S FRO
belle taille. Noos voyons pareillement , vers l'extrémité' de ! Amérique méridionale , les grands Patagons et les Chiliens développer une haute stature parmi leurs régions placées.
Tous ces faits démontrent combien la plupart des écrivains, soit publicistes , soit philosophes , appliquent souvent mal la doctrine de l'influence des climats , ou la combattent faute de la bien connaître. Ainsi , quand Montesquieu parle, dans l'Esprit des lois , des qualités des peuples des pays froids , il ne faut pas en conclure qu'il est question des Lapons ou des Esquimaux , mais bien des nations du Nord , plus robustes ou moins voisines des pôles. De même, quand on représente avec Hume ou D' Acunha, Coutinho, évèque de Fernambouc {Voyez Je Voyage en Portugal par Link) , les peuples de la zone torride, comme extrêmement forts et vailians, il faut considérer si ce sont des montagnards et des sauvages, tels que les Indios- Bravos des hautes Cordillères. Les localités , comme les institutions civiles et religieuses , modifient beaucoup les effets du froid et de la chaleur sur le naturel des hommes ; sans doute les Italiens de Rome moderne ne sont nullement les anciens Romains , et les M . i notes actuels ne représentent point des Spartiates : toutefois le lier caractère des Transtévérins et des Grecs de Misitra prouve assez que l'influence du sol et du climat est éternelle ou iudélébile.
On comprend qu'un froid rigoureux et continu resserre Irop , refoule trop au dedans toutes les forces , et qu'arrêtant l'accroissement des peuplades polaires, il en fait des nains , d'éternels enfans de la nature , au moral comme an physique. Mais, sous descieux moins sévères , un froid modéré qui empêche la dissipation prématurée de la vie, en concentre mieux la puissance; il donne plus de ton et de solidité à la fibre musculaire en engourdissant sa sensibilité , diminue l'exhalation trop abondante de tous les fluides , relarde i'cfflorescencc de la puberté , et ainsi laisse un plus long espace à la période de l'accroissement ( Voyez accroissement , femme, homme, puberté). De même qu'en retardant la floraison des végétaux, ceux-ci gagnent davantage en développement de branches , de bois et de feuillage; de même la végétation humaine devient plus procère par la chasteté ou la continence de la jeunesse , comme le prouvaient les grands corps des anciens Germains ( Voyez Conringius, De hafntu Germanor. , etc.) , mais la sensibilité est plus apathique. Au contraire , les peuples de la zone torride , bientôt pubères , bientôt usant , ou pour mieux dire abusant de leurs facultés , bientôt vieillis et desséches sur un sol enflammé, ressemblent à ces plantes ligneuses, arides, demi-brûlées par le midi, et dont la floraison trop hâtée s'oppose à leur parfait développement. Aussi l'Arabe Bédoui%
FUO
V Abyssin , le Maure des brûlans déserts sont courts de taille , secs, çrêlcs et d'une irritabilité toujours exaltée, dans l'amour, Ta vengeance et les autres passions. M. de Humboldt et d'autres observateurs ont donc dit avec raison que le froid modéré est aussi favorable à la puissance musculaire que nuisible aui facultés nerveuses , et la chaleur produit un résultat opposé (Versuche ùber die gcreizte Muskelfasert 2 Band» p. 2^8-42 ). Dans ces froids piquans le pesant Hollandais devient aussi vif et aussi gai qu'un Français, dit Iluxham , Proleg. , de aeris et morb. epid. , p. 12.
On s'imagine, à tort, uue la végétation dans les plantes ne peut avoir lieu sous les degrés de la glace. Tant que les fluides végétaux se maintiennent en liquidité , elle est possible. Beaucoup de mousses croissent dans le nord , sous la neige , ainsi que les lichens qui servent à la nourriture du renne. Il n'est pas rare de voir le noisetier eu fleurs dès janvier ou février, même avec 6 0 de glace , comme l'a remarqué Lhéritier. Le perce-neige, galanthus nivalis , L. , le irvllius europœus et diverses plantes des Alpes , soulèvent la neige pour épanouir leurs fleurs. Le bouleau, le chêne, bravent de grauds froids dans le nord ; les sapins, les genévriers en supportent d'extrêmes au Groenland , et des mousses, quelques graminées résistent aux hivers épouvantables de la Nouvelle-Zemble , à des froids d'au moins 80 0 sous o. Ainsi tout ce qui gèle ne meurt pas. On a vu des anguilles glacées et roides revenir à la vie en se dégelant insensiblement. Or tous les mouvemens vitaux ont bien certainement été suspendus comme ceux d'une montre qui s'arrête par le froid et recommence à marcher à la chaleur. Dans les animaux à sang chaud, tels que l'homme , les quadrupèdes vivipares et les oiseaux , le froid peut aller jusqu'à l'engourdissement léthargique , qui simule une mort coroplette,maisil ne parait pas qUe la congélation totale puisse avoir lieu sans perte, de la vie. Dans les animaux qui s'engourdissent en hiver, tels que les loirs, les hamsters, les marmottes et d'autres rongeurs, ou quelques carnivores plantigrades , le blaireau, l'ours, l'hérissou , ou des chéiroptères , comme les chauve-souris, etc., la température s'abaisse extrêmement , la respiration et la circulatiou cessent plus ou moins complètement , la sensibilité est absolument inactive , presque aucune fonction ne s'exerce , du moins visiblement , selon les expériences de Lyonnct , Hanow, Sulzcr, de Saissy, Prunelle, etc , mais les fluides ni les solides ne sont congelés. Chez les animaux à sang froid , tels que les grenouilles, lézards , serpens, tortues et les poissons, le froid peut descendre audessous de la glace , sans qu'ils en meurent et qu'ils soicut gelés absoluineat. Le froid extrême fait périr beaucoup
Go FRO
d'œufs d'insectes , mais ne parait pas tuer les germes , les graines sèches des plantes , hors de terre , .telles que le blé, les pois et haricots , etc. , dans nos greniers ; ainsi le règne animal est plus sensible au froid , ou le supporte moins que le règne végétal, loules choses d'ailleurs égales.
Les animaux les plus chauds , ou ceux qui respirent le plus , comme les oiseaux , ne sont pas susceptibles de torpeur hibernale j car ce qu'on rapporte des hirondelles qui s'enfoncent dans l'eau des marais , paraît une fable, maigre les assertion I de Kleiu et d'autres naturalistes. Aucun fait de ce genre n'est pleinement constate'. Les oiseaux de haut vol , comme ceux de proie, qui devraient peu redouter le froid des hauteurs de l'atmosphère, le craignent cependant lorsqu'on les dépouille de leur duvet plumeux sous les aisselles. L'homme du Nord qui ne s'engourdit pas avec les bobaks et les lémings, comme l'affirmait Olaus Magnus , peut supporter de grands froids. Graeîin a vu le thermomètre de Fahrenheit descendre à 120* sous o , en hiver ( Flor. Sibir. prœf. , p. Ixxiij ) ; c'est plus de ro° ; cependant il s'élève en été jusqu'à 1 2b0 sur o, dans les mêmes rc'gions , ou ^8° R. ( Gmcliu , tom. 5, p. 52). Quelle prodigieuse opposition de température pour les Sibériens ! Toutefois ils la supportent.
L'homme peut même exister dans des lieux constamment glacés, comme les bons religieux du Mont Sainl-Golhard ; mais la vie s'y use rapidement , malgré les soins indispensables pour la conserver. Des Sibériens dimiuucnt Pacliou du froid sur quelques organes , comme le nez , en le tenant dans ua état inflammatoire, au moyen du tabac dont ils le remplissent entièrement (Pallas, Vojag. , tom. 3). Il ne leur est pas rare.de perdre des doigts, ou les mains, les oreilles, sans que le reste du corps en souffre beaucoup , et même ils en rient quelquefois, tant leur sensibilité est émoussée.
Voici donc les corollaires qu'on peut tirer des effets que le froid exerce sur tous les êtres organisés vivans.
i°. La vie des animaux et des plantes a la puissance de résister, jusqu'à plusieurs degrés sous celui de la glace, à l'action du froid, comme à celle d'une chaleur même supérieure à celle de notre san^ (Voyez caloriquk et les expériences citées de Duhamel et Tillct , Blagden , Fordyce, Delarochc, etc. ). Ainsi, en temps déglace, le thermomètre , plongé dans des Irons d'arbres, y monte ; ainsi les animaux ne succombent qu'à des froids capables d'éteindre toute action vitale , et de congeler les fluides et les solides du corps. Néanmoins, il y a des plantes, comme les mousses et quelques animaux (des poissons, des coquillages , des larves ou des œufs d'insectes, de cousins, en Laponîe, etc. ) qui ne périssent ptt3 après avoir été gelés.
FRO 6r
Si l'action générale du calorique sur les corps organise* consiste à ramener leurs forces vitales à l'extérieur, à exciter rapidement leur développement, à déterminer surtout l'évolution des fleurs et des fruits chez les végétaux , et l'explosion de la puberté ou l'amour chez les animaux , le froid produit au conlraireVles effets opposés, mais en diverse mesure, suivant son intensité.
Par exemple, le froid concentre la vie des végétaux et des animaux à leur intérieur, et s'oppose à leur développement libre ; mais , à moins d'être excessif, il ramasse et fortifie puissamment leurs forces vitales, il les rend plus énergiques au dedans; la digestion-, la respiration, la nutrition s'exercent plus vigoureusement ; de là viennent la procérité de la taille et la grandeur des formes de plusieurs végétaux et animaux des pays modérément froids , comparés à ceux des climats ou trop chauds ou trop froids.
3". Le froid retarde et diminue la puissance génératrice ou fécondante chez les animaux et les végétaux. Il les tient dans un état de verdeur, de crudité, de jeunesse qui s'oppose longuement aux progrès de la vie , au perfectionnement et à l'élaboration des fluides, à la maturité des individus j de là vient que cette vie , plus lente et moins prodiguée , doit être plus longue, toutes circonstances égales, que sous des cieux araens où la vitalité, hâtée de produire, s'épanche à flots, pour ainsi parler, dès l'enfance et amène une vieillesse anticipée.
4*. Le froid dans les plantes , et le peu de lumière solaire dont il est accompagné , ne développent eu elles presque ni matière sucrée, ni huiles volatiles ouvaromes , ni saveurs fortes, ni couleurs vives ou foncées. Aussi les végétaux des pays froids font la plupart iusipides , inodores , aqueux , pâles ou étiolés, et peu propres à nourrir les animaux et l'homme; leur bois est blanc et poreux. Il est certain que les blés d'Afrique , sous le même volume , ont plus de poids et donnent plus de farine que ceux du nord. Les légumes et les fruits , en Italie, sont infiniment supérieurs à ceux de l'Angleterre pour Ift saveur, et nourrissent bien davantage ; de là vient que le régime végétal presque seul peut soutenir l'existence dans les climats chauds, et qu'il faut recourir à la chair et à des alimens plus substantiels sous les climats froids, qui d'ailleurs exigent une pl u s forte restauration.
Le froid , chez les animaux, ne rend pas leur chair aussi savoureuse et aussi substantielle que la chaleur, quoiqu'elle la rende plus grasse. On a remarqué que le bœuf de Hambourg, par exemple, donnait bien moins de gélatine, de tablettes de bouillon , que le bœuf de Cadix , nourri des pâturages succuleos de l'Andalousie. Les hommes, ie$ bestiaux, dans le
62 FUO
nord, ont une chair moins dense, plus humide, plus graisseuse, plus molle et plus pâle que dans le midi de l'Europe , où la fibre est plus sèche , plus compacte , plus tendue , plus brune. Ou sait aussi quelle est la différence de sensibilité entre un Italien et un Cosaque.
5°. Dans les pays froids et venteux, les poils et villosités se développent abondamment à la surface d«s animaux et des végétaux , et prennent d'ordinaire des teintes blanches. Mais parmi les régions chaudes et abritées au contraire , les êtres organisc's sont lisses, glabres ou presque nus; la couleur de la peau et du peu de poils qui y croissent, est plutôt brune ou îbii ce e en général.
6°. Chez les animaux des pays froids, la vie extérieure ou de relation est très-bornée , les sensations sont obtuses , il y a peu de facultés intellectuelles, le sommeil est long, et sujet même, parmi beaucoup d'espèces, à un engourdissement hibernal ; mais les fonctions de la vie intérieure ou végétative et nutritive s'exercent avec beaucoup d'étendue et de vigueur; de là vient que ces êtres résistent bien à leur climat rigoureux, et sont fort gras. Le contraire a lieu chez les animaux des contrées chaudes, qui aussi sont maigres et doués d'une vive sensibilité nerveuse, mais qui mangent peu et digèrent péniblement.
7°. L'extrême froidure, parmi les nations polaires , rabougries, s'opposant trop au développement de leurs organes extérieurs, les tient dans une sorte d'imperfection , comme dans l'cufancc; elle contracte la peau, la crispe, la brunit, et produit des effets qu'on a comparés à ceux de la brûlure , penctrabile frigus aduril. De là vient que ces êtres sont faibles f timides , irritables et mobiles, sujets, comme les enfans, à des affections convulsives ( Voyez Pallas, Voyages au nord , et Heync , daus les Comment. Gotting. ). L'extrême séchecheresse et chaleur de quelques contrées de l'Afrique produit également parmi leurs peuplades une constitution très-grêle , tres-mince, aride, tendue, mobile et excitable , comme s'ils étaient desséchés et brûlés par le soleil. Tels sont divers Maures et Abyssins des déserts, qui retracent quelque image des troglodytes de l'antiquité, obscurs blasphémateurs de l'astre dçs jours.
8°. Enfin le froid, dans les substances organisées, mortes , suspend tout mouvement de décomposition , soit la fermentation spiritueusc, soit l'acide, soit la putréfaction , tant qu'il subsiste. Il a de plus la propriété singulière de désucrer les fruits presque entièrement j car les fruits gelés n'ont plus ensuite la même douceur, témoins les raisins , les pommes, etc., effet qu'il produit moins sur le sucre de canne. Le froid dimi-
FRO . 65 nue encore les saveurs trop acerbes des fruits sauvages, comme des prunelles des buissons, des mûres de la ronce, etc. , qui deviennent fades et douceâtres, après avoir subi les gelées matinales d'automne.
Tous ces faits , importans à la physiologie générale , sont nécessaires pour éclairer celle de l espèce humaine sur notre globe. Ils manifestent quelques-unes des grandes lois de cet univers, et particulièrement celles de notre existence. Nous vivous en rapport avec presque toute la nature j il nous faut donc étudier toute la nature pour nous mieux connaître. Par
Suels liens merveilleux tenons-nous au soleil et aux révolutions e la terre ? Comment cette chaleur, cette lumière, dispensées entons lieux en inégales mesures, produisent-elles les plus étranges phénomènes de vie ou de mort sur toutes les créatures? Voilà sans doute de dignes sujets de méditation pour le médecin philosophe, tel que le fut Hippocrate dans son siècle.
Voyez AIR, CALORIQUE et CHALEUR , CLIMAT, FRICORIQUE Ct FRIGORIFIQUE, GLACE, HIVER , SAISON, etc.
froid (partie hygiénique). Circumfusa. Les détails déjà présentés en plusieurs articles précédens par rapport à l'action du froid sur le corps humain (Voyez bain, congélation , % exgelure , frigidité , etc.) et ceux qui doivent être réservés aux articles glace , hiver, humidité, neige , nuit , température , etc. , ne nous permettent pas ici de retracer avec étendue tous les effets de la froidure sur nos organes. Nous nous bornerons donc aux résultats essentiels les plus généraux.
Il faut d'abord rappeler que le froid , dans son action sur nous , est tellement relatif à nos habitudes contractées en chaque climat, que la même température qui glace un Africain, qui produit des spasmes funestes chez un délicat Asiatique méridional , serait nne chaleur étouffante pour un Sibérien et un Lapon. Ainsi nous ne pouvons donc traiter ici que des températures relatives à un état donné de l'organisation ; et d'ailleurs si un froid violent stupéfie, éteint toutes les fonctions vitales , on sait qu'une température modérément froide ajoute à leur vigueur et à leur alacrité. On ne peut donc pas établir en principe absolu que le froid est mi excitant ou un débilitant, comme on le voit répéter dans tant de livres qui se contredisent faote de bien déterminer les faits.
§. i. Des effets d'un froid modéré sur le corps humain. Nous appelons ainsi le froid qui ne descend pas jusqu'à glacer les membres, à détruire la sensibilité , les fonctions vitales ou les engourdir complètement, mais qui neit comme excitant!
La première impression de ce froid toîéfable sur nos corps est de resserrer le derme (chorion) ; de là cette saillie des bulbes
6\ FHO
des poils qui lait apparaître la chair de poule : la contraction des vaisseaux, sanguins sous-cutanés rend aussi la peau pâle , elle resserrement spasmodique qui comprime le tissu cellulaire donne un aspect plus maigre aux membres.
Le système nerveux est aussi le premier à ressentir Faction ennemie du froid; son épanouissement , qui était si considérable dans l'étui de chaleur ou de sueur, cesse aussitôt ifiigusnonest vtïncipium vitale sed extincfionisf dit avec raisonVau Helmout. Eu effet, le froid est un principe d'extinction de la sensibilité animale, et les individus très-sensibles à l'extérieur, ou grêles, iluets, maigres, et principalement les bilieux, les mélancoliques éprouvent l'impression du froid plus désagréablement que les individus gras et humides, les femmes , les enfans surtout. •
Le froid éteint d'autaut plus la puissance nerveuse qu'il est plus intense j mais s'il se borne seulement à la coercer , à diminuer sa déperdition au dehors , il la refoule d'abord à l'intérieur du corps , utilement pour aviver les fonctions de la vie interne. De là vient que celles-ci sont beaucoup augmentées par l'effet de celte concentration de la sensibilité.
De tout temps ou a remarque que les habitans des pays froids, comme ceux des régions tempérées, pendant l'hiver éprouvaient une disposition physique toute autre que pendant l'été. Si l'on vit moins par l'extérieur ou par l'épanouissement de la sensibilité, ou devient aussi plus fort, plus allègre dans les fonctions de la locomolivile ou du système musculaire. L'on peut donc établir en axiome que le froid modéré accroît la puissance contractile ( l'irritabilité musculaire, vif insila de Ilaller), et diminue au contraire la sensibilité des nerfs.
Il en résulte de plus que la digestion et toutes les fonctions de la nutrition qui en dépendent , s'opèrent mieux par le froid qui concentre à l'intérieur les puissances de la vie. Le froid, plus ou moins vif, est ainsi avantageux à la vie interne ou nutritive , taudis qu il affaiblit ou engourdit plus ou moins, selon son intensité, la vie extérieure ou animale, laquelle consiste surtout dans la sensibilité nerveuse et la coutraclilité musculaiiv.
Ainsi les boissons froides ou à la glace fortifient l'estomac ; le froid excite l'appétit, et cause même des boulimies soudaines, comme on l'observe ches les patiueurs hollandais, et comme l'éprouva Brutus en son passage des Alpes. La digestion s'opère plus facilement ; les habitans des pays froids mangeut beaucoup et des alimeus difficiles à digérer, tels que la graisse, la chair à demi- crue, le sang, etc.
Un autre effet du froid étant d'offrir un air condensé qui , sous un même volume , contient plus d'oxi^èue que l'air des
FRO 65 pays chauds , la respiration est plus forte et plus intense : elle maintient mieux la chaleur animale du sang dans les pays froids. Haies estime que l'air se condense d'un dixième et augmente la respiration de cette quantité. Cette respiration est tellement forte qu'on voit des Groenlandais , des Samoïèdes de* Islandais, soutenir des froids violens, même sans feu, la poitrine débraillée , dans leurs réunions , sous leurs iourtes ©a demeures souterraines , et l'atmosphère où ils sont s'échaufle considérablement. Elle est aussi chargée d'une grande abondance de vapeurs exhalées par la respiration et la transpiration. Les animaux se blotissent de même ensemble dans la froidure
Pour se couver l'un l'autre.
Toutes les facultés vitales paraissent donc s'exercer avec unè vive énergie dans l'intérieur des hommes les plus exposés aux grands froids ; mais ce froid agit, dans un sens bien opposé, à l'extérieur.
C'est le froid vif et habituel des régions polaires qui resserre comprime toute végétation , tout développement , comme nous l'avons vu, et qui empêche les peuplades de ces contrées d'acquérir cette haute et belle taille qu'on admire chez des nations blondes , humides du nord, exposées à une température plus modérée. Voyez géant.
L'effet du froid sur la peau oc se borne point à resserrer ses fibres et à diminuer la sensibilité. L'on comprend que tous les pores exhalans de la transpiration seront plus ou moins fermés par le froid, et que l'humeur excrémentitielle de cette transpiration devra être refoulée à l'intérieur. De là résulte un changement important ; c'est la transpiration, pulmonaire et Jappa retl des reins et de la vessie qui sont chargés de suppléera cette diminution. Aussi les poumons exhalent davantage en hiver, et l'urine devient plus abondante. Quelquefois aussi uu froid subit refoulant la transpiration au dedans > c'est le tube intestinal qui s'en charge, et l'on éprouve des diarrhées; tandis qu'on rendra au contraire le ventre dur et les déjections plus sèches en augmentant la transpiration cutanée par la chaleur: cutis rara , alvus densa, dit Hippoçrate , .et le contraire n Heu
Creillement. De sorte que ces organes .se suppléent, et que > sécrétions internes s'accroissent , quand les externes dimi-
Le froid augmente encore la formation de la graisse et l'abondance des liquides dans le corps, par cette moindre transpiration: L'on voit des alouettes et de petit* oiseaux devenir comme des pelottes de graisse aux premiers froids d'automne, tondis qu'ils étaient très-maigres peu de jours chauds auparavant. Au us avons dit que les habitons du uord sont plus épais et plus corpulens que ceux du midi. Noua montrerons encore 17 $
t& FRO
mie la diminution des mouvemens vitaux produit l'augmentalion de la graisse ( Voyez ce mot). Aussi tous les quadrupèdes qui s'engourdissent en hiver ont des ëpiploons graisseux ou une panne épaisse. On voit dans les pays du nord les animaux gras, les cochons, les oies, les phoques et balemes, supporter ' grands froids , tandis que les animaux maigres , moins dé- Sus de l'impression meurtrière de la froidure, périssent
de fen
souvent.
Si le froid diminue la transpiration , il supprimera plus ou moins encore les autres excrétions j aussi les femmes des pays très-froids, comme lesLappones, les Islandaises, sont tres-
PCMa^sêmoins il y a de déperdition au dehors , plus le froid accumule au dedans les liquides ; de là vient que les corps sont pléthoriques, gras, renflés , bouflis même, sujets aux hémorragies et hémorroïdes , chez les septentrionaux. Les jeunes gens en particulier, «ui soutiennent bien la froidure, parce mie le mouvement vital est encore impétueux chez eux ont un pouls dur et plein , sont très -sujets aux maladies inflam- * matoireS , à la fièvre angioténique , aux phlegmasies violentes. Le poids du corps augmente sensiblement parle froid, quoi- -* » -» — — — -* fo Ranger des ané—
eaux internes, [terminent les
morts subite* ; celles-ci en effet deviennent fréquentes par le froid et en hiver , à cause de ce refoulement du sang de la périphérie du corps à l'intérieur , comme lorsque d'un lieu échauffé Von 's'expose soudainement à un air glacial. Au moins, on remarque souvent des palpitations et un étouffement suivis de sVncope , particulièrement chez les individus pléthoriques et
très-gras. '■ * ! ' '
La circulation du sang est donc gênée par le froid ; elle est même sensiblement ralentie et tend à des congestions au cerveau, comme dans les gros vaisseaux ; ce qui explique encore pourquoi les habitans des pays très-froids ont naturelleinent une tête plus volumineuse et. le tronc plus épais, on des extrémités plus minces que les habitans des climats chauds "parmi lesquels l'organisation s'est épanouie dans une entière liberté. Cçlte diminution des pulsations et des contractions du cœur est manifeste chez les animaux hybernans ; elle cooeourt, ainsi que la congestion cérébrale, à produire un long sommeil soit chez les animaux , soit dans l'homme do* climats froids. ( Voyez Fbyer , Pulsewatch , pag. 78 , et Rye , pag. 270. 5 Haller, Physlol, lib. xir j Harvey , Exercit. ni, p. l5l , etc. ).
Les nommes des pays froids , par cette circulation moins rive , cette sensibilité plus assoupie tt plus inerte , auront des
passions moins vives , des impressions moins profondes , moins tumultueuses ; leur corps sera plus actif que leur ame , ou ils agiront plus par le système musculaire que par le système nerveux ; ils supporteront mieux les chocs douloureux au physique et au moral , se fatigueront moins , vivront avec moins d'intensité', mais plus de simplicité' et d'uniformité, et ainsi prolongeront davantage leur existence. On conçoit encore qu'étant plus robustes ( car les faibles chez eux auront dû succomber dès l'enfance , ou se monter à l'état de vigueur qu'exige leur âpre climat ) , les individus seront moins souvent maladifs , mais leurs affections aussi seront plus vives et plus impétueuses dans ces corps massifs et pleins d'humeurs. Les convalescences seront ensuite difficiles et longues , parce cjue l'organisation est peu favorisée par le climat et qu'il faut tirer toute sa vigueur de soi-même ( Gortcr , De transpirât. ).
En diminuant la sensibilité, le grand froid éteint l'ardeur génitale , plus ou moins , comme nous l'avons déjà fait remarquer ( Voyez femme , frigidité ) ; l'on a dit que les nations polaires n'étaient pas jalouses et offraient même leurs femmes aux étrangers. Elles ont peu de fécondité pareillement. Mais il n'en est pas de même d'un froid modéré , qui , empêchant les excès voluptueux , rend les unions plus chastes et par-là plus fécondes , dans des régions moins âpres et moins rigoureuses. De là vient que le nord a paru être jadis.la fabrique du
genre humain , ojfficina gentium ; toutefois ce n'est que sous es climats déjà tempérés. Voyez fécondité. A l'égard des facultés intellectuelles et du courage ou de la vigueur morale , si une chaleur très-vive les énerve et les dissipe, un froid trop actif les rétrécit , les étouffe j mais une température modérément froide, loin de leur être nuisible , aide quelquefois à leur énergie. Le courage et la force physique sont surtout l'apanage de l'habitant des pays froids (excepté celui des climats trop rigoureux , comme de la Laponie, du Groenland etc., oui est faible et timide). L'activité intellectuelle est quelquefois avivée par un froid modéré qui fait réfugier vers le cerveau la sensibilité trop éparse dans les sens extérieurs. Plus le froid s'augmente cependant , plus les facultés intellectuelles décroissent ou s'exercent difficilement. Aussi les esprits sont plus simples dans les climats froids, et beaucoup plus subtils vers les régions méridionales.
Ou comprend que le froid retardant ou diminuant les fonctions vitales extérieures, éloignera l'époque de la puberté; il prolongera les périodes des âges , fera vivre avec moins de promptitude et d'intensité que ne le font les climats chauds ; c'est aussi pourquoi l'on est longtemps jeune et enfant dans ici contrée» froides. Il s'ensuit que la longévité y est
plus considérable et plus ordinaire qu'ailleurs. Cille indolence ou l'inertie de la vie extérieure la conserve plus longuement que sous des cieux plus méridionaui qui rcndeut tous les développemens précoces et trop natifs pour ne pas être bientôt parvenus à leur ttrme.
Les tempéramens humides et mous se trouvent bien d un froid sec qui donne du ton et de la vigueur, de la vibratilité à leurs fibres : c'est ce qui arrive aux Hollandais dans les gelées piquantes; ils se sentent moins lourds et deviennent plus vifs , plus aeiles. Les complétons sèches et tendues, au contraire, ont besoin d'humidité et d'une douce chaleur, car le froid les irrite et les tend trop : c'est pour cela que Henr. m devenant irascible dans les temps de gelée , fit tuer le duc de Guise.
La vie se soutient contre Fimpression d un froid vif, d abord par l'étendue de la respiration qui développe plus de chaleur interne que sous les climats méridionaux , ensuite par la puissance nutritive également accrue chez les habitans des pays froids, ventres hyeme calidiores . dit Hippocrate. Aussi l'emploi des boissons enivrantes , et d'autres stimulans du système nerveux qui deviendraient nuisibles daus les climats chauds , sont de nécessité pour ranimer le svstème engourdi d'un Tartare ou d'un Cosaque. De là vient encore que des ahmens de chair pris abondamment , entretiennent la vie , et pour ainsi dire lês frottemens de la machine contre l'influence toujours comprimante et accablante du froid 5 si celui-ci fortifie les forts à l'aide de ces moyens, îl tue presque toujours les faibles; et les nourritures végétales ne suffiraient pas en ces durs climats.
Su Des effets d'un froid vif sur le corps humain. La preî 1ère impression du froid vif sur l'enfant détermine souveut sur sa peau molle et gonflée de sucs un endurcissement du tissu cellulaire , maladie bien caractérisée d'abord par Andry , Auvity, etc., qui fait périr beaucoup de ces jeunes infortunés dès leur naissance ( Voyez endurcissement du tissu cellulaire). Pour prévenir sans doute ce danger, plusieurs peuples anciens et modernes même ont accoutumé les enfans au froid en les lavant à l'eau presque glacée. Tels étaient les anciens peuples de l'Ausonie dont parle Virgile , JEneid. ix, v. 604.
Durum è stifpe genus t natos ad flumina primum Dcjenmus, tctvoquc gdu duramut et undù.
Tels étaient encordes Scythes et Germains (Aritsot. , Republ. , lib. vn, chap. 17), tels sont les Ostiaques aujourd'hui ( Hist.gén. des Voyages , t. xvm ,pag. 527 , sq. ) , etd autres habitans des climats froids , en Amérique , comme au nord de l'Europe «t de l'Asie. Cest de là que les Russes ont pris l'ha-
\>\Vuoe de se rouler dans la neige en sortant de leurs bains de Napcurs.
L'on sait également que le froid cause des gerçures , des engelures, et \a gangrène à la peau et aux membres, surtout les plus éloignes du centre de la circulation ou du foyer de la chaleur vitale {Voyez les articles qui traitent de ces affections). La peau devient d'abord violette , parce que le sang veineux v est accumule' , arrête'; il s'épanche dans les cellules sous-cutane'es , sans pouvoir retourner à la circulation à cause de la cou strict mu de la peau. De là viennent ces perniones , ces en* gelures des femmes et des enfans à peau lâche et molle, surtout s'il v a des alternatives de froid et de chaud , le tissu plus serré de la peau des lèvres et d'autre parties se déchire bientôt et se crevasse.
Lorsque les membres sont glacés, blancs et roides, il faut bieu se garder de les approcher du feu , car le sang se reportant alors trop fortement en ces organes à mesure que la chaleur vient à les dilater , il surviendrait une inflammation violente et une gangrène irrémédiable. Mais il faut placer ces membres glacés dans de l'eau froide, ou les frictionner avec la neige , afin que la chaleur n'y pénètre que lentement. Ces membres même se couvrent extérieurement de glace à mesure que la chaleur revient , comme on l'observe également sur des pommes glacées ( Fabric. Hildan. De gangrœnd et sphacelo , chap. xm , Van Swiéten, Comment. , t. 1 , de gangrœnd).
Non-seulement le froid violent ne se borne point à faire tomber des doigts , des mains et des pieds , des nez et des oreilles aux individus qui s'y trouvent exposés , {Voyez gangrène par le froid ) , mais il porte une atteinte plus profonde jusque sur les sources de la sensibilité.
D'abord le sang du système capillaire extérieur, étant refoulé au dedans , s'accumule vers le cœur , mais ensuite il est poussé avec force vers le cerveau qui , d'ordinaire , se refreidit moins que les extrémités plus menues ou plus éloignées du centre. II en résulte une tendance au carus , à l'apoplexie par la congestion de ce sang , veineux surtout. De là vient l'excessif penchant que l'on éprouve involontairement à succomber au sommeil par le grand froid : c'est aussi pour cela que l'on dort plus longtemps et plus profondément en hiver qu en été. Mais si l'on a l'imprudence de céder à ce sommeil léthargique causé par le froid ( Voyez léthargie) , on périt presque toujours frappé d'une apoplexie. Roscn (Anat. , pag. 142)3 trouvé les vaisseaux cérébraux gorgés de sang che* les hommes morts par le froid. Combien n'a-t-on pas vu d'exemp les effnyaas de ce malheur dans la désastreuse retraite de Moscou !
Des soldats immobiles, jetant leurs armes, s'asseoient à terre , en silence , ferment les jeux pour s'endormir d'un sommeil éternel. D'autres foudroyés d'une atteinte soudaine, le regard fixe et sombre , s'agitent comme de frayeur , poussent un cri , et tombent rigides et glacés, dans la fleur de l'âge et la vigueur de la vie , loin des champs paternels. On ne connaissait plu» ni rang ni subordination ; une insensibilité' ge'ne'rale faisait marcher sur le cadavre même de son compagnon tombe' à ses côtc's , car on allait pe'rir soi-même deux pas plus loin , sous le soufTle mortel de l'aquilon.
Les Russes et les autres peuples du nord se garantissent de l'extrême froidure par l'interposition de corps isolans du froid (et de l'électricité) , tels que les corps gras , huileux, mucilagineux , etc. Ils ont un grand nombre de pratiques diverses à cet égard , mais en se servant toujours des mêmes moyens.
En Sibérie, dit Samuel George Gmelin ( Voy. en Sibér. , trad. fr. , par Reralîo , Paris , 1767, in-12, tom. 1 , p. 58i ), les membres gelés et blancs , privés de sentiment , sont d'abord frottés avec de la neige ; dès qu'ils commencent à devenir sensibles , on y substitue l'eau chaude. S'ils sout gelés depuis peu de temps, le plus prompt remède est de les frotter avec une étofTe de laine. Les Jakoutes emploient un autre procédé que les Russes ont pris d'eux ; ils enduisent le membre gelé , avec de la bouze ou de l'argile , ou ces deux matières mêlées , pour rappeler le sentiment. C'est aussi un remède préservatif, selon eux , et dont ils se plâtrent les mains et la figure quand ils out à voyager au froid. 11 paraît que la térébenthine appliquée sur un membre gelé, qu'on expose ensuite graduellement à la chaleur pour faire fondre cette résine, afin qu'elle pénètre le plus chaud qu'il est possible, est aussi un moyen utile pour les membres gelés j on les enveloppe bien ensuite jusqu'à parfaite guérison.
§. m. Effets du froid sur V économie animale , dans les maladies. En général , le froid paraît beaucoup plus nuisible qu'utile dans la plupart des affections, si l'on excepte celles dans lesquelles il y a production de chaleur contre nature ; car, dans ces dernières , l'on obtient des effets avantageux et salutaires du froid. Etablissons donc ces différences et parlons de ses inconvéniens d'abord.
i°. Dans toutes les plaies , dans les ulcères et les lésions organiques externes , le froid est contraire et les empêche de se guérir, tandis que ces plaies sont bien promptement cicatrisées par un temps et un pays chauds qui hâtent le mouvement vital Les hemieux éprouvent beaucoup de danger du froid qui peut causer des étranglemens funestes et le sphacèle à l'intestin
FRO 7' *>tV\ , comme Va remarqué Morgagni (Caus. et sed. , tom. 3).
froid rend les ulcères livides; il «cite des frissons dans les fièvres , dit aussi Celse , Ub. a , Phçfat.
Le froid humide nocturne des pays chauds est la cause principale ou même unique du tétanos, du tnsmus ou mal de mâchoire si funeste aux enfans des créoles dans les colonies de la zone torride , comme l'ont remarqué Dazille, Bajon et d'autres observateurs. Voyez tétanos.
Mais c'est dans des régions glaciales principalement que cette humidité combinée au froid produit les affections les plus nuisibles On lui doit non-seulement toutes les rétropulsions de transpiration, mais encore les rhumatismes le* culaires aponévrotiques , et surtout le scorbut, les dégénérescences, les stases auxquelles il donne naissance, en frappant de stupeur et d'inertie toutes les fonctions vital*/ Ainsi eg excrétions , au lieu de s'opérer, s'accumulent, s arrêtent ; les viscères, les glandes et d'autres organes , s engorgent : de la aussi les scrophulcs et les emnâtemens s» communs chez les peuples soumis aux influences d'un air froid et humide, comme en Hollande et dans les gorges étroites des vallées parmi les
" LeaméCseutère s'engorçe et s'cmpàte, surtout chez les enfans, les femmes, les vieillards ; il naît des cachexies des obstructions suivies de fièvre» intermittentes et quartes rebelles. Voyez les articles principaux qui traitent de ces affections et le mot
humidité. , . - . ,
En général , le froid vif est le plus dangereux ennemi du système respiratoire. La transpiration étant refoulée vers 1 intérieur l'exhalation se porte vers les poumons, bi ceux-ci sont frappés d'un air froid qui tend à la supprimer , il survient une disposition inflammatoire à la membrane muqueuse qui tapisse les bronches ; de là les catarrhes , les toux , les maux de eoree , etc. , ou même les inflammations directes , soit du poumon / soit de la plèvre ou de tous deux. Voyez pleurésie, péri pneumonie , pneumonie , etc. Il fart remarquer que I air très - froid qui blesse le poumon , semble avoir la saveur âpre du fer , lorsqu'il traverse les bronches.
Le froid est contraire ( dit Celse , Ub. 2 , Prœfat. ) au vieillard , au fluet , aux plaies, à la poitrine , aux intestins a la vessie, aux reins , aux parties naturelles, aux os , aux dents, aux oreilles, au cerveau , aux épaules, à la vulve; il cause des frissonnemens , des horripilalions, crispe, fronce et noircit la peau qu'il rend dure et rugueuse. -
On a vu des morts subites pour avoir bu a la glace , tandis ou'on était en sueur ; on sait qu'Alexandre le conquérant manqua de périr pour's'être jeté Jans l'eau fro.de d'un fleuve,
étant en sueur ( Quint. Cure. Hist. , 1. 7, c. 5). Des en fans* sont morts , parce qu'on les a baptisés en hiver avec de l'eau trop froide ( Mauriceau , Accouch, , t. a , p. 548 ). La pleurésie résulte souvent sur-le- champ d'avoir bu de l'eau glaciale, lorsqu'on a chaud , en gravissant les Alpes ou les autres montagnes; on ressent tout an moins un point de cote' et une singulière stupeur avec de l'abattement d'esprit et de corps. Nous avons dit que le froid causait souvent des suppressions d'évacuations utérines chex des femmes.)
Les maladies auxquelles le froid est encore très-contraire sont tonte la classe des exanthématiqoes qu'il peut dangereusement répercuter, comme la variole et les autres éruptions cutanées. Les phlegmastcs aiguës des membranes muqueuses sont très-aggravées par le froid , ainsi que les dysenteries et flux diarrhéiques. La syphilis devient d'autant plus funeste , pins difficile à guérir, qu elle se développe dans les pay s et les temps plus froids; au contraire, elle se guérit quelquefois spontanément dans les climats chauds avec un régime approprié.
Les spasmes et plusieurs maladies nerveuses se trouvent aussi fort mal ide I 'impression du froid. Il peut changer ou modifier les périodes de plusieurs affections , leurs rémittences et leurs intermittences. En général, le froid retarde ou même empêche la coction complette dans les maladies , rend les crises imparfaites , les convalescences pénibles , le jeu de la machine faible et languide , les dépurations lentes , surtout chez les individus délicats ou avancés en âge.
Si les crises morbifiques se décident plutôt par les sueurs , dans les climats chauds, elles s'opèrent principalement à l'intérieur, au contraire, soit par les urine» , les déjections alvines, ou par des abcès et dépôts , dans les climats et l'air froids.
L'action des médicamens et même Jes poisons est moindre sur les corps dans les temps et les lieux froids que quand la sensibilité est avivée par la chaleur. Aussi les purgatifs doivent être plus drastiques pour émouvoir la fibre inerte ou robuste des septentrionaux que chez les délicats méridionaux.
2*. Si nous examinons , au contraire , les effets avantageux d'un froid modéré sur l'économie , nous en trouverons de trèsgrands , indépendamment de la vigueur qu'il imprime au système fibreux et musculaire.
La glace en topique et le froid appliqué par l'eau des bains , des douches , etc. , a produit d'excellens effets dans plusieurs maladies où la sensibilité se trouve excessivement exaltée, par exemple, dans les phrénésies, la manie, l'Iivdrophobie et d'autres névroses analogues.
Les fièvres ardentes du plus mauvais caractère, surtout dans îc moment de la pjrrexie fa plus vive, ont éprouvé une remis-
FRO f>
*\ou 1res- salutaire par l'application du froid. Aimi Mcrtcns et Samoi\owUz ont retire' de précieux avantages des frictions de glace contre la' peste j Peau froide a été employée avec le plus utile résultat dans le causus, les synoques simples et putrides, le cholera-morbus , l'érysipèle, etc. Currie a pareillement obtenu de bons effets des allusions d'eau froide dans des fièvres ataxiques. L'application de la glace a diminué considérablement la distension des poches auévrysmales et la chaleur trop vive des phlegmons. Les lotions froides sont un remède consacré par de nombreux succès contre la débilité , et on les a même employées avec avantage sur les enfans rachitiques les plus délicats ; les personnes nerveuses qui savent en user avec ménagement , en obtiennent d'importans effets ; leurs forces se concentrent , se dissipent moins , et le jeu de leur sensibilité eit moins vague , moins désordonné. Les bains froids sont d'excellcns toniques sédatifs; on n'a même pascraiitf de donner des clystères d'eau glaciale en divers spasmes nerveux , en des migraines opiniâtres qui ont cédé à ce moyen. L'aspersion de l'eau froide fait revenir de la syncope et des lipothymies ; elle peut suspendre tout-à-coup une hémorragie ou une ménorragie inquiétantes qui résistaient à d'autres remèdes. Les crampes cèdent souvent sur-le-champ à l'application d'un corps froid. Nous avons dit combien le froid était tonique pour les estomacs débiles , quoiqu'il ne faille pas trop abuser de ce moyen ; on l'a recommandé pareillement après une purgation , pour redonner des forces au système viscéral , etc.
§. iv. Du froid morbide. Nous ne devons pas ici traiter de cet étal de frisson et de concentration qui se manifeste dans la plupart des fièvres d'accès , et qui est exposé aux articles de ces maladies. Voyez aussi frisson.
Autenrieth (Physiol. , §. 880) prétend que le froid ressenti dans les maladies est dû à un défaut d'oxigénation ; cependant la respiration n'étant pas toujours diminuée dans cette circonstance , le motif qu'il allègue ne paraît pas assez fondé ; mais ia plupart des physiologistes attribuent ce froid , avec plus de raison , à la faiblesse de l'action vitale. La saignée en effet débilite et refroidit comme tout ce qui diminue le mouvement circulatoire et la vie; tels sont l'opium , les narcotiques , etc. Aussi le repos, le sommeil , la mollesse , l'inactivité diminuent la chaleur vitale qui est au contraire forte dans la jeunesse , et partout où le mouvement organique est le plus impétueux.
Ainsi, les venins froids sont tous les débilitons , les stupérians; de même que les acides, les humeclans, les rafraîchissans, les relâchans, les émolliens procurent en généra! le refroidissement de l'économie animale. La saveur de îYoirJ que causent la menthe, le poivre, le camphre et d'autres huiles
très-volatiles , semble dépendre en partie de la diffusion ou volatilité qui produit du froid.
On remarque surtout que la compression d'un nerf cause un sentiment de froid , avec l'engourdissement paralytique des parties auxquelles il se distribue. On en peut donc aussi conclure que l'action nerveuse , en s'aftaiblissant ou s'c'tcignant , refroidit l'organisation et ralentit le mouvement vital. C'est par cette inégale distribution de l'influence nerveuse chez les hypocondriaques et les hystériques , qu'ils ressentent tantôt du froid , tantôt de la chaleur en diverses parties du corps. Voyez
CHALEUR, FORCE, RESPIRATION, etc. (viRET)
tzccana (Alexandre) , Del beverfreddo libri due ; in- j». Verona* 1637. L'auteur a développé dans cet opuscule , connue dans ses autres écrits ,
une érudition et une sagacité dignes d'éloge. marks (Michel), Est-nc jrigidœ palus ventriculo noxius ? negat. Quœst.
med. inaug. prœs. Gabr. Biard ; in-fol. Paris iis , t637. mercenne (rieric de) , An penetrabiie Jrigus atlural ? qffirm. Quœst. med.
inaug. pires. Steph. Le Gaigneur ; in-fol. Parisiis, \6&"*. riNCt (jacques) , De vero frigoris subjecto , Diss. in-4°- iiafniœ , 16^9. «loot , (cngelhcrt) , De frigore, Diss. inaug. prees. Andr. tieerburdj iu-4°.
Lugduni Ralavorum , 1 65a.
slinceland (corneille), De noxis ex abusu cibi et pottts frigidi , Diss.
in-.f °. Lugduni Ralavorum , 1660.
mtlius (c. c.) , De pernione , Diss. in-4°. Lugduni Ralavorum , 1G71. conrao ( tsrael ) , De frigoris nalurd et cffeclibus, Diss. med. phys. in-i a.
Monuslerii , 1677.
mater (jean Christophe), De pernianibus , Diss. in-4°. Altdotfxi , 1680. tveoel (ccorgc wolfgang) , De pernionibus , Diss. med. inaug. resp. Gui.
Mueiler; in-4°- ienœ t 1680.
— De frigore morbijero , Diss. in-f». Ienœ , 1695.
slfpper (just heruard). De frigoris nalurd, Diss. inaug. prœs. F rider.
Schrader ; iu-4°- Helmestadii , a6 april. 1684. waloschmiot (jean Jacques), De pernionibus, Diss. io-4«. Marburgi ,
Juvisus (Auguste çuirin), De frigoris damna , Diss. med. inaug. resp.
Jiumpet ; in-4°. Lipsiœ , \Gçfi. — Réimprimée (la 48e.) dans la collectioo
des Dissertations médicales du «avant professeur de Lctprig. cracse (r.odolphc Guillaume}, De potu frigida , Diss. în-4°. ienœ , 1607. mcller (jean caspard), De frigore , Diss. acad. inaug. prœs. Georg. AÙt.
Uamberger; \n-$°.ienœ, 7 septembr. 1698.
kmmerich (George), De frigore correptis , Diss. in-4°. Regiomanti, h aloschmidt (Guillaume uTric), De potu frigido , et prœserlim sorbilibus
frigidis : f aite Schaale ; Diss. in-40. Kitoniœ , 1 7 1 a. fîck (jean jacqaes) , De balneis aquœ duteis frigidis , Diss. in- 4°. ienœ ,
— De salubri frigida potu, Diss. in-4°. Ienœ, 1718.
— De frigoris noxd in corpore humano , Diss. inaug. resp. Henrici; in-4°. ienœ, 1750.
Roberc (Laurent), De pernione , Diss. in 4°« Upsaliœ , 173*.
Haller a inséré dans son Recueil chirurgical cette dissertation , dont l'auteur recommande avec raison de frotter de neige les membres saisis par un froid violent.
Hamrerger ( George Eihard ) , De frignre mïrlifica , Diss. inaug. resp. Joan. Dan. Rucher; in-$°.ienœt \ \ april. \-éi5.
FRb 75
— Dejrigore symptomatico , Diss. inaug. rtsp. Joan. Frider. Schîckard; in-4°. lciux , 28 octob. 1^52.
MOFMau» (Frédéric; , De polus frigidi salubritate , Dfef. in-f°. UalœMogdeburgicœ , 1729.
uotiuoF ( Ernest Albert), De Jrigidis nervorum systemali inimicis , ad? du, tum Hippocraùs aphortsmi x\u\ , sec t. v j in-4". Lugduni tiatarorum , i^36.
m a .1 1 ; toh (Robert), Z?e frigoris ejjectibus in corpus humanum , Diss.
inaug. in~8o. Edinburgi, 17 38.
■clleb (codefroi Ernest) , /Je usu frigoris , Diss. mal. inaug. prœs. Herm,
Frui. 1 euhmerer ; in- j°. lenœ , 29 januar. 174°in-ruEB (jean) , ive frigore t jusque ejjeclibus in corpore humano , Diss.
inaug. prœs. Juan, tienr. Schulzc ; iu-4°. halo? Magdeburgicce , 25
jui. 1740.
XCE6CB (Eric) , De frigore et febris intermittentis accessione, Diss. inaug.
prats. Aug. Frid. Iraliher ; in-\°. Lipsiœ , 23 decemb. 174©. BEIcefikd (oodei'ioi), De noxiis ejfectibus frigoris in huinanum corpus ,
Diss. in-4°« Frjordiœ , 1740* iiCHTEK (George ooiilol De salutari frigoris in medicind usu, Diss. inaug. resp. F. L. C. Cropp ; in-4°. Gottingœ , 1 74 < -
— Programma quo demnnstratur Jrigus capiti , colore m folumque magis convenir* pedibus ; in«4°- Gottingœ , 1756.
JCxckea ( jean ) , De pernionibus , Diss. in - 4°. Ualœ Magdeburgicœ , 17^5.
ocellmaltz annuel Théodore), Programma quo frigoris acrioris in corpore humano ejfectus eipcndilur ; in-4°. Lipsiœ , 1755.
ItosHAttDi (Jean u«mI« Imi , et Jean Chrétien Guillaume Kedlich , De frigoris atmosphœrici ejfecùbus in corpus humanum, Diss. in-4°. Lipsiœ, 23 octobr. «771.
il!u»e (Henri; , De morborum curationibus per frigus , Diss. in-4°. 6*ot> Ungœ , 1773.
LEiotKFftosT (jean cottlob), De sensu frigoris, Diss. in~4°. Duisburgi,
■iGHMOftE (cuillaunie Renaud] , De frigoris in corpus humanum potestatet Dus. in-8°. Edinburgi , 1778.
*ell& (c. c). De jrigore , Diss. in-8°. Edinburgi, 1780.
celle» (Archibaldj , De frigore , ejusque vi et effeclibus in corpus humanum , Diss. iii— JB«. Edinburgi, 1780.
V4GHF.A (louis Gustave/, De salulartbus et noiiis jrigoris in corpus humanum cjectdfus , Diss. inaug. in-$°. Gissœ , 21 rnart. 1780.
Le savant Gruner trouve que cet ojhiscuIc a été jugé avec autant de modestie une d'équité par Pauleor Ini-iuêrue , dont voici les propies expressions : Frigidam hanc meam de jri&ore dissertationem repenenl , et hmc maximum styli inatqualilntem observabunl lectores.
"Wîllehet (pierre betni rrancois de paulc; , De frigoris usu medico , Diss. inaug. in-8°. Nanceii , 1783.
*oism>* (Marc Annej. De pernionibus , Thes. inaue. prœs. Petr. Mathur. Botentuil LangloLi ;in-4°- Pansus , 27 maii. 1786.
ser kl'T ( Jacques, , De pernionibus, Diss. anal. chir. inaug. prœs. Petr. Sue; în-4°. Parisiis, 29 *eplembr. 1786.
ILETT (pierre clirélien) , De epithematum frigidorum vi alaue usu , prœserùm in curandis contusionibus , Diss. inaug. in -4°. Lrlangœ , mari.
t'.Ttvn (Salomon Constantin) , De frigoris exlremi in corpus humanum effeclibus , coloris summi admodum analogis, Progr. in-$°. Kitembergœ .
mat (rrancois), Aê et qud ratione jngus in corpus anima tum agere valent ? Diss. in-4°. Uridclbergœ , 1798.
pabst (jean Philippe) , Defrigoris et coloris aclinne in corpus humanum secundum systcma Brunnnis , Diss. in-j°. Etiordia , 1798.
laurain ( n. ph. aIcz. ), A j)[ili(\ition de la méthode analytique à la recherche des effets du froid sur l'homme en santé et en maladie (Diss. inaug.) ; m-80. Paris , 27 messidor an xi.
lagorce (g. b.) , Essai (inaugnral) sur le* effets généraux du froid , et sur les moyen* de rappeler a la vie les personnes engourdies par cet agent; in-4°. Paiis , 5 ventôse an XII.
rozierb (d. l.), Réflexions (inaugurales) sur le véritable mode d 'action du froid et du calorique , à l'égard , tant de l'économie animale que de tout le règne organique vivant ; in-40. Pari», 57 germinal an XII,
becocrt (Antoine joseph) , Sur l'usage médical du froid (Piss. inaog.) ; in-4°. Paris , 18 pluviôse an xiii.
mi mot (j.) , Sur le mode d'action dircalorique et du froid appliqué* à l'économie animale (Dis», inaug.); in-4°- Paris, a floréal an xm.
dufour ( j. c ), Considérations (inaugurales) , physiques et médicales sur le froid; in-40. Paris, ie'. août 1806.
ftouBAcn (p. d.) , Dissertation (inaugurale) sur l'utilité de l'application du froid dans le traitement des plaies pénétrantes de la poitrine ou du bas-ventre , avec lésion de vaisseaux plus ou moins considérables; in- 4° Paris , 14 décembre
bayrt-duvigmeaux (j. c. prndence) , Sur l'action du froid , et sur l'asphyxie déterminée par cet agent (Diss. inaug.); in- |o. Paris, 3 mai 1810.
milakesio (joseph Antoine) , De Jrigore J'ebnli, Diss. inaug. in-4°. Augustœ Jaurinorum , 1 j august. 1810.
iurelislC ( Joseph staximilien) , Du froid , et de son action sur l'économie animale (Diss. inaug.); in-f0. Strasbourg, 1 1 septembre 1810.
BEKiT (p. 11.), Sur le froid considère dans ses rapports avec l'économie animale (Diss. inaug.); in-4«» Paris, il juin i8ta.
hoibt (p.) , Exposé (inaugural) sur la congélation ; in - \ ° Paris, ta août 181 3.
stockly (e. g.), Sur la gangrène par congélation (Diss. inaug.); in-4°. Paris, 37 août 181 3.
J'ai mentionné dans cette notice bibliographique les principaux écrits ex prnfesso sur le froid en général , sur l'action , parfois salutaire et beaucoup plus souvent nuisible , de cet agent. J'y ai intercalé les titresde quelques opuscules sur les engelures (éryhipèlc phlegmoneux produit par le froid), pour compléter cet article , auquel "j'avais négligé de joindre une bibliographie.
FROIDEUR, g. î.frigiditas. Voyez frigidité.
FRONDE, s. f. On donne ce nom à une bande on compresse longuette , fendue par ses extrémite's, dont chacune est ainsi divisée en deux chefs jusqu'à deux pouces environ de la partie moyenne. Elle ressemble assez bien , comme on voit , à une fronde. Ce bandage peut s'appliquer sur diverses parties du corps ; aujourd'hui néanmoins on l'emploie spécialement à la suite des fractures ou des luxations ae la mâchoire inférieiure. Ou en fait également usage pour assujétir les appareils fixés sur le meuton. Nul n'est plus propre à maintenir l'os maxillaire inférieur immobile; car, appliqué par son milieu audessous de la partie moyenne de cet os , tandis que des quatre chefs en lesquels ses deux extrémités sout divisées, deux sont
ramenés verticalement sur le sommet de la téte , et les deux autres se réunissent obliquement vers la région de l'occiput ; il agit sur l'os , précisément à l'extrémité du levier que celui-ci représente dans une direction perpendiculaire , de manière à contre-balancer , le plus efficacement possible , l'action des muscles qui tendent à le mouvoir. La fronde peut , dans le plus graud nombre des cas, remplacer avec avantage le chevestre simple ou double. Voyez capistre. (mcherand)
FRONT, s. m. ,frons en lalio , pAwïïW en grec. Le front est cette partie du visage qui s'étend d'une tempe à l'autre , depuis le cuir cbevelu jusqu'aux sourcils.
Les mouvemens musculaires dont il est susceptible , les rides transversales et longitudinales qui le sillonnent, les douleurs dont il est le siège , les éruptions diverses qui couvrent sa surface, les variétés de couleur et de température auxquelles il est sujet; son degré d'humidité ou de sécheresse; tels sont les objets que nous avons à considérer dans le front.
La mobilité dont il jouit contribue singulièrement à l'expression des passions. C'est sur le front uni et serein , que viennent se peindre la joie et l'espérance , tandis que le chagrin et la tristesse impriment à la peau et aux muscles de cette partie, un caractère remarquable de flaccidité et de relâchement.
Les rides permanentes du front sont communément l'effet de l'âge avancé. Cependant elles s'y gravent de bonne heure chez les personnes d'un caractère réfléchi , habituellement tristes , ou adonnées à des travaux sérieux et opiniâtres.
Dans la violence de la douleur, les rides sillonnent le front en plusieurs sens ; mais on observe que les transversales sont peo prononcées; les longitudinal es, au contraire, prédominent, et viennent toutes se réunir à la partie moyenne et inférieure du front , vers la racine du née. Ces mouvemens expressifs cessent avec la cause qui les a fait naître.
Dans les affections spasmodiques et convulsives , on voit ordinairement le front se rider plus ou moins et rester sec. Lorsque cette région se contracte , c'est un signe de frénésie, prochaine , suivant l'observation d'Hippocrate : Qttod si prœtereà frons contrahatur phreniticum ( Coac. prœnot. , lib. 2,
cap. 5, sent. 4 )•
La céphalalgie frontale est un des symptômes des fièvres catarrhales et des maladies bilieuses : mais , dans les premières, la douleur se rapproche du nei, et, dans les secondes, elle occupe le dessus des orbites.
Le front est fréquemment le siège d'éruptions de diverse espèce. Tantôt ce sont des boutons critiques et passagers , semblables à ceux qui se manifestent aux lèvres et au nés dans les
rrB FUO
maladies aiguës , les fièvres catarrhalcs et intermittentes; tantôt ce sont des boutons permanens, qui tiennent à un état pléthorique chez les personnes dont la figure est habituellement rouge et enluminée, ou qui font un usage excessif d'alimens âcres et de boissons spiritueuses , ou bien aussi chez les hémorroïdaircs et les hypocondriaques; enfin, chez les jeunes gens qui , malgré un tempérament ardent , sont obligés de vivre dans la continence. Dans d'autres cas, l'éruption frontale est de nature dartreuse , et excite des démangeaisons plus ou moins vives. Enfin , très-souvent le front se couvre de pus* tules , qui ont pour principe une maladie syphilitique enracinée , et qui, avoisiuant les cheveux et se progageant vers la région temporale, forment, par leur réunion ou leur enchaînement, ce qu'on appelle la couronne ou le chapelet de Venus.
Relativement à la température et à la couleur du front, ces deux phénomènes sont ordinairement dans une commune dépendance. Ainsi, la rougeur du front coïncide avec un état de chaleur proportionné , etc. Il est pâle et froid dans les affections tristes, dans les syncopes, les asphyxies , dans le début des accès d'intermittentes, après des pertes de sang considérables, dans la convalescence qui suit les maladies graves et prolongées, etc. La pâleur du front est souvent un indice de convulsions imminentes. Cette partie présente un degré de chaleur et de rougeur plus qu'ordinaire , toutes les fois que la tête devient le centre d'un travail morbide , comme on l'observe , par exemple , dans la céphalée , le délire , l'inflammation des méninges, Pérysipèle facial , le coryza , l'ophtalmie. Les mêmes caractères se remarquent aux approches d'une crise qui se prépare sur quelque région de la tête , comme par exemple , une hémorragie nasale , une éruption de parotides , un abcès derrière l'oreille , une sueur qui doit humecter la face et le cuir chevelu , etc. La rougeur du front peut néanmoins être entièrement indépendante d'un état de maladie : on sait qu'il se colore vivement dans les mouveraeus de pudeur, de modestie , etc.
Les gouttes de sueur froide qui, dans les maladies graves , aiguës, recouvrent le front, sont d'un mauvais augure , surtout lorsque ce phénomène coïncide avec d'autres signes alarr mans. Il y a moins de danger si celle sueur dépeud d'une défaillance.
Dans la face hippocratique , la peau du front est pâle , froide , dure , tendue ; elle reste aussi tout-à-fait sèche, ou bien elle se couvre d'une sueur froide. (rerauldih)
MIZAGld ; Antoine , Nouvelle invention pour incontinent juger du naturel d\in chacun par la *eule inspection du front et de ses liocameot ; in-8°. Parts , 1 565.
Le mctlccin-maihetnaUcien de Mout-Lucon justifie dans cet éciit physiognotnonHntc , comme dans la plupart de ses autres productions , le repioche de crédulité aveugle qui lui a été adresse par le savant Gabriel Naudé , dans un vers remarquable par son énergie pittoresque : '
(Juœtihct à quovis mcndacia credere promplus. coim&oi (Jean André), De vaincre fronù ùi/ïicto , Dits, in- 40. Lueduni BaUtrorum, 173a. — Réimprimé dans le Recueil des dissertations chirurgicales de Haller.
buechker (André Élie) , De fronte morborum interprète, Dûs. inaug. resp. ti • t limons; in-fo. Uala Magdeburgicœ , 1755.
FRONTAL , adj , frontalis , qui appartient ou qui a rapport au front; épithète donnée par les anatomistes à un assez grand nombre de parties du corps, et qu'ils emploient toujours comme synonyme de celle de coronal.
On appelle bosses frontales deux émincnces unies et plus ou moins saillantes, qui se remarquent, une de chaque côté, à peu près au niveau du milieu de la trace indiquant l'ancienne suture par laquelle les deuxpièces de l'os du front étaient unies dans l'enfance. Les bosses frontales sont plus prononcées chez les jeunes sujets que chez les personnes avancées en âge. Ordinairement elles présentent d'autant moins d'épaisseur qu'elles sont plus proéminentes.
La crête frontale est une éminence plus ou moins longue , suivant les individus, qui s'observe à l'extrémité inférieure de la gouttière pratiquée le long de la face interne de l'os du front. Elle donne attache au bord supérieur de l'extrémité antérieure de la faux du cerveau. Celte crête u'existe pas constamment , et, lorsqu'on ne la rencontre point, la gouttière se prolonge plus bas.
Ou la trouve souvent désignée dans les livres sous le nom d'épine frontale interne. Les anatomistes donnent quelquefois aussi celui d'épine frontale externe à l'épine nasale.
Les fosses frontales sont deux enfoncemens de la face interne de l'os du front, qui correspondent aux bosses du même nom.
Les muscles frontaux doivent cotte épithète à ce qu'ils recouvrent l'os frontal. On les observe immédiatement sous la peau à laquelle ils adhèrent d'une manière assez intime. A proprement parler, ils ne forment que les ventres antérieurs des muscles aigaslriques appelés épicranicas ou occipito - fi outaux. Beaucoup d'écrivains les regardent comme ne constituant qu'un seul et même muscle , parce qu'en efTet ils sont réunis et confondus inférieurement entre eux et avec le pyramidal du nez, ainsi qu'aVec l'orbiculairp des paupières et le sur. cilier ; mai», supérieurement, ils sout séparés et distincts l'un de l'autre. Leurs fibres, qui sont plus courtes vers le nez que du côte de la tempe , et légèrement obliques de dehors eu dedaus,
bo F KO
commencent à paraître un peu audessous de l'articulation du coronal avec le pariétal. Ces muscles servent à e'Iever le sourcil et à le tirer un peu en dehors , en même temps qu'ils froncent la peau du front , où la répétition de leur action produit avec l'âge ces rides , qui deviennent chaque année de plus en plus
Iirononcées. Ils contribuent puissamment à donner à la figure 'expression de la joie , de l'attention soutenue et de l'effroi. L'habitude des coilfurcs serrées nuit beaucoup à leur développement, de sorte que souvent même ils ne conservent la faculté de se contracter que dans leur partie la pins inférieure. Cependant il est des individus chez lesquels ils possèdent l'énergie suffisante pour imprimer de grands mouvemens au cuir chevelu , et pour hérisser les cheveux du sommet de la tête , à l'approche d'un danger réel ou imaginaire. Presque toujours ils agisseut de concert avec les portions occipitales, lesquelles néanmoius sont celles qui conservent le moins ordinairement leur propriété contractile.
Le plus gros des trois rameaux fournis, avant sa pénétration dans l'orbite , par la branche ophtalmique du nerf trijumeau , porte le nom de nerf frontal ( palpébro-frontal , Ch. ). Ce nerf s'insinue dans l'orbite en passant entre le périoste qui tapisse cette cavité et l'extrémité postérieure du muscle droit supérieur. Il s'avance audessus du releveur de la paupière supérieure jusqu'au bord de la fosse orbitaire. Assez ordinairement il est divisé, dès son origine , en deux rameaux à peu près égaux, l'un interne et l'autre externe. La division s'opère cependant quelquefois plus tard.
Le rameau externe, après avoir donné un filet qui s'anastomose avec le nerf nasal, et plusieurs ramuscules aux muscles releveur de la paupière , surcilier et frontal , de même qu'aux tégumens, sort de l'orbite entre la poulie cartilagineuse qui loge le tendon du grand oblique et le trou orbitaire supérieur. Alors il se réfléchit de bas en haut, le long de la partie moyenne du front jusqu'au sommet de la tête, derrière le muscle frontal.
Le rameau externe, qui est, à proprement parler , le tronc du nerf, sort de l'orbite par le trou orbitaire supérieur, se réfléchit, comme le précédent, de bas eu haut, et se divise en un grand nombre de filets divergens jusqu'au sommet de la tête. 11 s'anastomose , à diverses reprises , avec la portion dure de la septième paire.
L'd* frontal ou coronal forme la partie antérieure du crâne et le sommet de la tête, ce qu'on appelle le froin. Sa forme est à peu près demi-circulaire , et oii la compare , avec asses de raison , à une coquille, il n'est unique que chez l'adulte ; car , pendant l'enfance , il se compose de deux pièces symétriques , qui se soudent ensemble avec l'âge.
FRO 8l
V>u peut diviser cet os en deux portions , Tune front*]* ^ ^emeut dite , et l'autre orbitaire . ' ° taIe Pro"
La première offre en dehors , vers son milieu et de chaque coté , une bosse appelée frontale ; plus bas , l'arcade surcilière a laquelle s'attache le muscle du même nom; entre les deux arcades , la bosse nasale ; audessous de cette bosse une érhan crure dentelée qui reçoit les os propres du nez et les aoo pbyses montantes des os maxillaires supérieurs, et qui rcT ferme les sinus frontaux. La face interne présente des impret sions, des émineuces et des sillons, qui correspondeut aux anfractuosites du cerveau à ses circonvolutions et aux rameaux des artères de la dure-mère. Au milieu se voit une gou Uère longitudinale , qui loge une portion du sinus longitudinal ZI néneur et dont les bords inférieurs se réunissent pour former la crête frontale. On aperçoit sur les côtés de la gouttière lll fosses frontales, et au bas de la crête le trou appefé borene o» épineux. rr o w«
La portion orbitaire de l'os du front est unie à la précédente par un rebord concave, nommé arcade orbitaire, et dont les extrémités latérales ont reçu l'épitbète d'apophyses orbhaires ou angulaires externe et interne. A l'union de son tiers i, tern» avec ses deux tiers externes , l'arcade orbitaire offre le trou surdier ou orbitaire supérieur , qui n'est souvent qu'une rfchancrure j et , derrière son apophyse externe, on rcmar un enfoncement qui fait partie £ \l Lsc temporale Œ orbitaire de l'os du front, courbée horizontalement ! Lu presque droit sur l'autre , est à son tour séparée en deux partit par la grande échancrure ethmoidale destinée à recevoir l'eth moidc, qui, de concert avec ses bords, contribue à la formation des trous orbitaires internes , antérieur et postérieur. La f^e oculaire de cette portion est un peu concave , et concourra produire la fosse orbitaire. On y voit en dehors la fossette oui loge la glande lacrymale, et en dedans l'excavation qui répond au tendon du muscle grand oblique. H répond
L'os frontal s'articule avec les pariétaux, le sphénoïde 'ethmo.de, les os propres du nez, lesosonguis, Jos niaxill laires supérieurs et les os de la pommette. Il est plus épà * supérieurement qu'inferieurement , et il est surtout très-mCe aux voûtes orb.taires. C'est presque toujours au troisième moU de I existence du fœtus qu'il commence à se former. A cette époque il se développe un point d'ossification audessus de chaque orbite. Le travail est presque entièrement achevé au cinquième mois.
Lef Sinus frontaux sont placés au-devant de l'échancrure ethmoidale. Lne cloison mitoyenne et mince les sépare l'une de l'autre. Leur grandeur, leur nombre et leur ligure varieu! 7* §
8i FRO
singulièrement suivant les individus. Ils s'ouvrent dans les cellules antérieures de l'os ethmoîde, et communiquent par elle* avec le méat moyen des fosses nasales. Une membrane trèsmince les tapisse. Cette membrane est un prolongement de celle qui revêt l'intérieur du nez. Ils n'existent point chez le fœtus, sout très-peu prononcés chez les enfans, se développent avec l'âge , et s'étendent même alors quelquefois jusqu'à la portion orbitaire de l'os frontal. Leur usage est d'augmenter la capacité des fosses nasales. Cependant ils paraissent n'exister qu'en rudiment chez l'homme, et, pour les trouver très-développcs, il faut examiner les animaux qui ont besoin d'avoir un odorat très-fin , comme le chien et beaucoup d'autres.
La suture frontal* unit ensemble les deux pièces dont le frontal se compose dans l'origine. Elle commence à paraître vers le sixième ou le septième mois de la grossesse. Peu à peu elle s'efface, d'abord par sa partie la plus rapprochée du nez, et communément il n'en reste plus qu'une faible trace dix-huit mois ou deux ans après la naissance. Cependant on la trouve quelquefois longtemps encore après cette époque , et il est même des individus qui la conservent pendant toute la durée, quoique fort longue , de leur vie. On nomme aussi suture frontale celle qui , partant d'un point très-voisin de l'angle latéral supérieur du sphénoïde , revient au point correspondant de l'autre -côté, après avoir coupé presque verticalement la voûte du crâne.
Considérations pathologiques. Les plaies du nerf froutal ne sont dangereuses que lorsqu'elles l'intéressent seulement d'une manière partielle, comme il peut arriver, par exemple, à la suite de l'action d'un instrument piquant. Outre la vive inflammation qui se développe alors, il n'est pas rare que la paupière supérieure soit agitée de mouvemens convulsils. On met bientôt un terme à ces accidens , qui pourraient finir par devenir redoutables, en pratiquant une légère incision sur le lieu de la piqûre , et achevant de rendre complette la section du nerf. La paupière n'en conserve pas moins ses mouvemens naturels , parce qu'elle reçoit encore assez de filets du rameau interne du nerf frontal.
Les anastomoses de ce nerf avec ceux du nez, des yeux et de la face , expliquent pourquoi il suffit souvent de l'irriter pour donner lieu à î'éternuement ; pourquoi de légères frictions exercées sur le front diminuent , dans bien des cas, les vives douleurs de la migraine; pourquoi une forte compression exercée sur le trou surcilier peut , au rapport dedifférens écrivains, influer sur la vue , l'affaiblir, la vicier, et même l'abolir; pourquoi les topiques appliqués sur les paupières produisent souvent de très-bons effets dans les maladies des yeux ; pour-
quoi If s plaies du front entraînent fréquemment des altérations clans l'organe de la vue , si nous ajoutons foi aux témoignages d'Hippo rate , de Camerarius et de Morgagni; pourquoi enfin une contusion , même légère, audessus de l'orbite, détermine le larmoiement, comme il est sans doute peu de personnes qui n'aient eu occasion de le remarquer p'us d'une fois sur ellesmêmes dans le cours de leur vie. Ces mêmes anastomoses nous rendent raison du mouvement involontaire et instinctif qui nous oblige d'abaisser les tégumens du front et les sourcils , lorsque l'œil vient à être frappé tout-à-coup d'une lumière trop vive, ou quand la sécrétion de la glande lacrymale est accrue par l'effet d'une excitation soit physique, soit morale.
La migraine, cette insupportable douleur de tête, à laquelle certaines personnes sont expose'es, presque périodiquement, à des époques plus ou moins éloignées et plus ou moins réglées , commence quelquefois dans les sourcils , se propage de là dans toute la tête, et va ensuite en diminuant jusqu'à ce qu'elle se dissipe d'une manière complette. On a proposé de la faire cesser en coupant le nerf frontal ; mais , avant de se déterminer à cette opération, il faut se rappeler que la migraine dépend très-fréquemment d'une disposition toute particulière des premières voies, ou même de causes absolument inconnues. Voyez MIGRAINE.
Il n'en est pas de même de la ne'vralgie sus-orbitaire , qui a son siège dans le nerf frontal. On nomme ainsi une douleur qui n'est accompagnée d'aucune trace d'engorgement ou de maladie des parties molles : douleur plus ou moins vive, qui se renouvelle plus ou moins fréquemment, et qui dure un temps plus ou moins long. Il est rare qu'elle se prolonge beaucoup ; cependant on l'a vue quelquefois revenir par accès trèslongs , très- rapprochés et très-intenses. Ordinairement les douleurs partent comme un éclair de la partie supérieure du sourcil, et se propagent le long du trajet du nerf frontal. Elles sont accompagnées de contractions involontaires dans les muscles de la paupière et du front. On ignore encore quelle est la cause qui peut occasionner cette maladie : elle résiste à tous les moyens qu'on lui oppose , comme antispasmodiques internes et externes, narcotiques, vésicaloires , séton etmoxa. On a conseille la section transversale du nerf; mais l'opération a eu des issues très-variées. Elle a , dans certains cas, procure* la guérison radicale : souvent elle n'a rien produit; enfin, d'autres fois elle a soulage momentanément , mais la maladie a reparu ensuite, et même avec plus de violence que jamais.
FoyeZ NÉVRALGIE, TIC DOULOUREUX.
Ce n'est pas l'épaisseur du coronal, mais sa forme bombée qui le rend moins susceptible de se fracturer qu'on serait
tente de le croire , si on se bornait à considérer sa minceur , surtout à l'endroit des bosses et à ceux qui correspondent aux fossettes internes. Pour que cet os soit enfoncé , il faut que le corps vulnérant , une balle de fusil, par exemple, touche perpendiculairement sur lui ; car, pour peu que la balle ait une direction oblique , elle glisse entre l'os et les téguraens , à cause de la résistance continuelle qui l'oblige de se réfléchir toujours. Alors, suivant la plus ou moins grande vélocité de sa course, elle finit par traverser le cuir chevelu , ou elle y reste engagée , et forme une tumeur d'où on la retire sans peine , à l'aide d'une simple incision. Quelquefois, pendant son trajet, elle ratisse la surface de l'os, et remplit la plaie de petites esquilles ou de parcelles métalliques , dont l'citraction , qui est indispensable, oblige souvent de pratiquer un véritable pericopé. J'ai eu occasion , à la bataille de Wa^ram , de voir un soldat qui avait reçu une balle de fusil audessus de la bosse nasale. Cette balle s'était bornée à pratiquer une ouverture circulaire , qu'elle même débordait de plus de la moitié de son épaisseur. Je n'eus besoin , pour la retirer, que de la saisir avec des pinces à anneau. Mais il arrive souvent qu'elle est enfoncée au delà de son grand diamètre. Alors il y aurait de l'imprudence à teuter de l'extraire ainsi, ou à y implanter le tire-fond , même obliquement; ce serait s'exposer à renfoncer tout-à-fait dans le crâne. Il convient donc d'avoir recours au trépan , de la couronne duquel on a grand soiu d'enlever la pyramide. La trépanation n'est pas moins indispensable dans Je cas où la balle a filé entre les deux tables de l'os, comme Gockelius en rapporte un exemple remarquable.
De tous les points de la face bombée du corontl , les plus exposés à se fracturer sont les parties latérales aplaties qui contribuent à la formation des fosses temporales : encore les fractures y sont-elles rendues assez rares par la présence du muscle crotaphvte et de sou aponévrose externe, qui recouvrent et protègent l'os en cet endroit.
La plupart des coups portés surle front déterminent la rupture de la portion orbitaire du coronal. C'est en effet là que l'os est le plus mince, et que le mouvement transmis par la voûte frontale, qui a résisté à son action, conserve souvent assez de force pour le briser. La fracture s'opère alors par contre-coup; et, comme assez ordinairement on n'en soupçonne point l'existence, elle peut entraîner des accidens redoutables , et même la mort du blessé. Morgagni assure qu'elle est mortelle au bout d'un temps plus ou moins long , suivant la nature de la plaie, l'étendue de la fêlure et le volume de l'épanchement. Un exemple bien digne de remarque, dont parle Garengeot, confirme l'exactitude du jugemeut porté par
te célèbre analomiste italien. On connaît en effet fort peu de guérisons avérées dans des cas aussi graves.
Le coronal peut être frappé de nécrose par l'action du virus vénérien. Cet accident se rencontre bien des fois dans les affections syphilitiques invétérées , ou exaspérées par un traitement mercunel mal dirigé. Le séquestre offre souvent un volume considérable. Tel est, entre autres, celui que cite le professeur Richerand, et qui comprenait une portion de la voûte orbitaire.
Le professeur Portai assure avoir vu des végétations pompeuses qui s'étaient développées dans le tisiu spongieux de l'os frontal , et qui en avaient soulevé la table externe sans intéresser en aucune manière l'interne.
Les maladies des sinus frontaux sont peu communes , ou , pour mieux dire, la difficulté de les reconnaître fait que nous en avons encore des notions fort imparfaites. On a cependant observé dans ces cavités des inflammations , des fractures , des tumeurs et des corps étrangers de différente nature.
La membrane qui les revêt, et qui communique avec la pituitaire , dont elle n'est peut-être qn'un prolongement , ou dont elle a au moins toute la texture, participe presque toujours à l'inflammation de cette dernière dans le coryza. Telle est la cause de la douleur sourde et locale qu'on éprouve alors à la base du nez , et dont la profondeur avait fait croire aux anciens que l'affection avait son siège dans l'encéphale. Ce préjugé , qui subsiste encore parmi le peuple , explique l'épithète vulgaire de rhume de cerveau , donnée au coryza.
L'inflammation est quelquefois purement locale , et résulte de causes internes dont on ne saurait assigner la nature. On l'a vue, dans certains cas, déterminée par un coup violent reçu à la base du front , et qui avait fêlé la paroi antérieure du sinus. Des exostoses en sont fréquemment la source, comme on en trouve une foule d'exemples dans les livres. Ces excroissances , accompagnées quelquefois d'un accroissement énorme de la cavité des sinus , finissent presque toujours par donner lieu à la carie. Ordinairement l'ouverture du cadavre éclaire seule sur la vraie nature de la maladie ; car si les douleurs sont peu vives, on peut la méconnaître, et la considérer comme une sorte de coryza habituel , d'autant plus volontiers même mie la membrane pituitaire est toujours plus ou moins affectée aune manière sympathique.
Le résultat de cette phlogose est d'oblitérer l'ouverture de communication avec les fosses nasales , en sorte que les mucosités et la sanie puriforme ou sanguinolente s'amassent dans la cavité du sinus, rongent la paroi antérieure , et s'épanchent dans le tissu cellulaire de la paupière supérieure ou même inférieure , qu'elles gonflent à un point énorme , jusqu'à ce
qu'enfin la peau se déchire et leur fraie une issue au dehors. Communément l'affection , qui n'intéressait d'abord qu'un seul sinus , s'étend bientôt à celui du côté opposé par la destruction de ta cloison. Richtera vu le pus corroder la paroi postérieure , et se verser dans le crâne, donnant lieu à une attaque subite d'apoplexie mortelle. Presque toujours le malade perd la vue du côte affecté , ce qu'on ne peut expliquer que par les anastomoses nerveuses. Il est même très-vraisemblable que les sinus frontaux renferment, dans nombre d'occasions, la cause occulte de l'amaurose. En effet , ou remarque que certains individus affectés de goutte sereine se plaigneut d'une douleur insupportable et fixe à la base du nez , et d'une sécheresse extraordinaire des fosses nasales. On en a même vu quelquesans chez qui la cécité était périodique, et paraissait ou disparaissait selon que les douleurs au bas du front se faisaient ou «on ressentir. Des observations attentives et multipliées sur bus les faitsde ce genre pourraient peut-être répandre quelque jour sur la thérapeutique encore si obscure de l'amaurose et de diverses autres affections anomales de la vue , dont on a vainement essayé jusqu'à ce jour de découvrir la cause.
Quand la paroi antérieure des sinus frontaux a été ouverte, il en résulte une fistule sur laquelle il serait superflu d'insister ici , parce qu'elle a déjà été traitée à l'article fistule { Jroyez ce mot). Le même effet a lieu lorsqu'une fracture , une carie pu une nécrose ont occasionné une déperdition considérable de substance, quoique souvent alors les os seuls soient détruits, et qu'on aperçoive intacte la membrane pituitaire, que l'expiration et l'inspiration font soulever et abaisser alternativement. Si cette membrane vient à être détruite aussi, la fistule, qui en est la suite , et qui livre passage à l'air , ne saurait être guérie par aucun moyen. On en a beaucoup exagéré les iuconvéniens. Palfyn , par exemple, s'est efforcé , contre toutes les règles du bon sens, de prouver qu'elle peut produire la phthisie pulmonaire. Verbéyen prétend avoir vu un malade qu'elle eût infailliblement suffoqué, si on n'eût pas eu soin de la boucher avec un emplâtre. Une assertion semblable ne mérite pas qu'on la réfute. Les fistules des sinus frontaux n'ont d'autre inconvénient que de dotiner* lieu à uu épanchement désagréable de sanie sur le nez, ou, quand elles sont purement aériennes, de vicier la voie et de la rendre nasillarde.
Les plaies des sinus frontaux , avec fracture de leur paroi antérieure , peuvent être compliquées encore de la présence de la cause vulnérante. Ravaton et Schmuckcr ont en effet trouvé des balles de fusil dans l'intérieur de ces cavités. On prétend même qu'il est arrivé souvent aux projectiles d'y se-
j mimer plusieurs années, et de tomber enfin dans le nez. Nous trouvons au moins plusieurs cas de ce genre consignes dans les Ephéme'rides des curieux de la nature , recueil à l'égard duquel on ne doit jamais perdre de vue qu'une critique sévère est indispensable pour le lire avec fruit , parce que les observations réellement précieuses qu'il renferme sont noyées dans un déluge de contes puérils et d'absurdités évidentes.
L'extraction d'une balle qui se serait cantonnée dans les sinus frontaux ne présenterait aucune difficulté, puisqu'on ne craint plus aujourd'hui de trépaner ces cavités , dont Paré est le premier qui ait tenté de représenter la trépanation comme dangereuse , tandis qu'elle n'est qu'incommode à pratiquer, à cause de l'inégalité des surfaces osseuses. Un élévaloire , ou , en cas de besoiu , le tire-fond suffirait pour retirer la balle, après qu'on aurait brisé toutes les cloisons qui la retiendraient enclavée. L'application du trépan aurait encore l'avantage d'ouvrir une large issue aux humeurs, de permettre d'examiner la table interne du frontal , et de mettre a même de prendre, daus le cas où celte dernière serait fracturée , les précautions exigibles pour prévenir la formation d'un épanchement sous la dure-mère.
On a proposé aussi la trépanation pour enlever les vers ou les concrétions pierreuses qui se rencontrent quelquefois dans les sinus frontaux , où leur présence détermiue des douleurs violentes , opiniâtres et profondes, bornées à la partie moyenne et inférieure du front. Mais la douleur locale , la sortie même de quelques vers avec les mucosités nasales , sont des indices trop peu positifs pour qu'on se décide, d'après eux seulement, à pratiquer l'opération. (jourdas)
scaweiDEa (coorad viclor) , De osse jrontis , Diss. in-4°. ViUmbergœ, i65o.
iavccoth (George Auguste), De sinus fronlalis vidnere sine terebrationm curando , Progr. in-i°. Wiltcbcrgœ , 1 7 |8. — Inséré dans le lorae premier du Recueil de dissertations chirurgicales de Haller.
lu s ce (louis Henri) , De mnrbis prœcipuis sinuum ossis jrontis et maxilice superioris , et quibusdammantlibulœ inferioris, Diss. inaug.prœs. Franc* Zieeler ; in-{°. Rinielue , i^Ôo. — Réimprimée dans le uremier Tolum» du Recueil de dissertations chirurgicales de Haller. .
vrLCE (t. l ) , De morbis sinuum frontaUum , adjectis nnnnullis observa* tionibus mcdico-practicis t Diss. in-fo. Gottingat , 1786.
FRONTAUX, s. m. pl. ,/mntalia , topiques qui s'appliquent sur le front. Les mediçamens frontaux, TpofjLiTeaTift*., t ?olko\? vuoltol , sont de deux classes, solides ou liquides. On les choisit parmi les substances céphaliques , rafraîchissantes on
hypnotiques. Les frontaux solides se préparent avec des plante* broyées , qu'on renferme dans un petit sachet de toile, large de quatre ou cinq travers de doigt. Les liquides «sont des préparations de différente nature , dont on imbibe les linges qu'on applique sur le front. Autrefois on se servait beaucoup des frontaux dans les céphalalgies et un grand uombre d'autres maladies de la tête. Le peuple emploie même encore aujourd'hui un bandeau trempé dans le vinaigre pour diminuer les douleurs de la migraine. Les frontaux ne figurent plus que dans les anciennes pharmacopées. La matière médicale moderne les a rejetés comme inutiles, mais peut-être avec trop peu de restriction.
(jockdah)
FRONTO-ETHMOIDAL, adj. , fronto-ethmoïdalis ; épithète par laquelle on désigne, dans la nouvelle nomenclature anatomique, le petit trou qui se voit au-devant de la crête ethmoidale, dans son union avec l'os frontal, et qui donne
Î>assage à une petite veine , laquelle se rend dans le nez. On 'appelait autrefois le trou borgne. ( jouhdaw )
FROTTEMENT, s. m. , frictio , fricatio , /rictus , affrictus. Le frottement est l'action de deux corps qui se meuvent l'un sur l'autre.
On distingue deux espèces de frottemens, celui des corps glissans, et celui des corps roulans. Le frottement de la première espèce a lieu , lorsqu'on applique successivement les mêmes parties d'un corps à différentes parties d'un autre corps, comme , par exemple , quand on fait glisser un livre sur une table, ou qu'on fait tourner une vis dans son écrou. Le frottement de la seconde espèce s'opère en faisant tomber successivement différentes parties d'une surface à différentes parties d'une autre surface , comme lorsqu'on fait rouler une boule sur uu billard.
Plus la surface des corps est semée d'aspérités, plus le frottement est considérable ; conséquemment la résistance qu'il fait naître augmente, lorsque le poli de la surface diminue , et réciproquement.
Cette résistance dépend encore de la nature du frottement. Toutes choses égales d'ailleurs, le frottement des corps roulans est beaucoup moindre que celui des corps glissans. Le frottement varie aussi selon la pression des corps et la vitesse de leur mouvement.
Les physiciens ont tenté jusqu'ici d'inutiles efforts pour estimer avec exactitude la valeur des frottemens. Mais on a trouvé le moyen de diminuer leur résistance , en enduisant les surfaces de quelque matière grasse ou fluide, comme le savon> l'huile, le beurre, la graisse , etc.
Quant au frottement que l'on exerce sur la peau du corps
humain , pour entretenir la santé ou obtenir la guéri s on de quelque maladie , nous renvoyons à l'article friction.
( BEI! AULDIN )
FRUGIVORE, s. m., de fruges, fruits, et de vorare 9 manger , qui se nourrit spécialement de fruits. Il n'existe pas d'animal exclusivement frugivore. Ceux qui recherchent les fruits à titre d'aliment, peuvent aussi se nourrir de diverses autres parties végétâtes ; tels sont beaucoup de rongeurs. Les animaux, dits herbivores, ne se nourrissent pas non plus exclusivement d'herbes : les ruminans, par exemple , mangent aussi des racines et des fruits. Enfin, il existe des animaux carnassiers qui mangent aussi des fruits; tels sont, parmi les chéiroptères, les chauve-souris, et surtout le genre roussette, dont les espèces, par cela même qu'elles sont plus frugivores, ont l'estomac plus compliqué que celles des autres genres de la même famille.
Si l'homme s'est d'abord nourri des fruits que produisait naturellement la terre , cet état n'a pas duré longtemps. L'invention de l'agriculture et des autres arts a amené successivement de nombreuses variétés dans ses alimens, qui ont été autant puisés dans les animaux que dans les végétaux : il est devenu omnivore. (htsteii)
FRUIT , s. m. , de fructus , duquel vient le verbe frui , jouir. On appelait chez les anciens , vir frugi , l'homme de bien, parce qu'on le supposait frugal , tempérant : tant on croyait que le régime avait d'efficacité pour le moral. Fruges étaient 1 les productions de la terre, et Horace dit en ce sens : Nos nume ru s sumus et fruges consumere nati.
§. i. Considérations générales sur V usage des fruits. Il semble que l'homme soit naturellement destiné à être frugivore. Si l'on considère sa structure , il n'a ni les dents , ni l'estomac , ni les griffes , ni les habitudes d'un animal Carnivore ; tout en Inî rappelle surtout l'organisation de la famille des singes, qui est éminemment frugivore par le nombre des dents, par la forme de l'estomac , du cœcum et des intestins , par les mains et même les pieds , par des ongles aplatis, par la faculté de grimper sur les arbres , par le çout naturel pour les fruits , goût qui se décèle si vivement des la plus tendre enfance , qui se prononce si impérieusement dans la plupart des' maladies aiguës où l'instinct nous fait appéter les alimens végétaux , acidulés , rafraichissans , et nous fait repousser avec horreur les matières animales graisseuses.
L'instinct, ou plutôt la voix de notre organisation, crie hautement que la première nourriture de l'homme (après l'allaitement commun à tous les animaux mammifères) sont les fruits. Cet instinct se déclare dans le penchant inné que nous sentons à nous
enfoncer dans la solitude des forêts , dans l'étendue de vastes campagnes enrichies de tous les trésors de la végétation ; c'est ainsi que le sauvage , l'homme champêtre préfèrent à la vie turbulente, à l'esclavage des cités, leur libre existence , et des mets simples et naturels, au luxe des grandes tables : ils ne s'en portent que mieux ; ils ont la santé, la paix, les mœurs innocentes , dons célestes que la nature n'accorde qu'à ceux qui suivent ses douces lois ; tel est le bonheur réservé à l'homme frugal , à l'homme de bien.
Comparons pour preuve , l'habitant des pays froids , que le besoin de conserver sa vigueur et que la rareté des végétaux forcent à vivre de chairs, avec l'habitant frugivore des tropiques. Le premier montrera sans contredit plus d'activité , d'énergie musculaire , un corps plus sanguin , plus pléthorique , plus inflammatoire , une disposition plus impétueuse, plus irascible que le second ; mais ce dernier, sobre, doux, patient , tranquille , réfléchi , cultive la sagesse, les sciences et les vertus ; il a eu horreur le sang et la férocité , il jouit d'une santé longue et uniforme , d'une vieillesse heureuse et pacifique. Tels furent les gymnosophistes de l'Inde , à l'ombre des palmiers et des bananiers, dont ils recueillaient les fruits; les Brachmanes reconnaissent en eux leurs ancêtres ; tels furent ces bienfaisans lotophages , les plus justes des mortels, au rap-
Sort d'Homère ; tels étaient les innocens Esséniens et ces isciplcs de Pythagore qui vivaient sur la terre sans causer la mort à aucun être animé.
Sans doute, nous reconnaissons, avec BufTon et les physiologistes, que les seules substances végétales, dans les climats froids et humides surtout, sont incapables de fournira une vie pleine et développée , de suffire à la reproduction même de l'espèce humaine, sous un ciel qui dévore les forces ; il faut une nourriture de chair, de graisse et de sang dans l'hiver, dans les contrées glaciales ; c'est par là que le septentrional conserve sa santé , résiste aux saisons rigoureuses, devient bouillant, audacieux , guerrier, prompt aux périlleuses éntreprises , aux conquêtes, aux voyages , se rend mêrne féroce , indomptable ; c'est ainsi que les Tartarcs ont tant de fois subjugué les doux Indiens; mais aussitôt que la chaleur et l'été reparaissent, ou lorsqu'on ha! ite sons les zones équatoriales , il faut nécessairement recourir au régime végétal. Les Européens qui s'obstinent à conserver leur genre de nourriture sous les tropiques , périssent presque tous de fièvres gastriques et adynamiques trèsviolentes , ou sont lentement minés par des diarrhées , des dysenteries mortelles, aggravées encore par l'abus intempestif des fruits, lorsque les premières voies sont déjà débilitées. La nourriture de fruits répart bien moins que toute autre, sur-
FRU gi
tout celle de fruits succulens ; si elle parait engraisser (comme on voit les grives et d'autres oiscaui baccivores , en automne, ou les hommes qui ne vivent mie de dattes , de figues , de raisius, de melons, etc. , s'eugraisser beaucoup), ce n'est qu'une sorte de gonflement lymphatique du tissu cellulaire , qui rend la chair molle , car celte fausse graisse s'affaisse bientôt lorsqu'on cesse d'user de ces alimens.
C'est à cau.se du peu de nourriture qu'ils fournissent que leur usage devient nécessaire dans les pays chauds ; ils empêchent ainsi la turgescence et la pléthore, si nuisibles sous les deux ardens ; ils tempèrent et rafraîchissent , ils exigent en général moins d'eflorts de digestion , ce qui s'accorde avec la faiblesse naturelle des organes digestifs ; en donnant moins de vigueur , ils maintiennent la vie dans une douce et constante médiocrité. Et que Ton prenne garde à la. sagesse de la nature; elle fait précisément naître les fruits acidulés, sucrés , rafraîchissanset succulens pendant les chaleurs de l'été, et surtout dans les pavs chauds, tandis qu'elle présente , à l'entrée de l'hiver, des fruits plus secs , plus substantiels, plus capables de conservation, comme pour nous indiquer notre régime le plus convenable et le plus naturel. L'homme naissant nu , sa patrie originelle doit être, par cela même, entre les tropiques, comme celle de la famille des singes, et ainsi la vie frugivore lui est essentiellement appropriée j cette nourrilure est même tellement attrayante pour le goût, que son plus grand danger vient de ses excès.
Les reproches qu'on adresse à ce régime de fruits, surtout pour les cnfans(Van Swiéten , Comment. , tom. 3, p. 335), sont de leur causer une sorte de cachexie, des embarras gastriques suivis ordinairement de diarrhées ou de dysenteries rebelles, de flatulence, de coliques, de produire des empâtemens abdominaux, qui deviennent le foyer de fièvres intermittentes, ou le premier levain de scronhules, de diverses affections des systèmes lymphatique et cellulaire, et de maladies cutanées. Mais les vices attachés à l'abus ne contredisent pas les avantages qui résultent d'un usage raisonnable. Qu'un marin, nourri de chairs salées et à demi-pourries, pendaut une longue navigation , rongé descorbul , frappé de fièvres adynamiques, débarque mourant sur les heureux rivages de l'Inde ; il implore les fruits, les végétaux frais , et bientôt il se lève rayonnant de santé et de joie dans sa convalescence. Mjis s'il se laisse entraîner à la saveur délicieuse des ananas, des bananes, des mangoustans , des mangues, des biîimbis , des marœelles , des icaques , des jamroses, etc. j s'il abuse des «pifltucui ; s'il entasse dans sou estomac toutes sortes d'alimcns , il n'est pas surprenant qu'avec taut d'autres écarts qu'on ne dit pas, il ne
92 JFRU
tombe dans des dysenteries ou d'autres maladies incurables.
C'est souvent une erreur populaire d'attribuer cette disposition diarrhoique aux fruits de l'été et des pays chauds , puisqu'il est très-certain, par l'observation, qu'un régime animal , échauffant, sans aucun fruit, engendre seul de funestes dysenteries bilieuses , qui ont besoin au contraire de l'emploi des fruits acidulés et laxatifs , pour remède, ainsi que l'a remar-
3uéDegaer9Dedjsenter.tp. 25©. Il rapporte même l'exemple 'un dysentérique guéri presque subitement après'avoir mangé, dans l'espace de deux heures, trois livres de groseilles rouges; Tissot , Zimmermann, Priugle, pensent de même sur les fruits. Mais les diarrhées muqueuses automnales <jui dépendent en grande partie de la rclropulsion de la transpiration , aux premiers froids , sont aggravées par l'usage des fruits , qui augmentent l'afflux intérieur dans cette circonstance. De plus , les fruits qui ne sont pas très-mûrs (surtout les prunes, les abricots , les raisins , etc. ) , contiennent abondamment un principe mucoso-sucré , mêlé d'acide maliuue , et qui est laxatif et indigeste ( comme dans la manne, la casse , les tamarins , etc. ) j de là vient qu'ils purgent.
Toutefois l'utilité des fruits rafraichissans ne peut être méconnue dans une multitude de maladies. Linné attribuait la guérison de sa goutte à l'usage fréquent des fraises, et Daniel les a vu produire un excellent mieux être dans la phtisie. Ant. Cocchi vante avec raison , dans son Traité sur la vie pythagoricienne, J'heureux emploi dans les fièvres malignes et putrides , de tous les fruits acidulés et sucrés. Ainsi, Panarola (06j.58, /. 2.) cite une atrophie girerie au moyen de quatre livres de limons mangés. Les goûts particuliers que la nature inspire dans certaines affections, par exemple, pour des cornichons au vinaigre , et pour d'autres fruits aigres ( Voyez Oehmc , Med. , tom. 2, p. 59; et Daniel , Beytrage Anrzeit , c. 2, p. q6 ; Marccll. Donat. , Obs. , / .6, c. 5, etc.) sont des indications presque toujours salutaires, et qu'il est du devoir du vrai médecin d'écouter religieusement, selon Van Swiéten (Comm. , tom. 2, p. 2^1 ). Ce qui serait, eu toute autre circonstance, un abus nuisible par son excès, peut être un besoin impérieux auquel l'instinct nous porte alors, et qu'il faut se garder de contrarier. Par exemple , dans l'anorexie l'on n'a du goût pour rien , au moral souvent comme au physique ; qu'un fruit aigrelet se présente a votre imagination naturellement , aussitôt Veau vient a la bouche; vous entrez, en le mangeant, en une werve singulière d'appétit. Cet effet se remarque principalement chez les femmes , les jeunes filles mal réglées. Elles éprouvent même une sorte de pica pour les fruits verls y acerbes, les plus aigres j et, bien que les excès de ce genre
soient maladifs , cependant, pris à certaine mesure , ces fruits produisent quelquefois en elles d'utiles effets , en donnant plus de ressort , par leur action asti ingeute , aux premières voies , en imprimant une secousse tonique, souvent salutaire à toute l'économie animale. C'est pour cela que les enfans se jettent avec avidité sur les premiers fruits verts qu'ils trouvent. Cest bien à tort qu'on croit qu'il résulte une diathèse vermineuse ; ces fruits peuvent sans doute causer des coliques et divers embarras intestinaux, mais ils sont certainement plus contraires que favorables à la production des vers; c'est même l'état vermineux des enfans trop farcis de laitage et de pâtes, qui les porte à cette appétence désordonnée de fruits acerbes. Les auteurs qui ont cru que les larves des insectes qui peuvent s'y trouver donnaient naissance aux vers intestinaux , ont commis une grande erreur d'histoire naturelle ; car jamais larve de teigne , detipule , d'attelabe, de bruche ou autre qui attaque nos fruits, ne peut se transformer dans le corps en taenia, en ascaride , en trichocéphale , etc. L'on ne voit pas que les peuples frugivores des pays chauds soient plus sujets aux vers intestinaux que leshabitans des contrées marécageuses, où l'on se nourrit de laitage et de chair, puisque le contraire a été observé.
L'opinion des anciens sur les fruits horaires ne doit pas moirià être consultée. On nomme horaires (du mot û>j>«, le temps de ia canicule, qui est de quarante jours) les fruits succulens qui mûrissent à cette époque , et qui sont fugaces ou passagers , c'est-à-dire qui ne se conservent pas à cause de l'abondauce de h*ur suc , à moins qu'on ne les fasse sécher. Galien {Aliment. facult.> 1. 2 , c. 1 ) place surtout dans cette classe les pèches , abricots , figues , pruucs , et toutes les cucurbitacé<|, etc. Ils sont, dit-il, humides , donnent peu d'alimens , causent ta flatulence, nuisent surtout dans les embarras des premières voies , débilitent l'estomac, sont contraires dans les maladies du foie , de la rate , dans les squirres , les obstructions, etc. lien est de même de plusieurs fruits automnaux.
Cependant plusieurs peuples se nourrissent presque uniquement, entre les tropiques, de ces fruits horaires ou d'autres
3ui leur ressemblent. Kaempfer témoigne qu'un grand nombre e Persans méridionaux vivent heureux sous des bocages de palmiers, des seules dattes qu'ils en recueillent {Amœn. exot. , fasc. 4 , obs. 9). On sait que les Bramincs de l'Inde ne vivent que de végétaux , et particulièrement de fruits et d'eau , dès les temps les plus reculés ' Suidas , Lexicon , p. 464 , et Grosc, Voy- tmd. , p. 21)7). A Constantinople même , une foule de peuples ne mangent pendant tout l'été que des pastèques , des concombres crus , etc. (Tourncfort, roy. Levant , tom. 2, p. 286 )• Les Arabes vivent de dattes et de lait de chèvre ( Rad-
y4 FRU
sivil , Voy. Arab.t p. 2i5). Beaucoup de familles en Egypte se contentent de dattes et de pastèques ( Hasseiquist , Resa nach Pal. p. 5oi). On a vu des Persans manger par jour jusqu'à trente-cinq livres de melons-pastèques , sans le moindre mal ; la sueur sortant au travers des pores de la peau , comme d'uu crible, suivant l'expression de Dernier ( Voyez Chardin , Voy. Pers. , tom. .( , p. 5i , et The'venot , suite de Voy. au Levant, c. io,p. 180). AMinorque, ceux qui se nourrissent de fruits horaires évitent souvent par ce moyen des fièvres tierces ( Cleghorne , qf Minore. , p. 179). Il est certain qu'on mange peu de chair dans les pays chauds { en Inde et en Perse , selon Chardin , tom. 4, p. 16b' ; en Egypte , suivant de Maillet , tom. 2 , p. 227 )j que plusieurs ordres religieux s'en abstenaient sans inconvénient, comme les Trappistes ; il rn était de même de plusieurs anciens philosophes , P^thagore , Zénon, Plotin, Porphyre, etc.( Voyez Plempius, de valet, togator. , p. ii6ct suiv.). Ou cite beaucoup d'exemples d'hommes nourris de seuls végétaux , qui n'en sont pas moins parvenus à une longue etsaine vieillesse, et qui ont conservé parce régime toute l'activité de leurs facultés f Voyez Grosc , f'oyag,, p. 297 , pour les Bramincs , et Newton , écrivant son Optique , vécut presque uniquement de pain, de vin et d'eau , selon Cheyne, Dis. of body and mmd. , tom. 2 , p. 80 , c. 2 ).
Il est certain toutefois que le régime purement frugivore affaiblit le corps (Haller, Elem. physiol. , tom. 6, p. 191)), qu'il refroidit (Paxman, Med. Ind. , p. 16) , et diminue beaucoup la faculté prolifique , bien qu'il ne paraisse pas produire cet effet aussi sensiblement chez les singes qui sont, tous fort lubriques. Au reste , si les fruits horaires sont réfrigérans , les autres espèces n'agissent pas de même, car nous Rêvons parler ici généralement de tous les fruits mangeables. Ils sont cependant la partie la plus digestible et la plus nutritive des substances végétales , et d'une nature plus éjaboréc et plus délicate que les racines, les tiges et les feuilles.
§. 11. De la nature des fruits et de' leurs diverses espèces. On nomme fruit, en botanique, non-seulement tout corps charnu et nutritif entourant les graines, mais encore tout ovaire fécondé, soit simple , soit multiple, d'un végétal. Mais comme cette définition comprend un grand nombre de fruits qui ne sont pas destinés à nourrir , nous n'examinons ici que ceux qui servent d'alimens à l'homme ; y.ciprrcv des Grecs.
Il faut distinguer dans le fruit , en général , ces parties ; il y a l'enveloppe extérieure (épicarpe , de M. Richard) qui est quelquefois une pellicule légère, comme dans les pommes, les baies, les drupes, ou plus épaisse dans les péponides ou fruits des cucurbitacées et les oranges, ou ligueuse dans les noiscllcs