MISSEL
(Traité des SS. Mystères, d(> Collet., DIFFICULTÉS SUR LE MISSEL.
t. Nécessité d'un Missel. — 2. Peut-on quelquefois s'en passer? — 3. Doit-il toujours être conforme au Bréviaire? — 'a. Peut-on toujours suivre le rite de ceux doni on suit le Missel? — 5. Un aumônier de religieuses peut- il régler sa messe sur leur office particulier?
Il y a sur le Missel deux difficultés principales. Eu faut-il nécessairement un , et doit -il être conforme à l'office du Bréviaire ?
1. On convient d'abord que, généralement parlant, un prêtre ne doit pas célébrer sans Missel , parce qu'il s'exposerait au danger
(1) Ville Uiiarli. pan. ii, lii. 2, dul) 2.
(2) SJiiil Cliailes voulait qu'on Itt loul, el iiii'ini ne se Ml i>u '» sa iri4ni(?lr«(
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nu (le changer souvent les termes de la lilur gie, ou d'eii omelire plusieurs ; ce qui, il.iiis une matière aussi sérieuse que l'est eelle du sacrifice, ne pool être que d'une très-grande conséquence, .\ussi saint Anlonin et le commun des docteurs (1) laxen -ils de péché mortel celui qui manque à une pratique si légilii'iemenl établie
2. Il y a |)lus de difficulté à décider si un prêtre dont la uiémoire est extrêmement sûre peut au moins quelquefois se passer di' Missel. Quelques-uns le pensent ainsi , d'autres le nient, el je crois que l'on doit s'en tenir à celle dernière opinio.i, suiloul lorsqu'on dit la messe dans un lieu fort fréquenté; car outre qu'il n'est pas rare de \ oir broncher ceux qui paraissaient le plus imperturbables , il ne laul souvent que le bruit d'une chaise ou le cri d'un enfant pour dérouler un homme. Et de plus, combien de gens se trompent par la seule crainte de se tromper'? Je sais qu'il y a bien des pré'.ies qui disent le canon par cœur ; mais outre qu'ils n'en font pas mieux (à), el (juc d'ailleurs on sait toujours plus p irraitc;iieiit le canon (jui revient tous les jours que le reslo d'une messe, même de Keqtiicm ou de Beata, qu'on ne peut dire sans cesse ijue par une dispense spéciale, il est constant que la présence du Missel rassure, el qu'elle suffit pour parer à bien des incouvénicnls. Combien de I)rédic,iteurs , sans se servir do leur c.ihier, ne niau()ueraicnl jamais s'ils l'avaient à la main !
Pour ce (jui est de la'iable des secrètes , c'est-à-dire de ceile carte qui se met au milieu de l'autel afin que le préire soit moins gêné dans quelques-unes de ses actions ; quoique la rubrii|ue l'exige el qu'on doive toujours lâcher de n'en manquer point, on peut absoliimont célébrer sans en avoir, parce que le Missel peut y suppléer.
3. Ouanl à la secmide diffieullc. il est évident que le Missel doit, auiant (|ue faire se peut, élre conforme au Bréviaire : dans tes voyages on prend ou le Missel romain, qui se trouve presque partout, ou le Missel du diocèse par lequel on passe : si ce dernier répond mieux ;iu Bréviaire, il faut le préférer (Voij. Messe basse, art. 12).
4. Mais, en suivant un Missel particulier, peul-on toujours suivre le nie des éiilises à qui ce Missel est propre? Un préire, par exemple, passe quelques jours à la (liaude- Chartreuse, pour respirer dans cet ujj'ieux et charmant désert l'esprit de saint Bruno, ([ue tant de siècles n'y ont point altère : peul-il dire la messe à la manière des cliarireux'? El si de là il va à Milan, pourra-l-il suivre le rite ambrosien, qui y est en usage ?Quarti, qui se propose ces difûculiés (3), y repond, qu'on peut suivre à Milan le rile ambrosien, mais qu'on ne peut, ni chez les chartreux ni chez les carmes, suivre le rite qui leur est propre. La raison qu'il en rend est que les rites qui sont en usage dans certaines con-
(3) Oi'ii'li. pai'l ■•• l''- 1*. ''"1^ 2. Il ue parle iiue dei cdioies el lies cloiiiiiiicains; mais ce qu'il en dii conclol p'juf le» RB. PP. charlr«ux.
DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SAdRES.
grégalîons particulières, sont des privilèges peisdiincls qui n'affectcnlquc les membres de, ces mêmes coiigrégalions, au lieu que le rite ambrosien esl le rile commun d'une grande et nombreuse Eglise; et que ceux qui -font assez de séjour dans un territoire peuvent sans scrupule se conformer à ses lois.
11 suit, ce nie semble, de la première parlie de celte décision, qu'un étranger qui célébrerait à Tolède dans la chapelle du cardinal Ximénès, ne devrait pas y dire la luessc selon le Missel mozarabe, dont ce fameux ministre n'a rétabli l'usage que pour ce seul endroit (1). Cependant si la coutume contraire avait prévalu, à quoi il n'y a guère d'apparence, je n'aurais point de peine à la suivre.
5. Ce peu nous sulfit sur une dillicullé qui ne se présente guère : en voici une qui est plus pralitiue. Elle consiste à savoir si, lorsque des religieuses ont un Bréviaire propre, leur aumônier peut dire la messe du saint dont elles célèbrent la mémoire, quand il fait lui-même l'offlce d'un autre saint. On voit du preutier coup d'oeil que la messe d'un confesseur ne va pas bien avec les matines et les laudes d'un martyr; cependant la congrégation des Rites (2J a décidé qu'un prêtre séculier, chapelain ou confesseur de religieuses qui ne se servent pas du Bréviaire romain, peut dire la messe d'un saint de leur ordre duquel elles font l'office, mais à deux conditions : l'une , qu'il se servira alors du Missel romain ; l'autre, qu'il dira une messe du commun, quoique l'ordre en ait une propre. Cette règle ne souffre jusqu'à présent d'exception qu'en faveur des carmes, dfs bénédiciines et des chanoinesses séculières de Lalran , établies dans le diocèse de Bagnarea (3) ; car il est permis, par différents décrets, à tous ceux qui vont y célébrer par dévotion, de dire la messe propre de sainte Thérèse , de saint Benoît et de la sainte couronne d'épines , qui sont honorés dans ces différents lieux d'un culte particulier. Merati, dont j'emprunte ces remarques (k) , dit , d'après un de ses confrères, que ce qui est accordé pour le jour de la fêle doit s'étendre à l'octave , quand il y en a une, parce que toute l'octave est réputée le nniilice d'un saint cl le jour de sa fêle. En France, je ne vois personne qui se fasse scrupule de dire la messe propre d'une église où il va célébrer par dévotion. C'est que les lois purement positives n'obligent que ceux chez qui elles sont publiées.
VARIÉTÉS
Voici comme échantillon un des Missels qui existaient en France avant la réforme du pape Pie V. Ce Missel est manuscrit et propre
(1) Vo}'( z le V. Lebrun. Explicalion liilérale , lom. III, pag. 298 el suiv.
(2) Capcllani sseculares propriis in ecclesiis monialium quse Roiuano non uUiiilur Breviario, diccre jiossuiil niissam (je sanclo ordiuis de qiio moniales recitanl ofricium : sed cum Missali Uomano. ut in proprio de sanclis vel de conminui. S. R. C, 20 Nov. 1628. Facultas iclobrandi cum Missaîi Koiuano pro lapellauis monialium inlelligi débet pro oMuiibus el singulis qui ex detiilo lenenlur cctebrare Ml 1 cclesiiï ipsarimi monialium, duuimodo celp|)rcnl cum Missali Kunianu. liad, C.ongr,, H Fcbr. HOi. LIcel In l'O-
à l'Eglise de Die. Ce qui prouve qu'il était pro pre à celle Eglise, c'est ce titre qui précède lo commun des sainls -.Incipit commune siinctorutn Missalis secundum umm Ecclesiœ JJiensis; ce qui le prouve encore, c'est la fête de la Dédicace de cette église, fixée dans le calendrier au 16 octobre, avec la date de l"2o0.
Ce Missel n'est pas complet, et parait avoir été à l'usage des chantres plutôt qu'à l'usage de l'autel, puisqu'on y trouve notées en .plain-cbant les parties de la messe chantées dans le chœur, et qu'il ne contient pas les messes des dimanches , excepté ceux de l'Avent ; on y trouve celles des principales fêtes, et celles du commun des saints , les messes pour les morts el plusieurs messes votives, le tout à peu près comme le Missel romain actuel, avec certaines marques d'antiquité dans les titres, comme dans le Sacramenlaire de saint Grégoire.
On peut y puiser des notions sur l'état de la liturgie dans celle contrée à l'époque dont il s'agit. Il est à regretter qu'il manque à ce Missel les trois quarts du calendrier ; t)n y verrait les saints vénérés alors dans ce pays; ce qui en reste fournit cependant quelques notions de ce genre : on y voit, le 5 octobre, saint Apollinaire ; le 7 novembre, saint Restitut, évêque du Tricastin ; le 17 décembre, saint Lazare, ressuscité par Notre-Seigneur, évêque d'Aix ; le 30 décembre, saint Trophimc, évêque d'Arles.
Après la bénédiction ell'aspersion de l'eau bénite, le Gloria in excelsis et le Credo tels que nous les avons maintenant, on trouve le canon. Cette partie de la inesse n'ayant guère subi de changements depuis l'antiquité la plus reculée, les moindres différences méritent d'être reniarquées.
Avant Te igitur, il y a Oremus.
M n'est pas lait mention du roi au mémento pour les vivants; afirès Omnium circumslanlitim, on ajoute : Omniinn fidetium chrislia^ norum.
Au second mémento, après ; Famularumque luarum, on ajoute : El omnium fideliiim defitnctorum; ensuite. Qui nos prœcesserunt , etc.
Après le Pater, le mot Amen est noté pour être chanté.
Après VAfjnus Dei, il y a bien des différences dans l'ordre des prières, quoique le contenu soit à peu près le même.
Le jour de Noél n'a (ju'une messe ; l'ni- Iroit est celui de la troisième des Missels actuels ; l'Epitre et l'Evangile sont de la seconde; cependant une note marginale fait mention de trois messes.
Les messes des jours suivants sont comme celles d'aujourd'hui, même pour le chant, à peu de chose près.
slprum luMi confessario, lumcapellani'îqnarumcunque monialium serviiio adiliclis, missas sanclorum de quibusipsa récitant oliicium celebrare, sed cum Missuli Bouianu el de commuui, non vcro nussas proprias corumdem sanclorum variis ordinilms a sacra congregatione roncessas S. R. C, 20 Nov. 1717.
(3) Il tant niainlenani y ajouter tes frères mineurs de l'élroite oiiservance, avec les capucins, et les religieuse» du même ordre. Collccl. décret., apud Komsie, n 7>H
\i) Merali, part, m, lit. li. in line.