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prononciation exaclc cl une élévalion de l'esprit vers Dieu.-
t". Que ce dernier genre d'attention, qu'on peut nommer spirituelle, suffise à ceux qui ii(> peuvent en avoir d'autre, c'est ce qu'il est Irôs-aisé de concevoir : l'on ne doit que (C que l'on peut ; mais qu'un homme dans les saints ordres, qui grâees à Dieu est en ^lat de saisir en grand ce qu il y a de plus beau, (le plus touchant dans les psaumes, s'occupe d'autre chose, c'est ce qui ne parait pas hien dans l'ordre. L'Ejçlise n'ayant dirigé ses offices que parla coniluilc du Saint-Esprit, qui ne l'abandonne jamais, on doit regarder les pensées et les affections saintes qui y sont renfermées comme les seules offrandes que Dieu veut que nous lui fassions pendant que nous sommes occupés à ce saint exercice. C'est donc en quelque façon aller contre l'ordre de Dieu, et faire autre chose que ce qu'il demande de nous, que de vouloir en ce temps-là nous entretenir d'autres pensées, quelque saintes et dévotes qu'elles nous paraissent. C'est l'instruction (pie saint Bernard donnailà ses religieux. Il voulait que pendant la psalmodie ils ne pensassent qu'à ce qu'ils chantaient : yihil ttliud iliiin psiillitis, quain qitod psallili.t cogiiclis. Ce n'étaient pas seulement les pensées vaincs ou celles de li-urs emplois qu'il préteiulait bannir d'eux, c'était le souvenir de leurs pieuses lectures ou de ces magnifiques entretiens qu'il leur faisait, et que nous admirons encore aujourd'hui, qu'il leur conscillîiit de mettre à l'écart. 11 convenait bien que ces pensées étaient salutaires en ellesmêmes, mais il ne jugeait pas qu'il fût salutaire de s'en nourrir pendant que Dieu fournissait dans les psaumes un autre -genre de nourriture : Salitbria sunt, sed minime illa snluhriter intcr pmillendum revolvitis. C'est, ajoutait-il, que l'Esprit-Sainl n'agrée pas qu'on lui offre une bonne chose quand on doit lui en olïrir une autre ; Spiritus enim sanctus illa liora gralum non recipit quidquid aliitd quam debes, neglecto eo quod detcs-, ohtulcris (1). ,
Il parait bien que saint Augustin était du même avis, lui qui veut qu'en récitant les saints Cantiques du roi-prophète, on prie quand le psaume prie, on gémisse quand il géinit, on espère, on craigne, on se réjouisse, quand on y trouve des sentiments de joie, de crainte, d'espérance : Si oral psalmus, orate ; et si gémit, gemile; et si gratulatur, gaudele; et si speral, sperntc; et si timet, timete. Omnia enim quw hic conscripta sunt, spéculum nostrum sunt (2).
Cassien disait à ce même sujet qu'un solitaire qui a assez de force pour s'élever et pour se nourrir des plus hauts mystères qui nous ont clé enseignés par les prophètes et par les apôtres, doit exciter en luimême toutes les affections qui sont exprimées dans les psaumes et les chanter comme si c'était lui et non le prophète qui leseiit com-
(1) SaiiU Bernard, serai, 47 ia Caut., nutn. 8, lom I, f»H. 1451.
(2) August. eouc. 4 in Psalm. xm, n. 1, p. 162. ^
posés ; Omnes psuliiiurumaffectus in se recipiens, ita incipiet decantare, ul eos non lanquam a propheta composilos, sed velul a se edilos, quasi orationem propriam profunda cordis compunctione depr ornai (•■}).
A ces rérti'xions qui sont solides et bien prouvées, l'auieur dont je les emprunte (V) ajoute, 1° que les pensées qui nous paraissent plus saintes, et où nous trouvons plus de goût, plus de dévotion sensible, ne sont souvent que des éblouissements causés par l'amour-propre ou même par le démon, qui lâche de nous faire prendre une vaine complaisance dans nos prières, afin d'empêcher par ce moyen le fruit qu'en remportent ceux qui suivant avec liumililé l'ordre de l'Eglise, ne cherchent d'autres entretiens avec Dieu que ceux que cette sainte mère trace à ses ministres dans les paroles qu'elle leur fait prononcer; 2 qu'on ne parle raisonnablement et comme doit faire une personne sage, que lorsque les paroles de la bouche rendent les pensées de l'esprit cl les sentiments du cœur.
\ oilà, poursuit-il, ce qui parait le plus dans l'ordre de Dieu, et le plus conforme à l'esprit de l'Eglise. // ne f'iut cependant pas condamner ceux qui n'ont qu'une attention générale à Dieu, ou qui pendant l'office s occupent de quelques autres pensées de piété et de dévotion que celles qui nous sont marquées par les paroles que nous prononçons. La légèreté de notre esprit ne nous permet pas d'être toujours les muilres de nos pensées. Il ne s'échappe que trop souvent, malgré que nous en ai/ons : et ainsi quand nous »ie pouvons l'arrêter au sens des paroles de l'office, c'est toujours beaucoup que de lui donner Dieu pour objet.
.Âlais déplus, ceux qui n'ont pas l'intelligence du sens des paroles ne peuvent avoir d'autre attention - il leur suffit donc, quand ils assistent à l'office divin, qu'ils chantent avec le chœur ou qu'ils récitent en particulier, de se tenir en la présence de Dieu, de se joindre de cœur aux prières de l'Eglise, de vouloir entrer dans tous ses sentiments, ou de s'entretenir dans la méditation de quelque piystcre ou de quelque autre pensée de dévotion.
18. Me permettra-t-on d'ajouter à ces judicieuses réflexions qu'il serait à souhaiter que tousles ecclésiastiques eussent une traduction française du Psautier, et qu'ils y joignissent au moins un petit commentaire. 11 n'y a personne, quelque habile qu'il soit, qui se suffise seul pour l'intelligence de la sublime poésie des Cantiques de David.
Ceux mêmes qui les ont longtemps expliqués sont quelquefoisobligés de revenir sur leurs pas, et de recourir aux interprètes. Nous n'en manquons pas aujourd'hui ; et s'il y en dont la longueur effraie, il y en a qui disent en peu de mots tout ce qu'il suffit de savoir. Tout le monde connaît le prix du travail qu'ont fait sur cette matière Géné-
(3) Cassi.in. collai. 10, cap. 11.
(4) Confér de La Rochelle, § 37, pag. 4SI.
mCTIONiNAlRE DES CEHRMONIES ET DES RITES SACRES.
brard, Ferrand, Bellarmin, etc. J'y joins toujours volontiers 1rs noies de Bellangcr, parre qu'elles développent très-bien le sens littéral. Or ce sens, qui isl celui de l'Esprit- Saint, ne peut manquer d'avoir des richesses que n'offriront jamais toutes les allégories des hommes. L'illuslre François de Galaup de Chasleuil, que sa retraite et sa i pénitence au mont Lihan ont rendu si fawmeuxdans le dernier siècle, trouva dans la seule lettre de l'Ecriture le germe de toutes les vertus qui l'ont fait admirer, et dans la Provence sa patrie, et dans les régions les plus éloignées (1). Mais il faut avouer que les livres sont relatifs au goût de ceux qui les lisent. Feu Mgr de Mérinvilie, évèiiue de Chartres, trouvait dans VInconnn sur les Psaumes des beautés qu'il ne découvrait point ailleurs. J'en ai vu dont les louanges n'étaient ni mendiées, ni suspectes, qui croyaient en lisant Bellarmin lire l'Esprit- Saint qui l'avait inspiré. Qu'on suive donc son attrait: maisqu'il ne soit pas dit qu'un bénélicier qui récite son Bréviaire depuis trente ans reste muet lorsqu'on lui demande ce que veut dire, Tecum principium in die virlutis tiiœ.
19. Ce que je dis des ministres de l'Eglise, je retendrais volontiers, niais avec proportion, aux vierges consacrées à Dieu. Seraitce pour elles un fardeau trop onéreux de lire chaque jour un ou deux psaumes dans la belle traduction qu'en ontdonnéeouMgrLanguet, archevêque de Sens, ou le H. P. Lallemand de la compagnie de Jésus? Ne pourraient-elles pas au moins savoir peu à peu l'argument de tous les psaumes, et par là être plus à portée d'en prendre d'une manière un peu plus distincte l'esprit et les sentiments ? Malheur à moi, disait par humilité saint Bernard, et je dois le dire par justice : malheur à moi qui donne des leçons que je ne suis pas I Au moins voudrais-je être le premier à les mettre en pratique. Je me repens d'y avoir été si peu fidèle : je suis fâché d'y manquer encore. Faites, Seigneur, que je n'y manque plus. Super singula verba divinœ Scrip(urœ diliyenler intendns. Non qiiod ego isln faciam dico ; sed quod facere vellem, et non fecisse pœniteC, et non /"acer-e ptV/ei (2). Hélas! continuait ce grand homme, Dieu visite toutes les montagnes qui m'environnent. Le centenier Corneille m'offre des militaires qui dans la plus tumultueuse profession savent donner une partie de leur temps à la prière. Ciotilde me présente des reines qui par leurs soupirs font descendre sur un peuple infidèle la ;,'râce qui retond les cœurs et qui les justifie. Je trouve sous le toit le plus rustique et dans les plus brutes campagnes des hommes riches en foi, qui, comme le roi-prophète, se lèvent au milieu de la nuit pour glorifier le nom du Seigneur, et pour attirer ses miséri-
(1) Vnijez le livre intitulé. Vie de de Chasleuil, solitaiie du nionl Liban, par M arcliery, prêtre de Marseille, Paris, rli,?. Petit, 167tj, ch. 4 et 5.
(i) l.il> Méditât, cap. 6, n. 16 édit. Mabil., toni. Il, pag. S2b. Le P. Mabillon ne croit nas (jiie cet ouvrage soit de
cordes. Plus à plaindre que les montagnes de Golboé, il n'y a pour inon cœur ni pluie, tii rosée (3'. Desséché, consumé par le l'eu :'e mes passions, je ne découvre en moi que celte terre de rebut où il ne croît que di-s épines et des ronces, et dont le dernier sort est d'être réduite en cendres. Percez, Seigneur, percez ma chair de votre crainte , et que cette crainte salutaire soit la première grâce qui me rappelle à vous.
Chap. VIII. — Des causes qui exemptent de la
récitation de Voffice.