ARTICLE TROISIÈME
Des cérémonies et des prières qui accompagnent l'oblation du pain et du vin à l'autel.
Origine dci f rii res qui prccè icnl la si-crèle.
Jusqu'au xr siècle, suivant l'Ordre romain, on ne récitait point d'autres prières sur les oblalions que la secrète. Le Micrologue, vers
populo
(6) Dial.l. iï,c.5o.
(7) IJl oblau-e quae in sacre otTerunlur allarin a comprovincialibus episco|>is, ad Turmaiu Aretaleusis ollcranlur Ecclesiœ. Conc. Arel., c. 1.
(8) Evêquedc Paris, qui éUilson directeur.
(9) Tonierario ausu provocali... de pauibus suis usibus prseparalis crustulara in rolunditalcm auferant. Couc. Toiel. IC, can. 6.
(10) Ll non aliter pauis in allari Domini sacerdolali benedictione sanctilicandus profionalur Disi inleger el nilidus, qui rx studio fuerit prxparalus, neque grande aiiquid, sed uiodioa lanlum oblata, etc., ibid.
(11) Theoilulf. .\urel. c. 5.
(M) Voy. le P. Marlène. De antiq. roonachoruni Rilil>us, I. Il, c. 8; les (Munîmes de Cluny, cbap. 13, lotne IV du Spicilége, p. 196 et sniv.; el M.' Bocquillol, Traité de la Liturgie, u. 18'J el suiv.
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l'an 1090, le marque expressément (I). Cette prière en effet exprime l'oblalion de nos lions : et d'ailleurs l'oblatiou est essenliellenuMit dans le canon. Mais plusieurs saints évèques ont jugé à propos de distinguer l'oblatiun du pain et du vin, l'oblalion de nousinèuies, l'invocation du Saint-Esprit, et de délailler les motifs de notre oblation dans des prières qui pussent réveiller l'attention des prclres, et leur donner lieu de l'aire saintement cette grande action. Les quatre premières prières Suscipc... Offcrimus... In spi-
rilu... et Veni, Sanclificator sont en
substance, et presque en propres termes depuis plus de mille ans dans l'ancien Missel (-2) des Eglises d'Espagne; et il paraît que l'Eglise de Home, qui vers la fin du xi* siècle leur ôlii ce Missel pour leur donner U: romain, emprunta ces prières de l'oblalion de ce même Missel, qu'elle supprima. Elle admit aussi au xii= siècle la prière Suscipe, sancta Trinilas, qui était en usage à Milan, et dans plusieurs Eglises de France. C'est depuis ce temps-là que le Missel romain renferme toutes ces prières, selon l'ordre qui suit.
nUBRI(iDE ET REMARQUES.
§ I. Sur le eoiporal, la pale, la |iatène et l'Iiostie.
Aux messes solennelles , après que le praire a dit l'offertoire, le diacre étend le corporal sur l'autel, s'il ne l'a déjà fait, et lui présente la patène avec l'hostie. Aux messes basses, le prêtre étend lui-même le corporal avant ta messe ; ici il ôle le voile et la pale qui couvrent le calice, prend lu patène sur laquelle est l'hostie, la tient avec les deux mains élevée à ta hauteur de la poitrine; il élève les yeux, et les abaisse aussitôt après en disant : Suscipe, saiicte, elc. TH. 7, n. 2 et 9.
1. On étend le corporal. Outre les nappes qui couvrent l'autel, pour une plus grande propreté, et à cause des inconvénients qui pourraient arriver , on étend sur l'autel un linge qui est appelé corporal, parce qu'il est destiné à toucher le corps de Jésus-Christ. Le Sacramentaire d'Albi du xr siècle, les Missels de Toulouse de l'i90, de Nîmes 1511 , de Narbonne 1328 et 1376, marquent une prière en élendant le corporal (3). Dans le rite ambrosicn on l'appelle le linceul , à cause qu'on le regarde comme le linceul ou le suaire avec leciuel le corps de Jésus-Christ fut enseveli. L'oraison qu'on dit selon ce rile, en commençant l'oblalion, est nommée Oratio super sindoncm. Ce nom fut conserve à
(1) Uomanus tamen Ordo iiiillani oratioiiem inslitiiil post oiïeroiul:im aiiU'. secrelam. Microl.c. 11.
(2) Koy. le Missel Mozarabe. l,e Micrologue n'en parle poiiil parce qu'il parait qu'il ne connaissait point le rite des Eglises d'Espagne. On voit une partie de ces prières dans un Saciameniairo de Tours d'environ 800 ans, et dans deux d'Albi écrits depuis plus de 600 ans.
(3) Ad corporaliii : In tuo conspectu, Domine, quaesurouslinleamiua lise sint accepta, ut et nos tibi placere valearaus. Amen. Le Missel de Grenoble, en 1S22, marque une autre prière.
(4) Ce terme est dans les plus anciens Ordres romains, dans le Sacramentaire de saint Grégoire, page 233, dans saint Isidore, episf. peimd., dans les capitulaires des rois de France de l'an 801,1. vn, n. 4H, dans -\malaire l'an 820. Sinttvnc, qumn solemus conioiale nomiuare, etc. L.ni, c. 10.
Milan, et il y a plus de dix ou douze siècles qu'on se serl du terme de corporal (i).
2. On Ole la pale. Ce mot vient (Ui prillium, qui signifie manteau ou couverture; et il se trouve en ce sens dans Grégoire île TourSj Les nappes et les corporaux qui rouvraient l'aulel étaient appelés pallœ , palla corporalis (o). Le corporal élait autrefois aussi long et aussi large que le dessus do l'autel; et il élait si ample qu'on le repliait sur le calice pour le couvrir ((i;. Les chartreux suivent encore cet usage. Mais comme cela était embarrassant , surtout depuis qu'on a fait l'élévation du calice , que quelques-uns voulaient tenir couvert même en l'élevant, on a fait deux corporaux plus pctils ; l'un qu'on étend sur l'autel, et l'autre plié d une d'une manière propre à couvrir le calice. L'on a mis ensuite un carton entre deux toiles , afin qu'il fût ferme et qu'on le prît plus commodément; et on lui a toujours laissé le nom de .pale.
3. On prend la patène , ou, comme parlaient nos anciens , la plalcne ou la plaline , c'est-à-dire un pelit plat propre à tenir les dons qu'on offre et qu'on distribue. Un plat grand ou petit est nommé dans les bons auteurs (7) latins patella et patina, et dans les auteurs ecclésiastiques patcna, du verbe patere , qui signifie être grand et ouvert. Les patènes sont à présent beaucoup plus petites qu'elles n'étaient il y a cinq ou six cents ans, parce qu'on s'en servait potir disiribuer la communion , et qu'à présent , quand il y a un gi-and nombre de communiants , on se sert du ciboire.
i. Le pain qu'on met sur la patène s'appelle hostie (8), c'est-à-dire victime, à cause qu'il est destiné à être changé au corps de Jésus-Christ , qui est l'hostie cl la victime du sacrifice.
5. Le diacre présente la patène avec l'hostie , parce qu'il est à propos qu'il paraisse, du moins aux messes solennelles , que lo prêtre n'offre que ce qui lui est offert par le peuple, représenté par le diacre.
G. Le prêtre tient avec la palène IhosUe élevée , et lève les yeux au ciel pour l'ofirir à Dieu qui veut qu'en le priant nous disions : Notre Père, qui êtes dans les deux.
7. Il abaisse ensuite les yeux sur l'hoslie qu'il présente et qui attire ses regards, il a aussi lieu de les abaisser, parce qu'il va prier pour ses péchés et se reconnaître un serviteur indigne.
(3) Le Sacramentaire de saint Grégoire dislinji[He les pales, c'est-à-dire les nappes qui couvraient l'autel, et qui étaient au-dessous du corporal, d'avec celles i|ui étaient au-dessus, qui ont été appelées pcUlm corporales , on, d'un seul mol, le corporal : pultœ quœ sunl in siibstralorio, in (ilio vase dehent Imari, in atio corporales pallœ. Ordiu. subdiac. Vo>i. Ordination.
(6) Greg. Tur. Hist. I. vu, c 12.
(7) Columel. Horal.
(8) Amalaire, au commencement du ix' siècle, dit que le prêtre, par sa prière secrète sur les ohialions, leur lait prendre le nom d'hostie et de sacrilice... Facil cain transire per siuuii secretam orationem ad nomen tiosliœ , sive muneris, donive tel sacrificii seu oblalionis. Praefat. 2, ia lib. de Offie. Kccles.
77i DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITES SACRES.