PAX
dans la liturgie de saint Jacques , qui est la plus ancienne de l'Eglise grecque. On le voit aussi dans les plus anciens Ordres romains. Le premier concile d'Orange, en $41, dit (8) qu'avec la capse le calice doit étre présenté et consacré par le mélange de l'eucharistie. La capse était la boîte où l'on conservait l'eucharistie. On la portait à l'autel au commencement de la messe, et avanti la communion elle était présentée au prêtre, afia qu'il y prit la parcelle réservée pour la mettre dans le calice.
; Pour bien entendre cet usage, il faut se souvenir qu'outre la particule qu'on met à présent dans le calice , aprés la fraction de l'hostie, on y mettait autrefois éelle qui avait été envoyée par les évéques, ou celle qu'ils s'étaient réservée eux-mêmes pour le sacrifice suivant.
On voit, par les constitutions des papes Melchiade (9) et Sirice (10), rapportées dans les anciens calalogues des papes, el par la lettre (11) d'lanocent I* à Décentius , que le pape et les autres évêques d'Italie envoyaient tous les dimanches aux prétres des églises titulaires une partie de l'eucharistie qu'ils avaient consacrée: à fa messe; et le prétre mettait cette particule dans le calice en disant: Paz Domini, etc., en signe de communion. !
Les évéques aussi, le jour de leur sacre, recevaient de celui qui les consacrait une grande hostie qu'ils conservaient durant quelques semaines, pour en mettre chaque jour une partie dans le calice au méme endroit de la messe. On voit encore, par de fort anciens manuscrits (12), qu'on gardait une partie de l'hostie consacrée par le pape à Pâques , à la Pentecôle et à Noël, pour la porter aux stations qui se faisaient durant le cours de l'année, et la mettre dans le calice en disant: Paz Domini, lorsque le pape n'allait pas aux stations.
Le pape et les évêques, avant le 1v* siècle, recevaient l'eucharislie des Eglises éloignées, comme la lettre de saint lrénée au pape Victor touchant les Eglises d'Asio le fait voir, et ils conservaient eux-mêmes, en disant la messe, une partie de l'hostie pour le sacrifie int.
Ces les qu’on envoyait aux églises s’appe t fermentum, levain, parce qu'on les regardait comme un levain de communion et de charité, qui marquait que le pape, les évêques et les prêtres offraient un méme sacrifice, el qu'eux tous avec les fidèles qui y
mon dicuptur verba illa : Fiaf commiztio, quia ibi de sanguine mentio ft, sed ín calice sauguis non est, nec liodie consecralur. Durand. Ration. 1. vi, €. 77, n. 26.
(7) In Ord. Rom. n. 15p. 86. .
(8) Cum capsa et calix offereodus est, et admixtione Euebacistiæ consecrandus. Conc. Araus. 1, can. 1T. On lit dads les manuscrits inferendus, au lieu d'offerendus.
(9) Hic fecit ut oblationes consecratæ per Ecclesias ex eonsecraett episcopi diriperentur: quod declaratur fermentum. Pro. Act. SS. Maii, p. 5l.
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"EE * (1#)Codez Ralispon. Mabil. Ii. German. Mus. Ital tou. HI, p 53. ^.
participaient avaient lieu de lire avec saint Paul (1) : Nous ne sommes tous ensemble qu'un seul pain et un seul corps, nous tous qui participuns à un méme pain.
Selon les deux premiers Ordres romains (2) et Amalaire (3), on portait cetie partie de la sainte eucharistie dans une bolle devant le pape, lorsqu'il allait à l'autel. 11 l'adorait nvant que de commencer la messe , el c'est velle méme particule qu'il mettait dans le calice, en disant : Pax Domini. ll esL évident, par ces Ordres , que ce n'était point là une parcelle de l'hosiie du jour, parce qu'on n'avait pas encore fait la fraction de la nouvelle hostic a dont on mettait aussi ensnite une parcelle dans le calice en disant : Fiat commirtio, etc. Ce dernier mélange s'est toujours fait. Et depuisqu'on ne réserve plus de parcelle de l'hostie, il a pris la place du premier.
Quant à la raison de ces usages, la parcelle réservée était mise dans le calice, 1" en signe de communion avec ceux qui l'avaient envoyée ; 2° pour joindre la consécration des jours précédents avec celle du jour méme, et marquer ainsi l'unité et la continuité du sacrifice ; 3° la particule réservée pouvait être mise dans le calice pour une raison naturelle. C'est que, les hosties étant autrefois plus épaisses qu'elles ne le sont à présent, cette parcelle pouvait étre durcie et avoir besoin d'étre humectée pour la prendre plus facilement. Il cst certain que, dans la plupart des Eglises grecques où l'eucharistie destinée aux malades est mise en réserve le jcadi saint pour toute l'année, les prêtres la font (5) ramollir dans du vin en Ja donnant aux malades. Nous voyons dans Eusébe (6) qe celui qui porta l'eucharistie au vieillard Sérapion cul ordre de l'humecter, et le concile de Carthage (7) , qui veut qu'on verse l'eucharistie dansla bouchedu malade, donne aussi lieu de croirequ'on la mélait dans une liqueur. Les premiers chrétiens et les solitaires qui porlaient et conservaient l'eucharistie chez eux pouvaient en user ainsi ; et dans la manière de communier que l'archevéque de Corinthe, au x* siècle, prescrivil au solitaire Luc, il est marqué (8) qu'en prenant la sainte hostie il devait prendre en méme temps du vin dans
LU Unos pans, enum enepna ani sumus, omnes qui de
uno pane participamus. | Cor. x, 17.
(3) Su m suam in ore Capsæ, ostendit sat X salotal sancia et con-
persbundaus praeeipiat, ut ponai. 8. Ad altare primo adorat san-
confractivne.
dicens in calice : Fia dixerit, Paz Domini sit semper vobiscum de sanct» oblata, sed archidiaconus pacem dat episcepo priori : deinde cæteri per ordinem, et populus, separatim viri et feiniaæ, "Tone pontifex rumpit oblatam.. confraciione... de ipsa sancta quam momorderit, por ter mauus archidiaconi in calicem, faciens crucem ter dicendo : Fiat commixtio, etc. Ord. u, n. 15. :
(S) Voyes la lettre de Leo Allatius au père Morin, de recent. Gracorum tempi
^) Hist. eccles. 1. vi, c.
un petit vase destiné uniquement à ceministére. La particule qn'en mel encore ls vendredi saint dans du vin est peut-être un reste de l'ancien usage.
Mais ona toujours eu une raison plos cossidérable et toute mystérieuse de méler i corps et le sang de Jésus-Christ, consacrés sous les espèces du pain et du vin, quiest de marquer la réunion du corps et du sang de Jésus-Christ, et sa résurrection gloriesse. En effet , jusqu'à cet endroit de la messe l'Eglise n'a exprimé que la passion et la mort de Jésus-Christ par la consécration de son corps et de son sang faite séparément. il est. certain, comme dit le concile de Trente, que par la vertu des paro'es sacramente!les dites sur le pain le corps est consacré seul ; et que par la vertu des paroles sacramentelles pro»
noncées sur le calice le sang est aussi coasacré seul. Il est pourtant de foi que celle séparation n'est que mystérieuse, el que réellement le corps n'est point sans le save, ni le sang sans le corps, puisque le corps de Jésus-Christ est véritablement un corps vivant. et glorieux. Or, il est important qu'on repré. sente dans le sacrifice la mort de Jésus-Christ
et sa vie glorieuse , parce que le sacrifice de la messe est le renouvellement de celui qu'il a offert en mourant sur la croix, et qu'ilofre vivant dans le ciel. Le corps consacré séparé ment et le sang consacré séparément sont le signe de sa mort. Le corps et le sang réesis sont le signe de la vie qu'il a reprise en ressuscitant ; car l'espèce du vin, pénéraM l'espèce du pain, nous représente quelecorps et le sang résident ensemble, et sont résnis comme dans un corps vivant. Amalsire (9j avait expliqué cette raison mystériense, et elle est aussi rapportée dans la messe ée Maurille(10), archevêque de Rouen, et expliquée par Jean, évêque d'Avranches as xr siècle. C'est encore ce que Flore, Remi d'ie xerre et. Alcuin nous ont fait entendre ea disant (11) qu'on met la particule dans le calice afin qu'il contienne toute la plénituds du sacrement. .
Expliquons fons les termes de la prière qoi accompagne ce mélange (12), où nous rerroat ce que signifie le terme de consécration, qui fait la éroïsième difficulté.
(T) Conc. Carthag. iv, can.
I dei sinet Dues. Jan. uet. Biblio. PP. a pu MULTIS icio monsieator sangeinem fon pest Nis et carnem mortui pr oso corpore, ree 2d prepriata subusnam, tque Sp'rita mille, ve Url hominem norum, ut a'tra non moriatur, qu morinas fuit et resurrex'L. Amal. | ac de £cel. Offi € 51.
(10) Per particulam oblatæ immissz ia calices sed tur corpus Christi, quod resurrexit a mortuis. BE. cri miss. Maurill. episc. Rothom., el Joa. Ahriec. de Of
ag. 25.
P ri Ut calix Domini totam plenitudinem eontisex sao" menti. Flor. in Can. Miss. ; Remig. Ezpes. Mist.; Los
div. Offic.
(12) Cette priéra, qui est dans les plus aociess Orb romains, dans À! dans le Micrulogue et dut * grand nombre d'anciens Missels manuscrits de Praec. d'Angletérre et d'Allemagne, n'est pas dite. parles co" irenx el nese trouve point, dans les coutumes de Ow? €^ qui marque que dans quelques Eglises de Frase C qu'elles eussent pris le rite romain, oa a mis la rire de l'hosue dans le calice sans rico prononcer,
Rec commixTio ET coNsEcRATIO(1). Le mot de consécration du eorpset du sang ne signifie. ue le corps et le sang consacrés. Saint Laurent disait au pape saintSixte(2, : Eprouvez le minisére d quieous avez confié la consécration du sang du Seigneur, pour dire à qui vous avez confié le sang de Jésus-Christ consacré , parce que c'était au diacre à le distribueràla communion. Le corps consacrésous les espéces du pain s'appelle la consécration du corps , le “Hi consacré sous les espèces du vin s'appelle la consécration du sang, et le corps et le sang réunis dans le calice sont la consécration du corps et du sang. L'Eglise réunit ces deux consécralions en faisant meitre par le prêtre une partie de l’hostie dans le calice; et le premier concile d'Orange recommand; spressément cette pratique : Le calice, dit-il, doit étre consacré par le mélange de l'eucharistie, c'est-à-dire que, contenant déjà la consécration du sang, il doit aussi contenir celle du corps : afin que, cemme on a vu , le calice sous un symbole sensible contienne toute la plénitude du sacrifice, et qu'il soit le signe et la cause de la vie glorieuse que nous attendons. C'est le bul et la fin de la suite de celte prière.
FiAT ACCIPIENTIBU: » servent pour la œie éternelle. Nous demandens quece mélange, qui est lo symbole de l'union mutuelle du corps el du sang de Jésus-Christ, pour marquer sa résurrection et sa vie glorieuse, soit un signe et un gage de notre union à Jésus- Christ pour la vie éternelle, qui ne nous est
romise (3) que par le corps et le sang du Tédempteur.
A nous qui le recevons. Celle prière ne rcgarde à présent que le prêtre et ceux qui par uu reste d'antiquitó communient sous les deux espèces en quelques solennités.
Il n'est pas inutile d'observer ici que, comme le mélange des deux espèces sacramentelles marque la réunion de l'âme et du corps de Jésus-Christ, il ya un grand nombre de Missels (4) où l'on demande pour ce sujet Ja santé du corps et do l'áme, et ensuite la vie élernelle.