S A BUE RE
GASTRILOQUE, adj. et s. m. , expression hybride, formée du grec y&çrhp , ventre , et du latin loquor , je parle; qui parle du veutre. Le mot gastriloque est synonyme aengastri» mythe et de ventriloque. Deux raisons devraient le faire bannir du langage ; sa composition barbare, et son insignifiance $ puis* qu'il est bien démontré que nul individu ne parle du ventre ; ou , pour nous exprimer plus positivement , que chez aucun individu, la voix ne se forme dans le ventre. Nous avons précédemment exposé, dans ce dictionaire, à l'article engastrimysme, l'état actuel de nos connaissances sur la manière dont ou peut modifier la voix , afin de parvenir à produire les singulières illusions qui font supposer que la parole sort de la poitrine , du veutre , d'un souterrain , d'un grenier , d'une cheminée , «l'un lieu plus ou moins éloigné , du haut des airs , de la terre \ etc. Nous répéterons ici , que ceux qu'on nomme gastriloques , ou ventriloques , parlent, ainsi que font naturellement tous les individus , pendant l'acte de la respiration ; et que l'engastrimysme , ou la ventriloquie , comme disent les faiseurs de tours , consiste dans diverses modifications de la voix j que chacun peut parvenir à effectuer ces modifications , de mauière à produire la voix artificielle qui étonne chez les prétendus gast ri loques ; mais que cependant les résultats obtenus , dans ces exercices, ne sont pas toujours égaux en perfection , parce que J'unc des conditions essentielles au succès, lient à la force et à la flexibilité des organes propres à former les sons et à les expulser hors de la gorge. En effet , plus la cavité de la poitrine
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a de capacité , de liberté , de vigueur ; plus les cavités laryngée et trachéale ont de force et de flexibilité ; plus , alors , les sons de la voix ont de force, et peuvent être poussés avec rapidité pendant l'expiration : de là les diverses modifications que peut recevoir la voix de la part de celai qui veut produire des illusions par son moyen. Un long exercice peut ameuer à l'acquisition de la voix artificielle qui nous occupe j l'habitude supplée, jusqu'à un certain point, chez les personnes délicates , aux forces naturelles des organes pulmonaires ; mais les individus dont la voix est grêle, à raison de la faiblesse , de l'embarras de ces mêmes organes , ne produisent point des illusions aussi complcttes , aussi constantes que les sujets convenablement organisés , et ciui peuvent faire retentir la cavité de la poitrine , en repoussant l'air vers les poumons, en tenant la glotte presqu'entièrement fermée après une longue inspiration.
Les expériences faites devant nous par divers engastrfmythes, tels que notre ami le docteur Therrin , déjà cité dans l'article engastrimjrsme , et M. Comte , le plus habile et le plus merveilleux des ventriloques; celles que nous avons faites nousmêmes , sur la manière de produire les sons qui constituent la voix artificielle , ne nous permettent point d'admettre les théories au moyen desquelles certains auteurs prétendent encore que les ventriloques , ou ceux du moins qu'ils Supposent tels , parlent pendant l'inspiration. Les cxpc/ienccs dont nous nous élayons , et la connaissance des lois de l'organisation humaine , suffisent seules pour nous faire considérer comme paradoxale cette autre théorie qui divise les ventriloques en deux espèces j l'une , et c'est la plus commune , chez laquelle la voix artificielle se forme dans le gosier , d'après les procédés mie nous avons expliqués ( Forez engasttumtsme) -t l'autre espèce, d'après ces théories , serait douée de la faculté de faire venir la voix artificielle de l'intérieur du corps, de la poitrine et spécialement du ventre. M. Laulh, professeur à la faculté de médecine de Strasbourg , dans nn mémoire inséré parmi ceux de la Société des sciences , agriculture et arts de cette ville, soutient cette dernière opinion , et l'appuie du fait d'un véritable ventriloque, qufil assure avoir observé. En révoquant en doute 1" cas rapporté par M. Lanth , nous ne prétendons point attaquer la véracité d'un savant que nous faisons profession d'honorer j mais nous croyons qu'il s'est laissé tromper par un habile jongleur, ainsi que nous en avons rencontré un en Allemagne, et qui fut observé par feu Dupont , chirurgien en chef des armées, qui en a oublie l'histoire dans le troisième volume des actes de la Société de médecine de Bruxelles. M. Comte, qui n'est point ventriloque, dans le sens donné à ce mot par le savant professeur de Strasbourg ; M. Comte fait , quand il le veut , une
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voix artificielle qui semble sortir du ventre. C'est là le comble de Part. Nous ue rappellerons point ici les raisons qui prouvent, d'une manière incontestable , qu'il est physiquement impossible que la voix se forme dans l'abdomen , pour arriver au dehors: nous renvoyons à l'article engasirimjrsme % où ers raisons sont cxpose'es. 11 nous suffira d'ajouter que le plus habile professeur connu de physique amusante, que M. Comte, dont la complaisance et la bonne foi égalent les talons , nous a explique' , tout récemment encore , et de la manière la plus satisfaisante , tous les procédés dont il fait usage pour varier les voix artificielles avec lesquelles il étonne et charme ses auditeurs. Cet voix se forment toujours dans la gorge, spécialement depuis 3'ourerture de la glotte jusqu'à l'isthme du gosier; elles se modifient dans les cavités buccale , trachéale , laryngée ; et résonnent jusque dans la cavité thorachique, au moyen du degré de force que l'on donne à l'inspiration , et du jeu des organes que le physicien sait mettre à propos en action , tels que le pharynx, le larynx, la glotte, l'épiglotte, la langue, les fosses nasales, etc. , c'est par ces artifices que M. Comte imite, d'une manière si parfaite , les voix les plus graves, les plus aiguës , Jes plus sonores, les plus faibles; qu'il les éloigne, les rapproche , les fait partir des points les plus opposés.
Tout l'art du gaslriloque consiste donc à produire des illusions telles, qu'on ne puisse supposer que les paroles qu'il fait entendre sortent de sa bouche. Il doit, pour atteindre ce but essentiel , employer divers artifices. Les principaux sont , de dérober, aux yeux , les mouvemens de sa bouche; de proportionner le volume de sa voix à la distance du li*>u d'où elle est supposée partir; de donner à la voix artificielle un caractère opposé à la voix naturelle : cette opération se fait dans les joues, les fosses nasales , la voûte palatine ; dans l'ouverture des lèvres , plus ou moins grande , afin d'augmenter ou de diminuer la capacité de la cavité de la bouche ; de calculer la distance d'où l'on vent faire supposer que la voix est partie : si cette distance est éloignée , le physicien fait sortir la parole du gosier sans l'articuler dans la bouche; ce moyen contribue a faire croire la distance fort éloignée. Il y a des consonnes dont il faut éviter le concours , tels sont les r ; lorsqu'on est forcé de les employer , il convient de faire en sorte que le son parcourre la voûte palatine : arrivé dans l'air, il s altère de manière à produire l'illusion désirée.
Toutes ces conditions étant remplies , il faut encore que le physicien joue une pantomime qui ne permette point aux spectateurs de soupçonner la ruse cju'il emploie ; il faut qu'il
Krle souvent avec sa voix naturelle , de manière à distraire ttcntioB de ses auditeurs. M. Comte , qu'on ne saurait trop
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citer , en traitant le sujet qui nous occupe , possède toutesles qualités qui viennent d'être indique'cs ; lui seul , en parlant avec sa voix naturelle , a l'art de faire entendre, en même temps, et comme arrivant de l'air , et derrière lui, la voix artificielle , à laquelle il repond. L'illusion est d'autant plus grande, que le physicien s'approche des auditeurs , ayant les lèvres closes ; tandis que l'on entend , très-distinctement et dans Teloignement , les paroles de sa voix artificielle. Nous avons été témoin de ces dialogues** qu'on peut qualifier de merveilleux , bien qu'ils puissent s'expliquer par le me'canisme que nous avons fait connaître. Dans l'une de ces scènes , M . Comte , une fois , contrefit la voix d'un sommelier, qui, du fond de la cave, répondait aux demandes de son iutcrlocuteur. La voix souterraine , conduite par M. Comte, montait graduellement, et avec tant de vérité , que l'assemblée, bien que prévenue qu'elle assistait à des expériences , crut que, pour cette fois , il y avait au milieu d'elle une personne qui rendait au physicien le service de parlera sa place. Si la facilité extraordinaire que M. Comte a de produire , à la fois , différentes voix artificielles n'était très- connue, nous pourrions rapporter plusieurs faits dont nous avons été témoins , encore tout récemment dans notre domicile , où cet étonnant mystificateur est parvenu à jeter l'alarme parmi tous nos nombreux voisins , qu'il s'est amuse à intriguer pendant une heure , après laquelle nous avons cru devoir faire cesser l'illusion qui affectait trop vivement plusieurs femmes. Nous rapporterons cependant encore ua fait qui prouvera jusqu'à quel point M. Comte peut multiplier et diversifier , en même temps , les voix artificielles qu'il
{produit. Ce physicien se rendait à Grenoble, dans la diligericc; a voiture était remplie ; pendant la nuit il imite plusieurs voix .de voleurs qui menacent le postillon et le conducteur , et les obligent d'arrêter les chevaux : les voix commandent aux voyageurs de se dépouiller de leurs bijoux et de leur argent. C'est M. Comte qui reçoit rette rétribution forcée. Arrivé à Grenoble , un voyageur le dénonce comme le supposant complice des voleurs , à raison de la tranquillité' qu'il a montrée pendant la scène dont il vient d'être parlé : la gendarmerie arrête le mystificateur ; mais tout à-coup il appelle à son secours , et huit à dix voix partent du grenier et de la cave, où il assure que ses complices se sont introduits. Les gendarmes saisis d'élonmment , et voulant néanmoins arrêter les misérables dont ils ont entendu Iesvoix, laissent M. Comte en liberté'. Celui-ci s'enfuit et se rend chez M. le préfet , dont il est connu , raconte son aventure, et restitue aux voyageurs c'merveillés, et surtout très-satisfaits, les objets dont il les avait dépouillés.
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C'est par une multitnded'aventuressemblableso^ieM. Comte s'est rendu célèbre dans toute l'Europe. L'on peut dire de cet intéressant artiste , qu'en amusant le public il l'instruit : en effet , il a rendu les prétendus prodiges de l'engastrimysme tellement populaires, que persoune aujourd'hui ne tient pour surnaturel le don de former ces voix artificielles qui passaient naguère pour de ve'ritables merveilles. La bonne foi de M. Comte n'a point nui à ses succès ; les plus augustes personnages ont honore' cet aimable magicien de leurs suffrages et de leurs encouragemens. Le roi l'a nommé son physicien. Mais tandis qu'à Paris M. Comte est recherché , «té , à la cour et à la ville , un de ses émules , qui exerçait son art dans les états de Parme , vient d'être sévèrement puni de ses succès. Le ventriloque ultramontain suivait , à Plaisance, un enterremeut : l'homme qui portait la croix , arrivé à un carrefour , demande de quel côté il doit se diriger j le ventriloque , imitant la voix du défunt , s'écrie : de mon vivant /allais de ce cote ci. Ces mots répandent la terreur parmi les assistans , chacun s'enfuit , et le mort est abandonné sur la place. Notre homme , non content de cette mystification , se rend au marché aux blés, sur lecjucl est située une prison ; il en fait sortir des cris affreux , qui indiquent qu'un détenu est mordu par un chat enrage : la multitude accourt ; la garde, la gendarmerie .surviennent, attirées par la clameur publique. Tout était tranquille dans l'intérieur de la prison. Le mystificateur est découvert j on l'emprisonne, et un jugement le bannit des état* de Parme. A Paris , on s'amuse , on rit des tours de M. Comte : il est encore en Europe des pays où il serait peut-être immolé comme un associe des esprits infernaux. Ainsi vont les choses ici bas ... Félicitons notre magicien , félicitons-nous , devivre sous un gouvernement éclairé , et dans une contrée où la raison a triomphe des préjugés; où les lumières, universellement répandues , ont dissipé toutes les idées superstitieuses. Mais rappelons-nous que ce qui est honore dans un pays, peut être abhorré dans tel autre. A Madagascar, c'est, de la part d'uu fils, un acte de piété déterminer les jours d'un père ou d'une mère arrivés à la décrépitude : une telle action , parmi nous , serait justement punie du dernier supplice. Chez les Romains , le voleur était, comme cher nous , condamné par l'opinion et par les ioix à la flétrissure. A Sparte , on l'honorait. Là ,
I/Ephore soutiant , dans sa herbe chenue , Menait danser , au bal , ta iillc toute nue , A POpéra fiançai» le plus haidi garçon ! Ne saurait voii sauter Aoie sans raleçon
F A P . L-l/EoL À.WTI !TE.
Avant de quitter la plume , je demande à mes lecteurs .la