OFFRANDE
C'est au célébrant à recevoir les offrandes à la messe ou immédiatement après la messe. Dans d'autres circonstances , c'est au plus digne de l'église, qui est présent (S. C.ièjan. lG5S)..Voj/. Messe solennelle.
DE l'OKFKANDE du PEUPLE, ET DE l'eNDROIT DE LA MESSE OU ELLE A ÉTÉ PLACÉE.
(F.\|ilicalion du P. LiUirun.) On voit dans saint Justin (1), dans saint Irénée {2} et dans saint Cyprien (3 , que les fidèles ont toujours compris qu'ils diM aient ofl'rir à l'église ce qui est nécessaire pour le service divin, et surtout le pain et le vin, qui sonl la matière du sacrifice déterminée dans l'Lvangile. « Le prêtre reçoit de vous, dit saint Augustin ('*), ce qu'il offre pour vous, quand vous voulez vous rendre Dieu propice pour vos péchés. » Le? anciennes oraisons qu'on faitoiicoie sur l'oblation (5),aussi bien que celle du canon (C), supposent cet usage; et les Pères (7) ont souvent repris ceux qui manquaient à ce devoir. Le second concile de Mâcon, en 58o, apprit avec indignation (8) « que plusieurs fidèles, n'offrant aucune hostie à l'autel, ne contribuaient point au service de Dieu. C'est pourquoi il ordonna sous l)eine d'amithèine que tous les dimanches les liomines et les femmes offriraient du pain et du vin à l'autel, afin que par ces oblalions ils pussent expier leurs péchés, et mériter les récompenses qu'ont eues A bel et les autres justes, qui ont l'ail à Dieu leurs offrandes. »> L'oblation s'est faite assez communément jusqu'au neuvième siècle de la manière que l'Ordre romain le décrit en ces termes (9): « Pendant que le chœur chante l'offertoire avec ses versets, les fidèles, premièrement les hommes et ensuite les femmes, font leurs offrandes de pain et de vin sur des nappes blanches. L'évêiiue, recevant les oblalions qui sont mises par un suus-diac're dans une nappe tenue par deux acolytes, l'archidiacre reçoit les burettes, amiilas, en verse le vin dans un grand calice tenu par un sous-diacre, qui, dès qu'il est plein, le verse dans un vase porté par un acolyte. L'oblation du peuple finie, l'évêque va s'asseoir à sa chaire, s'y lave les mains, va à l'autel, le baise, y fait une prière, reçoit en pain seulement l'oblation des prêtres et des diacres, qui seuls
AppeHd. S Aug. serm. 265.
(8) Cognovimus quosdam Clirlstianos... Ita ul nullus eorum legiiimo obsecuiidalionis parère velit olliclo Ueilatis, diiiu sacris allaribus niillain aciiiioveiil bosiiain, propierea decernimus ul omnibus doiuiiilcis dtebu» allaris oblalio ab oiniiibns viris et niiiiiei'ibusotferatur, Um paoisquam viui, elc. Conc. MaU-\c. n, e. 4.
(9) Ord. Il, n. 9.
UCi
peuvent approcher de l'aulel. L'archidiacre prend du sous-diacre obliitionnairc deux ob.alion<, c'esl-à-dire deux pains, el les présente à i'évéque, qui les met lui-mérae sur l'aulel. Le uiêaie archidiacre reçoit une burette di; vin, amulain, qu'il verse au travers d'un couloir dans le calice ; un autre sousdiacre va recevoir du premier chantre la burette à l'eau, fontem, vient la présenter à l'archidiacre, qui en verse en forme de croix dans le calice, le place sur l'autel devant le pontife auprès des oblations à droite. » C'est en abrégé ce qui est contenu dans le second Ordre romain, qui paraît avoir été en usage au IX' siècle dans les Eglises de France.
Après l'an 1000 ce bel ordre de l'offrande va insensiblement disparaître; el, avant qu'il nous échappe, il est bon de remarquer, 1* que le peuple offrait du pain et du vin ; 2° que le clergé n'offrait que du pain ; 3° qu'on coulait le -vin, de peur qu'il n'y eût quelque ordure: ce qui marque qu'on se servait du vin offert par le peuple pour consacrer ; i" qu'il paraît qu'on préférait pour la consécration le pain offert par le clergé : mais aOa que ce pain fût aussi bien l'offrande du peuple que celle du clergé, les fidèles donnaient de la farine. Honorius d'Autun, qui écrivait au xirsièclc, nous apprend (1) qu'on se souvenait encore de cet usage ; et selon Maldonat (2), qui écrivait en 1569, cela se faisait alors en Espagne.
11 ne reste plus que quelques vestiges précieux de ces ancien s usages. A Lyon, aux fériés de Carême, depuis le lendemain du premier dimanche, dans l'église primatiale, les deux premiers prêtres, un de chai|ue côté du chœur, offrent le pain cl le vin dont on se sert pour la consécration. A la célèbre abbaye de Saint- A'aast d'Arras, le supérieur, au nom de la communauté, porte tous les jours à l'offrande de la messe conventuelle le pain et le vin qui y doivent être consacrés. Ce qui se fait ainsi : vers la fin de l'Evangile ou du Credo, si on le dit, le supérieur présidant au choeur, averti par le sacristain, va picmlre derrière l'autel un calice avec du vin, et une patène dans laquelle est le pain. Il vient ensuite à l'autel au côté de l'Evangile, où il se tient tourné vers le chœur, aussi bien que le sousdiacre qui tient le calice et la patène vides , qui doivent servir à la messe. Le célébrant, après avoir dit Ôrenuis, pré.sente à baiser la croix du manipule en disant : Pax tecum, révérende paler. Le supérieur répond : El cum spiritu tuo, el mol le pain sur la patène, et le vin dans le calice, qui sont entre les mains du suus-diacre. S'il y a deux messes solennelles, ce qui arrive souvent, le sacristain, ou en sou absence l'aumônier, offre à la pre-
(1) Fi^rlnr qiiod olim sacerdoUs e singulis domibus vel faniiliis lariiiam accipii'bant. Quod adbuc Grieci servant. Gemni. .miiD. 1. i, c. 06.
(2) Tract, ms. de Cœrpiii. liccl.
(5) OITcro Deo aique dedico omnes res qns bac in charluli icnenliir inserla*... ad servieiulum ex his Deo iii sacriiiciis iiii&sarum solemaiis, oralio.iibusi, lumiiiarii'i, pauperiini ac clerirorum aliiiiuiiiis, el cseieris diviiiis cultilms, alqiiK illius eculesiae uliliutibus. Capit. I. vi, c. 370.
(i) Foj/eî l'ierre de Uaïuieo, Houorius d'Auiun, Beletli,
mière le pain cl le vin au nom de ceux qui l'ont fondée, de ménie que le supérieur, au nom du couvent, offre à la messe conventuelle. ,\ Saint-Marliii des Champs, les religieux qui doivent communier el qui seuls vont à l'offrande, présentent au prêtre une hostie qu'ils mettent sur la patène, et ensuile je chanlre présente et met le vin dans le calice, (]ui est tenu par le diacre. A Angers, le chanlre, suivant l'ancien Ordre romain, présente l'eau qui doit être mise dans le calice.
On ne connaît plus d'église où le peuple offre à la messe le pain el le vin de la consécration. La raison du changement vient de ce que les prêtres ont cru devoir offrir à l'aulel des pains préparcs avec plus de soin que ceux qui étaient offerts communément par le peuple, et de ce que les fidèles ont fait dis dons considérables à l'Eglise en chargeant les clercs de tout ce qui est nécessaire au service divin. Les capitulaires des rois de France au ix' siècle (3j autorisaient les donations qu'on venait apporter à laulel sous colle formule : >< Je donne et j'offre à Dieu tout ce qui est écrit dans ce papier, pour servir au saint sacrifice, à la solennité des messes, au luminaire, à l'enlrelien des clercs el des pauvres. » Ainsi, quoique le pain destiné à être la matière du sacrifice n'ait plus été offert par le peuple, il peut être toujours regardé comme l'offrande des fidèles, parce qu'il vient de leurs fondations ou de leurs bienfaits.
Les auteurs qui ont écrit depuis l'an 1000 (4) ont parlé des offrandes du peuple en argent et en autres choses utiles à l'église ; el comme ce qu'on offrait ne servait pas actuellement pour la consécration, on a varié sur l'endroit de la messfr auquel on devait l'aire l'offrande. Le Missel romain n'a jamais marqué l'offrande du peuple qu'avant l'oblaiion du prêtre (3) ; cl le refroidissement des peuples est sans doute cause que depuis le saint pape Pie V il n'y est plus fait monlion d'offrande. Le Sacerdotal imprimé à Venise en 11)0-3 marque néanmoins encore que, si quelqu'un veut offrir, on recevra son offrande avant l'oblaiion ; et Gavantus dit, dans son Coinmentairi' sur les rubriiiues en 1627 .6), t\ue l'offrande du peuple doit se faire nvant l'oblaiion de ilioslie. Sur quoi il cite les actes de Milan sous saint Charles.
L'usage des Eglises de France a été un peu différent. Selon l<s capitulaires ( d'Hincmar ) rapportés par Reginon (7 , les cierges et tout ce (lue le peuple voulait donner à l'aulel devaient être offerts avant la messe , ou du moins avant l'Evangile ; el depuis le xr siècle l'offrande du peuple a été placée
Durand, i ic Ou en a |ar!é !^ur lus mou du caiiou l'ro quibus M ofleriiims, art. Meuehto.
(b) Voijei les derniers Ordres romains imprimés à 'tome en inn, 1H29; à Venise, 1537, etc.
(6iP. II. lil. 7, n.5.
(7) SiofferentPS instmal (rresbyler;, ul randelam, vel quidquid aliud ad allare déterre "(iliicueril, aiile niissaiii vel antequam Evangeliuin legalur offerant. Regia. I. i de Eccles. Disïiiil., |>. 27.