‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 109 sur 411 · MESSE · texte numérisé non relu

MESSE

DES NOMS ET DES PARTIES DE LA MESSE. (Explicalioa du P. Lebrun.)

La messe est le sacrifice de la nouvelle loi (4), par lequel les chrétiens rendent à Dieu le culte suprême, en lui offrant le corps et le sang de Jésus-Christ sous les espèces du pain et du vin , par le ministère des prêtres

Comme Jésus-Christ, en instituant ce sacrifice, dit simplement à ses apôtres : Faites ceci en mémoire de moi, sans donner à cette action aucun nom particulier, l'Eglise, depuis les premiers siècles, lui en a donné plusieurs, tantôt pour faire connaître ce qui s'opère dans ce divin office, et tantôt pour L'auguste sacrement de nos aulels doit en cacher les mystères à ceux qui n'étaient occuper une grande place dans un diction- pas du nombre ;des fidèles. On l'a nommé la naire de Rites et de Cérémonies. Déjà, à l'ar- liturgie (5), c'est-à-dire le service; la sylicle Eucharistie, on a traité de ce mystère, naxe (6), ou la collecte (7), c'est-à-dire l'as-

comme sacrement, en indiquant les règles de ~

l'Eglise, contenues dans le Rituel romain, en grande partie, au sujet de la communion, de l'exposition, de la procession et de la bénédiction du saint sacrement. Au mol Sacrifice, on traitera des sacrifices en général. Ici nous donnons les règles ordinaires de la célébration de la messe , d'après le Missel et le Cérémonial des évêques. On peut en voir le texte au mot Cérémonial et ci-après à chaque article. Les règles du Missel devant êtres suivies ponctuellement , il est intéressant de pouvoir les discerner, au simple coup d'œil , des explications qu'en ont données les bons auteurs. C'est ce qu'on a fait ici. Ce qui est une traduction littérale des rubriques romaines est renfermé entre des

1) Cœpit pavere et taedere. Matllt. xxvi, 37. Marc. XIV. 55.

(2) Mallli. c. xxvii, V. i6. Marc. c. xm, v. i.

(3) Apparuil auleiu illi angélus de cœlo confortans eum. El faclus in agonia. Luc. c. xxii, v. 43.

(I) Cbristus dicens:Hoi; est corpus nieum , clc, novi Teslainenii novam doouit oblationem , quani Ixclusia jl) aposlolls accipiens, in universo mundo offert. Deo.... Offerens ei cuni graiiarum aclioue ex crealura ejus. S. Iren. lib. IV, cap. 52, 34.

(5) Euseb. de. Vil. ComlmU. lib. v.

(6) Socrat. Hist., lib. iv ei v. Diouys. Ar. de Hier. eccl. c. 5. Anas. Sin. de Siinaxi.

(7) Hipron.

(8) S. Hilar. in psat. lxv.

(9) Tertull. lib. de Aiiiina, cl 1. de Fuga sœc.

(10) S. Cyprian. liuseb., Dem. evaug. lib. i. Clirysost. Cyril. Alex, i/i Conc. Eplies. Fnlgeut., etc.

(II) Couc. Laod. caii. 19 et 38.

(12) Cyril. Hieros. Cateclt. mi/slnjf. S. Chrysostom., Homil. H in I ud Cor. m; et de Sacer. 1. vi.

(13) S. Hilar. ubi supra.

(14) S. .4nil)ros., episl. 20 ad Marccltin. Sor. (tb) Depuis près de deux siècles, de savants hébr.iîsants

(Munster, Reuchlin, Génébrard) ont voulu lilrer le nom de luesse du mot hébreu missacli, qui dans le Deutéronouie (c. xvi,v.10)signifie oblation volonlaire; et l'on a cru que c'était l'ancien ternie dont les premiers chréliens s'étaient servis. Mais ni les Syriens, ni les Grecs, qui ont conservé et nous ont transmis tant de mots hébreux, comme Àiuen,

semblée; les offices des divins sacrements (8), les solennels ou les divins solennels (9) , le sacrifice (10), l'oblalion (11), la supplication, les vénérables (12), les saints, les divins (13), les redoutables mystères. Mais, depuis quatorze cents ans , l'Eglise grecque s'est fixée aunomdelilurgie; et l'on voitdepuis le même temps, dans saint Ambroise (14^) et ailleurs, que l'Eglise latine a donné le nom de messe à cet office divin.

Ce mot de messe (15) vient de l'ancien mot latin missa pour inissio (16), qui signifie renvoi, parce qu'on renvoyait autrefois de l'assemblée avant l'oblation ceux qui ne devaient pas assister au sacrifice. Saint Augustin, saint Avitus de A'ienne et saint Isidore de Séville ont marqué trop clairement celte origine pour pouvoir en douter (17).

Âtlelttia, Sabaolh, Hosanna, n'ont point eu celui de messe. Il ne se trouve dans aucun écrit qui soit sûrement des Irois premiers siècles.

(16) Connue on lit dans saint Cypricn remissu iiour r^ni/ssio : remissatn peccmorum (de Huiio pal., p. 140, ep. 10 el 73, éd. 0\.) ; et dans saint Jérôme collecta pour colUclio. (Epist. I'aulx>, et epist. UO.)

(17) Saint Augustin n'exprime pas autrement le renvoi de ceux qui devaient sortir de l'église avant l'oblalion, car pour dire : On annonce te renvoi aux catécliumènes, les fidèles demeureront , il parle de cette sorte : Fil missu calecliwiienis.mdnelmnt fidèles (Serm. 49, al. 257) : et saint Isidore, vers l'an COO, dit que c'est de ce renvoi que vient le mol de messe : Missu lenipore sacrificii esl, quando ta-

lecliumeni (orm millwHw et inde missa. (Isid. Oriijin ,

1. VI, c. 19). Voyez col. 178 le témoignage de saint .Avitus, Ji rcxplcatinn de VJle missa est. Flore de Lyn i et Hemi d'Auxcrre, au neuvième siècle, expliquent aussi le mol de messe par celui de renvoi. Rémi ajoute seulement, qu'un peut regarder la messe comme l'envoi des prières et des ublatious que le peuple fait à Dieu par le ministère du prêtre qui tient la place du Médiateur. (Fhr. in Can., Remig. Expos, mi.ss.)

Il y a deux remarques il faire sur ce mot de messe : l'une, que depuis l'an 400, ce nom fut donné 'a tous les oflîces ecclésiastiques de la nuit ou du jour. Cassien , qui écrivait vers l'an 440, emploie Irés-souvent ce mot eu ce sens : Post missum iioclMiiiiini (1. u, c. 7); post oralionum missam ( c. 14 ); foiigrcgalioiiis missam (1. m, c. 7); posi viqilimuin miisam ( c. 8, etc. ). L'autre esl que ver» l'au

Apicà que les empereurs (1) curent embrassé le chrislianisme cl donné à l'Eglise la liberté de célébrer solciinellemenl les divins offices, on permit aux catécliunièiies (2) d'assisler aux inslructions et aux prières. Mais on avait soin de les faire sortir de l'église, et de les renvoyer lorsqu'on voulait coiiiniencer l'oblalion du saint sacrifice. C'est ce qui fit appeler ce divin office la messe, ou le renvoi.

Il était difficile de trouver un mot qui marquât plus sagement ce que l'Eglise voulait faire secrètement pour les seuls fidèles, et qui en même temps en donnât une plus haute idée, puisque ce mot de messe ou de renvoi indiquait l'office où l'on ne pouvait admettre que ceux qui étaient censés avoir conservé ou recouvré la grâce du baptême. Les chrétiens non baptisés, tels qu'étaient les catéchumènes, les chrélicns mis en pénitence , tous étaient renvoyés aussi bien que les infidèles, pour ne laisser assister aux saints mystères que ceux qui s'étaient conservés purs, ou qui s'étaient purifiés par la péniîence.

C'est par indulgence que l'Eglise, depuis longtemps, laisse assister à la messe plusieurs chrétiens qui en auraient été exclus autrefois. Mais elle a encore soin de faire avertir au prône, que diverses personnes doivent être renvoyées; et elle fait assez souvent entendre qu'elle ne souhaiterait d'y admettre que ceux qui ont conserve la grâce du baptême, et ceux qui l'ont recouvrée, ou qui travaillent à la recouvrer par la pénitence. Ainsi, le seul mot de messe ou de renvoi doit faire penser à plusieurs de ceux qui vont assister à ce divin ol'ficc, qu'ils mériteraient souvent d'être renvoyés euxmêmes ; et qu'ils doivent être dans de vifs sentiments d'humilité et de douleur pour travailler à recouvrer l'innocence qu'ils ont perdue, et à mériter le nom de fidèles dont ils sont honorés.

Quoique la messe soit toujours essentiellement la même, diverses circonstances lui ont fait donner les divers noms de messe publique, solennelle, haute, grande, privée, basse ou petite.

BÛO, on se servit du mol de inissce au pluriel, cl de missariim solciiinia, pour marquer le sacrilice de la messe. C'est ce qu'on voit daus saint Césairc d'Arles, qui dit : Tune (iiiiu missœ, quando nmnera offerunlur , cl corpus et sanguis Domini consecrantur ( Serm. 81 ); daus l'Histoire Tripartite, traduite par Liiipliaue vers l'an 510, et quelques années après dans le concile de Vaison ; et dans Grégoire de 'tours. Socrate avait déjà employé le mot de sym.res au pluriel pour signifier la messe des lidèles ; et Epiphane traduisant ces endroits, met missas facere o\i celebraie {Hiit. Tripml. lib. iv, cap. 13). Cette expression au pluriel venait sans doute de ce que la messe des chrétiens était composée de deux assemblées et de deux renvois : l'un des catéchumènes avant l'oblalion ; l'aulre des fidèles après l'aclion de grâces , qu'on appelle la postcommunion.

(1) Au commencement du quatrième siècle.

(2) On appelait catéchumènes ceux qui croyaient en Jésus-Christ, mais qui n'avaient pas encore re^u le baptême et qui se faisaient catéchiser, c'est-à-dire inslruire. On en parlera ailleurs.

(3) A proprement parler il n'y a point de messes privées. Le prêtre agit toujours comme ministre public de l'Eglise. Il ne change rien dans le canon ni dans les autres

MES S!?e

Depuis douze cents ans, la messe qui srst dite dans une église où l'on invitait tout le monde, hommes et femmes, a été appelée messe publique, pour la distinguer des messes appelées quelquefois privées, qui se disaient dans des oratoires particuliers, ou qu'on disait pour les morts, auxquelles on n'invitait que les parents et les amis, ou de celles qu'on célébrait dans les églises des monastères (3). Celles que saint Ambroise(4), les prêtres d'Hippone (5) sous saint Augustin et Théadoret (6), disaient dans des maisons ou dans une cellule, n'étaient point censées publiques, non plus que celles que le concile d'Agde (7), en uOli, permettait de dire dans des lieux de la campagne éloignés de la paroisse. Le second concile de Vaison (8), en 529, ordonne qu'aux messes des morts on dira le Sanctus de la même manière qu'aux messes publiques ; et saint Grégoire le Grand écrit â l'évéque de Uimini de ne point dire des messes publiques (9) dans les monastères, de peur de troubler la retraite des serviteurs de Dieu par le concours des hommes et des femmes.

On a|ipelle la messe grande ou solennelle (10), quand on la célèbre avec plus d'appareil et de cérémonies : haute, quand le prêtre et le chœur chantent; et, [tar la raison opposée, la messe a été appelée basse, lorsqu'elle se dit sans chant; et petite, parce qu'elle est célébrée sans l'appareil et les cérémonies de la messe solennelle. Mais on y dit également toutes les prières, et l'on n'y omet rien de ce qui appartient au sacrifice.

Nous traiterons successivement de la messe basse, de la messe chantée, de la messe poatificale et de la messe solennelle.

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