‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 240 sur 411 · IT · texte numérisé non relu

IT

peines caisantes dans les feux où Dieu purifie les taches de ses élus , parce que accablé du poids des affaires de l'Etat, il avait, contre l'ordre prescrit, récité toutes ses heures dès le matin (IJ.

12. Mais à quelle heure peut*on commencer les matines du lendemain , quand on les dit dès la veille?

Le plus tard serait le meilleur, parce qu'il serait moins éloigné du vrai temps. Mais on peut à ta rigueur, en France comme ailleurs, commencer lorsque le soleil est plus près di> son couchant, qu'il ne l'est du midi. Voici une table de l'imprimerie de la chambre apostolique, laquelle fut dressée en 1701). Nous la donnons selon les heures de l'Ile de France. 11 ne sera pas difficile aux ecclésiastiques de Provence et de Languedoc de lui donner toute la précision dont elle peut avoir besoin par rapport à eux (2). On peut commencer matines :

Le 20 janv., â deux heures et un quart.

Le 13 fév., à deux heures et demie.

Le 1" mars, à deux heures trois quarts.

Le 18 mars, à trois heures.

Le k avril, à trois heures et un quart.

Le 20 avril, à trois heures et demie.

Le 10 mai, à trois heures trois quarts.

Le 8 juin, à quatre heures.

Le 30 juillet, à trois heures trois quarts.

Le 28 août, à trois heures et demie.

Le 7 sept., à trois heures et uu quart.

Le 24 sept., à trois heures.

Le 13 oclob., à deux heures trois quarts.

Le 20 octob., à deux heures et demie.

Le 18 nov., à deux heures et uu quart.

Le 15 décembre, à deux heures

13. Quelques théologiens cités par les carmes de Salamanque (3) se sont imaginé qu'on pouvait dire les petites heures dès la veille, pourvu qu'on eût de bonnes raisons do le faire. Ils se fondaient snr ce que l'office est ouvert dès les premières vêpres, et qu'ainsi on no s'écarte point du vrai temps que l'Eglise a prescrit. Ce sentiment est insoutenable, et la seule pratique de l'Eglise suffît pour le mettre dans un décri universel. Si elle a bien voulu s'adoucir pour matines et laudes, elle ne l'a jamais lait pour les petites heures. Au reste, il n'est point sûr que l'office d'un jour commence aux vêpres du jour précédent. Bien des gens éclairés soutiennent que même dans les solennités qui ont des premières vêpres, il ne commence jamais qu'à matines ('n. L'Eglise donne en quelque sorte un office et demi à ces grands jours; mais les vêpres, quoiqu'elles diffèrent, pour le rite, de l'olfice précédent, en sont toujours la conclusion : de manière que dans l'opinion la plus relâchée, un homme qui manquerait ces vêpres et les matines qui y répondent commcllrait denx péchés mortels, parce qu'il omettrait deux offices très-distingués. Mais cette discussion est Inu-

(1) Baronius ad an. 1062. Tbomassia tom. II , part, i , Ub. I, c. 8i, n. 3.

(2) Foi/. Ai'bore cl Calendrieb.

(S) îîalmamtcmses, traci. 10, cap. S, n. 15.

tilo dans une matière où le cri général de l'usage parle et décide.

11 suit de là qu'un homme qui prévoit qu'un redoublement de fièvre le mettra la lendemain hors d'étal de dire ses petites heures n'i'St point obligé de les dire la veille. Il en résulte encore qu'un homme qui la veille dit et achève matines avant le temps prescrit est obligé de les répéter en tout ou en partie, selon qu'il a plus ou moins prévenu l'heure marquée. C'est le parti que j'ai pria dans l'occasion. Il y a cependant des gens éclairés qui n'obligent point à cette répétition un homme que sa montre aura trompé de six ou sept minutes. Ils prennent moralement l'heure à laquelle on peut commencer. J'y souscrirai, si l'on veut, pourvu qu'on n'en abuse pas et qu'on se souvienne que daua les concessions où il entre beaucoup d'indulgence d'une part, il faut toujours beaucoup de précaution de l'autre.

ik. Une dernière difficulté sur le temps de l'office est de savoir si un homme qui y est obligé peut le réciter les dimanches et les fêtes pendant la messe.

11 y a là-dessus partage de sentiments entre les théologiens les plus judicieux. Les uns croient qu'il n'y a point de mal à le faire. Ainsi pensent Tolet, Comitolus, Syivius et Cabassut, que Pontas a suivis (5). Leurs rai« sons sont : 1° que l'on satisfait au précepte d'entendre la messe, lorsqu'élant présent de corps et d'esprit au sacrifice, on élève son cœur à Dieu par de bonnes et saintes prières : et c'est ce que fait on homme qui récite dévotement son office ou qui accomplit sa pénitence; 2° que l'Eglise n'exige pas que pour entendre la messe on en suive les paroles et les actions ; mais qu'on y assiste avec piété et dévotion, soit qu'on entende le prêtre, ou qu'on ne l'entende pas. Autrement il faudrait dire, ce qui est très-faux, qu'une multitude de gens grossiers qui ue peuvent guère répéter que leur Pater n'accomplissent jamais la loi de lEglise. Or cette piété, cette dévotion se trouvent très-bien dans un homme qui récite son Bréviaire; '6° qu'on a tort de supposer qu'un fidèle ne peut jamais par une seule action remplir deux préceptes, puisque celui qui a fait vœu (le jeûner tout le Carême satisfait en même temps à son vœu et au commandement de l'Eglise, et que celui qui a pour pénitence d'entendre la messe tous les jours n'est pas obligé d'en entendre deux les dimanches.

Les autres croient que cela ne pourrait se faire sans quelque péché. On cite pour ce sentiment Sylvestre et Ange de Chivas. Les Conlércnccs de Luçon (6) penchent de ce côté-là. On dit pour cette opinion : 1" que l'Eglise, à moins qu'elle ne dise le conlralrc, veut que chaque obligation ait son temps; 2° que ceux qui assistent au sacrifice doivent l'offrir avec le prêtre, autant que cela leur est possible. Or, c'est ce que ne fait pas

(4)Barih. a S. Fauslo, lilt. i, q. 198,

(5) CabassQl.lil).ii,C3i). .^2 Poulas, verb, 0»»icE,cas.21.

(6) Conférences de Lu«,;on, tom. II, pag. W.

«4lt

OFF

OFF

(tfiit

un liummequi récite des psaumes. Cortfesse- Ml SOS péchés avec le ministre? s'offrc-t-il avec des dons ? communic-t-il spirituelle- Dient? Que Dieu evigo moins d'un pauvre paysan qui ne peut aller jusque-là, qu'est-ce que cela conclut pour un homme qui, étant dans les ordres sacrés, doit beaucoup plus qu'un simple villageois?

Quoique ces dernières preuves ne soient pas péremploircs , et qu'ainsi je n'osasso taxer d'un pécbé grief ceux qui une fois ou doux auraient récité leur ofQcc pendant la messe, j'avoue que je serais plus raidc à l'égard de ceux qui s'en feraient une habitude. Il y a dans celte conduite tant de tiédeur et si peu d'amour , qu'on a de la peine à la tolérer dans ceux qui peuvent faire autre toenl. Cela est d'autant plus vrai , que ces sorlesdc persunnesqui voudraient tout faire à la fois, ne donnent d'ordinaire qu'à la ba~ galclle ou à quelque chose de pis le temps qu'ils disputent si rigoureusement à Dieu.

CuàP. VI. — De l'ordre et de ta continuité de l'office.

1. // faut suivre dans lardcitation des heures l'ordre établi par iE(jlisc.— 2. Quel péché y a-t-il às'enéloigner sans cause? — 2.LepeiUon faire pour de bonnes raisons? et quelles sont ces raisons? — k. Elles doivent être plus fortes quand il s'agit d'un dérangement considérable. — 3. Récitation de matines et laudts avant la messe. — G. Principes et conséquences sur l'interruption de l'office. — 7. Esl-on censé interrompie l'office quand on sépare matines de knides?-~S. licgles à garder dans celle division.— *). Peul-oméparcr les nocturnes de matines ? pourquoi, cl comment ? — 10. Conduite à garder lorsque l'on doute si l'on a omis un psaume ou une petite heure. Doit-on se régler par rapport à "unelà l'autre sur les mêmes principes?

Les heures canoniales ont un double rapport, l'un des parties aux parties qui les composent : tel est celui du second nocturne au premier et au troisième; l'autre des heures aux heures qui les précèdent ou qui les suivent : tel est celui de tierce à prime et à sexte.Ou peut joindre à ce dernier le rapport de matines et laudes au sacrifice de la messe. l.Il ne s'agit pas de savoir s'il est louable et saint de suivre cet ordre. Il ne s'agit pas mémo do savoir s'il y a quelque mal à s'en écarter. Dès que l'Eglise du Fils de Dieu l'a élabli , on ne peut ni le suivre sans fruit , ni s'en éloigner sans quelque sorte de prévarication. Le désordre peut n'être qu'un petit ni;il, mais il est toujours un mal.

îl n'y a donc ici, à parler proprcmenl,que deux questions à résoudre ; la première, si l'on peut quelquefois pour de bonnes raisons ne pas suivre cet ordre à la rigueur ; la seconde , s'il y a péché mortel à s en écarter sans raison.

(t)Nut. Alexanil. utsupra, lteg.9, toin. Il.p. ()6. t:thlca ainor. 1. .\, n. 150 l'oulas, verb. Office, cas. i5. licllaroilu. cil. cap là. Vasijui'ï, île Bc.ncfic. caii 1, etc.

(âlllanliol. a S. F.msiu. q. 206, 208 et !>eq.

(3) CunU-flUius m ulmtispeoio manJalorum |Wi [londere

3. Pour commencer par cette dernière difflcullé qui n'a point de branches, je dis d'abord que le renversement de l'ordre des heures, même sans cause légitime, pourvu qu'il ne se fasse ni dans les offices publics ni par mépris , ne fait qu'une faute vénielle , quoique considérable dans son espèce.

Et !• il ne fait qu'une faute vénielle , parce qu'il ne détruit pas la substance du précepte, et que les plus habiles docteurs n'ont jamais regardé l'ordre des heures comme une loi qui oblige sub murlali. On peut le voir dans Sylvestre de Pricrio , dans le P. Alexandre, dans Henri de Saint Ignaco et dans Poulas (1), gens qui savent trouver du péché mortel où il y en a , el quelquefois même où il n'y en a pas.

2' Cette faulo , quoique vénielle , ne laisse pas d'être considérable intra lineam venialis , comme parle l'Ecole. C'est qu'elle Ole à l'office le bel arrangement de ses parties , et qu'en transgressant la manière du précepte, elle semble ne pas respecter assez l'autorité sainte dont il émane. Celte réilesion est d'ua théologien, d'ailleurs peu difficile, el que je cite volontiers (i).

Il raisonne bien différemment de l'onico public , et il ne doute point qu'un renversement de cette nature fait dans le chmur n'allât au pccbé mortel ; parce que le peuple en serait Irès-choqué , cl qu'un désordre aussi public aurait un certain caractère de mépris et d'irréligion.

Au reste, ce mépris suffirait pour un péché mortel, même dans la récitation particulière; puisque , selon la doclrine de saint Bernard , il change en fautes grièves celles qui de leur nature ne sont que vénielles (3). Vasquez croit même qu'un homme à qui il arriverait souvent de changer l'ordre de ses heures ne pourrait être excusé de péché mortel {'*). Grâces à Dieu, tous ces cas sont si rares chez ceux qui n'ont pas encore perdu l'esprit , qu'il serait inutile de s'y arrêter plus longtemps.

3. Ainsi , pour avancer , je dis en second lien qu'il n'y a point de mal à déranger l'ordre des heures , quand il y a quelques raisons de le faire. Il n'est pas même nécessaire que ces raisons soient de la dernière conséquence. Tout cela est fondé sur le sentiment unanime des plus sages docteurs. D'ailleurs, il est évident que dans les choses de cette nature il ne faut qu'un bien médiocre pour compenser la brèche qui se fait â la loi.

De là , quoi qu'en aient pensé quelques scrupuleux de ma connaissance, il suit naturellement qu'un religieux qui n'a pas assisté à matines doit chanter prime avec le chœur, el non réciter matines en particulier pour se mettre dans l'ordre. Il en est de même d'un chanoine qui n'a pas dit sexte et qui entre au chœur quand on y dit none. Si l'un et l'autre arrivent au milieu de ces mé-

gravis et communiter damnabilis est. S. Rernard. Iitj. da Praecopto el Dispensât, cap. 8. Couvertil in crimen gravi» rebellioDis nœvuni salis levem simplicis iransgressioiiis. Ibid cap. 11.

(ij Va»qiK'X, de Bçniliciis, <'3p. 4, § 1, ar<. % u. CG.

8S1 DICTIONNAIRE DES CEREMONIES ET DES RITEj SACRES.

mes heures, il vaut mieux les continuer avec le chœur, et reprendre ensuite ce que l'on avait omis. Des personnes pieuses et éclairées le pratiquent ainsi ; et saint François de Sales l'a forinellemeal décidé dans un de ses Entretiens. II y a dans ce petit désordre un amour de l'ordre qui le justifie. Par une raison à peu près semblable , celui qui , au milieu de complies se souvient qu'il a oublié vêpres, doit poursuivre et suppléer ensuite ce qu'il avait omis. Enfin un voyageur qui sait par cœur ses petites heures peut les dire, quand il en est temps , sans avoir dit matines et laudes. Cela vaut beaucoup mieux que de renvoyer tout à midi ou au «oir, c'està-dire à un temps où, épuisé de besoin et de fatigue , on ne peut donner à une longue suite de prières toute l'attentiou qui leur serait nécessaire. Il ne faut cependant pas pousser ce principe trop loin. Ainsi, quoi qu'en pensent Suarès et saint Fausle (1) , si un évéque priait quelqu'un de dire vêpres avec lui , ce quelqu'un , à moins qu'il n'y eût d'autres raisons , ferait bien de lui demander le temps de réciter none.

4. Plus le renversement d'ordre qui se fait quelquefois dans l'office est considérable, plus les raisons qui le justifient doivent être fortes. Ainsi ce n'est que lorsqu'un homme ne peut guère faire autrement qu'on lui permettra de dire les psaumes de matines, qu'il sait par mémoire, avant que de dire les leçons et les répons, qu'il ne peut dire actuellement faute de Bréviaire. Sans doute qu'il vaut encore mieux réciter l'office de cette manière que de courir les risques de ne le point dire du tout ou de le dire dans le sein du trouble et de la confusion ; mais comme le dérangement des parties est bien plus opposé à l'esprit de l'Eglise que le dérangement des heures, il ne faut jamais se le permettre que pour des raisons importantes.

Celles qui ne tendent qu'au plaisir, qu'à un délassement superflu, ne seraient pas recevables dans ces occasions.

5. Ce serait ici le lieu d'examiner si, hors les cas de nécessité, il faut avant la célébration de la messe avoir récité matines et laudes ; mais nous l'avons fait dans le Traité des Saints Mystères. 11 nous suffira donc de répéter en deux mots, d'après Benoît XIV, 1° qu'il n'y a point de péché à changer cet ordre, lorsqu'on a des raisons de le faire ; 2» qu'il est bien difficile, perdifficile, d'eicu-

(1) Suares., ibid. lib. iv, cap. 2i, n. 4. Barlb. a S. Faus- .10, q. 210, pag. 566.

(2) Si sermo sitde missa convenluali, videtur esse peccaium mortale eam ante malulinum et laudes celebrare ; id onim est conlra generalem Eccipsiaî consuptudinem. Ii'i niissis vero privaUs, si qua sit légitima causa, puia si priucepsaul praelalus missam expeleret, videri pusset eiiam a peccalo veniali inimunis qui eam cekbraret, non recitalo malutino et laudibus. Si vero absil causa, perdiOicile videtur ne veniali quideni peccalo non e.sse locum.... Quod si quis, nulla causa urgeute, perpeluo id faceret , ut videretur quasi statuisse animo nunquam celebrare diclo matu- Uuo tl laudibu»; tuni cuui illis S5 aucloribus quos... affert Clericatus.... concludi posset hujuscnodi sacerdolcm peccare mortaUter. Benedict. XIV, lib lu deMIssaî Sacrilicio, cap 13, n. i, pag. 53b. Par Messe conventuelle le pape enl tend celle des chapitres, comme on le voit, ibid., cap. 3, n. ft. Je veux bien croire qu9 celte décision no legarde

scr de péché véniel celui qui le fait sans aucune raison; 3' qu'un homme qui le ferait habituellement, et pour ainsi dire dans la ferme résolution de ne vouloir pas changer, se rendrait, ou coupable, ou, cetjui revient au même, trôs-susperl de péché mortel; 4° qu'il faut raisonner de la même façon dnn chapitre qui dirait la messe du chœur sans avoir dit cette parlie de l'office (2). Ce même pontife, qui avait beaucoup lu, après avoir remarqué avec Grancolas (lu'il y a des provinces dont les conciles ont détendu, sous peine d'excommunication, de célébrer avant que d'avoir dit matines et laudes, observe que cette peine ne regarde que ceux (]ui, vivant dans le lieu où se sont tenus ces synodes, sont soumis à leurs lois. J'ajoute qu'il faut de plus que ces mêmes lois continuent à y être en vigueur. .V Paris il était autrefois défendu, sous les plus rigoureuses censures, de dire la messe avant prime (.3). Aujourd'hui, lorsqu'on y célèbre avant l'aurore, on peut le faire avant que d'avoir récité laudes {'*].

6. i'arlons maintenant de la continuité de l'office. Il est sûr que tontes les parties do chaque heure canoniale doivent, autant qu'il eît possible, être récitées sans interruption. C'est l'esprit de l'Eglise, c'est sa méihodo invariable, c'est l'enseignement commun des plus grands maîtres. Tous déposent, d'après la nature, qu'il est juste de ne pas couper, pour de frivoles raisons, l'entretien que Dieu veut bien nous permettre d'avoir avec lui. Un prince de la terre ne le souffrirait vis-àvis de lui qu'avec indignation. L'arbitre souverain des rois, le Dieu jaloux, le verrait-il d'un œil indifférent? Ce n'est pas ainsi qu'en ont jugé les saints. Charlemagne ayant mandé saint Ludger, évéque de Munster, celui-ci lui fit dire qu'il irait à l'audience quand il aurait fini son office qu'il avait commencé. L'empereur, impatient de le voir, envoya jusqu'à trois fois pour le presser; mais il n'interrompit point ses prières. Quand il eut fini, il alla saluer l'empereur, qui lui reprocha son délai avec quelque émotion. Grand prince,\a'i répondit Ludger, j'oi cnt devoir préférer Dieu à vous et à tous les hommes. C'est ce que vous m'avez vous-même enjoint en me donnant un évéché. L'empereur fut très-édifié de cette réponse (5). On sait que le pieux Gourdan (6) l'a presque renouvelée de nos jours.

que le corps du chapitre qui chanterait la messe sans avoir chanté matines, et non pas un particulier qui serait en semaine. J'ai cependant connu un prélat fort éclairé qui pensait autrement. J'ajoute ici que Concina kii-niéme a taxé de rigorisme, et d'un rigorisme mal fondé, l'opinion du P. Antoine qui taxait de péché mortel un prêtre qui dirait la messe sans avoir dit matines. Antoine, de Virt. Relig. cap. 1, q. i, § 2. Concina, lom. II , Theol. Chr. lib. II, dissert. 2, q. 6.

(3) Statuimus sub pœna escommunicalionis ne ali(|Uis sacerdos missam celebraverit nisi prius dixeril maliitinas et primam de die. Siffridus episc. Paris.

(4) Sacerdos celebraturus... saltem nocturnis (aut eliam sisolortussit, laudibus) absolulls, etc. Kubr. Paris, parl.u. Rubr. Vienn. etc.

(5) Histoire de l'Eglise Gallicane, t. V, p. ISi

(6) Vio de Gourdan, p. 108.

OFF

opr

Il ne faut cependant pm ontror les conséquences qui pariiîlraicnt liées à ce principe. Ainsi en réduisant à k'iir juste valeur et le principe et les conséquences , on peut dire, l- qfl'il y a toujours quelque péché à interrompre son office sans cause ; 2° q'ae la mesure de ce péché doit se régler sur la durée de l'interruption ; 3° que l'interruption est plus odieuse, selon que la partie qu'où récite est moins longue. Il est plus aisé de dire tierce ou sexte d'un seul trait, que matines on laudes : or plus la loi est aisée, moins il est pardonnable de la violer; k° qu'une cause juste d'interruption excuse de péché , comme lorsqu'il faut quitter quelque temps pour recevoir la visite d'une personne supérieure ; 5° que dans ce cas on n'est point obligé de répéter ce qu'on a déjà dit, lorsqu'on est un peu avancé ( à moins qu'il n'y ait entre la cessation et la reprise un long intervalle, tel que serait celui d'une heure entière ou davantage (1) ; 6° mais qu'un temps plus court pourrait suffire pour un péché mortel, si l'interruption n'avait pour principe que la légèreté, lacuriosité, ou d'autres causes également futiles. Il me semble que c'est le sentiment de Ponlas (2). J'avoue'que bien des gens ne mettent ici qu'une faute vénielle, parce qu'ils ne trouvent dans cette discontinuité qu'un accident qui ne nuit point à la substance ; mais j'avoue en même temps que cette raison ne suffirait pas pour me tranquilliser. Des vêpres qui deviendraient doubles ou triples par les coupures qu'un particulier jugerait à propos d'y faire seraient moins l'oiuce de l'Eglise que celui de ce particulier.

7. Il se présente ici deux ou trois questions que nous ne pourrions négliger sans faire tort au lecteur , puisqu'il s'agit d'une matière très-pratique et qui revient tous les jours. La première est de savoir s'il est permis de séparer matines de laudes.

Cela ne forme aucune difficulté par rapport à la plupart des diocèses qui ont des Bréviaires particuliers. Uien n'y est plus commun que cette division, et elle est autorisée par les rubriques des lieux. 11 ne s'agit donc que des diocèses où l'on fait l'office romain. Or il y a beaucoup d'habiles gens qui prétendent qu'on ne peut y séparer laudes de matines sans péché véniel. Barthélémy de Saint'-Fauste (3) cite pour ce sentiment Tolet, Azor et Navarre. Le premier est contre lui, au moins dans mou édition (k). Le second

(1) s. Alphonse de Liguori n'oblige pas i la répélition, lors même que l'interruplion est coupable. « Fada tamen inlerruptione, adhuc culpabili, probabilius non teneris lioram repelere, cum quilibet psaliiiof iiui versus suam habeal sIgniBcalionem. » S. Lig. Examen ordinauJ., n. 74. « Ce senlimeut est plus probable que l'opinioa de Collet, et nous pensons qu'on peut le suivre en sûreté de conscience. » Mgr Gousset, Tliéol. morale, t. II, u. 701.

(2) Ponlas, verb. Office, cas. 22.

(3i Barth. a S. Fauslo, eoJ. lib. ii, q. 107.

(1) Possunt separari laudes a matulino, ut dicaiurnoctu matuliuum, et jam incipienle die laudes. Tolet. lib. ii, c. 13, pag. 180, fol. vers. Je prends cet ut pour ila ut.

(5) Azor, tom. I, lib. x, cap. 8, q. l, p. S58. Navar. tom. lil de Oral., c. 3, n. 27, p. 341. Il aurait mieux valu citer le nombre 64.

n'est ni pour ni contre. Le dernier lui appartient (.>) ; et j'ai vu un fort habile homme qui pensait comme lui. Leur raison est que matines et laudes ne font qu'une seule heure de l'office, et qu'une heure ne peut se partager en deux, à moins qu'il n'y ait quelque cause raisonnatlc, ainsi que parle Gavantus (6).

Beaucoup d'autres, de l'aveu même du P. Antoine (7) , sont d'un avis contraire ; et ils ont, ])(5ur l'appuyer, des raisons très-plausibles, que ce théologien n'a pas cru devoir s'objecter. Ils disent donc, 1° qu'on séparait autrefois laudes de matines, au moins dans plusieurs Eglises, et que cela se pratique encore dans l'ordre de Saint-Benoît cl de Cîtcaux ; 2» que laudes commencent, comme toutes les autres heures, par Deus, in udju' toriwit; 3" que les rubriques, en joignant matines à laudes, font attention à l'ancien usage de les réciter toutes deux au point du jour, et non pas à l'indulgence que l'Eglise accorde de les réciter dès la veille; i enfin qu'il est plus à propos de faire cette divisiou quand on récite matines dès le soir ; parce qu'il y a dans les laudes, surtout du romain, plusieurs choses qui ne s'accordent bien qu'avec l'aurore, Iclles que sont celles-ci : Deus, Deus meus, ud te de luce vigilo. Eccs jam noctis tenuatur umlira. Aurorajam spargilpolum. Ainsi raisonne l'auteur des Conférences de La Rochelle (8) ; et il en conclut que, bien loin qu'il y ait du péché à séparer ces deux parties, comme les casuisles modernes l'ont avancé, l'on aurait bien plu$ raison dédire, conformément au sentiment de Bellarmin et de tant d'autres théologiens et canonistes, quon ne peut sans péché, du moins véniel, réciter les laudes dès le soir d'auparavant. L'auteur des dernières Conférences de Luçon est du même avis (9) ; à cela près qu'il ne taxe point de péché ceux qui le soir précédent récitent laudes avec matines ; et je crois qu'il a raison. Tant de pieuses communautés, tant de vertueux ecclésiastiques, qui suivent une roule opposée, seraient-ils dans l'habitude du péché véniel ? Parla même raison je ne désapprouverai pas qu'on sépare laudes d'avec matines. Je le fais très-fréquemment, disait Navarre (10), parce que je ne puis, après le repas, soutenir asaez de temps mon attention pour m'acguilter tout de suite de l'un et de l'autre comme il faut. C'est que ce respectable vieillard, qui a vécu près d'un siècle, disait matines dans leur temps, c'est-à-dire vers minuit. U est

(6) Inilium illud, Deus, ht adjulorium, dalum est anle laudes, ut possil ex causa matulinum dividi a laudibus. Ijavant. sect. 4, cap. 2, n. i. Barth. a Sancto Fauslo, q. 106. royei Merali sur l'endroit de Gavantus que je viens de citer.

(7) Antoine, deVirt. Relig. cap. 1, q. 4, resp. o.

(8) Confér. de La Uochelle, § 11.

(9) Confér. de Luçon, Coiif. 2 q. pag. 44.

(10) Je donne plutôt le sens que les paroles de ce rametix docteur. Voici son texte : « Quia olflcinm nocturnum et laudes interdum sunt tauta pars, quantam quis cœnaïus uuo contexlu satis attente et dévote non potest facile dicere, fréquenter soleo ipse dicercnocUirnos tanluni sei u, hora eis fere propria circa mediam noctem, et laudes liora etiam illis propria sub auroram. s Navir. de Orat, cap. 3, 11.28.

fS55

vrai que c'est là une raison : mais il y en a beaucoup d'autres, et un homme de bien en a toujonrs assez. Tout est saiut pour les saints, dit l'Apôtre : malheureusement c'est ttu principe dont les moins saints sont toujours prêts à abuser.

8. Il faut remarquer quelorsqu'ou sépare matines de laudes, on doit terminer ces mêmes matines par l'oraison du jour, et commencer les laudes par le Pater à l'ordinaire. Si l'Eglise ne le fait pas à la messe de minuit, c'est qu'elle ne veut pas couper son chant, et que les prières qu'on vient de faire sont one préparation sufGsante à celles qu'on va commencer. Il y a des diocèses, comme celui de Paris, où pendant l'Avent, le Carême et dans les vigiles des fêles, on doit après matines réciter à genoux les prières que l'on récite ces mêmes jours après les trois dernières petites heures. Je ne crois pas que ceux qui font le romain y soient obligés.

9. La seconde difficulté concerne les nocturnes : on demande s'il est permis de les séparer.

La réponse commune est que cela se peut absolument (t), mais qu'on ne le doit faire que pour de justes raisons. Qu'on le puisse, cela paraît prouvé, et par l'aveu des meilleurs théologiens, et par l'ancienne pratique (le l'Eglise qui, quoi qu'en ait pensé un savant homme, en usait ainsi (2). Qu'on ne doive le faire que pour de bonnes raisons, c'est ce qui n'est pas moins évident. Car, outre que l'ancienne Eglise ne le faisait que rarement et dans les grandes solennités, il est sûr que celle manière d'agir est contraire à sa pratique actuelle, et que celle-ci demande toujours de très-grands égards.

Cependant pour séparer un nocturne de l'autre, je ne demanderai pas des raisons bien extraordinaires. Une longue visite, mais qu'il faut essuyer d'un bout à l'autre ; «n quart d'heure qui nie reste pour un nocturne, et que j'aurai de la peine à retrouver pour trois; la peine de dire tout à la lumière, etc., c'«n est antant qu'il m'en faut. Si cela ne sulTit pas à d'autres, je ne leur ferai pas un crime d'aller au plus sûr, ou du moins au plus parfait.

J'avertirai seulement que je n'oserais étendre la séparation des nocturnes au delà de trois heures, parce que je ne vois pas que l'Eglise lui ail jamais donné plus d'étendue : c'est le sentiment do Bonacina et de quelques autres. Ainsi je répéterais ie matin un ou deux noclurnes que j'aurais dits la veille; mais je n'oserais trop condaiiuier ceux qui seraient moins rigoureux.

Les offices où il n'y a que trois leçons D'ayant qu'un uoclurne, si on le coupaii, ce

(l)Ethica amor. tom. II, lib. ï.taji. 25, n. 15G, Bonacina, disfi. i, q. 3, pucct. 3, uuni. barih. a S. Fauslo, q. 103, pag. 43(i.

i2)Iii primillvaEecIcsia niinisiri Kcclesi» terdenocte iifflVpellatiin surKsbant ad diviiuim ofliciiiin celebraiidum. Durand, lib. m Ration. <liv. Oflic. rap. 3, n, 3, pas. 'i'ir,, fol. vers. cdit. LugJun. IGO'i. Vide S. Tliom. in l Coriiilli. iiv, leci. ti.

(3) « Caiisce just» iiitorrmnpoDdiolDi iiim suiit : quolibet uUlitas propria vet alia (pi.-w iiicoiniuoile differretur; iit-in UStanitïs, sut 4.evoll«) a{ dio«ri; mi$>jiui, •;x«e(iui waiitiaia

lie serait pas division, ce serait interruption proprement dite ; et eellc-ci ne souffre jamais autant d'intervalle que celle-là (3).

10, Lorsqu'on croit avoir omis un ou plusieurs psaumes dans une partie de l'office, il ne faut point se troubler, mais continuer et reprendre ensuite ce qui a échappé, ou quelque chose d'équivalent, si l'on ne peut savoir au juste ce que l'on a manque. Dans le doute si l'on n'a point passé quelque chose, il faut prendre le parti le plus slir et répéter. Chez les mauvais casuistes la possessioa est pour la liberté ; chez ceux qui craignent Dieu, la possession est pour la loi ; et dans le doute la condition de celui qui possède est toujours la meilleure (i).

Mais en général on est moins obligé, à raison du doute, de répéter un psaume ou une leçon qu'une heure touf entière. La raison en est que dans le premier cas on peut aisément déposer son doute, sur ce qu'il n'arrive pas dans le train commun qu'un homme qui n'est point interrompu passe du premier psaume au troisième. D'ailleurs s'accoutumer à ces sortes de répétitions, c'est ouvrir la porte aux scrupules. Quelques précautions que prennent les personnes qui ont l'imagination extrêmement vive, elles ne savent souvent qu'elles ont dit la première leçon que parce qu'elles se trouvent à la seconde. Il faut cependant ici, comme en toute autre matière, avoir égard aux circonstan-r ces. Un homme qui a été interrompu, ou qui en général est si distrait, si peu maître de lui-même, qu'il va sans réflexion d'un feuillet à l'autre, doit se juger plus sévèrement qu'une personne naturellement tranquille.

Comme l'on n'a pas des règles si sûres pour se calmer sur l'omission d'une heure entière, et que souvent on ne croit l'avoir dite que parce que le temps où l'on a coutume de la dire est passé, il faut revenir à la grande régie que nous avons indiquée et qui n'a jamais damné personne : In dubiis semitmn debemus eligere tiUiorem. Le droit (5) l'a consacrée : le bon sens et l'équité l'avaient consacrée avant; lui. Pour éviter tout embarras, il n'y a qu'à se faire une habitude de marquer exactement l'endroit où l'on est demeuré.

CuAP. MI. — Des conditions que doit avoir la récitation de l'office divin.

C est ici sans contredit la plus importante partie de notre ouvrage. Go que nous avon» dit jusqu'à présent ne regarde guère que le corps et, pour ainsi parler, le mécanisme de la prière extérieure. Ici, à pou de chose près, nous allons développer sa plus intime substance, cet esprit sans lequel et nos voix et

«nperioruin ; si excipias conrfssioncm aliciijus qui non: lil)onter esspectaret; si velis aliquid apcrc autnolareiu lolias distraclionem sive solliciliKlinem ne oblivlscari», modo hoc non flal Creqiicnlpr. Licite eliam poiest inlfrmilli alloua brevis oratio inler orandum vel affrcliis. » S, Alph. (iel.ig. 1. IV, n. 168. I). Gousset, t. Il, n. 70t.

(4) loi la loi est en possession, quand on doute avec fondement, sans pouvoir déposer son doute. Voij, Mgr Gousset. Théul. mor. t. 11, n. TOI.

(5) Kirf.cap. 12, 18, 24, de Hoœicidio, lib. v, (11. 12.

OFF

OFF

nos chants ne sont qa'un airain qui résonne, qu'une cymbale qui fait du bruit.

L'Iiglise, qui connaît mieux que personne nos besoins et nos devoirs , veut que, pour bien réciter l'office divin, on le dise distinctement, entièrement, dévotement, attentivement. Ces quatre conditions vont nous occuper : nous joindrons ensemble les deux premières, parce qu'elles font plus naître de réflexions que de difficultés. Par une raison contraire nous traiterons les deux autres séparément.

S I. Il lïul dire l'ofCice d'une manière dislinclc, cl lo dire ciilièremeut.

1 . L'office est de lui-même une prière vocale. — 2. On doit le réciter distinctement. — 3. Faut-il réciter assez haut pour être entendu,— 'Î-. ou du moins pour s'entendre soi-même? — 3. Un bénéficier qui ne pourrait parler devrait dire son bréviaire mentalement. — 6. L'omission d'une petite heure est-elle un péché mortel? — 7. Que penser de l'omission d'une partie moins considérable ? — 8. Peut-on omettre dans le chœur la lecture du Martyrologe ? — 9. On peut réciter le Bréviaire avec «n autre, et comment.— 10. Pourrait-on réciter de cette manière un office que l'on devrait par vœu ou par pénitence? — 11. Celui avec lequel on récite est-il obligé de réciter avec attention, lorsqu'il n est pas obligé au Bréviaire?

1. On convient d'abord que l'office divin est une vraie prière vocale. Le s<!ul mot do récilalion emporte celte idée; la définition du Bréviaire l'exprime ; et je ne l'observe que parce que j'ai vu un homme d'esprit s'y tromper , et croire qu'un bénéficier est hors d'atteinte quand il parcourt des yeux ou qu'il parle du cœur. Ce dernier langage est bien le plus essentiel, mais il ne suffit pas. I! est vrai que celui (jui sonde les cœurs et qui voit à découvert nos plus intimes pensées, n'a pas besoin , comme Baai , du son de noire voix pour nous entendre ; mais il est vrai aussi que Jésus-Christ sur la croix et en plusieurs autres occasions, saint Etienne un moment avant sa mort , saint Paul et Siias dans les chaînes, ont prié à haute toIx. Il est encore vrai que la prière vocnlc, en mortifiant le corps, donne du ressort et de l'élévalion à l'esprit ; qu'elle porto son feu dans le cœur de ceux qui en sont témoins; et que, puisque l'homme est composé de deux substances, il est juste que chacune d'elles paye à sa manière le tribut de louanges qui est dû à son auteur. On peut lire sur cette matière Bellarniin. qui l'a traitée à son ordinaire, c'est-à-dire avec beaucoup de précision cl de solidité (1).

2. On convienlencore que l'office demande tme récitation distincte, et que par conséquent il exclut celle qui se fait du gosier, v\\\.re les dents ou sans articuler comme il faut. Non cursim, non perturbate, non osci-

(1) Bellarmin. lib. i de Bonis Operib. in particulari,

{•2) Non in gutiure, vel inter dénies, seu deglutiendo aui sjnwpando diciiones ei verb», sed revËrtialer. vefbis

tanter, led leniter, distincte ac studiose, disaiH saint Charles dans son premier concile de Milan ; et c'est ce qu'avait dit longtemps auparavant le concile de Bâle (2). Mais pourquoi citer des autorités dans une matière qu'une étincelle de sens commun décide pleinement ? En effet, dit l'auteur de la Morale de Grenoble (3), si lorsqu'on parle à un prince, on lui parle distinctement, et on fait attention à ce qu'on lui dit, parce que ce serait manquer de respect que d'agir autrement , n'est-on pas à plus fur te raison obligé de parler distinctement et de faire attention à toutes ses paroles lorsqu'on prie Dieu en disant son office

En supposant donc ces deux vérités, dont la dernière sera un jour pour un nombre prodigieux d'ecclésiastiques la matière d'un jugement rigoureux , il n'y a ici qu'une difficulté qui puisse arrêter. Elle consiste à savoir si un homme qui récite si bas , qu'il ne peut ni être entendu des autres, ni s'entendre lui -môme, satisfait à son obligation. On suppose qu'il n'u pas l'oreille dure et qu'il récite sans compagnon. S'il en avait un . il faudrait bien qu'il l'entendit et qu'il en fût entendu, puisqu'il ne peut remplir son devoir qu'en écoutant, lorsqu'il ne parle pas.

3. Or sur ce point Médina a cru qu'il fallait réciter assez haut pour être entendu de ses voisins, lorsqu'il ny a point d'obstacles. Cajetan, moins sévère, veut qu'un homme puisse s'entendre ; mais il n'exige point qu'il soit entendu de ceux qui sont à côté de lui. Sylvius, l'un des plus judicieux écrivains qui aient jamais paru, croit que toute prononciation, pourvu qu'elle soit distincte et articulée, suffit , soit qu'elle soit entendue , soit qu'elle ne le soit pas.

Le sentiment do Médina ne s'est point soutenu. Bien loin qu'il soit nécessaire de réciter assez haut pour être entendu, il y a mille occasions où il faut éviter de l'être. Vingt prêtres qui, chacun de leur côté, réciteraient à haute voix leur Bréviaire dans une petite église édifieraient peu et dérangeraient beaucoup. D'ailleurs une prière, pour être vocale , n'a pus besoin d'être entendue. Anne, mère de Samuel , ne priait pas mentalement, et néanmoins personne ne l'entendait. Après tout, que veut l'Eglise de ceux de ses ministres qu'elle a chargés do priei pour les autres? Une seule chose ; c'est que dans cet emploi ils joignent l'action du corps à celle de l'esprit : or ils peuvent faire trèsbien l'un et l'autre sans former la voix jus qu'à se faire entendre de ceux qui les environnent. Enfin la manière dont le prêtre récite et doit réciter à l'autel les secrètes, et la pratique des plus gens de bien suffisent pour anéantir le fatigant et scrupuleux système de Médina.

Page 1