Celui de Cajetan est mieux appuyé ; il
dislincUs, sivesoli.sive soclaii cura aliis. Concil. Basileense, sess. 21,§i.
(5) Munile de Grenoble, lom U, irjilé 1, cap. 10
a des preuves capables de faire impression. On dit en sa faveur : 1° que les conciles , et nouiniément celui de Bâle , ne se contentent pas que l'on récite gutture vel inler dentés ; et cependant cetle manière de réciter serait vocale, et il ne lui manquerait à la rigueur que de pouvoir être entendue; 2" que l'Eglise en ordonnant la récitation vocale a eu intention d'élever l'Iiomine à Dieu par le moyen des signes extérieurs. Or les signes n'opèrent que par I impression qu'ils font sur les sens : et quelle impression peut faire un son qu'on n'entend pas ou plutôt qui n'existe point? 3° que lorsqu'on n'articule pas jusqu'à se pouvoir entendre soimême dans le temps du plus grand silence, il est à craindre qu'on ne prenne pour prière vocale ce langage intérieur qu'accompagne le mouvement des lèvres, et qui ne peut s'appeler une vraie parole. Barlliélemi de Saint-Fauste se déclare pour ce sentiment , et il cite pour lui Valentia, Tolet , Navarre et quelques autres théologiens (1).
Malgré cela , il se trouve beaucoup de docteurs qui pensent comme Sylvius (2). Us disent pour leurs raisons que l'Eglise veut bien qu'un homme récite extérieurement, mais qu'elle n'a jamais exigé qu'il s'entendît lui-même; qu'il est possible de prier vocalcment sans s'entendre, puisque la prière vocale ne demande qu'une certaine impulsion de l'air vers les parties extérieures de la bouche; et qu'enfin les plus pieux ecclésiastiques s'efforcent bien de réciter dislinclement et avec attention, mais qu'ils ne s'amusent point à examiner s'ils s'entendent ou s'ils ne s'entendent point. Pontas, qui rapporte cetteopinion,ne la condamne point (3). Je ne le ferai pas non plus ; mais je crois que les motifs du sentiment de Cajetan valent bien la peine qu'on y pense. Pourquoi se livrer au doute et à l'inquiétude, lorsqu'on peut à si peu de frais prendre un bon parti ? Il faut presque de l'étude pour parler distinctement sans se pouvoir entendre. 11 faut de plus s'aimer beaucoup pour se ménager si excessivement. Laissons celle délicatesse aux femmes :
comptons même que les plus sages en auraient honte.
5. Si un bénéflcier, ou tout autre obligé au Bréviaire, avait perdu l'usage de la parole , Suarés (4) et la plupart des théologiens croient qu'il ne serait pas tenu de le réciter mentalement. Je n'oserais ni condamner tant d'habiles gens, ni les suivre. Lorsqu'on ne peut faire ce qu'on voudrait, il faut au moins faire ce qu'on peut. L'Eglise, dit-on, n'a point fait de loi là-dessus. Je le crois fort : sa maxime, comme colle du droit civil, est que pro raro conlingentibus non
(1) Barthol. a S. Fausto, q. Ib9, pag. SOo.
(2) Sylvius, Résolut, var. verb. Hor^ canomic* , n. 5.
(3) Ponlas, verb. Office, cas. 26.
(4) Suares., lib. iv, cap. 28, n. Il, pag. 281.11 cite pour ce senliinent Panoriue, Navarre, et Paludanus. Barlh. de SaJDt-Fauste, q. 211, cite ce dernier pour l'opinion coatraire.
(5) Bruno Neusser, cordelier allemand , écrit après Roderique, que Léon X a permis aux religieux de son ordre de dire l'office menulemenl : et cela, sans au'H lût oues-
constitmtnlur leges. Mais le droit naturel n'a-t-il point suppléé à la loi humaine? Et ne demande-l-il pas le fond, quand on ne ^ peut lui donner l'accessoire? Vous convenez tous que c'est, principalement l'esprit que Dieu cherche dans la prière vocale. Hé 1 donnez-le lui donc , quand il vous dispense , du reste. L'ofGce prononcé au fond du cœur ' lui sera sans doute très-agréable. L'Eglise refusera-l-elle de l'accepter , lorsqu'on ne pourra lui en donner un autre? Ajouter, comme fait Neusser, que ceux qui auraient un privilège pour réciter mentalement, ne seraient pas alors obligés de s'en servir, c'est une nouvelle absurdité (5).
11 y a un peu plus de difficultés sur l'intégrité de l'olfice; nous allons parcourir celles que l'on a coutume de proposer sur cette matière.
On demande en premier lieu si l'omission de toute partie du Bréviaire, quand elle n'est fondée sur aucun motif raisonnable, est un péché grief.
G. H faut d'abord répondre avec Suarès (6) que l'omission de chacune des sept heures qui composent l'office est un péché mortel, parce que chacune des sept heures est dans l'estime commune une partie considérable du Bréviaire. Marchini ayant avancé le contraire, la congrégation de l'Index le fit effacer de son livre (7).
Par la même raison, un ecclésiastique qui, en récitant seul ou avec un autre, omettrait volontairement ou de dire ou d'entendre tant de versets, qu'il en résulterait une omission équivalente à celle d'une petite heure, serait aussi criminel que s'il l'avait omise en entier. Il est vrai que depuis que la liberté de tout penser et de tout écrire s'est introduite dans rEcole,il s'est trouvédesgens quiontcru qu'il ne pouvait y avoir dé péché griefà omettre une petite heure ou quelque chose de semblable, parcequecelànefait jamais unehuitième partie; et que ce qui est ttu-dessous d'une matière si peu considérable ne peut faire un péché qui damne. Par bonheur ce mauvais sentiment a été étouffé presque dans sa naissance. Diana lui-même a fort bien remarqué qu'à ce compte, un homme qui sur mille écus n'en prendrait que cent, ne ferait pas un péché mortel; et qu'il n'y en aurait pas non plus à couper le doigt ou la main de quelqu'un, parce que dans l'un et l'autre cas on ne ferait pas tort d'un huitième. 11 suit de là qu'un religieux qui a encore le temps de réparer la faute qu'il a faite, soit en omettant, soit en récitant mal une septième partie de son Bréviaire, doit la réparer avant minuit : et alors je crois qu'il évitera le péché mortel, parce que ce péché n'est, ce
tion ni d'infirmes, ni de scrupuleux. Je crois que ces RR. PP. ont toujours été trop sages pour demander uue dispense auss> singulière, et Léon X trop judicieux pour l'accorder. Au reste le même anienr avoue qu'on ne s'en est point servi dans son ordre ; cl que par conséquent, puisque ce n'était qu'un oraf /« de rive voix , on ne pourrai! s*en servir. Neusser, disp. 9, q. 7, u. 24 etseq.
(6) Suares., ibid., cap. 25.
(7) Ye;ez N«usser, pag. 187
eoi
OFF
OFF
semble, consommé que lorsque le temps de remplir le précepte est passé; et qu'un homme, s'il ne prend une résolution fornitlie du conlrairt-, est censé avoir une intention générale de répéter son office, lorsqu'il s'apercevra de l'avoir mal dit.
7. Il faut, en second lieu, dire avec Van- Roy, Ponlas (1} et les plus exacts lliéologiens que, quoi qu'en aient pensé saint Anlonin et Navarre, on ne peut dire en général que l'omission de la troisième partie, ni même de la moitié de chacune des sept heures, soit toujours un péché (jui aille au moilel. En effet , quoique la moitié ou même la troisième partie d'une petite heure soit toujours quelque choie de considérable par rapport à elle, il se peut faire que ce soit peu de chose, tant en soi-même que par rapport à la totalité de roffice. Ainsi la règle la plus sage qu'on puisse suivre dans cette matière est de considérer la partie nou comme partie, mais selon sa quantité absolue. Or, de ce principe, qui est de Suarès, il sera aisé de conclure qu'en ne regardant, selon la coutume, matines et laudes que comme une seule heure, l'omission d'un noc» lurne, qui en est à peine la quatrième partie, sera une faute mortelle; et qu'au contraire, l'omission des vêpres du samedi saint, quoiqu'elle retranche une heure entière, pourra n'être qu'un péché véniel (2).
Mais à Dieu ne plaise qu'un ecclésiastique laisse jamais la moindre partie do son Bréviaire, sous prétexte qu'il le peut faire, sans tomber dans la disgrâce do son Maître. Celui qui craint Dieu ne néglige rien, dit l'Ecriture ^3) ; et il néglige bien moins encore ce qu il ne peut omettre sans se rendre coupable.
J'ajoute, avec un théologien de Paris (V), que ces sortes d'omissions iraient plus aisément au mortel, si on les faisait dans le chœur, que si elles n'arrivaient qu'en particulier. La difformité et le scandale ne blessent jamais plus que dans le sanctuaire.
8. Quelques docteurs examinent ici s'il y aurait du mal à supprimer dans l'ofûce public la lecture du Martyrologe. Les plus relâchés, en avouant qu'il y aurait un péché véniel, craignent qu'il n'y eût quelque chose de plus : 1° parce que la coutume de le lire est très-ancienne dans l'Eglise, comme on le voit dans Gavantus et dans le V. Mabillon contre M. de Valois (5); 2° parce que rien n'est plus propre à porter à la piété qu'une notice, quoique courte, de ce qu'ont fait et souffert pour Dieu les vierges, les martyrs, les confesseurs qu'il a donnés à son Eglise dans tous les temps. El c'est pour cela que Grégoire Xlll souhaitait que ceux mêmes qui récitent en particulier n'omissent jamais le Martyrologe. On ne peut donc, dit Neus-
(1) Pontat, verb. Office, cas. b.
(2) Je diï, pourra n'être. Il y a des théologiens d'ailleurs peu exacts, qui prétendent que l'omission des vêpres du samedi saint serait mortelle ; quUi licel ilUv vesi>erœ in se, quoad aumilitalem, tion sint inagnœ, altmnen sunt taies ralione qualilolis, el qualenus sunt hora ob cerlum miisteriiun cerlo tempore prœscripta. Ita Iheoioni communiter , dit r^vusïvr Uaus son irailé de Uoris Cmiunicit, lUsp. 8, q. 1^
ser, excuser de péché véniel ceux qui n'y donnent point ou presque point d'attention.
9. On demande en second lieu si l'on peut, sans faire tort à l'intégrité de l'ufGce, le réciter avec un autre.
11 n'y a qu'une voix sur ce point : tout le monde convient que la récitation alternative n'a rien de mauvais ; qu'elle l'emporte même sur celle qui se fait en particulier, parce j qu'elle imite de plus près celle qui se fait ' au choeur.
Mais il y a ici quelques abus à éviter. C'en serait un de s'arranger do manière, qu'un des deux qui récitent ensemble, dît le premier psaume, l'autre le second, el ainsi du reste. Il est vrai que cela se peut faire par rapport, aux leçons, et même qu'un seul peut les dire toutes en présence de son compagnon. Mais, puisque l'Eglise ne le permet que dans celte circonstance, il serait contre l'ordre de franchir les bornes qu'elle a posées. Par la même raison il ne serait pas permis à un nombre de jeunes ecclésiastiques qui se trouveraient ensemble, de faire trois ou quatre chœurs, dont l'un dit le premier verset, le second celui d'après, et ainsi du reste. Il est vrai que cela pourrait avancer l'ouvrage, mais on le fait bien mal quand on le fait contre les règles.
Quoiqu'il soit assez d'usage, lorsqu'on a récité les psaumes à l'alternative, de dire les antiennes en commun , je crois avec Suarès qu'il serait pour le moins aussi bon de les faire rouler comme si c'étaient des versets. En ce cas, fût-on dix, on n'en perd jamais aucun, parce qu'il suffit de prêter l'oreille. Si on le fait bien pour les capitules et les oraisons, on peut bien le faire pour les antiennes.
10. C'est une question de savoir si un homme qui a fait vœu de réciter l'office de la \ ierge, ou à qui son confesseur a donné pour pénitence les sept psaumes, pourrait les dire tour à tour avec un autre.
Navarre, Suarès, Azor et plusieurs autres le pensent ainsi (6), surtout par rapport à l'office de la \ ierge; parce que, de quelque manière qu'il soit imposé, il doit, ce semble, suivre la condition de l'office en général, à moins qu'on ne se la soit interdite. J'aimerais mieux dire le contraire avec l'onlas, au moins sur le fait de la pénitence ; tant parce qu'en récitant avec un autre, on s'épargne une partie de la peine, que parce que le pénitent doit se regarder comme un coupable qui, uniquement chargé de prier pour soi , n'a rien de commun avec un homme qui prie pour l'Eglise et en son nom. Je dirais à plus forte raison la même chose des sept psaumes : ils ne s'imposent que comme une pieuse et sainte lecture. Or , chargé par mon confesseur d'un chapitre
(3)' (lui tiinet Deum, nihil negligit. Eccles. vn, 19.
(4) Martin Grandin, bic,pag. 213. .
(5) Mabillon, praelal. 2 in saicul. iv, cap. 6, n. 174, ou il cite le concile de Cliffe ou Cloveshaw en Angleterre , da
(6) Vide Barth. a S. Fauslo, q. 170, pag. 5U. PoDUs, vert». PïKiiwc», cas. 3.
DICTIONNAIRE DES CEFiEMUNIES ET DES RITES SACRES.
Ui
t!a NoDveau Testament ou de l'Imitation , je n'oserais en dire les versets ou les nombres tour à tour avec un autre. Si la chose im valait la peine, il faudrait consulter son directeur. C'est lui qui fait la loi, c'est à lui à l'interpréter.
11. Pour dire valablement son Bréviaire, il n'est pas nécessaire que celui avec qui on le dit, y soit obligé. Ainsi l'on peut prendre un écolier, un domestique, pourvu qu'ils prononcent bien et qu'on évite l'indécence et le scandale. Qu'ils aient de l'attention ou qu'ils n'en aient pas, c'est la même chose par rapport à vous. Vous satisfaites en entendant, et vous pouvez écouter avec beaucoup de religion ce qu'un autre dit très-mal.
Mais cet autre qu'on suppose n'être point obligé à l'ofûcc, ne se rend-il point coupable s'il le dit avec vous sans piété et sans attention 7 Lessius (1), Emmanuel Sa, Rcginald, Filiucius, etc., prétendent que non; parce qu'un homme s'engage bien alors à réciter, mais non pas à prier; que l'Eglise ne lui en fait pas une loi ; et qu'on serait à plaindre si, pour faire plaisir à un ami, on s'esposait à offenser Dieu. Quand je pense que l'office divin n'est qu'un tissu de l'Ecriture et des saints Pères qui l'expliquent, et que la parole de Dieu demande un profond respect lors même qu'on la lit ou qu'on l'entend sans y être obligé, j'ai peine à concevoir qu'on puisse la traiter avec si peu de précaution. Je conçois qu'un bénéficier et un sous-diacre doivent plus qu'un homme qui n'est ni l'un ni l'aalrc; mais que celui-ci ne doive rien, et qu'il puisse réciter les sacrés Cantiques de David, à peu près comme les Odes d'Anacréon, c'est, à mon sens, ce qu'on grain de foi no peut digérer. Pour moi, j'aimerais mieux dire mon Bréviaire avec peine, que me faire aider par une personne qui le dirait si mal; et si j'avais saronfiance, je lui prescrirais on de changer, ou de ne pas continuer. Sancta sancte : c'est une règle qui peut avoir des nuances , mais qu'il ne faut jamais réduire à rien.
§ II. Il faut (lire l'oOîce avec piété.
1. Idée de la dévotion, ses espèces. — 2. La re'citation de l'office demande la dévotion extérieure. Preuves cl remarques. — 3. Celte dévotion exclut certaines actions qui ne s'ailient pas bien avec elle. — k. Celtes de marcher ou de se promener sont-elles de ce nombre? — 5. (Quelle posture convient mieux à un homme qui dit son Bréviaire? — 6. Quand on le dit en particulier, faut-il dire à genoux les prières férialcs? — 7. Nécessité de la dévotion intérieure- — 8. Elle demande tme préparation d'esprit cl de ccEur. — 9. Manière et conditions de cette préparation. — 10. Tristes et terriljles conséquences de ce principe. --11. Un homme qui a le malheur d'être dans l'habitude du péché peut-il satisfaire à son obligation ? Sentiments de quelques docteurs. — 12. £a
(t) l.essius, lib. Il, c.i|). 37, diib. 9, n Si, e( alil apud Barlh. a S. Faiislo.q. 1li3, p. .'iti.
(2) Cogiiomiis nus siili cons|iovtu Doi stare : piacendum
dévotion est-elle nécessaire à celui qui n'a qu'tme pensioti , comme à celui qui a un bénéfice ? — 13. Un homme qui n'a ni pension ni bénéfice doit un certain dédommagement à l'Eglise qtiand il a mal récité son office.
1. La dévotion prise en général est, selon saint Thomas, une affection intérieure par laquelle l'homme se consacre , se livre , se dévoue en quelque sorte au service de Dieu. On la prend ici pour cette ferveur qui fait qu'un chrétien se porte avec joie, avec une sainte impétuosité, vers une dea plus considérables parties du culte divin : Devotio est promptitudo voluntatis, et fervor affeclus ad ea quœ sunt cultus divini.
La dévotion est ou intérieure, et elle consiste dans un pieux mouvement qui nong fait tendre à Dieu ; ou extérieure, et elle consiste dans un maintien modeste, respectueux, bien composé; ou mixte, et celle-ci renferme les deux autres. Il n'y a même guère que l'hypocrisie qui ait le (aient de séparer les deux premières. Il est rare qu'un homme qui devant Dieu se tient dans cette attitude de respect et de frayeur où l'Ecriture nous représente les séraphins, ne commence au moins à l'honorer intérieurement; et il est encore plus rare qu'un homme qui voit l'Invisible comme s'il était présent à ses yeux, ne se tienne devant lui dans la posture où le Père des croyants était devant son maître: Et de là, grand Dieu! quelle foule de conséquences; et qu'elles sont capables d'humilierl
2. Pour les développer avec plus d'étendue, disons d'abord que, pour se bien acquitter de la récitation du saint office, il faut pour le moins une dévotion extérieure. La raison en est tonte simple. L'office n'est qu'un tissu de prières que l'on fait à Dieu , et de louanges qu'on le conjure de recevoir, comme il reçoit celles des esprits bienheureux. Or une posture aisée, libre, indécente, sied-elle bien à an homme qui prie et qui ne demande pas moins que le prix du sang de Jésus-Christ? Est-ce avec un air sec el dissipé qu'un faible mortel osera chanter ta justice cl la miséricorde de celui devant lequel les chérubins se voilent la face, et dont ils ne louent la sainteté qu'en tremblant ? C'est la grande leçon que l'Eglise, qui n'en fait jamais qu'avec une noble et majestueuse simplicité, nous donne tous les jours dans la préface de la Liturgie. Elle y joint la louange à l'adoration, et le tremblement à l'une et à l'autre : Majestalem tuam laudant angeli, adorant dotninationes , tremiint potestates; cum qtlif)^^s el nostras voces ut admitti jubeas deprecamur. Pensons donc, disait un Père, que nous sommes sous les yeiîr de Dieu: efforçons-nous de lui plaire, et par la bienséance extérieure du corps, et par la manière dont nous lui parlerons (2). ."^aint Germain, évêque de Paris, était si persuadé de ces grandes maximes, qu'il ne récitait jamais son office que dans une situation pé-
est divinis oculis, et hebitu cof poris, et modo voeu. S. Cypriao. lib. de Orat. Domia.
OFP
nibic. Dans ses voyages . lorsqu'il priait Dieu, il avait toujours la léle nue; et il n'y avait, dit Fortniiat, ni neige, ni froid qui pût l'en dispenser (1).
11 y aurait assurément beaucoup et do bien tristes réflexions à faire sur ce sujet ; et pour en trouver la matière, il sufGrait d'entrer le malin ^ et pas trop matin, dans l'appartement d'un jeune abbé qui se détermine enfin à dire son oflicc, d'étudier sa posture cavalière; de voir combien de fois il coupe sa prière pour des bagatelles; de suivre, si cela se pouvait, le rapide torrent de SP9 paroles ; de le comparer lui-même à lui-même, lorsqu'il parait devant le prince, chez qui son devoir ou ses iiiléréts rappellent. Sans lui demander s'il compte qu'on puisse servir deux maîtres, il serait aisé de déméicrcelui auquel il a voué ses hommages. Nous sommes bien éloignés de croire que les plus dangereux emplois n'offrent que de pareils exemples. 11 s'en trouve à la cour qui donneraient de l'émulation aux anges de Scélé. Dans tous les étals il y a sept mille justes qui ne fléchirent jamais le genou devant l'idole de la mauvaise coutume. Ideo ipsi judices vestri erun(. Matib. xii, 27.
3. Si la dévotion extérieure doit bannir certaines attitudes du corps, certaines commodités peu convenables à l'état d'un ministre qui demande grâce pour lui et pour ses frères, elle doit à plus forte raison exclure tonte action étrangère qui marquerait moins de respect dans celui qui prie. Si quis intcr recitationein officii confabutetur, pingat, coqninatn faciat, dit à peu près saint Antonin, videlur mortale.
Il est vrai qu'il y a des actions extérieures avec lesquelles la prière n'est pas inalliable; et c'est pour cela que le prêtre récite quelques oraisons lorsqu'il prend ses ornements, ou même qu'il lave ses mains avant le redoutable sacrifice. Mais eu général , à moins qu'on no soit pressé, il faut faire chaque chose en son temps. C'est le ménager mal que de le ménager au préjudice du respect qui est dû à Dieu, et surtout dans une affaire qui n'est point de surérogation.
k. 11 y a mémo des personnes qui prétendent qu'il nest pas permis de dire l'office en se promenant. Il est sûr qu'un concile du Trêves l'a défendu en 1519, que saint Charles ne le voulait pas (2), et qu'Alain de Solminiac, rigide et inflexible observateur de la discipline, menaça d'interdit un prêtre qu'il aperçut le disant ainsi. Il est sûr encore qu'il vaudrait bien mieux s'associer en esprit au publicain de l'Evangile, et former comme lui au bas du temple ces vœux qui y trou-
(1) Equitans, ciirsiim, id est Horas, nudo capite dicc- I>at, etsi hiems aul iilx nrgeret. Fortunal. in Vila saucli Germani Paris.
(2) Admonemus omncs et singulos nostrae diœcras ot nrbis Mediolaneiisis ecclesiasticus hoinines, m cuui precum canonicaruni ofGciuiii privatim praesiant, ne deanibiilando, aliudve agendo, id oiuiieris expleaul. In Ecclesiam, Bi ei doiQUs sit conjuncta, aut saltem domi in locum, quoaiî (ieri potesl, iirecalioni apliorem se recipianl ; ut auiiiio qui di'aiiilmlalioiiibus ei aliacuin rcruui aclioiiibiis di>U'alii quaudui^e solet.sii colligentes ac pielalis studio acceusi, orerrt. spirilu, orent ttariier et même. Synod. rv Mediol.
me
Tent an Dieu de près (3), et qui sont plus favorablement exaucés. Enfin il est sûr que cette conduite serait très-propre à édifier les peuples, et qu'on no peut voir sans émotion qu'un Dieu qui pour notre amour réside jour et nuit daus son tabernacle, n'v soit guère plus visité de ses ministres que d'es séculiers. Mais en proposant celle pratique comme la meilleure en tout sens, nous n'en ferons pas nn précepte. Nous dirons avec le saint archevêque de MUan , Admonemus i mais nous nous en tiendrons là. Si nous ne croyons pas qu'on doive dire son Bréviaire dans ua chemin tumultueux où chaque pas enfanterait des distractions, nous nous donnerons bien de garde de condamner le pieux pasteur qui en revenant de chez un malade , ou de conférer avec son voisin, donne à la prière, quelle qu'elle soii, un temps dont il n'est avare que pour en consacrer tous les moments à Dieu. Il en sera de même de l'homme d'étude qui, pour respirer une ou deux fois par jour dans un lieu solitaire et champêtre, s'y fera un pieux délassement de son office. Condamner sans miséricorde ceux qui le font , ce serait quelquefois , sous prétexte d'en vouloir à la tiédeur, condamner la nation sainte des enfants de Dieu (i). Bientôt , disait quelqu'un , on trouverait mauvais qu'un grand chantre et des chapiers se promènent dans le chœur ou qu'on chante dans les processions.
5. On peut résoudre sur les mêmes principes une question que se propose l'auteur des Conférences de la Uochelle (o). Il demande quelle posture est la plus convenable pour réciter l'olficc divin. Après avoir sagement observé que le maintien d'un ecclésiastique qui parle à Dieu dans la prière n'est pas one chose indifférente; qu'étant un aveu de notre soumission et une marque de la frayeur dont nous sommes saisis en la présence d'une si haute majesté, il fait une grande parlie du respect extérieur que nous sommes obligés de lui rendre; et qu'enfin les diverses situations où se met un homme qui prie, soit en se tenant debout, soit eu fléchissant les genoux , soit en élevant les mains , soit en se prosternant contre terre, contribuent à augmenter l'humilité et la ferveur de sa prière (6) : après tous ces principes qu'on ne peut contester , ce Ibéologieii vient au fait et décide qu'il vaut mieux se tenir debout pendant l'office que de le réciter à genoux. 11 avoue bien que cette dernière position est pleine de respect et d'humilité, mais il prétend qu'elle a toujours été regardée dans l'Eglise comme une marque d'humiliation; que dans les premiers
p. Il, décret. 21.
(5; Je ne fais qu'une allusion à ces paroles de Jérémie, xxur, 23. « Putasne Deos e vicino ego suid? »
(i) Si d(cebani, Narrabo sic; ecce nationem (ilioram tuoniin renrobavi. Psalm. l\mi, IS.
(3) Conter, de La Rociielte, § 54, pag. i28.
(6) Nescio quomodo, cum lii motus corporis fieri, dw« motu animi praecedente, non possint, eisdom rursus exle rius visibiliter factis, ille interior invisibilis qui eos t'ecit augplur; ac per lioccordis affectus, qui, ut fliMeiil "* piœcessit, quia facia sunl, crescit. August. lib. doCun ntortuis, cap. S.
SCS
siècles elle était comme le caractère de la pénitence publique ; que dès lors elle convient moins aux psaumes , qui n'élanl, à proprement parler, qu'une louange continuelle de Dieu , doivent être dits ou chantés avec joie , et par conséquent avec une éléva~ lion d'esprit et de corps vers Dieu.
Il ajoute, et il prouve fort au long, que cette discipline fut suivie dans les temps les plus reculés ; que saint Benoît et Glirodegang, évéquedeMetz, réglèrent que l'office, à l'exception des leçons et des répons, se dirait debout; qu'un concile d'Aix-la-Chapelle tenu sous l'empereur Louis le Débonnaire en fit une loi pour la France et pour l'Allemagne (1) ; que saint François d'Assise y était si soumis que, malgré ses fréquentes infirmités, il demeurait toujours debout et découvert pendant l'office divin , sans s'appuyer même contre la muraille ; et qu'enfin c'est encore l'usage des cathédrales, des collégiales et de la plupart des ordres religieux, de n'être assis, peudantlechant des psaumes, que sur cet appui qui est au haut des sièges du chœur quand ils sont levés : car n'être assis que de celte façon, c'est en quelque sorte être debout. Et même cet appui s'appelle encore en beaucoup d'églises , indulgence ou miséricorde, parce qu'il n'a été introduit que pour soulager la faiblesse de ceux qui ne peuvent pas demeurer entièrement debout pendant tout l'office. Preuve que l'esprit de l'Eglise est toujours qu'on soit debout pendant la psalmodie.
Ainsi raisonne cet écrivain. L'auteur des Conférences de Luçon et le P. Juenin, dans sa Théorie et pratique des sacrements, pensent comme lui (2), à cela près que le dernier ajoute que, lorsqu'on dit l'office en particulier, on peut réciter les psaumes assis, ou debout, ou à genoux; mais que pour les cantiques, les capitules et les versets, il convient d'être toujours debout. Il n'y a là rien d'outré, tout y est conforme à ces judicieuses paroles de saint Augustin (3) : Non est prœscriptum quomodo corpus constituatur ad orandum, dummodo animus Deo prœsens peragat inlentionem suam. Nain et slantes orainus, sicut scriplum est : Publicanus de longe slabat ; et ftexis genibus, sicut in Actibus apostolorum ; et sedentes , sicut David et Elias. Je remarque cependant que la plupart des saints des derniers àiècles ont toujours dit leur Bréviaire à genoux. Comme cette situation est pleine d'humilité, qu'elle coûte à la nature, que d'ailleurs les psaumes prient bien autant qu'ils louent, je pencherais beaucoup à lui donner la préférence.
(1) Oranes ab oliosis sermocinalionibus .ludilum pariter castigeiit el lingiiam : in Ecclesia cum limore el veiieratione STAHTES, aul orenl, aul caïueiU, aul audiaiu. Concil. Aquisgran. an. 816, cap. 191.
(2) Coafér. de Luçon, loui. II, sur la Prière, pag. 129. Théorie et pratique, loai. 111, cli. o, § 5, q. 4.
(3) Aug. lib. u ad Simplic. q. i.
(1) Irreverens est assidere sub couspcctu contraque conspi-clum ejus qiieni quani maxime revcrearis ac venejeris; quauto magis sub coiispo.clu Dei vivi, augelo adliuc ijfiuii ni astante? l'"aclui)i isuid irrcligiosum est, nisi cx- ■ Hro[>(;,inius Deo quod nos oralio faligavcril. Aique cum uKideslia et buoiililaïc adorantes, magis couiiuendabi-
Mais enfin, puisque ce n'est que par indulgence qu'on peut dire le Bréviaire étant assis ; que les saints n'en ont presque jamais profité, et que l'austère Tertullien condamnait hautement celte posture ik) , au moins faut-il avoir soin de ne pas prendre alors ses commodités et ses aises, comme on le ferait pendant une lecture profane.
Il faut encore moins, dans les plus rigoureuses saisons et sous prétexte de quelque petite infirmité, dire dans ton lit quelque partie des divins offices. Ce n'est qu'avec peine qu'on entre dans un détail si bas; mais des docteurs éclairés , des saints même, y sont entrés avant nous ; et le B. Pierre Damien, cité par le P. Alexandre , raconte que le démon insulta un prieur d'ailleurs plein de vertu, parce qu'étant si décharné, si accablé de langueur, qu'il pouvait à peine se soutenir, il avait cru pouvoir se permettre ce genre d'adoucissement (5).
G. Enfin il est bon, pour les prières fériales, preces flebiles, que l'on récite à la fin de laudes, de prime, etc., de se conformer au chœur, et par conséquent de les dire à genoux pendant le Carême, etc. C'estl'avis que donnent les conférences de la Uoclielle, et il convient de le suivre quand on le peut commodément. La partie fait toujours bien quand elle se modèle sur le tout (6).
J'avertirai, si Ion veut, avec Gavanlus , qu'un homme qui récite seul doit dire il/îse-^ reatur nostri, et Dominus vobiscum ; que lorsque deux personnes récitent ensemble, celui qui fait l'office d'hebdomadaire doit dire el vobis fralres ; que, selon un décret donné en 1629 par la congrégation des Rites, les religieuses ne doivent pas changer le mot de pater en celui de mater, ni celui de fratres en celui de sorores. Mais ces rubriques ne s'observent à Paris ni dans le premier, ni dans le dernier cas. Le pieuiL et savant Père Thomassin (7) ne croyait pas qu'un ecclésiastique qui récite en particulier dût substituer au Dominus vobiscum le Domine , exaudi orationem meam ; et saint Pierre Damien a fiiil un traité exprès pour s'y opposer (8 u Quand on introduit de nouveaux riles, il fiut y penser mûrement ; quand une fois ils sont établis, ce n'est pas aux particuliers à les changer. La liturgie orientale est fort différente de celle des Latins : chaque nation doit suivre la sienne.
7. La dévotion intérieure est d'une toute autre nécessité que celle dont nous avons parlé jusqu'ici. Sans elle les plus beaux cantiques de Sion ne sont qu'un corps sans âme;
mus Deo preces nostras, elc.Tertull. lib. de Orat. cap. 15, aliis 1-2.
(o) Tune, (ait cxorcisatus dœoion a priore eremi Fonlis Avollani), ille es qui sub coitoquotidie completofium uisusurras, et modo me quasi sanclus ejicere, el juris uici vasculum de meo vis (lominio liberare? Pelrus Daniiaiii, Opusc. -l, cap 6, apud Nal. .41exand. ubi sup. reg. 8.
(b) On admet communément que la posture n'est obligatoire que dans le cliccur. Voy. S. Alph. de Lig. I. iv, u. 179.
(7) Tliomass. Discip. Eccles. part, iv, lib. i, cip. 40.
(8) S. Pierre Oamieii lut t'ait cardinal et évéqi^ed'Otlie eu 1037
OFF
OFF
le feu dont ils sont pleins n'est tout au plus qu'une mèche qui fume encore, linum fumigans. Telle était la pharisaïquc dévotion de ceux dont le Fils de Dieu disait : Ce peuple m'honore des lèvres ; mais son cœur est loin de moi (1).
8. Or cette dévotion si importante, si essentielle à la prière, demande avant toutes choses une préparation d'esprit et de cœur. Quoique la chose parle d'elle-même, l'Espril- Saint a djigné nous en avertir : Anle onttionem prœpara animnm tnam , nous dil-il dans l'Ecclésiastique (2), et noli esse quasi homo qui tentât Deum. C'est en effet tenter Dieu que d'entreprendre, sans sa participation et comme à son insu, une affaire qui le regarde directement et qui ne peut réussir qu'autant qu'il veut bien en être le premier mobile. La prière est son don, son ouvr;igc et son grand ouvrage, opus Vci. Or c'<'st d'un édifice de celte nature qu'il est vrai de dire, comme le roi-prophète : Si le Seigneur ne met la main à l'œuvre, ceux qui veulent lui bâtir un temple font de vains et inutiles efforts (3).
9. Mais que doit faire un prêtre pour se préparer dignement à chanter ou à réciler les louanges de Dieu ; à lui demander avec l'Eglise, et en son nom, les grâces dont il a besoin ; à faire monter jusqu'au ciel cumuic un encens de bonne odeur, et ses vœux et ceux du peuple fidèle, qu'il ne doit jamais oublier?
La réponse est aisée, et j'assure d'avance avec le législateur du peuple choisi [h], que sa pralique n'est pas une de ces pénibles lois qu'on ne puisse accomplir qu'en passant les mers. Il faut d'abord que le tribut que nous voulons payer à la majesté souveraine ne soit point avili par les vues d'un bas et sordide intérêt. Que le ministre qui sert l'autel vive de l'autel, rien de plus juste ; mais que le royaume de Dieu, sa justice et sa gloire soient le premier el le principal objet de son service. Que le sacritice qu'il offre soit un sacrifice de cœur, de goût, d inclination : Yoluntarie sacriftcabo tibi. Si la rétribution est son unique motif, dit saint Augustin (5), c'est moins Dieu qu'il cherche que son propre intérêt. Son oblation n'est plus volontaire, et l'Ange de l'Ecole , qui ne décide que le compas de l'équité à la maiu, la traite de simoniaque (6).
A cette disposition qui ne fait que bannir les obstacles, il faut eu joindre deux autres , qui sont immédiates et positives. La première consiste à demander à l'auteur de tout don précieux cet esprit de grâces et de
(l)Populus hic labiis me honorât ; cor autera eorum longeost a me. Matlli. xv, 8.
Ci) Eccli. xvm.
(5) Nisi Doniiiius aedificaveril clomuni, ia vanum laboraveriiiU<|ui sedificaiit eam. Psalin. «xxvi.
(4) Mandatum lioc, quod ego prœcipio libi ligdie, «on suivra le est, neque prociil positiini, nec in cœlo siliim... neque trans mare positum, ut causeris et dicos ; Quis ex uobis polerit transfietare mare, etc. Deuler. xxx, 12 et 15.
(5) Si propter aliud laudas Deum, ex necessUatc laudas. Si adesset tibi quod amas, noa laudares Deum... Si ergo
prières que Dieu promit autrefois de répandre sur ses fidèles. Il faut peu d'étude pour sentir ses besoins, il faut quelque chose do plus pour prier de manière à être exaucé. C'est un talent que la nature ne donne point. C'est à l'esprit, et ce n'est qu'à lui, qu'il appartient de le former par ces gémissements dont parle saint Paul (7). Compter qu'il s'emparera de nous , comme il faisait autrefois des prophètes, et qu'un feu à qui l'on ne donne pour aliment que du bois vert s'enflammera tout d'un coup, c'est outrager la foi et démentir l'expérience.
La seconde disposition, et plût à Dieu ((ue jamais nous ne la perdissions de vuel c'est de nous dire, et avant l'office, et dans le cours de l'office, que nous sonmies sous Ir-s yeux du Seigneur, de ce roi immortel di s siècles, qui a droit d'exiger et qui exige effectivement que nous l'aimions comme Père, que nous le respections comme Maître, que nous le redoutions comme Juge. C'est par ces motifs, aussi solides qu'ils sont simples, que saint Benoit animait ses frères à s'acquitter saintement do la psalmodie, qui fait encore aujourd'hui tant d'honneur à son institut. Ubique, leur disait-il, divin'im credimus ense prœscntiam, et oculos Domini speculari bnnos et malos : maxime lomen hoc sine dubitativne credamus, cum ad opus divinum assislimus. Reg. cap. 19. A cette double préparation, saint Vincent de Paul joignit toujours relie de faire un acte de contrition de ses [léchés avant que de commencer l'office. Cette pratique est si aisée, si sage, si propre à faire trouver grâce devant Dieu, que je ne me lasser.Ti jamais de la recommander.
10. \'oilà une faible idée, une esquisse des mesures qu'il faudrait prendre pour su bien acquitter des divins offices, 'l'oule légère, tout imp.Trf.iite qu'elle est, je le dis pénétré de douleur comme l'Apôtre, el saisi de frayeur comme un coupable qui ose annoncer lu justice et les peines préparées à ceux qui la violent (8), il n'y a rien dans toute cette matière qui prouve plus invinciblement qu'il est très à craindre que l'office seul ne damne une infinité d'ecclésiasticiues. Quelle préparation y apportent la plupart de ceux qui vivent dans le monde? Livrés à celle foule de bagatelles, que saint Augustin appelait catervam vanilatis; plongés dans un labyrinthe d'intérêts étrangers, répandus une grande partie du jour dans les cercles les plus dangereux, pleins des nouvelles et des futilités qui s'y disent, attentifs à ne le céder à personne en genre de plaisanteries de toute espèce, souvent désespérés de la
propter prcuniam laudas Deum, non voluntarie sacriticas Deo... quia prseter illuni nescio quid aiiud amoj. Âugust. in id psalmi lui, Voluntarie sacrificubo tibi.
(6) Clericus qui vadit ad ecclesiam priiiei) aliter propter relribullones, quas recipit tanquam tinem siii oiktIs (priacipaliter inlenliim), committit simoniani. S. Tljomas quodiil). 5, q. 8, art. 1:2, el quodiib. 8, q. 6, art. 11.
{7j yuid oreniuSjSicutoporlet, uescimus; sed ipse Siiiritus postulat pro nobis gemitibus ineuarrabilibus. liom. VIII, 2(3.
(8) Pcccatori dixit Deus : Quare lu enarras juslitia» meas etc. Psaim. xux, 16.
perle qu'ils ont faite ou jeu, presque hors d'eux-mêmes à force de murmures et d'imprécations ; pour profiter du peu de temps qui leur reste, après un demi-signe de croix, •sans se recueillir un moment, sans fléchir le genou, sans jeter un coup d'oeil sur la montagne d'où ils pourraient recevoir du secours , ils s'écrient avec une conliancc que David n'eut jamais : Seigneur, ouvrez mes lèvres, ma bouche va rhanter vos louanges. Jugez-moi, et montrez d'une manière éclatante que ma cause n'est pas celte de l'impie. Vous le savez, ô mon Dieu (I), la méditation de votre loi fait ma plus douce occupation. Les richesses du monde entier me plaisent moins que vos saintes ordonnances : je les préfère à des millions d'or et d'argent. Toute ma douleur est de voir que les enfants des hommes, stupides jusqu'à l'abrutissement, s'en occupent si peu. J'ai vu l'iinpie les transgresser, j'en sèche de doideur. Mon zèle me consume et me remplit d'amertume. Les puissants de la terre me persécutent pour me détourner de vos sentiers; je ne fais que m'y aiïcrmir davantage. Mon parti est pris, j'en ai fait le serment, je garderai vos lois avec la plus inviolable fidélité. Voyez, Seigneur, combien j'aime vos commandements ; et que mon ardeur vous intéresse à me secourir : Vide quoniam mandata tua dilexi, Domine; in misericordia tua vivifica me. Quel contraste 1 quelle opposition de la conduite aux paroles 1 peut-elle être plus marquée, mais peut-elle être plus effrayante?
11. Mais veux-je qu'on ne puisse utilement prier sans être dans les sentiments du saint roi, dont je viens de paraphraser les paroles? La prière d'un pécheur est- elle toujours un nouveau péché? Un bénéficier qui pendant plusieurs années a mené une vie moins pure ou, pour ne point trop ménager les termes, qui a vécu dans le désordre, n'a-t-il point satisfait à son obligation ? et faudra-t-il, si par un miracle de la grâce il vient à se convertir, l'obliger à restitution? C'est une question qu'on a coutume d'agiter ici et qui vaut biea la peiue d'être éclaircie.
Un auteur connu se propose celte difficulté (2); et pour la prendre dans son entier, il dit 1° qu'un homme qui récite l'office sans aucune attention ou avec des distractions volontaires qui l'occupent pendant une parlie considérable du Bréviaire, ne satisfait pas, parce que, selon un principe d'Innocent 111, faire mal une chose et ne la pas faire, ce sont termes synonymes (3).
Il dit 2- que ceux qui récitent le Bréviaire avec attention du côté de l'esprit, mais sans aucune piété du cœur, sont censés l'avoir omis. Il le prouve, et par le concile de Latran, qui veut qu'on dise l'office
(1) Psalm. cxvm.
(3) Théorie, toui. III, ch. 6, §3,q. 1.
(3) « Idem est aliquid nou facere, et non fscere recie quoad subslaïuialia. » Juenin cile ces mois du chap. Veniens exlra. de Presbylero iiOQ baplizato. Ils ue sont ni dans ce chapitre ni dans tout ce (iire j mais celte maxime est de bon sens,
studiose et dévote, dévotion qui ne peut être sans quelque bon mouvement du cœur; et par l'autorilé du célèbre Fagnan, qui sur ces mêmes paroles observe que les Pères de Latran exigent, non une dévotion purement extérieure, mais celle qui est un don de Dieu et un acte de vertu {k), c'est-à-dire qui affecte le cœur même, et qui le met en mouvement.
11 dit en troisième lieu qu'un ecclésiastique qui récite son Bréviaire dans l'affection habituelle au péché mortel, satisfait au précepte de l'Eglise. Car, poursuit-il, afin que son action suit pieuse et faite avec dévotion, il n'est pas absolument nécessaire que son cœur soit sans affection habituellement dominante au péché mortel. H suffit au contraire qu'il prie dans un désir, quoique faible, commencé et imparfait , de se détacher de son péché, et qu'il demande à Dieu les forces nécessaires pour rompre ses liens. Une prière faite dans celle disposition est animée de l'esprit de Dieu, quoique non pas encore inhabitant ou dominant : et par conséquent c'est une prière qui est faite avec quelque dévotion et avec la piété essentiellement requise pour la prière.
Enfin il dit qu'un bénéficier qui sait qu'il est dans l'habitude du pécîié mortel, et qui, bien loin de désirer faiblement et en quelque manière de sortir de cette habitude, est au contraire dans la résolutiou actuelle d'y continuer, ne satisfait point au précepte ecclésiastique de la récitation du Bréviaire. Pour le prouver, il rappelle ce qu'il a dit, savoir, que la prière est essentiellement, non-seulement une pensée du côté de l'esprit, mais encore un pieux désir, du moins faible et commencé, du côté du cœur. De là il conclut que l'ecclésiastique dont il s'agit, n'ayant, comme on le suppose, aucun bon désir dans son cœur, en ayant au contraire un qui est criminel, savoir, de vouloir demeurer dans son iniquité et continuer dans ses crimes, cet ecclésiastique, dis-je, ne prie pas véritablement.
Il suit clairement de ces principes, 1° que la prière du pécheur n'est pas toujours un nouveau péché; 2° qu'un pécheur prie quelquefois si mal, qu'on peut dire de lui : Oratio ejus fiât in peccatum, c'est-à-dire fiel; parce que ces sortes d'expressions ne sont pas un souhait, qui serait impie, mais une prédiction. Savoir à qui et en quels cas on peut en faire l'application, c'est ce qu'on ne peut décider qu'en examinant bien toutes les circonstances. L'état du péché a des variétés infinies. Il y a des personnes qui, après s'y être livrées, sont furieuses jusqu'à se vouloir tuer elles-mêmes. Il y en a dont il fait la plus douce et quelquefois même asseï J longtemps la plus tranquille occupation. 3a M
(i) Hsec verba (Concilii Laleran. ; Dimum officium studtose cetebreiU cl dévote) aperte ostendum coiiclllam prscepisse devoiiunem illaiu quae est doniim Dei, et sic devolionem foriiialem et internaDi, qu», cum sitaeius virlutis, divitio iiidiget auxilio etc. Fagnan iii cap. Dolentes, de Célébrât. Ml&sar. n. 40.
nvF
Hli
ciiiis (|ii(; ces derniers, s'ils coiiliiiuciit à dire rollkc, lie penseni guère h Dieu; et (|ue Unaïul ils uuraiciil quelques bons inouvenienls passagers, il csl à propos, dans le iloulc, de les traiter coiiinie gens (|iii pourraient bien n'avoir pas rempli toute justice. Au moins doivent-ils faire vis-à-vis d'euxmêmes à lilre ilaumAne, ce qu'un confesseur qui ne peut jamais* bien pénétrer leur étal n'ose presque leur commander à litre de justice. Jamais personne ne fut plus obligé i|u'cux à s'appliquer ce mot d'un prophète : l'cccata lua rieemosi/nis reitime 1). Il y a plus de vingt ans (]ue (|ucl(|ues docteurs de Sorbonnc (lue je consultai sur ce cas malheureusement trop commun, gens d'ailleurs qui n'étaient point suspects sur l'article, m'obligèrent à faire restituer ces sortes de liénéficiers.
12. Ce ([ue nous avons dit de la piété avec laquelle on doit réciter l'office regarde les pensionnaires comme les bénéficiers. L'Eglise, en les déchargeant du grand IJréviaire, n'a pas prétendu les décharger du seul moyen (juils aient d'attirer sur eux et sur elle les bénédictions du Seigneur. C'est à ceux qui quelquefois remuent ciel et terre pour procurer des pensions, soit à des entants, soit à des personnes d une très-médiocre vertu, à penser aux suites. Faut-il qu'ayant déjà de notre propre fonds un compte si terrible à rendre, nous prenions tontes les mesures possibles pour le rendre plus rigoureux ! Filii hominuin , usquequo gravi corde?
13. Un prêtre qui n'ayant ni pension , ni bénéfice, s'est mal acquitté de son Bréviaire, n'est pas tenu à restituer comme ceux qui ont l'un ou l'autre. Mais coiimic il n'est établi prêtre que pour prier, d'abord pour ses propres besoins, et ensuite pour ceux du peuple, il est juste que lorsque sj prière n'a été pendant quelques mois qu'un sel alTadi , il dédommage par un redoublement de ferveur l'Eglise de kl perte qu'elle a faite. Mais sort-on bien aisément du desordre quand on s'y est laissé aller dans la lerre des saints (2i"? Ou ■ ce mot d'un ancien : Quis vidit clericum i(tu pœnileiUcin •'!) , est effrayant! Mais <|u'il effraie peu si Dieu ne le dit lui-même de cette \ oix qui ébranle les cèdres et qui brise les rochers I
§ lit. Il faut ilwc l'oniceavec atleniioii I . (Ju'csl-ce que l'intention ? — 2. Ses espèces. — ■ 3. Attention : ses divisions. — '►. yécessité de l'intention. — o. L'a-t-on quand on ne veut pus siitisfqire au précepte ? — 6. Conduite à garder dans ce cas. — 'î. L'attention très-nécessaire. — 8. Objections et réponses. — 9. Instance résolue. — 10. Suite importante du principe établi. — 11. L'attention actuelle n'est pas nécessaire. — 12. Diverses espèces de distractions : il en est qu'on croit involontaires et qui ne le sont pas. — 13. Faut-il aisément permettre
(1) Daniel IV, 2i.
{i} In leira sancloruin iniqiia gessit, et non videbil gtoriam Doniiui. Is. ïxm, 10.
'5î (diis aliquiinJovidil clericum cito poenitemiaiu a^eii-
UlCTlONNAlRB BES RlTES SACHES. II.
qnunliomme répète sonoffice? — 14. Moyens d'entretenir son attention. — 15. Artiorts ' qu'on ne doit pas se permettre lorsqu'on récite le Bréviaire. — 16. Quel doit être l'objet de l'attendan de celui qui le dit. — 17. .Sentiment de sninl Bcrnar t cou forme à celui de r.aint Aujustin. — 18. // est très à souhaiter que ceux qui sont obligés à l'office entendent bien les psaumes. — 19. Les vierges consacrées il Dieu peuvent s'en procurer quelque intelligence ; et comment.
1. Nous avons remarqué dans un autre ouvrage (4) (lu'il no faut pas confondre l'intention avec l'attenlion. L'inlenlion est un désir, un propos, bon ou mauvais, de faire une chose. L'attention est une advertance, une applicaiion à la chose qu'on fait. Ainsi l'inlenlion précède, l'atlcnlion accumpagne. L'intention appartient à la volonté, 1 attention est du ressort de l'enlendement.
2. L'intention est ou actuelle, ou. virtuelle, ou habituelle, ou inlerprétativa
L'intention acinelle n'est rien auiic chose que la volonté présente et réfléchie de faire telle ou telle action qu'on se propose de faire. Telle est l'inlention d'un prôlrc qui veut actuelli'meni consacrer.
L'intention virtuelle est une volonté d'agir qui ne subsiste plus en elle-niême, mai."! qui continuedans le pi einier dessein (ju'on a eu d'opérer. Telle est l'intention d'un prêtre qui , ayant eu un des>-ein formel de consacrer de petits pains qu'on lui a présentés à l'offertoire, n'y pen^e point dans le temps de la consécration.
L'intention habituelle est, ou une volonté d'agir qui n'a point été révoquée, mais qui a été si longteinfis interrompue, qu'elle n'est plus censée subsister; ou une facilité de vouloir et de faire une chose qu'on a contractée à force de vouloir et de faire souvent celte même chose. Telle serait celle d'un prêtre qui, trouvant au sortir di' vêpres un ornement qu'on no met que pour lui, le prendrait sans réflexion et monterait à l'autel.
Enfin l'inteution interprétative est celle par laquelle on voudrait faire, et on ferait effectivement une action, si l'on s'avisait de penser qu'il faut la faire. Telle serait celle d'un prêtre qui, uniquement pour apprendre à un autre (Oinment on doit dire la messe, en ferait toutes les cérémonies, et qui n'aurait pas manqué de la dire effectivement, s'il avait su qu'il fallait consacrer pour donner le viatique à un moribond.
3. L'attenlion se peut considérer, ou relativement au sujet dans lequel elle se trome, ou relativement à l'objet vers lequel on la porte.
L'attention prise du côté du sujet se divise, comme l'intention, en actuelle, virtuelle, etc. Les notions que nous venons d'en donner suffisent; il n'y a qu'un terme à changer.
L'attention considérée par rapport à son
lem ? Sed elsi depreliensus hnmiliaverii se, nec weo dole; quia peccavit, sed qni.i coulundilui-, (]uia peididil gloiiaiu fuani. Auclor Operis iiiiperf. jii Mauli. (t) Moral. ln-«°, loni. VIII, pag 154.
DICniOiNNAlUE Di.S CKlUOMOiNltS 1;T DES RliLS SACIlLS.
objet, qui dans la rnaliôre présente est l'of- (îce divin, peut aller ou aux paroles, ou au sens des paroles, ou à Dieu, soit que nous nous appliquions à considérer sa grandeur, soit (jUG, plus attentifs à noire indigence, nous lui exposions nos besoins, soit que, par une vue qui renferme à la fois quelque chose de général et de particulier, nous tâchions de nous occuper de quelqu'un des mystères de la foi, comme de la naissance de Jésus-Christ, de ses anéantissements, de son amour pour nous, etc.
Après CCS notions, qui nous tiendront lieu de principes , il faut examiner quelques difficultés qui concernent cette matière.
k. 11 n'est pas question de savoir si un homme qui veut remplir son devoir par rapport à l'office a besoin de quelque sorte d'intention. La chose est iudubitable. La récitation du Bréviaire est commandée à titre d'obligation envers Dieu, qu'un prêtre doit honorer; envers le prochain, pour qui il doit prier; envers lui-même, que ses propres besoins doivent autant et plus intéresser que ceux d'autrui. Or, pour remplir -elle triple obligation, il faut vouloir réciter d'une certaine manière plutôt que d'une autre. Et c'est pour cela qu'un homme qui lirait les psaumes par manière d'étude ou par pure curiosité ne serait nulle part regardé comme un homme qui dit l'office. Il en serait de même de celui qui les chanterait pour essayer sa voix ou pour la faire admirer.
Au reste, cette intention ne peut inquiéter. Un homme qui vient d'être ordonné sousdiacre ou de recevoir un bénéfice ne commence à réciter le Bréviaire que parce que le Bréviaire est un devoir pour lui, et qu'il veut s'en acquitter. Dans la suite il continue sur le même plan; et c'en est assez. Cependant l'Eglise, qui vu au plus parfait, lui met quelque chose de mieux en main. La prière par laquelle il conjure Dieu de lui ouvrir la bouche pour bénir sou nom , de purifier son âme, d'en éloigner non-seulement les mauvaises pensées, mais encore celles qui seraient étrangères ; d'éclairer son esprit , d'échauffer, ou plutôt d'enflammer son cœur: celle prière qu'il finit en unissant son intention à celle qu'eut le Sauveur lorsqu'il priait sur la terre, lui rappelle ses devoirs et l'ardent désir qu'il doit avoir de les remplir d'une manière digue de Dieu : Digne, dévote, attente. Un bon ecclésiastique ne doit jamais l'omettre. 11 n'en peut faire de plus salutaire.
5. Mais que dire d'un prêtre qui réciterait son office dans l'intention formelle de ne pas satisfaire actuellement à son obligation, parce qu'il se proposerait de la remplir dans un autre temps? L'examen de celte difficulté peut servir à en résoudre d'autres semblables. Jecommunie le dimanche des Rameaux, très-déterminé à ne faire ma communion pascale que le jeudi saint ou le jour de Pâques : serais-je iufracteur de la lui si je
m'en tenais à celle première communion?
(jrégoire de Valence , Suarès, et l'ontas avec eux (1) soutiennent qu'un homme dans ce cas remplit son obligation. Les raisons qu'ils en donnent, sont 1" que l'on accomplit suffisamment un précepte lorsqu'on fait la chose commandée; et c'est ce qui arrive alors. J'entends la première messe un jour de dimanche, dans le dessein d'en entendre une autre. L'Eglise ne s'embarrasse pas de mon dessein , clic veut (|ue j'entende la messe, et je l'ai entendue ; 2' s'il y avait une censure portée contre celui qui manquerait à son office, il est sûr que celui qui l'aurait dit une bonne fois, sans avoir intention de remplir la loi, n'encourrait pas celle censure. Et pourquoi? si ce n'est parce qu'il aurait rempli la lui, malgré sa prétendue inlenlion de ne la pas remplir.
Si vous objectez à ces théologiens qu'ua homme qui a fait vœu de dire les psaumes graduels, et qui les récite dans l'intention précise de n'accomplir pas son vœu, est tenu de les réciter une seconde fois pour l'accomplir; et que si Pierre doit à Jean cent écus, il ne cesse pas de les lui devoir, quoiqu'il l'en ait gratifié par aumône ou par libéralité : ils vous passent volontiers le principe, mais ils se récrient sur la conséquence. Un homme, dit Suarez, qui récite les psaumes graduels sans vouloir accomplir son vœu, a dessein de retenir et de proroger le lien qu'il s'est librement imposé , el dès lors il fait implicitement un nouveau vœu qu'il se propose d'accomplir en son temps. H n'en est pas ainsi dans le cas que nous examinons. Un bénéficier n'est pas maître de s'imposer un précepte ecclésiastique. Ainsi, puisque c'est de ce précepte que dépend toute son obligation, et non pas de sa volonté, dès qu'une fois il a donné en bonne forme la substance de la chose commandée, on n'a plus rien à exiger de lui.
Il faut, poursuit ce savant docteur, raisonner de la même manière par rapport au second exemple. Je suis très -maître de donner à titre gratuit ce que je dois à litre onéreux; et ainsi lorsque je n'ai donné que dans le premier sens, je reste toujours obligé à donner dans le second. Il s'en faut bien que les choses aillent de même quand il s'agit d'un devoir qui m'est imposé par la loi du supérieur : ce devoir ne m'est point subordonné; je ne puis ni l'augmenter, ni me l'imposer de nouveau. Lors donc que je l'ai rempli une bonne fois, tout est fait, il n'y a plus à revenir.
G. Quoiqu'il en soit, il est certain, I* qu'un homme qui en récitant son office, en assistant à la messe, en communiant, a un dessein formel de ne pas remplir la loi, fera beaucoup mieux de répéter son action. Il l'a promis au moins tacitemont : pourquoi manquer à sa parole? 2° que lorsqu'un craint de changer de résolution, ou de ne pouvoir réaliser celle qu'on a prise , il est plus sage de ne s'engager que conditionnellement. Eu
(1) Suares., lit. iv de Horis Caii., ca|). 2B, ii. 7, p-i^' 269. Poutas, verb. OmcE, cai. 15; el verb. ArrERtiwii cas. 2.
OFF
OFF
ce cas on manquera peut-élrc à un bon propos, mais on sera au moins sûr de n'aveir niJinqué ni à la messe, ni à roffice. En voilà plus qu'il n'en faut sur une difficulté qui ne peut guère avoir lieu que pour la communion annuelle. Parlons présentement de l'attention : c'est une matière qui revient tous les jours.
7. Or, je commence à dire avec toute l'Eglise, qu'elle est nécessaire dans la récitation des divins offices. Le quatrième concile de Lalran veut que ceux qui y sont obligés s'en acquittent avec toute l'application et toute la piété qui leur sera possible : Vis- Iricle prœcipimus , nt divinum officium , nocturnum pariler et diurnum, quantum eis dederit Deus , studiosc pariter célèbrent et dévote (1). Ceux qui l'avaient précédé et ceux qui l'ont suivi ont tous tenu le même langage. A Dieu ne plaise, disaient les Pères assemblés à Trêves en 1349, que ceux qui disent les heures canoniales semblent jamais penser à toute autre chose qu'à ce qu'ils disent. Qu'ils craignent sans cesse qu'on ne leur applique un jour ces mots d'isaïe : Cette nation tn honore des lèvres , mais leur cœur est éloigné de moi. Qu'est-ce que chanter ou réciter extérieurement pendant que l'esprit s'occupe voloiitiiirement des embarras du ménage ou bat la place publique, si ce n'est tromper les hommes et se moquer de Dieu? Est-ce^donc en pure perte qu'il est écril: Maudit soit celui qui fait l'œuvre de Dieu avec une frauduleuse négligence?
Ces autorités et autres semblables qu'indique le P. Alexandre (2j , portent leur preuve avec elles. L'office divin est essentiellement une prière; c'est l'œuvre de Dieu; c'est, après l'auguste sacrifice, le plus grand hommage que nous puissions lui rendre. Et qui doute que toutes ces considérations ne nous obligent à le dire avec tout le recueillement dont nous sommes capables"? C'est donc avec bien de la sagesse et de l'équité que le clergé de France dans son assemblée de 1700, si formidable aux mauvais casuistes, proscrivit comme directement contraire à la parole de Dieu, comme favorisant l'hypocrisie, comme réprouvée par Jésus-Christ et par les prophètes, cette proposition de Caramuel : On satisfait au précepte de la récitation lorsque volontairement on ne prie que du bout des lèvres, sans prier de cœur et d'esprit (3). L'auteur avait fait l'essai de son système; et il avoue avec une scandaleuse ingénuité qu'il avait des distractions quelquefois involontaires, quelquefois consenties, mais qu'il n'en avait ni doute ni scrupule, parce qu'il était bien et dûment persuadé qu'à la vérité l'atlenlion intérieure est une bonne chose, mais qu'on peut s'en
(1) Concil. Lateian. iv, can. 17; et referlur cap. Do- /eiitvs 9 de Célébrât, missar. Concil. Trevirense ii, au. IS49, cap. 6. « Omnes qui lioris canonicis persoUeiidis depulali suiil, dent operam ut coUectis aiiimis, quoad liiri potest, (tebiluiii pensum absolvant; uec ita se habeanl ut dum voce psalUmt, quidvis poiius quam Deum aniino cogitare videantur; seniper cavenlesne proplielicuni illud audiant : labiis aviUein me Itonorani : cor autem eorwn tonne en a
p.isser. Distractiones non évita, involuntarias millies , inlerdum eliam volunt.irins ; et nihilominus nullo crucior scruputo , nullô duhio ungor, qui prudcntcr suppono me ad altcnlionem inlernam non tcneri ; eam habere bonum esse, et ea carere ne quidem levem esse cutpam, etc. C'est en grande partie à la mauvaise probabilité que sont dues ces horreurs : qu'on juge de l'arbre par les fruits.
Nous remarquerons en passant qu'on a mis cette monstrueuse opinion sur le compte decertains théologiensqui en étaient foitéloignés. Azor est de ce nombre : il décide nettement qu'il y a péché mortel à réciter l'office avec des distiactjons volontaires (i). Il est vrai qu'il n'est pas si ferme quand il faut définir s'il y a obligation de répéter, et par conséquent de restituer en cas qu'on y manque; mais enfin il se déclare avec Navarre et Sotopourl'affirmativc, comme étant plus probable et plus conforme au sentiment des personnes qui ont de la science et de la piété. Ecclesia enim, dit -il, non solum prœcipil ut recites, sed ctiam ut attente récites. Il serait aisé de faire voir que \asquez, Sanchez, Lessins, Valentia et Suarès, que j'ai toujours préféré à bien d autres, ont posé le même principe, quoiqu'ils en aient quelquefois trop resserré les conséquences.
8. Mais quelles raisons ont pu déterminer à unsi mauvaisparti des personnes qui, comme Caramuel, ne manquaient point d'esprit, et qu'on ne peut soupçonner d irréligion ? Les voici. La première est que l'Eglise ne peut commander les actes purement intérieurs, et que l'attention est de ce nombre. La seconde est qu'un homme involontairement distrait n'a pas plus d'attention que celui dont les distractions sont volontaires, et que malgré cela il satisfait à son obligation. La troisième, c'est que le mode, la manière de la loi ne tombe pas sous le précepte de la loi : Modus legis non cadit sub legem. C'est de ces principes qu'on a conclu qu'une communion sacrilège remplissait le devoir pascal. Eft faudrait-il davantage pour faire senlir combien il est dangereux de leur donner trop d'étendue?
Pour y répondre en deux mots, je dis, 1° qu'il n'est point sûr que l'Eglise ne puisse commander les actions intérieures. Et quand même elle ne le pourrait faire directement, elle le pourrait toujours d'une manière indirecte , parce qu'elle peut commander une action qui ne remplisse ses vues, que lorsqu'elle se fera aveecerlainesdisposilions d'esprit et de cœur. C'est ainsi qu'en faisant une loi de la confession annuelle, qui n'est qu'une action extérieure, elle coumiande par une suite nécessaire , l'examen de tonscience qui doit la précéder, et qui ne fui jamais une action mécanique. C'est ainsi
me. Quid aulem est voce quidem psaUere, mente autciii douiuiu »ut forum circumire, nisi buminés faiieie et Deum irridere?»
{•2) Nat. Alexand^r, reg. 8, p.ig. 64.
(3) Lisez, ou pluiôt ne Usez pas cet écrivain, in Theolo;?. RcKul. u. 1374, pjg. S97.
(4) Azor, ion). 1, lib. x, cap. 12, q. 6, p. 666; cap. 14, q. 8, p. tùTÎ.
STJ
DICTIONNAIRE UKS CKUli.MOMKS ICT UliS RITKS SACRES. 880
encore qu en ordonnant à ses ministres de conférer les sacienicnts , elle leur prescrit d'avoir ce genre d'inlenlion dont le défaut rendrait leur célébration ou nulle ou du moins illégitime. Eh ! que serait-ce donc que l'Epouse du Fils de Dieu, celle Eglise sainte, dont la beauté, comme celle de la fille de Sion, vient de l'intérieur, si son pouvoir se bornait à un corps sans âme, sans mouvement et sans vie ?
J'ajoute avec un théologien de Paris que quand cette objection serait en général aussi solide qu'elle est frivole, elle ne conclurait rien en faveur des bénéficiers, que les casuisles voulaient principalement ménager
.le dis enfin (jue le prétendu axiome, Modus leyis non cadiC sub leyem, ne peut regarder les préceptes dont la manière fait l'âme et la partie essentielle : et telle est sans doute l'attention par rapport à la prière. Elle en est moins un mode que la substance. Ou le Fils de Dieu nous a trompés, ou le simple mouvement des lèvres ne fut jamais oraison,
9. Mais poursuit-on, il est sûr qu'un homme qui se distrait volontairement lorsqu'il récite son office, pèche contre le droit naturel. Or, il ne péchera plus dans notre sentiment , parce qu il ne peut pécher qu'en priant mal, et qu'on ne peut dire qu'il prie mal quand il fait une action qui, par cela
Supposons pour un moment que l'Eglise ne seule qu'elle est faite sans attention, n'est
■ " ■ '■ • •' ■ plus selon nous une véritable prière.
Ce raisonnement, que l'on trouve dans Platel, dans la Croix (i) et dans vingt autres, prouve évidemment, comme je l'ai vu remarquer par un grand évêque, et longtemps après par Benoît XH', que rien n'est plus dangereux en morale qu'une vaine et pointilleuse métaphysique, qui embarrasse iesprit et ne l'éclairé pas. Un homme volontairement distrait ne péchera plus, parce que son action n'est plus une vraie prière. Rare et subliiiie découverte! Son action n'est plus une vraie prière! Mais ne doit-elle pas l'être ? Mais sa dissipation volontaire ne blesse-t-elle point le respect qui est dû à l'Ecriture, aux instructions des Pères, aux oraisons qui composent l'office ? Mais n'y a-t-il ni dérision, ni mensonge, ni hypocrisie à prendre sans aucun sentiment de religion le ton, l'accent et le langage d'un homme qui supplie ? Mais le prince, s'il pouvait sonder les cœurs, serait-il content d'un coupable qui à l'abri d'une pareille subtilité prétendrait ne l'outrager pas en lui demand<int en termes magnifiques une grâce dont sou esprit ne serait nullement occupé? C'en est trop pour une puérilité, par laquelle il n'y aura de séduits que ceux qui sont déterminés à l'être. Poursuivons.
10. 11 suit du principe que nous venons d'établir qu'un bénéficier qui a des distractions volontaires pendant une partie considérable de son Bréviaire pèche mortellement. Et de là je crois pouvoir conclure qu'il est obligé à restituer au prorata de sa faute. Ji est vrai que quelques-uns de ceux qui accordent la première conséquence ne passent pas la seconde. Parce que, disent-ils, la loi de la restitution étant pénale, ne doit s'entendre que de ceux qui omettent absolument le Biéviairel; et que le bénéficier dont il s'agit le dit d'un bout à l'autre, quoiqu'il ne le dise pas bien (5).
Mais s'il est vrai devaul Dieu que, ne dire
peut leur commander l'attention intérieure, on ne niera pas qu'ils ne puissent s'y engager ; comme un pauvre à qui je fais l'aumône peut me promettre de prier pour moi avec attention. Or je ne crois pas qu'on s'avise jamais de nier qu'un homme qui reçoit un bénéfice s'engage au moins implicitement à prier pour les fondateurs d'une manière qui leur soit utile. Le fera-t-il sans attention ? Oui, dit l'indigne écrivain que j'ai déjà cité (1) ; et cela ne souffre pas de difficulté. Non, dit la religion avec le clergé de France ; et il n'y a que l'hypocrisie qui puisse penser autrement.
Je dis, 2" qu'il y a une différence totale entre deux hommes dont l'un n'est distrait que malgré lui, l'autre se repaît volontairement de pensées étrangères ou mauvaises. Le premier fait ce qui dépend de lui pour plaire à Dieu. Il gémit de ses absences ; il ne rétracte point ce premier mouvement d'attention et de piété, avec lequel il a conjuré le Seigneur de lui faire trouver grâce devant lui. Est-il surprenant que celui qui connaît tout le faible du limon dont il a formé l'homme, ne lui impute pas des misèrcS par lesquelles il veut l'éprouver (2) ? C'est , dit si bien Rodriguez, c'est un père qui va voir son fils en délire. Ce dernier lui parle d'abord raison, et lâche de lui prouver sa tendresse. Un moment après il bat la campagne : mais jusque dans ses écarts on voit qu'il est fils : la seule voix de celui qu'il aime le rappelle à lui-même. Il est vrai qu'il retombe bientôt; mais c'est la force du mal, et d'un mal dont il n'est pas maître, qui le fait retomber. Quelle comparaison d'un homme si bien disposé avec celui qui pose pour maxime, que pourvu qu'il remue les lèvres etqu'il articule bien, l'Eglise n'a rien à lui demander; que si elle allait plus loin, elle passerait les bornes de son autorité ; et qu'on ne serait pas obligé de lui obéir (3) ?
(1) Qai cumsula atlentione exirinseca legit boras, satisfacil... ergo cilra conlroversiam merelur. Carara., ibid., 11. 1379. Etiamsi morose deleclarelur de re illicila. Il)id., n. 1574
(2) Quomodo niiserotiir pater Clioruiti , miserlus est Domiiius liineiilibus se; quoniam ipse cogaovil tigmeutum nusiruin. l's;jl. eu, 14.
(3) Licel pcr impossibilft devolio inlenia prseciperclur, 11011 leiieremur obedire; quia legistator excedeiet limites su;e jurisdictionis. Caram., n. 1576, p. 398.
(4) La Croix, lom. I, lib. iv, ii. 1341, p. 648.
(b) Tum ob doctorum aucloritalcm, quœ non est coiilemnenda, lum ob rationes non levibns fundameulis iniiixas, sallem quia non constat adosse prseceplum de attontione inteTna in reciiaticne diviiii officii... non acidercni ad rcsUlulioneni damnare beiielitiariuiu qui huiia lide olliciuui recilassel cum dislraclione volunlaria, et lioua lide pariler fructus percepisset, prout ab ea excusant, lia S. At. Liguori, I. IV, n. 177. La Croix, I. iv, n. 1213, et apud ipsum Solus, Tolet, Azor, K. Medin. Garcia, Gobât, etc..
OFF
OFF
point et dire mal, c'est la même chose; que r^i^lise iiavoue ni ne peut avouef cotniue l.iile en son nom, une prière d'illusion el (le mensonge ; qu'en exifçeant la rérilalion de rdifice. elle exige un acte de religion ; qu'une prière labiale n'est à ses yeux, comme à ceux de son Kpoux, que de l'or réprouvé : il est éviilent qu'on ne donne trop d'étendue ni à ses lois ni à ses peines, quand on y assujettit ceux qui violent si pleinement les premières, et qui méritent si bien les secondes.
Mais de quel genre d'attention a besoin une personne qui, s'il était possible, voudrait se mettre en règle devant Dieu, et n'avoir rien à se reprocher? Rappelons-nous que l'attention est ou actuelle, ou virtuelle, etc. ; qu'elle peut ou se fixer au sens des paroles, ou s'attacher à Dieu, etc.
11. Cela posé, il faut dire avec tous les théologiensque l'allention actuelle n'est pas nécessaire, que l'attention habituelle ne suffît pas ; qu'il faut donc et qu'il suffit d'avoir cette espèce d'attention que nous appelons virtuelle.
L'allention actuelle n'est pas absolument nécessaire : toute la théologie en convient, et elle a bien raison. Une attention suivie, et qui ne se démente jamais, passe les forces des enfants d'Adam. Un homme qui ne perd presque jamais de vue la présence de Dieu est dans l'ordre de la grâce un phénomène plus rare que les comètes ne le sont dans l'ordre de la nature. Notre imagination volage nous emporte malgré nous. La crainte des distractions suffit seule pour en procurer. Les nouvelles qu'on sait, et celles qu'on attend en donnent. Où en serions-nous si tout cela nous était imputé? au système de Calvin ou à quelque chose d'approchant.
12. Pour entendre ceci un peu mieux, arrêter les conséquences que l'erreur el l'amour-propre tirent quelquefois des prineipes les plus raisonnables, il faut remarquerqu'il y a des distractions qui , sans être volontaires en elles-mêmes, le sont dans leur cause. Il y a peu de gensassez impics pour vouloir, lorsqu'ils se mettent à dire leur office, penser à toute autre chose qu'à leur office; mais il y a bien des gens assez peu précautionués pour ne pas voir que le commencer dans certaines positions, c'est s'exposer à le dire très-mal. Un homme qui au sortir dune dispute longue et animée, d'une compagnie enivrante, d'un entrelien plein de bagatelles , et de ces bagatelles qui atlachenl, qui font sensation, qui dérobent l'âme à elle-même ; un homme qui dans ces conjonctures passe d'une salle dans une autre, et dès le trajet commence son Bréviaire, peut-il se flatter, lorsque son imagination et quelquefois son
Notant commuiiiter quod si quis, advertcns se distrahi, liabeat mediocrem diligeuliam ad attendendum.Dullomodo lipccet. S. Alpli. de Lig. 1. iv, n. 177.
Licet redtans seiniplene adverteret ad dislractionem et venialiter peccaret, adliuc lainen sul)staiiliuliter oiricio saiisfacerel. Ibid.
(1) C'est l'auleur d'un livre intitulé : Vltnaqe d'une retrieuse parfaite el d'ww imparfaite. Il remaniue qu'il y t\ des distractions iiu'un jnut noniiucr diilracliom du cvur,
cœur lui rappelle tout ce qu'il vient de dire et d'entendre, que sa langueur et sa dissipation n'ont rien de volontaire ? Pour décider, je ne demande qu'une minute de réllexion : mais pour se dire sérieusement et devant Dieu, que l'on est très-souvent dans le cas, il faudrait quelque chose de plus. Une heure ne suffit pas toujours.
Au reste , je pense différemment d'un ecclésiastique qui , occupé du matin au soir des fonctions du ministère, ou d'une étude qui est dans l'ordre delà Providence, ne peut si bien en effacer les vestiges, qu'ils ne viennent souvent à la traverse. Ces pensées, lors même qu'elles se trouvent où on ne les voudrait pas, y portent l'empreinte de la charité qui en est le principe : et le maître que nous servons est trop bon pour condamner les suites inévitables d'une opération qui ne se fait que pour sa gloire. Il ne faut point s'en troubler, ni faire de grands efforts pour s'en délivrer , mais se contenter d'en détourner son esprit, pour les laisser passer comme des nuages et des ombres que l'on mcprise, et que l'on ne veut pas seulement envisager. Cela est plus utile contre ces distractions, que les grands efforts et les violences qu'on se voudrait faire, et qui troublent sotivcnl et affaiblissent l'âme plus que le mal même qu'on veut clinsscr. C'est le conseil que donne un auteur cité dans les Conférences de La Rochelle (1).
On serait sans doute moins indulgent pour ces ouvragi'S profanes qui ne sont bons qno pour la fusiosité, dont ni l'Eglise, ni l'Etat n'ont besoin; et qui quelquefois sont plus propres à nourrir les passions qu'à orner l'esprit
Mais quelque confiance que doive avoir eu Dieu le minisire qui s'efforce de lui donner tous ses moments, il est toujours de l'ordre que pour réciter saintement son office, il choisisse, quand cela se peut, le temps le plus favorable, qu'il ne s'y mette jamais qu'après avoir élevé son cœur à Dieu, qu'il s'accoutume à commencer par un acte de contrition. Si par un malheur qu'on ne peut trop déplorer, tout ou presque tout ne devenait pas routine, quel acte plus sérieux de douleur que dans ces paroles d'uneoraison que nous disons sans cesse : Dimitle nabis débita nostra, etc?Je reviens.
L'attention habituelle ne suffit pas. Celle sorte d'attention, si c'en est une, ne consisterait qu'à dire des prières par habitude , sans les avoir offertes à Dieu avant que de commencer, sans les lui offrir pendant qu'on les continue, et l'esprit appliqué à toute autre chose. Or, ce n'est pas là avoir une vraie attention : c'est réciter sans penser, à peu près comme les personnes qui parlent en dormant {2).
parce qu'elles viennent de l'attache qu'on a pour quelque chose que Dieu ne nous oblige point d'aimer, ou qu'il ue veut pas que nous aimions de la sorte. Il ne donne d'autre remède pour celles-ci que de se défaire, autaut que l'on peut, avec la grâce de Dieu, de ses mauvaises habitudes C'est le plus sûr, on plutôt l'unique. Confér. de La Uochelle, pag. i6i.
(2) Confér. de La Rochelle, § 9, pag. 402
13. L'attention virtuelle sufût : c'esl-àdire qu'il faut commencer avec une attention
actuelle, la soutenir autant qu'on peut, n'ad m'Ilre aucune distraction volontaire , ne s'effrayer point lorsqu'on s'aperçoit qu'il s'en est glissé malgré nous, et continuer en esprit de paix et de tranquillité jusqu'à la On.
Quoiqu'il arrive souvent que dans ces occasions lin homme de bien ait lieu de gémir de sa misère el (le sa dissipation, il ne doit point s'accoutumer à répéter son ofûcc; et les confesseurs doivent le défendre, surtout à ceux de leurs pénitents quisonl scrupuleux ou disposés à le devenir. Les répétitions ont deux inconvénients. Elles servent à peu de chose, et elles peuvent beaucoup nuire. Elles servent de peu, parce que la seconde ne vaut souvent pas mieux que la première. Elles sont très-dangereuses, parce qu'il en nnît des troubles de conscience, des perplexités qui ne unissent point, un mortel dégoût pour le service de Dieu, une espèce d'abrutissement de l'homme tout entier, une impuissance de s'appliquer à quoi que ce soit, et quelquefois un si grand bouleversement de tête, que, pour éviter des suites plus fâcheuses, il faut avoir recours aux supérieurs pour en obtenirdispense.
11 y a donc ici, comme ailleurs, deux excès à combattre : une présomptueuse et folle sécurité, qui fait qu'on ose de but en blanc traiter avec Dieu comme l'on n'oserait traiter avec son égal; une crainte excessive, une fausse idée de perfection, qui dans ce séjour de trouble et d'anxiété voudrait le calme profond qui ne convient guère qu'aux habitants du ciel. Jitnc m tolo corde clamutur, quando aliunde non cogitatur, dit saint Augustin (1). Mais, poursuit ce grand docteur. Taies orationesrarœ sunt multi.i, crehrœ autem paucis : omnes vero utriim cuiquam,nescia. Et dans un autre endroit (2) : Examinons noire cœur sans nous flatter , car il n'y a lien de moins raisonnable que de se séduire soi-même. Que d'agitations, que de. vainespense'es au dedans de nous-mêmes I Souvent nos oraisons en sont semées. A peine notre cœur peut-il se fixer à son Dieu. Il le voudrait, et aumomenl il s'échappe à lui-même. Il s'e'vaporc, il court à droite et à gauche, sans trouverni obstacles ni barrières qui Varrêtenl. Si dans ces maximes il y a do quoi humilier, il y a un peu de quoi consoler (3).
l'r. Dussé-je ennuyer à force de m'appesantir sur cette matière qui n'est pas encore épuisée, j'emprunterai du religieux Pierre le Fèvre quelques moyens dont on peut se servir pour avoir et pour conserver l'attention dans les divins offices. Ce saint homme, qui connaissait par expérience leur efQcacité,
f (1) Aiigustlu., serm.29 in psalm. cxvui, n. 1, tom. IV,
\ pag. liai.
^. {i) DicDm tamquani liomo in hominlbus et ex hominibus.
' Ferai qulsque cor suum, et iiitUL'atur se sine adulatione et palpalione. Nihil enim est stullius quam ut scipsimi «Uiiiqiie (Kilpct atque seducat. .4lteiiciat ergo el vidcat
quanta aguuUir in corde humano, quemadmodum ipsae pSerumque oratioiies impleanuir variis cogiialionibus, lia Ul viit stet cor ad Dcum suum,- et vult se lenere ut stet et
veut qu'avant de commencer on s'occupe de la passion du Sauveur, qu'on se propose d'imiter le saint dont on fait l'office, d'étudier ses paroles ou ses actions ; que dans le cours de la récitation on élère par de courtes et ferventes aspirations son esprit à Dieu; qu'on fasse avec soi-même un pacte de bien dire le psaume courant; qu'on se rappelle la présence de Dieu el le bonheur attaché à un exercice qui fait le plaisir des saints pendant l'éternité; qu'on s'afflige en passant d'une prière à l'autre, quand la première n'a pas bien réussi. Il ajoute, et cela s'entend, qu'il faut choisir un lieu commode, et bannir autant qu'on le peut, toute idée des affaires du jour et des inquiétudes du lendemain.
15. Je crois aisément qu'un homme si exact n'aurait pas regardé comme affaires bien compatibles avec la grandeur et la décence de l'office divin celles qui suivent, et que je transcris de deux théologiens : Sntisfacit qui orat non omninoproperanter se vestiendo^ exuendo, colligendo herbas, vel uvas, in~ struendo focum, pectendo caput, calceando, manus et faciem lavando, prospiciendo in ripam vel fluvium ; à quoi quelques-uns ajoutent, (iptando calamum ad scribendum. A la bonne heure, qu'on rassure un ecclésiastique qui extrêmement pressé aura sur la fin de son Bréviaire fait quelqu'une de ces actions : mais du moins faut-il dire qu'en général un homme qui craint et qui respecte Dieu ne se les permet point. Il faut même, avant que d'entamer le Bréviaire, disposer si bien tout ce qu'on doit dire, qu'on ne cherche point une leçon pendant qu'on finit un psaume. C'est ici que doit avoir lieu cet avis du Saint-Esprit : Faites valoir tout le bien que l'on vous confie, et qu'il n'y en ait pas une partie qui vous échappe ['*).
16. Mais quel doit être l'objet de notre attention lorsque nous récitons les divins offices ? Le sentiment commun est qu'il n'est pas nécessaire qu'elle se porte au sens des paroles, mais qu'il suffit qu'elle aille à Dieu, considéré en lui-même, ou relativement à nos besoins; bien entendu qu'on aura grand soin de bien prononcer tout ce qu'on est chargé de dire.
La première partie de cette réponse est fondée sur ce qu'il y a bien des personnes obligées aux heures canoniales, qui ne sont pas en état deles entendre. Tels sont de jeunes clercs encore peu avancés , et presque toutes les religieuses qui n'entendent point la langue de l'Eglise.
La seconde partie se prouve par la nature môme de l'office. C'est une prière et une prière vocale. Or, dès lors elle demande une
quodam modo fngit a se, nec iuvenit cancellos quilius se in lud.it, aut obices quosdani qiiibus reliiieat avolaliones suas el vagos qnosdani motus, et sld jocundari a Deo suo. Idem in psalm. ix\xv, n. 7, p. 90a.
(3) Utdicatur aliquis oflicio non satisfacere, nun solutu requiritur ut voluniarie se distralial, scd pleiie aJvertai se dislraliere. S. Lig. n 177.
(i) Pariicula buui don! non te prœtereat. Eccli. xrv li.