Diverses espèces de distractions : il en
est. qu'on croit involontaires et qui ne le
sont pas. — 13. Faut-il aisément permettre.
1) Daniel tv, 21.
(2) lu terra sauctorum iniqua gessit, et non videbit gloriim Domini. Is. xxvi, 10.
#31 Quis aliquando vidit clericam cito pœnitentiam agen- Dicrionnaine pes Rires sacnés. Il
om 82
"un homme répèle son office? — 1h. Moyens
entretenir son altention. — 15. Actions qu'on ne doit pas se permettre lorsqu'on récite le Bréviaire. — 16. Quel doit étre l'objet de l'attention de celui qui le dit. — 17. Sentiment de saint Bernard conforme à celui de saint Augustin. — 18. Il est très à souhaiter que ceuz qui sont obligés à l'office entendent bien les psaumes. — 19. Les vierges consacrées à Dieu peuvent s'en procurer quelque intelligence; et comment.
1. Nous avons remarqué dans nn autre ouvrage (&) qu'il ne faut pas confondre l'inlention avec l'attention. L'intention est un désir, un propos, bon ou mauvais, de fairo une chose. L'attention est une advertance, une application à la chose qu'on fail. Ainsi l'intention précède, l'atlention accompagne.
L'intention appartient à la volonté, l'attention est du ressort de l’entendement.
2. L'intention est ou actuelle, ou, girtuelle, ou habituelle, ou interprétativa.
L'intention actuelle n'est rien autre chuse que la volonté présente et réfléchie de faire telle ou telle action qu'on se propose de faire. Telle est l'intention d'un préire qui veut actuellement consacrer.
L'intention virtuelle est une volonté d' gir qui ne subsiste plus en elle-même, m qui continue dans le premier dessein qu'on a eu d'opérer. Telle est l'intention d'un prêtre
ai, ayant eu un dessein formel de consacrer
le petits pains qu'on lui a présentés à l'offertoire, n'y pense point dans le temps de la consécration.
L'intention habituelle est, ou une volonté d'agir qui n'a point été révoquée, mais qui a été si longtemps interrompue, qu'elle n'est plus censée subsister; ou une facilité de vouloir et de faire une chose qu'on a contractée à force de vouloir et de faire souvent celte méme chose. Telle serait celle d'un prétre qui, trouvant au sorlir de vépres un ornement qu'on ne met que pour lui, le prendrait sans réflexion et monterait à l'autel.
Enfin l'intention interprélative est celle par laquelle on voudrait faire, et on ferait effectivement une action, si l'on s'avisait de penser qu'il faut la faire, Telle serait celle d'un prétre qui, uniquemcut pour apprenére à un autre comment on doit dire la messe, en ferait louies les cérémonies, et qui n'aurait pas manqué de la dire effectivement, s'il avait su. qu'il fallait consacrer pour donner le viatique à un moribond.
3. L'attention se peut considérer, ou rela= tivement au sujet dans lequel elle se trouve, ou relativement à l'objel vers lequel on la porte.
L'attention prise da côté du sujet se divise, comme l'intention, en actuelle, virtuelle, etc. Les nolions que nous venons d'en donner suffisent; il n'y a qu'un lerme à changer.
L'attention considérée par rapport à son tem? Sed etsi deprehensus bumiliarerit se, nec ideo dolct quia peccavit, sed quia confunditar, quia perdidit gloriun suam. Auctor Operis lmperf. In Matth.
(4) Moral. 1-8, tom. VIII, pag. 154
objet, qui dans la matière présente est l'office divin, peut aller ou aux paroles, ou au sens des paroles, ou à Dieu, soit que nous nous appliquions à considérer sa grandeur, soit que, plus attentifs à notre indigence, nous lui exposions nos besoins, soil que, par une vue qui renferme à la fois quelque chose de général et de particulier, nous táchions de nous occuper de quelqu'un des mystères de la foi, comme de la naissance de Jésus-Christ, de ses anéantissements, de son amour pour nous, elc.
Aprés ces nolions, qui nous tiendront lieu de principes, il faut examiner quelques difficultés qui concernent cette matière.
5. Il n'est pas question de savoir si un homme qui veut remplir son devoir par rapport à l'office a besoin de quelque sorte d'intention. La chose est iudubitable. La révitation du Bréviaire est commandée à titre d'obligation envers Dieu, qu'un prêtre doit honorer; envers le prochain, pour quiil doit prier; envers lui-même, que ses propres besoins doivent autant el plus intéresser que ceux d'autrui. Or, pour remplir celle triple obligation, il faut vouloir réciter d’une certaine manière plutôt que d'une autre.
Etc'est pour cela qu'un homme qui lirait les psaumes par manière d'étude ou par pure curiosité ne serait nulle part regardé tomme un homme qui dit l'office. ll en serait de méme de celui qui les chanterait pour essayer sa voix ou pour la faire admirer. .
Au reste, cette intention ne peul inquiéter.
Un homme qui vient d’être ordonné sousdiacre ou de recevoir un bénéfice ne commence à réciter le Bréviaire que parce que le Bréviaire est un devoir pour lui, et qu'il veul s’en acquitter. Dans la suite il continue sur le même plan; et c'en est assez. Cependant l'Eglise, qui va au plus parfait, lui met quelque chose de mieux en main. La prière par laquelle il conjure Dieu de lui ouvrir la bouche pour bénir son nom, de purifier son âme, d'en éloigner non-seulement les mauvaises pensées, mais encore celles qui seraient étrangères ; d'éclairer son espril, d'échauffer, ou plutôt d'enflammer son cœur:
celte prière qu'il finit en unissant son intention à celle qu'eut le Sauveur lorsqu'il priait sur la terre, lui rappelle ses devoirs et l'ardeni désir qu'il doil avoir de les remplir d'une manière digne de Dieu : Digne, devote, attente. Un bon seclésiastique ne doit jamais l'omettre. 1l n'en peut faire do plus salutaire.
5. Mais qu dire d'un prêtre qui réciterait son office dans l'intention formelle de ne pas salisfaireactuellemertt à son obligation, parce qu'ilse proposerait de la remplir dans un autre temps? L'examen de celle difüculté Lo servir à en résoudre d'autres sembla-
les. Jecommunie le dimanche des Rameaux, irés-déterminé à ne faire ma communion pascale que le jeudi saint ou le jour de 'áques : serais-je infracteur de la loi si je
m'en tenais à celte première communioat Grégoire de Valence, Suarès, et Pontas
- avec eux (1) soutiennent qu'un homme dans
ce cas remplit son obligalion. Les raisons qu'ils en donnent, sont 1* que l'on accompu suffisamment un précepte lorsqu'on fait a chose commandée; et c'est ce qui arrire alors. J'entends la première messe un jour de dimanche, dans le dessein d'en entendre une autre. L'Eglise ne s'embarrasse pas de mon dessein, elle veut que j'entende la messe, et je l'ai entendue ; 2 s'il y avait une censure portée contre celui qui manquerait à son office, il est sûr que celui qui l'aurait dit une bonne fois, sans avoir intention de remplir la loi, n'encourrait pas celle censure. Et pourquoi? si ce n'est. parce qu'il aurait rempli la loi, malgré sa prétendue inlention de ne la pas remplir.
Si vous objectez à ces théologiens qu'on homme qui a fait vœu do dire les psaumes graduels, et qui les récite dans l'intention précise de n'accomplir pas son veu, est tenu de les réciler une seconde fois pour l'accomplir; et que si Pierre doil à Jean ceol écus, il ne cesse pas de les lui devoir, quoiqu'il l'en ait gratifié pat aumóne ou par libéralité : ils vous passent volontiers le priscipe, mais ils se récrient sur la conséquence. Un homme, dit Suarez, qui récile les psaumes graduels sans vouloir accomplir sos vœu, a dessein de retenir et de proroger le lien qu'il s'est librement imposé, et dès lors il fait implicitement un nouveau veu quil se propose d'accomplir en son temps. ll n'en est pas ainsi dans le cas que nous examinons. Un bénéficier n'est pas malire de s'imposer un précepte ecclésiastique. Ainsi, puisque c'est de ce préceple que dépend loule son obligation, et non pas de sa volonté, dés qu'une fois il a donné en bone forme la substance de la chose commande, 0n n'a plus rien à exiger de lui. .
li faut, poursuit ce savant docteur, rit sonner de la même manière par rapporlat second exemple. Je suis tràs-maltre de donner à litre gratuit ce que je dois à litre onéreux; et ainsi lorsque je n'ai donné que dans le premier sens, je reste toujours oblig? à donner dans le second. ll s'en faut bien
ue les choses aillent de méme quand il s'agit d'un devoir qui m'est imposé par la lot du supérieur : ce devoir ne m'est poinl sebordonné; je ne puis ni l'augmenter, # me l'imposer de nouveau. Lors donc que I l'ai rempli une bonne fois, tout est fail, i n'y a plus à revenir.
6. Quoiqu'il en soit, il est certain, {° qu'en homme qui en récitant son office, en ass tant à la messe, en communiani, a un der sein formel de ne pas remplir la loi, fe beaucoup mieux de répéter son acti promis au moins facitement : pourqui masquer à sa parole? 2* que lorsqu'on craitt de changer de résolution, ou de ne pourot réaliser celle qu'on a prise , il est plus stc de ne s'engager que conditionnellement. LI
(4) Soares, lib. iw de Horis Can., cap. 26, n. 7, pag 269. Pontas, verb. Orricz, cas. 15; el verb. Arrexmos, ete À
£811 orr
cecas on manquera peut-être à un bon pro- Pos, mais on sera au moins sûr de n'avoir manqué ni à la messe, ni à l'office. En voilà plus qu'il n'en faut sur une difficulté qui ne peut guère avoir lieu que pour la commumion annuelle. Parlons présentement de l'attention : c'est ume matière qui revient tous Les jours.
^ Or, je commence à dire avec toute l'Eglise, qu'elle est nécessaire dans la récitation des divins offices. Le quatrième concile de Latran veut que ceux qui y sont obligés s'en acquillent avec loute l'application et toute la piété qui leur sera possible : Diséricte precipimus, ut divinum officium , aocturnum pariter e£ diurnum, quantum eis dederit. Deus, studiose. pariter celebrent. et devote (1). Ceux qui l'avaient précédé et ceux qui l'ont suivi ont tous tenu le máme langage. À Dieu ne plaise, disaient les Pères assemblés à Trèves en 1549, que ceux qui disent les heures canoniales semblent Jamais penser à toute autre chose qu'à ce qu'ils disent. Qu'ils craignent sans cesse ques ne leur applique un jour ces mots
"IsaYe : Cette nation m'honore des lèvres, mais leur cœur est éloigné de moi. Qu'est-ce que chanter ou réciter extérieurement pendant que l'esprit s'occupe volontairement des embarras du ménage ou bat la place publique, si ce n'est tromper Jes hommes et se moquer de Dieu? Est-ce donc en pure perte qu'il est écrit: Maudit soit celui qui fait l'œuvre de Dieu avec une frauduleuse négligence?
Ces autorités et autres semblables qu'indique le P. Alexandre (2). portent leur preuve avec elles. L'office divin est essentiellement une priére; c'est l'euvre de Dieu; c'est, après l'augusie sacrifice, le plus grand hommage que nous puissions lui rendre. Et qui doute que toutes ces considérations ne nous obligent à le dire avec tout le recueillement dont nous sommes capables? C'est donc avec bien de la sagesse et de l'équité ge. le clergé de France dans son assemblée
le 1700, si formidable aux mauvais casuistes, proscrivit comme directement contraire à la parole de Dieu, comme favorisant l'hypocrisie, comme réprouvée par Jésus-Christ.
et par les prophétes, celle proposition de Caramuel : On satisfait au précepte de la réci tation lorsque volontairement on ne prie que du bout des lèvres, sans prier de cœur et d'esprit (3). L'auteur avait fait l'essai de son système; et il avoue avec une scandaleuse ingóni qu'il avait des distractions quelquefois involontaires, quelquefois consenties, mais qu'il n'en avait ni doute ni scrupule, parce qu'il élait bien el düment persuadé qu'à la vérité l'attention intérieure est une bonne chose, mais qu'on peut s'en
(1) Concil, Lateran. iv, caa. 17; et refertur cap. Dodenies 9 de Celebrat missar. Coacil. Trevirense n, au. 1549, cap. 6, e Ones qui boris canonicis pensoh endis deputati unt, dent operam ut collectis animis, leri potest, debitam. en sbsolvant; nec ita ^ habeam ut d voce ot, quidvis pouius quam Deum animo cogitas videsatur; semper caventes ne prophelicum illud aodia Labiis awidem me honorant; cor axtem eoriwn longe esi a
passer. Distractiones non evito, (nsoluntarias millies, interdum etiam voluntarias ; et nihilominus nullo crucior sérupulo , nullo dubio angor, qui prudenter suppono me ad attentionem. internam non teneri; eam. habere bonum esse, et ea carere ne quidem levem esse culpam, eic. C'est en grande partie à la mauvaise probabilité que sont dues ces horreurs : qu'on juge de l'arbre par les fruits.
Nous remarquerons en passant qu'on a mis celte monstrueuse opinion sur le compte de certains théologiens qui en étaient fortéloignés. Azor est de ce nombre : il décide nettement qu'il y a péché mortel à réciter l'office avec des distractions volontaires NA n est vrai qu'il n'est pas si ferme quand il faut définir s'il y a obligation de répéter, et par conséquent de restiluer en cas qu'on y manque; mais enfin il se déclare avec Navarre et Sotopourl'affirmative, comme étant plus probable et plus conforme au sentiment des
ersonnes qui ont de la science et de lapiété.
cclesia. enim, dit-il, non solum precipit ut recites, sed etiam ut attente reciles. Tl serait aisé de faire voir que Vasquez, Sanchez, Lessius, Valentia et Soarés, que j toujours préféré à bien d'autres, ont posl le méme principe, quoiqu'ils en aient quelquefois trop resserré les conséquences.
8. Mais quellesraisons ont pu déterminer à unsimauvaisparli des personnes qui, comme Caramuel, ne manquaient point d'esprit, et qu'on ne peut soupconner d'irréligion? Les voici. La premiére est que l'Eglise ne peut commander les actes purement intérieurs, ct que l'attention est de ce nombre. La seconde est qu'un homme involontairement distrait n'a pas plus d'atlention que celui dont les distractions sont volontaires, et que malgré cela à som obligation. La troisième, c'est que le mode, la manière de la loi ne tombe pas sous le précepte de la loi : Modus legis non cadit sub legem. C'est de ces principes qu'on a conclu qu'ane communion sacrilége remplissait le devoir pascal. En faudrait-il davantage pour faire sentir combien il est dangereux de leur donner trop d'étendue?
Pour y répondre en deux mots, je dis, 1* qu'il n'est point sûr que l'Eglise ne puisse commander les actions intérieures. Et quand méme elle ne le pourrait faire directement, elle le pourrait toujours d'une manière indirecte, parce qu'elle peut commander une aclion qui ne remplisse scs vues, que lorsqu'elle se fera aveccertaines dispositions d'esprit et de cœur. C'est ainsi qu'en faisant une loi de la confession annuelle, qui n'est qu'une action extérieure, elle commando par une suite nécessaire , l'examen de conscience qui doit la précéder, et qui ne fut jamais une action mécanique. C'est ainsi
me. Quid autem est voce quidem p«allere, mente autem domum aut forum circouire, nisi bomines fallere et Deurs
irridere?»
(3) Nat. Alexander, reg. 8, psg. 6b.
(5) Lisez, ou plutôt ne lisez pss cet écrivain, In Theolog. Regal t. ASTA, pag. 07.
(à) Autor, tom. 1, lib. x, cap. 12, q. 6, p. 686; cap. 14, q 8, p. 614.
sm encore quen ordonnant à ses ministres de conférer les sacrements , elle leur prescrit d'avoir ce genre d'inlention dont le défaut rendrait leur célébration ou nulle ou du moins illégitime. Eh ! que serait-ce donc que VEpouse du Fils de Dieu, cette Eglise sainte, dont la beauté, comme celle de la fille de Sion, vient de l'intérieur, si son pouvoir se bornait à un corps sans âme, sans mousvement et sans vie ?
J'ajute avec un théologien de Paris que quand cetle objection serail en général aussi solide qu'elle est frivole, elle ne conclurait rien en faveur des bénéficiers, que les casuistes voulaient principalement ménager.
Supposons pour un moment que l'Eglise ne peut leur commander l'attention intéricure, on ne niera pas qu'ils ne puissent s'y engager; comme un pauvre à qui je fais l'aumone peut me promettre de prier pour moi avec attention. Or je ne crois pas qu'on s'avise jamais de nier qu'un homine qui reçoit un bénéfice s'engage au moins implicitement à prier pour les fondateurs d'une manière
ui leur soit utile. Le fera-t-il sans atten-
lion ? Oui, dil l'indigne écrivain que j'ai déjà
.cité (1) ; et cela ne souffre pas de difficulté. Non, dit la religion avec le clergé de France;et il n'y a que l'hypocrisie qui puisse penser autrement.
Je dis, 2* qu'il y a une différence totale entre deux hommes dont l'un n'est distrait que malgré lui, l'autre se repafl volontairement de pensées étrangères ou mauvaises. Le premier fait ce qui dépend de lui pour plaire à Dieu. ll gémit de ses absences ; il ne rétracle point ce premier mouvement d'attention el de piélé, avec lequel il a conjuré le. Seigneur de lui faire trouver grâce devant lui. Est-il surprenant que celui qui connafl tout le faible du limon dont il a formé l'homme, ne lui impute pas des misères par lesquelles il veut l'éprouver (2)? C'est , dit si bien Rodriguez, c'est un père qui va voir son fils en délire. Ce dernier lui parle d'abord raison, et táche de lui prouver sa tendresse. Un moment aprés il bat la campagne : mais jusque dans ses écarts on voit qu'il est fils : la seule voix de celui qu'il aime le rappelle à lui-même. 11 est vrai qu'il retombe bientôt; mais c'est la force du mal, et d'un mal dont il n’est pas matire, qui le fait retomber. Quelle comparaison d'up homme si bien disposé avec celui qui pose pour maxime, que pourvu qu'il remue les lèvres et qu'il articule bien, l'Eglise n'a rien à lui demander; que si elle allait plus loin, elle passerait les bornes de son aulorité ; et qu'on ne serait pas obligé de lui obéir (3)?
1) Qui eum sola attentione extrinseca legit horas, satisfaelt... ergo clira controversiam meretur. Caram., ibid., 2. 1279. Eiamsi morose deleciaretur de re lets. Inid.,
(2) Quomodo miseretur pater flliorom , misertus est Domiuus timentibus se; quoaiam ipse cogaovit ügmentum nosiunn. Psal. eu, 18.
(5) Licet per impossibile devotlo Interna præciperetor, non teneremar obrdire; quia legislator excederet limites sus iurisdictionis, Caram., a. 1376, p. 598.
Je dis enfin que le prétendu axiome, Mo.
dus legis non cadit sub legem, ne pent regarder les préceptes dont la manière fait l'& me ct la parlie essentielle : el telle est sang doute l'attention par rapport à la prière, Elle en est moins un mode que la substance, Oa le Fils de Dieu nous a trompés, ou le simple mouvement des lèvres ne fut jamais oraison.
9. Mais poursuit-on, il est sûr qu'un honme qui se distrait volontairement lorsqu'il récite son office, pèche contre le droit naturel. Or, il ne péchera plus dans notre sentiment, parce qu'il ne peut pécher qu'en priant mal, ct quon ne peut dire qu'il prie mal quand il fait une action qui, par cela seule qu'elle est faite sans attention, n'est plus selon nous une véritable priére.
Ce raisonnement, que l'on troure dam Platel, dans la Croix (4) et dans vingt autres, prouve évidemment, comme je l'ai va remarquer par un grand évêque, et temps après par Benoît XIV, que rien n'est plus dangereux en morale qu'une vais et
ointilleuse métaphysique, qui embarrasie esprit et ne l'éclaire pas. Un homme volontairement distrail ne péchera plus, pare que son action n'est plus une vraie prière.
Rareet sublime découverte! Son action n'eit plus une vraie prière! Mais ne doit-elle pas l'être? Mais sa dissipation volontaire ne blesse-t-elle point le respect qui est dû à l'E crilure, aux instructions des Pères, aux oraisons qui composent l'office ? Mais n'y a-til ni dérision, ni mensonge, ni hypocrisie à prendre sans aucun sentiment de religion le ton, l'accent el le langage d'un homme qui supplie ? Mais le prince, s'il pouvait sonder les cœurs, serait-il content d'un coupable qui à l'abri d'une pareille subtilité préten-
rail ne l'outrager pas en lui demandant ea termes magnifiques une grâce dont son esprit ne serait nullement occupé? C'en et irop pour une puérilité, par laquelle il u'y aura de séduits que ceux qui sont déterminés à l'être. Poursuivons.
10. 11 suit du principe que nous venons d'établir qu'un bénéficier qui a des distraclions volontaires pendant une partie cousidérable de son Bréviaire pèche mortellement. Et de là je crois pouvoir conclure qu'il est obligé à restituer au prorata de sa faute. ll est vrai que quelques-uns de ceux qui accordent la première conséquence ne passent pas la seconde. Parce que, disent-ils, la loi de la reslitution étant pénale, ne doit s'entendre que de ceux qui omeltent absolument le Breviaire; el que le bénéficier dont il s'agit le dit d'un bout à l'autre, quoiqu'il ne le dise pas bien (5).
Mais s'il est vrai devant Dieu quc, ne dire
4) La Croix, tom. T, lib. tv, n. 1541, p. 648. (5) Tum ob doctorum auctoritatem, 'quae moe est cottemnenda, tum ob rationes non levihus fondameatis # uixas, saltem quia non constat adesse ptum de aettione" interua in. recitatione divial Mat. non »elerca ad restitutionem damnare beneficiarium qui bune &de off cinm recilsssel eum distraciione volontaria, et boss lue iter fructus percepisset, prout ab ea excusasL [taS Al Liguori, I. ww, n. 177. La Croix, l. rv, n. 1313, et apo! ges Sotus, Tolet, Azor, B. Medin, Garcia, Gobot, etc...
iot et dire mal, c'est la même chose; que l'üglise n'avoue ni ne peut avouer comme faile en son nom, une priére d'illusion et de mensonge ; qu'en exigeant la récitation del'ufüce, elle exige un acte de religion;
u'ane prière labiale n'est à ses yeux, comme deux d son Epoux, que de l'or réprouvé:
if est évident qu'on ne donne trop d'étendue ai à ses lois ni à ses peines, quand on y assujettit ceux qui violent si pleinement les premières, et qui mérilent si bien les seconde!
Mais de quel genre d'attention a besoin une personne qui, s'il était possible, voudrail se mettre en règle devant Dieu, et n'avoir rien à se reprocher? Rappelons-nous que l'attention est ou actuelle, ou virtuelle, elc. ; qu'elle peut ou se fixer au sens des paroles, ou s'attacher à Dieu, elc. M
11. Cela posé, il faut dire avec tous les théologiensque l'attention actuelle n'est pas nécessaire, que l'attention habituelle ne suffit pas ; qu'il faut donc et qu'il suffit d'avoir celle espèce d'attention que nous appelons virtuelle.
L'attention actuelle n'est pas absolument négessaire : toute la théologie en convient, etelle a bien raison. Une attention suivie, el qui ne se démente jamais, passe les forces des enfants d'Adam. Un homme qui ne perd presque jamais de vue la présence de Dicu est dans l'ordre de la grâce un phénomène
lus rare que les comètes ne le sont dans l'ordre de nature. Notreimagination volage nous emporte malgré nous. La crainte des distractions suffit seule pour en procurer, Les nou velles qu'on sait, et celles qu'on attend en donnent. Où en serions-nous si lout cela nous était imputé? au système de Calvin ou à quelque chose d'approchant.,
12. Pour entendre ceci un peu mieux, arrêler les conséquences que l'erreur et l'a.
mour-propre tirent quelquefois des principes” les plus raisonnables, il faut remarquerqu'il ya des distractions 1 » Sans être volontaires en elles-mêmes, le sont dans leur cause.
ll y a peu de gensassez impics pour vouloir, lorsqu'ils se mettent à dire leur office, penser à loule autre chose qu'à leur office; mais ily a bien des gens assez peu précautionnés Pour ne pas voir que le commencer dans cerlaines positions, c'est s'exposer à le dire lrés-mal. Un homme qui au sortir d'une dispute longue et animée, d'une compagnie eni- Vrànte , d'un entretien plein de bagatelles , el de ces bagalelles qui attachent, qui font sensation, qui dérobent l'âme à elle-même ; un homme qui dans ces conjonclures passe d'ane salle dans une autre, et dés le trajet commence son Bréviaire, peut-il se flatter, lorsque son imagination et quelquefois son
Notant communiter quod si quis, advertens se distrahi, habeat mediocrem diligentiam ad aitendendum, nullo modo peccet. S, Alph. de Lig. l. iv, n. 177.
icet recitans semiplene adverteret ad distractionem et venlaliter. ret, adhuc tamen. substantialiter officio ilisfsceret. Ibid.
{1) Cest l'auteur d'un livre. intitolé : l'Image d'une re
t parfaite t d'une imparfaite. 1l remarque qu'il y 2 des disiractions qu'on pout noinmer distractions du cœur,
Orr 8g?
cœur lui rappelle tout ce qu'il vient de dire el d'entendre, que sa langueur elsa dissipation n'ont rien de volontaire ? Pour décider, jene demande qu'une minute de réflexion : mais pour se dire sérieusement el devant Dieu, que l'on est très-souvent dans lecas, il faudrait quelque chose de plus. Une heure ne sufüt pas toujours.
Au reste, je pense différemment d'un ecclésiaslique qui , occupé du malin au soir des fonctions du miuistére, ou d'une étude qui est dans l'ordre dela Providence, ne peut si bien en effacer les vestiges, qu'ils ne vieunent souvent à la traverse. Ces pensées, lors méme qu'elles se trouvent où on ne les voudrait pas, y portent l'empreinte de la charité qui en est le principe: et le maître que nous servons est trop bon pour condamner les suites inévitables d'une opération qni ne se fait que pour sa gloire. Il ne faut point s'en troubler, ni faire de grands efforts pour s'en délivrer , mais se contenter d'en détourner son esprit, pour les laisser passer comme des nuages et des ombres que l'on. méprise, et
ue l'on ne veut pas seulement envisager.
ela est plus utile contre ces distractions, que les grands efforts et les violences qu'on se voudrait faire, et qui troublent souvent et affaiblissent l'âme plus que le mal même qu'on veut chasser. C'est le conseil que donne un auteur cité dans les Conférences de La Rochelle (1).
On serait sans doute moins indulgent pour ces ouvrages profanes qui ne sont bons que pour la cusiosité, dont ni VEg , ni l'Etat n'ont besoin; et qui quelquefois sont plus propres à nourrir les passions qu'à orner l'esprit
Mais quelque confiance que doive avoir en Dieu le ministre qui s'efforce de lui donner tous ses moments, il est toujours de l'ordre que pour réciter saintement son office, il choisisse, quand cela se peut,le temps le plus favorable, qu'il ne s'y melle jamais qu'aprés avoir élevé son cœur à Dicu, qu'il S'accontume à commencer par un acte de contrition. Si par un malheur qu'on ne peut trop déplorer, tout ou presque tout ne devenait pas roulive, quel acte plus sérieux de douleur que dans ces paroles d'uneoraison
ue nous disons sans cesse : Dimitte nolis debita nostra, elc? Je reviens.
L'attention habituelle ne sufüt pas. Cette sorte d'altention, si c'en est une, ne consisferait qu'à dire des prières par habitude, saus les avoir offertes à Dieu avant que de commencer, sans les lui offrir pendant qu'on les continue, et l'esprit appliqué à toute autre chose. Or, ce n'est pas là avoir une vraie attention : c'est réciter sans penser, à peu près comme les personnes quiparlenten dormant (2).
parce qu'elles viennent de l'attache qu'on a pour quelque Chose que Dieu ne nous oblige point d'aimer, ou qu'il ue veut pas que nous aimions de la sorte. Il ne donne d'autre remède pour celles-ci que de se défaire, autant que l'on le Dieu, de ses mauvaises Labituc
plotót l'unique. Confér. de La Rochelle,
pag. 46 (2) Gonfér. de La Rochelle, $ 9, pag. 463
13. L'attention virtuelle suffit : c'est-àdire qu'il faut.commencer avec une attention actuelle, la soutenir autant qu'on pent, n'admettre aucune distraction volontaire; ne s'effrayer point lorsqu'on s'aperçoit qu'il s'en est glissé malgré nous, et continuer en esprit de paix et de tranquillité jusqu’à la fii
Quoiqu'il arrive souvent que dans ces occasions un homme de bien ait lieu de gémir de sa misére et de sa dissipation, il ne doit
oints'accoutumer à répéter son office; et les confesseurs doivent le défendre, surtout à ceux de leurs pénitents quisont scrupuleux ou disposés à le devenir. Les répétitions ont deux inconvénients. Elles servent à peu de chose, et elles peuvent beaucoup nuire. Elles servent de peu, parce que la seconde no vaut souvent pas mieux que la première.
Elles sont très-dangereuses, parce qu'il en naît des troubles de conscience, des perplexités qui ne finissent point, un mortel dégoût pour le service de Dieu, une espèee d'aratissement de l'homme tout entier, une impuissance de s'appliquer à quoi que ce soit, et quelquefois un si grand bouleversement de téte, que, pour éviter des suites plus fâcheuses, il faut avoir recours aux supérieurs pour en obtonirdispense.
ll y a donc ici, comme ailleurs, deux excès à combaltre : une présomptueuse et folle sécurité, qui fait qu'on osede bul en blanc traiter avec Dieu comme l'on n'oserait trailer avec son égal; une crainle excessive, une fausse idée de perfection, qui dans ce séjour de trouble et d'anxiété voudrait le calme profond qui ne convient guére qu'aux babitants du ciel. Tunc in toto corde clamatur, quando aliunde non cogitatur, dit saint Au-
ustin (1). Mais, poursuit ce grand docteur, f 'ales orationes rare sunt multis, crebræ autem paucis : omnes vero utrum. cuiquam, nescio. Et dans un autre endroit (2) : Examinons nolre cœur sans nous [latter , car il n'y a rien de moins raisonnable que de se séduire soi-méme. Que d'agitations, que de vainespensées au dedans de nous-mémes | Souvent nos oraisons en sont semées. À peine notre cœur peut-il se fixer à son Dicu. 11 le voudrait, et Gumoment il s'échappe à lui-méme. 1| s'évapore, il court à droiteet à gauche, sans trouver ni obstacles ni barrières qui l'arrétent. Si dans ces maximes il y a de quoi humilier, il y a un peu de quoi consoler (3).
1%. Dussé-je ennuyer à force de m'appesantir sur celle malière qui n'est pas encore épuisée, j'emprunterai du religieux Pierre le Fèvre quelques moyens dout on peut se ec vir pour avoir et pour conserver l'attention dans les divins offices. Ce saint homme, qui connaissait par expérience leur efficacité,
(1) August, serm. 29 la pes. erm, n.1, tom. IV,
pag. 1454.
à) Dicsm tamquam homo in bomlotbus et ex homipibus. Ferat quisque cor suum, et intuealur se sine adulatione et palpatione. Nibil enim est stultius quam ut seipsum quisque palpet atque seducat. Attendat ergo et videat duanta aguulur in corde humano, quemadmodum ipse erumque orationes implesntur variis eogitationibus, ita Vt vix stet cor ad Deum suum, et vult se tenere ul stct et
. quodam modo fugit a se, nec invenit esocellos Lee]
veut qu'avant de commencer on s'occupe de la passion du Sáuveur, qu'on se propose d'imiter le saint dont on fait l'office, d'éludier ses paroles ou ses actions ; que dans le cours dela récitation on élàve par de courtes et ferventes aspiralions son esprit à Dieu; quon fasse avec soi-même un pacte de bien
ire le psaume courant; qu'on se rappelle la présence de Dieu et le bonheur attaché à un exercice qui fait le plaisir des saints peadant l'éternité; qu'on s'afflige en passant d'une prière à l'autre, quand la première n'a pas bien réussi. llajoute, et cela s'entend, qu'il faut. choisir un lieu commode, et bannir autant qu'on le peut, toute idée des affaires du jour et des inquiétudes du lendemai
16. Jecrois aisément qu'un bomme si exad n'aurait pas regardé comme affaires bien compalibles avec la grandeur et la décence de l'office divin celles qui suivent, et que je transcris de deux théologiens : Satufacit qui orat non omninaproperanter se vesliendo, exuendo, colligendo herbas, vel wtas, insiruendo focum, pectendo caput, calceande, manus et faciem lavando, prospiciendo in ri pam vel fluvium ; à quoi quelquesuns ajo lent, aptando calanum scribendum. À la bonne heure, qu'on rassure un ecclésiaslique qui extrémement pressé aura sor la fa
le son Bréviaire fait quelqu'une de ces actions : mais du moins faut-il dire qu'en général un homme qui craint el qui respecte Dieu neseles permet point. Il (aut même, avant que d'entamer le Bréviaire, disposer si bien lout ce qu'on doit dire, qu'on ne cherche point une leçon pendant qu'on (init un psaume. C'est ici que doit avoir lieu cet avis du Saint-Esprit : Faites valoir tout lr bien que l'on vous confie, et qu'il n'y eai pas une partie qui vous échappe (+).
* 106. Mais quel doit être l'objet de notrealtention lorsque nous récitons les dirins ok fices? Le sentiment commun est qu'il n'est Pas nécessaire qu'elle se porte au sens des paroles, mais qu'il suffit qu'elle aiile à Dieo, considéré en lui-méme, ou relativement à nos besoins; bien entendu qu'on aura grand soin de bien prononcer tout ce qu'o es chargé de dire.
La première partie de cette réponse est fondée sur ce qu'il ya bien des personnes obligées aux heures canoniales, qui ne sost pas en élat deles entendre. Tels sont de jee mes clercs encore peu avancés, el presque toutes les religicuses qui n'entendeot potet la langue de l'Eglise.
La seconde partie se prouve par la salut. | méme de l'office. C'est une prière et une prière vocale. Or, dès lors elle demande us
includat, aut obices quosdam quibus retineat a suas et vagos quosdam motus, et stet jocundari a Deo sas Idem in psalm. Lx xv, n. 7, p. 905.
(3) Ut dicatur aliquis oic non satisfacere, nw sss requiritur ut voluntarie se distrabat, sed plene ajrerut # distrahere. S. Lig. n. 171.
(4) Parücula boai doni non te pratereat. Eccl. s» 4
prononciation exacle et une élévation de l'esprit vers Dieu.
17. Que ce dernier genre d'attention, qu'on peut nommer spirituelle, suffise à ceux qui we peuvent en avoir d'autre, c'est ce qu'il est trés-aisé de concevoir : l'on ne doit que ce que l'on peut ; mais qu'un homme dans les saints ordres, qui gráces à Dieu est en état de saisir en grand ce qu'il y a de plus beau, de plus touchant dans les psaumes, s'occupe d'autre chose, c'est ce qui ne parall pas bien dans l'ordre. L'Eglise n'ayant dirigé ses offices que par la conduite du Saint-Espril, qui ne l'abandonne jamais, on doit regarder les pensées et les affections saintes qui y sont renfermées comme les seules offrandes que Dieu veut que nous lui fassions pendant que nous sommes occupés à ce saint exercice. C'est donc en quelque façon aller contre l'ordre de Dieu, et faire autre chose que ce qu'il demande de nous, que de vouloir en ce temps-là nous entretenir d'autres pensées, quelque saintes el dévotes qu'elles nous paraissent. C'est l'instruction que saint Bernard donnait à ses religieux. Il voulait que pendant la psalmodie ils ne pensassent qu'à ce qu'ils chantaient : Nihil aliud dum psallitis, quam quod psallitis cogitetis. Ce n'étaient às seulement les pensées saines ou celles de leurs emplois qu'il prétendait bannir d'eux, c'était le souvenir de leurs pieuses lectures ou de ces magnifiques entreliens qu'il leur faisait, et que nous admirons encore aujourd'hui, qu'il leur conseillait de mettre à l'écart. ]l convenait bien que ces pensées élaient salutaires en ellesmémes, mais il ne jugeait pas qu'il füt salulaire de s'en nourrir pendant que Dieu fournissail dans les psaumes un autre genre de nourrilure : Salubria sunt, sed minime illa
inter psallendum revolvitis. C'est, ajoutait-il, que l'Esprit-Saint n'agrée pas Qu'on lui offre uñe bonne chose quand on doit lui en offrir une autre : Spiritus enim sanctus illa hora. gratum non recipit quiduid aliud quam debes, neglecto eo quod de-
es, obtuleris (1).
Il paraît bien que saint Augustin élait du méme avis, lui qui veut. qu'en récitant les saints Cantiques ‘du roi-prophéte, on prie quand le psaume prie, on gémisse quand il Bémit, on espère, oncraigne, on se réjouisse,
uandon y trouve des seüliments de joie,
e crainte, d'espérance : Si orat. psalmus, orate; et si gemit, gemite; et si gratulatur, gaudete; et si sperat, sperate; et si timet, timete. Omnia enim qua hic conscripta sunt, speculum nostrum sunt (2). °
Cassien disait à ce méme sujet qu'un solilaire qui a assez de force pour s'élever et pour se nourrir des plus hauts mystères qui nous ont été enseignés par les prophèles et par les apôtres, doit exciter en luiméme toutesles affections qui sont exprimées dans les psaumes et les chanter comme si €’était lui et non le prophète qui les eüt com-
(1) Saint Bernard. serm. 47 in Cant., num. 8, tom. I, Pak. 1431.
(3) August conc. à in Psalm. xxx, n. 1, p. 162.
posés : Omnes psalmorum affectus in se recipiens, ita incipiet decantare, ut eos non tanquam a propheta compositos, sed velut a se editos, quasi orationem propriam profunda cordià compunctione depromat (3).
A ces réflexions qui sont solides et bien prouvées, l'auteur dont je les emprunte (5) ajoute, 1* que les pensées qui nous paraissent plus saintes, et où nous trouvons plus de goût, plus de dévotion sensible, ne sont souvent que des éblouissements causés par l'amour-propre ou méme par le démon, qui tâche de nous faire prendre une vaine complaisance dans nos prières, afin d'empécher par ce moyen le fruit qu'en remportent ceux qui suivant avec humilité l'ordre de l'Eglise, ne cherchent d'autres entretiens avec Dieu que ceux que celle sainte mére trace à ses ministres dans les paroles qu'elle leur fait prononcer; 2* qu'on ne parle raisonnablement et comme doit faire une personne sage, quelorsque les paroles de la bouche rendent les pensées de l'esprit et les: sentiments du cœur.
Voilà, poursuit-il, ce qui paraît le plus dans l'ordre de Dieu, etle plus conforme à l'esprit de l'Eglise. 7! ne faut cependant pas condamner ceux qui n'ont qu'une attention générale à Dieu, ou qui pendant l'office s octupentde quelques autres pensées de piété etde dévotion que celles qui nous sont marquées par les paroles que nous pronongons. La légèreté de notre esprit ne nous permet pas d'étre toujours les matires de noi pensées. Il ne s'échappe que trop souvent, malgré que nous en ayons : et ainsi quand nous ne pouvons l'arréler au sens des paroles de l'office, c'est toujours beaucoup que de lui donner Dieu pour objet.
Mais de plus, ceux qui n'ont pas l'intelligence du sens des paroles ne peuvent avoir d'autre attention : il leur suffit donc, quand ils assistent à l'office divin, qu'ils chantent avec le chœur ou qu'ils récitent en parliculier, de se tenir en la présence de Dicu, de 46 joindre de cœur aux prières de l'Eglise, de vouloir entrer dans tous ses sentiments, ou de s'entretenir dans la méditation de quelque mystère ou de quelque autre pensée de dévotion.
18. Me permeltra-t-or d'ajouter à ces judicieuses réflexions qu'il serait à souhaitet que tousles ecclésiastiques eussent une tra.
duction française du Psautier, el qu'ils y joi gnissent au moins un pelit commentaire. ll n'ya personne, quelque habile qu'il soit, qui se suffise seul pour l'intelligence de 1{ sublime poésie des Cantiques de David.
Ceux mêmes qui les ont longtempsexpliqués sont quelquefois obligés de revenir sur leurs pas, et de recourir aux interprétes. Nous n'en manquons pas aujourd'hui ; et s'il y en dont la longueur effraie, il y en a qui disent en peu de mots tout ce qu'il suffit de savoir. Tout le monde connaît le prix du travail qu'ont fait sur cette matière Géné-
g Cassian. collat. 10, cap. 41.
4] Confér. de La Rochelle, $ 37, psg. 451.
brard, Ferrand, Bellarmin, etc. J'y joins toujours volontiers les notes de Bcllanger, parce qu'elles développent très-bien le sens littéral. Or ce sens, qui cst celui de l'Esprit- Saint, ne peut manquer d'avoir des richesses que n'offriront jamais toutes les allégories des hommes. L'illustre François de Galaup de Chasteuil, que sa retraile et sa pénilence au mont Liban ont rendu si (ameux dans le derniersiècle, trouva dans la seule lettre de l'Ecriture le germe de toutes les vertus qui l'ont fait admirer, et dans la Provence sa patrie, et daos les régions les plus éloignées (1). Mais il faut avouer que les livres sont relatifs au goût de ceux qui les lisent. Feu Mgr de Mérinville, évêque de Chartres, trouvail dans l'Inconnu sur les Psaumes des beautés qu’il ne découvrait point ailleurs. J'en ai yu dont les louanges n'étaient ni mendiées, ni suspectes. qui croyaient en lisant Bellarmin lire l'Esprit- Saint qui l'avait inspiré. Qu'on snive donc son attrait: maisqu'il ne soit pas dit qu'un bénéficier qui récite son Bréviaire depuis trente ans reste muet lorsqu'on lui demande cequeveut dire, Tecum principium in die virlutis tue.
, 19. Ce que je dis des ministres de l'Eglise, je l'étendrais volontiers, mais avec proporlion, aux vierges consacrées à Dieu. Seraitce pour elles un fardeau trop onéreux de lire chaque jour un ou deux psaumes dans la belle traduction qu'en ontdonnée ou Mgr Languct, archevêque de Sens, ou le R. P. Lallemand de la compagnie de Jésus? Ne pourraient-elles pas au moins savoir peu à peu l'argument de tous les psaumes, et par là étre plus à portée d'en prendre d'une manière un peu plus distincte l'esprit el les sentiments ? Malheur à moi, disait par humilité saint Bernard, et je dois le dire par juslice : malheur à moi qui donne des leçons que je nesuis pas! Au moins voudrais-je être le premier à les mettre en pratique. Je me repens d'y avoir été si peu fidèle : je suis fâché d'y manquer encore. Faites, Si gneur, que je n'y manque plus. Super singula verba divine Scripture diligenter intendas. Non quod ego ista faciam dico; sed quod facere vellem, et non fecisse. panitet, et non facere piget (2). Hélas! continuait ce grand omme, Dieu visite toutes les montagnes qui m'environnent. Le centenicr Corneille m'offre des militaires qui dans la plus tamultueuse profession savent donner une parlie de leur temps à la prière. Clotilde me présenle des rcines qui par leurs soupirs font descendre suc un peuple infidèle la grâce qui refond les cœurs el qui les justifie. Je trouve sous le Loit le plus rustique et dans les plus brutes campagnes des hommes rithes en foi, qui, comme le roi-prophéte, se lèvent au milieu de la nuit pour glorifier le nom du Seigneur, et pour attirer ses miséri-
(1) Foyez le livre intitulé, Vie de de Cbasteuil, solitaire du mont Liban, par Marchery, prêtre de Marseille, Parth an pee S 46 i. Mabil M,
b. ModitaL cap. 6, n. 16 édit. Mabil., tom. IT, pag. K Le P. Mabillon ne croit pas que cet ouvrage vods
cordes. Plus à plaindre que les montagnes de Gelboé, il n'y a pour mon cœur ni pl n rosée (3). Desséché, consumé par le mes passions, je ne découvre en moi que cette terre de rebut où il ne croft que d:s épines et des ronces, et dont le dernier sort cst d'être réduite en cendres. Percez, Seigueur, percez ma chair de votre crainte, et que celle crainte salutaire soit la première grâce qui me rappelle à vous.
Cap. VIII. — Des causes qui exemptent de la récitation de l'office.
1. Deux sortes d'impuissance de dire l'office L'impuissance physique en dispense, mais elle n'excuse pas toujours de péché.
— 3. Celui p ne peut dire une partie ds l'office est-il obligé à l'autre? et s'il m'en peut dire aucune, est-il obligé à quelques autres prières? — &. Objection ef réponse.
— 5. Un prétre qui a perdu l'usage des yeux doit-il prendre quelqu'un pour réciler avec lui? — 6. Un chanoine sourd et aveugle est-il obligé d'assister au chawr?
— 1. Décisions sur l'oubli, l'ignorance et le doute. — 8. Impuissance morale :
ase trouve t-elle? — 9. Règles pour les ces de maladie. — 10. Le danger de mort ou ds blasphème peut excuser chex les infiddles.
— 11. Les devoirs decharité ezcusent auñ.
— 12. Si on les prévoit, il faut anticiper l'office. — 13. Remarques importantes. — 1^. Les voyageurs ne sont. pas exempts & l'office. Bien gui peucent faire avec des séculiers. — 15. Peut-on, et qui peut dispenser, ou être dispensé de l'office? — 16.
Un enfant à qui le pape confère un bénfet est-il toujours exempt du Bréviaire? — 17. L'évéque peut-il quelquefois en dirpenser? — 18. Peut-il permettre à un jeux bénéficier de dire le petit office au lieu ds grand? — 19. Restriction importante.
Si quelque chose peut dispenser de l'offce, cest l'impuissance de s'en acquitter, puit u'elle dispense de toutes les autres obligadons. Mais comme on prend quelquefois
l'ombre de l'impuissance pour l'impuissance méme, el qu'on peul regarder comme totale celle qui n'est que partielle, cette matière demande de nous une discussion plus étendue.
1. L'impuissance est ou physique, ou morale. On est à l'égard de l'office dans le cas de la première, lorsqu'on ne peut absolument le réciter. Tel est l'état d'un bomme qui n’a point de Bréviaire, qui ne peut s'en procurer, el qui ne le sait pas par mémoire.
On est dans le cas de la seconde, quand on ue peut réciter l'office sans s'incom considérablement. Tel est l'état d'on bon nombre de malades. On peut rapporter l'ivolontaire à l'impuirsance physique, el certains devoirs pressaals de charill à l'impuissance morale.
saint Bernard. .
(3) Heu! omnes montes in circoita mee visit Domiess, ad me autem nou aj qua eic. S. Beraard. serm. S 10 Cantica, n. 8, tom. I, p. 1493.
2. Tout le monde convicnt que l'impulssince physique , comme étant la plus forte, la plus invincible de toutes, dispense de la récitation des heures canoniales. Mais il faut bien remarquer qu'elle n'excuse pas toujours de péché, parce que , comme nous l'arons dit des distractions , elle peut être volontaire dans sa cause. Ainsi un homue qui aurait perdu au jeu son Bréviaire, ou qui en sembarquant l'aurait jeté dans la mer , n'en serait pas quitte devant Dieu pour dire qu'il se lai est pas possible de le réciter, On remonterait à la source de son impuissance, et »» ne manquerait pas de la trouver coupable. Cependant comme les miséricordes de Dieu sont infinies, il pourrait par un déplaisir sincère arrêter le cours de sa faute, rentrer en gráce..On ne demande pas à aa bomme qui a ruiné son tempérament par la débauche de jeüner le Caréme, mais on lui demande de gémir des excès qui l'ont nis hors d'élat de suivre le train commun des fidèles.
Ce que nous disons d'un ecclésiastique qui se serait défait de son Bréviaire , il faut le dire à proportion de celui qui aurai! néfigé de le prendre en partant pour un lieu où il n'était pas sûr d'en trouver un. Ce serat autre chose, si par un accident qu'il t'aarait pu prévoir, il n'en trouvait point où il devait naturellement en trouver.
3. Mais un ecclésiastique qui faute de Bré- "lire ne pourrait dire matines ct laudes , si l obligé de dire les petites heures, quil a dans son Diurnal, ou qu'il sait par cœor? Et s'il n'en pouvait aucune, parce qu'il n'en sait point, il tenu de faire quelque autre prière pour dédommager l'Etlise? Cette difficulté a deux parties : il faut tsexaminer l'une aprés l'autre.
Quelques théologiens cités par Dominique Viva ontcru que, lorsqu'on ne peut réciler à plus grande partie de l'office, on cst dis- »nsé du tout. Ils en donnaient pour raison, qoe, selon le droit, la partie dominante at- Are à soi la moins considérable (1); que l'ac- #uoire suit le principal; que toutes les heures ne forment qu'un toul indivisible; que Eglise demande ce tou en entier; et qu'ainsi 3lle n'exige rien lorsqu'on ne peut lui dontr qu'une portion de ce qu'el'e exige.
Ces principes étaient d'autant plus com-
, qu'on se gardait bien d'en resserrer ls conséquences. Au moyen de ces belles maximes, un homme qui ne pouvait jeüner la plus grande partie du Caréme n'était point du tout obligé de jeüner; celui qui ne pouvait faire maigre à diner pouvait souper le soir; celui qui ne pouvait entendre la meilleure partie de la messe s'en retournait lranquillement chez lui lorsqu'il la trouvait Avancée, C'est dommage que, par la méme raison, celui qui devait cent pisloles, ne fût déchargé du tout lorsqu'il n'en pouvait payer
V) Vid. eap. 1, de his que flunt a majori , elc. m stie aequi congrolt Pool. Reg.
(3) Qui non potest recitare matativum et laudes, potest 4 (5) La preu
Men reliquas oras, ad nihil tenetur; quia major pars ad
orr 090
que quarante. Malheureusement les dettes sont du ressort d'un tribunal, qui consulte plus la nature que les vaines subtilités.
Ces hideuses conséquences démontrent la fausselé du principe d’où elles sortent, et il ne nous en faudrait pas davantage pour l'avoir en horreur. Cependant l'Eglise a bien voulu le proscrire. Innocent XI, en 1679, a flétri cette proposition : Celuiqui ne peut dire matines et. laudes , mais qui pourrait dire les petites heures, n'est tenu à rien, etc. Le clergé de France a joint sa voix à celle du premier siége, il a censuré la méme asscrtion comme fausse, téméraire, sophistique, injurieuse à l'Eglise et à ses lois les plus saintes (2).
Au reste rien n'était moins solide que les fondements de cette mauvaise opinion et de tant d'autres qui ont défiguré la morale. Car 1° de ce que dans un corps tel qu'est un chapitre, le plus grand nombre emporte ou plutôt efface le bini petit, il ne s'ensuil point que celui qui doit douze el ne peut payer que cinq, puisse les garder en conscience.
2% Sans observer qu'on ne voit pas bien pourquoi les petites heures ne sont qu'un accessoire de malines, il n'y a qu'à dire sur la fameuse règle du Sex!e , qu'elle souffre des exceptions. Le testament est cassé pour sou chef principal qui est l'institution de l'héritier; et les legs, quoique purement accessoires qui y sont contenus , ne laissent pas de subsister. On doit toujours l'agneau, quoique sa mére soit morte, elc.
3° Enfin il est faux et très-faux que toutes les parties du . Bréviaire soient commandées comme un loot indivisible (3). Nous ne croyons pas méme que le jeûne d'un seul jour doive étre réputétel. Viva remarque ort bien, que si loutes les heures ne faisaient qu'un tout commandé per modum unius, dans le sens des auteurs que nous combattons , celui qui ne peut dire complies serait dispensé de tout le reste. Au lieu qu'il faut dire que quand il ne pourrait réciler que cette seule heure avant minuit, il ne devrait pas la manquer.
Or, de là je crois pouvoir conclure qu'un homme qui ne peut dire matines en entier doit du moins dire ce qu'il en sait, lorsque ce qu'il en sait fait une partie assez considérable du tout, Ainsi ceux qui savent les
saumes, sans savoir les lecons, doivent les dire , parce que les psaumes entrent pour beaucoup dans la composition de l'office , et qu'ils sont regardés comme sa partie substantielle.
Savoir si celui qui ne saurait que les lccons, ou les capitules avec les versels el l'oraison, serail obligé de les dire, c'est sur quoi l'on.n'est pas d'accord. D'habiles gens croient que ces lambeaux détachés font si peu ce qu'on appelle l'office ecclésiastique , qu'il n'y aurail point d'obligation de les réciter. Cependant, comme il est toujours bou
se trahit minorem. Prop. 5i Innoc. XI. Hec propositio Lisa et, temet eavillatoria, ae preceptis eeclesiastieis illudit. Cle: 100.
en est, qu'un sous-diacre ordoané à nid:
est tenu À sexte, sans l'hire aux heures précédeutes.
an DICTIONNMRE DES GEREMONIES ET DES RITES SACRES. 89:
de faire ce qu'on peut, quand on ne peut pas tout: ce qu'on doit, il me semble qu'il serait plus sür et plus agréable à Dieu de prendre le parti contraire. Parla méme raison , si je ne savais qu'un psaume de chaque heure , je me ferais un devoir de le réciter. Sept psaumes différents valent presque deux pelites heures. En vertu de quoi ne les comp ler pour rien? L'Eglise leur ótera-t-elle la bénédiction qu’elle y a attachée? Dédaignera-t-elle le petit présent d'un homme qui ne peul en faire de plus grand? Non : la veuve qui ne donna que deux oboles fut louée, el mérita de l'étre.
Pour ce qui est de la seconde question , l'auteur dela théorie et pratique des sacre— ments (1) y répond que l'ecclésiastique qui ne saurait par cœur aucune partie de Police devrait suppléer à ce défaut en louant Dieu en quelque manière, soit par parole , soit pur méditation, soit par quelqueautrebonneæuvre.
Car , dit-il, on est obligé de faire ce que l'on peut, pour rendre d Dieu, selon les intentions de l'Eglise , le devoir de sa servitude. M n'y a dans cette pieuse décision que le mot un peu général de quelque autre bonne œuvre, qui m'embarrasse. L'aumóne est une fort bonne œuvre, mais je ne crois pas qu'elle ait assez d'analogie, assez de rapport avec l'office divin, pour le bien remplacer. J'aimerais donc mieux que l'on fit des priéres, et méme des priéres vocales, à peu prés dans le temps et autant de temps qu'on à coutume d'en donner au Bréviaire. Un ecclésiastique sait au moins ce que savent les simples fidèles : qui l'empêche de dire son chapelet? ll est vrai que la répétition de ces paroles : Je vous salue, Marie, parait insipide à certaines dévotes du temps. J'ai vu un homme assez vif prédire à une d'elles qu'elle feraitune très-mauvaise figure au ciel, parce qu'on Y chante sans cesse , incessabili voce, ce canlique des séraphins Saint, Saint, et lruis fois Saint est le Dieu des armées: Eb! disait-il avec émotion , que pourraient faire des gens si habiles dans un lieu oà l'on rebat toujours la méme chose?
Quoique cetle décision soit bonne pour tous les ecclésiastiques, elle parait avoir plus de force pour les bénéficiers , qui sont obligés par un titre spécial à indemniserles fondateurs ; et c'est aussi d'eux qu'ont principalement parlé Navarre, Silvestre de Priero, Paludanus et ce pelit nombre d'autres qui, en exigeant une sorle de compensalion d'un homme qui ne peut dire ses heures, se sont roidis contre le torrent de leurs contemporains qui les en dispensaient..
4. Mais, dit quelqu'un qui pense comme ces derniers (2), un infirme que son état dispense du jeûne n'est obligé d'y suppléer, Di par d'autres actes de mortiflcation , ni *uéme par cerlains actes de vertus, qu'il
(1) Théorie, etc., ch. 4,8 2, p. 130.
2) Bartbol. a S. Fausto, Ÿ. u, q. 238, pag. 581.
(3) On voit par les mandements de tous les évéques, gui permeuent seulement l'usage des œufs, pendant 18 Carême combien ils sont éloigués de croire qu'un adoucis-
pourrait pratiquer sa coup.
À cela deux réponses. La première, qu'un bénéficier doit l'office à litre particulier, et qu'un fidèle ne doit le jeûne qu'à titre général. Le simple prêtre ne sera donc pas m obligé à l'office que le simple fidèle ne l'est au Jeüne; mais cela ne conclura rien pour le bénéficier. La seconde, que, sans défi au juste ce que doit ou ne doit pas homme qui ne peut jeüner, il est bien à plaindre si, sans dédommager en aucue manière la justice de Dieu, surtout quaed il le peut citra ullum incommodum, comme dit Vauteur, il jouit à l'aise de sa prétendue bonne fortune. Il semble qu'avec un pen de christianisme on ne disputerait pas le terraia si vivement. Qu'on ne doive pas à la rigueur (3), mais qu'on fasse comme si l'on devait.
. Tout ceci peut servir de princi t résoudre quelques autres dieu quio a coutume de proposer ici. On demande si ecclésiastique que Dieu éprouve comme Tobie par la perte de la vue, doit prendre quequ'un pour réciter avec lui; si, suppo# qu'il ne puisse faire sa partie, il est au mois obligé d'entendre l'autre; et enfin ce quil y aurait à faire s'il devenait sourd et aveugle.
On convient d'abord assez communémest que si celui dont il s'agit pent sans peine trouver un compaguon, oit en profiler.
C'est, dit dans une autre occasion saint Thomas, que nous sommes censés pouvoir par nous-mêmes ce que nous pouvons par nw amis ; et que celui qui est tenu à la fin ei lenu aux moyens, quand ils ne dépesdent que de lui. Ainsi pensent Suarès.
Azor (5) , etc. Guimenius avait prétenda le contraire. La faculté de théologie de Paris, par son décret du 3 février 1665, condamna, entre plusieurs autres de ses proposiliont, celle qui si Eum qui non potest solus re citare, non teneri admittere socium ; quiarcilare cum socio est favor unicuique con cessus, et nemo tenetur uti favoribus intilu. Hac propositio, disaient les docteurs, fol est, et in contemptum officii (emere et ineple excogitata, atque a debita ejusdem recitationt abducens. .
La question est donc de savoir si celui qti ne pourrait avoir de compagnon qui Ki frais serait obligó d'en prendre un. .
Quelques-uns semblent le soutenir, el ils se fondent sur la dernière raison, dont sou avons appuyé la décision précédente. D'astres distinguent entre le bénéficier el celu qui ne l'est pas. [ls croient que l'on da beaucoup plus faire d'efforts que l'autre. Os peut dire qu'il est payé pour cela ; el qst pour arriver au terme, il doit prendre les voies qui y mènent, quand il les a en sad position. Je suivrais ce sentiment, T en celui d'Azor, de Vega, de Suarès, de &-
'incommoder beau-
sement, même nécessaire, ne demande aucuse come
sation. L'aumêne, qu'on preserit eu plusieurs diocèses s
lo nom de {ait el beurre, en est une nouvelle preurt. (4) Apud Barth. a S. Fausto, ibid. q. 230.
varre et de plusieurs autres (1); mais je
n'en ferais une loi que pour le bénéficier
qui peut faire cette dépense sans s'incommo-
der beaucoup. Un curé à portion congrue, et
toot autre qui a de la peine à vivre, ne me araftrait point dans ce cas.
A l'égard de celui qui ne tire rien de l' glise, je le louerais si à prix d'argent il s'associait quelqu'un pour l'aider. Mais s'il ne le faisait pas, je ne vois point de principe pour lui en faire un péché. Il ne faut pas oublier qu'il serait alors obligé de suppléer d'une facon à ce qu'il ne pourrait faire de l'autre. Que s'il pouvait s'associer quelqu'un à titre d'amitié, il serait obligé d'en profiter : c'est la décision de Suarès.
applique la méme distinction à l'ecclésiastique quí ne peut réciter avec un compagnon, mais qui peut l'entendre, J'exigo moins du simple prêtre , parce qu'il ne doit qu'à titre de religion. J'exige plus du béné-
cier , parce qu'il doit à titre de justice (2).
6. Mais que dire d'un chanoine qui serait sourd et aveugle ? Fuudra-t-il l’obliger à se trouver au chœur , où il ne peut ni voir ni entendre ?
Suarès se propose celle difficulté (3) ; et il y répond qu'un chanoine a deux obligations, l'une de réciter l'ofüce, l'autre d'assister au chœur ; et que l'impuissance de remplir la premiére ne le dispense as de la seconde, quand il peut y satisfaire. C'est toujours beaucoup que de s'unir de corps et d'esprit à ses frères, autant. qu'on le peut faire. Cet ecclésiastique doublement aflligé , en priant intérieurement et en récitant les choses qu'il sait par cœur, édifiera du moins par sa présence et contribuera en sa manière d [a solennité de l'office. C'est la sage réflexion d'un auteur que je cite dans la note (#). Il Yappuie de l'autorité de Navarre, chez lequel je ne trouve que ces paroles , dont le sens peut étre disjonctif : Ez hac conclusione se-
uitur , neque surditatem , neque cecitatem , tafirmilatem esse sufficientem ad lucrifaciendum distributiones quotidianas , non eundo ad chorum. Ce fameux docteur avait déjà dit qu'un aveugle ne satisfait pas s'il se contente d'écouter ce qui se dit de l'autre côté du chœur ou du sien, sans chanter, quand cela Jai est possible. À l'égard de celui qui est sourd, Navarre veut qu'il chante à son tour ej qu'il récite à voix basse ce qu'il ne peut entendre. Je le croirais volontiers de ces parties de l'office qui se disent d'un ton grave el lent, mais je serais moins rigide sor celles qui se disent 'ondement, que la psalmodie en est en quelque sorte plus rapide que la récitation qui s'en fait en par- Uculier. J'exhorterais donc un homme à faire de son mieux, mais toujours, ez equo
(1) Pontas l'a aussi suivi. verb. Orr:cr, cas. 16. (2) Suarès me paral dire fa méne chose, tom. II, lib.rv,
PP) Han lid, n. 8, rag. 182 edt Logà. 1690.
LE Jen, LD - It. Lugd. .
(4) Théorie des Sarum Mid 2, Hi 151. Navarre, 6e Orat. c. 19, n. 82, p. 424, et n. Bü eL BI.
5) Saares., eod. cap. 29, 0. 15.
6) À cette occasion on me demande si les religienses de la VisitaUon sont obli;ées au petit office sous peine de
et bono, c'est-à-dire sans se faire de ces violences qui épuisent en très-peu de temps Il vaut mieux donner un peu moins, et donner pendant dix ans, que de donner un peu plus el ne donner que pendant dix mois. Ainsi je dirais sans crainte d'un chanoine qui n'entend pas, ce que Suarez dit d'un cbanoine qui ne voit point : Satisfaciet hujusmodi cecus, attendendo ad ea que alii dicunt, et dicendo cum suo choro, si potuerit. Quod si fortasse non potuerit, quia vel memoriam non habel, vel alios canentes in suo choro non intelligit, neque eos sequi potest ; non Lenetur iterum postea privato recitare:
sed proferendo versus psalmorum quos potuerit, satisfaciet , quia per illum. non slat, sed facit quod in ipso est ; neque sunt tot onera illi inponenda (5). En changeant trés-peu de chose à cette décision, il ne sera pas difficile de saisir celle que je veux donner.
7. Puisqu'on rapporte à l'impuissance physique l'oubli et l'ignorance, il est juste d'en dire un mot. L'un et l'autre excuse plus ou moins, selon qu'il s'y trouve plus ou moins de volontaire. En général il ne se peut faire que l'ignorance de droit puisse servir d'excuse à un ecclésiastique qui est dans les ordres sacrés. 1l n'y a tout au plus qu'un homme qui les recevrait furtivement qui puisse ignorer l'obligation que la loi et la coutume y ont attachée. Il y a, comme nous l'avons remarqué ailleurs , plus de difficalté par [apport à ceux qui n'ont qu'un très-pelit bénéfice. Il peut méme y en avoir par rapport à certaines communautés dont les constitutions sont ambigués. Dans ces sortes de cas , la grande règle est de ne pas croire à tout esprit, de se défier beaucoup de ceux qui, à la lueur d'une foule de principes équivoques, jugent toujours en faveur des personnes qui les consultent; de recourir de très-bonne heure au voyant; de lui demander la loi ; de la recevoir de sa bouche avec soumission, et de commencer dans le doute par se l'imposer dans toute sa rigueur, jusqu'à ce qu'il ait parlé (6).
ignorance defait excuse beaucoup plus souvent. On peutignorer un nouveau saint, prendreunoffice pourl'autre,etsurloutcroirequ'on s'est acquitié d'une cerlaiue heure, parce que le temps ou l'on a coutume dela dire est passé. Pour prévenir ces différentes espéces de méprises, il faut toujours consulter son Ordo, et marquer par quelque signe l'heure u'on a finie ou celle qu'on doit commencer.
Quand on en a omis quelqu'une de bonne foi, il suffit de s'en humilier devant Dieu. Il y a cependant des personnes qui les répètent, non pour remplir un devoir qui passe avec le jour auquel il est attaché, mais pour se faire une leçon qui les rende plus altenlifs.
péché mortel. Le doute vient de ca qu'une assemblée de Cardinaux et d'évéques consullés sur ce point n'a rien voulu décider. Mais 3-t-on besoin de décision quand on voit la R. fondatrice s'exprimer ainsi dans ses répouses sur. la constitution 18 de l'office : « Nous avons la méme obligation à dire notre petit oflice que les autres religieuses on! à dire lc grand ; et l'on tieat que cette obligalion eat sur peine de péché mortel, etc. » F'oyes ci-dessus ch. 8, $2, o. Set sur.
Cette méthode n'était pas absolumeat du goût de saint Thomas (1); cependant elle n'a rien de mauvais. On peut, méme dans un temps de joie, s'occuper saintement d'un mystére douloureux. Seulement il faut observer qu'un oubli involontaire en soi peut être volontaire dans sa cause. Celui qui est occa»ionné par une visite fácheuse n'est pas imputé; celui qui naît d'une dissipation peu convenable pourrait bien l'étre. On passe un premier , et peut étre un second défaut de mémoire, parce qu'il est imprévu : on n'en passera pas un troisi&me, parce que de sage: mesures auraient pu le prévenir.
Il faut pour la pratique, ainsi que nous l'avons déjà observé, distinguer entre la crainte d'avoir omis un psaume, et la crainte d'avoir omis une heure tout entiére. Le doute d'avoir passé un psaume dans le cours de matines ou de quelque autre heure particulière est plutôt un scrupule qu'un véritable doute. Il est d'usage, lorsqu'on récite sans interruption, de ne rien passer. Traiter de doutes raisonnables toutes les inquiétudes e présentent à l'esprit dans ces occasions, ce serait ouvrir la porle au trouble et à des répétitions éternelles, qui altéreraient cetle paix intérieure sans laquelle le service de Dieu n'est plus qu'un joug accablant. L'on est et l'on doit être un peu plus rigide lorsqu'il s’agit d'une heure entière; et quoique le scrupule ne doive jamais y être regardé que comme scrupule, le doute s'y prend à la rigueur, et dans ce doute on prend le parti le plus sûr (2).
. Voilà ce que j'ai pu découvrir de plus intéressant sur l'impuissance physique. Il est temps d'examiner ce qui concerne l'impuissance morale, je veux dire celle qu'on pourrait surmonter absolument, mais qu'on ne surmonterait pas sans beaucoup d'incommodité. Ce dernier termo mérite d'être pesé dans la juste balance du sanctuaire. Combien de lois violées sous prétexte qu'il en coûterait trop pour les garder ? Celle du jeûne, ou méme de l'abstinence pendant le Caréme, en fournil une preuve qui n'est que trop ioconteslable.
La maladie, certaines occupalions pressantes, les voyages et autres choses de méme nature, formen! ou peuvent former le genre d'impuissance dont nous parlons. Comme l'indolence lui donne trop d'étendue, et quo le scrupule ne lui en donne point assez, 14 chons d'établir des principes qui écartent également ces deux défauts.
9. Pour commencer par la maladie et l'infirmité, il est sûr qu'elles dispensent quelquefois de la récitation de l'office, et que d'autres fois elles n'en dispensent pas. 1l ya des inürmités si vives, qu'elles excluent
Tros, vel unum psalteriam, vel al )
& , clericusve sacris initiatus, aut ecclesiasti-
DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES. tw
presque toute sorte d'application. ll y en à le moins fatigantes , et malgré lesquelles un homme de cabinet ne laisse pas de dooper chaque jour un certain temps à l'étude, Les premières exemptent de l'offre, à peu près comme elles exemptent do jeûne : les secondes peuvent dispenser de l'abstinence méme, sans dispenser de l'office. C'est ca qu'enseigne trés-expressément saint Charles Borromée dans son quatriéme concile de Milan (3). Il veut que chaque infirme examine sérieusement ce qu'il peut faire ea conscience, et qu'il ne se flatle point mal à propos; ne horas omittendo grariter peccet, et beneficii, si quod habet, fructus suos non faciat. Mais comme l'austère vertu croit lou Jours ne jamais faire assez, el que la uxllesse s'imagine toujours être aux abois, la meilleure règle dans les cas ambigus est de s'en rapporter au jugement, ou d'un médecia sage el expérimenté, ou de quelque personae pieuse et droite, qui soit en élat de pronoacer sur la situation du malade. Dans ledoule si la récitation des heures l'incommols considérablement, il faut, contre l'ordinaire, décider en sa faveur, et jamais ne l’abandoener à sa propre conscience. Ce serail exposer l’homme tiède à s'abstenir tous les jours de son Bréviaire, parce qu'il a la bière tierce; et l'homme verlueux à n'y pas masquer dans le temps méme d'un long et cruel accès. Or si l'Eglise est trop sage pour flatter mal à propos ses enfants , elle est trop teodre, trop charitable, pour les exposer à us danger considérable. C'est la réllexion que fait Silvius par rapport au jeüne, et on peut l'appliquer ici. En général, disent Nararreet Grégoire de Valence, un homme que #8 mal n'empéche pas de vaquer à certaises affaires qui demandent de l'application, ve eut se croire exempt des divins offices. Daus es convalescences on reprend son ancie train peu à peu. On dit d'abord une pelie heure, ct puis une autre; insensiblement o va plus loin. La prière obtient la patience, elle fait porter en paix la visite du Seigneur: souvent elle donne des forces et rappelle la santé fagitive. .
Il y a des théologiens qui dans le doutes la maladie suffit ou ne suffit pas pour dispeoser de l'office, conscillent de recourir à l'évéque. Mais outre que cela n'est point d'asage, au moins dans les maladies ordinaires, et que cela serait très-incommode pour cett qui vivent dans les campagnes, le supérie&t lui-méme ne pourrait rien faire de mieus que de renvoyer le malade à ceux qui soot à ortée de juger de son état. Ces mêmes tbíologiens rencontrent plus juste quand ils ob servent que ce qui n'est qu'un mal léger pour une personne saine, comme cerlaimts
cum beneficium obtinens, horarum canonicarur of cm astrictus sit, meminerit se febri, morbove aliquo vel versa valetudine leviter labora non justam progeret excusalionem babere quamobrem illud intermita ot tatve. Jlaque si, quando gorporn jurmitate Eee) ipse pro sua conscientia recte videat quod pes
acad omittendo, etc. Concil. Mediol. wv, an. 156, part tit. $, de vita et honestate clericorum.
pesanteurs de tête, la lassitude dans les membres, etc., peut être quelque chose de sérieux par rapport à une personne déjà épuisée. I1 ne faut qu'un souffle léger pour renverser un enfant, un homme ferme aurait dela peine à en sentir l'impression.
10. Il suit de ces principes qu’un nrêtre qui, se trouvant au milieu d'une nauou. hérélique ou infidèle, ne pourrait dire son office sans se metire en danger de mort, en serait dispensé : c'est la décision de la Morale de Greuoble qw. Nous y ajouterons sans hésiler qu'un danger beaucoup moindre que celui de la mort pourrait être une cause trèssuflisante d'exemption. Je compterais pour peu de chose les avanies de l'insensé mahométan ; mais, el je l'ai déjà observé ailleurs, si je prévoyais qu'il dût en venir jusqu'aux bastonnades, ou se livrer aux blasphèmes et à la fureur contre la religion de Jésus-Christ, je suspendrais pour un temps dans une terre étrangère les cantiques de Sion; et je tácherais de réparer par les gémissements de mon cœur ce que ma voix injustement captivée ne pourrait exprimer. Je ne sais si un anglican serait plus fier sur son terrain que sur celui d'un autre, mais je sais que souvent dans les voitures i! respecte plus le temps qu'un prétre donne à son Bréviaire que bien des catholiques.
11. Comme on peut quitter Dieu pour Dieu, on peut manquer à un devoir de religion pour remplir un devoir de charité. Ainsi un curé peut être dispensé de l'office lorsque la gloire de Dieu et le salut du prochain le jetlent dans des occupations qui ne lui permettent pas de s'en acquitter. Une maladie contagieuse règne, il faut assister beaucoup de personnes à la mort. Il s'est élevé une sédilion ; tout. est en feu dans une paroisse ; il n'y a qu'un pasteur accrédité qui puisse éteindre l'incendie. Il y vole, il faut écouter les parties, leur donner le tort sans qu'elles s'en apercoivent, les adoucir ; chercher, propoer, faire agréer des tempéraments. En-
n il se trouve à une grande fête un concours de peuple, et parmi ce peuple bien des lépreux qu'on ne rattrapera pas aisément si on les manque : il faut être au confessionnal toute la journée; à peine a-t-on letemps de donner au corps une partie de scs besoins, il n'en faut pas davantage pour se tranquilliser sur l'omission de son Bréviaire. À Dieu ne plaise, disait saint Bernard (2), qu'une fonction qui n'a été établie ge pour nourrir la charité melte jamais
obstacle à son exercice; el qu'on laisse un très-grand bien pour-un autre qui est beau- Coup inoins imporiant. Aussi n'y a-t-il qu'une
(1) Morale de Grenoble, tom. II. Traité des Bénéllces, en. 10, q. 19, pag. 2:8.
42) faiqaum foret si statuta pro sola charitate contra charitatein mens D uatd. lib. de Praecepto et dispensat. cap. 2, n.
(5) Pontas, Verb, Osrice, cas. 6. Confér. de La Rochelle, #24. Théorie des Sacrem., pag. 128. Morale de Grenoble,
pag. 29 (4) Vid. Henric. a S. Ignat. lin. x, cap. 27. (5) Coníér. de La Rochelle, $ 14. Pontas, verb. Or-
'; Suaràs, liv. iv, chap. 29, n. 35, où i! prouve
OFF 85s voix (3) sur ce point : malheur à ceux qui en abuseraient. ll y a des gens qui trouvent du temps de reste pour manger et pour dormir, el qui n'en trouvent jamais assez pour l'office. D'ailleurs ce qui suffit dans une conjoncture ne suffit pas toujours dans une autre. Comme on peut différer le jubilé, on
eul quelquefois n'entendre pas jusqu'à la
in ceux qui se présentent pour le gagner.
12. Mais un prétre qui prévoit de grands embarras pour le reste de la journée est-il obligé de dire ses beures dés le matin? Serait-il obligé de réciter la veille matines et laudes, s’il jugeait qu'un accès de fièvre ou quelque occupation indispensable ne lui permettront pas de s'en acquitter le lendemain?
Ua homme fameux par son relâchement soulient que celte anlicipation n’est point du tout nécessaire: C'est, dit-il, un privilége de pouvoir dire malines dès la veille. Or il est plus clair que le jour qu'un privilége est une grâce dont personne n'est obligé de se servir. Après des prémisses si lumineuses la conséquence ne peut arréter.
Lessius, Sanchez, Diana el un grand nombre d'autres (4) pensent le contcaire, et. ils ont raison. La pratique constante de tous ceux qui craignent Dieu suffirait pour établir leur sentiment. La piété et la droite raison le démontrent. Quand on peut acquitter une dette, il faut l'acquitter; et on le doit faire sans délai, quand le délai ne peut manquer d'en rendre le payement impossible. Le pouvoir d'anticiper n'est un privilége qu'en ce sens qu'on n'est pas obligé de le faire lorsqu'on peut faire autremeut. C'est toute autre chose quand il faut, ou anticiper, ou manquer à une obligation importante. Rien ne m'oblige à faire ina communion pasca'e le dimanche des Rameaux, cependant je dois la faire dès la première semaine de Caréme, et méme auparayant, si je prévois qu'un voyage de long cours me ineltra hors d'état de m'en acquitler,
13. Deux célèbres écrivains (5) font quelques remarques qui peuvent trouver place ici. La premiére est que toute occupation pieuse n'est pas une raison d'omettre le saint office. 11 faut, pour en étre dispensé, que la chose qu'on entreprend ne puisse se différer sans péché ou sans scandale, ou du moins sans un notable dommage de soi-même ou du prochain (6). La seconde, qu'à parler en gónéral, on ne doit pas se charger d'une fonction incompatible avec la récitation du Bréviaire, quand on en prévoit les suites et qu'on n'y est pas obligé par son propre devoir. La troisième, qu'on a raison de regar-
fort hien contre Henri et Silvestre, que de l'otfice à cause d'une bonne action, li n'est. pas. taire que celle-d soit commandée sous peine de péché mortel. Un homme n'est pss obligé sub gravi à concourir pour une chaire de théologie : si néanmoins il ne pouvait. se préparer dans l'espace de cing ou six heures qui lvi restent, sans manquer son office, il pourrait l'omettre. De méme je ne serais pas toujours obligé à voir hic el. nunc un malade, dont ma présence calme beaucoup les agitátions : cependant je ferai aussi bien d'y aller que de dire mon Brévtaire
der comme devoir ce qui est prescrit par l'obéissance. Ainsi un prédicateur qu'on oblige la veille d'en remplacer un autre dans une occasion (rès-solennelle, et qui ne peut s'en acquitler digaement et à l'édification du peu-
le s'il n'emploie à digérer sa matière tout le temps qui lui reste aujourd'hui, peut omettre son Bréviaire.
Il faut cependant avouer que celte décision, quoique donuée pat l'ancien sous-pénitencier de Paris, ne peut servir que rarement. On ne préche guère sans avoir la langue assez libre; et quand on l'a telle, l'office prend si peu de temps, qu'il est difücile de n'en pas trouver pour tout. Mais enfin il vaut toujours mieux s'en tenir à Pontas qu'à Léandre. Ce dernier affranchissait de l'office tous les prédicateurs. À sa faible autorité nous opposerons celles de Xavier et de Francois de Sales. Ils savaient pré-her et faire quelque chose de plus, cependant ils ne manquèrent jamais à réciter les divins offices ; el le premier refusa constamment de dire un Bréviaire beaucoup plus court, quoique le souverain pontife, qui connaissait l'étendue et le prix de ses travaux, le lui eüt permis et qu'il ne mamquât d'aucune des raisons qui peuvent autoriser l'usage d'une dispense.
15. Ce que nous venons de dire de ceux qui préchent peut s'appliquer à ceux qui voyagent. S'ils le font uniquement par plaisir, ils ne peuvent s'en faire un prétexte d'exemption; parce que ceux qui sont tenus à l'observance d'une loi ne peuvent ni ne doivent mettre d'obstacle à son exécution.
S'ils le font par nécessité, il est rare qu'en
renant de justes précautions ils ne puissent Fire face 1 tout. Les voyages qu'on fait à
ied ou par eau s'allient très-aisément avec h récitation du Bréviaire. Il n'en est pas tout à fait de même de ceux qu'on fait à cheval ou dans les voitures publiques. Mais si l'on prend bien ses mesures, l'on peut se tirer d'affaire. En disant matines et laudes dès le soir, aussitôt qu'on est arrivé, on trouve sans peine le temps de réciter les petites heures, ou dans le carrosse, ou du moins à l'auberge. Si l'accablement d'une journée fatigante n'avait pas permis de suivre cet ordre, on pourrait commencer par les petites heures et finir par matines. Jamais on n’a plus besoin de vigilance, et par conséqueat de prière, que dans les voyages, qui d'euxmêmes sont dissipants, et où il règne sou.
vent un geare de démons qui, ne pouvant guère alors se chasser par le jeûne (1), doit se chasser par l'oraison. Nous avons déjà remarqué que saint Germain de Paris, dans ses courses apostoliques, qu'il faisait à cheval, disait exactement son office; el que ni la pluie, ni la neige ne l'empéchérent jamais de le réciter téte nue. Saint Grégoire de Nysse raconte lui-méme (2) que dans uu
(1) Je ne veux pas dire qu'un voçageur ad se e e uie qud comm lat ae eias guère que quami la loi de l'Eglise l'y oblige : et plût à Dieu qu'alors Il ftt toujours abstinence |
(3) Vehiculum nobis pro ecclesia et monasterio erat, œuuibus per totam viam j4llentibus. Gregor. Nyssen.
(5) Pontas, après avoir dit, su mot Cuaxo xz, cas 9, qu'il
voyage qu'il fit en Aral ses COI et lui Brent de leur voiture une espèce de temple et comme un monasière ambulant, où ous chantaïent de concert les louanges du Seigneur. Nous avons eu le bonheur & voyager plus d'une fois avec des érêques qui dans ces occasions ne se contealaient pas de l'office, mais y joignaient d'autres prières de pure dévotion, el sartout l'Itiaéraire. C'est par cette prière pleine de sens et de religion, qu'un ecclésiastique doit chaque jour commencer sa course. 1l y engage ai- | sément ses compagnons de voyage, lorsquà un peu de zèle il joint ces manières dogcrs, | les, toujours mesurées, qui enl | |
n ffrages et charment une compagaie. S'il s'y prenait du ton sec el ardeat ée certains dévots, il perdrait tout.
Les personnes timorées qui disent l'office au chœur sont quelquefois dans un état de perpiexité, soit par rapport à ce qui se les- Che sur l'orgue, soit parce que, char, des censer ou de faire d'autres fonctions semblables, elles ne peuvent manquer de perdre quelques versets. Dans le premier cas le sen parli est de réciter à voix basse ce qui se touche sur l'orgue, ou d'entendre ceux qui sont commis pour le réciter à baule voix, coinme il se pratique dans les églises biea réglées. Prétendre que l'Eglise adopte come chant les fantaisies, quelquefois méme les airs peu décents d'un organiste, c'est uae idée qui n’a point de fondement (3).
A l'égard des fonctions qui font perdr»
quelques versels, elles ne doivent point donner d'inquiétude. Celui qui les fait prie avec son Eglise, et son Eglise pour lai. Ce serait autre chose s'il remeltait au temps de l'olfice à préparer ce qui se peut faire | auparavaot. Mora sua, ditla loi, cuilibet est nociva. Si quelque fonction’ devait occuper un homme pendant une grande parte de l'ofü:e, il faudrait le dire devant e« aprés, ou du moins profiter de quelque istervalle qui donnât assez de temps pour ^ réciter d'une manière suivie ou peu ialecrompue.
15. Une derniére cause qu'on regarde | comme pouvant exempler de la récilatioa de l'office, c'est la dispense qu'en doaneraient les supérieurs. Mais peuvent-ils l1 donner? à qui, pourquoi? etc. Ce sont autant de difficuliés qui méritent d'être éclaircies.
Quelques théologiens ont cr:
était d'institution méme n'en pouvait prétendu qu'il pouvait bien en dispeaser une persoune qui n'y est obligée qu'à raisos de l'ordre ou de sa profession; mais qu'i n'en pourait dispenser un bénéficier, parc que celui-ci est de droit naturel tenu à pret pour ses bienfaiteurs. L'opinion la el semble qu'oa ne doit poiat conlamuer de péché uade noine qui ne récite pas à voix basse ce qui se Louc&e ar l'orgue, parce que ce Des pue la coutume géaéral-, ssec qu'ou ne voit pas sur quel fondement om peut omatru. moitié entière des hymues el des cantiques * font le que Cen, ce me sexblo, dire à pea près le poer etie
commune est qu'une dispense comme celleci ne pane pas les pouvoirs du saint-siége.
La priére est sürement d'institution divine ; mais ce genre de priéres que nous nommons heures canoniales n'en est pas. Un bénéficier doil prier pour ceux qui lui ont donné de quoi vivre; il doit même faire pour eux les priéres prescriles par l'Eglise, parce qu'il s'y est formellement. engagé.
Mais si l'éblouissement de ses yeux, la faiblesse de sa téte, des vertiges, d'affreux scrupules qui le mettent en danger de perdre l'esprit, lui défendent pour un temps ou pour toujours toute application sérieuse et d'une certaine durée, faudra-t-il, s'il n’
ur subsister qu'un peu de bien de l'Eglise, l'en priver sur ses vieux jours, et le réduire à une bumiliante et cruelle mendicité? Disons donc qu'il peut alors, et qu'il doit méme quelquefois avoir recours au Lénéfice de la dispense. Au reste, si l'on en excepte les cas oü le scrupule aurait trait à la démence, ce sera moins uno dispense qu'une commutation qu'il obtiendra. En le déchargeant d'un fardeau qu'il ne peut porter, on lui en imposera un plus doux. Quelque i capable qu'il soit d'une attention suivie, il pourra lever de lemps en temps les yeux vers le ciel, offrir son cœur à Dieu, lui faire ua sacrifice de ses peines, en appliquer le fruit et les mérites à ceux qui par leurs aumónes lui ont préparé une ressource dans le temps de l'épreuve. C'est ainsi qu'on allie le jugement et la miséricorde.
Comme l'office est une chose importante, on ne peul en dispenser que pour de grandes raisons. Celles que nous venons de toucher sont de ce nombre : il peut s'en trouver d'autres. C'en serait une considérable d'étre obligé de voyager pour la gloire de Dieu au travers d'un pays où l'on ne pourrai sans danger de mort découvrir sa profession. Quand on doute si les motifs qui feraient souhaiter une dispense sont suffisants, il faut les exposer avec simplicité et droiture, allendre en paix la décision, et s'y conformer. Comme la dispense de l'office dépend uniquement des raisons qui l'obtieunent, quand ces raisons viennent à cesser, on rentre dans la voie commune.
16. Si le pape donnait à un enfant un bénéfice, pour des raisons qui peuvent quelquefois avoir lieu en Allemagne, où il faut enlever aux ministres de l'erreur les moyens de se servir des biens de l'Eglise pour la combattre, il serait censé le dispenser pour vn temps de la récilation du Bréviaire, et sans doute qu'il prescrirait alors des aumónes à titre de compensation. Mais s'il avait cru que cel enfant, sans être en âge de posséder telle et telle prébende, pouvait lire et réciter, il est sûr qu'il aurait besoin d'une nouvelle dispense. Qui de deux liens n'en Óte qu'un, laisse subsister l'autre (1).
(1) Azor, tome 1, lib. x, cap. 15, q. 12. Barth. a S. Fatto, lib. u, 13) Susres 40, pag 387. Ponts, verb. Diss n. I, pag. 1491.
131 Barth. a S. Fausto, q. 264, ct apud eum Navarrus,
9e Lnéiiaine, ton
OFF 902 17. Mais la ense de l'office est-elle si réservée au saintsiége, qu'un évêque ne
puisse l'accorder ?
Navarre, le cardinal de la Tour-Brülée, Panorme, Suarés, la plupart de nos auteurs, et Pontas entre les autres (2), le pensent ainsi. La raison en est que les évéques ne peuvent contre le droit commun que ce qui eur est accordé ou par ce droit méme, ou par la coutume. Or, vi le droit ni la coulume ne les-autoriscnt à dispenser véritablement et proprement dans le cas dont il s'agit
Mais ils peuvent faire par voie d'interprétation ce qu'ils ne peuvent faire par voie do dispense, et accorder par rapport à l'office, dans les cas douteux, ce qu'ils accordent dans des ci peu prés semblables, soit par rapport à l'uságe de la viande pendant le caróme, soit par rapport aux œuvres serviles dans les jours oà elles sont prohibées.
Les supérieurs de communauté ont au moins le méme pouvoir par rapport à leurs frères; ct ils en usent plus fréquemment, parce qu'on est plus à portée de les consulter. Il en est de méme des abbesses à l'égard de celles qui vivent sous leur conduite 9
18. Une question d'une toute autre imporlance, parce qu'elle revient souvent, est de savoir si un évêque peut permettre à un jeune bénéficier de ne dire que l'office de la
lierge au lieu du grand office, qu'il devrait naturellement réciter.
Des auteurs de nom (5) soutiennent qu'il ne le peut pas, ou plutót que toute dispense accordée par la seule raison de la jeunesse et des études est absolument nulle : 1° pareo qu'un jeune clerc peut fort bien dire le grand Bréviaire et s'acquilter de ses devoirs d'écolier; et que plus il priera , plus il attirera sur ses travaux les bénédictions du ciel; 2* parco que celui qui a le profit doit sentir les charges, surtout quand elles sont nécessaires.
19. Le célèbre Babin pense différemment (5), ainsi que je l'ai remarqué dans mon Traité des Dispenses. lI se fonde sur la pratique des évêques, qu'il connaissait aussi bien qu'un autre, el qu'on aurait tort de censurer. Mais il met à ce sentiment deux restrictions, ou plutót il les y suppose mises par l'usage : la première, c'est qu'on ne permet la récitation du petit office qu'à ceux qui n'ont pas encore atleint l'âge de quinze ans; la seconde, c'est que ceux-ci mêmes ne sont dispensés de la récitation du Bréviaire que lorsque le revenu de leur bénéfice est si mince, qu'il ne peut seul servir de titre clérical. S'il y a deux taxes dans le diocèse, ce méme auleur veut que ce qui va à la plus petite soit censé considérable. Ce dernier sentiment est conforme à la pratique de l'Eglise romaine, el je ne doute point qu'on ne puisse le suivre en bien des Occasions, comme l'ont fait d'babiles duc-
lib. de Orat. eap. 11, n. 25; cL Bonacina, disp. 4, q. 6, punct. 5. Vide et Suares., cap. 24, n. 20 (4) Pontas, verb. Disezxsz pu Baéviarne, cas. J. Théorie
+ des Sacrem. pag. 118.
(5) Confér. d'Angers, sur les Contrats, t. 11, pag. 274.
teurs de Sorbonne que j'ai eonnus. Il a surtout lieu lorsqu'un jeune homme est d'une santé délicate, que l'étude lui coüte, que la distance de sa maison au collége lui prend un temps considérable. MEN
Un évéque pourrait quelquefois dispenser un prétre de l'office, en lui donnant un emploi imporlant, qui ne lui laisserait pas un moment de libre. Mais fût-il question d'une chaire de droit ou de théologie, cette dispense indirecte ne pourrait durer longtemps, 11 y a, ditle P. Alexandre (1), il y a aujourd'hui tant de prédicateurs , tant d’habiles régents, qui peuveut allier leur emploi avec la récitation exacte du Bréviaire, qu'un bomme qui ne pourrait en venir à bout devrait quitter un fardeau qui l'empécherait d'en porter un autre. I! n'y a que le cas du scandale et quelques autres presque imaginaires qui puissent le justifier.
Cnar. IX. — Des peines et des obligations de ceuz qui ont manqué l'office.
1. Le péché, peine la plus rigoureuse de ceux qui manquent l'office. — 2. Il est bien à craindre que plusieurs de ceux qui le disent, ne le disent pas. —3. — &. Le droit naturel et le droit positif les obligent à restituer. — 5. Mesure de la restitution, et sur.
ui elle tombe. — 6. — 1. Court-elle pour es six premiers mois, ou pour ceux qui n'omettent leur office que rarement? — 8. Celui qui a omis le Bréviaire, mais qui a rempli ses autres devoirs, est-il obligé à restituer tous les fruits ? —9. Quelle portion peut-il retenir? — 10. Doit-il restituer avant la sentence du juge? — 11. Le devrait-il, s'il avait fait dire son Bréviaire par un autre? — 12. S'il l'avait manqué.
par oubli? — 13. S'il l'avait répété le lendemain? — 1&. De quel bien se doit faire la restitution? — 15. Et à qui faut-il l'appliquer? — 16. Quatre remarques importantes — 17. Restitue-t-on par des aumónes qui ont précédé ou suivi l'omission du Bréviaire? — 18. En est-il du pensionmaire comme du bénéficier ? — 19. Doiventils restituer l'un et l'autre, s'ils n'omettent que quelque partie d'une heure, sans omettre l'heure tout entière?
1. Il ne peut y avoir pour uu cœur chrétien de peine qui punisse plus sévèrement l'omission du Bréviaire, que le péché mortel, dont sa négligence l'a rendu coupable.
Celte décision , considérée d'un premier coup-d'ail, effraye peu de personnes, parce qu'il y a peu de personnes assez malheureuses pour violer de sang-froid la loi que l'Eglise leur a imposée. La plupart s'en acquilient méme avant le temps, pour être plus sürs de n'y manquer pas.
1) Natalis Alexander, tome IT, art. 4, reg. 4, pag. 61.
À) Un bone de beh qul ardua logic Deos ao église ne put jamais enteudre que ces paroles : Ni Deus. Cela esi juste, disait-il ; s'il y avait un Di servi avec plus de respect et de diguité.
(5) In angelis suis reperit pravitatem, Job.
I Ego jusiitias Judicabo. Psalm. Lux, 2.
Maledictus qui facit opus Domiui fraudalenter (sew,
DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RiTES SACRES.
2. Cependant lorsqu'on fait réflexion qu grand nombre de ministres sacrés, et un nombre encore plus grand de jeunes béoé.
ficiers, récitent les divins offices sans ration, ni éloignée, ni prochaine; que sans observer le lieu et le temps, ils le disent avec la plus énorme rapidité ; que plusicers porlent ce scandale jusque dans le szscluaire; qu'un homme qui les suit pesdant un quart d'heure, ou plotót qui ne peat les suivre, tant leur course est impélaense, ne saurait découvrir ce qu'ils disent, ni méme s'ils parlent grec ou latin (2); qu'un chew anlicipe souvent sur l’autre; qu'au sorür du temple ils pourraient rendre uu compe exact de tous ceux qui y sont entrés et qu en sont sortis; que par conséquent ils mourrissent une foule de distractions voloatires; quo peut-être ils sont encore par ple d'un autre endroit très-mal avec Dieu : lors, dis-je, qu'on fait toutes ces réflexions, et qu'on pense qu'il est an Malftre qui trosre des taches daus ses anges (3), qui jege la justice même (5), qui maudit ceux qui fout négligemment son œuvre (5) ; quelque itseesible qu'on ait le malheur d'être, o» et saisi d'une secréte horreur; et si l'on ne & ‘pas absolument avec les disciples : Qu pourra donc se sauver? l'on dit avec le roiprophète (6) : N'entrez pas en jugement exc votre serviteur, 0 mon Dieu. Bst-il nr le terre un homme qui puisse se flatter d'étre isnocent à vos yeuz? Sivous examines à ls rigueur mes iniquités, pourrai-je, Seigner, Pourrai-je un moment soutenir le poids & votre justice ?
Si ce motif tout spirituel ne fait point asez d'impression sur des hommes de chaire de sang, il en est un autre qui les prené pa leur faible; c'est l'obligation de restitoer qu'encourent de droit naturel et de droit positif les bénéficiers qui omeltent l'ol, ou qui le disent si mal, qu'ils ne peuvesie flatter d'y sfait.
3. Je dis de droit naturel et de droit pestif, car l'un et l’autre est précis sur celle sr liére. Il est de principe, comme partoul aileurs, que ce qui est donné sous une contin ne peut appartenir qu'à ceux qui l1 remplissent. Or la récitation publique ot particulière de l'office est unedes principales Conditions sous. lesquelles le bénéfice est conféré; souvent méme c'est la seule que les fondateurs aient stipulée. De là ce mot qw les plus jeunes écoliers n'ignoreal pis:
Beneficium propter officium. C'est doec h cri méme de la nature qui condamse à restitution des fruits un homme qui pars manvaise volonté s'en est rendu indigne.
^. Mais parce que ce cri, tout aige, Lt perçant qu'il est, pourrait n'aller pas se qu'aux oreilles de ceux qui n'étudient pest ad vertunt LYT, negligenter). Jerem. ruvm, 40.
(6) Non intres in judicium cum servo imo; qué justilicabitur in coospectu. tuo omois rivecs. Psalm. cod 3. Si iniquitstes observaveris, Domine; Domine, qub t tinebit? Psalm. cxxi. Voyez sur cette uit Cabassot,, lib. vY Theor. et praxis, cap. 15; et P» verb. Rasrrrorien, cas 149.
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leur conscience, l'Eglise y a joint le sien, et dans un concile nombreux, et parla voix d'un des plus dignes pontifes qui se soient jamais assis sur la chaire de saint Pierre.
ision de l'un renferme celle de l'autre, qu est capitale dans la matière que nous traitons, qu'elle éclaircit bien des difücultés, qu'elle en fait naître quelquesunes, nous allons la rapporter. Voici comme y parle Pie V.
« Ex proximo Lateranensi concilio (1) ea salubris sanctio emanavil, ut quicunque habens beneficium ecclesiasticum, cum cura, et sine cura, si post sex menses quam illud obtinuerit, divinum efficium, legitimo cet sante impedimento, non dixerit, benefici rwm suorum fruclus, pro rata omissionis officii et temporis, suos non faeiat ; eos, tanquam injuste perceptos, in fabricas ipsorum beneficiorum, vel pauperum eleemosynas erogare teneatur. Verümtamen mullorum animi suspensione tenentur cujusmodi ralæ pradici ratio sit habenda. Nos huic rei cvidentius atque expressius providere volentes, statuimus ut qui boras omnes canonicas uno vel pluribus diebus intermiserit, omnes beneficii scu beneficiorum saorum fructus qui illi vel illis diebus responderent si quoltidio dividerentur; qui vero matutinum tantum, dimidiam; qui ceteras omnes horas, aliam dimidiam; qui harum singulas, sextam partem fructuum ejusdem diei amittat. Tametsi aliquis choro addictus, non recitatis omnibus horis canonicis, cum aliis præsens adsit, fructusque et distributiones forte aliler assignatas, sola præsentia juxta statuta, consuetudinem, fundationem, vel alias sibi lucrifecisse prætendat, is eti. præler fruciuum et distributionum ionem, item ille qui primis sex mensibus officium non dixerit, nisi legitimum impedimentum ipsum excusaverit, grave peccatum intelligat admisisse. Declarantes, præstimonia, præslimoniales portiones, et qualiacumque alia beneficia, eliam nullum omnino servitium habentia, oblinentes, cam prælictis pariter conveniri. At quicunque pensionem, fructes aut alias res ecclesias ticas, ot clericus percipit, eum modo pre diclo ad dicendum offeium parvum beate Marie Virginis decernimus obligatum; et pensionum , fructuum, rerumque ipsarum amissioni obnoxium. Nulli ergo omuino hominum, elc. (2). » :
5. Il. résulte de cette sage constitulion qu'un homme dont le bénéfice produit six livres par jour, deit restituer cette somme tout entièra lorsqu'il omet tout son office; qu'il doit en restituer la moilié, s'il omet malines et laudes, ou que les ayant dites il omette tout le reste ; et qu'eufin il doit res-
(1) Sess.9, sub Leone X.
(3) Balla 185, an. 1571, tom. I1 Ballaril, p. 344.
(5) Je dis la sixième partie de celte moilié, parce qu'on ne doit pas lui diminuer ce qu'il a déjà gagné : or en récitaut matiues et laudes, il a dei tomé trois livres. Puis done qu‘ n'a que trois livres à perdre ou à gagner sur les petites heures qui lui restent, c'est de ces trois livres qu'il doit diviser le galn ou la perte, selon dit ou qu'il €xnet les heures, dout elles sout le salaire. Cum dicitur
Dicrionxains Des Rirzs sacnés. II.
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tituer la sixième partie (8) de-celte moitié, s'il omet quelques-unes des petites heures, comme prime, vépres ou complies. Ce calcul est aussi juste qu'il puisse étre dans une affaire. morale, où l'on a dû éviter toute précision fastidieuse.
Il en est de même, 1° des chanoines qui.
en vertu de quelques statuts ou d'une coutame particulière, croiraient avoir droit à tous les fruits du jour , quoiqu'ils n'eussent assisté qu'à certaines heures ; æ de ceux qui ayant des pensions ou des fonds ecclésiastiques ometlent en tout ou en partie la réc tion du petit office auquel ils sont obligés. Pie V veut que ces trois sories de personnes soienttraitées de la méme manière, et qu'elles perdent à proportion de ce qu'elles ont manqué.
6. Ce qui fait un embarras considérable, c'est que ce verlueux pontife ne soumet à la restitution que ceux qui continuent à omettre l'office divin six mois après avoir pris possession de leurs bénéfices : Qui post sex menses... divinum officium, legitimo cessante impedi to, non dizerit. Est-il donc permis de retenir le fruit d'un bien, quand on n'a pas acquitté les charges qui ysont annexées?
“Navarre (4) e! plusicurs autres écrivains, fondés sur les paroles que nous venons de rapporter, ont cru que l'obligation de restituer ne court point pour les six premiers mois. Ce sentiment n'est ni assez sûr, ni assez équitable, pour que nous paissio!
l’embrasser. Ua hénéficier est tenu par contrat à la récitation du Bréviaire; il y est donc tenu par les lois de la plus rigoureuse justice, comme un homme gagé l'est à faire la tâche dont il est convenu. Or, une obligation de contrat induit, quand on ne la remplit pas, l'obligation de restituer. Je n'examine point si la bulle .de Pie V aurait pu y déroger sans Yaveu des parties intéressées, je prélends seulement qu'elle ne l'a pas fait. Il est vrai qu'elle oblige à resliluer après les six premiers mois ; mais elle ne dispense pas de resituer avant ce terme. Il en est d'elle à peu prés comme de la loi qui déclare coupables €eux qui manquent la messe de paroisse pendant trois dimanches consécutifs : elle v’absout point ceux qui n'y manquent qu'une ou deux fois sans-cause raisonnable, {1 y a plus : c'est qu'en examinant les choses de prés, on trouvera que Léon cile de Latran, et Pie V da constitution, établissent indirectement l'obligation que la lettre de leurs paroles semblerait ébranler.
lis déclarent l'un et l'autre qu'un bénéficier, en quelque emp qu'il manque son office, commet un péché considérable : Grave peccaium intelligat admisisse. Or , ce péché est, devant comme aprés les six mois, un péché sextam partem esse restituendam pro singulis horis, intellt-
"ndum id esi de sezia geri fum [imidii diei natura-
s, vel de fructibus diei artificialis; üa ul qui uno die recipit, v. g. 12 argenteos, si omitlat horam. teneatur tantum. reddere unum argenteum ; quia illa es! sexta pars [ructum diei artificialis ; num alii sez. respondent olficio matutino, Barthol. aS. Fausto, q. 285
(4) Navar. de Orat. cap. 21, n. 58.
injustice : el ce genre de péché oblige toujours à restitution. Enfin il est sûr qu'on ne doit donner aux lois ecclésiastiques qu'un sens favorable à la piété. Or, quel avantage tirera la religion de la grâce que fera l'Eglise à un indigne bénéficier en lui adjugeant des revenus qu'il a négligé d'acquérir? Elle privera les fondateurs d'un droil qui leur apartient ; elle fomentera la criminelle indu- . lence d'un malheureux titulaire ; elle persuadera à un tas de casuistes reláchés que la récitation del'offico n'est àlarigucurqu'un devoir arbitraire : et Dieu sait les conséquences qu'ils tireront de ce principe. Concluons donc qu'un bénéficier qui manque son Bréviaire quand il peut le diro, est toujours obligé à restitution.
7. Je sais que quelques auteurs ont cru avec Lopez et Medina que huit ou dix jours sur une année entière ne doivent pas se compter; parce que, comme l'avait dit Soto avant eux, un bon maltre ne diminue pas les fages deson domestiquepour quelques jours
le bon temps qu'il se sera donnés. Mais ce raisonnement n'a pas méme le faible mérite d'étre spécicux. Car outre qu'il y a bien des matires qui comptent à ceux qui les servent quelque chose de moins que la perte volontaire de dix jours; que ceux qui la sacrifient sont en droit de l'évaluer; qu'un domestique E réparer une semaine le tort qu'il a fait l'autre : il est sûr que la basse et odieuse comparaison d'un ministre sacré avec un domestique n'a rien d'exact, rien de concluant. Tous deux doivent servir leur maltre : mais l'on exige beaucoup plus de celui à qui on a plus donné (1), et d'un autre côté l'on en exige beaucoup moins. Il ne lui faut pas deux heures par jour pour payer sa dettetout entière. Ainsi, quoique d'une part il soit traité comme le fils de la maison, de l'autro il est sujet à un comple plus rigoureux.
Ticrce ou complies ne lui demandent que trés-peu de temps ; les vépres du samedi saint lui en demandent encore moins : il est sür néanmoins qu'il péche mortellement s'il omet complies ; et il n'est pas bien sür qu'il ne pèche que véniellement s'il omet les vépres du samedi saint.
Mais quelles raisons ont pu avoir Léon X et Pie V de ne parler de restitution qu'après les six premiers mois? C'est ce qu'il nous est permis d'ignorer, comme beaucoup d'autres choses. Les législateurs, et ceux qui travaillent sous eux, font bien des réflexions qui passent avec le temps. 1l se servent souvent de locutions moinsclaires, et c'est parsagesse
u'ils s'en servent. On croit cependant que l'hérésie de Luther, qui commença sous le pontificat de Léon X, et qui n'avait jeté que de trop profondes racines sous Pie V, fut une des principales raisons qui engagèrent ces deux papes à ne montrer aux bénélciers qu'une partie de la vérité. Les novateurs qui s'élèvent avec fureur contre les anciennes dévotions, ne pouvaient souffrir le Bréviaire,
(1) Cui commendaverant multum, plus petent ab eo. xu, (2) Omnes. beneficii sea beneficiorum sorum fructus,
* ss dans lequel on invoque les saints et on pri peer les morts. La paresse trop natarelle à "homme était d'intelligence avec eux. Es disant tont, on aurait pu découragerouaigrir. En présentant une face plus douce, on affermissait les pieds de ceux qui étaient ébraulés, on les ramenait au devoir. Quand la brebis est une fois dans le bercail, elle ne tarde pas à sentir ses anciens écaris, à en géwir, à les réparer.
8. Mais un curé qui en omettant son Bréviaire a rempli les autres devoirs de sa charge ; qui, par exemple, a préché, administré les sacrements , visitó ses malades, entretenu le temporel de son bénéfice ; doitil restituer comme s'il n'avait rien fait de tout cela ?
Cette difficulté peut se résondre, ou selon la teneur du décret de Pie V ou selon les maximes du droit naturel. Si on la résout aux termes de la constitufion de saint Pie, il paraît que ce bénéficier, pour avoir manqué en un point, est traité comme s'il avait manqué en tous les autres, c'est-à-dire qu'il est obligé à une pleine et ent'ère restitution des fruits qu'il a perçus. 1l! est difficile de donner un autre sens à la bulle de ce gr:nd pape Car il veut que le bénéficier, et ceux mêmes qui on! charge d'ámes, restiluent toos les fruits qui répondent aux jours où ils ont manqué l'office (2). Or, s'il leur permettait d'en retenir une partie à proportion des autres services qu'ils ont rendus à l'Eglise, il ne pourrait leur faire unc loi de restitner te tout. Ainsi raisonne Suarés (3) ; et je ne vois pas ce qu'on peut lui répondre.
Ce profond thévlogien ajoute que par ce moi Statuimus Pie V établit un droit nouveau; et que d'ailleurs il met une très-grande différence entre ceux qui après lessix mois om: ttent l'office, et ceux qui y manqucut pesdant ce premier semestre. Or, il n'y aurait ni différence des uns aux autres, ni droit nouveau établi par rapport à eux, si le bénéficier qui manque à réciter son office après les six premiers mois n'était privé que d'uoe partie de ses fruits, lorsqu'il a fait ses autres fonctions, Il serait aprés la bulle dans la position où il était auparavant. Avant la bulle il jouissait des fruits proportionnés à son travail , quoiqu'il n'eüt pas dit l'office ; aprés la bulle il ferait la m&ne chose. A Pie V, portant une loi nouvelle, n'au établi de nouveau. Peut-on lo croire ?
on le soupconner ?
Le droit naturel est beaucoup plus iadelgent. Il se contente de proportionner la peine au délit ; “et s'il punit, comme ilest Jaste, l'omission del'office par la soustraction d'onc partie des fruits , il compte poar beaocosp l'acquit des autres charges, et il leur adjugc un salaire convenable. C'est à quoi l'on pee! s'en tenir en France, et vraisemblablement bien d'autres pays , où l'ancien usage a pré valu contre la nouvelle disposition du s:iei qui illi vel illls diebus responderent, ami». Bal £x
imo.
PIS) Suares., eod. lib. we, exp. S0, e. 6.
rii Pcat-