PETIT
FRICTION , s. f. , friciio , de fricare , frotter. Par le mot de friction , on entend souvent une opération bien différente dans ses résultats ; car c'est ainsi qu'on désigne le plus ordinairement le frottement fait avec la main ou un corps sec, et le frottement à l'aide duquel on étend sur la peau une substance médicamenteuse; il est cependant important de distinguer ces deux opérations ; et Celse avait déjà dit (1. 1 1 , c. 11), inter unctionem au te m et frictionem multum interest. Je m'attacherai ici , à ce que l'on doit entendre principalement par friction. On peut consulter les mots iatralep tique , onction , pour l'autre genre de frottement.
Les anciens ont beaucoup employé les frictions ; elles furent surtout recommandées par Asclepiade de Pruse , qui faisait
FRI
dépendre la conservation de la saute' , de la juste proportion des pores avec les corpuscules auxquels ils doivent livrer passage. Celse dit qu'il fut l'inventeur de cette pratique ; toujours est-il vrai qu'il fut le premier qui la re'pandit à Rome. L'on trouve le passage suivant dans le livre d'Hippocrate : De articulis muharum rerum peritum esse medicum expedit et non minus frictionis. Ou pourrait, il me semble, autant reprocher aux modernes d'avoir trop négligé l'usage des frictions , qu'aux anciens de l'avoir conseillé souvent comme unique moyen de guérison. Ou peut juger de l'importance qu'ils y attachaient , par les différens effets qu'ils attribuaient aux frictions faites suivant la direction longitudinale, oblique ou transverse; le soin qu'ils apportaient a les distinguer par leur rudesse , leur mollesse , le nombre et leur durée, en frictions sèches et humides , le choix du temps et du lieu où l'on devait les pratiquer.
Nous les considérerons sous le double rapport de moyen prophylactique et de moyen de guérison.
Si l'on jette un regard sur ce que les plus anciens médecins ont écrit sur la diététique, il est facile de se convaincre du grand cas qu'ils en faisaient; ils leur accordaient la propriété de relâcher les chairs , de rendre la peau plus transpirable , de lui donner plu4 de chaleur, de répandre d'une manière plus égale les élémens de la nutrition , augmenter l'embonpoint , le diminuer dans quelques cas , et d'accroître les forces, Sui- > vant le rapport de Suétone ( cap. 20) , c'est à leur usage que l'empereur Vespasien dut la conservation de sa santé.
La gymnastique , qui eut une si grande influence sur les mœurs , les habitudes des Grecs , et fut regardée par eux comme une des parties les plus essentielles de la médecine , ht composait de difFérens exercices , auxquels on se préparait par des frictions qui disposaient le corps à des mouvemens plus faciles et plus longtemps soutenus; ceux qui , pour l'état de leur santé, ou à cause de leur grand âge , ne pouvaient se rendre dans les lieux publics d'exercice , avaient soin d'y suppléer par leur usage.
Si l'on considère quelle est l'importance des fonctions de la peau , leurs rapports avec celles de plusieurs organes intérieurs , et la nécessité de maintenir un juste équilibre entre < lies , pour assurer la conservation de la santé* , on ne pourra douter de l'avantage qu'on peut retirer des frictions pour prévenir une foule de maladies. Les personnes qui vivent dans l'oisiveté , un repos presque absolu , qui usent sans mesure de mets succulens , jouissent rarement d'une bonne santé ; les élémens de la nutrition, dirigés par des forces vicieuses, sont mal distribués ; certains organes doués de trop d'activité , s*en
FRI 9
emparent ; de là naissent des empâtemens on un excès d'embonpoint j d'autres fois ces organes , dans un état permanent d'e'réthisme très-grand, de'tournent, ou expulsent par les sécre'tions , ces mêmes élémens; et de ce défaut d'assimilation re'sulte souvent une extrême maigreur. C'est dans ces circonstances que des frictions sagement pratiquées peuvent parer à ces inconvéniens. Daus le premier cas , suivant le pre'ceplc des anciens , des frictions fortes et longtemps continuées, activent les sécrétions ; elles impriment aux parties molles , au tissu cellulaire , un mouvement d'oscillation ; les fluides y circulent avec plus de force , se présentent en plus grande abondance aux appareils sécrétoires , qui débarrassent les différens systèmes de l'excès d'une nutrition vicieuse. Dans la deuxième supposition , des frictions molles, de peu de durée, mais renouvelées fréquemment, relâchent la peau et les parties sousjacentes , y font affluer une plus grande quantité de fluides qui , départis d'une manière plus égale et mieux soutenue , rétablissent bientôt la santé, en faisant naître un juste rapport dans les forces assimilatriccs. Elles ont encore l'avantage de pouvoir suppléer aux autres exercices , faciliter la transpiralion, fortifier le système nerveux , faire naître un sentiment de bien-être général.
L'habitude de faire des frictions sur le corps des nouveaunés est très-ancienne , on la retrouve chez tous les peuples ; par ce moyen , on dépouille la peau de cette couche albumincuse qui la couvre , on facilite ses fonctions en la rendant plus souple et y faisant naître une plus grande chaleur. Dans certains climats on les pratique avec succès , pour se mettre à l'abri de l'influence d'une température froide et humide , en donnant à la peau les moyens d'uue réaction salutaire.
L'utilité des frictions , comme moyen prophylactique, laisse entrevoir tout l'avantage qu'on en peut retirer dans le traitement de quelques maladies. Du temps de Galicn on les employait contre les fièvres intermittentes. Borellus (Hist. et obs. cent. 2 f obs. qo) les a vues suivies du plus grand succès daus des cas semblables. Cclse ( De medic. , 1. j i , c. 14 ) conseille de les faire dans l'intervalle des accès". Un de leurs principaux effets est de rompre le spasme et la concentration des forces sur l'épigastrc. C'est aussi parla propriété qu'elles ont de porter ces forces au dehors , qu'elles peuvent servir à faciliter l'apparition de la variole ou autres maladies éruptives, ou de les rappeler après leur répercussion , comme l'a observé Mercurialis( De morb. puer. 9 1. 1, c. a). Dans quelques tumeurs, l'ébranlement que le frottement cause aux parties qui forment l'engorgement , suffit souvent pour diviser les fluides épaissis et faite cesser leur stase. Nous avons déjà
io FRI
remarque plus haut tout le fruit qu'on en peut retirer pour combattre 1 obésité ; on n'obtient pas des résultats moinsheureux de leur emploi, dans les empâtemensde certains organes , du foie par exemple. L. Joubert assure (Praxis medic. , 1. 5f c, 14 ) avoir obtenu la guérison de plusieurs ulcères avec engorgement de l'organe hépatique , par leur seul secours.
C'est dans les circonstances, où il faut accroître les forces, réveiller la sensibilité de quelques organes, qu'où obtient, par les frictions, un succès quelquefois très-prompt j on en voit la preuve dans la contraction de la matrice, pour expulser le fœtus ou le placenta , dans les évacuations afvincs, qui , lorsque ]a constipation dépend de la paresse du tube intestinal , suivent de si près leur emploi. Riofan (ftîcthod. medend.) , Fernel (I. 2, §. 3 , c. 6) , les conseillent dans la tympanitcj elles sont utiles dans la paralysie. Wedelius a vu une fille frappée d'apoplexie, ne pouvoir sortir de cet état que par des frictions sous la plante des pieds. Il n'est pas rare de voir l'état comateux qui accompagne quelques maladies nerveuses , céder au frottement d'une partie douée d'une grande sensibilité.
Frank de Frankenau rapporte ( Flora francica )J que les femmes de Goa , pour assouvir leur lasciveté , font prendre à leurs maris le fruit de datura , qui les jette dans le délire et dans un état de stupeur , d'où elles les tirent ensuite par de fortes frictions. Le frottement apaise la douleur, surtout celle qui dépend de l'excitation nerveuse ; il fait cesser le spasme , suspena ou guérit les convulsions.
Ce que nous avons dit plus haut de l'utilité des frictions , relativement à la distribution convenable des élémens de la nutrition , doit s'appliquer au traitement de l'atrophie générale ou particulière; leurs bons effets, dans ce cas, sont attestés par Joh. Follinus (De tuendd sanitate, p. 75), Bacon de Verulam (Sylv. sjrly. , cent. 1 , §. 58). On peut déterminer des dérivations , des révulsions nécessaires par les seules frictions ; leur application dans les parties éloignées peut, en y développant plus de chaleur, en y faisant affluer le sang en plus grande quantité , faire cesser les congestions habituelles. Dans l'excès de la menstruation , par exemple , on les pratique sur les extrémités supérieures et sur les inférieures , lorsqu'il y a suppression. Elles peuvent aussi modérer la trop grande activité de certains organes. On trouve dans les Ephemérides des Curieux de la nature (sect. 5, an 7 et 8) l'observation d'une malade qui ne pouvait obtenir de sommeil que par des frictions faites sous la plante des pieds pendant un quart d'heure. Les frictions avec la glace , conseillées parSamoïlowitz , contre la peste, semblent autant appartenir à l'espèce dont nous nous occupons , qu'à celle qui a pour but de faciliter l'absorption
FRI u
de quelques principes médicinaux : on peut consulter son mémoire. (petroz)
adolphi (chrétien Michel) , De frictione , Diss. in-4°. Lipsiœ , 1707. dillev (Philippe Eberhard) , De frictxonis usu medico praclico , Dits. in-40. Gissœ, 1714.
wilckehs (Henri), De friclionwn utilitate in medicind, Diss. 111-4°. Lug-
duni Balavorum ,1716.
v asse ( navid) , An frietus sil salutaris ? Afjîrm. Quœst. med. inaug. prœs.
Ilaym. Jac. Finot i ui-^o. Parisiis , x^^-s. waloschm 1 1, (Guillaume ulric) , De usu frictionum in medicind , Diss. in-4°.
Ktlonue , 1 -t a 3.
lutheii (chai les Frédéric), De usu frictionum in medicind, Diss. in-4°. Kilonuv, 17^5.
tosLuoEFEL (Henri), De frictione, Diss. in- "j0 Lugduni liatavorum , 1 7 '4 a . lies dertm are (charie» Frédéric), De singulari usu frictionis et unctionis
in curât in ne morùorum , Dits, inaug. in-4°. Lipsiœ , 1 7<io. Assur (isaac Marc) , De frictionis usu medico , Diss. in-4°. tlalce , 1 74"*qcellmaltz ( Samuel Théodore), De frictione abdominis, Progr. in -4°.
Lipsiœ , 1749.
W>ui* (Antoine), Remarques sur les différentes espèces de frictions , et sur les
effets airelles produisent. — Insérées dans l'ancien Journal de médecine ,