ORAISON
(Cérémonial dei évi^qnes, I. i, c. 7. )
11 faut savoir qu'il y a deux tons pour les oraisons, l'un solennel ou festival , l'autre simple ou fcrial ; on se sert du premier aux fêles doubles cl semi-doubles, et du second aux fériés, aux fêtes sim(>les , aux olfices des morts et autres qui sonl distingués de matines, de la messe et des vêpres, quoiqu'on les célèbre à des jours soit unels, tels que sont les autres heures canoniales, les béiiédietions des cier^tcs, des rameaux et autres semblables. La différence entre le ton solennel et le Ion simple, c'csl que, suivant l'ancien usage , qui se pratique dans la chapelle du pape, le ion solennel a deux varialions, et que la première se lait régulièremenl en deseeudant d'une tierce cl en remontant au même ton, fa, »iî, rc, fa, comme on le voit lom. 1, col. oC7. C'est apiès la première partie de l'oraison qui renferme uu sens, ordinairement terminée pardeux points, comme on le voit dans l'exemple noté : Dnts, qui intir cœtera, etc. (Ibid.).
La seconde variation se fail en descendant d'une noie à la fin de la seconde partie qui est marquée par deux points ou par point et virgule : fa, mi [Ibid., col. 5G8.).
Ensuite on termine loraison d'un Ion uniforme sans inllexion de voix comme Ut qui, elc. [Ibid.).
Les conclusions des oraisons sur le Ion solennel varient suivant les paroles qui les composent. En premier lieu,s'ily a PerDominuin noslrum, c\c., l'inflexion n'est que d'une note au premier repos : fa, mi [Ibid.].
Après le second repos, l'inflexion est de deux notes, savoir : fa, mi, re, fa [Ibid.).
A la fin de la conclusion, il n'y a point de variation, comme on l'a dilde l'oraison [Ibid.)
En second lieu quand on dit : Qui viiis eC rognas, etc., la conclusion n'a que deux parlies ; alors, au premier repos, on descend de deux notes : fa, mi, re, fa [Ibid., 509).
La fin de la conclusion n'a poinl de variation.
(1 ) l'ust lijec olTert sacranda minisier dona : aeUiuc po- (iiiliiï (itiod sibi lege licel. Hildeb. de Sacriticio. {i) De Sucraœ. iUar. c. 13.
Le ton simple ou ferial est sans variation, le ton des oraisons est uniforme depuis le commencement jusqu'à la fin ; il en esl de même de leurs coudusioiis , comme on le voit dans l'exemple noté : Deus , qui inler apostolicos , etc. [Tom. I, col. Sil'.t).
On excepte de cette règle les oraisons et les versets qui se chantent pour les défunts hors de la messe, comme à vêpres, à matines et aux autres olfices; alors, à la fin des oraisons et des versets, on descend d'une tierce de fa en re) sur les dernières syllabes, comme dans rexciiiple, Pater noster, elc. [Ibid.]
Kégulièremenl, quel ((ue soil le ton, il faut réciler les oraisons d'une voix grave et con» venable, faire une pause à chaque partie, surtout à la fin , avec une gravité convenable. Quant à la manière de chanter les Evangiles, les Epîlres, les cipiliibs, les anlionnes, cl beaucoup d'autres choses en usage dans les églises , on n'en f.iil pas mention dans le Cérémonial, parce que cela esl au long dans dautres livres, comme le Pontifical romain, le Directoire du chant cl autres semblables que chacun peut avoir. On n'a mis ici que ce qui concerne personnellement le célébrant, quant aux différentes manières de réciler les oraisons.
0raiso>s de la messe [Voy. Rubriques).
Quand le rite esl semi-double ou simple, il faut régulièrement trois coUecles, trois secrètes et trois postcommunions; on peut même, dit la Rubrique romaine, en dire cinq ou sept aux fêles simples et aux fériés; ott peut toujours en dire plus de trois lorsqu'elles sont prescrites ; mais peut-on en dire plus de trois aux semi-doubles? La congrégation des Ritesadécidé,le2décembrel0^2,qu'àlamcsse privée d'un scmidoubl'j, on peut dire, pour péoullième oraison quelque oraison pour les morts, sans ometirc aucune de celles qui sont prescrites; el qu'aux semi-doubles et aux simples, après la Iroisiènie oraison el d'autres qui seraient comniandées on peut en ajouter plusieurs. Gavantus dit qu'aux semidoubles on ne dil pas plus de trt)is oraisons, si ce n'est pour faire quelque commémoraison; cela peut s'entendre de la grand'messe, puisque nous venons de voir que la congrégation en permet une pour les morts aux messes jirivées des semi-doubles, sans distinguer s'il y en a ou s'il n'y en a pas déjà trois autres. V. Collecte; Votives (Messes).
ORilSON DOMINICALE.
(Ex|ili(aiioa du P. Lebrun,) § I. Ancien usage de dire celle orjison pour se préparer il la coDiniunion.
Après les prières de la consécralion, on ne trouve point d'autre préparation à la communion que l'oraison dominicale. Celte divine prière était aussi la dernière instruction qu'on donnait aux caléchun ènes pour les préparer à recevoir le baptême el l'eucharistie. Rien en effet ne peut mieux disposer les chrétiens à s'unir à Dieu el à recevoir ses grâces que celle prière, puisqu'elle ren-
(3) On le voit dans les Missels manuscrits et imprimés de Lisieux et d'Evreui, de Verdun (Mss e BibliotU. Reg , a, 5872, 4), de PoiUers (Mss ibid., n. 445U).
DICTIONNAIRE DES CERKMeNIES ET DES RITES SACRES.
ferme tout ce que nous pouvons lui demander, el tous les motifs de notre amour pour lui, pour nous-mêmes et pour lu prochain. L'ancienne Eglise souhaitait que, pour dire celle prière avec fruil à la messe, on fût réconcilié avec Dieu et avec les hommes. Optât de Milève(l) nous apprend qu'immédiatement après le canon l'évéque ou le pré- Ire imposait les mains pour la rémission des péchés à ceux qui avaient besoin d'être réconciliés, et qu'ensuite il se tournait vers l'autel pour dire l'oraison dominicale. l'Eglise grecque l'a pia( ée au même endroit que nous la disons, comme on le voit dans les liturgies de saint Cyrille (2) et des autres Pères, avec cette différence que, dans l'Eglise latine , elle est chantée ou récitée posément par le prêtre, el que, dans l'Eglise grecque, elle est chantée par tous les assistants , ce qui s'observait de même autrefois dans les Gaules (3) ; mais elle s'est toujours dite à haute voix, cl c'est la raison pour laquelle on n'obligeait pas ceux qui devaient recevoir le baptême de la réciter par cœur comme le symbole, parce qu'on supposait qu'en entendant tous les jours celle prière à la messe ils l'apprendraient aisément.
L'Eglise la fait dire à la messe après une préf/ice, pour imprimer à tous les fidèles les sentiments de respect avec lesquels ils doivent faire celle prière à Dieu, ([u'ils n'oseraient appeler notre Père, si Jésus-Christ ne le leur avait ordonné.
S II. Préface du Pater.
Prœceplis salularibus monlli, et divina institulionc formati, audemus dicere.
Instruits par des préceptes salutaires , et suivant la forme d'institution divine qui nousaélédonnée, nous osons dire :
PRyECEPTis sALDTARiBus. Les demandes du Pater sont des préceptes, parce que Jésus- Christ nous a ordonné de les faire : C est ainsi que vous prierez ; et ces préceptes sont appc\és salutaires, parce qu'ils coniiennent loul ce que nous devons demander pour obtenir le salut.
Et divina iNSTiTLTioNE FORMATI, et siiivaut la forme divine qui nous a été donnée. Jésus- Glirist ne nous a pas seulement donné des règles pour prier, il a bien voulu nous donner la tbrmule niême de la prièic.
Audemus dicere, nous osons dire. Celle prière nous élève à un si grand honneur, et renferme pour nous un avantage si considérable, en nous faisant appeler Dieu notre Père, que nous n'oserions le faire si Jésus- Ciirist ne nous en avait fait un précepte et ne nous en avait dicté les termes.
Cette préface esl très-ancienne. Saint Jérôme y fait allusion, lorsqu'il dit que Jésus-
(I) L. Il cont. Parmeii.
{'2) Saim Cyrille de Jérusalem place le Paler entre la consécraiion el la coimiiuiiion.
(3J Greg. Turnn. 1. ii de Mirac. sancli Martini.
(4) Sic docuil aj.oslolos sues, ul quolidie in corporis illiu.s sacriQcio credenies oiideam loqui Puter lios/er. Hier. 1. 111 conl. Felag.
(■i) Cyor. de (3ral. Domin.
Christ (4) o «msi appris aux apôtres d'usER DIRE tous ics jours, dans le sacrifice de son corps: Notre Père, qui êtes aux deux; el elle est presque eu propres termes dans saint Cyprieii (5;, qui remarque que Jésus-Chrisl, parmi ses instructions salutaires el ses divins préceptes, nous a donné la forme de la prière, elnous a instruits de ce qu'il fallait demander. L'Iiglise, ainsi animée par Jésus-Christ, dit Tcrtullien (G), s'élève jusqu'à Dieu le Père. La prière qu'elle fait esl courte, mais elle contient en abrégé toui l'Evangile. El saint Augustin admire que, dans sept demandes, elle renferme loul ce qu'on peut demander. Ce doit être une grande consolation pour les fidèles que l'Eglise nous fasse faire celle prière dans un lemps où Jésus-Christ, qui en est l'auteur, esl immolé sur l'autel pour nous obtenir de son Père toutes les demandes qu'elle contient.
§ III. Eiplicalion du Pater.
Notre Père, qui êtes Pater nosler, qui es
in cœlis, sanclificelur notneii tuum ; adveniat regnum luuiu; fiai voluntas tua sicul incœloet in terra; panem nostruin (|uotidiaiium da nobis hodie : el dimilte nobis débita nosira , sicut et nos dimittimus debiloribus noslris ; et ne nos inducas in tenlationem , sed libéra nos a malo.
aux cicux, que votre nom soit sanctifié; que votre règne arrive; que votre volonté soil faite en la terre comme au ciel ; donneznous aujourd'hui nopain quotidien ; et reineltez-iious nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous doivent ; et ne nous induisez point en tentation , mais délivrez-nous du mal.
Ainsi soil-il.
Pater. Ce mol de Père, qui marque (ant oe tendresse, et qui esl si glorieux aux hommes, nous engage à prier avec confiance (7). Dieu est le père des chrétiens , parce qu'il les a adoptés en Jésus-Chrir-t. // leur a donné, dit saint Paul (8), l'esprit d'adoption des enfants de Dieu, par lequel nous crions : Mon Père, mon J ère. Considérez, dit saint Paul 9), quel amour le Père nous a témoigné de vouloir bien que nous soyons appelés, el que nous soyotis en effet ses enfants. Nous ne pouvons donc prononcer ce doux nom de Père sans exciter en nous des sentiments d'amour el de recoiin;iissance, el en même lemps sans penser que les enfants de Dieu sont ceux qui ne vivent pas selon la chair, mais qui sont conduits par son esprit (lOj.
Noster, notre. Ce terme nous avertit premièrement que noas sontmes tous les membres d'un même corps (llj, les enf.ints d'une même famille, et que nous ne (le\ons espérer d'être exaucés que comme faisant par-
(6) Brcviarium lolius Evangelli. Terlult. de Oral.
(7) Aug. 1. II de Serin. Doui. iu moule, c. 4 el 5, Bernard, serm. 15 in Canlic.
(8) I Joan. m, I.
(9) Koin. VIII, 13.
{in)Ibid. 15 el U
(11) Uniiies enim vos unum esUs in Cluislo Jcsu Galai. ui,-Jl
lie lie ce corps et de celto famille; secoudenienl, que nul n'a lieu de se préférer <iux nuircs, p.irce que nous devons uniquement estimer dans nous et d^ins les autres ce qui nous rend les vrais pnf;inls de Uieu et les membres vivants du corps de Jésus-Christ ; troisièmemiMit, que nous devons souliaiter les vrais biens pour nos fièrcs comme pour nous; quatrièmemcnl, (jue nous devons entreienir avec eux une union de charité, et par conséquent élouffer en nous toute semence de division et de discorde.
Ces deux mots, noire Père, i|ue nous venons d'expliquer, doivent lever d'abord une difficulté que plusieurs proposent : d'où vient que nous ne fai>ons point mention de Jésus- Christ dans aucune des sept demandes du Pater, quoiqu'il nous ait expressément ordonné de ne rien demander qu'en son nom.
On doit répondre que, quoi(|ue nous ne nommions pas Jésus-Christ, nous faisons nécessairement celte prière en son nom , puisque c'est sa prière, et que d'ailleurs, quand nous disons : Noire Père, nous ne pouvons user de ces termes qu'en marquant que nous avons l'honneur d'être les frères de Jésus-Christ, et que nous ne nous présentons et nous ne prions qu'en cette qualité, suivant ce qu'il nous a dit (1] : Je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et voire Dieu.
Qui ES IN coELis , gui êtes dans les deux. Nous entendons par le ciel la demeure des bienheureux , où l'on possède Dieu sans craindre de le perdre.
Dieu remplit par son immensité la terre el les cieux (21. Il est également partout; mais nous disons qu'il hiibilc princip;ilement d.ms les cieux, parce qu'il y communique pleinement ses biens et sa gloire aux esprits célestes.
Ces termes , Notre Père qui êtes dans les cieux, sont très-propres à nous portera faire avec confiance les demandes suivantes. On demande avec confiance quand on s'adresse à celui qui veut et qui peut nous faire du bien. Dieu est noire Père: il veut donc nous faire du bien; et il peut tout ce qu'il veut, puisqu'il est le Père céleste.
Enfin ces mots, qui êtes dans les cieux, nous marquent quelles doivent être nos demandes. Nous ne devons demander que ce qui peut nous mener au ciel, où est l'héritage que notre Père nous doit donner comme à ses enfants; nos pensées, nos actions el nos espérances ne doivent donc tendre qu'à cet héritage, afin que nous travaillions sans cesse à nous rendre dignes de l'obtenir.
§ IV. Explicalion des trois premières demandes du Pater.
11 est à propos de remarquer avec les Pères de l'Eglise que, des sept demandes du Pater, les trois premières ont rapport à l'éternité, el que les quatre dernières conviennent à l'élal de celte vie.
(I) Ascendoad Palrem meiim elPatrem veslrum.Doum ineiiiii el Deimi veslnmi. Jojn. \x, 27.
(■2t Caluni el li-rram ego impleo. Jerem. .\xm, 2*.
(3) Deeaiilaveruiil, Domine, nomeii sauclum luum. Sap.
Dictionnaire des Rites sàcbés. II.
Première demande. — Sanctificetuh no- MEN TuuM, que votre nom soit sanctifié. Noua ne demandons p,is que Dieu acquière quelque degré de sainlelé, il est la sainteté même. Il renferme toutes les perfections, el ne peut rien acquérir de nouveau; mais nous souhailoiis que son suint nom soit sanctifié^ c'est-à-dire, selon le langage de l'Ecriture , qu'il soit célébré, loué et glorifié.
Premièrement, sanctifier, selon les Hébreux, c'est célébrer, comme on dit sanctifier le jeûne el le sabbat, au lieu de célébrer le jeûne et le sabbat, pour marquer qu'on révère ces jours et qu'on les distingue de tous les autres par un culle particulier : ainsi, sanctifier ou célébrer le saint nom de Dieu, c'est le distinguer de tout autre nom, le relever au-dessus de loul autre, el n'en parler jamaisqu'avccla vénération la plus profonde.
Sicondement, sanctifier le nom de Dieu, c'est louer et glorifier Dieu comme l'auleur do tous les biens, comme toute sainteté et toute vérité. Nous souhaitons que toutes les créatures publient sa puissance et ses infinies perfections, comme il est dit dans la Sagesse (3) : Ils ont chanté, Seigneur, votre saint nom. Qu'on publie que tout honneur et toute gloire lui appartiennent ('t) ; que tous les enfants de l'Eglise aient en vue sa gloire dans toutes leurs actions, et qu'enfin on puisse chanter partout avec les anges que Dieu est saint, saint, saint.
Seconde demande. — Adveniat reonum Tvvu,que votre rè(jnearrive. Afin que Dieu soit généralement glorifié, il faut qu'il règne dans les esprits et dans les cœuis des hommes comme il règne dans le ciel sur les esprits bienheureux. Nous souhaitons que le règne de Dieu s'accroisse tous les jours, qu'il s'éiende par son Eglise dans toute la terre, que les infidèles et les hérétiques se convertissent à lui et se réunissent à son Eglise, que les pécheurs ne laissent plus régner le péché dans eux, que Dieu règne seul dans le cœur des fidèles comme il règne dans tous les esprits bienheureux , el qu'enfin son règne soit parfait par la réunion de tous les élus dans le ciel.
Troisième demande. — Fiat voluntas TUA siccT IN COELO ET IN TERRA, que vutre volonté soit faite en /{i lerre comme au ciel. Dieu règne où sa volonté s'accomplit. Nous souhaitons qu'elle s'accomplisse sur la terre comme elle s'accomplit dans le ciel, c'est-àdire que les hommes ne veuillent faire que ce que Dieu veut qu'ils fassent; qu'ils aiment et qu'ils respectent tout ce qui vient de Dieu, qu'ils se soumettent à sa divine providence avec une résignation parfaite, et qu'ils exécutent les ordres de sa divine volonté comme ils s'exécutent dans le ciel par les saints anges (5), qui se disposent à entendre parfaitement toutes les volontés de Dieu par la promptitude à exécuter celles qu'ils connaissent.