DU PAIN BÉNIT
(Explication du P. Lebrun.)
Eulogie vient d'un mot grec qui signifie pricreoubénédiction. Le pain bénilqui est, en plusieurs endroits , le seul restede l'offrande des fidèles, est appelé, parce qu'il est bénit par uno prière, et il a été institué pour être entre eux un signe de communion. Les chrétiens doivent tous ensemble composer un méme torpe, et l'on ne saurait trouver un symbole plus expressif de l'union de plusicurs choses qu^ le pain qui est fail de plusieurs grainsde blé réunis eL confondusensemble : Nous sommes tous un méme corps et un méme pain, dit saint Paul (1), parce que nous devons tous étre réunis en Jésus-Christ.
On voit au 1v* siècle que, pour exprimer Celle union, les chrétiens s'envoyaient mutuellement du paio, qu'ils appelaient des eulogics, à cause qu'ils y joignaient une béuédiction par la prière.
(1) Cor. x, 17.
(on 49, iom. 1, p. 306.
5) Panis quem misimus uberior benedictio fiet dilectio-
ne scelyientis vestrae benignitatis, Aug., ep. 51, al. 34, ad Pantin (
) Panem unum, quem unanimitatis indicio misi
eharitai tum, rogamus accipi
epist. 41, ad Augrst.
(5) Pauem unum sanctitati tue unitatis gratia misimus...
Hunc panem eulogiam esse tu facies dignatione suucudi.
Paulio., ep. 45, ad Alip.
(6) Fe fr nt d'une lettre de saint lrónée au
is Lenedicos, Paulin.,
istor. V. v, c. 91.
Saint Grégoire de Nazianze (3) parle des pains blancs marqués d'un signe de croit, qu'il avait coutume de bénir, et qui dozairent miraculeusement la santé à sa mère par la seule pensée qu'elle eut en dormant quete en mangeait el qu'elle était guérir,
aint Augustin fait allusion à ces sortes d'eulogies, lorsqu'il écrit à saint Paulin g que la bénédiclion du pain qu'il lui envoie
leviendra plus grande par la charité avec laquelle il le recevra.
Saint Paulin envoya aussi ua pain à saint Augustin en signe d'union (5), et il le pri de le bénir en le recevant. Le méme saint, envoyant un autre pain à saint Alipe, évéque de Tagaste, lui écrit (5) qu'en le recevant en esprit de charité, il en fera une eulogie.
On s'envoyait méme quelquefois l'eucharistie (6), qui est le plus grand de tous les signes d'union ; et le concile de Laodicée, vers le milieu di siècle, au quatorzième canon, défend d'envoyer à la fête de Pâques les saints ( sancta), c'est-à-dire l'eucharisue, au lieu d'eulogies.
Ce canon peut faire entendre qu'on envoyait quelquefois l'eucharistie, et qu'on envoyail plus souvent en signe de communion un sim ple pain bénit qu'on appelait eulogie. Les anciennes formules de Marculfe nous apprennent en effet que les évéques se sont envoyédurant longtemps des eulogies aux fées de Noél et de Páques (7).
Le pain bénit a donc été d'abord en usage pour entretenir l'union entre les chrétiess éloignés les uns des autres, et il l'a été essuile pour étre un signe d'union entre tous ceux qui se trouvaient ensemble à la messe.
Le igne d'u: par excellence es! la communion eucharistique ; mais tout le moode ne communiant pas, on a institué un autre signe qui suppléát à la réception de l'eucheristie, afin qu'on püt dire en an sens ceqet dit saint Paul (8), Nous participons tous dun méme pain. De là vient que depuis un temps immémorial, dans les églises grecques et latines, on a bénit du pain pour le distribuer à la fia de la messe. Saint Germain, patriarche de Constantinople, reléveles avantages qu'va doit tirer de ce pain; et l'on voit dans plesieurs autres auteurs (9) que les Grecs à l4 fin de la messe, le reçoivent du prétre avec beaacoup de respect en lui baisant la mais.
L'usage du pain bénit fat expressément re-
7 : les ch. 5 du second lire des Formile ed eepotee di sot ere Dur e Ide Capiuisires, p, 429 et 050.
a y^ tarlé du pain bénit dans Balsamon sat je se cond canon d'Antinche (quoique ce canon pe parie ra £' néral que de la communion des chrétiens), dzms l'iiet'e de Cantacuzène (1. 1, c. 41), dans Nieépbore de Cons æ tinople (c. 19), dans’ Codin, de Offic Consexom Voyez aussi Cabasilas sur la liturgie et les notes de? Goar sur l'Eucologe. Cet auteur. le P. Get e a
itt vaut MT es t en rt
un PA!
commandé dans l'Egliselatineaurix siècle par le pape Léon IV, par le concilede Nantes, par Hincmar de Reims, et par Raban, archevé- «ue de Mayence. Le pape Léon 1V, vers l'an 850, dans sa lettre pastorale, dit aux curés (t: Distribuez des eulogies au peuple après la messe. Hincmar de Reims entre dans un plus grand détail dans le règlement qu'il fit pour son diocèse, l'an 852. Il paralt avoir tiré tout ce qu'il dit du concile de Nantes, qui, selon les remarques du P. Sirmond (2) e! de M. Baluze (3), doit être placé vers l'an 800.
Ce concile, rapporté par Reginon (4) qui Éécrirait vers l'an 900, ordonne « que du reste des oblations qui n'auront pas élé consacrées, ou des autres pains quele peuple aura offerts, ou de son propre pain, le prêtre en melle un assez grand nombre de parcelles dansun vase propre, pour distribuer après Ja messe, les dimanches et les fêtes, à ceux qu n'ont pu communier ; et qu'avant de les
istribuer il les bénisse par celle priéro, »
que nous mettrons ici tout entière, parce qu'elle est une des deux que le Missel romai a conservées parmi les autres bénédictions :
Seigneur saint, Père tout - puissant, Dieu éternel, daignez bénir ce pain par votre sainte et spirituelle bénédiction, afin que tous ceux qui en mangeront y trouvent la santé du corps et de l'âme, et un préservatif contre les maladies et les piéges des ennemis. Nous vous en prions par Notre-Seigneur Jésus-Christ votre Fils, le pain de vie qui est descendu du ciel pour donner la vie et le salut au monde, etc.
Le coucile ajoute qu'il faut prendre garde qu'il n'en tombe quelque mielle par terre. Ce pain, en effet, bénit par l'Eglise, mérite du respect ; el il faut en dire ce que disait saint Augustin du sel bénit qu'on distribuait aux catéchumènes (5) : « Quoique ce ne soit pas le corps de Jésus-Christ, c'est pourtant une chose sainte, et plus sainte que les autres aliments dont nous nous nourrissons, parce que c'est un sacrement, » c'est-à-dire le signe d'une chose sacrée. Le sel était le signe de la sagesse chrétienne et du goüt spirituel qu'on inspirail aux catéchumènes ; et le pain bénit est le signe de l'union des chrétiens avec Jésus-Christ, comme un supplément à la réception de son corps.