreneux et demandent l'emploi des toniques et d'autres moyens particuliers. Voyez angine

GANGRENEUSE , MUGUET GANGRENEUX , etc.

Le système glanduleux est plus rarement le sie'g* des pblegmasies gangre'njeuses; les glandes lymphatiques , celles des ma» melles passent plutôt à l'e'tatde dégénérescence squirreusequ'à l'état de gangrené , mais ou a observé que la gangrène succède, souvent aux vives inflammations des testicules , des parotides , des glandes mésentériques.-

Les mémoires de l'Académie de chirurgie, tom. i, contiennent des exemples de gangrène de la substance du cerveau. M . Bailîie, Anat. palh. , p. 441 , a vu une portion du cerveau, à la suite d'une inflammation , prendre une couleur noirâtre et la consistance d'une poire pourrie. J'ai trouvé plusieurs fois chez des aliénés et épileptiques , des portions de l'encéphale gangrènes. L'état d'induration des pat lies voisines annonçait que ces gangrènes existaient depuis longtemps } cependant elles n'avaient point donné lieu à des phénomènes pathologiques propres à les faire soupçonner. Mais quaud même on pourrait reconnaître, par des signes certains , qu'il existe une gangrène du cerveau, qui est-ce qui oserait déterminer le point où il conviendrait d'appliquer une couronne de trépan , et inciser les méninges , pour donner issue aux matières gangrenées ? La gangrène du cerveau est au nombre des accidetis qui mon- ! trent les limites que l'art ne saurait franchir j tout ce que peut l'artiste, c'est, lorsqu'il les soupçonne, de ne pas tourmenter le malade par des remèdes inutiles.

On peut en dire autant de la gangrène du cœur, observée par MM. Corvisart , Gaulai et Akenside , et de celle de l'organe pulmonaire. Mais il me semble qu'on pourrait tenter la paracentèse dans les gangrènes qui succèdent aux pblegmasies gangréneusesdes viscères contenus dans l'abdomen , parce que leur inflammation donne lieu à des adhérences avec les parois abdominales , et les matières gangrénées pourraient , au moyen de ces adhérences, être amenées au dehors sans s'épancher dans la cavité abdominale {Mémoires de VAc. dechir.). La gangrène des reins est fort rare, les calculs sont les causes qui la produisent le plus ordinairement. Fabricius Hildanus dit avoir vu sur le

ai.

cadavre de son propre fils , mort d'une rétention d'urine , les reins ainsi que les parties voisines affectés de gangrène.

La terminaison la plus naturelle de 1 inflammation des muscles est la résolution ; cependant ou lit dans Saviard une observation de gangrène à la suite de douleurs rhumatismales. Mais si les muscles passent rarement à l'état de gangrène par suite d'une inflammation développée isolément dans leur substance , cela ne les empêche pas de partager cette affection lorsqu'elle a lieu par d'autres causes.

article u. Gangrène succédant aux inflammations a toniques. Toutes les inflammations peuvent prendre le caractère atoniquc par quelque circonstance particulière , telle que , une impression de l'ame , vive et subite , uu traitement débilitant trop longtemps continué, la complication d'une fièvre de mauvais caractère , etc. Rien n'est plus ordinaire que de voir des inflammations peu intenses passer à l'état de gangrène par l'invasion d'une fièvre advnamique j ce n'est pas que la fièvre augmente l'inflammation locale , mais elle diminue l'énergie vitale générale , et l'inflammation qui n'avait qu'un degré modéré, se trouve, relativement à l'état d'atonie générale , arrivée nu dernier degré d'intensité ; on commettrait alors une erreur très-grave si l'on cherchait à diminuer l'inflammation par l'usage des moycnsantiphlogistiques ; il faut , dans ces cas, plus s'attacher à relever les forces vitales générales qu'à diminuer l'action de la partie enflammée. Les inflammations qui se développent dans le cours des fièvres muqueuses , et surtout dans les fièvres ataxiques et pestilentielles , prennent ordinairement le caractère atoniquc et sont très-susceptibles do se terminer par la gangrène. Il en est de même de celles qui ont lieu dans les affections scorbutiques, et de celles qui surviennent i la suite des épanchemons et infiltrations lymphatiques ; enfin, de celles que déterminent les contusions et commotions violentes. Toutes ces espèces de phlegmasies demandent ea général un traitement opposé à celui des phlegmasies aiguës ; on le modifie selon que l'atonie porte sur les fonctions générales ou sur les propriétés vitales de lé partie qui est le siège de l'inflammation; par exemple, dans les phlegmasies qui surviennent à In suite , ou pendant le cours des fièvres aithéniqnes que nous venons de nommer , ce sont les forces vitales générales qu'il faut soutenir par les toniques, les excitans, etc. Le traitement loeal ne différera de celui des phlegmasies aiguës qu'en ce qu'il faudra joindre de bonne heure quelques toniques aux éroolliens Au contraire , dans les contusions violentes , c'est la partie contuse qui est affaiblie, et par conséquent les vaisseaux ne réagissant pas sur les fluides , se laisseront distendre et engorger ; il se fera même des épauchemens

dan* l'interstice des fibres et le tissu cellulaire*, si l'on n'emploie dès les premiers temps les topiques excitans et toniques f tandis que par le traitement général on cherchera à diminuer l'excitation des forces vitales à laquelle la contusion a donné lieu. La partie qui a souifert la contusion peut être tout à fait désorganisée; elle passe alors immédiatement à l'état de gangrène , tels sont les cas d'écrasement. Le feu et les caustiques concentrés produisent aussi immédiatement la gangrène des parties avec lesquelles ils ont été en contact (Voyez brûlure, caustique, cautérisation). L'inflammation qui alors se développe dans les parties contiguës, exige tantôt l'emploi des topiques astringens et toniques , tantôt celui des émolliens. Il en est de même de la gangrène immédiate que l'on observe au pourtour des plaies d'armes à fen. Lorsque les matières lancées par la poudre à canon ont frappé obliquement un membre, ou qu'elles étaient à la fin de leur course, les tégumens meurtris et non divisés ne tardent pas à présenter un engorgement très-susceptible de ae terminer par la gangrène ; les topiques astringens et toniques sont indiqués pour prévenir cette terminaison funeste; mais la partie est quelquefois frappée d'une telle stupeur dans les plaies d'armes à feu , qu'elle tombe en gangrène avant même que l'engorgement se soit manifesté. La foudre produit ces effets d'une manière encore plus prompte lorsqu'elle frappe un membre sans faire périr l'individu. La stupeur dont est frappée une partie , à la suite de ces grandes commotions, est ordinairement précédée de frissons irréguliers , de syncopes, de mouvemens convulsifs ( Voyez plaies d'armes a feu). Si le malade échappe à cesaccidens, on traitera l'inflammation atoniquepar les excitans les plus énergiques, à l'intérieur comme à l'extérieur; il en sera de même dans les gangrènes qui surviennent dans les affections scorbutiques, parce que dans ces .affections l'atonie porte également sur les propriétés vitales générales et sur celles de la partie affectée. C'est le plus souvent aux gencives et à l'intérieur des joues que l'iuflammafton atonique scorbutique est susceptible de dégénérer eu gangrène; elle est très-souvent mortelle chez les enfans accumulés dans les hôpitaux ; quelquefois la gangrène s'étend à toute l'épaisseur de la joue en vingt - quatre heures. Le.* lotions fréquentes avec les spiritueux , l'acide muriatique et les antiscorbutiques sont les moyens qu'on oppose à cette terrible maladie. Quoique les adultes soient moins fréquemment attaqués de cette espèce de gangrène , ils n'en sont pas cependant exempts; les ravages qu'elle exerce sont si rapides que l'on a cru , dans quelques circonstances , ne pouvoir les arrêter que par l'application du cautère actuel {Journal général de médecine , floréal an 1 1 ). Les médecins français de l'ar-

mée d'Espagne ont observé une phlegmasie gangreneuse de la bouche , qui survient aux soldats qui ont couché sur dea terrains humides et ont fait usage d'alimens altérés. Cette affection que les Espagnols appellent fegar ou fegarite , me parait avoir la plus grande analogie avec la gangrène scorbutique de la bouche; elle est d'ailleurs guérie par les mêmes moyens, en insistant particulièrement sur les amers , le quinquina et les boissons spirituruses.

Les engorgeroens inflammatoires déterminés par le froid , sont évidemment atoniques ( Jroyez engelure). Ce n'est que par le secours des topiques astringens, et surtout des substances qui contiennent du tanin , qu'on les empêche d'arriver su point de dégénérer en gangrène. Lorsque la réaction vitale déterminée par le froid dans nos parties , est vaincue , il se forme dans ces parties un engorgement inflammatoire qui

Sreud le caractère atonique , et peu à peu la partie séquestrée u tout vivant tombe , en un espace de temps plus ou moins long , selon la violence du froid , dans un état conditionnel de gangrène ; et le seul moyen d'empêcher que la gangrène ne soit invariablement déterminée , c'est de rétablir avec précaution la communication de la partie gelée avec le centre, par les toniques pris à l'intérieur, et par les frictions faites sur les parties gelées avec des topiques d'abord à la glace, puis graduellement échauffés. Voyez congélation.

Les phlcgmasies qui surviennent dans les membres paralysés ou insensibles, dégénèrent souvent en gangrène, par des causes très-légères, comme le poids du corps, le contact des linges mouillés par les urines des malades, etc. M. J urine, de Genève ( bulletin des Sciences médicales} , a observé un homme atteiut d'aueslhésie de tout le côté gauche du corps, et qui e'prouva successivement la gangrène à tous les doigts de la main et du pied , et mourut lorsque la gangrène se fut emparée de toute l'extrémité inférieure. Les vieillards chez qui la contractilité et la sensibilité sont diminuées , sans être tout-à-fait éteintes , éprouvent souvent de ces espèces de gangrènes à fk suite de l'inflammation atonique; on les désigne sous le nom de gangrènes séniles : cette épithète indique fort bien la cause et le caractère de la gangrène qui dépend de cet état particulier de langueur où se trouvent certains vieillards ; mais si l'on entendait simplement, avec quelques auteurs, par gangrène sénile, celle qui arrive dans la vieillesse, on se tromperait; car l'expérience prouve qu'on peut être attaqué à tout âge de tangrèue avec exaltation des propriétés vitales. Elle démontre « gaiement que dans les maladies de langueur qui aflectcnt les ji unes gens , il survient des affections gangréneuses qui présentent tous les caractères de la gangrène sénile. Les toniques

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à PintérieuT et à l'extérieur sont les moyens qu'il convient d'employer, soit pour prévenir, soit pour çuérirces espèces de gangrène. StoU attribue beaucoup d'efficacité aux cmbrocations laites avec la décoction des feuilles de saule blanc.

article m. Gangrène par l'action des délétères. Toutes les substances dont l'action cause la mort , peuvent être appelées délétères ( Voyez délétère). Nous restreindrons cette dénomination à celles dont la nature nous est inconnue , et qui affaiblissent ou éteignent les puissances vitales par un principe subtil qui échappe a nos recherches ; tels sont les venins de certains animaux, les sucs de certains végétaux, les substances animales putréfiées, et les miasmes qui se développent dans certaines maladies pernicieuses, enfin l'usage du seigle ergoté comme aliment. Nous sortirions de notre sujet si nous examinions la manière dont les délétères produisent la mort générale ; mais nous devons rechercher comment leur action peut déterminer la gangrène dans une partie, afin d'indiquer les moyens qu'on peut opposer à ces espèces de gangrène.

Doit on compter les affections syphilitiques, hydrophobiques, dart reuses, lépreuses, parmi les délétères qui produisent la gangrène ? Le virus syphilitique ne produit jamais immédiatement la gangrène; mais quelquefois il donne une très- grande activité a l'inflammation, et est la cause de sa terminaison en gangrène : cela se remarque surtout dans les pays chauds ; la partie qui a reçu l'infection du virus hydrophobique est peu altérée. Si la gangrène peut être la suite Je l'hydrophobie, c'est lorsqu'elle a produit l'altération des fonctions. Hoffmann ( Prol. ver. path.% tom. n , p. 192 ; a vu chez un paysan mort d'une blessure faite depuis deux mois par un chien enragé, la plupart des viscères de l'intérieur dans l'état de gangrène. Il est rare que la gangrène semanifeste immédiatement a la plaie faite par l'animal enragé , à moins qu'elle ne soit de nature à produire une grande désorganisation. Les dartres produisent

f>lutôt la dégénérescence cancéreuse que la gangrène. Lorsque a lèpre est arrivée à sa dernière période, on dit que les mains elles pieds se crevassent, que les ongles sont soulevés, les os cariés, et que les doigts tombent même en mortification et se détachent sans aucune douleur.

Les blessures faites par des animaux venimeux ont une couleur livide , et présentent en géuéral les caractères de l'inflammation atonique; la putréfaction s'empare des cadavres en très-peu de temps , et c'est toujours par le membre qui a reçu la blessure que commence la décomposition putride. C'est dans les classes des reptiles et des insectes que se rencontrent le plus communément les espèces venimeuses.

Les substances fortement diaphoniques sont indiquées ±

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l'intérieur dans les morsures d'Annaux venimeux*; les bons effets qu'elles produisent en ont fait regarder certaines comme des spécifiques ; mais l'expérience a démontré qu'il serait imprudent, par exemple dans la morsure de la vipère, de se reposer sur l'action de l'eau de Luce; la ligature, et mieux encore la cautérisation, sontle&seuls moyens capables d'arrêter les effets de ce venin , lorsqu'il a été introduit en suffisante quantité. On en peut dire autant des décoctions de polygala seneca , de prenanthes albay etc., regardées comme le spécifique do venin du naja et des serpens à sonnettes. Les sauvages qui les emploient avec succès, aident ordinairement leur action

Ï>ar des moyens plus directs, tels que la succion de la plaie , 'application de tabjc mâché, l'ustion par la poudre à canon primitivement introduite entre les lèvres de la plaie. Il paraît cependant, d'après les expériences de M. Mulis, que le guaco possède une propriété véritablement spécifique contre le venin des serpeus venimeux , puisque l'odeur de cette plante engourdit ces serpens , et que son suc avalé et appliqué sur leurs morsures , en arrête les effets pernicieux.

La crainte et l'amour du merveilleux ont fait répoter venimeux une infinité d'autres animaux qui ne sont que désagréables ou incommodes Cependant l'observation a fait voir qn'il en est plusieurs qui , par leurs piqûres et morsures , ou par le contact des fluides sécrétés à la surface de leur corps , ont donné lieu à des inflammations qui ont été promnteraeut suivies de la gangrène , tels sont le lézard gecko , le lézard sputateur, la salamandre venimeuse de Philadelphie, le crapaud , le scorpion , certaines espèces d'araignées, et notamment la tarentule, l'abeille, la guêpe, le frelon. Quoique ces effets n'aient pas toujours lieu, ils sont cependant assez fréquens pour nous faire tenir sur nos gardes; on les préviendra en couvrant les parties malades de linges trempés dans la décoction de tabac , le vinaigre étendu d'eau , les dissolutions de muriate de soude , d'acétate de plomb , par l'application du suc laiteux de pavot , etc.

Les narcotiques et les vireux, par la propriété qu'ils ont d'irriter en même temps qu'ils engourdissent les propriétés vitales, donneraient lieu à la gangrène des parties sur lesquelles ils seraient appliqués , si la mort générale n'avait lieu. Les cadavres des personnes empoisonnées par les narcotiques se putréfient avec une promptitude étonnante, et l'on trouve souvent des traces de gangrène sur la muqueuse qui a été en contact avec ces substances. L'observation suivante , que j'ai recueillie dans la prison de Bicêtre, me parait propre à jeter quelque jour sur l'action de l'opium. Deux condamnés forment et exécutent le projet de s'empoisonner avec le laudanum liquide. Le

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premier fut trouvé mort dans son Ht. A l'ouverture du cadavre nous trouvâmes la muqueuse de l'estomac d'un rouge fonce' clans plusieurs points , et des taches noirâtres sur la poitrine. L'autre était âge' aequarante-cinq ans ; craignant de ne pas réussir dans son projet, après avoir pris le laudanum, il alluma dans son cabinet un grand réchaud de charbon , dans la vue d'accélérer l'action du narcotique; mais son espérance fut trompée, car il éprouva des douleurs de ventre si effroyables, qu'il ne put s'empêcher de crier. Ses voisins accoururent et le trouvèrent dans l'état le nlus pitoyable, l'œil hasard, les lèvres et la figure livides, les membres froids et agités de convulsions, la parole tremblante, les facultés intellectuelles obscurcies; on courut chercher le chirurgien , qui fit aussitôt transporter le malade dans une salle bien aérée , lui administra l'émétique , et ensuite des boissons adoucissantes et fortement acidulées. Le lendemain , le malade était encore dans un état de délire fugace, le pouls presque insensible. Le troisième jour, il parut sortir comme d'un assoupissement profond, et peu à peu il revint à son état naturel. N'est-il pas probable aue le gaz acide carbonique, en émoussant la sensibilité de l'individu, a neulralisé en partie les effets de l'opium, dont l'action, ainsi que celle de tous les narcotiques, est toujours en raison de la susceptibilité de l'animal qui l'éprouve ? Au reste, je ne donne cette explication que comme une conjecture. Les acides , le café et le camphre sont les meilleurs antidotes de l'opium.

Des observations multipliées, faites par les auteurs les plus recommandables , prouvent que l'absorption des substances animales en putréfaction , ou celle des miasmes développés dans les épidémies et épizooties pernicieuses, donnent souvent lieu au développement de la pustule maligne , du charbon , de l'érysipèle gangréneui , et même de l'angine gangréneuse. Nous renvoyons à chacun de ces mots pour le détail des phénomènes et du traitement de ces maladies. Nous remarquerons seulement ici qu'elles sont pour ainsi dire endémiques dans certaines contrées où elles exercent leurs ravages à des époques plus ou mains éloignées. Ces pays sont ceux où la chaleur est réunie à l'humidité, où l'air se renouvelle difficilement, où croupissent des eaux bourbeuses , où l'on laisse pourrir à l'air des substances animales, où l'on attache peu de prix à la propreté. Fourcroy pense que l'odeur infecte qui s'exhale des substances animales en putréfaction , dépend de la volatilisation de la substance elle-même, et non de la décomposition de ses principes constituans. La putréfaction des végétaux ne pourrait-elle pas produire les mêmes effets ? L'expérience prouve qu'elle donne plus particulièrement lieu aux fièvres intermittentes. Du reste, il tst fort difficile de distinguer ce qui est

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Tcflet de la décomposition animale ou vége'tale ; on sait qu'une infinité' d'animalcules sont contenus dans Tes végétaux , et que les insectes y en déposent encore beaucoup d'autres qui meurent presque aussitôt, et, en se décomposant, augmentent la putréfaction du végétal.

Les organes de la digestion et de la respiration ont jusqu'à tin certain point la propriété de détruire ou du moins d'airaiblir les effets des délétères putrides. On a vu des personnes se nourrir de la viande de bêtes mortes de maladies gangréneuscs , sans en éprouver aucun mauvais effet. Il est vrai que la cuisson peut avoir contribué à l'innocuité de ces viandes. M. Gilbert ( Recherches sur la cause des maladies charbonneuses, p. 28) dit que la chair d'un, bœuf mort de maladie gangrène use , qui , mangée crue , avait donné la mort à un chien , fut mangée impunément par un autre chien lorsqu'elle fut cuite. Néanmoins la cuisson et les forces digestives ne peuvent pas toujours annihiler l'activité malfaisante des délétères putrides , et MM. Chaussier et Enaux rapportent qu'un homme qui avait mangé de la viande d'une vache morte du charbon périt d'une violcutc inflammation de l'estomac (Précis sur la pustule ma- /i£ne,pag. 176).

Les maladies gangréneuses locales sont plus ordinairement produites par l'absorption qui a lieu par le tissu cutané. Il n'est « pas rare d'observer parmi les élèves anatomistes la gangrène par de très-petites blessures faites avec le scalpel ou des esquilles osseuses imprégnées de substances animales dégénérées. Le contact des animaux morts de maladies gangréneuses produit des effets encore plus rapides. Combien ne pourrait-on pas citer d'artistes vétérinaires qui ont gagne le charbon , pour n'avoir pas pris des précautions suffisantes en saignant des animaux malades. Lorsque l'épiderme n'est point endommagé, l'on est moins exposé à la contagion par le contact immédiat; cependant le délétère est quelquefois si pernicieux, qu'il agit même à travers l'épiderme. On lit dans l'Encyclopédie méthodique, article mal des ardent , qu'un homme éprouva les symptômes les plus affreux, et mourut au bout de huit jours, pour avoir ôté le cuir d'un bœuf mort d'épiiootie.

Le contact des animaux morts de fatigue , et principalement des bœufs , n'est pas moins fuueste. J'ai traité un boucher d'un anthracosis qu'il avait gagné en tuant et dépéçant un bœuf fatigué. On peut voir des observations très-intéressantes dans les mémoires de l'Académie des Sciences , année 1706.

Les insectes peuvent aussi donner lieu à l'absorption des délétères putrides , lorsqu'à près avoir passé sur des substances animales en putréfaction , ils vont ensuite se poser sur quelques* unes de nos parties dépouillées de leur épiderme , ou qu'ils

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introduisent lears trompes à travers les trous dont est perce cette enveloppe. M. Chopart {Médecine éclairée parles sciences physiques) , rapporte qu'un boulanger, ayant été piqué à la |oue par uu iusecte , fut attaqué du charbon à l'endroit de la piqûre ; tout son corps enfla, et il mourut le troisième jour.

Les affections gangréneuses inoculées des animaux à l'homme, «ont toujours très-graves ; mais il parait, d'après l'observation de M. Chavassicu ( Recueil périod. de la Faculté' de médecine , avril 1812) , que les épizoolies charbonneuses , après avoir produit par communication des maladies semblables sur l'homme , ne s'étendent pas cependant ensuite d'une manière épidémique, et se bornent à l'individu immédiatement affecté.'

par notre savant confrère M. Renauldiu ( Voyez ergotisme gangreneux ). Nous remarquerons seulement ici que les épidémies gangreneuses par l'ergot , qui ont fait de si grands ravages dans la Sologne , à diverses époques, ne se sont pas renouvelées depuis longtemps : j'attribue cet avantage aux notions qui ont été répandues sur les qualités malfaisantes de cette substance , notions qui ont porté les habitans des pays où elle infecte les grains à se tenir en garde contre ses mauvais effets. Une autre cause non moins efficace de la rareté des gangrènes par l'ergot , c'est l'aisance plus grande de la classe des cultivateurs qui , n'étant plus pressés par le besoin , ont pu attendre , pour faire la moisson , la parfaite maturité du grain. Ce n'est pas que je croie, avec M. l'abbé Rozier, que les mauvais effets de l'ergot doivent être attribués à l'eau de végétation que contiennent les grains nouveaux, et qui doit être encore plus abondante dans l'ergot à cause de sa nature spougieuse {Dict. d'agric). M. l'abbé Rozier a été conduit à cette théorie par l'observation des effets du manioc et de la bryone , qui sont , le premier, un poison violent, et la seconde, un purgatif drastique dans l'état frais , et qui deviennent l'un et 1 autre des ahmens très-salutaires par la dessiccation. Cette opinion est complètement détruite par les expériences de M. Tessier,qui a produit sur les animaux, avec l'ergot vieux, les mêmes effets délétères qu'avec l'ergot récent. Cette substance est malfaisante de sa nature : elle l'est en raison de la quantité qui se trouve mêlée avec le grain : or , celui qui fait la moisson avant sa maturité , récolte beaucoup plus d'ergot que celui qui peut attendre que. le grain soit bien mûr. Dans le premier cas, l'ergot est encore très-adhérent à l'épi , et est emporté dans la grange , où il est mêlé avec le bon grain ; dans le second cas ,

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au contraire , il se détache de l'épi avec la pins grande facilité , parce qu'il n'est plus adhérent à son calice , qui est desséché, et qu'à cause de la grosseur et de la longueur du grain , il suffit de la moindre secousse pour le faire tomber par terre.

.article iv Gangrène par interruption de communication d'une partie avec les organes centraux. Un des caractères distinctifs de l'animalité, est de former un tout réellement indivisible , quoique composé de parties différentes. C'est la libre communication , l'accord , l'barmouie de toutes les parties qui constituent la vie bien ordonnée ; et toutes les /ois qu'une partie est privée pendant quelque temps de cette communication avec le tout, elle passe inévitablement à l'état de mort.

Je sais bien qu'il existe à l'extrémité de l'échelle animale des êtres équivoques qui , participant des propriétés des animaux et de celles des végétaux , peuvent , par la séparation d'une ou plusieurs de leurs parties , ne perdre aucun de leurs attributs ; tandis que ces mêmes parties séparées forment an tout nouveau tout aussi parfait , et possédant autant de qualités et propriétés que le tout dont elles proviennent. Nous ne devous pas nous occuper des lois qui régissent ces êtres ; notre objet est de considérer les phénomènes que présentent les animaux, dont l'organisation est plus parfaite , et l'homme en particulier : or, ils nous présentent des organes principaux avec lesquels communiquent toutes les parties et auxquels elles se rapportent comme à leur centre ; c'est par le moyen des artères , des nerfs , des veines et des vaisseaux lymphatiques que se fait cette communication , dont le but est de transmettre dans toutes les parties les fluides qui doivent les nourrir et les vivifier ; et, en second lieu , de débarrasser ces mêmes parties des substances qui ne peuvent plus servir à la vie. Nous allons voir comment la mort arrive dans une partie , quand un ou plusieurs de ces moyen* de communication sont détruits.

A. Interception du fluide arte'riel. Le sang rouge est intercepté lorsque les artères sont détruites , ou ne présentent plus à ce fluide une capacité suffisante pour qu'il soit transmis dans les parties qu'il doit vivifier. La partie qui ne reçoit plus du sang rouge devient engourdie et se refroidit réellement après avoir fait éprouver la sensation d'unechaleurbrûlante. A l'engourdissement succèdent l'insensibilité et un gonflement, œdémateux plus ou moins considérable; cependant Van Swieten (Com. , aph. 161 ) parle d'un paysan qui conserva le bras sec et aride à la suite de la ligature de l'artère axillaire. Peu à peu les parties perdent toutes leurs propriétés vitales, l'inflammation et la suppuration s'établissent dans les parties contiguës; et tout ce qui a été privé de l'abord du sang rouge se sépare comme corps étranger du tout vivant; quelquefois ces phénomènes se

développent sans altération sensible, mais le plus souvent ils donnent lieu à une vive réaction des puissances vitales.

Il ne faut pas se hâter de croire à la mort d'une partie d'après quelques symptômes. On a vu des membres rester froids et insensibles huit et dix jours après l'interception du fluide artériel , et reprendre ensuite peu à peu de la uie et de la vigueur; mais il n'y a plus aucun esnoir lorsque l'épiderme se détache et que le membre devient livide ou verdâtre et répand une odeur cadavérique.

Pour prévenir cette espèce de gangrène , il faut se hâter d'enlever l'obstacle qui arrête le cours du sang, lorsque cela est possible , et favoriser le développement des branches collatérales. Si l'on ne peut pas rétablir ce cours dans le tronc principal , des frictions sèches sur le membre placé dans une position moyenne entre la flexion et l'extension , des sachets remplis de sable chaud , disposés de manière qu'ils puissent échauffer le membre sans le comprimer , sont préférables ans embrocations faites avec des liquides chauds , parce que ces liquides tendent toujours à s'évaporer, et l'évaporation ne peut avoir lieu que par l'absorption du calorique : ce n'est que lorsque la partie commencera à recevoir le fluide artériel que l'on retirera des avantages d'envelopper le membre dans des flanelles arrosées avec des infusions aromatiques ou l'alcool camphré.

L'ossification des artères est-elle cause de la gangrène? Les faits nous apprennent que le cours du sang n'est pas interrompu par l'ossification , même complette , des troncs artériels ; mais il n'en est pas de même de celle des petites artères, elle entraine toujours la mort des parties que ces artères doivent nourrir. Un Anglais se fracture le tendon d'Achille ; six mois après la gangrené s'empara du pied et obligea de recourir a l'amputation. On trouva , en disséquant le membre amputé, que toutes les artères étaient ossifiées , Nonsolumtrunci majores , sed etiam minores rami et surculi in ossium duritiem , degeneraverant. (Dispui. chir. , Ha lier , t r , p. 2S0).

Les signes qui annoncent que la gangrène se formera dans une partie par l'ossification des petites artères sont des douleurs vives sans inflammation ni gonflement ; ensuite la partie devient luisante et passe successivement de la couleur terne au noir livide; elle perd la sensibilité. Cependant les douleurs se font sentir profondément et dans la ligne qui sépare les parties mortes des parties vivautes , et rien ne peut calmer ces douleurs ; les malades n'éprouvent quelque soulagement que par les baius tièdes longtemps prolongés. L'amputation est la seule ressource qui reste au chirurgien. On trouve toujours les artères ossifiées remplies d'une substance noirâtre et sèche

qui adhère à la circonférence des parois artérielles , et ne laisse au centre du tube qu'une ouverture capillaire , et quelquefois même l'oblitère complètement. Cette substance parait être la partie rouge du sang qui s'est séparée de la sérosité.

La marche de cette espèce de gangrène est très-lente , comme la cause qui la produit. J'ai traité des vieillards oui ont éprouvé les premiers symptômes de la gangrène par oblitération des petites artères , six mois , un an et même deux ans avant que la gangrène se soit manifestée. J'en ai vu , entre autres un , qui éprouva pendant très- longtemps . dans le pied droit , des douleurs excessives qui furent qualifiées de douleurs goutteuses , parce que l'opium , à très-torte dose prisa l'intérieur et appliqué avec des émolliens sur la "partie , ne produisit aucun soulagement. Le malade était obligé de tenir son pied hors du lit ou de le couvrir de feuilles de poirée. La gangrène , qui s'empara du pied , produisit la mort. A l'ouverture du cadavre toutes le* artères du pied furent trouvées ossifiées et oblitérées.

Celte espèce de gangrène est assez fréquente chez les personnes faibles. Je suis persuadé que c'est de cette cause que dépendent plusieurs gangrènes spontanées , dont on a ignoré les causes , et par la répugnance qu'inspire l'ouverture des cadavres gangrenés , et par l'idée qu'on ne peut rien apprendre de nouveau de la dissection d'une partie dont la mortification s'est emparée. ^

B. Interception du fluide nerveux. Quelques auteurs ont admis une espèce de gangrène par la section ou compression des nerfs. Qucsnay dit positivement (n. io4) qu'il en résulte l'extinction des propriétés organiques des artères , d'où suivent l'amaigrissement de la partie et la gangrène; mais l'expérience a démontré que si l'intégrité des nerfs est indispensable pour l'exercice de la sensibilité et de la contractilité animales d'une partie , elle ne l'est pas pour celui de ses propriétés organiques : or, les propriétés organiques suffisent seules pour empêcher la mortification d'une partie. C'est une expérience que j'ai répétée plusieurs fois sur des chiens j maiYpeut-on assurer que l'interruption du fluide nerveux est complet te par la section ou compression des cordons nerveux que nos sens nous per- - mettent de découvrir dans une partie ? On a pensé que lorsque l'intervalle qui sépare les deux bouts coupés n'était point trop grand , le fluide nerveux n'était point arrêté , et que , semblable au fluide électrique , il pouvait franchir cet intervalle et continuer à circuler. Cette assertion est encore loin d'être regardée comme démontrée ; cependant il serait possible que la'nature possédât des ressources qui nous soutincon-

nues pour suppléer à la section des cordons nerveux. Il parait certain, par exemple, que toutes les artères sont entourées d'un réseau nerveux qui les accompagne dans toutes leurs ramifications ; d'après cela, l'interception du fluide nerveux ne pourrait être complette que par la section simultanée des nerfs et des artères. Quoiqu'il en soit, les parties dont les nerfs ont été coupés ou comprimés , deviennent par cela seul beaucoup plus succeptibles de passer à l'état de gangrène : ainsi , dans l'opération de l'anévnsme , l'on a observé que , toutes choses égales , la gangrène se déclare bien plus souvent lorsqu'on comprend le nerf dans la ligature que lorsqu'on lie 1 artère isolément. C'est parce que les membres paralysés ou frappés d'insensibilité n'éprouvent plus toute l'influence nerveuse , qu'on les voit souvent se couvrir d'escarres gangréneuses 'par une compression légère produite par quelque vêtement, ou seulement par le poids du corps dans le décubitus. On voit aussi souvent dans ce cas, la gangrène succéder aux excoriations déterminées par les urines que les malades laissent aller dans leur lit.

Les moyens curatifs que l'on peut employer pour prévenir cette espèce de gangrène , sont à peu près les mêmes que ceux que nous avons indiqués pour les cas d'interception au fluide artériel , auxquels il faudrait ajouter les frictions sèches ou avec des linimens camphrés et cantharidés. Ne pourrait-on pas , avec avantage , soumettre les parties menacées de gangrène aux courans galvaniques et électriques ?

C. Interception du sang veineux et des fluides lymphatiques. Les veines rapportent vers le centre le sang qui a été porté par les artères dans les différentes parties , et les vaisseaux lymphatiques , les fluides qui ont été déposés dans les différentes cavités et dans le tissu cellulaire. Ces vaisseaux sont bien plus susceptibles d'être comprimés que les vaisseaux artériels , et par cette raison ils doivent plus souvent donner lieu à l'interruption de la circulation des fluides qu'ils contiennent ; aussi cette interruption est très-fréquente et le serait encore davantage sans les valvules qui s'opposent au retour des fluides vers les extrémités , et suppléent ainsi à la faiblesse des parois des vaisseaux : une autre cause s'oppose encore plus efficacement à l'interruption de la circulation de ces fluides, c'est la fréquente communication qui a lieu entre les différentes veines superficielles et profondes , ainsi qu'entre les nombreux vaisseaux lymphatiques. Par le moyen de ces communications, lorsqu'il y a compression des veines et des vaisseaux lymphatiques dans une partie , les fluides refluent de proche en proche vers les vaisseaux latéraux et profonds qui restent libres, et parvienne ut par cette voie à leur destination;

c'est ce qu'on observe lorsqu'on applique des appareils pour les fractures : lorsqu'ils sont médiocrement serrës,le gonflement du membre a lieu pondant les premiers jours et il se dissipe à mesure que les fluides veineux et lymphatiques prennent leur cours par les vaisseaux profonds ; mais il peut arriver que ces vaisseaux ne soient pas suflisaus pour recevoir entièrement les fluides qui doivent être reportés vers le centre , ou que la compression s'e'tende jusqu'à ces vaisseaux; alors les fluides refluent et s'epanebent dans l'interstice des fibres , dans les mailles du tissu cellulaire ; peu à peu le gonflement devient e'norme parce que les fluides épanchés fournissent eux-mêmes un obstacle à leur retour , et achèvent d'intercepter toute communication de la partie avec les organes centraux , en comprimant les nerfs et les artères, et le membre ainsi séquestré passe à l'état de gangrène. C'est ce qui arrive par l'effet des ligatures fortement serré» s , des bagues trop étroites , dans les cas d'étranglemens herniaires, etc.

On prévient la gangrène que menace de produire la coinpression des veines et des vaisseaux lymphatiques , en faisant cesser la cause de cette compression et en remédiant à l'engorgement qui en est résulté , par diverses frictions avec des flanelles chaudes, par l'application de cataplasmes confortatifs , par des lotions résolutives , etc. ; mais si l'on ne s'aperçoit pas d'une prompte diminution de l'engorgement , il faudrait avoir recours aux incisions pour donner issue aux fluides épanchés. Les incitons profondes et peu prolongées dégorgent beaucoup plus promptement le membre que les longues scarifications superficielles que l'on faisait autrefois.

article v. Gangrènes anomales. J'ai réuni sous ce titre certaines espèces de gangrène observées par quelques auteurs et qui ont présenté des caractères particuliers sufhsans pour les faire distinguer de celles que nous avons décrites dans les quatre articles précédens.

i*. M. Pott a décrit dans ses Œuvres chirurgicales, tom. n , pag. 537 , une espèce de gangrené qui se manifeste aux orteils par une tache noirâtre et se propage sur le dos du pied jusqu'aux malléoles ; l'épiderrae superposé se détache promptement et laisse voir audessous les parties d'un rouge foncé. Éette gangrène survient dans tous les âges , mais plus souvent dans la vieillesse; elle attaque les hommes plus souvent qne les femmes dan» le rapport de vingt à un ; les individus de tous les tempérairens y sont exposés , mais plus particulièrement ceux uni mènent un<* vie molle et voluptueuse, et qui ont eu précédemment de* douleurs vagues. Pendant longtemps M. Pott avait employé inutilement contre cette espèce de gangrène le quinquina et autres m édicamens connus.

Ce fut le hasard qui lui fit découvrir dans l'opium un moyen de la combalre plus ellieacement. Depuis lors il a fait un usage heureux de ce remède en le donnant à la dose de deux grains, qu'il renouvelait plusieurs fois le jour. On administrait en même temps bcaucoup.de lavemcns pour provenir la constipation. Il a observé que le quinquina et autres excitans sont nuisibles, tant à l'intérieur que comme topique* ; il conseille aussi de tremper la partie menacée et gangrenée dans dos bains de lait tiède; ce dernier moyen est condamne' par M. Kirkland qui confirme les bons-effets de l'opium.

2°. On lit dans le Recueil de la Société royale de médecine de Paris , an 1 782 , un Mémoire de M. Jeanroi , sur une espèce de gangrène qui attaque les personnes qui mènent une vie molle et sédentaire , qui se nourrissent d'alimens trop succulens et font uu usage abusif des liqueurs snirilueuses. «Sa marche, dit il , est insidieuse, elle surprend , au milieu des plaisirs, même dans un âge peu avancé et dans un état apparent de force et de santé ; elle al laque plus particulièrement les habitans des grandes villes : d'abord, l'appétit se perd , le sommeil, ne répare point les forces, les malades ont un penchant irrésistible au repos, et bientôt ils éprouvent un sentiment de stupeur aux extrémités, des frissons vagues ; les sécrétions diminuent, excepté celle de l'urine; il se manifeste sur différons poiuls de la peau une inflammation superficielle d'un rouge un peu pourpre , qui est suivie de dessèchement et de la séparation de l'épidémie. A celte période rien ne peut s'opposer aux progrès de la gangrène. Le malade se plaint d'un froid intérieur, est agite,' de mouvemens convulsifs ; bientôt l'insensibilité devient générale et la mort survient. » M. Jeanroi regarde les antiscorbutiques comme lesmeilleurs moyen* qu'on puisse opposera cette espèce de gangrène; mais il faut les employer dès le début, et a très- fortes doses , et seconder leurs effets par les promenades à la campagne , les amers , le quinquina et les doux purgatifs.

Sous certains rapports , cette espèce de gangrène se rapproche de celle dont Pott a donné la description ; elle parait s'en éloigner sous d'autres, surtout pour ce qui est relatif au traitement. Pourrait-on regarder comme caractère dislinclif de celle-ci , de n'attaquer que les personnes adounées à la mollesse et aux excès de table ? Serait-elle le produit de la faiblesse indirecte qui, pour me servir du langage de Brown , dépend de l'excès de stimulus , succède h l* action trop longtemps continuée des forces excitantes , et est caracte'rise'o par un défaut d'excitabilité?

3°. On a observé plusieurs fois la gangrène des extrémité'* , coïncidant avec les affections organiques du cœur ; on ne doit 17. 22

pas en conclure qu'elle a été déterminée par le défaut de circulation du sang, car M. Corvisart a vu un grand nombre de cas où l'oblitération de l'orifice aortique était presque complette , sans qu'il soit survenu de gangrène , tandis qu'on l*a observée chez des sujets qui n'avaient que des affections peu considérables du ventricule droit, ou même de l'artère pulmonaire (Essai sur les maladies du cœur, p. 174; et Fabrice deHilden, cent, a , obs. 89 ). On a aussi remarqué que la gangrène est survenue spontanément aux extrémités inférieures , dans les affections du foie , de la rate, du pancréas , des poumons, etc. ( Bonet t Sepulcr. , t. 5 , p. 418).

Ne pourrait-on pas conclure de ces faits que la gangrène des extrémités peut être produite sympathiquement par l'affection organique d'un ou de plusieurs viscères de l'intérieur, et que si elle a lieu plus fréquemment par celles du cœur, c'est que cet organe exerce une grande influence sympathique sur toutes les parties, outre qu'il est l'agent principal de la circulation des fluides qui vont les fournir ?

4W. On sait que les affections tristes de l'ame déterminent la gangrène dans les plaies et ulcères (Mém. de VAc. de chir. ). Elles peuvent aussi la produire lors même qu'il n'existe pas de plaie. M. Pépin, médecin de la mariue à Cherbourg, a traité a l'hôpital de cette ville, deux conscrits ré Tractai r es , qui, à la suite d'une mélancolie nostalgique , ont éprouvé des affections gangreneuses des paupières j le premier de ces malades mpurut malgré le traitement méthodique qui lui fut administré ; le second ne guérit qu'après avoir resté longtemps dans un élat*k langueur (Jour, de me'd. de MM. Corvisart, Boycr, etc. , mai 1812 ). J'ai observé plusieurs fois, chez des aliénés mélancoliques, que la gangrène se développe par les causes les plus légères , comme le décubitus habituel sur le même côté , uuc contusion peu considérable, etc. On lit dans le tome 111 de la Collection académique , qu'une femme, après un violent chagrin , accoucha d'uue fille qui avait les pieds gangrenés , et qu'une autre femme ayaut été vivement effrayée par la vue d'un iuceudie , accoucha d'une fille qui avait la gangrène aux deux cuisses j plusieurs accoucheurs ont observe' des caucrènes chez les nouveau-nés après des accouchemeus

laborieux j ces gangrenés dépendent de la compression que l'enfant a éprouvée au passage, ou sont l'effet des mauœuvres violentes qu'où a été obligé d'employer; l'auteur qui rapporte les deux observations précédentes ne dit point que les accouchcmens aient été laborieux : on peut donc regarder ces gangrèues comme l'effet du trouble occasionné dans les fonctions de la mère , et qui a produit sur les parties délicates du fœtus une impression plus marquée que sur celles de la mère.

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