‹ Dictionaire des sciences médicalesChapitre 5 sur 43 · tome 5 , année 1756 , page · texte numérisé non relu

tome 5 , année 1756 , page

1 ai v ( Sébastien ^ , De frictionibus , Diss. in-8°. Viennœ Austrim , 1756. jgssied (Bernard), An otiosis frictio ? affinn. Quœst. med. inaug. resp.

Joan. Saint-Joire ; m-.\°. Parisiis , 17 mart. 1757. vestph al (André) , De vi et ejfficacid remediorum qunrumdam ex ternarum

in mnrborum internorum curatione , imprimïs verb de frictione magno

remédia anlUtjpochondriaen , Diss. Sectio priorf resp. ttcinzely ; in-4°.

Gryphiswaldiœ , 1762 ; Sectio posterior , resp. Koppamel ; ibid. 1703. M Ei.j.is (cliristophe Jacques) , De frictionum prœstantissimo usu in arte sa—

lutari% Diss. inaug. prœs. Car. Frider. Kailschmidt ; in-4°. Iciue, 1766. irotosse (/eau charie* de) , An Jrictio sit salutaris ? affirm. Quaut. med.

inaug. prœs. JVal. Mar. de Gevig/and ; in-4°. Parisiis , 1 721. n lics (itenri Frédéric), De panni asperi tanei usu mcdico-chirurgico ; cum

adversariis nonnullis physico-medicis , IXss. in-4°. Frlangœ , 1786. BACdrt (jacques Frédéric) , Dissertation (inaugurale) , sur l'utilité des fucùons-

in— 4°. Strasbourg, a ventôse an \n.-i8o5. SEIler [surcard Guillaume), De frictionis unetionisque usu therapeutico et

tùœtctico , Diss. inaug. resp. Pienitz ; in-4°. Kitcmbcrgœ , 1 806.

FRIGIDITÉ et froideur, s. f. , frigiditas , qui vient de frigus , ftyof. Nous réunissons ces termes, non qu'ils aient la même, signification absolue, mais parce qu'ils désignent des qualités de tempérament et de caractère fort analogues entre elles.

La frigidité est l'état d'un individu de l'un ou de l'autre sexe , mais principalement de l'homme qui se montre impuissant ou incapable de génération , et même de coït. Beaucoup de causes organiques peuvent produire Vimpuissance ( Voyez ce mot ) , et rendre stérile ( Voyez stérilité) ; tels sont certains vices de conformation , ou des accidens , des blessures et mutilations, la castration, la paralysie, des compressions , des hernies, un sarcocèlc, un Kypospadias , la structure non na-

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turclle des organes de la reproduction, delà verge , cfes testicules , des canaux déférens , du sperme , ou du vagin , de l'utërus , des trompes de Fallopc , des ovaires , etc. ; toute» circonstances dont il ne doit pas être ici question , parce qu'on* en traite aux articles que nous venons de citer. Voyez encore CASTRATION , EUNUQUE, SEXE, UTÉRUS, VERGE , etc.

Il s'agit ici spe'cialement de l'inertie qu'une constitution plu» ou moins faible et naturellement délicate, ou artificiellement détériorée et énervée, soit au physique, soit au moral, manifeste relativement aux fonctions génitales. Gomme il n'a point été traité de la chaleur ou de V ardeur sexuelle > précédemment , avec des dcvcloppemens sufîisans, outre les articles femme et JMe9 cl comme ce sujet physiologique considéré dans tous les êtres organisés peut offrir des considérations dignes d'iutérêt, nous essaierons de l'esquisser en ce lieu.

§. i. De la chaleur physique par rapport à la reproduction chez les êtres vivans. Les anciens philosophes disaient : le soieil et l'homme engendrent l'homme ; mais l'astre de la vie est bien plutôt le principal agent de toute procréation dan» la nature. On sait , en effet , que le froid et l'obscurité empêchent toute vie chez les animaux et les plantes , puisque les répions glacées des pôles et les froids rigoureux des hivers dé- 1 misent tous les êtres organisés ou suspendent du moins leur» fonctions. Au contraire, ces êtres se multiplient avec d'autant plus d'exubérance qu'ils sont placés sous des climats arden» et prospères, sous les cietrx des tropiques sans cesse éclat ans «les feux du soleil , et sans cesse vivifiés par cette chaleur fécondante qui ne permet aucune interruption dans les reproductions. De nouvelles (leurs y renaissent a côté des fruits, les générations se pressent d'éclore; elle se hâtent, dans leur puberté précoce , d'ajouter de nouvelles créatures non moins prolifiques à la masse mille fois multipliée des êtres qui pullulent dans ces opulentes contrées. La nature y étale avec profusion un lu^e , une surabondance incomparable de germes dont la fécondité semble se centupler sous les rayons de lvastre qui les anime , et qui exalte à l'excès l'énergie de leur vie , de leur • puissance reproductive ( Voyez fécondité). Mais que voyonsnous dans les régions glaciales , sinon des végétaux pâles , fades, étiolés, .à peine réjouis quelques jours de l'haleine tiède des zéphirs, à peine colorés par une lumière faible qui n'arrive qu'a travers une atmosphère brumeuse ; leurs (leur» sans éclat ne s'ouvrent qu'avec langueur, les fruits restent vert» et acerbes sous le froid prématuré de la bise eu automne , le» graines non mûries ne reproduisent que des herbes sans vigueur et souvent stériles sur un sol humide , longtemps couvert de ftimas. De même , des animaux blafards > à poils ou plume»

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blanchis par le froid vif, sortant , à demi-engourdis et affamés, de leurs tannières hibernales, se portent languissammenl à l'acte reproducteur ; les races abâtardies , rabougries dans un air toujours glacé , presque sans lait pour nourrir leur lignée, trouvant à peine de rares subsistances , végétant la plupart sous terre ou parmi l'obscurité , mènent une vie de tristesse et de douleur qui détériore de plus en plus les espèces dans le long cours des hivers.

Ainsi , la chaleur et le soleil avivent les fonctions procréatrices dans les fleurs comme chez les animaux. Il est particulier qu'aucune plante phanérogame ou dont les organes sexuels sont visibles, ne fleurit et surtout ne graine sans l'heureuse influence de la lumière solaire , comme on en voit la preuve chez les herbes étiolées qui croissent sous d'obscurs souterrains. De même les herbes aquatiques font sortir leurs fleurs du limon fangeux des fleuves, pour s'épanouir au soleil et accomplir à la face de l'univers , pour ainsi dire , les doux devoirs de la nature ; puis elles retournent ensuite dans leur séjour humide , emportant l'espérance d'une nombreuse postérité, et le feu sacré qui la vivifie. A la vérité les cryptogames, les champignons, byssus , mneors , mousses, etc. , quelques fleurs nocturnes se perpétuent dans l'obscurité et même par des temps froids; mais on doit considérer que c'est parce que les végétaux imparfaits n'ont besoin, pour exister, que d'une faible quantité de chaleur et de lumière $ car toute vie et toute production serait absolument impossible sans chaleur ( f^oyez katurr). Il y a des exemples d'impuissance causée par le froid chez l'homme. Eph. nat. cur. , dec, i , an 5, obs. 41.

Parmi les animaux , combien la volupté, la lubricité même ne sont-elles pas exaltées par l'ardeur du climat et des saisons du printemps et de l'été ( Voyez exaltation ), indépendamment des époques naturelles du rut? Quels concerts d'amour t quels mugissemens de désir retentissent sur ces plages enflammées de l'Orient et de l'Inde , parmi ces bois embaumés de parfums , et où se jouent les oiseaux , les insectes et mille autres races d'animaux- couverts .d'éclatantes parures , sous les feux du jour,! Les froids reptiles même se raniment ; les poissons , les mollusques reçoivent dans les eaux cette chaleur céleste et procréatrice, et participent , par leurs joyeux ébats, a ces noces universelles de la nature.

§. 11. De la chaleur organique des corps vivons relativement à la fonction reproductive. Plus un être animé a le sang chaud et respire abondamment , plus il ressent d'ardeur amoureuse '9 c'est ainsi que les oiseaux ayant , entre tous les animaux , le système de la respiration le plus vaste, manifestent aussi le pins de lubricité; un moineau, un coq multiplient

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presque chaque jour l'acte du coït bien au delà de ce que peuvent les autres êtres les plus- vigoureux. Les mammifères , après les oiseaux , sont bien plus capables d'amour que les reptiles , les poissons et les autres animaux des classes inférieures, dont la respiration est moins e'tenduc , moins vive , et dont aussi toute l'organisation parait froide au toucher.

C'est donc , en effet , la chaleur naturelle (et non morbide) du corps qui favorise le plus l'amour, ou qui combat le plus efficacement le vice de frigidité'. Ainsi nous voyons que, dans la Heur et la force de l'âge, dans Partivité bouillante de la jeunesse et de la virilité , les passions expansives d'amour , de générosité , de courage e'clatent avec le plus d'énergie. Un foyer interne, le cœur, semble répandre dans toute l'économie, avec un sang vif et ardent , une puissance qui cherche à s'exhaler, à se reproduire en d'autres êtres. L'amant ressemble au

I>rodigue , il se sent riche d'une nature féconde eu lui ; il est iberal , ouvert , confiaut , magnanime j il aspire à donner son ame et sa vie j il ne craint rien j il est toute générosité^ la générosité, suivant son étymologie, vient de la puissance générative , aussi les personnes âgées et froides ne sont pas ordinairement généreuses). C'est cette même expansion vitale qui, à l'époque de la puberté , comme à celle de la floraison dans ]es plantes , développe les organes sexuels , la barbe , les poils chez l'homme, les mamelles chez la femme, et détermine le Aux menstruel j qui produit enfin , dans divers animaux , des cornes, des ergots, des crêtes, des crinières, des défenses ou des parures particulières. Voyez puberté, virilité, etc.

Un ancien adage dit : Vir pilosus aut Jfbrtis , aut luxuriosus; et l'on connaît cette anecdote de Ninon de Lenclos , quir n'ayant pas trouvé, en certain moment , le grand Condé aussi ardent et luxurieux qu'il était velu (ef toutefois blond ), lui dit avec finesse : prince, vous devez sans doute être extrêmement fort.

Si l'homme brun, sec, velu, carré de taille, large des épaules et d'encolure, ayant une forte barbe noire, une odeur virile , une voix mâle et grave , une dure crinière comme le lion, un caractère audacieux , colérique, martial , comme le taureau , le coq , et tous les mâles des animaux polygames surtout j si un tel homme est très-vigoureux pour l'ordinaire en amour, l'individu froid, énervé, aura des qualités tout opposées. Ainsi , le teint d'un blanc fade, des cheveux trop blonds ou blancs et déliés , des yeux d'un gris pâle et faibles de vue au grand jour, une chair humide et flasque , très- lisse , ou presque sans villosités , sans barbe ni poils aux diverses parties du corps , un tissu cellulaire mou et graisseux, aussi développé que chez les femmes , des glandes tuméfiées et aqueuses,

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des formes arrondies , féminines et gracieuses , des épaules serre'es et des hanches larges avec on ventre proéminent, ua caractère peureux, une démarche molle , des habitudes efféminées , une voix grêle et aiguë , uue odeur aigre ou fade de transpiration; telles sont les marques de la frigidité et de l'impuissance , chez l'homme principalement : celui-ci se rapproche donc à beaucoup d'égards de l'eunuque ou du castrat , quoiqu'il puisse avoir d'ailleurs des parties sexuelles en apparence bien conformées. On a même vu des hommes impuissans munis d'une très-grosse et très-lourde verge , mais peu ou point susceptible d'érection et toujours très- flasque; cependant pour l'ordinaire cet organe, et surtout les testicules, sont très-petits , et incapables de toute excitation chez eux.

Jacet exigu ut cum ramice ne/vus , Et quamvis totd palpetur nocte , jacebit.

JUVÉKAL , Mt. X.

La femme froide et stérile a pareillement au plus haut degré le caractère de l'effémination comme ces femmelettes si blondes , si blanches , si délicates et énervées , presque sans gorge ou mamelles , n'étant presque ni réglées , ni pourvues de ces poils qui ombragent l'organe sexuel ( Morgagni , Sed. et caus. morb. , epist. 10 , /. o), et se faisant a peine entendre avec un petit filet de voix. Ulmus ( De utero tnuliebri) ajoute que leur clitoris est presque introuvable et sans érection. Il est aussi de ces femmes froides qui deviennent excessivement grasses.

Quoique les plaisans soutiennent le contraire, il parait exister nn plus grand nombre de femmes froides et stériles que d'hommes impuissans et maléficiés; mais l'effet n'est pas égal dans l'état social et de mariage ; car la femme peut toujours recevoir, à moins que ses organes sexuels ne soient mal conformés. Bien que

I passive , inerte , ou même ne participant aucunement à la voupté , la femme froide peut enfin s'animer , s'échauffer par les transports de l'homme, comme on en a vu des exemples , et, après plusieurs années de stérilité, elle peut obtenir 1 honneur de devenir mère. Aussi la frigidité de la femme n'e?t point, comme celle de l'homme, un empêchement dirimant du mariage, selon tous les jurisconsultes et les casuistes (Thom. Sanchez, de matrimonio , lib. 7, disput. 95, n°. 1 ; Mercurialis, de morb. mulier. , lib, 4 » c- 10; Paul Zacchias, quœst. médico-légal. , /. 3 , tit. 1 , quœst. 5; Valentini, corp. jur. medic. leg. , etc. ). Car l'homme u'est nullement privé de ses jouissances naturelles avec une femme froide, bien que le but n'en soit pas toujours atteint. Au contraire , la frigidité paraît bien plus réelle et plus effective chez l'homme , parce qu'on aperçoit mieux les vices de conformation de ses organes

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sexuels , et que devant être nécessairement actif dans la palestre conjugale , le défaut d'érection du pénis ou d'excrétion de sperme rend chez lui manifeste cette frigidité qu'on peut seulement soupçonner chez la femme. Aussi les cauonisles ne font aucune grâce à un pauvre époux maléficié, et ils rompent impitoyablement les nœuds matrimoniaux pour peu qu'il ne remplisse pas dûment et complètement les devoirs les plus essentiels du mariage. Le droit canon , cap. 2 , de frigidis et ma» lefciatis , s'explique nettement à ce sujet. De même que l'enfant, dit-il, ne pouvant rendre le devoir, n'est point apte au mariage, pareillement les impuissans ne sont nullement en droit de contracter cette union. C'est de plus un actededol et de félonie insigne, comme un marchand frauduleux qui débiterait de la drogue au lieu d'une chose de bon aloi. Claude Fcrrièrc ne plaisante point sur cet article , et contre l'opinion de Browcr, de jure connubior. , qui nermet à l'homme, dout le mariage a été cassé pour cause de frigidité , de prendre une autre femme s'il redevient capable de consommer l'acte ; notre jurisconsulte français veut que le mari revienne expier la faute et l'insulte faite aux charmes de son épouse, dût-il éprouver de nouveaux alfronts d'un organe indocile ( T'oyez congres). Le point essentiel , en ce cas , comme dit Plaute , in cnrcuUio , c'est d'aimer en présence de témoins : si amandum est , amare oportet . testibus prœsentibus. Mais on est beaucoup plus indulgent pour le beau sexe , car on suppose très-obligeamment qu'il est toujours fort disposé à remplir avec zèle un devoir sacré , et qu'il est rare de voir des femmes y coopérer froidement. Par une bienveillance toute particulière , même le droit canon, après avoir avancé la nubilité des filles , dès l'époque de douze ans , ajoute bénignement qu'il excepte de ce long et pénible retard celle en qui la malice supplée à Tàge : in auibus malitia supplet œtatem. On lit , en effet , des exemples de grande précocité dans l'Ecriture Sainte , car si Salomon engendra Koboam à onze ans , et si Achaz engendra Ezéchias dès Pâge de dix , les jeunes Sunaraites devenaient sans doute pubères dès huit à neuf ans , comme on en voit encore aujourd'hui des preuves en Orient. Aussi le contrat matrimonial a reçu son nom plutôt de l'épouse {mater, d'où matrimonium) que de l'homme , tant on a cru de tout temjjs la femme plus énamourée que le mari ( dit Aulus Gellius , lib. 18 , cap. 6 ).

§. rîl. De la frigidité' considérée dans Vacte reproductif. Que l'on se représente les misères et la honte qui accompagnent l'impuissant dans la couche nuptiale ; quel dépit le doit enflammer après de trop vains efforts ! quel chagrin cuisant le doit tourmenter la première fois qu'il approche son épouse , et qu'un organe capricieux dément obstinément ses

plus magnifiques promesses ! Sans doute pique* de se voir trompé dans son attente , portant la rage dans le cœur, redoutant le dédain et la vue de sa femme, se me prisant lui-même, le malheureux époux attend avec impatience te retour d< l'aurore pour échapper au lit conjugal et aux ameres railleries des malignes commères. Il fuir, et souvent de cette époque datent des antipathies iuviucihles , no mépris réciproque , source éternelle de disputes , faisant un enfer du ménage et le désespoir de la vie. Car souvent , par un malheur incompréhensible, l'imagination ctTravée de cette fnneste froideur se ^lace de nouveau , à de nouvelles approches; et , loin de pouvoir » ffacer son opprobre par de nombreux triomphes , on n'acquiert de puis en plus que la triste certitude de sa faiblesse. On ne peut pas toujours alors imiter ce vieillard dont parle Boccace :

Richard de Ou nuira

Qui mainte tétc a sa femme allégua , Maintr rimlc et maint joui fériable , Et du devoir crut t'échappcr par la j

comme l'explique notre La Fontaine. D'ailleurs cette froideur peut naître de plusieurs causes qu'ira art heureux sait dissiper ; elle peut même tenir accidentellement à un excès d'ardeur amoureuse chez de jeunes mariés , et l'inaptitude momentanée au coït n'implique pas toujours nécessairement l'impuissance d'engendrer. Par une raison contraire, on voit des eunuqnes , n'ayant plus que la verge , rester encore capables d'un coït d'autant plus prolongé qu'il est sans évacuation de sperme.

Cur tnntùm eunuchot habeat tua Gittia , quecris , Pannice , vult fului Gittia , non parère.

martial-, UO. vi, epigr. 67.

On voit des personnes très-susceptibles d'union sexuelle avec telle personne, tandis qu'elles sont tout-à-fait impuissantes avec telle autre. Des individus ont une salacité si pétulante et si prompte, que l'effusion séminale s'opère avant toute intromission , et ils ne sont impuissans que par une trop vive puissance; H en est qui exercent l'acte , mais ne le terminent point selon Tordre naturel , soit par défaut de sperme , soit par quelque vice de conformation qui en empêche l'émission. Quelques-uns entrent en érection , mais retombent presque aussitôt ; d'autres distillent un sperme limpide et froid , sans érection et sans coït préalables , par de simples approches; d'autres , enfin , éprouvent, soit une soudaine défiance de leurs forces qui paralyse sur-le-champ tous leurs moyens (et ce sont particulièrement les individus timides et honteux ) , soit une aversion subite en apercevant des objets qui ne répondent nullement à l'idée qu'on avait conçue; ou bicu l'on se sent frappé d'une odeur 17. a

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repoussante , ou même Ton s'imagine être atteint d'un sort, ou Hé par un malélice. Voyez aiguillette.

queutes qu'on ne l'imagine, d'une foule de peines secrettes et de discorde entre les sexes. Il est donc plus important qu'il ne le parait d'abord de rechercher la source des diverses sortes de frigidité' et les moyens d'y remédier. Les empêchemens physiques des organes seront exposés à l'article impuissance.

§. iv. Des causes de la frigidité innée et originelle de la constitution. La frigidité qui vient de naissance , dans l'un et Vautre sexe , parait être incurable et n'offrir que des individus stériles. Us deviennent, la plupart , extrêmement gras , ainsi que les castrats et les animaux châtrés ; leur complexion est mollasse et humide. Nous avons dit qu'elle était presque dé-

Eourvue de poils > car la pilosité parait dépendre surtout de i formation du sperme et de sa résorption dans l'économie animale : Quodsemen fœcundum Jacit, hoc et pilosum corpus ( Morgagni , sed. et caus. morb. , lib. 5, epist. /fi). La femme même, sans poils autres que les cheveux et les cils , dès sa naissance , pendant toute sa vie, est évidemment stérile , quand on n'observerait aucune défectuosité physique dans ses organes sexuels, ajoute le même anatomiste. Malgré leur graisse abondante , ces femmes naturellement stériles ont de petites mamelles mal développées, ou plutôt des pelotons graisseux sans suc , impropres à sécréter du lait ( Amatus Lusit. addilam. ad sect. 54, obs.7.) , tandis que les boiteuses, ordinairement luxurieuses , ont de grosses mamelles et un large utérus , deux organes toujours en rapport entre eux. Nous ne pensons point avec quelques anciens , que l'ardeur des hommes et des femmes qui boitent résulte du mouvement de claudication, lequel exciterait davantage à la voluptë, mais plutôt de ce que la faiblesse d'un des membres inférieurs ajoute à la force de l'organe sexuel voisin.

L'on regarde encore comme signe de frigidité chez l'homme, quand l'urine tombe entre les jambes et qu'elle découle lentement de l'urètre, ce qui témoigne à la vérité* l'extrême mollesse ou l'inertie de la verge , jointe à des testicules pendans et relâchés ; mais ce caractère assez vague est plutôt une marque de vieillesse ou d'affaiblissement maladif. Ou connaît de même si un cheval est abattu et fatigué, parla mollesse et la rétraction de ses parties sexuelles. Le ton de la voix est obscur ou cassé chez les individus froids et stériles d'un âge adulte , mais il est grêle et aigu dans le jeune âge. L'odeur de la trauspiration est surtout ua témoignage d'absence de virilité , si elle est

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aigre ou fade comme chez les en fans , car on connaît l'odeur forte qui s'exhale des hommes mâles et qui inspire a l'autre sexe des désirs: de même qu'on en voit des exemples parmi les mâles des quadrupèdes en rut, le bouc , le taureau , le bélier, l'étalon, etc.

C'est i la faiblesse , à la vieillesse surtout des parens, que l'on attribue la frigidité native des individus. Il est certain qu'un père suranné engendre avec langueur ; mais la trop grande précocité du mariage , ou des voluptés prématurées avant que la liqueur fécondante ait reçu une parfaite élaboration , ne produisent aussi que des enfans délicats, énervés dès leur naissance. Pareillement une exlrême différence d'âge, comme d'un vieillard avec une jeune fille, ou le rapport inverse, forment des alliances mal assorties. En les supposant néanmoins encore fécondes , elles ne donnent que îles produits débiles , des êtres incapables d'accomplir honorablement les devoirs de la vie. C'est par ce motif que l'inceste entre parens ascendans ou descendans est non-geulement proscrit par toutes les nations policées, mais même évité souvent par les animaux, lesquels préfèrent les consonnances d'âge dans leurs générations. L'inceste entre frères et sœurs , quoique admis autrefois eutre les roi» d'Egypte et chez d'anciens peuples de la Perse , ne parait pas favorable aux individus qui en naissent, soit que la familiarité fraternelle attiédisse l'amour , soit qu'uue trop exacte similitude d'humeurs et de caractères , à cause de cette étroite consanguinité, ne permette pas un développement organique aussi complet que dans le croisement des races, aiusi que Buffon, Hartmann , Vandermonde l'ont remarqué parmi les animaux domestiques.

Non-seulement ces causes abâtardissent les générations , mais il en est d'autres dont la fatale influence n'apparaîtque trop au milieu des cités les plus florissantes et des peuples les plus civilisés. Combien d'individus épuisés par des jouissances désordonnées ou par de longues débauches , ou consumés par du sieurs maladies vénériennes , bien ou mal guéries , et par e libertinage et l'immoralité , viennent salir la couche nuptiale de leurs infamies, et cherchent, dans des essais révoltans, des secours à leur impuissance ? Tantôt une blennorrhée mal guérie , tantôt des flueurs blanches corrompent les plus délicieux plaisirs jusque dans leur plus secret asile; tantôt l'ivresse et les excès abrutissans de liqueurs fortes , surtout chez les femmes (Voyez Micb. Alberti , de ebrietate fœminarurn , §. f)f apporteut une molle nonchalance dans les voluptés , ou même des médicamens aphrodisiaques ne réveillent qu'à peiue la flamme languissante d'un vieillard cacochyme. Alors quels tristes avortons résultent de ces copulations forcées , ou de

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brutales et dégoûtantes dissolutions dans lesquelles le cœur n'est pour rien ! Cest ainsi que la frigidité* , la stérilité sont la suite de la démoralisation; que des constitutions, profondément énervées , appauvries , en sortent , et ces défauts uaturels de tempérament sont presque toujours irrémédiables.

§. v. De Ut frigidité acquise et de ses diverses causes physiques. Uanaphrodisie ( Voyez ce mot ) peut être produite d'abord par des alimcns trop rafraichissans ou une diète trèsprolongéc. On connaît le vieil adage : sine Cerere et Baccho, Jfiget Venus. Rhasis se plaignait , lib. 3, aph i , que la laitue le refroidissait , ce que les anciens avaient également remarqué (Athénée, Deipnosoph., lib. n, c. 5a). L'abus des acides nonseulement rafraîchit, mais de plus il refroidit , soit par l'usage interne, soit en application extérieure. Une femme qui ne vivait presque pendant Tété que de salade , se trouva ensuite trèsindifférente pour l'acte vénérien , d'après son aveu et celui de son mari L'on a montré à l'article comestible combien les abus des liqueurs spiritucuses affaiblissaient la puissance générative. Le café est également accusé, depuis longtemps, d'énerver cette faculté; et Linné, dans sa dissertation Pot us coffeœ ( Amœn. acad. , tom. vi ; Murray, appparat medic.y tom. i, p. 565), cite en preuve le témoignage d'Oléarius , Iiinerar. persic. , p. 578 , et Hecquct , Traité des dispenses de carême , Paris, 1*709, pag- 4«)5- Quelques auteurs ont en effet nommé le café potus caponum , blâme qui n'a pourtant point fait abandonner cette boisson. L'abondant emploi des fruits des cucurbitacées, tels que melons , pastèques , concombres, potirons, etc, ainsi que de leurs semences dites froides, diminue pareillement la sécrétion du sperme. Quoique le tabac ne serve point en aliment , son emploi trop abusSf , soit en poudre , en mastication , en fumée , est contraire à la fonction sexuelle , comme les autres plantes solanées ( Ephem. nat. cur.f dec. m, air. r , obf. 4 , et nov. act. nat. cttr. , tom. iv, obs. 59 ).

L'on accuse également divers autres végétaux d'éteindre la concupiscence. Selon Hippocraie, lib. 2, De vict. rat., la menthe rend le sperme aqueux, et empêche l'érection. Galien, De medic. facult. par. , cap. 56, en dit presque autant dto pouliot et de la coriandte. D'après Levinus Lemnius , De complex., I. r, c. 10, la rue et le thym ont la faculté d'éteindre l'amour chez l'homme , mais *Je l'enflammer ehea la femme. Le*- prêtres égyptiens se rendaient très-chastes en s'énervant par l'usage continué d'une petite quantité de ciguë, dit Petr. Crin tt os, De honestâ disciplina* , I. rv, c. 10. M. Larrey, dans ses Mémoires de chirurgié, attribue l'éviration et la disparition spontanée des testicule» cbex plusieurs militaires , à l'abus dea

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eaux-de-vic , dans lesquelles il présume qu'on met infuser des berbes sol an ces eu Kgypte. Outre ta ciguë ( Saubertus , De sacrifie. , c. vi, p. i56 ), Ton employait aussi le nénuphar et les semences froides ( Ballouius , operum , tom. I , p. 120) , pour tempe'rer soit les tendre* ardeurs de tios vierge* cou.*acréc8 dans les cloîtres , soit les feux trop vifs des religieux voués à la chasteté Mais , outre la diète , il était encore nécessaire de diminuer le moine, minuere monachum , par la saignée , qui refroidit beaucoup.

Les applications d'opium sont certainement très-réfrigérantes ; elles empêchent l'érection , et l'on attribue, mais avec moins de certitude , les mêmes qualité* au camphre Jadis les Athéniennes, dans les fêtes de Minerve, couchaient sur les feuillages du gattilier, vitex ngnus cas tus, L. , croyant y rencontrer la chasteté. Le periclymenum ou chèvrefeuille passait égal émeut pour un graud moyen d'extinction d'amour, selon Cardan et Schenckius. L'application des lames de plomb (Quarin, animadvers. , c. ib), les frictions d'onguent mercuricl ( Clossius, obs. 16) , et beaucoup d'autres pratiques ont été mises aussi en œuvre pour diminuer l'ardeur génitale, soit en faveur des mœurs , soit même dans l'intention de nuire.

Indépendamment de ces causes de frigidité, il en est qui résultent de diverses occupations ou d'habitudes vicieuses. L'une des plut fréquentes est Vonamsme ou masturbation ( Voyez ces mots). Outre que les organes sexuels , flétris par des attouchemens si multipliés , ne sécrètent plus chez l'homme qu'une liqueur limpide et non fécondante, l'érection n'a même plus lieu sans des sollicitations fatigantes et qui s'opposent à toute copulation régulière. D'ailleurs de pareilles jouissances, solitaires , immodérées , épuisent , refroidissent la sensibilité génitale, et celle de l'amour moral. Comme Narcisse, on n'aime plus que soi-même, on devient honteux et défiant, par «a propre misère, dans les approches d'un autre sexe, devant lequel on ne peut plus se montrer homme. Chez la femme, un relâchement des organes utérins, et , ce qui en est la suite, )' inaptitude à retenir le sperme, rendent stériles et froidos toutes celles qui s'abandonnent à ces détestables habitudes, il parait, par l'excessif embonpoint auquel parviennent plusieurs femmes publiques, surtout après des traitemens mercuriels, qu'elles sont réellement refroidies. L'abus du coït les a rendues tout au moins indifférentes dans celte condition méprisable qui «l'est désormais pour elles qu'on métier lucratif. Elles ne pèchent plus que par avarice; complètement étrangères à la luxure momentanée d'un inconnu , elles ont bientôt acquis , par la pratique , cette impassible tranquillité tant recommandée par Tes philosophes dans le feu des passions.

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Par une raison toute opposée, c'est-à-dire par l'abstinence absolue et continuelle du coït, les organes spermatopoiétiques, comme les testicules , les vésicules séminales et vaisseaux dél'érens, ainsi que la verge, diminuent, se rétractent, deviennent petits, rugueux, inertes chez Phommc qui les condamne à l'inactivité. On cite particulièrement un saint très-chaste en qui l'on retrouva à peine des vestiges de ses parties, à sa mort ; et Galien fit la même observation sur les athlètes dont on exigeait une exacte continence (Casp. à Reies, camp. eljs. jucund. , quœst. 46, pag. 569). Chez les vierges consacrées au célibat, dans les cloîtres, on peut croire qu'après cette époque de leurs vives ardeurs , non satisfaites , la facutté génitale s'éteint ; tout de même qu'on voit avorter les organes sexuels en certaines Heurs dioïques, faute de fécondation. Un organe non employé perd en effet à la longue sa faculté d'agir.

La frigidité est encore déterminée par des travaux , des occupations pénibles qui absorbent toute la puissance vitale : telles sont principalement les études profondes. On prétend que Newton mourut vierge, et ne fut jamais amoureux. Michel Alberti a publié une dissertation {De infœcundilate corporis ob fœcunditatem animi, in fœminis , resp. Cari. Gottfr. Richtcr, in-40. , Hàlœ , 174^)» dans laquelle il montre, par une foule d'exemples, combien ces travaux d'esprit diminuent et l'amour et la fécondité du sexe féminin surtout. Aussi notre Molière fait tenir ce langage à la pédante Philaminte, dans sa comédie des Femmes savantes :

Le corps, cette guenille, est- il d'une importance, D'un prix h mériter seulement qu'on y pense? Et oe devons-nous pas laisser cela bien loin ?

Mais le bon Chr^salc et l'aimable Henriette , qui n'étudient guère , tienneut beaucoup à la guenille.

Il est évident que de longues maladies, des hémorragies et vtout ce qui débilite l'économie animale , ôtent la cupidité vénérienne , de même que les épuisemens de l'esprit, ou ceux du corps, ou la vieillesse, etc. : surtout le libertinage et )a précocité , la facilité des jouissances font perdre de bonne heure la faculté génitale , même l'érection du membre viril. C'est ainsi que s'en plaint Eucolpe dans la satyre de Pétrone, c. 89 : funerata eratpars il la corporis qudquondam Achilles fuerain , et frigidlor rigente brumâ conjfugerat in viscera mille operta rugis; hrumque in aqud , non inguen erat. Les Orientaux et d'autres peuples polygames , déjà énervés dès l'âge de trente ans, réclament eu effet des aphrodisiaques de tous les mé-i decins ( Prosp. Alpin, Medicin. slEgypiior.y lib. m). D'abondantes ïlucuxs blauch.es , des avortemens fréquens^ ufl allaite-

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ment très-prolongé, le marasme et d'autres causes analogues, peuvent également produire la frigidité et la stérilité chez les femmes. L'équitation paraît être aussi contraire aux facultés génitales , comme Hippocrate le rapporte des anciens Scythes.

§. v i . De* causes morales de la frigidité' et des discordances de relation entre les sexes. Si la nature nous avait laisse toute puissance sur les organes générateurs , il est probable que l'instinct de la volupté remportant sur l'intérêt de la perpétuité de notre race , aurait bientôt éteint l'espèce humaine ; mais la sage nature a rendu ces organes indociles au frein de la volonté, et l'indépendance de leurs désirs, ou, pour mieux dire, l'insolence téméraire de leurs caprices , ne concourt que plus efficacement à la reproduction de l'espèce , puisque tout y est purement libre et spontané. Aussi rien ne peut souvent s'opposer à ers refroidisseraens incompréhensibles, comme à ces ardeurs effrénées , tout aussi inconcevables, qui saisissent soudain , qui glacent ou qui euflamment pour tel objet plutôt que pour tel autre. Deux êtres, également parfaits chacuu dans leur sexe, s'unissent par le plus doux lien; tout annonce la fécondité d'un heureux hyménée : cependant un froid glacial se répand quelquefois tout-à-coup dans la couche nuptiale; les querelles, l'injure, la haine, les combats même et un mépris insultant , sortent de ce trône des plaisirs ; loin de propager leur espèce, chacun des époux semble voué à la stérilité ; mais que ce lien soit rompu , que chacun d'eux passe à une autre alliance , moins bien assortie en apparence , il s'en va naître de nombreux enfans et un amour mutuel désormais ardent, inséparable. Voyez femme, où nous tentons d'expliquer ces rapports entre les sexes par d'autres raisons que celles de Lucrèce, De nat. rer. , lîb. îv, admises par beaucoup d'auteurs :

Nam multum harmnniœ Veneris differre videntur, Atque alias alii comptent magis , ex aliisque Suscipiunt alias pondus magis, inque gravcscunl, etc.

Qu'une Messaline effrontée annonce une insatiable luxure , souvent la nature de l'homme , étonnée et comme révoltée de cette impudence, se refroidit , se resserre et refuse de participer à ces dégoûtantes lubricités ; il en peut être de même d'une jeune innocente à l'égard d'un vieux satyre corrompu dans le vice. Tantôt l'aspect inattendu d'une difformité des organes , une extrême laideur peuvent susciter une soudaine horreur qui refroidit et empêche l'acte; tantôt la diversité , l'incompatibilité invincible de certains caractères peuvent aussi rendre toute liaison impossible entre deux personnes, d'ailleurs capables de s'accommoder avec d'autres. Ainsi deux êtres également viole us, emportés, capricieux, se heurtant sans cessa

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au lien de s'accorder , ne sont guère susceptibles d'union. Il faut une femme extrêmement douce à l homme impétueux, ou l'inverse réciproquement; mais quoiqu'en ce cas la paix puisse s'établir dans le ménage , la fécondité n'eu est pas souvent

f>tus assurée , car l'un peut être trop prompt et l'autre trop eut dans l'émission, etc. Celte discordance intempestive, qui n'est pas froideur, ôte toutefois à Tarte ce charme ravissant de j'unilé ou du concours qui le rend fécond ; mais eusuile l'harmonie peut s'établir au moyen de l'accoutumance; de même, les affections de honte, de crainte, de tristesse se dissipent à la longue , et laissent reprendre aux organes sexuels tout leur ascendant. Voyez Savouarola , Pract. tnaçn , I. 20, trac, vi , jubr. 9.7 ; Mrrcaïus, pe steriL et prarp. ojj'ect , lib. m , c. 5 ; Ettmullcr, Operum , tom. 11 , part. 1 , p. 89" ; Àlbinus, Annot, acad , lib. 11, c. 18; Hunier, On vener. dàeas.f Slahl , De impotent, viril. Ha la? , '^97. eic,

La plus singulière frigidité est sans doute celle qui résulte d'une extrême ardeur; car il est difficile de comprendre pourquoi l'amour, en ce cas, ressemble à de la haine. Qu'un homme obligé au cougres , presque en présence de témoins , ou rebuté par des impertinences , choqué enliu par tonte autre affection , ne se trouve plus homme en nn moment décisif, rien ne surprendra *ans doute ; mais que, dans le comble de ses désirs et de ses espérances, enivré des charmes d'une épouse adorée , il foule pour la première fois cette couche nuptiale , séjour de délices , sans pouvoir jouir du plus ardent de ses vœux , voilà ce qui a droit d'étonner. Si l'on considère toutefois que l'ame e'perdue nage dans un océan déplaisirs; que toutes les fibres du corps frissonnent sous les plus tendres caresses ; que l'on est plongé dans un enchantement universel, et comme ravi en extase de l'excès de son bonheur. Ton com-

J>reudra qu'il faut revenir de cette secousse générale pour se ivrer plus spécialement à une jouissance particulière. Non sans doute on n'est pas froid dans ces premiers instans du délire de la volupté , on s'y sent au contraire comme englouti et submergé , l'on se cherche et l'on ne se trouve pas. Interdit de ce * phénomène, et sentant néanmoins sa vigueur et la plénitude de sa force, l'homme se croit lié et comme enchaîné dans le cours de sa victoire. S'il n'est point instruit des lois de l'économie animale , n'accusera-t il pas un infernal maléfice d'être . la cause d'une telle déconvenue?

On sait combien l'imagination crédule de nos aîeux ajoutait foi naïvement à ces préleudus maléfices. La croyance eu est antique , puisque Virgile en parle , eclog. 8 :

JVrcte tribus nodis trinos , AmaryUi , colons , Jfecfe AmarfUi nu*d<» et Fcaens die vincula occlo*

Combien de seiogs, d'anneaux, d'amulettes, de «achets, de talismaus , de caractères, de périaptes , de phylactères, de remède» particuliers mis en œuvre «nitref'ois, soit pour empêcher la conjonction charnelle, au* temps des noces, soit pour se défendre de ces diableries ï On eu peut voir Je détail dans Delrio, Disq. magK, part. î , qua>*t. 4 • dans Hucherus , J. B. Codronchus , Vaîrus, Defascino; dan» Aruauld de Villeneuve , De sterilii. , tract. 11 , cap. 5 j Pierre d'Àpoue, Cardan, San chez , De matrim. , I. vu, disp. £4 » n*. 6 : Hartmann même en parlait encore en 175t.

Quoique plus exposées que l'homme aux erreurs de l'imagination , les femmes éprouvent moins souvent que lui les effets de ces prétendus maléfices ; car, quand elles se croiraient liées et maléficiées , l'épreuve du coït, toujours possible pour elles, les détromperait aisément ( Fortuoat. Fidelis , Relut, med , lii>. 11 , c. 2 ). Ce qui prouve encore plus manifestement que l'imagination seule est lésée dans ces prétendues ligatures , c'est que le maléficié n'est aucunement ensorcelé à l'égard d'antres femmes , et les jurisconsultes ont décidé gravement qu'il était capable de copulation (Capella Tolosan, qutest. 35, n*. 1 , et August. Barbosa , Col. lect. , D. O. , lib. 4 , tit. i5 , cap. ult. , n°. 10, tom. 11 ). 11 n'en était pas de même lorsque le maléfice dépendait de l'application d'une substance réfrigérante, ou de l'intrusion d'un remède débilitant. Heureusement que ces moyens physiques de produire l'aiiaphrodisie peuvent être combattus par des moyens efficaces {Voyez aphrodisiaque et notre Dissertation sur le dudaim, dans le Bulletin de pharmacie, tom. ivf an i8j5), ainsi que par ceux dont nous allons faire mention.

vu. Des moyens propres a dissiper la frigidité' dans les deux sexes, Une triste expérience n'ayant que trop prouvé combien la frigidité constitutionnelle ou native était irrémédiable, il estinutîle de nous en occuper ; mais les autres espèces peuvent être susceptibles de guérison.

Ainsi la frigidité causée par d'abondantes hémorragies ou saignées, et par des maladies chroniques, des pertes ou évacuations excessives qui débilitent extrêmement, peut être dissipée , en réparant par des «limens très-analeptiques ou des consommes restaurons , des sucs bien digestibles, les forces vitales épuisées j un exercice modéré au grand air, surtout à la lumière et par une tiède chaleur; quelques bains toniques d'eaux ferrugineuses et sulfureuses, selon II. Pockqcke {Voyage au Levant ) ; l'usage du lait, du lichen d'Islande, des gelées animales aromatisées, du salcp , la gaité, la danse, les lectures et les conversations amoureuses avec les femmes, sans se livrer pourtant à des tentatives trop forcées, mais en attendant paisiblement l'heure de la nature , y contribuent encore.

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Parmi les alimens cchauffans, on vante les truffes , les morilles, la racine de coïoeasie en Egypte, celle du dracontium poljrphyllum , L. au Japon , les oignons et échalotles , ciboule, etc., le fruit de l'avocatier (laurus persea, L. ) , l'artichaut, le topinambour, le panais, la carotte, le chervi , le ri m si (sium, L. ), et le genseng des Chinois (pnnax quinqite- Jblium, L. ), et tous les diurétiques. Il en est de même de plusieurs plantes crucifères, âcres et venteuses , comme la roquette, les raves et navets, la moutarde, etc. : des semences venteuses, telles que les pois, fèves , ont encore quelque effet indirect sur les organes génitaux. Il est des fruits nourrissans , t<»ls que les figues, le durion (durio zibethinus, L. ) , l'anacarde, le cacao , l'arachide , qui passent également pour augmenter la sécrétion du sperme. La plupart des aromates, tels que le galanga , les amomes , le gingembre, le curcuma , le poivre , la cannelle, le girofle, la muscade, le safran , les aristoloches , la badiane , le canang ( uvaria , L. ) , le bétel et l'arèque , etc. , 'Stimulent en général l'organisation , et disposent ainsi au coït.

Outre les alimens très-nul ri i i is , tels que les œufs , les gélatines et crèmes, la plupart des poissons, surtout les cartilagineux, comme les raies et squales , et les laitances des autres espèces , passent pour très-aphrodisiaques. Deux causes y contribuent sans doute , le phosphore abondamment contenu dans ces animaux aquatiques et le sel , l'un et l'autre puissans stimulans. Le phosphore manifeste cette propriété à un degré surprenant, mais son emploi peut être dangereux. Les mollusques, tels que la sèche et le poulpe, les pétoncles et les huitres, les nids d'alcyon, formés de mollusques, passent aussi pour aphrodisiaques. On sait, de plus, combien le musc, l'ambre , le castoréum , la civette, les humeurs de la vulve de la cfcvale (hippomane) ou d'autres mammifères en chaleur, ont d'influence sur les organes sexuels. •

Ce sont surtout des irritations spéciales des parties génitales qui excitent le plus ardemment l'odaxisme vénérien. Par exemple, les cantharides portent un prurit dangereux dans les organes urinaires. D'autres insectes avalés produisent des effets aualogues, et l'on prétend que les Américaines avaient soin d'échauffer la froideur trop ordinaire de leurs maris par ce moyen ( Voyez Americ. Vespucci Hist. , Strasb. , i5o5j et Paw, Rech. amer. , Lond. , tjj\ , tom. i , p. 5a ). Le lézard seine qui vit d'insectes , l'emploi soit intérieur des résines et des huiles volatiles âcres et stimulantes, qui agissent comme diurétiques; soit extérieur, comme l'huile de spic en frictions, les gommes résines fétides en pessaires chez les femmes, etc., ne sont pas sans utilité. L'érection matinale étant souvent déterminée par la distension de la vessie pleine d'urine et comprimant, les vésicules séminales, Bâillon recommande aux

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pauvres maléficiés d'attendre ce bienheureux moment pour tenter un eflbrt plus viril ( lib. n , Consil. med. 26 ). De fortes irritations à la peau chez les lépreux , les galeui , les dartreux, stimulent le prurit yc'ne'rien (Arétée, Diuturn. morb. , lib. 11, c. i3). De là vient aussi la grande efficacité de la flagellation et de Vurtication {Voyez ces mots); certaines personnes ne peuvent même entrer en érection sans ces moyens. D<» même l'irritation causée , soit par un calcul à la vessie ( Galion , De loc. affect. , lib. 1 , cap. j ) , soit par des coliques ( Lamettric , Pratiq. médic. , pag. 77 ) , soit par des purgatifs acres, tels que l'aloès (Eph. nat. cur.f dec. 1 , ans 4 et 5 , app. p. 38), soit par des hémorroïdes, enfin l'opération de masser ou de pétrir les diverses parties du corps, si usitée en Asie (Legentil, Voyag. Ind. > tom. 1, p. 129)1 diverses ligatures ( Paul -Egm. , De re medic. , lib. m , cap. 60; Gloxin , De ischurid , p. 77 ) , produisent des érectious plus ou moins forcées. L'application locale de la chaleur est aussi utile, et un sinapisme a été essayé avec succès.

A l'égard des maléfieiés chez lesquels l'imagination seule est lésée , on peut voir comment Montaigne s'y prit pour détruire cette erreur {Essais , liv. , 11, ch. 20) : c'est principalement en effet par l'imagination que l'on doit combattre la frigidité imaginaire.

§. vi 11. Considérations sur la froideur du caractère ou sur Tinertie du sentiment moral. Plusieurs auteurs ont cru devoir attribuer le défaut de sensibilité et la sorte de froideur que la critique littéraire a signalés dans les écrits de Boileau , à l'accident qui le condamna, dès sa jeunesse, à la chasteté et au célibat. Non-seulement ce poète ne réussissait point dans l'ode et la peinture des passions, mais il manifestait de l'aversion pour le sexe féminiu, comme on l'a soupçonné d'après sa satire contre les femmes. D'ailleurs les caractères moqueurs , narquois et satiriques sont presque tous froids , piquans, caustiques ou rarement ardens, tendres , et surtout ils sont bien plus portés à la haine qu'à l'amour. Souvent la haine est fondée sur la crainte , car on hait ce qu'on craint , et rien ne refroidit davantage que ces affections tristes et péuibles, lesquelles sont en effet ordinaires parmi les personnes faibles, énervées, timides , comme les femmes , les vieillards , etc. Ce défaut de chaleur de l'ame parait incurable daus la poésie et les arts :

Sin hits ne pnssim naturœ accedere partes FrigiduM nbstiterit circùm prœcordia sanguis Rura rruhi et rigui ptacçant in vaUibus amnes ,

disait le cygne de Mantoue , qu\ dut , au contraire , son exquise et profonde sensibilité a de pudiques amours. Tel fut «ans doute aussi Fénélon parmi nous , et personne n'ignore

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combien Racine était aimant et tendre , quoique piquant parfois. Pourquoi les femmes n'ont-elles jamais excellé a faire des tragédies et à peindre les grandes payions ? I *c grand Corneille, comme on le rapporte, en donna crûment et nettement la raison {k'oyez esprit). On ne niera point toutefois que leur sexe n'ait beaucoup de sensibilité morale. C'est donc ce quelque chose qui lui manque , qui donne la vie , l'action , le cachet de lame aux productions de la pensée comme à celles du corps.

dans doute c'est l'amour, cette générosité morale, qui ouvre le cœur, épanouit, dilatr la poitrine aux senlimens louchans et magnanimes ; elle qui, méprisant les sordides intérêts, les craintes , s'énonce avec chaleur et franchise , répand avec libéralité , embrasse avec transport, stimule avec courage, ne voit partout que des amis , ne respire qne l'enchautement du bonheur et l'ivresse des vrais plaisirs. Voyez au coutrairc combien ces froides et désolantes passions de haine , d'aversion ou de crainte, rétrécissent, endurcissent le cœur, aigrissent le moral ; combien elles réveillent le bas intérêt, l'avarice , l'égoismc; combien elles rendent dissimulé , caché, politique j combien elles suscitent de disputes , de noires et mordantes calomnies, uue âpre et jalouse envie ! Nul doute que de telles habitudes morales, enracinées à la longue, n'influent jusque sur l'économie ou n'agissent sur la santé, et ne se manifestent au dehors.

Il ne s'agit pas néanmoins de calculer exactement combien un être a plus de facultés génératives qu'un autre, pour en déduire des doses certaines de sensibilité et de chaleur du caractère; car combien d'individus amoureux, s'épuisa nt dans le libertinage , perdent cette générosité morale que d'autres in- <iividus, moins ardens naturellement , conservent avec des mœurs plus pures ? Mais il s'ensuit toujours cette vérité , que c'est à l'amour que tient principalement la sensibilité du cœur, et que la froideur du caractère résulte du défaut de la puissance sexuelle , pour la plus grande part. (vihey)

FRIGORIFIQUE, adj. , mélange ou propriété de différens corps pour produire du froid. La production d'un froid artificiel est fondée sur le pouvoir qu'ont diverses substances d'absorber une grande quantité de calorique, et de le rendre lateut, soit en passant de 1 état solide à l'état liquide , ou de celui-ci à l'état gazeux.

Au contraire, l'eau passant de l'état liquide a celui de glace ou de solide, émet la portion de calorique qui la liquéfiait, comme l'ont observé Fahrenheit et Black, et la vapeur aqueuse, se condensant en eau , dégage pareillement le calorique qui la tenait en l'état gazcifoime.

Il faut bien distinguer le calorique libre du calorique latent ou combine'. Par exemple , de l'eau , surtout celle qui a été' purgée d'air par lVbullition , peut être refroidie audessous du terme de la congélation, avant qu'elle se cristallise en glace, selon Mairan , Fahrenheit , et surtout Blagden (Philos, trans., 1788, p. 125); mais alors il suffit d'une légère secousse pour que cette eau se congèle sur le champ; car, en ce moment, le calorique latent ou combiné , et insensible au thermomètre , qui tenait les molécules de l'eau à l'état fluide, se dégageant subitement par cette secousse, ces molécules se rapprochent , s'arrangent pour se cristalliser, et le volume de IVau augmente.

La production du froid peut avoir lieu par d'autres moyens aussi que par le passage du calorique à l'état latent ; car il suffit que ce calorique soit enlevé par un corps voisin qui en manque , et qui l'attire ou l'entraîne avec lui.

L'on a donc cherché quels corps étaient les meilleurs conencteurs da calorique, c est-à-dire ceux qui l'enlèvent le plus abondamment. Toutes choses égales, les corps qui, sous un même volume, contiennent plus de matière, paraissent en général absorber ou conduire plus de calorique. Ainsi les substances solides entraînent plus de calorique que les liquides, et ceux-ci le charient plus que les fluides gazeux. De là vient que les métaux sont cTexcellens conducteurs du calorique, ensuite les? pierres denses , puis les plus poreuses , puis le verre, puis lea bois, selon leur densité; puis le charbon , qui déjà ne conduit que très-oeu la chaleur; enfin les plumes, la laine, la soie, les poils et d'autres corps semblables, sont d'autant plus chauds (c'est-à-dire mauvais conducteurs), qu'ils ont une texture plu* lâche, plus cotonneuse. C'est pour cela qu'ils deviennent de bons vètemens pour garantir du froid. Voyez Lahire, Afe'm. acad. SC , tom. ix, pag. tyfii etRumford, Mcm. sur la cha~

leur, 1804 i Par^ > ">8°.

En général , les corps contigus ou qui se touchent, se mettent à la même température , parce que le calorique tend à s'équilibrer comme tous les fluides. Le refroidissement s'opère en progression géométriqne , dans des temps qui croissent en progression arithmétique, suivant les recherches de Kraft et de Ricbmann ( Nov act. pttrop. , tom. 1 , p. ip5 ).

La qualité conductrice est augmentée dans l'air par les vapeurs aqueuses , parce que celles-ci s'emparent du calorique et dilatent l'air Aussi , tout ce qui dilate l'air accroît la puissance conductrice on refroidissante. Quoique les gaz les plus légers soient les meilleurs conducteurs, la puissance conductrice n'est pas toujours en rapport avec la densité naturelle. Il, en est de plus avides les uns que les autres pour le ca'orique; l'hydrogène est deux fois meilleur conducteur que l'air ordi-

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naire, et que l'azote et l'oxigène se'pare'ment. L'acide carboniquê est encore moins bon conducteur du calorique que l'air.

Les surfaces des corps contribuent plu» ou moins aussi au refroidissement d'après leur état. Par exemple, les surfaces noires refroidissent plutôt que les blanches, selon Lcslie, et celles qui sont couvertes de batiste ou vêtues plutôt que celles qui sont nues, suivant Rumford, et celles qui sont raboteuses ou mates, plus que les polies , les luisantes ou vernissées et lustrées.

D'après ces remarques , il est facile de juger quels sont les corps les plus propres à produire du froid dans les corps chauds voisins , en s'emparant du calorique , ou quelle est leur puissance frigorifique.

Le refroidissement s'opère par trois principaux moyens ; 1°. par la faculté conductrice des corps qui se touchent ; 2°. par rayonnement des corps environnons ; 3#. par des courons ou Ve'vaporation.

Quant aux courans de l'air, les femmes mêmes connaissent, par leurs éventails, que l'air enlève avec la vapeur de la transpiration , le calorique du corps. Les vents refroidissent d'autant mieux qu'outre leur rapidité, ils sont plus dilatables et plus avides d'eau j car ils tendent davantage alors à enlever et du calorique et des vapeurs aqueuses ou autres. Tels sont les vents du nord et les plus secs.

Toute rapide évaporation détermine beaucoup de froid , ou emporte du calorique. C'est sur ce principe qu'est fondée l'ex- , périence curieuse de Leslie, qui produit, au milieu de l'été, de la glace sous la machine pneumatique. Il y place pour cela une capsule remplie d'eau et une autre pleine d'acide sulfurique concentré , puis il fait le vide. L'acide attirant avec force l'humidité, il s'opère une évaporation vive et prompte dans la capsule de l'eau ; ce qui fait passer à l'état de glace la portion non évaporée de cette eau. Pareillement la boule d'un thermomètre enveloppée de linges imbibés d'alcool, ou mieux encore d'éther, et agitée dans l'air, se refroidit beaucoup par Pévaporalion de cet alcool ou de cet élher, et la liqueur de l'instrument descend même jusqu'à quarante degrés audessous de la glace , comme Baumé l'a vu. C'est ainsi que White a fait usage de ce moyen sur le corps humain , pour diminuer la violente inflammation de diverses parties ( Medic. comm. , Edimb., tom. m, p. 70, ). L'on connaît la manière dont les Orientaux et les Espagnols rafraîchissent l'eau en été , soit en enveloppant d'une étoile mouillée le vase qui la contient, puis en l'agitant dans l'air, soit en se servant de ces vases de terre poreuse nommés alcarazzas^ lesquels laissent suinter de l'eau, et qu'on agite à l'air pour hâter l'évaporalion.

Sur les hautes montagnes l'évaporation étant plus rapide, à

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cause de la moindre pression de l'atmosphère , devient one des principales causes du froid qu'on y ressent. M. Guy Lussac a trouvé que l'acide prussique ou bydrocyanique liquide pur (séparé des prussiates mercuriels par l'acide muriatique) était tellement va pori sable, qu'en se dissipant dans l'air avec rapidité, il produisait un froid assez vif pour faire glacer une portion du liquide restant. Ainsi voilà une liqueur qui se refroidit et se congèle d'elle seule , au milieu même de l'été.

Lorsque l'eau s'échappe avec violence d'une pompe où le piston la presse, il s'excite, par ces frottemens, une évaporation rapide qui engendre beaucoup de froid et même de la glace. Le vent produit par une éolipyle, ou plutôt la vapeur qui en sort avec impétuosité, est aussi capable de former de la glace, selon l'observation de M. Gay Lussac. La glace elle-même est capable d'évaporalion à un vent impétueux surtout {Voyez Théod. Baron , Expér. sur l'e'vap. ae la glace; Me'm. acad. se. , Paris , 1753 ) , et par là elle doit produire un froid encore plus considérable ( Annal. chim.f n°. 233 ).

Souvent la tension électrique est une cause du froid , parco qu'elle détermine une grande évaporation ; aussi les météorologistes observent que les vents froids et secs du nord augmentent la tension de l'électromètre, et que l'électricité atmosphérique forme subitement de la grêle en été et pendant le jour surtout.

A l'égard du rayonnement des corps, qnoiqne froids ou doués d'une très-faible chaleur, nous l'expliquons à l'article frigo ri nue ^ eu rapportant des expériences qui le prouvent. Ce rayonnement est une sorte d'ondulation , analogue à cello du son dans l'air, ou des ondes circulaires sur une nappe d'eau;

fltr elle le calorique s'échappe des corps pour passer dans es corps environnans, et s'établir en équilibre. Que la chaleur soit lancée par des corps chauds, ou attirée par des corps froids, à raison de leur conductibilité et de leur capacité pour le calorique, le résultat est le même.

Tout refroidissement n'a pas lieu par rayonnement, quoique ce mode soit le plus ordinaire entre les differeus corps de la nature. Il est certain que les corps de couleur noire exhalent davantage leur calorique , ou rayonnent plus que les blancs, quoiqu'ils absorbent aussi plus promptement et plus fortement le calorique ( Rob. Boy le, Exper. philos, nat. , tom. m de ses œuvr. , p. 572 , édit. de Genève ). Ils élèvent la température autour d'eux et à leur surface ( Ruhland , Journal de phys. , tom. lxxvii , p. 376) ; un vase plein d'eau chaude qui , vêtu de peau blanche, ne se refroidit qu'en 28 minâtes , se refroidit en iV- minutes , étant couvert d'une peau noire ( Rumford , Me'm. sur lâchai.). Les mêmes substances qui, étant chaudes, exhalent le plus de chaleur, sont aussi les mêmes qui, étant

Sa FIU

froides, envoient le plus de rayons frigorifiques (Rumford, ibid.t' pag. 62). Plus les couleurs des draps &ont obscures , plus elles tondent de la neige sur laquelle oui les place , suivant les expériences de Hooke , de Franklin , et de Humpli. Davy. L'on voit ainsi que , quoique les Nègres absorbent au soleil une plus ardente chaleur que les blancs , il* l'exhalent aussi davantage» surtout à l'ombre. Ils doiveut miens soutenir, par conséquent, les climats du tropique, que les nations de race blanche Par nne raison opposée , les climats CroiJs ont des peuples à peau blanche qui , s'ils absorbent moins facilement la chaleur, ne l'exhalent pas beaucoup non plus C'est sans doute afin de conserver davamage la chaleur intérieure , que la nature change , dans un grand nombre de quadrupèdes et d'oiseaux des régions polaires, leur pelage ou leur plumage coloré de l'été en une robe ou fourrure blauche pendant l'hiver; car cette épaisse couverture des lièvres, des martes zibelines , des ours blancs, des gelinottes, etc. , concentre la chaleur de ces animaux, et les fait subsister, pleins de vigueur, au milieu des glaces et des neiges les plus âpres qui soient dans la nature ( fuyez Pallas, Hist, glirium , in-4*. , etc.). L'on observe de même que presque toutes les plantes des montagnes sont blanches , san<« doute pour mieux soutenir le froid , et qu'elles ont des couleuts bi- 11 plus foneées dans les pays chauds. Voyez froid.

On connaît en chimie nu grand nombre de procédés frigorifiques, (lommc c'est principalement au moyen de la glace et de la dissolution des sels que l'on produit des froids artificiels, nous exposerons ici les principaux moyens usités et décrits par Walker {Phil. irons. , 1795 et iboi , p. 19.0, sq. ).

Il faut avoir de la neige ou glace pilée et des sels , comme muriate de soude , d'ammoniaque , de chaux , nitrate de potasse, sulfate et phosphate de soude, carbonate de soude, etc., récemment cristallisés et réduits en poudre fine. Ou peut diversement employer ces sels, quoiqu'ils ne donnent pas tous de pareils degrés de froid ; plus un sel est soluble, plus il procure de froid. Il faut opérer dans des vaisseaux minces et peu larges; les mélanges doivent se faire promptement , et, enfin , pour obtenir le plus de froid possible , il est nécessaire de refroidir les substances qu'on emploie , de sorte qu'en se servant d'un mélange frigorifique en un autre déjà refroidissant , on parvient à des degrés extrêmement bas au thermomètre.

Jut prenant cinq parties de muriate d'ammoniaque et autant de nitrate de potasse , avec seize parties d'eau , le tout à la température ordinaire de io° centrigrades sur o , le thermomètre baisse de 12* 22' centrigrades sous le peint de la congélation.

FRI 1 53

En mêlant une partie de nitrate d'ammoniaque avec une partie d'eau, à la température de io° sur o, le thermomètre descend à i5° 55' sous o.

Avec sulfate de soude, trois parties ; acide nitrique étendu, deux parties , on obtient 160 1 1' sous o , le thermomètre étant auparavant à 10 degrés -f- o dans chacune de ces substances séparément.

Du sulfate de soude , huit parties ; de l'acide muriatique , cinq, chacun a la température de io° sur o, produisent 170 77' sous o.

De la neige et du muriate de soude , de chaque, une partie à 0, produisent pareillement i7°77/souso.

Trois parties de muriate de chaux et deux de neige, à o, donnent 27* 77' — o.

Quatre parties de potasse et trois de neige, à o , donnent o.

Si l'on mêle une partie de neige avec une partie d'acide sulforique étendu , mais avant déjà 6* sous o , l'on obtiendra 5iu— o.

De la neige et de l'acide nitrique étendu et déjà froids, à j 7% donnent 45° 55' — o.

Deux parties de neige, ayant déjà plus de ? ~>° de froid, ainsi qu'une partie d'acide sulfurique étendu et d'acide nitrique étendu , ont produit 480 88'— o.

En mêlant deux parties de muriate de chaux avec une de neige, avant déjà plus de 170 de froid, l'on obtient 54" 44' sous o.

Avec trois parties de muriate de chaux et une de neige , avant déjà 400 de froid , on le pousse à 58° 551— o.

Enfin, avec huit parties de neige et dix d'acide sulfurique étendu, avant déjà 55° 55* de froid, on est arrivé à G8° 55' — o, Je plus fort qu'on ait encore obtenu artificiellement en nos climats. On sait que le mercure se congèle sous 5cj° de froid, l'ammoniaque et 1 éther à /j~r. L'alcool ne s'est point congelé aux plus grands froids, et le physicien anglais qui a prétendu depuis peu l'avoir congelé n'a poiut publié son procédé.

L'on se sert de ces refroidissemens artificiels, non-seulement pour faire des glaces chez. les limonadiers, mais encore pour concentrer le vinaigre et diverses solutions aqueuses des sels, parce que l'eau seule se congèle et laisse l'acide ou le sel beaucoup plus concentrés. 11 en est de même du vin gelé dont on a retiré les glaçons. Dans les mers polaires, tes glaces sont de l'eau presque pure et qu'on pourrait boire. On sépare de l'huile d'olives figée, une huile plus liquide et non congelée, qui s'emploie en horlogerie pour huiler les rouages des montres ; elle ne les entrave pas autant et Us graisse moins que d'autre»

5/, FRÏ

huiles ( Boyle, Exper. pkH. n*t. , tom. m, opcr. , p. ). lroyez moi» et frigouiq^k.

FR1GORIQUE , s. m. On a donne ce nom à ime prétendue matière subtile, antagoniste de celle du calorique , et dont la présence causerait la sensation du froid , resserrerait les pores, condenserait les métaux , congèlerait l'eau , Jes huiles , etc. Enfin , c'est la matière ou la substance même du froid , admise ou supposée par plusieurs anciens physiciens , de nature saline , nrtreusc, flottant daws l'air.

Chez les philosophes grecs on disputait e'galement sur l'existence positive du froid et de la chaleur ; néanmoins Aristotc avait établi que le froid e'tait seulement un accident ou une qualité qui rassemble , resserre , condense les corps , comme la chaleur était un accident contraire, qui causait la dilatation de toutes les substances. Mais cette opiniou de l'école péripatétique fut rejetée par les Epicuriens ou les Atomistes, qui soutenaient que le froid était dû à des corpuscules frigorifiques , tout comme la chaleur à des atomes ignés j ainsi , tandis que ces particules frigoriBques , qu'on croyait pointues, piquent, tiraillent et resserrent les fibres delà peau , lorsque la bise ou les rigoureux aquilons soufflent , les atomes ignés qui s'exhalent du feu s'insinuent plus ou moins vivement entre les molécules de dos corps, et les dilatent ou les écartent.

Lucrèce chanta les molécules frigorifiques , et Gassendi 1rs adopta , les commenta savamment , «leur attribua la force de resserrer tous les corps. Toutefois les physiciens abandonnèrent bientôt cette opinion , parce qu'ils ne concevaient pas que plu-, des corpuscules de matière frigorifique «boudent dans une substance, moins pourtant ils occupent de place, et au'il y ait d'autant plus de froid , qu'il se trouvera, par la condensation, motus de pores ou d'espace pour le recevoir; malgré celte difficulté , l'hypothèse des -particules frigorifiques conserva des partisans. Muscheitbrock ne crut pas pouvoir expliquer la dilatation que prend l'eau en scglaçant, sans recourir à l'interventiou des particules du troid /lesquelles agglutinaient les molécules de l'eau , et cette introduction d'un fluide frigorifique augmentait nécessairement le volume de l'eau (Essais de physique . tom. i , th. bS). 'Cependant Mairan qui soutenait les particules frigorifiques , avait donué une explication naturelle de cette dilatation de la glace ( Dissert, sur la glace , p. 169 et sufv. ) , 'en prouvant qu'il s'opérait une cristallisation et un arrangement des molécules de l'eau, tel qu'il se formait entre elles beaucoup de vides ou d'espace libre. lleaumur observa le même fait ensuite dans les gueuses de fer fondu, qui prennent plus de dilatation en se refroidissant , parce que la fonte admet une cristallisation grenue entre ses mo téculcs ( Mém. acad.

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scienc. , 1726). II en est de même de quelques autres métaux, comme le bismuth et l'antimoine (Berthollet, Statiq. chimie]. , tom. 2 , pag. 286); aussi les sels , en se cristallisant , surtout en prismes , acquièrent une énorme dilatation , suivant les observations de M. Vauquelin (Annal, cfn'm. 14, pag. 286). Les métaux et les autres substances fondues qui ne se cristallisent pas d'ordinaire en se refroidissant , se contractent d« même que tous les corps perdant du calorique.

Voilà donc la théorie d'un fluide frigorifique devenue inutile, comme l'a montré fllack, puisqu'il sufiit, et il est plus simple d'admettre une diminution de calorique ou une moindre chaleur , pour satisfaire à tous les phénomènes du froid et de la cristallisation. Cette théorie cependant a été soutenue encore , mais avec peu de succès, dans ces derniers temps. Si toutefois il était prouvé, comme plusieurs physiciens modernes penchent à le croire , que le calorique n'est qu'un mouvement intestin , une vibration excitée entre les particules des corps , le froid ne serait qu'un repos plus complet , une plus faible agitation de ces molécules ; l'on retournerait au sentiment d'Aristotc , qui regarde le froid et Te chaud comme des acci- <lens. Le comte de Rumford manifeste cette opiuion ( Mém. sur la chaleur, Paris, 1804 , in- ç}°. , pag. &% et Notice , pag. 48 et nag. i54, etc. ) ; et il a même pre'sumé que l'existence dû calorique, comme matière, serait nie'e avec autant de fondement que celle du phlogistiquc de Slajil. Cependant William'Henry a présenté des preuves que le calorique est une matière (Voyez Me m. soc. of Manchester , tom. 5, part, a , pag. 672 >.

Les partisans du fluide frigorifique croient pouvoir étayer leur système d'nuc expérience curieuse de M. vPictet. Ce physicien" ayant place*, au foyer d'un miroir concave d'étain . un thermomètre à air, et un matras rempli de neige au fîlyer d'un autre miroir placé à l'opposite , le thermomètre baissa • il remonta lorsqu'on retira ce matras de neige. En versant de l'acide nitrique sur cette neige, le thermomètre descendit plus bas ; ainsi des rayons frigorifiques auraient été émis par la neige et réfléchis par les miroirs sur le thermomètre ; ainsi le froid serait une matière réelle qui se transmettrait par irradiation aux corps environnans, de la même manière que le fait le cnloriijae.

Mais on peut résoudre cette objection. Tons les corps de la nature , quel que soit leur degré de chaleur libre , rayonnent , c'est-à-dire communiquent par ondulation de leur-chaleur aux corps voisins , ouelquc faible qu'elle puisse être. Or, le froid n'étant qu'une faible chaleur, les corps froids ray onnent ce peu de calorique , de même que les plus chauds rayonnent le leur

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plus abondamment; par conséquent l'approche d'un corps ou froid ou chaud communiquera ou du froid ou du chaud aux corps euvironnans. Les rayons de cette chaleur , soit forte , soit faible, pourront être réfléchis par les miroirs, comme l'expérience le prouve. Il suffit donc de traduire le mot froid par les termes Je moindre chaleur(qui expriment plus nettement la même chose ), 'pour comprendre facilement le phénomène cité , et pour voir qu'il ne prouve nullement l'existence matérielle du froid (Voyez aussi Leslie, Rech. sur la nat. de la chaleur, I^ond. , 1804 , in-40). Le froid n'est d'ailleurs qu'une chaleur fort inférieure à celle de nos organes, c'est-à-dire qu'une soustraction d'une partie de notre calorique.

C'est pour la facile compréhension du phénomène que nous disons qu'un corps froid rayonne sa faible chaleur sur un corps peul-être plus chaud que lui ; car, daus la réalité, la plus grande abondance de rayons vient du corps le plus échauffé sur le moins chaud, et il y a une sorte d'équilibre établi. Mais tout revieut évidemment au même , et l'existence d'un seul fluide satisfait à toutes les conditions du problème , sans qu'il soit nécessaire d'admettre deux fluides opposés. *

On n'a donc besoin de reconnaître qu'un seul principe , comme il suffit d'uu seul fluide magnétique ou électrique pour expliquer les phénomènes des pôles de l'aimant, ou l'életricité vitreuse et résineuse , suivant cette maxime de Newton, qu'il ne faut pas multiplier les êtres sans nécessité.

Il reste néanmoins de grandes recherches à faire sur la nature de ces fluides impondérables, et, par exemple , la lumière polarisée manifeste clans le spectre de ses sept rayons des phéuomènes remarquables par rapport au calorique. Herschell a trouvé {Philos, transact. , 1800 et 1801 ) qu'au delà des rayons rouges et hors du spectre, jusqu'à quelque dislance il existait des rayons invisibles , plus chauds que le rayon rouge lui-même. Ces rayons calorifiques ne sont apercevables à la vue que rassemblés au foyer d'une lentille , et ils prennent là une légère teinte rouge. Au contraire, il existe à l'extrémité opposée du spectre , ou au delà du rayon violet , d'autres rayons obscurs remarqués par Wollaston , Hitter , Brockmann , etc. Ces rayons, loin de produire de la chaleur, paraissent propres au contraire à donner du froid ; ils noircissent et désoxiuent rapidement le muriate d'argent et les oxides métalliques. De même , à l'une des extrémités de la pile voltaïque , il se produit des effets analogues à ceux de l'oxigénation , et, à l'autre extrémité , des effets désoxigénans. L'électricité détermine daus l'atmosphère la formation subite de la grêle ou un froid vif, comme elle excite les plus violentes inflammations ou produit les effets d'une puissante chaleur. Peut-être que tous ces

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fluides sont des modifications merveilleuses d'un grand agent dans l'univers. Les répulsions et les attractions de l'aimant , du fluide électrique (vitreux ou résineux , positif ou négatif) , présentent des rapports avec les phénomènes de la gravitation universelle , ainsi que la chaleur et le froid. La polarité en général , ou le balancement des propriétés opposées des diUerens corps de la nature , établit et maintient le grand système de l'univers , comme elle concourt sans doute à l'existence des corps vivans et organisés.

En supposant, ce qui parait conforme à la saine physique, que la chaleur de notre globe soit donnée par les rayons du soleil , d'où vient que le calorique terrestre se dissipe , et ne s'accumule pas plutôt depuis tant de siècles? Est-ce que, par sa tendance naturelle à se mettre en équilibre dans toute la nature , ce calorique se répand parmi les grands espaces des cieux à mesure que la terre roule dans son orbite ? En effet , il parait nous arriver, des régions supérieures de l'atmosphère , de grands froids qui descendent plus ou moins avec les couches de l'air, comme on l'o^ierve après les orages de l'été qui rafraîchissent singulièrement la température des couches les pins inférieures de l'air. De même l'on éprouvede très-grands froids sur les hautes montagnes , puisqu'il existe des neiges éternelles sur les pics élevés des Cordillères à l'équateur même , comme au Chimboraço et au Cotopaxi ( Forez Bouguer , Mes. du mérid. ; et Humboldt, Foyag.), ki/foo toises d'élévation perpendiculaire audessus du niveau des mers.

L'air constamment dilaté sous la zone torrideet les tropiques , raréfié par la chaleur , doit s'élever continuellement , tandis que l'air plus froid , plus dense , accourt de chaque pôle pour remplir le vide laissé par la dissipation de cet air échauffé ; mais celui-ci ne pouvant abandonner la planète à laquelle il est attaché par la loi générale de l'attraction, et ayant gagné les régions supérieures de l'atmosnhère , est obligé de se répandre versJcs pôles. Il s'opère ainsi un mouvement général de l'atmosphère , l'air froid des pôles refluant vers l'équateur, et celui de l'équateur étant forcé de retourner vers les pôles. Les vents alisés sous les tropiques, et les vents glacés qui soufflent des pôles vers l'équateur, sont les preuves de ces grandes oscillations de l'atmosphère. Il ne faut pas même beaucoup de temps pour produire le changement de l'air du pôle à l'équateur, puisqu'un veut du nord ou de bise qui ne ferait quo quatre lieues par heure, ce qui est une vitesse fort médiocre , viendrait en onze jours du pôle à Paris , et ferait en douze autres le reste du chemin , surtout s'il ne trouvait aucun obstacle , comme sur les immenses plaines de l'Océan.

L'on a dit autrefois que la lune versait du froid sur la terre.

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Ses rayons , il est vrai , quoique rassemble'» au foyer cPunè lentille , ne manifestent pas sensiblement de chaleur au thermomètre , mais n'envoient pas du froid ; il est probable de même que les rayons réfléchis de la terre à la lune , et qu'on • aperçoit sur la partie obscure de son disque , ne doivent pa9 être chauds j c'est l'espace céleste, dans lequel flotte notre planète, qui soutire sans doute le calorique terrestre , ou- nous transmet du froid. La froidure excessive des pôles et celle de nos hivers dépend soit de l'absence , soit de l'obliquité plus ou moins grande des rayons du soleil, et l'époque la plus froide de la période diurne est celle où le soleil a été le plus longtemps absent de l'horizon , c'est-à-dire au lever de cet astre ; donc le froid semblerait être essentiel à notre terre , en ellemême.

L'existence d'un feu central dans le noyau du globe , soutenue encore par Hutton et Playfair, n'est rien moins que probable d'aprèsees observations. Au contraire, d'après les lois de la pesanteur, le calorique qui agit en sens inverse de ces lois, et que la lumière solaire nous apporte, terni sans cqsse à s'élever; mais l'état de densité et de compression que doit avpir reçu le centre de la terre, peut faire présumer qu'il y existe un froid excessivement grand comme aux pôles. Ces questions de haute physique, quelque éloignées qu'on les suppose des sciences médicales , se rattachent à la connaissance très-importante des climats. Voyez

CALORIQUE , FRIGORIFIQUE, FROID , HIVER , CtC (viREt)

FRISSON, s. m , rigor des Latins, piyof des Grecs. Lorsque, à un sentiment de froid violent à la peau , se joignent des agitations irrégulières , des secousses inégales de tout le corps , ces phénomènes constituent le frisson.

Il est naturel de frissonner, lorsque, en quittant un lien chaud , on est saisi par un froid vif ou subit , ou lorsqu'on s'y expose avec des vetemens trop légers; mais l'exercice et le mouvement remettent bientôt le calorique en équilibre.

11 n'eu est pas de même du frisson morbide. Celui-ci est tantôt générai , tantôt partiel. Dans ce dernier cas , il se fait sentir dans différentes parties du corps, soit aux éparules , à la région dorsale ou lombaire , soit airx pieds ou aux mains. Souvent, après s'être emparé d'une seule accès parties, il se répand uniformément sur toutes. Au frisson suocède oridnairement une chaleur plus intense que dans l'état naturel.

Le frisson sert à éclairer la séméiologie. Dans une fnulc de cas, soit au commencement des maladies, soit durant leur cours , le médecin doit s'jnforrner si le malade en a été saisi. Les fièvres et les phlegmasics débutent fréquemment par le frisson. Ce phénomène signale particulièrement l'invasion des tecè* d'intermittentes. Sa durée varie ; il est vif et court au

F Ri 5q

commencement de la fièvre intUmmatoire et des phlegmasies j il est lanp et périodique dans les intermittentes , surtout ata~ xiques ; il parait irréçulier dan» les atfections bilieuses, et n'est quelquefois qu'un simple refroidissement; il revient le soir d'une manière vague et peu intense dans les redouhlemens quotidiens des fièvres muqueuses continues. F,\\ général , plus le frisson est long, pins il doit inspirer de craintes sur l'issue de la maladie y principalement dans les intermittentes ataxiquts , lot *q u'i! coïncide avec l'épuisement des forces.

Dans certaines maladies, les fièvres malignes par exemple, la chalcuc et lo froid sont si inégalement distribues , qu'une partie est brûlante, tandis qu'une autre parait glacée. Lorsque n malade ne peut fairo la distinction de celte anomalie, le médecin doit redouter , une issue funeste. Le pronostic est également peu rassurant, quand les malades se plaignent d'un sentiment de froid à l'extérieur, et d'une chaleur ardente à l'intérieur.

Lorsqu'une phlegmasie , au lieu de prendre la voie de la résolution , passe à l'état de suppuration t on observe des frissons irréguiieçs, qui partt ni- ordinairement de la région

affectée •

On a remarqué que les excrétions critiques qui terminent favorablement les fièvres et les phlegmasies, sont assez souvent précédées de frissons.

Lorsque , dans les maladies exanlhémaliqucs , telles qnc la «variole et la rougeole, il survient, après l'éraptîon complète, et avec d'autres sigues pernicieux, des frissons violens et réitérés , on doit mal augurer de cet épiphénomèrae : le malade est dans le pins grand danger.

Les aueclions spasmodiques , couvursîves , le tétanos , ont fréquemment pour signe précurseur un frisson ou un sentir ment de froid le long de la colonne vertébrale et dans les membres supérieurs et inférieurs.

Souvent aussi les hémorragies actives sont précédées de frissons aux extrémités.

Du reste, pour bien apprécier îa valeur du frisson dans les maladies, eu doit observer très-attentivement quel est le temps de sa durée , le degré de sa force, l'époque de son retour, s'il est universel ou partiel, enfin quels sont les signes favorable^ 00 sinistres qui l'accompagnent ou le suivent.

Nous terminerons cet article par quelques sentences d'Hippoerate.

Les frissons qui surviennent dans les fièvres , les jours décrétoires , avec des signes de coction , et auxquels succèdent des évacuations remarquables , sont salutaires.

C'est un signe mortel , lorsque le frisson revient fréquem-

/fo FRI

meut dans une fièvre qui n'est point intermittente, et lorsqu'eri même temps le malade se trouve affaibli ( Aphor. 46, sect. 1 v ) .

Les frissons qui surviennent le sixième jour d'une fièvre continue, rendent difficile la solution de la maladie ( Aphor. U)t sect. iv ).

Le frisson qui saisit un malade attaque' de fièvre ardente, la juge favorablement ( Aphor. 58, sect. iv).

Ceux qui ont de petites sueurs , alternativement avec des frissons fréquens, sont eu grand danger ( Coac. prœnol., lib. l, sent. 10).

Beaucoup de frissons , accompagne's d'assoupissement , annoncent de la malignité ( Coac. prœnot. , lib. 1 , sent. 14 )•

Les frissons qui, dans les maladies aiguës, ne discontinuent pointé sont d'uu très-mauvais augure {Coac. prwnot., lib. 1, sent. 21 ).

Le pronostic est également fâcheux, lorsque les malades méconnaissent leurs parens ou leurs amis, et qu'ils perdent la mémoire ( lib. 1 , prœdict. ).

Il n'y a rien de plus pernicieux, dans les maladies aiguës,

3u'une suppression d'urine qui succède à un frisson ou refroiissement ( Coac.prœnot. , lib. î , sent. 5 ). Les frissons , à la suite desquels les malades ue se re'chauffent point ou qu'après de longs intervalles, sont presque toujours funestes ( ProrHiet. , lib. 1 , n°. 66 ). ( renauldih)

TAPPit s ( Andraeas), Disserlatio de rtgore et horrorc , coruiwjuc causu ;

in-4°. flebnstaldii , t6$6. * Sebi7.il> (Melcbioi), Disserlatio de rigore , horroro \ refrigeralione ; in-4°.

Argentorati , #653. v R Si mu. s ( Gabriel clirys.), De rigore febrili , in-.Jo. LÀpsite , iGSG. "VESti (natban), Disserlatio de ajfcclionc marmored ; iii-4°. l'rancofurti ,

Walther (Ançjiutin Fridcr.) , De frigo fc et febris inlermittenth accessione ;

in-4°' TApsiœ , i;4°.

de nERGER (christoph. Gnillclm.) , CnmmenUtlio medica de preesagiis ex al-

gore in febribus aculis ; in-4°. Gœttingœ , 1750. schickard (joan. Fiidcr.) , De frigore symplomalicn , \n-$°. lenœ , I^Sa. CEI! le n (joan. carol.J, De horrore ut signa, \a-$o. tipsicc , i;58.

FRISSONNEMENT, s. m., horror des Latins, des Grecs; frisson le'^cr, qui consiste dans un mouvement inégal Ac la *pcau , et qui donne lieu à cet ëtat qu'on appelle vulgairement chair de poule. Le frissonnement tient le milieu entre lie simple refroidissement et le frisson.

C'est par des frissonnemens irre'guliers que débute souvent t embarras gastrique , et que s'annoncent le soir les exacerbaions des fièvres muqueuses continues. Ils signalent aussi le passage des phlegmasies à l'ëtat de suppuration. Ils sont d'un mauvajs présage , lorsqu'ils succèdent à la sueur.

FRO 4i

En général , le frissonnement a moins de valeur que le frisson dans les diverses périodes des maladies. Du reste, comme l'un ne diffère de l'autre que par le degré' , on peut appliquer au premier une partie de ce que nous avons ait du dernier. Voyez frisson et horiupilatiox. (bekadldiw)

FROID , s. m. jfrigus, pryct, ou ^v%ot. Nous nommons ainsi une sensation plus ou moins désagréable selon son intensité , et que nous éprouvons toutes les fois que des corps environnans soustraient une portion de notre calorique. Ce n'est donc qu'une moindre chaleur comparative avec l'état de notre corps, et le Nègre, sous la zone torride , trouve glaciales les nuits pendant lesquelles un Lapon se croirait étouffe' de chaleur. Nous appelons fraîches en été les mêmes cav<|j| qui nous paraissent chaudes en hiver, bien que le thermomètre y marque constamment à peu près dix degrés -f- o. Si nous plongeons une main dans de l'eau chande , et l'autre dans de l'eau refroidie à la glace , et que nous les retirions en même temps à l'air, nous sentirons du froid à la main échauffée, et de la chaleur à la main refroidie. Ainsi le jugement que nous portons du froid est donc relatif à l'état de notre individu; il l'est aussi selon la jeunesse ou la vieillesse , l'habitude du mouvement ou du repos , la saison , le climat , notre genre de nourritures animales ou végétales ,#de boissons spiritueuses ou aqueuses, etc. Il y a des sensations de froid sans réalité chez divers hystériques et hypochondriaques , et dans plusieurs fièvres , quoique le tact et même le thermomètre ne puissent pas toujours en offrir la preuve. La compression d'un rameau nerveux, celle d'un vaisseau artériel causent une sensation de froid dans les parties où se distribuent leurs branches. Enfiu, une violente exaltation du système nerveux chez des maniaques , ou l'état inflammatoire d'une partie, peuvent rendre momentanément insensible au froid le plus vif. Nous verrons aussi que c'est par l'activité vitale chez les animaux et même les plantes f que ces êtres organisés résistent jusqu'à certain point au froid des hivers.

Le mot froid ne désigne donc point une substance positive , mais toujours une moindre chaleup( Voyez fjugorique ). Il n'y a point de froid absolu , du moins , qui soit connu dans notre univers , et la neige à zéro conserve encore beaucoup de calorique , puisqu'on éprouve des froids déplus de to° — o Réanmur, en des climats habités.

partie physique. Du froid considère dans la nature et relativement aux climats de notre globe. Les anciens philosophes, faute d'expériences suffisantes , n'ont pu établir que des hypothèses plus ingénieuses que solides ; on doit convenir cependant qu'ils ont entrevu quelquefois de grandes vérités. Par-

inétude d'Elée, par exemple, parait avoir aperçu le premier les puissans effets qurexercc le calorique et son absence , ou le froid, dari9 le système de l'univers. Si François Telesio , de Oozenza , au royaume de Naples, elait ne dans un siècle plus éclaire, il aurait pousse plus loin les premières découvertes du philosophe grec qu'il prit à tâche de développer. Mais , quoique Robert Royle , Dortous de Mairau , de la Hire , Ivlme Mario II*, Muschenbrock , ensuite Léonard Euler, Pierre Bouguer, Henry Cavcndish , Charles Btagden , John Dalton , Jt an- Charles YVikke , Richard Walker, etc. , aient fait avec beaucoup d'antres physiciens une multitude d'expériences sur le froid ; quoique les recherches sur la chaleur , par Antoine- Lai^nt Lavoisier et M. de la Place, celle du comte de Rumfor«H de James Hutlon , de Pierre Prévost, de Genève , el d'une foule de savant, aient beaucoup étendu les connaissances sur cette partie de la physique, il reste peut-être encore à considérer le rôle que la chaleur ou le froid joue dans le grand ensemble du monde.

En effet , pour juger sainement de notre véritable constitution dans cet univers , il est de toute nécessité d'établir que nous ignorons les limites absolues de la chaleur et du froid , mais que nous existons sur cette Jerrc, apparemment , dans un metùum entre la chaleur énorrne et incommensurable que parait avoir le soleil, et le froid peut-être aussi excessif que doivent éprouver les sphères les plus lointaines de notre système planétaire; non-seulement Saturne et CJramis , mais au-delà, dans ces immenses espaces (les intermondes «Fun soleil à un autre, et des étoiles fixes) où se plougent, pendant des siècles , les comètes qni parcourent les plus longues ellipses.

Et cette température moyenne , qui établit autour de la terre un fluide gazenx atmosphérique et tient pour l'ordinaire l'eau à l'état de liquidité' , permet le développement plus ou moins libre de tous les corps organisés peuplant la surface de cette planète. Noire existence , telle que nous la voyons , ne serait pas plus possible dans la planète de Mercure que dans celle de Saturne ; nous avons d'autant plus besoin de ce médium tempéré , que, sons la zone torride comme près des glaces polaires, notre constitution physique et morale éprouve «les détériorations très-sensibles , et qu'elle n'est jamais plus parfaite que sous lestlimats les plus tempérés.

Le foyer de notre système planétaire est donc oecupé par le feu ou le soleil , tandis que le froid règne à la circonférence de cet immense tourbillon. De même notre terre paraît ne recevoir de chaleur que de l'astre central ; elle est comme rôtie à son équateur par les rayons solaires qui la frappent plus ou moins directement, au lieu qVcllc demeure élernellc-

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ment placera ses pote* , foule de ces rayons , ôu parce qu'ils lie l'effleurent là qu'obliquement.

Or, cette existence des corps organisé* <uir notre glohe recuite do l'équilibre de dilatation et àc contraction des divers démens qui nons composent;, équilibre entretenu par uni» chaleur modérée, et si délicat qu'en irausportant urt individu des pôles vers la zone torrido, il éprouve infailliblement une maladie , un trouble dans son organisation pour s'acclimater v pour se mettre en rapport avec les degre's* de eak>r4que habituel dans cette contre'e inaccoutumée. Mai» il n'enest pasde même de» minéraux ; les pierres , les métaux peuvent existe!» pari ont sur noire terre , ainsi quo toute malitero1 brute ou privée d'organisation et de vie.

Comme plus la chaleur est accumulée, plu* lés molécule» d'une substance quelconque s'écartent , s'éloignent partiellement; plus l'on soustrait le calorique, et plus ces mêmev molécules se rapprochent , se condensent. Ou en a conclu» deux grandes lois de l'univers; savoir, que la chaleur était le principe de dilatation , la force1 centrifuge, l'oppose' de la gravitation; et de la cohésion, ou la- puissance qui metftlout en mouvement, qui donne en quelque manière la vie à toute In nature ; mais qu'au contraire le fnaid rassemblant et concentrant tout, laissant» la gravitation et aux forces- centripètes toute leur intensité originelle, ramènerait l'univers à un état d'inertie, d'immobilité, de mort totale. Otez k Calorique du momie, et le monde no sera" plu» que le séjour d'un- éternel repos. Ainsi , selon ces observation», la formation «les corps* planétaires, dans l'espace céleste, serait due as» froid qui aurait coagulé leurs élémens, de sorte que le froid devrait être plus vif dans le noyau de la terre et de» autres planètes qu'à leur sirrface , et que la densité des corps- serait en rapport direct avec le froid qu'ils sont capable» d'éprouver ( ou en rapport inverse avec leur calorique* spécifique ).

Car l'espace plu» étendu qu'occupe l'eau en se congelant avec une force capable de crever des bombe», de fendre des arbres, et même de foire éclater de» rochers, n'est pas contraire à cette loi générale de concentration par le freid. Le» molécules de l'eau sont très-rapprocl»écs par la congélation , d'où vient la solidité de la glace ; seulement elle» prennent une configuration cristalline qui admet un grand nombre de vide* entre leurs cristan»; de là le volume plus grand et la "légèreté ipécifiquernent plus considérable de la glace , que celle de l'eau qu'elle sumappe. Ces! encore pour cela que les liquides qui »e congèlent, »oit dan* le* végétaux, soit dan» les animaux eiposés à la violence des hivers, brisent , déchirent souvent les partie» soldes environnantes; de là rcsàlte la désorgani-

salion et ensuite la gangrène des membres qui ont été geîe's.

Il n'est pas de notre sujet d'examiner s'il existe une chaleur centrale dans notre globe, comme l'ont prétendu un grand nombre de physiciens , hypothèse naguère renouvelée avec beaucoup de talent par Hutton , et admise par M. de la Place. Mais des expériences ont fait connaître que, dans les mines les

Îilus profondes , la chaleur n'était pas plus intense que dans es caves ordinaires, et au contraire, le fond de la mer s'est montré constamment froid , et même glacé sous la zone torride, dan1* les gouffres les plus profonds, suivant Elie Camerer ( Mise. acâd. nal. cur. , dec. 2 , an 10 , p. î8f> ; Pierre Ram , Swedisché abkandl. akad. , 1771 , p. 57; Fr. Péron , Me'm. dans le Journ. de phys. , etc. ). La chaleur des volcans ne parait être que superficielle au globe , et bornée aux lieux où ils existent.

Nous avons exposé, au mot climat , les diversités de chaleur et de froid des degrés parallèles de latitude du globe , et l'article air en offre les principaux résultats. Mais il est un point sur lequel on a fait trop peu d'attention et qu'il est nécessaire de remaAjuer ici. Voyez frioorique.

Comme notre globe , ainsi que les autres planètes , reçoit continuellement une grande abondance de chaleur et de lumière solaire , il devrait , par le long cours de tant de siècles depuis sa formation, s'échauffer graduellement; d'autant plus que cette chaleur , loin de se dissiper en entier dans les hauteurs, paraît concentrée vers la partie la plus inférieure de notre atmosphère , à la surface même du globe ; et peut-être qu'il faudrait rapporter à cette cause le réchauffement sensiblement observé dans nos climats, depuis les âges antiques jusqu'à nous. Les bouches du Danube ne sont plus glacées en hiver comme du temps d'Ovide; il y a longtemps que le Pont-Euiin ne se gèle plus comme autrefois, ni même le Tibre, dont on cassait la glace en hiver au temps de Juveûal et d'autres anciens auleurs {Voyez Saint- Augustin, Cité de Dieu, 1. 3, c. 17). Sous Constantin Copronyme , on passa le détroit du Bosphore sur la glace; les myrtes ne sont plus gelés en pleine terre pendant les hivers , en Italie, comme Pline le jeune s'en plaignait dans ses jardins de la Campanie. Les élans et les rennes, habitans des climats glacés, ne se voient plus aujourd'hui dans la Forêt- Noire , ou l'Hercynie des anciens Germains , mais ont remonté vers le pôle. Depuis un siècle , le climat de la Pensylvauic s'est manifestement adouci , au rapport de tous les Anglo-Américains , de même que celui du Canada (Journal de physia. , tom. i , p. Ifio ; et Mem. acad. scienc. , 1746 , pag. 88 ).

S'il est permis de poursuivre encore plus loin les conséquences

de ces remarques , ne doit-on pas les avantages de la civilisation , d'une vie plus commode et moins pénible à cet adoucissement de la température vers le nord de noire Europe, tandis que ces contre'es n'étaient peuplées que de Barbares ou de tributs demi-sauvages, dans les forêts des Gaules, de la Germanie , de la Samogitie , de la Scandinavie , au temps de César et de Tacite ? C'est ainsi que la civilisation s'avancerait vers le nord en Europe et en Amérique , à mesure que les climats s'échaufferaient.

Sans examiner si l'on doit cet adoucissement de température au raccourcissement graduel des années, ou au moindre cercle que décrirait la terre autour du soleil, en se rapprochant de cet astre , depuis les temps anciens, tel que l'ont admis des astronomes , ou bien au redressement de l'écliptique , remarqué depuis Eratostbène, qui ramènerait un printemps éternel sur la terre , selon d'autres observateurs , cette plus douce tem-

Î>e rature de nos climats parait un fait constaté. Toutefois ou 'attribue uniquement à la culture des terres , qui , desséchant les marais , diminue l'évaporation , contient les eaux dans le lit des fleuves, leur imprime un cours régulier, et au défrichement qui essarte les forêts, les lieux sombres et abrités, aplanit les terrains pour les rendre propres à l'agricultures,età recevoir directement les heureuses influences du ciel. Mais ces modifications à la surface de l'Europe ne paraissent pas être suffisantes pour expliquer d'aussi grands résultats.

§. 1. De la distribution générale, du froid et de la chaleur à la surface du globe. Une sphère parfaitement uniforme qui roulerait autour d'un foyer ardent et lumineux tel que le soleil , et lui présenterait successivement ses régions polaires par une inclinaison oblique de 22 9 dans l'espace d'une année, devrait recevoir, à chacun de ses climats et à ses diverses saisons , une égale mesure de chaleur ou de froid. Au total , il peut en être ainsi de notre planète considérée en masse ; mais les résultats particuliers sont prodigieusement dillerens pour chaque lieu de la terre.

D'abord , l'aplatissement de ses pôles et le renflement de la zone équatoriafe offrant , aux rayons solaires , une exposition plus oblique vers les axes de ces pôles , et plus perpendiculaire sous l'équateur , il y aura plus de froid vers les uns et plus de chaleur vers celui-ci , qu'il n'y eu aurait sur une sphère parfaitement arrondie.

En outre , près des deux tiers de la surface de la terre sont couverts des eaux des mers, et Pévaporatiou perpétuelle qui s'y produit diminue la chaleur libre. Cest pour cela que uous voyous le polc austral qui présente très-peu de terres , plu»

froid que le pôle boréal ; les glaces j sont bien plus avancées vers la terre de Diéraen , ou la terre de Feu , sous de pareils degrés que ceux de notre Europe ; on y éprouve des froids beaucoup plus pénétrons que les nôtres. Les îles sont, vi) général , moins cltaudcs que 1 intérieur des continens sous les mêmes -parallèles. D'ailleurs le soleil demeure sept jours de moins dans le 'tropique du capricorne , ou celui du pôle sud , qu'à celui du-cancer, ce qui -peut amener quelque différence de chaleur dans les hémisphères , perla suite des siècles. Au contraire, les grands continens secs , tels que l'Afrique et ses désorts arides et sablonneux, sont bien autrement chauds que les régions humide*, couvertes de marécages ou de forêts, sillonnées de larges fleuves , comme l'Amérique , sous les mêmes degrés do latitude.

Toutes choses égales , l'élévation des terrains audessus du niveau de l'océan produit d'autant plus de froid , qu'elle est plus considérable , et In chaleur diminue en général d'un degré par 90 toises ou i-bJo mètres d'élévation perpendiculaire. C'est pour cela qu'on trouve des glaces éternelles sur les sommets des plus hautes montagnes de notre monde , sans excepter relies qui se trouvent placées près de l'ardent équateur, comme le Oumboraço , le Piohincho au Pérou , et les monts de la Lune, au cœur de la plus brûlante Afrique. De mlême , le milit ti des grands continens présentant des espèces de bosses, ou des plateaux , de vastes élévation*, est plus froid que les régions plus basses d'un égal parallèle. C'est ainsi que le plateau de la haute Tartaric est un désert froid et inculte, même vers le Tibet , quoique sous un climat déjà plus méridional que notre -Europe australe , et qu'on éprouve à Moscow des •froids bien autrement rigoureux qu'à'Kdimbourg , placé sous une pareille latitude. Nous voyons, vors nos plages maritimes, fleurir eu pleine terre des plantes délicates, qu'il faut ailleurs, suttoul en Suisse et près des Aines , relirer de bonne «heure dans des serres chaudes. Ainsi , bien que les îles n'éprouvent pas d'eussi fortes chaleurs sous la tone torride , per exemple , que les continens, elles ne sont pas exposées non plus , comme eux , 0 des froids aussi violens plus près des pôles , parce que leurs terrains sont 'bas en général.

Les chaînes et les directions des montagnes font donc singulièrement varier la 'température de beaucoup de lieux par Us divers degrés d'élévation qui «en résultent ; mais elles présentent, de plus, des aspects plus ou moins directs aux rayons du soleil. Ainsi tous les revers des monts qui »nc reçoivent presque point ces rayons, doivent être bien plus froids que 1rs cotés le mieux exposés pourles recevoir, et la nature de la végétation le prouve ; tel coteau $\c vignobles produit des rai-

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»ini bien plus sucrés à l'exposition méridionale qnesur les flancs de Test ou de l'ouest, et surtout qu'aux revers «lu nord où il* restent en verjus ; aW sorte. q*ie ces fruits , comme toute outra production végétale , sontvd'cxceHens indicateurs des degrés de chaleur ou 4c froidure habituelle du -terrain (fui les nourrit.

Ces expositions septentrionale* , comme le froid et stérile ados des Alpes du cote de la Savoie ( taudis que tes skes méridionaux du coté du I Me mont sont si chauds <x ai fertiles ) , influent sur tous les êtres organises qui s'y trouveut exposés. De même , -Je ttenchatit «méridional de la chaîne des monts du Tibet et de liashgar voit ae dérouler les vastes et fécondes plaines de l' laide versTéquotenr, taudis que le liane septentrional de ces mont» «regarde les stériles .et souvages steppes de la grande Tatarie. De même, le terrain delà Sibérie, s'incliuant au nord vers la mrr Glaciale , comme le prouve la course de l'Objr, -de lMrtis , du Jeniaéïk , <bi Je m se a , de la Lena , du Viloui,.de l'Qleuek , de l'Anadir et de taiH d'autres fleuves qui s'y jettent, est infiniment plus froid que ne le comporte son parallèle.

Ces aspects de terrains, plus ou moins soustraits aux rayons du soleil, ne sont pas toutefois la principale cause de leur froidure, jointe a leurs degrés d'élevatiou ; mais il en résulte une exposition plus ou moins directe aux veuts glacés venant des pôles. Pur exemple , la Sibérie n'éprouve 'les froids peut-être les plus rigoureux qu'on ressente en quelque région habitée du globe que ce soit, qu'à cause de sou terrain nu et .presque plat vers lcsibordé de la mer Glaciale; tandis que dos lieux abrités «oit .par des chaînes de montagnes , 6oit par des forêts qui les adossent vers le nord , arrêtent les -vents piquatis de la bise. Aussi les plaines nues et sablonneuses soit de Tartane, soit de la -Pologne , éprouvent des courans d'air viol en s qui refroidissent beaucoup leur température. -Ces vonts rendent stérile et froide nne -partie du continent de la Nouvelle-Hollande, bien que son climat soit placé sous le tropique ou dans son voisinage. Los côtes des mers septentrionales de notre hémis-

phère sont pareillement battues par des aquilons impétueux uni les rendent qlacialcs, tandis qu'il s'élève, au contraire , des terres méridionales , sur les rives de la Méditerranée par exemple , un vont étoutfaut et brûlant de sud-est , qu'on nomme le sirocco ( Voyez vent). Ainsi l'exposition aux vents du midi, et l'abri .plus ou moins parfait de ceux du nord et de l'est, rendront, toutes choses égales d'ailleurs, une région plus chaude que celle placée sous un semblable parallèle , dans une condition toute opposée. • Nous mettons encore au nombre des causes du froid les vents de Test ou d'orient, tandis que ceux de l'ouest sont généra -

lement plus chauds , et la raison , ce nous semble , n'en a pas été' bien expliquée. Il est certain que les plages orientales sont plus froides ( toujours à parallèle égal ) que les occidentales. Aussi ce fait est très-manifeste dans tout le continent de l'Afrique ; car les côtes qui regardent la mer des Indes sont continuellement rafraîchies par les vents alisés de Test , tandis que « les cotes occidentales , recevant cet air qui a traversé le continent africain , sont beaucoup plus chaudes. Il y a plusieurs degrés de moins, habituellement, dans la température de Mélinde que daus celle de Loango. L'on en donne pour raison que le vent d'est se rafraîchit en passant sur la mer des Indes , tandis qu'il s'échauffe en parcourant le continent brûlant de l'Afrique. Mais cette explication ne suffira point pour d'autres contrées. Ainsi Kiow et Pultava, qui sont à l'est en Russie sous les mêmes parallèles que Lille et Paris j ainsi Astrakan , presque au même degré que Lyon , éprouvent cependant des hivers infiniment plus longs et plus rudes que les nôtres. La Crimée n'est pas aussi chaude que la Haute-Italie à laquelle elle correspond, et toutefois elle n'offre que des terrains bas. Les rivages de la mer Caspienne et l'Arménie sont plus froids que l'Espagne, sans être plus élevés. Tous ces climats, orientaux par rapport à l'Europe, paraissent donc plus exposés que les nôtres aux vents piquans de l'est , qui ne traversent pourtant que des terres. Au contraire , nos vents d'ouest, quoique venant de traverser le grand Océan , sont humides et nébuleux , mais non pas trèsfroids. Ne serait-ce pas à cause que ces vents d'ouest, marchant contre le cours du soleil , nous ramènent un air échauffé par lui, tandis que ceux de l'est sont un air chassé, devant cet astre , des contrées qu'il n'éclaire et n'échauffe pas encore ? C'est ainsi que les vents de l'est s'élèvent avec l'aurore qui est froide , et que ceux de l'ouest soufflent d'ordinaire dans la soirée qui est plus chaude.

Les régions trop nues reçoivent plus directement le froid et la chaleur que les contrées couvertes de végétaux et de forêts, qui forment une sorte de vêtement à la terre et la garantissent des températures extrêmes. Les lieux ombragés de vastes forêts, comme l'Amérique, s'entretiennent dans lafraîcheur et l'humidité pcndatit l'été, et s'abritent en hiver contre la bise piquante et les aquilons furieux. De même , des valions mous et profonds , formés d'un humus noir, d'un terreau fertile a sont lie des en hiver, ce qu'on remarque aisément, parce que la neige y fond bientôt ; mai» un sol rocailleux de sablon et de craie, blanc, sec et stérile, est froid en hiver, autant qu'il est brûlé dans l'été, à cause de sa nudité. C'est aussi par une raison analogue que les terrains défrichés et en partie déboises, recevant plus à découvert les rayons solaires en été, en de-

viennent plus chauds et plus secs que les pays abandonnes au Unie agreste et surabondant d'une nature sauvage. Voyez ces déserts de l'Arabie pétre'e et leBiledulgerid , le Sahara ; ils ne sont inhabitables qu'à cause de cette nudité vaste, affreuse, et de ce sablon brillant et stérile qui réverbère tant les rayons du soleil. 11 s'eu e'iève presque continuellement uu hâle enflamme et étouffant qui dessèche toute végétation , et lue même les êtres animés; tels sont ces vents brùlans comme la vapeur d'une fournaise , qui , chargés d'un sablon rougeâlre et subtil, accourent de ces déserts par bouffées Ou tourbillons, font monter le thermomètre jusqu'à 5p* centigrades , suivant l'observation de l'Anglais Wilson , eu Egypte, et font périr les hommes , les animaux qui le respirent, comme ils rendent friables et secs , en un moment, les végétaux, les plussucculens. C'est le chamsin des Egyptiens, le samùm ou sarniel des Arabes , Vharmattan des riveraius du golfe persique. Telle est sa violente quelquefois , qu'il fait jaillir le sang avec impétuosité par le nez et les oreilles, et qu'en moins de deux heures après la mort, le cadavre s'enfle, devient bleu et vert, et tellement décomposé et putréfié , que les bras et les jambes s'en séparent pour peu qu'on les tire (Nicbuhr, Desc. de VArabie% Amstcrd. , 1774, in-4*. , p. 8 ).

§. li. Du fivid relativement aux saisons. Indépendamment de ces diversités de chaleur et de froidure particulières aux ditféreus sites du globe, il y faut joindre les circonstances passagères , mais périodiques , des saisons. Sans traiter ici spécialement de Y/u'ver ( Voyez ce mot ) , cette époque de l'année répand plus ou moins sa triste influence sur tous les êtres organisés des climats situés hors des tropique* Quoique nous soyons plus rapprochés du soleil, en notre hiver ( la terre étant dans son périhélie ), l'obliquité extrême des rayons qui tombent sur notre hémisphère , et la plus grande étendue d'air atmosphérique que ces rayons traversent , en affaiblissent la chaleur d'autant plus qu'on s'approche davantage du pôle boréal, puisque le soleil est dans le tropique austral. Dès que , dans Motre climat de la France , l'automne nous amène les fraîches matinées et des gelées blanches , on se plaint du froid , les feuilles jaunies tombent des arbres, la végétation s'arrête, plusieurs oiseaux émigrent dans des régious méridionales, et M plupart des iusectes périssent.

Cependant les froids ne se font pas sentir à proportion du raccourcissement des jours , car la terre conserve encore , en automne , de la chaleur de l'été ; aussi les plus fortes gelées n'arrivent qu'après l'époque du solstice hibernal , comme les ardeurs de la canicule ne se manifestent qu'après le solstice estival. Les froids ne descendent guère qu'à 8 ou io° R.,

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sous o , en hiver, à Paris , aune'c commune, et, à cette température, celle de notre sang ne baisse au plus qu'à 280, de 5o à 5a qu'elle possédait en été ( Sauvages , Effets de rair, p. 35, et Arbuthnot, etc. ). L'hiver de 1701), cité eulre les plus froids, donna 160 R. Celui de 1776 donna jusqu'à 17°, en quelques lieux de France. Celui de 1788, qui préseuta aussi 17» et même davantage, fut beaucoup plus rigoureux en Alsace, où l'on remarqua 200. Selon l'historien Matthieu, en 1G07, le 20 janvier, le roi Henri iv trouva le matin sa moustache gelée, quoiqu'il fût au lit avec Marie de Médicis ; car cet hiver fut trèsrigoureux. Le 4 octobre de l'an i6Î2, le froid devint si vif entre x Montpellier et Béziers, que seize gardes-du-corps de Louis xnr, huit de ses Suisses et treize goujats en moururent ( Mercure de France, tom. 18).

On ne peut pas toutefois comparer nos hivers aux glaces affreuses aes climats plus septentrionaux. Le froid vulgaire des hivers à Pétersbourg passe pour doux quand iljie descend qu'à, ?a>° sous o. Quoique Astracan ne soit qu'au 46* ou 47e degré de latitude nord , on y ressentit, en 1746, un froid de 24°^R. Il v eut 3o° à Pétersbourg, dans l'hiver de 1749. Québec, plus méridional que Paris, éprouva cependant 55° de froid, en 1745. AToruéa , en Laponie , il y eut 5j° , en 1757. Mais si l'on veut connaître les froids épouvantables de la Sibérie , d'après Gmélin , on a remarqué jusqu'à 53°! à Tomsk, l'an 1755; et, à Kircnga , 66"^, en 1758 ; enfin jusqu'à 70* , à Jeniseik, l'un 17*55, ce qui serait inconcevable, si l'on n'en avait des preuves. Là, comme à la baie d'Hudson et au détroit de Davis , à la Nouvelle-Zemble , où des infortunés Hollandais furent retenus par les glaces, In i556, l'air est chargé de petits glaçons visibles qui, respirés , déchirent la poitrine et impriment une sorte de saveur sur les bronches , analogue à celle du fer sur la langue. On sait comment tous les fluides se glacent sur-lechamp , soit l'urine qu'on rend , soit la salive qu'on rejette , soit l'eau-de-vie qu'on avale, ou la vapeur qu'on expire des poumons. Ce froid ue pénètre pas toutefois à de grandes profondeurs sous terre, ou les habilans se creusent des tanières* des tourtes , des demeures à la manière des marmottes , des rats et des ours de ces effroyables régions. En efTet , la croûte glacée qui se durcit à la surface de la terre , devient tellement solide et compacte, qu'elle empêche le froid de descendre plus avant qu'une vingtaine de pieds environ , ou s'oppose a la sortie de la chaleur concentrée dans ces souterrains. Un Lapon, un Samoiède , un Jakute s'enterre donc avec toute sa famille et ses rennes ou ses chiens, en amassant d'immenses provisions de vivres, de poissons glacés,, d'huile de baleine ou de phoques. Là, chaudement enveloppée dans ses peaux de zibeline

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ru de castor, couchée pêle-mêle avec ses chiens, ses bestiaux, entassant les enfans , les femmes sous l'édredon , du les peaux eraplumées des canards et des oies du nord, cette insouciante et sale famille allume un brasier au milieu de l'iourte, et verse de l'eau glacée sur des pierres rougics au feu. Il s'élève dans toute l'habitation une épaisse vapeur mêlée de fumée , qui y maintient une température longtemps chaude, et ljony est presque étouffé au milieu de tant d'êtres vivans et d'exhalaisons accumulés dans uu si étroit espace. Qui penserait que des Lapons amenés en de plus doux climats, parmi les villes les plus policées de la Suède, regrettassent, jusqu'à mourir de chagrin, leurs sombres souterrains et leurs horribles glaces? Rien n'est pourtant plus véritable , et rien ne nous prouve davantage combien l'opinion fait partie du bonheur par tout l'univers.

Nos hivers sont la plupart sombres, nébuleux ; l'an* est souvent brumeux, humide, surtout dans les temps de neige : il n'en est pas de même dans les hivers du pôle. Dès le mots d'octobre ou le commencement de novembre, l'air prodigieusement refroidi se charge de images, il tombe, en peu de jours,, un* grande abondance de neige j puis le froid augmentant avec le 'vent du nord , l'air s'éclairci^, devient extraordinaircment sec, piquant , illuminé d'aurores boréales , de lueurs rougeâtres et de traînées de feu, en tout sens. Cet air vif, électrique, qui entretient avec la plus grande force la flamme des matières en combustion , et qui présente taut d'oxigèuc à la respiration , sous un petit volume , donnerait beaucoup de chaleur vitale iotérieure et de vigueur ou de ton aux organes, s'il n'avait pas cette froideur excessive , qui dévore la vie et éteint toute sensibilité nerveuse {frigus nervis inimicumy dit Hippocrate).

En effet , à température égale au thermomètre, le froid humide parait plus pénétrant et plus difficile à supporter que le froid sec, parce que le premier débilite, diminue le ton de la fibre, tandis que le second tend celle-ci et la fortifie, pourvu qu'il ne soit pas tropviolcut. C'est pourquoi les hommes du nord supportent peut-être mieux leurs hivers que nous les nôtres. On en voit la preuve même sur les substances mortes. Des chairs, des poissons, etc., exposés à nos hivers , après une courte gelée , se gâtent ou se putréfient au dégel ; mais vers les Régions polaires, le froid qui glace profondément ces substances organisées , les conserve inaltérables , non-seulement pendant des siècles, mais même des milliers d'années. L'on a rencontré sur les rivages du Vilhouï , de la Léna et d'autres fleuves qui se jettent dans la merGlaciale, des cadavres entiers d'élépl.ans et ac rhinocéros, avec leurs chairs, leurs peaux et jusqu'à leurs poils bien conservés dans la glace, où ils étaient garantis de toute putréfaction. Quoiqu'on doive reporter l'é-

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