‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 24 sur 411 · GLORIA · texte numérisé non relu

GLORIA

11 y a deux formules de prière très-usitées qui commencent par ce mot latin ; Gloria Pnlri, elc, qu'on dit ordinairement à la fin des psaumes, des cantiques et du symbole Quicunque; on doit l'omettre à la messe du temps de la Passion, et à tous les offices des trois derniers jours de la semaine sainte. Dans le rite romain, on le dit à la messe du samedi saint, à vêpres et à compiles, parce que le jour de Pâques est censé déjà commencé : celte messe se disait autrefois pendant la nuit, par conséquent après l'heure de vêpres, qui est le commencement de la fête.

Le Gloria in excelsis est une prière qu'on dit à la messe avant l'oraison qui précède l'Epîlre. Selon certains Missels, c'est toujours après Kyrie eleison, quoiqu'il y ait plusieurs Epitres, le mercredi et le samedi dans la semaine de la Pentecôte. On In dit toujours quand on a dit le Te Deum à rolïicc nocturne, et que la messe s'accorde avec cet olBce ; on le dit même aux fêtes de Notre-Scigneur el de la sainte Vierge, qui ont pour objet quelque circonstance de la Passion , comme le couronnement d'épines, etc. Cela a été décidé pour la fêle des Douleurs de .Marie, quoique auparavant on s'en abstînt ce jour-là, el qu'on s'en abstienne encore dans plusieurs rites usilés en France. Dans le rite romain, on l'omet aux messes votives des saints, excepté celles des anges, el celles de la sainte \ iergc le samedi.

GLORIA m EZCELSIS.

(Eiplicalion du P. Lebrun.)

§ I. L'antiquité de celle hymne. Qui en csl l'auteur. Et depuis quand les prêtres la disent à la me&se.

1. Le Gloria in excelsis a été dit durant longtemps aux prières publiques et particulières des fidèles avant qu'on l'ait chanté ou récité à la messe. Saint Athanuse (1) veut qu'après avoir dit dès le grand malin lo psaume et le cantique que nous disons encore à laudes, Deus , Deus meus; ei Bénédicité, les vierges chrétiennes récitent cette hymne (2) : Gloire à Dieu au plus haut des deux, etpaixsttr la terre aux hommes de bonne volonté ; nous vous louons, nous vous bénissons, nous vous adorons, et le reste. Cette même hymne (à quelques variétés près, que nous marquerons) est tout entière dans les Constitutions apostoliques (3) sous ce titre, prière du matin, suivant l'usage des Eglises, orientales. Parmi les Latins, on a dit .lussi en beaucoup d'Eglises celte hymne à l'olfice du matin, du moins le dimanche, depuis un temps immémorial. Elle se trouve dans les psauliers el dans les anciens livres d'église écrits en France et en Angleterre depuis huit ou neuf cents ans, où on lit en quelques-uns ce litre. Hymne du dimanche ù matines, c'est à dire laudes. Il y a aciuellement

sis est l'hymne que les Grecs appellent la grande doxologie, pour la distinguer du Glana Fatri, qui est la petite.

(3) Lib. vil, c. 47

TS DICTIONNAWE des CEREMONIES ET DES RITES SACRES.

plusieurs de ces manuscrits en Angleterre (1); et, ce qui est plus considérable, l'hymne telle que nous la disons, est tout entière dans le fameux manuscrit alexandrin de la Bible grecque conservée dans la bibliothèque royale deLondres, que des savants regardent comme un des plus anciens manuscrits du monde (2).

Plusieurs auteurs latins (3) ont cru que saint Hilaire était l'auteur de cette hymne. Mais le seul témoignage de saint Athanase, contemporain de saint Hilaire, fait voir qu'ils se trompaient, puisque de son temps les femmes d'Orient la savaient communément par cœur. Elle doit être beaucoup plus ancienne, et il y a apparence que c'est une de celles que les premiers fidèles chantaient en l'honneur de Dieu et de Jésus-Christ vrai Dieu. Il est fait mention de ces hymnes dans la lettre de Pline à Trajan (4),dans Lucien (5) et dans Eusèbe (6), et l'on s'en servit vers la fin du 11" siècle pour réfuter l'hérésie d'Artemon, qui attaquait la divinité de Jésus-Christ. On ne doit pas espérer de connaître plus distinctement l'auteur du Gloria in excelsis. Les Pères du quatrième concile de Tolède ont dit sagement que les premières paroles avaient été prononcées parles anges, ce qui l'a fait appeler l'hymne des anges, et que la suite avait été composée par les docteurs ecclésiastiques (7),

Le Pontifical attribué au pape Damasc, ou plutôt le recueil des Vies des papes, dont on trouve d'anciens manuscrits, qui finissent au temps de Justinien, sont les premiers monuments où l'on voit que le Gloria in excel- «is ait été dit à la messe. On y lit (8) que le pape Télesphore, qui tenait le siège de Rome vers le milieu du ii* siècle, ordonna qu'au commencement de la messe de la nuit de Noël on chanterait l'hymne des anges, Gloria, etc. Dans un autre catalogue des papes (9), aussi bien que dans la collection d'Anastase (10), il est dit que le pape Symmaque, vers l'an 500, ordonna qu'on dirait le Gloria in excelsis les dimanches et les fêtes (les saints- Je ne sais si l'on peut compter sur la vérité de tout ce qui est rapporté

(1) Uslier, arclievêque el primat proleslanl li'Irlande, r.i|iporie ces faits au iraiié de Rwnance Ecclesia; Symbolo apo'ilolico vetere. Locid. 1617, p. 42,

(2) Celle Biblp fui envnyée au roi de la Grande-Bretagne par Cjfilli^ Lii.;ir, palriarclie grec de Coubiantinoiile apostat, qui fui éiranglé en 1638, pour des troubles d'Etal qu'il avait ex('il(':s on mi'on lui imputa.

(5) Beniig. Àiuiss., Lxpus. iniss. Alcuin. c. 40, Robert. Paiilulus, Honorius. Betethus, etc.

(4) Oirmenyue Clulsio quasi Dec dicere secuni invicem. Epist. ad Trajan.

CS) Lueian vhilop.

(6) fiiiseb. Hisl. eccles. lib. vu, cap. 27. Sed et psalmi Tel canlica ab iiiitio scripla iuut, quae a fralribus fidolibus VerlmniDei esse Clirisluin el Deuni, iota bynniorum suorum lande célébrant. Ec untiqua versione Riifim.

(7) Keliqna quœ ibi sequuntur ecclisiastici doctores coniposncrnnl. Ci»ic. Toiel. iv, c. 12,

(8) Ilic lerii m .. in injji essu sacrifiiii hymnus dicerelnr nntSHlicus Gloria m excelsis Dec, etc. taatum noelu Nalalis Domini. Catnl poniif. iti piopyJ. ad Acta saucl. Maii.

(9) Proptil. SS. Uaii. p, 74".

MOI Anàsl de Vit. poutif. p. 33.

(11) Cette règle n'était peut-être pas exacleineiH observée. Car Rémi d'Auxerre, vers (a lin du i\* siècle,

dans ces Vies des papes avant la fin du VI* siècle : ce qui est consiant, c'est que depuis ce temps, c'est-à-dire, depuis saint Grégoire le Grand, le Gloria in excelsis devait être dit les dimanches et les fêles par les évéques et non par les prêtres. Suivant ce qui est marqué dans les Sacramentaires (11) écrits jusqu'au commencement du xi* siècle, on dit le Glohia in excelsis {«5 dimanche» et les fêles, quand l'évéque officie, et les prêtres ne le disent que le jour de Pâques (12).

Mais quelques années après, l'an 1000, Bernon, abbé de Richenou, s'appliqua à montrer dans un chapitre exprès (13) que, puisqu'il était permis aux prêtres de dire le Gloria in eaîce/it* le jour de Pâques, il devait, à plus forte raison, leur être permis de le dire le jour de Noël; que ce qu'on lisait à la tête des Missels n'était pas une preuve que saint Grégoire eût fait cette défense aux prêtres, puisqu'on ne pouvait la trouver dans aucun de ses ouvrages; et que, pour augmenter les louanges de Dieu, on devait permettre de le dire tous les dimanches el toutes les fêles des saints, parce qu'il ne parait nulle part que cela ait été défendu par les saints Pères.

Le souhait de Bernon avait déjà été prévenu, et il fut généralement accompli bientôt après. Le Gloria in excelsis fut dit par les prêtres. Gela est évident par les coutumes deCluni (14), écrites par saint Ulric; par celles des chartreux institués en 1084; et par l'Ordinaire du Munt-Cassin, écrit vers le même temps.

Un fort beau Sacramentaire de l'Eglir.e d'Albi, qui paraît être écrit aussi vers l'an 1100, ne met plus de distinction entre les évéques et les prêtres ; il marque simpicmeni (15) qu'après le Kyrie eleison on dit le Gloria in excelsis aux jours de fêle. Le Micrologue dit positivement, vers l'an 1090 (16), qu'dua; fêtes qui ont un office plein les prêtres, aussi bien que les évêques, disent le Glorià in excelsis. De sorte qu'on peut dire que l'origine des chartreux, en 108i, concourt presque avec le temps de la liberté qu'ont eue le» prêtres de dire le Gloria in excelsis comme les évéques.

ne met aucune différence enlre l'évéque et le prêlre que sur le Fax vobis , et nulleroeot sur le Gloria in exceltU. Expos, miss.

(12) Diciiur Gloria in excelsis Deo, si episcopus fuerit , lanluniniodo die Domiiiico, sive diebu» festis, A presbyleris auleiu uiiuime dicitur, nisisolo in Pasctia. &acrani. edil. el mss.

(13) Super liaec omiiia cum in capite libri Kfissalis, quando prcsbjteri romani, Ciorin in excelsis Deo, canere et non cancre soIpjmI, leginms solummodo praelitulalnm : nusquam auum vel a beaio papa Gregorio , \el alii|uo santorum Patrimi nobis inlerdicuini pulo,quin omui die Doniinica vel in saiictorum nataliliis liceat nobis sape diciuni liyninum canere ad aiigmenium laudis divinae, Berno , de qwhusdam reb. ad miss speclanl.o. 2.

(14) Glorw in excelsis Deo, nunquam omiltilur. nisi in Advenlu Domini et a Sepluagesima usque ad PascUa. Consuel. Ciun. Sptcil. tom.JV, in-4*, p. 45,

(15) Ordoipialiter in catliolicaEccIrsia niissacelebrelnr : in primis anliphona ad Inlroilum, demde Kyrie eleison tertio, Christe eleison tertio, Kyrie eleismt tertio, posiea Gtoriu in excelsis Deo diebus festis lantummodo. Sacram, Albiense.

(16)Microl. c 2.

GLO

I II. Uiiliriquos cl remarques louclianl les messes aiiiquelles on dit ou l'on omel h; Gloria in excetih.

On dit te Gloria in excelsis toutes les fois qu'on a dil à malims le Te Deuin, excepté aux nf.iseF du jeudi sninl et du Sdmedi saint, axiTiiuelles on dit le Gloria in excclsis, quoiqi'on n'ait pas dit le Te Deum à matines, i P. til. VIII, n. 3.

On ne le dit pas aux messes votives ordinaires, même au temps pascal, si ce n'est aux messes de la sainte Vierge te samedi, et des aufjes. On ne te dit pas aussi aux messes des morts, non plus que pendant l'Avent, en Carême et aux vigiles, i P. til. VIll, n. 4.

1. Le Te Deum est une hymne de joie, de même que le Gloria in excelsis. C'est pourquoi depuis quatre ou cinq cents ans la règle générale est qu'à la messe, qui est conforme à l'office, on dise le Gloria in excelsis lorsqu'on a dil le Te Deum à matines. La rubrique exceple le jeudi saint et le samedi saint ; et cette exception à l'égard du jeudi saint n'est pas ancienne partout. L'Eglise de Paris n'a commencé à dire le Gloria in excf /.VIS ce jour-là que depuis l'an 1015. Presqui! toutes les Eglises de France et d'Allemagne ont conservé durant longtemps l'ancien usage (1) qui s'observe encore à Lyon, à Clermonl, à Verdun, à Laon, à Liège, etc. L'oflice de la semaine sainte, qui inspire de la tristesse et qui exclut le Gloria Patri, excluait aussi toute hymne de joie. On ne disait le Gloria in excelsis qu'à la messe pontificale où se fait le saint chrême, à c.iuse de la consécration des saintes huiles ; et dans l.'i suite on a considéré que l'institution de l'Eucharistie, dont on célèbre la mémoire ce jour-là, est une assez grande solennité pour engager à dire le Gloria in excelsis, indépen- (laiiinient de la consécration du saint chrême. On le dit à la messe du samedi saint à cause de la solennité de l'office , qui est le rommcncemenl de la fête de la résurrection.

2. On ne le dit pas aux messes votives qui ne sont pas pour quelque cause importante et publique, parce que cette hymne a toujours été regardée comme une marque de solennité.

3. On le dit aux messes votives des anges, à cause qu'ils ont chanté les premiers le commencement de cette hymne, et que c'est d'eux que nous l'avons apprise.

X. On le dit aussi aux messes de la sainte Vierge le samedi, parce que dès le milieu du IX" siècle les religieux (2) , et ensuite les ecclésiastiques (3) et les laïques, eurent la dévotion de dire un ofticc de la sainte

(1) Gloria in excelsis cantelurab episcopo, si consecret cbrisni:!, Missuf. Claromont. an. 1491 Gloriu in excelsis non (lIciLur iiisi ubi chrisma coiificitiu:, Missal. Vim. an. 1519, iliisni Mtijor. ilonusl. m. 1508, Missal. Casalis benetl. ail. lol-j, Missal. ord. S. Joannis Jerosoliim. an, 1353, Missal. Paris an 1359 el i;«6.

(2) Daiiian Opusc. 53, cap. 4.

(3) Baron. Annal. 1056, nomb. Sel 6; Conc. Claromont. 10;i6.

(i) Alcuin. Microl. c. 60.

(5) Décrétai. I. viii. Ut. 41, c. 4.

(di m p., q. 83, a. 4.

(7) Vidi leiapore prisco Gloria in excelsis Deo prajtertuiui in (liebus Advenlus Domini. Ainal. Eccles. Offlc. I.

GLO 7f-

Vierge ; que déjà le samedi était particulièrement destiné (i) à l'honorer, el que dans la suite la plupart des églises ont fait ce jour-Iâ un office entier de la Vierge, avec le Te Deum, qui, selon le rite romain, détermine à dire le Gloria in excelsis à la messe. Mais à l'égard des autres messes votives de la Vierge, on observe ce que le p.ipe Innocent 111 écrivait en 12t5 (5) , qu'à Rome on ne disait pas le Gloria in excelsis aux messes de la Vierge qu'on chantait les jours ouvriers.

5. On ne le dit pas aux messes des morts, non plus qu'aux vigiles, et depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques, c'est-à-dire dans lout le temps de tristesse el de pénitence; parce qu'on n'ose chanter la gloire céleste, dit saint Thomas (6), lorsqu'on pleure sa propre misère ou celle des âmes du purgatoire.

6. A l'égard de l'Avent, l'usage de dire ou de ne pas dire le Gtorin in excelsis a varié en diverses Eglises, et peut-être dans les mêmes en divers temps; parce que, l'Avent tenant un milieu entre le temps de pénitence auquel l'Eglise a pris des habits noirs ou violets-, et le temps de joie auquel elle ne quille pas \' Alléluia, il y a eu des raisons de dire ou d'omettre le Gloria in excelsis. Il par;ilt par Amalaire (7) qu'on le disait l'an 820 el l'an 8.'i0, et qu'on l'omeltail auparavant. On ne le disait point au xr siècle, selon le Micrologue (8), qui marque également les riies d'Italie et des Gaules; el la raison qu'il en donne, et qu'il tire d'Amalaire, est que l'Avenl doit être accompagné de moins de solennité , à cause qu'il représente l'ancien Testament par l'atlenle où sont alors les fidèles de l'avéncmenl du Messie. Cependant l'ancien Ordre romain, écrit vers l'an 1140,9), nous apprend qu'on le disait à Rome. Mais, enfin, depuis le xir siècle jusiju'à préseut, on a une infinité de témoignages qu'on a omis le Gloria in excelsis pendant l'Aveut, pour le reprendre (10) avec plus de joie el de solennité le jour de Noël. Celte raison plaisait à Amalaire, et elle snflil en effet pour avoir établi el pour faire louer cet usage.

§ Ht. Rubrique et remarques louchant la manière de dire le Gluria in excetsis.

Le prêtre, étant au milieu de l'autel, étendant les mains et les élevant jusqu'à la hauteur des épaules, dil Gloriu in excelsis : lorsqu'il dit Deo, il joint les mains et fait utie inclination de tête à ta croix ; il cunlinue tenant tes mains jointes, el en finissant il fait sur lui te signe de la croix. Tit. W , n. 3.

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