Mais que doit faire un prêtre pour se
réparer dignement à chanter ou à réciter ^ louanges de Dieu; à lui demander avec l'Eglise, et en son nom, les grâces dont il a besoin ; à faire monter jusqu'au ciel comme un encens de bonne odeur, et ses vœux et ceux du peuple fidéle, qu'il ne doit jamais oublier?
La réponse est aisée, el j'assure d'avance avec le législateur du peuple choisi (5), que sa pratique n'es pas une de ces pénibles lois qu'on ne puisse accomplir qu'en passant les mers. Il faut d'abord que le tribut que nous voulons payer à la majesté souveraine ne soit point avili par les vues d'un bas et sordide intérét. Que le ministre qui sert l'autel vive de l'autel, rien de plus juste; mais que le royaume de Dieu, sa justice et sa gloire soieni le premier el le principal objet de son service. Que le sacrifice qu'il oîre soil un sacrifice de cœur, de goût, d'inclination : Voluntarie sacrificabo (ibi. Si la rétribution est son unique motif, dit saint Augustin (5), c'est moins Dieu qu'il cherche que son propre intérêt. Son oblation n'est plus volontaire, et l'Ange de l'Ecole, qui ne décide que le compas de l'équité à la main, la traite de simoniaque 9
À cette disposition qui ne fait que bannir les obstacles, il faut en joindre deux autres , qui sont immédiates et posilives. La première consiste à demander à l'auteur de tout don précieux cet esprit de grâces et de
(1) Populus bic labiis me honorat; cor autem eorum longe est a me. Math. xv, 8.
5 Eccli. xvi.
(3) Nisi Dominus ædificaverit domum, 1o vanum laboraverunt qui sdificaut eam, Psalm. exxvi.
(4) Mandatum boc, quod ego precipio tibi hodie, non supra te est, neque procul positum, nec in celo situm... meque trans mare positum, ut causeris et dicas : Quis ex nobis poterit transfretare mare, etc. Deuter. xxx, 12 et 15.
e Si propter aliud laudas Denm, ex necessitate laudas. Si adesset bi quod amas, non. laudares Deum.. o
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prières que Dieu promit autrefois de répandre sur ses fidéles. Il faut peu d'étude pour sentir ses besoins, il faut quelque chose de plus pour prier de manière à être exaucé.
C'est un talent que la nature ne donne point. C'est à l'esprit, et ce n'est qu'à lui, qu'il apparlient de le former par ces gémissements dont parle saint Paul (7). Compter qu'il s'emparera de nous , comme il faisait autrefois des prophétes, et qu'un feu à qui l'on ne donne pour aliment que du bois vert s'enflammera tout d'un coup, c'est outrager la foi el démentir l'expérience.
La seconde disposition, et plût à Dieu que jamais nous ne la perdissious de vuel c'est de nous dire, el avant l'office, et dans le cours de l'office, que nous sommes sous les yeux du Seigneur, de ce roi immortel des siècles, qui a droil d'exiger et qui exige effectivement que uous l'aimions comme Père, que nous le respections comme Maltre, quo nous le redoulions comme Juge. C'est par ces molifs, aussi solides qu'ils sont simples, que saint Benoit animail scs frères à s'acquitter saintement de la psalmodie, qui fait encore aujourd'hui tant d'honneur à son institut. Ubique, leur disait-il, divinam credimus esse presentiam, et oculos Domini syeculari bonos et malos : mazime tamen hoc siue dubitatiene credamus, cum ad opus divinum assistimus. Reg. cap. 19. A cette double préparation, sai incent de Pau! joignit loujours telle de faire un acte de contrition de ses péchés avant que de commencer l'office.
Cette pratique est si aisée, si sage, si propre à faire trouver gráce devant Dieu, que je ne me lasserai jamais de là recommander.
10. Voilà une faible idée, une esquisse des mesures qu'il faudrait prendre pour se bien acquiller des divins offices. Toute légère, lout imparfaite qu'elle est, je le dis pénétré de douleur comme l'Apótre, ct saisi de frayeur comme un coupable qui ose annoncer la justice et les peines préparées à ceux qui la violent (8), il n'y a rien dans toute celle maliére qui prouve plus invinciblement qu'il est très à craindre que l'office seul ne damne une infinité d'ecclésiastiques. Quelle préparation y apportent la plupart de ceux qui vivent dans le monde? Livrés à cette foule de bagatelles, que saint Augustin appelait cateream vanitatis; plongés dans un labyrinthe d'intéréts étrangers, répandus une grande partie du jour dans les cercles les plus dangereux, pleins des nouvelles et des futilités qui s'y disent, attentifs à ne le céder à personne en genre de plaisanteries de toute espèce, souvent désespérés de la propter pecuniam laudas Deum, non voluntarie sacrilicas
eO... quia praeter illum nescio quid aliud auas. August. in id psalmi Lut, Voluntarie sacrificubo tibi.
(6) Clericus qui vadit ad ecclesiam princiraliter propter
relributioues, quas recipit tanquam finem sui gperis (priu-
eipaliter intentum), committil simoniam Thomas
quodlib. 5, q. 8, art. 43, et quodiib. 8, q. 6, art. 11. : ipse Spiri
(1) Quid oremus, sicot oportet, nescimus ; set à tus [m Pro Robis gemitibus inenarrabilibus. Lou, vui, 26.
(8) Peccatori dixit Deus : Quare tu. enarras jusuuas. meas etc. Psalin, xax, 16.
sm DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES. m
perte qu'ils ont faite au jeu, presque hors d'eux-mêmes à force de mürmures et d'imprécations ; pour profiter du peu de temps qui leur reste, après un demi-signe de croix, sans se recueillir un moment, sans fléchir le genou, sans jeter un coup d'œil sur la monlagne d'où ils pourraient recevoir du secours, ils s'écrienL avec une conGance que David n'eut jamais : Seigneur, ouvrez mes lèvres, ma bouche va chanter vos louanges.
Jugez-moi, et montrez d'une manière éclalante que ma cause n'est pas celle de l'impie. Vous le sarez, Ô mon Dieu (1), la méditation de votre loi fait ma plus douce occupation.
Los richesses du monde entier me plaisent moins que vos saintes ordonnances : je les préfère à des millions d'or et d'argent. Toute ma douleur est de voir que les enfants des hommes, stupides jusqu'à l'abrutisement , s’en occupent si pa J'ai vu l'impie les transgresser, j'en sèche de douleur. Mon zéle me consume et me remplit d'amertume. Les puiesanis de la terre me persécutent pour me détourner de vos sentiers; je ne fais que m'y affermir davantage. Mon parti est pris, j'en ai fait le serment, je garderai vos lois avec la plus invioluble fidélité. Voyez, Seigneur, combien j'aime vos commandements; el que mon ardeur vous intéresse à me secourir :
Vide quoniam mandata tua dilexi, Domine; in misericordia tua vivifica me. Quel contraste ! quelle opposition de la conduite aux paroles! peut-elle étre plus marquée, mais peut-elle être plus effrayante?
^ 41. Mais veux-je qu'on ne puisso utilement prier sans étre dans les sentiments du saint roi, dont je viens de paraphraser les paroles? La prière d'un pécheur est-elle toujours un nouveau péché? Un bénéficier qui pendant plusieurs années a mené une vie moins pure ou, pour ne point trop mé-
nager les termes, qui a vécu dans le désor-
dre, n'a-t-il point satisfait à son obligation ? et faudra-tHil, si par un miracle de la grâce il vient à so convertir, l'obliger à restitution? C'est une question qu'on a coutume d'agiter ici et qui vaut bien la peine d'être éclaircie.
Un auteur connu se propose cette difficulté Bg et pour la prendre dans son entier, il dit f* qu'un homme qui récite l'office sans aucune attention ou avec des distractions volontaires qui l'oecupent pendant une partie considérable du Bréviaire, ne satisfait pas, gares que, selon un principe d'Innocent IIl, faire mal une chose et ne la pas faire, ce sont termes synonymes (3).
ll dit 2- que ceux qui récitent le Bréviaire avec altention du côté de l'esprit, mais sans ancune piété du cœur, sont censés l'avoir omis. Il le prouve, et par le concile de Latran, qui veut qu'on dise l'office
. TII, eh. 6, $5,q. 1.
À non facere, et non facere recte quoad subeiatlalis. » Juenin cite ces mous du chap. Vemiens exira. de Presbytero non baptizato. lls.ne sont ni dans ce chapitre ni daus tout ce tire; mais cette maxime est de bon seus.
studiose et devote, dévotion qui ne peut &re sans quelque bon mouvement du cœur; et par l'autorité du célèbre Fagnan, qui ser ces mémes paroles observe que les Pères de Latran exigent, non une dévotion purement extérieure, mais celle qui est un don de Dico et un acte de vertu (&), c'est-à-dire qui affecte le cœur méme, et qui le mel en mouvement.
M dit en troisième lieu qu'on ecclésiastique qui récite son Bréviaire dans l'affection habituelle au péché mortel, satisfait ao pré. cepte de l'Eglise. Car, pours! , afin que son action soit pieuse et faite avec déyolion, il n'est pas absolument nécessaire que so
cœur soit sans affection h ellement dominante au péché mortel. ufüt au con.
traire qu'il prie dans un désir, quoique fai-
ble, commencé et imparfait, de se détacher de son péché, et qu'il demande à Dien les forces nécessaires pour rompre ses liens.
Une priore faile dans cette disposition est animée de l'esprit de Dieu, quoique nos pas encore inhabitant ou dominant : el par coeséquent c'est une prière qui est faite avec quelque dévotion et avec la piété essentiel:
lement requise pour la prière.
Enfin il dit qu'un bénéficier qui sait qu'il est dans l'habitude du péché mortel, el qui, bien loin de désirer faiblement et en quelque manière de sortir de celte habitude, eit au contraire dans la résolution actuelles dy continuer, ne satisfait poiut au précepie ecclésiastique de la récitation du Brérüire.
Pour le prouver, il rappelle ce qu'il a dil, savoir, que la priére est essentiellement, non-seulement une pensée du côté de l'eprit, mais encore un pieux désir, du moin:
faible et commencé, du côté da cœur. Deli il conclut que l'ecclésiastique dont il s'agit, n'ayant, comme on le suppose, aueun k désir dans son cœur, en ayant au contrair un qui est criminel, savoir, de vouloir &meurer dans son iniquité et continuer des ses crimes, cet ecclésiastique, dis-je, ne prit pas véritablement.
1l suit clairement de ces principes, 4° qu la prière du pécheur n'est pas lorjoars ns nouveau péché; 2* qu'un pécheur m quelquefois si mal, qu'on peut dire de lui:
ratio ejus fiat in peccatum, c'est-à-dire fel; parce que ces sories d'expressions ne se pas un souhait, qui serait impie, mais uw prédiction. Savoir à qui et en quels caso* peut en faire l'application, c'est ce qu'on nc peut décider qu'en examfnant bien toalt les circonstances. L'état du péché a des ariétés infinies.]l y a des personnes qui, a s'y étre livrées, sont furieuses jusqu'à # vouloir tuer elles-mêmes. ll y en a dos i fail la plus douce et quelquefois méme a#1 longtemps la plus tranquille occupation. k
(4) Hec verba (Coocilii Lateran. : Dirimom sf siudtose celebrent ei devote) aperte ostemduni como præcepisse devotionem illam que devotionem formalem et internam, que, utis, divino indiget auxilio etc. P'aenan in cap. Data de Cclebrat. Miwar. n. 40.
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erois que ces derniers, s'ils continuent à dire l'office, ne pensent guère à Dieu; et que quand ils auraient quelques bons mouvements passagers, il est à propos, dans le doute, de les trailer comme gens qui pourraient bien n'avoir pas rempli toute justice. Au moins doivent-ils faire vis-à-vis d'euxmémes à litre d'aumóne, ce qu'un confesseur qui ne peut jamais bien pénétrer leur état n'ose presque leur commander à titre de jostice. Jamais personne ne fut plus obligé qu'eux à s'appliquer ce mot d'un prophéte :
Peccata tua eleemosynis redime (1). Il y a plus de vingt ans que quelques docteurs de Sorbonne que je consultai sur ce cas malheureusement irop commun, gens d'ailleurs qui n'étaient point suspects sur l'article, m'obligèrent à faire restiluer ces sortes de bénéfciers.
12. Ce que nous avons dit de la piété avec laquelle on doit réciter l'office regarde les pensionnaires comme les bénéficiers. L'Eglise, en les déchargeant du grand Bréviaire,* n'a pas prétendu les décharger du seul moyen qu'ils aient d'attirer sur eux et sur elle les bénédictions du Seigneur. C’est à ceux qui quelquefois remuent ciel et terre pour procurer des pensions, soit à des enfants, soit à des personnes d'une très-médiocre vertu, à penser aux suites. Faut-il qu'ayantdéjà de notre proprefonds un compte si terrible à rendre, nous prenions lontes les mesures possibles pour le rendre plus rigoureux] Filii hominum, usquequo gravi corde?
13. Un prêtre qui n'ayant ni pension, ni bénéfice, s'est mal acquitté de son Brériaire, n'est pas tenu à resliluer comme ceux qui ont l'un ou l'autre. Mais comme il n'est établi prétre que pour prier, d'abord pour ses propres besoins, et ensuile pour ceux du
euple, il est juste que lorsque sa priére n'a P^ pendant quelques mois qu'un sel affadi , il dédo::mage par un redoubleinent de ferveur l'Eglise de la perte qu'elle a faite. Mais sort-on bien aisément du désordre quand on s'y est laissé aller dans la terre des saints (2)? Que ce mot d'un ancien : Quis vidit clericum cito penilentem (3), est efrayantl Mais qu'il effraie peu si Dieu ne le dit lui-même de celle voix qui ébranle les cédres et qui brise les rochers!
SIL. Il faut dire l'office avec attention 1. Qu'est-ce que l'intention ? — 2. Ses espèces.
— 3. Attention : ses divisions. h. Né-
cessité de l'intention. — 5. L'a-t-on quand
on ne veut pas satisfaire au précepie ? —