Faut-il réciter assez haut pour étre en
tendu, —4. ou du moins pour s'entendre
soi - méme? — 5. Un bénéficier qui ne pourrait parler devrait dire son bréviaire mentalement. -— 6. L'omission d'une petite heure est-elle un péché mortel? —". Que penser de l’omission d'une partie. moins considérable ? — 8. Peut-on omettre dans le chœur la lecture du Martyrologe ? — 9. On peut réciter le Bréviaire avec un autre , et tomment .— 10. Pourrail-on réciter de cette manière un office que l'on devrait par vœu ou par pénitence? —11. Celui avec lequel
on récite est-il obligé de réciter avec attention, lorsqu'il n'est pas obligé au Bréviaire?
1. On convient d'abord que l'office divin tst une vraie prière vocale. Le seul inot de récilalion emporle cette idée; la délinilion du Bréviaire l'exprime; ct je ne l'observe que parce que j'ai vu un homme d'esprit s'y tromper , et croire qu'un bénéficier est hors d'alleinte quand il parcourt des yeux ou qu'il parle du cœur. Ce dernier langage est bien le plus essentiel, mais il ne suffit pas. ll est vrai que celui qui sonde les cœurs et qui voit à découvert nos glusintimes pensées, n'a pas besoin , comme Baal, du son de notre voix pour nous entendre ; mais il est vrai aussi que Jésus-Christsur la croix et en plusicurs autres occasions, saint Etienne un moment avant sa mort, saint Paul et Silas dans les chaînes, ont prié à haute voix. Il est encore vrai que la prière vocale, en mortifiant le corps, donne du ressort et de l'élévation à l'esprit ; qu'elle porte son feu dans le cœur de ceux qui en sont témoins; et que,
puisque l'homme est composé de deux sub-.
slances, il est juste que chacune d'elles paye àsa manière le tribut de louanges qui est dû à son auteur. On peut lire sur cette matière Bellarmin, quí l'a traitée à son ordinaire, c'est-à-dire avec beaucoup de précision el de solidité (1).
2. On convientencore que l'office demande 1ne récitation distincte, et que par conséjuent il exclut celle qui se fait du gosier, utre les denis ou sans artículer comme il aut. Non currim , non perturbate, non osci-
(1) Bellarmin. lib. 1 de Bonis Operib. in particulari,
(3) Non io gutture, vel inter dentes, seu deglotiendo x ssncopando. dictiones et verbo, scd Porn verbis
tanter, sed leniter, distincte ac studiose, disait saint Charles dans son premier concile de Milan; et c'est ce qu'avait dit longtemps auparavant le concile de Bâle (2). Mais pour- * quoi citer des aulorités dans une maliére qu'une étincelle de sens commun décide pleinement ? En effet, dit l'auteur de la Morale de Grenoble (3), si lorsqu'on parle à un prince, on lui parle distinciement, et on fait attention d. ce qu'on lui dit, parce que ce serat manquer de respect que d'agir autrement, n'est-on pas à plus forle raison obligé de parder distinctement et de faire attention d toudes ses paroles lorsqu'on prie Dieu en disant son office
En supposant donc ces deux vérités, dont la dernibre sera un jour pour un nombre
rodigieux d'ecclésiastiques la maliàre d'un Jugement rigoureux , il n'y a ici qu'une difficulté qui puisse arrêter. Elle consiste à savoir si un bomme qui récite si bas , qu'il ne peut ni être entendu des autres, ni s'entendre lui-même, satisfait à son obligation. On suppose qu'il n'a pas l'oreille dure et qu'ih récite sans compagnon. S'il en avait un, il faudrait bien qu'il l'entendtt ct qu'il en fût entendu, puisqu'il ne peut remplir son devoir qu'en écoutant, lorsqu'il ne parle pas.
3. Or sur ce point Médina a cru qu'il fallait réciter assez haut pour étre enlendu de ses voisins, lorsqu'il n'y a point d'obstacles. Cajetan, moins sévére, veut qu'un homme puisse s'entendre ; mais il n'exige point qu'il soit entendu de ceux qui sont H côté de lui.
Sylvius, l'un des plus judicieux écrivains qui aient jamais paru, croit que tou'e prononciation, pourvu qu'elle soit distincte et articulée, suffit, soit qu'elle soit entendue , soit qu'elle ne le soit pas.
Le sentiment de Médina ne s'est point soutenu. Bien loin qu'il soit nécessaire de réciter assez baut pour étro entendu, il y a mille occasions où il faut éviter de l'être.
Vingt prêtres qui, chacan de leur côté, récileraient à haute voix leur Bréviaire dansune pelile église élifieraient peu et dérangeraient beaucoup. D'ailleurs une priére, pour étre vocale , n'a pas besoin d'être entendue. Anne, mére de Eémuel , ne priait pas mentalement, et néanmoins personne ne l'entendait. Après tout, que vent l'Eglise de ceux de ses ministres qu'elle a chargés de prier pour les autres? Unc seule chose ; c'est que dans cet emploi ils joignent l'action du corps à celle de l'esprit : or ils peuvent faire trésbien l'un et l'autre sans former la voix jus. qu'à se faire entendre de ceux qui les environnent. Enfin la manière dont le prêtre récite et doit réciter à l'autel les secrétes, ct la pratique des plus gens de bien suffisent pour anéantir le fatigant et scrupuleux système de Médina.