‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 224 sur 411 · OBLATION · texte numérisé non relu

OBLATION

(Eïplicaiion du P. Lebrun.) AKTICLK PliEMIKU.

Commencement de l'oblalion; distinction entre la messe des catéchumènes et celle des

fidèles.

Le mot d'oblalion a plusieurs significations. Il se prend ici pour cette partie de la messe qui renferme les prières et les cérémonies qu'on fait pour offrir la matière du sacrifice jusqu'au Canon ou à la Préface.

Le prêtre et le peuple commencent celle partie de la messe en se souhaitant mutuellement le secours de Dieu.

Que le Seigneur Dominus vobiscum.

soit avec \ous.

1 Qu'il soitaussi avec Et cum spiritu tuo. votre esprit.

Le prêtre se tourne vers l'autel, et il dit : Oremus, prions. Cette exhortation à prier est ordinairement suivie d'une oraison. Cependant , durant plusieurs siècles, le prélre , après avoir dit Oremus, demeurait absolument en silence pendant l'oblalion jusqu'à la secrète. Ainsi cet Oremus a dû être regardé siinplementcomme une exhortation à se tenir en esprit de recueillement et de prière durant tout le temps de l'oblalion. Présentement, entre VOremus et la secrète, le prêtre dit l'offertoire et plusieurs prières.

Les prières et les instructions qui précèdent celle partie delà messe ne sont qu'une préparation à laquelle les catéchumènes pouvaient autrefois assister , on les renvoyait dès qu'elles étaient finies ; et c'est ce qui a fait appeler ces préparations, la messe ou le renvoi des catéchumènes.

Ce renvoi étant faii, tout le reste de l'office, qu'on célébrait pour les fidèles qui composaient l'assemblée, a été appelé simplement la messe, ou la messe des fidèles. Ce

(1 ) DeciTiiiinus ut s:icrosancta Evangelia ame munerum It'aUoueu) iu iiiissa caiecUumenornm in ordioe Uclioauni

terme élait usilé en ce sens au iv siècle. Lo concile de Valence, l'an 374, appelle messe des caléchumènes tout l'office qui précède l'oblalion; car il ordonna (Il qu'on lirait l'Evangile pendant la messe des catéchumènes, avant que d'offrir. Et saint Ambroise (2 , peu d'années après, écrit à sa sœur qu'après avoir renvoyé les caléchumènes, dimissis catecfiumenis, et donné le symbole dans lo haptistairo ù roux qui devaient rerevoir lo hapléme, il continua ses fonctions dans l'église, et commença à rélébror la messe : Mis.iam facere cœpi'. 11 ajoute, et pendant gu^ j'offrais, ce qui ne laisse aucun lieu de douter que par le mol de messe il n'( nlcmill la célébration du sacrifice. Il semble que ce ukjI de messe ou de renvoi n'ilait pas propre pour signifier une assemblée qui se faisait avant ou après le renvoi. Mais la signifn ation des mots est arbitraire; et souvent le commencement ou une seule circonslance d'une action donne le nom à tout ce qui la suit, ou qui la précède. C'est ainsi que d ins l'Ecriture le mot de sabbat, c'est-à-dire repos, qui est le mot propre du septième jour, a été donné depuis deux mille ans à toute la semaine. Il n'y a donc pas lieu d'être surpris que les Pères du ly siècle, et les auteurs ecclésiastiques qui les ont suivis, aieul nommé messe des catéchumènes l'office qui précède le renvoi, et absolument messe, ou messe des fidèles, tout ce qui se fait après ce renvoi.

Dès que l'oblalion devait commencer, on ne laissait dans l'église que ceux qui étaient censés avoir conservé la grâce du baplême. ou ra\oir recouvrée par la pénitence; car, après avoir fait sortir de l'église tous les caléchumènes, on en faisait aussi sortir les pénitents, suivant les canons.

Ce serait ici le lieu d'exposer ces anciens usages, qui feraient connaître quelle purcio et quelles préparations l'Eglise exigeait des fidèles qui devaient assister aux saints mystô-

perleganuir. Concil. Valenliu. cap. 1.

LU Efislol. ad Marcell. tac.

res; mais nous devons nous borner à expliquer ce qui se pratique [)résenternci)l. Les seules prières de l'oblalion feront coniiatlrc suKisaiiimeut aux fidèles quelles doivent être leurs dispositions, pour mériter de s'unir au

qui peut-être étaient aussi sans levain. Ces pains étaient ronds. I.e pape Zépl)yrin,. au conimencenient du iir siècle, leur donner pour ce sujet le nom de couronne (.'l); saint Grégoire le Grand (C) se sert aussi du même

préire, et d'offrir par ses mains à la divine terme. Ils avaient une marque qui les dislin-

■ '" guait du pain commun. On voit, par un

grand nombre d'anciennes figures, ((u'on y

majesté le saint sacrifice.

AKTICLE .SECOND.

De la matière du sacrifice. Quel doit être le pain que le prêtre offre à l'autel, et depuis quand on se sert du pain azyme.

La matière du sacrifice nous a été marquée par Jésus-Christ (I), qui consacra du pain et du vin. L'Eglise a voulu que le pain fût sans levain, de la plus pure farine, et qu'il eût des marques qui le distinguassent du pain commun et ordinaire.

1. A l'égard du pain sans levain, il n'y a pas de décret formel qui l'ail ordonne avant le xr siècle ; jusqu'alors on ne se fondait que sur l'usage d'un temps immémorial; et il n'y avait point eu de dispute là-dessus avec les Grecs, qui consacrent avec du pain levé. Mais, depuis le milieu du xr siècle, on a toujours dispu'.é. Les plus sages ont dit que c'était là un point de pure discipline assez indifférent, et qu'il fallait que chaque Eglise suivit sa pratique, sans se blâmer les unes les autres. Les Grecs croient qu'on s'est toujours servi de pain levé parmi eux. Les Latins peuvent clairement montrer que les azymes sont en usage dans nos églises depuis le viii' siècle, c'est-à-dire depuis environ mille ans, sans qu'on en puisse trouver le commencement. A Icuin, vers l'an 790, écrit (2) que le pain doit être fait simplement d'eau et de farine sans levain. Raban-Maur, dans son Traité de institution des clercs, qu'il composa l'an 819 (.'î), prouve, par l'Ancien Testament et par l'exemple de Jésus-Christ, que le pain du sacrifice doit être sans levain. Il dit même, dans un ouvrage qui n'a pas encore été imprirnc \k), qne les prélres doivent faire tous les dimanches des eulogies avec du pain azyme, et les distribuer après la ftiesse. Ce qui fait assez voir qu'on ne se servait alors que du pain azyme pour l'eucharistie, puisque le pain, qui n'en était qu'une représentation, devait l'être aussi.

2. Oulre ces preuves incontestables de l'usage des azymes depuis le vin siècle, nous voyons qu'avant ce temps-là l'Eglise se faisait ( faire des pains exprès,

(1) Accepil panem, elc. MaUl). xxvi, 26. Marc, xn-, 22. I Cor. XI, 23.

(2) r.inis qui in corpus Chrisli couscci'aliir, ahsque fermcnto ullius altcrius iiifecUoni debei esse muDdissimus. Kpisl. (iO ad Lugduiiens.

(3j Quod auleiii panem sacrificii sine fprmenlo esseoporleai, luslauir liber Levilioiis, eie. Rab. 1 de Insl. Cleric. cap. 31.

(4) M. Ciampini a vu ce manuscrit, inliUilii D» Eulogia, d.ins la bibliothèque du Valican, n" 201, et en a lire ces mois : Facial flii/mos panes per singiUos Domimcos, el del poputo eiilogiam in Doatimco die poil iiiissui», Itis qui non siimniil saciificimn Domini. (De :i7vnio el ferm. Konia?, U188,p. 158.)

(5) Voij. l'ancien cutalo^ut des papes, donni- par le Père Honsdieiiiu^, Propyl. .Maii, où on lit col ordre du pape Zéplijrin : ui... ex eu consennlione, de manu cpiscopi, pim coronam consi:craiain acciperel pieit'yter, tradendunt

imprimait le signe de la croix. Le concile d'Arles, en '6'6't, ordonne (7) « que les oblations (jue tous les évéques de la province feraient offrir à l'autel auraient la même forme que celles de l'Eglise d'Arles. » La reine sainte Uadegondc, qui établit son monastère à Poitiers sous la règle de saint Césaire d'Arles, vers le temps de ce concile, s'appliquait avec beaucoup de dévotion à faire de sa propre main les pains du sacrifice, pour les distribuer à beaucoup d'églises ; et Fortunat dit qu'elle y employa tout un carême, suivant le conseil de saint Germain (8). Le concile de Tolède de l'an (i93 blâme fort des prêtres qui avaient souffert qu'on eût coupé en rond un morceau d'un pain commun (9), pour l'offrir à l'autel. Il ordonne (10) que le pain qu'on présentera sera entier, propre, préparé avec soin, et qu'il ne sera pas trop grand, mais une petite oblation, suivant la coutume ecclésiastique.

Les prêtres mêmes ont voulu faire ces pains, ou les ont fait faire (11) en leur présence par leurs clercs. Et rien n'est plus édifiant que le soin et le respect avec lesquels les premiers moines de Cluny et les autres religieux (12) préparaient le blé, la farine, et tout ce qi?i était nécessaire pour faire les pains destinés à devenir le corps de Jésus- Christ. L'Eglise latine n'exige pas toutes ces préparations; mais elle prescrit de ne se servir que de pain azyme, en quoi elle est autorisée par l'exemple de Jésus-Christ, qui institua l'eucharistie après avoir mangé l'agneau pascal, et qui, par conséquent, consacra du pain azyme; car, dès que l'agneau pascal était immolé, il n'était plus permis de manger ni de conserver du pain levé.

Page 1