‹ Dictionnaire alphabêtico-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 295 sur 480 · La restriction que j'ai faite en passint · texte numérisé non relu

La restriction que j'ai faite en passint

au sujet des vépres du Carêine, est lirée de Père Alexandre. Ce docteur enseigne, et il 1 raison, que ceux méme qui disent leur otfct en particulier font mieux de le dire avast diner (5), à l'exemple des chanoines et de religieux (5). En effet, il est toujoars trèsdécent que la plus faible portion du clerre se conforme à la partie la plus considérable, el surtout aux métropoles, qui doivent étre a régle des autres églises. D'ailleurs, comme on sent qu'il ne convient pas de dire rérn* de trop bonne heure, en sent par une sui'e nécessaire qu'il faut différer son repas. Enfa. au moyen de cette pratique qui coûle pet.

on a l'avantage de garder une ombre del atcienne discipline. On sait que pendant plus de mille ans on ne rompait le jeüne qu'aprts vépres, el que vépres signifiaient alors d a» manière très-rigoureuse l'office du soir. G7vantus, qui prétaod que la récitation de 1& pres avant midi n'est pas de préceple bert du chœur, avoue qu'elle est convenable ^ C'en est autant q en faat pour ceux q" aiment le bon ordre. Tolet croit méme qs!

y aurait péché véniel à faire autrement?

(3) S. Antonia et Pontas, ibid. cas. 19. "

(5) On m'objecte qu'il y ades séminmres ob le none vers sept heures, même en hiver; ei des chw où l'on ne dil prime qu'à neuf, même en été. Je jos Y Surer que cette conduite, eL 'surtout dans dex cata qui sont melires de leurs temps, a Loujoars fak peii ceux qui aiment le bon ordre. Au reste, il ya pee chapitres qui soient dans ce cas; et ceux qui} satt !! jaremment que pour de bonnes raisoas.

(4) Vers l'heure où elles se disent à la œubédrk

“5 Nat. Ales. ut supra, eap. 8. Reg. 9, p. 98. 16) Gavantas, sect. 6, cap. Fo de Feria à Cineres- Ce

a5 OFF

moins quon ny soit obligé : c'est aussi le sentiment du P. Alexaudre (f).

9. A ces principes généraux nous joindrons quelques décisions particuliéres.

On demande s'il est permis de dire matines dès la veille ; si on le peut sans cause, el à quelle heure on peut les commencer.

On est si accoutumé aujourd'hui à dire malines dés la veille, qu'on ne pense pas méme qu'il pisse y avoir du désordre à le faire. Il ne faut pas, dit l’auteur des Conférences de La Rochelle (2), condamner absolument ceux qui en usent ainsi. Car dans l'usage de l'Eglise, la nuit commence aussitôt après le soleil couché, ou du moins aussitôt après que le jour est entièrement fermé. Et c'est pour cela qu'aux grandes solennités on chantait autrefois le premier noclurne à la fin de la première veille de la nuit, c'est-àdire vers les neuf heures du soir. El ainsi c'est dire en quelque façon les matines-dans letemps de là nuit, et ne se pas éloigner lont à fait de l'ancien usage de l'Eglise, que de les dire dés le soir avant min 10. Mais, poursuit ve thévlogien, pour ne m marquer en cela, il y a deux choses à lare.

La première est de prendre garde à quel lemps on commence matines, quand on les dit dès la veille. Nous en parlerons au nombre 12. La seconde est de ne les pas avancer sans quelque raison, el moins encore pour dormir à son aise, ou pour en étre plustót délivré, comme il arrive à un grand hombre d'ecclésiastiques, qui les regardent comme un fardeau dont ils ne peuvent se décharger trop 16. C'est saint Thomas qui prescrit cette règle : Consideranda est, dit- V (3), intentio ejus qui praevenit. tempus in matutinis dicendis, vel in quibuscunque horis canonicis. Si enim hoc facit propter lasciviam, ut scilicet quietius somnolentie et voluptati vacet, non est absque peccato. Si vero hoc fa- €it propter necessitatem licitgrum el honesta- Tum occupationum (puta si magister aut clericus de^et videre lectiones suas de nocte, cel Propter aliquid aliud hujusmodi), licite potest stro dicere matutinas, et in aliis horis canonicis tempus pravenire... quia melius ess Deo utrumque reddere, scilicet et debitas laudes, el alia honesta officia, quam quod per unum aliud impediatur : où il faut observer que le saint docteur, q ait peser les termes, ne dit pas propter commoditate, mais propter

aussi le sentiment de Sylvestre Mozolin, de Cajétan, de fure. cités et suivis par Barth. de Saint-Fauste,

(1) Tempore quadragesimall, qui privatim diceret ves-

post prandium, uequaquam peccaret tnortaliter...

si sine ulla causa fleret, peccatum veniale esset.

olet. lib. n Inst. Sacerd. cap. 13. Qui sine ulla causa ves-

Perseum recitationem post prandium sacro Quadragesima

ore differret, venialis peccati reus esset, Nat. Alexand. . reg. 9.

3) Confér. de La Rochelle, $ 10, pag. 259.

9i S. Thomas, quodlib. 5, q. t4, art. 1.

4) Permittimus necessitatis causa, ut matutinas diei sequentis possitis dicere sero o precedente, aut mane totum cficium successive usque ad vesperas, et sero vesperas ‘com completorio, si utilibus negotiis occupati estis, ut stu- \w et processionibus. Sed si ex somnoleutia aut deliciis

OFF "c

necessiralem licitarum et honestarum occupatiunum. Ce qui fait voir que, selon lui, cette anticipation doit se régler sur la nécessité et passer avec elle. Le Père Alexandre dit la méme chose d'après Etienne de Poncher, évêque de Paris (5), et Prosper Fagnan d'après Sylvestre Moxolin (5). Le texte de Poncher a quelque chose de plus doux que celui de saint Thomas. Gavantus est encore plus miligé (6). Paul de Lyon, le Père Antoine, l'auteur des conférences d'Angers (7) le sont encore davantage : ils regardent ce pouvoir d'anticiper comme de droit, parce qu'aujourd'hui l'Eglise le donne sans condition.

Plaise à Dieu qu'au moins la ferveur la dédommage de son indulgence? i

11. Mais en admettant avec ces théologiens qu'on peul sans scrüpule dire matines dés la veille, jo p'admettrais point du tout avec ceux de Salamanque qu'on puisse, pour

* cause d'étude, “différer ses heures jusqu'au

soir, à moins qu'i! ne füt question d'un travail qui pressál beaucoup; par exemple, d'un sermon dont on aurait été chargé tràsa tard. La raison en est que les païens mêmes ont reconnu que la Divinité doit avoir les prémices, À Jove principium, et qu'il ne convient pas qu'on ne donne à Dieu que les res— tes et comme les débris de son temps. Je sais que l'étude est une espèce de prière, et je souhaite de tout mon cœur que cela soit bien vrai par rapport à tous ceux qui s'en mélent. Mais je sais aussi que ce genre d prière est trés-propre à dessécher; je sai qu'il a besoin d'être animé par quelque cho:

qui répare l'épuisement du cœur et qui le rapproche de son véritable cenire; je sais eufin, et l'exemple de saint Thomas en est une bonne preuve, que deux heures d'application sanclifiées dans l'ordre valent mieux en tous sens que dix heures d'un tra opiniâtre que Dieu ne bénit pas, ou qu'il ne bénit, si j'ose le dire, que dais sa colère.

C'est pour cela qu'Ives de Chartres, prélat aussi distingué par sa piété que par l'étendue de ses naissances, gémissail de ce que ses occupations sans nombre ne lui permettaient pas de dire chaque parlie de son office au icmps marqué (8), ainsi que le rapporte le Pére Thomassin d'aprés Baronius. Et ces deux derniers, qui valaient bien certains prétendus dissertateurs de nos jours, n'ont point fait de difficulté d'écrire que saint Séverin, évéque de Cologne, déclara aprés sa wort à un de ses clercs qu'il souffrait des

facilis, sine. peccato facere non potestis. Steph. Poncher, 104 episc. Paris.

(5) Fagnan in cap. Presbyler. de Celeb. missar. n. 2, pag. 306, edit. Colon.

46) Gavantos, sect. 1, cap. 5, tit. 6. « Matotinum et laudes ex justa causa possunt recilari in vesperis præcedentis diel, pula ut devotius oret, vel studiis mane operam det, vel ua non poterit mane ita recitare.» Il cite saint Thom, quodiib. 5, art. 28.

(7) Matutinum diet sequentis cum laudibus recitari po» test pridie. Paulus a Logduno, tom. 1v, p. 428. malutiatm cum laudibus recitare pridie." Antoine , tom. If, D. 14. « Tout le monde sait que l'usage est depuis long*

ps que matines et laudes se peuvent dire le soir pour le lendemain. » M. le Govello, Conf. sur les étais, p. 297.

(8) Baronius, ad an. 1095. lves de Chartres wourut ea

1115, à 80 ans.

847 DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES. au

ines cuisantes dans les feux où Dieu puri-

le les taches de ses élus, parce que accablé du poids des affaires de l'Biat, il avait, contre l'ordre preserit, récitó toutes ses heures dés le matin (1).

19. Mais à quelle heure peut-on commencer les matines du lendemain, quand on les dit dés la veille?

Le plus tard serait le meilleur, parce qu'il serait moins éloigné du vrai temps. Mais on peut à la rigueur, en France comme ailleurs, commencer lorsque le soleil est plus prés de son couchant, qu'il ne l'est du midi. Voici une table de l'imprimerie de la chambre apostolique, laquelle fut dressée en 1707.

Nous la donnons selon les heures do l'Île de France. ll ne sera pas difficile aux ecclósiastiques de Provence et de Languedoc de lui donner oote la précision dont elle peut avoir "besoin par rapport à eux (2). On peut commencer matines :

Le 10 mai, à trois heures trois quarts.

Le 8 juin, à quatre heures.

Le 80 juillet, à trois heures trois quarts.

Le 28 août, à trois heures ct demie.

Le 7 sept., à trois heures el un quart.

Le 2% sept., à trois beures.

Le 13 ociob., à deux heures trois quarts.

Le 20 octob., à deux heures el demie.

Le 18 nov., à deux heures ct un quart.

Le 15 décembre, à deux heures

13. Quelques théologiens cités par les carmes de Salamanque (3) se sont imaginé qu'on pouvait dire les pelites heures dés la veille, pourvu qu'on eüt de bonnes raisons de le faire. Ils se fondaient sur ce que l'of- "fice est ouvert dés les premiéres vépres, et qu'ainsi on ne s'écarle point du vrai temps que l'Eglisc-a prescrit, Ce sentiment est insoutenable, et la seule pratique de l'Eglise suffit pour le mettre dans un décri universel. Si elle a bien voulu s’adoucir pour matincs et laudes, elle ne l'a jamais fait pour les petites heures. Au reste, il n'est point sûr que l'office d'un jour commence aux vépres du jour précédent. Bien des gens éclairés soutiennent que méme dans les solennités qui ont des premiéres vépres, il ne commence Jamais qu'à matines (4). L'Eglise donne en quelque sorte un office et demi à ces grands jours; mais les vépres, quoiqu'elles diffèrent, pour le rite, de l'office précédent, en sont toujours la conclusion : de manière que dans l'opinion la plus reláchée, un homme «ui manquerail ces vépres et les malines qui y répondent commettrait deux péchés mortels, parce qu'il ometirait deux offices trés-distingués. Mais celte discussion est inu-

(1) Baronius ad an. 1062. Thomassin tom. II, " Penn pur 42) Von. Avnonx et CaterDnien, (8) 8slmauuci nees, tract. 16, cap. 5, n. 15.

tile dans une matière où le cri géséral €:

l'usage parle et décide.

1l suit de là qu'un homme qui prévoi qu'un redoublement de fiévre le melira v lendemain hors.d'état de dire ses pelitcs beores.n'cst point obligé de les dire la veille. It en résulle encore qu'un homme qui la veille dit et achève matines avant le temps preserit est obligé de les répéter en tout ou en partie, selon qu'ila plus ou moins prérene l'heure marquée. C'est le parti que j'ai prs dans l'occasion. ll y a cependant des geo:

éclairés qui n'obligent point à celle répéltion un howme que sa montre aura trompé de six ou sept minules. I's prennent morakment l'heure à laquelle on peut commeserr.

J'y souscrirai, si l'on veut, jourvu qu'on n'en abuse pas ci qu'on se souvienne que dans les concessions où il entre beaucoup d'inéel-

ence d'une part, il faut toujours beaucosp ES précaution de l'autre. .

1^. Une dernière difficulté sur le temps de l'office cst de savoir si un homme qui y et -obligé peut le réciter les dimanches et les fêtes pendant la messe.

Il y a là-dessus partage de sentiments estre les théologiens les plus judic.eux. Les uas croient qu'il n'y a point de mal à le fair.

Ainsi pensent Tolet, Comitolus, Sylrius « Cabassut, que Pontas a suivis (5). Leurs ra sons sent : 1* que l'on satisfait au précertt d'entendre la messe, lorsqu'élant présent é corps et d'esprit au sacrifi.e, on élère sev cœur à Dicu par de bonnes et saintes prit res : el c'est ce que fait un homme qui récit dévotement son office ou qui accomplil pénitence; 2* que l'Eglise n'exige pas qu pour entendre la messe on cn suive les proles et les actions; mais qu'on y ass avec piété et dévotion, soil qu'on ealepde 'e prétre, ou quon ne l'entende pas. Autre ment il faudrait dire, ce qui est trés-faur.

qu'une mullitude de gens grossiers qui v peuvent guère répéter que leur Pater &'&ccomplissent jamais la loi de 1 Eglise. Or ect piété, cette dévotion se trouvent trasbi»

dans un homme qui récite son Brérüire; 3° qu'on a tort de supposer qu'un fidèles peut jamais par une seule action deux préceptes, puisque celui qui a fait tes

: de jeüner tout le Caréme solisfait en mé

trmps à son vœu el au commandement # l'Eglise, et que celui qui a pour pésitest d'entendre la messe tous les jours n'est p obligé d'en entendre deux tes dimanches.

Les autres croient que cela ne pourrait s faire saus quelque péché. On cite pour c sentiment Sylvestre et Ange de Chivas. Le Conférences de Luçon (6) penchent de © cóté-là. Ou dit pour celte opinion : f° Y l'Eglise, à moins qu'elle ne dise le contrait. veut que chaque obligation ait sop temp:

2 que ceux qui assistent au sacrifice € vent l'offrir avec le prêtre, autant que leur est possible. Or, c'est ce que ne fait j^ (4) Barth. a S. Fausto, lib. 1, q. 198.

15) Cabassat. lib. i, esp. 53. Pootas, verb. Ormes, e&t ** (6) Conférences de Luçon, tom. II, pag. 45.

sn OFF

un homme qui récite des psaames. Confessetil ses péchés avec le ministre? s'offre-t-il avec des dons? communie spirituelle ment? Que Dieu exige moins d'un pauvre paysau qui no peut aller jusque-là, qu'est-ce que cela conclut pour un homme qui, étant daus les ordres sacrés, doit beaucoup plus qu'un simple villageois?

Quoique ces dernières preuves ne soient ‘pas péremploires, et qu'ainsi je n'osasse laxer d'un péché grief ceux qui ane fois ou deux auraient récité leur office pendant la messe, j'avoue que je serais plus raide à l'é-

ard de ceux qui s’en feraient une habitude, " a dans celte conduite tant de tiéleur et si peu d'amour , qu'on a de la peine à la tolérer dons ceux qui peuvent faire autrement. Cola est d'autant plus vrai , que ces sorles de personnesqui voudraient lout faire àla fois, ne donnent d'ordinaire qu'à la bagalelle on à quelque chose de pis le temps qu'ils disputent si rigoureusement à Dieu.

Cuir. VI. — De l'ordre et de la continuité.

de l'office.

1. Il faut suivre dans la récitation des heures l'ordre établi par l'Eglise.—9. Quel péché y a-t-il às'en éloigner sans cause? —3. Lepeuton faire pour de bonnes raisons? et quelles sont ces raisons? — s. Elles doivent étre plus fortes quand il s'agit d'un dérangement considérable. — 5. Récitation de malines et laudes avant la messe.— 6. Principes et conséquenoes sur l'interruption de l'office. — "1. Est-on censé interrompre l'office quand on sépare matines de laudes?— 8. Règles à garder dane cete division.—9. Peut-on séparer les nocturnes de matines? pourquoi, el comment ? — 10. Conduite à garder lorsque l'on doute si l'on a omis un psaume ou une pelite heure. Doit-on se régler par rapport à "un et à l'autre sur les mémes principes?

Les heures canoniales ont un double rap-

port, l'un des parties aux parties qui les composent : tel est celui du second nocturne au premier ct au troisième; l'autre des heures aux heures qui les précédent ou qui les suivent : tel est celui do Lierce à primo et à sexte.On peut joindre à ce dernier le rapport de matines et laudes au sacrifice de la messe.

1. II ne s'agit pas de savoir s'il est louable el saint de suivre cet ordre. Il ne s'agit pas méme de savoir s'il M a quelque mal à s'en écarter. Dès que l'Eglise du Fils de Dieu l'a établi, on ne peut ni le suivre sans fruit, n s'en éloigner sans quelque sorte de prévarication. Le désordre peul n'être qu'uu pelit mal, mais il esl toujours un mal.

Jl n'y a done ici, à parler proprement, que deux questions à résoudre : la première, si l'on peut quelquefois pour de bonnes raisons ne pas suivre cet ordre à la rigueur ; la se- Conde, s'il y a péché mortel à s'en écarter sans raison.

(1) Nat. Alexand. ut supra, Reg. 9, tom. II, p. 66. Ethica. m T x n. 150. Pontas, verb Brice, cas, 33, Bollarmin. Cit. cap. 48. Vasquez, de Benelic. cap. 1, etc.

(2) Barthol. a S. Fausto. q. 306, 208 el seq.

(3) Coutemptus in emui specie maudstorum pari podere

Page 1