Peul-on dire matines des la veille
10. Le peut-on sans cause ? — 11. L'étude est-elleun motif suffisant? Sentiment d'Ives de Chartres. Apparition de saint Séverin de Cologne. — 12. Jleure à laquelle on peut dès la veille commencer matines. — 13.
Peut-on faire la même chose pour les petite» heures ? — IV. Est-il permis de réciter son office pendant la messe d'obligation?
1. Le jour et la nuit se partageaient autrefois en douze heures ou parties, qui l'hiver étaient plus longues la nuit que le jour, et l'été plus longues le jour que la nuit. La première de ces heures commençait toujours aussitôt que le soleil était couche; et ainsi, à l'exception des deux équinoxcs, elle variait pour ainsi dire tous les jours. Il n'y avait de fixe que la sixième heure, soit du jour, soit de la nuit. Le jour elle tombait toujours à midi , et la nuit, toujours à minuit (1).
L'Eglise suivait nuit et jour ce partage des heures dans la célébration des divins olGccs; et ainsi les termes des nocturnes, de veilles du matin, de prime, etc., n'étaient pas pour le temps, comme ils ne sont que trop aujourd'hui, des noms sans réalité. Les nocturnes se disaient au milieu de la nuit cl so parla* geaient môme comme trois heures différentes dans les grandes solennités ; les laudes, qu'on nommait vigiliœ matutinœ, se récitaient un peu avant le commencement du jour. Elles étaient suivies do prime, qu'on chantait vers le temps où le soleil parait suil'horizon, et par conséquent à la première heure du jour, selon ces paroles que nous disons encore : Jam lucis orto sidère.
Cet ordre, qui se gardait jusque dans les églises de campagne, oîi il n'y avait souvent qu'un prétre(2),paraltraitaujourd'hui un joug intolérable. Nous ne pensons pas à le rétablir ; mais on ne peut nous défendre d'examiner s'il n'y a point de mal à s'en écarter jusqu'à Un certain pomt. Sur quoi nous croyons qu'on peut établir les maximes suivantes :
2. Règle L Quelque tard qu'on dise l'office d'un jour, il ne parait pas qu'on se rende coupable de péché mortel, pourvu que le même jour on le finisse avant minuit. C'est la décision de saint Anlonin (.3), et elle a été suivie par Sylvestre Mozolin, par Navarre, par Ponlas et plusieurs autres. La raison est qu'en ce cas on remplit toute la substance du précepte, et qu'on n'omet qu'une circonstance que les docteurs ne croient pas assez considérable pour mener au péché mortel.
3. On aurait cependant tort d'inférer de ce principe, comme l'ont fait quelques théo-
i\) Voyelles Confér. de La Rochelle, § 6, p. 140.
(2) Prsecipimus quod quitibel sacerdos in parocliia sua, Beu capellanus in capella sua, dicat maluliiias de uocte, et omnes horas tioris comiieleniibus, ei pulset horis debitis ad quamlibet lioram. Petrus de CoUeniedio (de Coliniea Flamand) cardinalis, Rothomag. archlcp. in sialuUs, m.
(3) Non videtur de se esse tnonale, qoandocunqoe quia tavde dical otlicinm, duni non transeal difs, qm quanuini ad hoc videlur terminaricirca mediam nocUMii. S. Anlonin. in part., lit. 13, c.ip. 4, § 4. Ponlas, \crl). On':rE, cas. 20.
DlCTIOXTtAIBE DES RlTES SACRKS. II.
logiens, qu'un homme satisfait à la loi quoiqu'il ne finisse une bonne partie do i'olfice qu'après minuit, pourvu qu'il l'ait corn- Dicncé auparavant: puisque, selon le sentiment de l'Eglise, dont l'unanimité morala des docteurs fait foi, tout l'office doit finir dans l'espace du jour pris mathématiquement et à la rigueur. Ainsi un ecclésiastique qui dit Tépres cl compiles après minuit no satisfait pas plus pour cette partie qu'il no satisferait pour le tout s'il avait différé jusqu'alors. Il est bien vrai (luo si je me trouvais dans ce cas, je continuerais ce qui me resterait à dire ; mais ce serait ou à titre de pénitence, si mon délai était coupable, ou à litre d'une espèce de compensation, s'il était involontaire. Lorqu'un dimanche on a oublié quelqu'une de ses petites heures, on la dij^ fort bien le jour d'après : mais c'est pour s'avertir soi-même d'être plus attentif, et non pour remplir une obligation, qui d'ellemême passe avec le jour auquel elle est attachée.
U. Règle II. Il y a péché véniel à s'écarter considérablement et sans aucune raison da temps que l'Eglise a prescrit pour les heures canoniales. Ainsi on ne peut excuser do faute, ni celui qui, dès le malin, dit sans nécessité vêpres et complies, ni celui qui no dit qu'après midi matines et laudes. C'est la décision deBellarmin et, selon lui, du gros des théologiens et des canouistes (i). C'en serait assez dans une affaire comme celle-ci, quand la chose ne parlerait pas d'elle-même. J^'Eglise a tout réglé dans son culte, et le fond et la manière. On ne peut donc manquer à l'un ou à l'autre sans lui désobéir : et toute désobéissance est une faute. On nepeuC nier, dit Ponlas (3 , que la négligence d'ua homme qui diffère souvent les matines du jour courant jusqu'à huit ou neuf heures du 8oir, ne soit fort condamnable, puisqu'il agit contre la coutume généralement observée dans l'Eglise, et contre l'esprit qui lui a fait établir cette coutume qui, comme nous l'avons déjà dit ailleurs, est de remettre en mémoire aux ecclésiastiques, par la récitation des heures canoniales, faite en différentes heures du jour, les différents mystères de la passion du Sauveur.
5. J'ajoute que ce péché irait au mortel s'il y avait, ou mépris de la part de celui qui réciterait ainsi son Bréviaire , ou scandale de la partdeceux qui en seraient témoins. Quel malheur si un prêtre avancé en âge apprenait par son exemple à une foule de jeunes ecclésiastiques que ces sortes d'infractions ne tirent point à conséquence, qu'il n'y a que des esprits faibles et superficiels qui s'en formalisent, et qu'enfin l'office, pourvu
Navarrus.îin Man. cap. 2, S, n. 97.
(4) L'i pfccatum quodcunquL-, etiam veniale, viietur, debent olïicia singubruni liorarum illis lioris celebrarl undo nomen accepennit... Kssp. autem peccaïuin saltem veniale, a canoaico tempère in ofSeio pcrsolvendo recèdere, conmiunis est sentenlia thedogorum et caaonislarun», quorum ingeniem nuuiepuni citât Marcellus Francolimvs.tlc.Bellarniin. lib. i de bonis Operitius in partie, cap. 18, tom. uiilii IV, pag. 1200.
(5) Ponlas, «nde supra, lia?. 1386.
qu'il se ûtsc, est toujours bien ditl II n'y a point de désoriJrcs dont, en concluant de l'un à l'autre, ces téméraires maximes ne soient la source.
Cependant , comme mon dessein ne fut jamais d'outrer les choses, j'observerai encore avec le savant et respectable cardinal
rait pas non plus à taxer do prévarication des personnes sages et vertueuses, qui no font que suivre l'usage constant de leur» Eglises.
De là il suit, 1° qu'un ecclésiastique peut dire vêpres dès le matin, quand il prévoit, ou qu'un voyage tumultueux et nécessaire.
que j'ai déjà cité (1), qu'on n'est censé réci- ou qu'un abîme d'affaires indispensables no
ter hors du temps prescrit que lorsqu'on '■•■ ~ii-«-> — - j~ i«- j:— :i
s'en éloigne considérablement, et qu'on ne s'en éloigne ainsi que lorsque la partie de l'office que l'on a différée ou anticipée n'a plus de rapport avec le temps dans lequel on s'en acquitte. On sent que Jam lucis orto si^ dere ne va pas bien deux ou trois heures avant l'aurore, cl que Jum sol recedit igneus ne se dit d'une manière juste qu'après midi. Il est vrai, et BcUarmin l'a reconnu, qu'il faut avoir égard à la coutume des lieux, quand la science et la piété l'autorisent, comme elles font par rapport à matines ; mais il est juste qu'on ne donne à ces adoucissements de la loi que le moins d'étendue qu'il est possible.
6. Il esl même constant, poursuit ce grand homme, qu'on ne dit jamais l'office d'une manière plus parfaite, plus utile, plus aisée, que lorsqu'on dit chacune des heures qui le composent dans le temps qui lui est assigné. C'est que, par ce moyen, l'on suit l'intention
lui permettront pas de les dire comme il faut dans le cours de la journée. Les mêmes raisons lui suffisent pour différer matines jusqu'au soir. Dans la nécessité d'opter entre le délai et l'anticipation, saint Antonin cl Pontas après lui (2) veulent qu'on s'en tienne à la dernière; parce que prœvenire est providentia, tardare vero est negligentia. 2" Que toute la matinée est en quelque sorte le temps des petites heures , et qu'on peut commencer vêpres après midi, hors le temps du Carême. C'est ainsi que le pratiquent un grand nombre de bons serviteurs de Dieu. Il y aurait néanmoins quelque chose de choquant à dire none dès six heures, et vêpres immédiatement après midi, si l'ordre d'une maison ou les emplois dont on est chargé permettaient de faire mieux. (3) Prime et tierce se disent fort bien vers les neuf heures, sexto et none sur le midi ; parce que chacune de ces heures en renferme en quelque sorte trois autres. Prime va depuis six tierce depuis neuf jusqu'à
de l'Eglise, qui veut que ses ministres louent jusqu'à neuf,
souvent Dieu et la nuit et le jour; l'on a oc- midi, etc.
8. La restriction que j'ai faite en passant, au sujet des vêpres du Carême, est tirée du Père Alexandre. Ce docteur enseigne, et il a raison, que ceux même qui disent leur office
casion de rentrer fréquemment en soi-même et d'enlever son esprit à la dissipation que causent le tumulte et les occupations extérieures; et enfin la division du tout en tant de parties diflérentes en diminue le poids et le rend beaucoup plus supportable. A ces raisons, qui sont sensibles, ce pieux écrivain ajoute la pratique des saints Pères, et indique en gros un exemple terrible de punition rapporté par saint Pierre Damien, d'oii il conclut avec lui : Dislinguenda sunt ergo pcr momcnla temporum ecclesiasticœ instilulionis officia.
7. Règle 111. Il n'y a point de péché, à dire ses heures hors du temps qui leur est assigné, quand de justes raisons le permettent, bu que l'on y est autorisé par la coutume des gens de bien. Cette règle est encore de Pellarmin, et elle est tiès-cquitable. L'Eglise yeut le bien, mais elle ne peut le vouloir
en particulier font mieux de le dire avant dîner (k), à l'exemple des chanoines et des religieux (5). En effet, il est toujours très décent que la plus faible portion du clergé se conforme à la partie la plus considérable, elsurtoutauxmétropolcs, qui doivent être la règle des autres églises. D'ailleurs, comme on sent qu'il ne convient pas de dire vêpres de trop bonne heure, on sent par une suite nécessaire qu'il faut différer son repas. Enfin, au moyen de cette pratique qui coûte peu, on a l'avantage de garder une ombre de l'aucienne discipline. On sait que pendant plus de mille ans on ne rompait le jeûne qu'après vêpres, et que vêpres signifiaient alors dune manière très-rigoureuse l'office du soir. Ga-
que d'une manière digne d'elle, c'cst-à-dirc vanlus, qui prétend que la récitation de vê-
toujours sage, toujours éclairée. Or il n'y près avant midi n'est pas de précepte hors
jurait ni prudence, ni lumière à exiger que, du chœur, avoue qu'elle est convenable (6).
pour faire chaque chose à point nommé, on C'en est autant qu'il en faut pour ceux qui
pianquât à la charité qu'on doit au prochain aiment le bon ordre. Tolet croit même qu'il
pa qu'on se doit à soi-même. Il n'y en aur y aurait péché véniel à faire autrement, à
(I) Intelligendum est auleni tune solum psccauim esso
reces horarias uon siio lemporc celebrare, qiiando €1 nge receditur a icmpore canouico, el absque ulla causa ntionabiii id praesumilur ; nisi forte consueludo jam mullis J 1 tocis reeepta el a piis doclisque viris tacito quodam Cpnsensu approbata excuset. Censelur auteni longe reccôeie a legiiimo Icmpore qui luuc officium alicujus liorae per,-olvit,cum verba qua; l('gunlur aul canunlur, cuni tompor ■ luilla ralioLie coiivoniuiU ; ut si qiiis ante luciiiii dical, Jaii! lucis orlu sidère, etc. Ijcllann. ibid. — Tenipus boia- Tuni iucipil a média nocle ad mcridiem : vespurarum et completorii, a ir.cridie ad mediam noctcm. S. Lig. Examen. «dioand. n. 74.
(2) S. Antonin el Ponlas, ibid. cas. 19.
(3) On ni'objecle qu'il v a des séminaires où l'on dii noni? VOIS sept lienres, même en hiver; el des chapitres où l'on ne dit prime qu'à neuf, môme en élé. Je puis a.s snrer que celle conduite, et surtout dans des cliafiitres, qui soiJl maîtres de leurs temps, a toujours fait peine i ceux qui aiment le bon ordre. Au reste, il y a peu de chapitre'! qui soient dans ce cas; et ceux qui y sont, n'y sont jpiiaienimeut que pour de boimes raisons.
(i) Vers rUeurc où elles se disent à la catiiédrale. D. Bouvier.
(o) Nat. Alex, ut supra, cap. 8. Beg. 9, p. 5G. (01 Gavanlus, leci. C. caii. lOdeFeria ^ Cinpi'uns. C'«»t
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moins qu on n y soil obligé : c'est aussi lo sonlimcnl du P. Alexandre (t).
9. A ces principes généraux nous joindrons quelques décisions particulières.
On demande s'il est permis de dire malinrs dès la veille; si on le peut sans cause, et à quelle heure on pcul les commencer.
On csl si accoutumé aujourd'hui à dire matines dès la veille, qu'on ne pense pas même qu'il puisse y avoir du désordre à le faire. Il ne faut pas, dit l'auteur des Conférences de La Rochelle (2), condamner absolument ceux qui en usent ainsi. Car dans i'usage de lËglise, la nuit commence aussitôt après le soleil couché, ou du moins aussitôt après que le jour est entièrement fermé. Et c'est pour cela qu'aux grandes solennités on chantait autrefois le premier nocturne à la fin do la première veille de la nuit, c'est-àdire vers les neuf heures du soir. El ainsi c'est dire en quelque façon les matines dans le temps de la nuit , et ne se pas éloigner tout à fait de l'ancien usage de l'Eglise, que de les dire dès le .soir avant minuit.
10. Mais, poursuit ce théologien, pour no pas manquer en cela , il y a deux choses à faire.
La première est de prendre garde à quel temps on commence matines, quand on les dit dès la veille. Nous en parlerons au nombre 12. La seconde ist de ne les pas avancer sans quelque raison , et moins encore pour dormir à son aise , ou pour en être plus tôt délivré, comme il arrive à un grand nombre d'ecclésiastiques, qui les regardent comme un fardeau dont ils ne peuvent se décharger trop tôt. C'est saint Thomas qui prescrit cette règle: Considcranda est, ditil (3), intcntio ejus qui prœvenit tcmpus in malutinis dicendis, vel in quibuacuntiue lioris canonicis. Si enimhoc facit propter lasciviam, tit scilicet quictius somnolenliœ et voluptnli tacel,no>i est ahsque peccato. Si vero hoc facit propter neccssilalrm licilaritm et honesldrum occnpntionttm {puta si magister aitt ctericus débet videre Iccliones siins de nocte , vel propter aliquid iiliud luijiismodi), licite potest sera dicere matutinas, etinaliis horis canonicis tempus prwvenire... quia melius est Dco utrnmqxie reddcre, scilicet et deliitas laudes, et alla honesta officia , quam quod per unum atiud impediatur : où il faut observer que lo saint docteur, qui savait peser les termes, ne dit pas propter commoditalem, mais propter
aussi le sentiment de Sylvestre Mozolin, de CajéiDii, de Navarre, cités et suivis par Bartli. de Saiut-Fuuste, q. 197.
{l)Tcmpore quadragesimali, qui privaiim dicerel vesperas post prandiuui, nequaquaiu peccaril uiorlaliter... Quod si sine ulla causa fieret, peccatum veiiiale esset. ïolet. lib. II Insi. Sacerd. cap. 13. Qui sine ulla causa vesperarum recitalionem posl prandiuni sacro (Juadragesimœ leniporedifferrel, venialispeccati reusesset Nat. Alexand. ibid. reg. 9.
(2) Confér. de La Rochelle, § 10, pag. 239.
(ô) S. Thomas, quodiib. ."i, q. li, art. t.
(i) Permillimus necessitalis causa, ut matutinas diei soqiii litis posr.ilis dicere seru précédente, :iut niauc lotuin ofliciuni successive usque ad Vi-speras , et scro vespera s cuni completorio, si ulilibus ncgoliis occupât! osiis, ni studio et piocessionibuii. Sed si e.<L souiuoleutia aul dcUciis
necessttatem lieitarum et honestarum occupalionum. Ce qui fait voir que, selon lui , cette anticipation doit se régler sur la nécessilé et passer avec elle. Le Père Alexandre dit la même chose d'après Etienne de Poncher , évéqne de Paris (4), et Prosper Fagnan d'après Sylvestre Mozolin (5). Le texte de Poncher a quelque chose de plus doux que celui de saint Thomas. Gavantus csl encore plus mitigé (G). Paul de Lyon, le Pèro Antoine, l'auteur des conférences d'Angers (7) le soûl encore davantage : ils regardent ce pouvoir d'anticiper comme de droit , parce qu'aujourd'hui l'Eglise lo donne sans condition. Plaise à Dieu qu'au moin» la lerveur la dédommage do sou indulgence 1
11. Mais en admettant avec ce» théologiens qu'on peut sans scrupule dire matines dès la veille, je n'admettrais point du tout .avec ceux de Salamanque qu'on puisse, pour cause d'étude, différer ses heures jusqu'au soir, à moins qu'il ne fût question d'un travail qui pressât beaucoup; par exemple, d'un sermon dont on aurait été chargé très^ tard. La raison en est que les païens métnes ont reconnu que la Divinité doit avoir les prémices, A Jove principium, et qu'il ne convient pas qu'on ne donne à Dieu que les restes et comme les débris de son temps. Je sais que l'étude est une espèce de prière, et je souhaite de tout mon cceur que cela soit bien vrai par rapport à tous ceux qui s'en mêlent. Mais je sais aussi que ce genre de prière est très-propre à dessécher ; je sais qu'il a besoin d'être animé par quelque chose qui répare l'épuisement du cœur et qui le rapproche de son véritable centre; je sais enfin, et l'exemple de saint Thomas en est une bonne preuve, que deux heures d'application sanctifiées dans l'ordre valent mieux en tous sens que dix heures d'un travail opiniâtre que Dieu ne bénit pas , ou qu'il ne bénit, si j'ose le dire , que dans sa colère.
C'est pour cela qu'lves de Chartres, prélat aussi distingué par sa piété que par l'étendue de ses connaissances, gémissait de ce que ses occupations sans nombre no lui permettaient pas de dire chaque partie de son office au temps marqué (8), ainsi que le rapporte le Père Thomassin d'après Baronius. Et ces deux derniers , qui valaient bien certains prétendus dissertateurs de nos jours , n'ont point fait de difficulté d'écrire que saint Séverin, évéqiie de Cologne, déclara après sa mort à un de ses clercs qu'il souffrait des
facitis, sine pcccaio facere non potcslls. Steph. Poncher, JOi episc. Paris.
(o) Fagnan in cap. Presbyler. de Celeb. niissar. n. 2, pag. 306, edit. Colnn.
(6) Gavantus, secl. 1, cap. 5, tit. 6. « Matulinum et laudes ex justa causa possunt reciiari in vesperis prsecedenlis diei, puia ut devotius orct, vel studiis niane operam det, vel quia non pniprit niaue ita recitare.» Il cite saint Thon»., quodiii>. 3, art. 28.
(7) Matutinum diei sequfnlis cnni laudibns recitari potest pridie. Paulus a Luj,'duno, lom. iv, p. 428. Licet ma« lutiuniii cum iau libus rocil:iro [iri lie. Anloinp , toin. II, p. II. « Tout le moade sait que l'usage est depuis longteinps que nv.itini's et laudes .^e peuvent dire le soir poor le leiKiemain. n M. le Gou llo, Coul, .sur les étals, p. 227.
(S) Uarniujs, ad an 103j. Ives de Chaires luourul eu 1115, ù m aiis.