‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 262 sur 411 · XX · texte numérisé non relu

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(i) Soli Dfio lioiior el gloria. I Tim. i, 17.

(o) Facieiues verL u;ii illius ad audieudam voceiii serNO num ejus. fsal. cxii.

Saint Angu»tin fait remarquer, dans tous ses sermons sur le Pater, que ces trois premières demandes conviennent à celle vie et à la vie éterneHe. et que les quatre dernières ne conviennent qu'à ceux qui sonl d.ins celle vie : parce qu'en effet les bienheureux souhaitent que le sainl nom de Dieu soit sanctifié , que son règne arrive , et que sa volonté soit faite sur la terre comme elle l'est dans le ciel ; au lieu qu'ils ne demandent rien par rapport aux qualre derniers articles, parce qu'ils n'onl pas besoin de nouvelles grâces, qu'ils n'ont pas d'ennemis, et qu'ils n'ont ni tentation ni maux à craindre.

Ces besoins et ces crainles exprimés dans les qualre dernières demandes sonl de notre étal; mais nous faisons les trois premières dans ce monde, parce qu'elles tendent à notre propre sanclificalion , et que , tirant avantage de la communion des saints dans laquelle nous sommes, et qui est un objet de notre foi (1), nous vivons dans le ciel comme en étant en quelque manière citoyens.

Nous demandons parla première que Dieu soit sanctifié en nous, cest-à-dire que nous puissions le glorifier par nos désirs, par nos paroles el par nos actions; car c'est ainsi que nous le glorifions (2) et le portons dans noire corps el dans notre esprit, comme parle saint Paul. Nous souhaitons donc de pouvoir rendre gloire dans nos cœurs à son saint nom, de craindre le péciié comme déshonorant Dieu, cl de Iraviiiller de toutes les manières qui nous sont propres à le faire glorifier par tous les hoaimcs.

SccondtiULMU, nous demandons que son règne vienne dans nous, qu'il prenne dès à présent possession de notre â;ne, el que, nous faisant renoncer à l'amour ùc la vie présente el de tout ce qui peut nous attacher à ce monde, nous no désirions rien plus arderamonl que d'avoir pari au royaume éternel avec les justes.

Troisièmement, nous demandons que sa sainte volonté se fasse, c'csl-à-dire qu'elle soit faite en nous ; que nous puissions faire avec amour sa volonté, dit saint Cyprien; qu'il nous secoure dans le combat continuel de la chair contre l'esprit, el dans tout ce qui s'oppose à sa loi sainte; (iiie nous ne voulions dans toutes les choses de celle vie que ce qui peul contribuer à notre salul (3), cl que nous acceptions avec soumission et de bon cœur tous les événements qui nous affligent.

\'oilà de quelle manière nous faisons ces trois demandes pour notre salul : les qualre dernières renferment les moyens de faire

11) Nosira aulem con\ersalio in cœlis est. Pliilipp. m,

(2) GloriBcale el poriale Deuin U\ corporc veslro. I Cor. VI, 20.

(3) Hsc est enim voluntas D.'i sanciificalio veslra. I Tliess. IV, 3.

(i) Joan. M, 52.

(.ï) Noire \ ul^ale .i traduil le mot eiiiousion p.ir quolidianum dans s;iiiit Luc, et i^r siipersubslaïUiatcin il:ins sailli Maliliipu.Djnsraiirieiine Vulgaie ;ivjni sainl Jéiâme on VxsaU qiiolidianwn dans saint Mauliieii comme dans saint Luc ■ ce ijui a été Sun i |iar tous les Pères latins, saint Cy-

saintement el élerncllemcnl les trois premières. Nous allons voir le rapport qu'elles ont entre elles. La première de ces quatre demandes a rapport à la première que nous avons l'xpliquéi'; la secomle a rapporta la seconde, et les deux dernières sonl liées à la troisième

§ V. Explicalion des qualre dernières demandes du Pater.

Quatrième demande. — Pinem nostrum QUOTiDiA.NUM DA NOBis HODiE , donnez-noui aujourd'hui notre pain quotidien. Puisque le nom de Dieu doit être sanctifié, c'esl-à-dir^ que Dieu doit être loué el glorifié comme l'auteur de tous les biens, c'est à lui que nous devons demander noire pain.

Le mol de pain se prend, dans l'Ecriture, tantôt pour ce qui est nécessaire à la vie corporelle, lanlôl pour les besoins de la vie spirituelle, el lanlôt pour la divine eucharistie, qui est le pain par excellence, dont Jésus-Chrisl a dit : Le pain que je vous donnerai c'est ma chair [h-]. Toutes ces nourritures sont un pain quotidien, car nous avons tous les jours besoin de nourrir l'âme el le corps : eireucliarislie est un pain quotidien pour l'Eglise, si elb" ne l'est pas pour chaque fidèle en particulier. Le mot quotidien répond au terme original (5) «piousiun, qui, selon les Pères grecs ((5), signifie ce qui est nécessaire à notre subsistance , ou qui doit clie ajouté à noire substance : ce qui convient à ces Irois sortes de pain. Mais la prière que nous faisons renferme-t-ellc la demande de ces trois sortes de nourriture, ou ne se rapporte-l-eile qu'à l'une des trois? C'est ce (jui a besoin de quelques réflexions, comme remarque sainl Augustin (7l.

Nous ne pouvons pas dire (jue Jésus-Christ vent que nous demandions ici principalement les besoins du corps, fomme sonl le vivre et le vêlement, puisque Jésus-Christ nous dit dans ce même chapitre (8) : Ne vous mettez point en peine de ce que vous mangerez ou de quoi vous vous vêtirez, et qu'il ajoute (0; : Cherches premièrement le royaume de Dieu el sa justice, et toutes les autres choset vous seront données comme par surcroît ; c'est-à-dire que Dieu les donnera sans qu'on les lui demande, lorsqu'on s'appliquera à obtenir les biens spirituels (10), el il donne même ces biens temporels aux méchants aussi bien qu'aux bons.

Nous ne pouvons pas dire non plus que Jésus-Chrisl nous ordonne de demander ici spécialement l'eucharistie; car, outre que Jésus-Christ a fait celle prière longtemps ayanHinstilulion du divin sacrement, elle

prien, saint .injjuslin et les autres; et c'est toujours la même cliuse, puisqu'il est iiidillérenl de dire le iiaiii qui couvirnl à notre subsistance, ou le pain dont uons avons besoin chaque jour.

(6) Gregor. Nysseo. oral, i, in Oral. Dnmin. Basil. Cîesar. in Regul. brev. inlerrog. 252 Chrysosloni. iuGi'nes. liiiinil. 54, m psal.cxxviii, etc. Tljeodori l. in cap. it EpisU ad l'hilipp. Thi'oplijlacl. in cap. vi Maltti. et iu ii 1 uc.

(7) L. Il de Serni. in moule, cap. 7. (H) MatlU. VI, 31.

(9) Ibid. 55.

(10) Âug. serm. 56 ia Uatlb.

doit être dite tous les jours par tous les chrétiens qui ne communient pas tous les jours; et elle est dite plusieurs fois d.ins la journée, le soir et la nuit, quoiqu'on ne coinuiunie pas alors.

Il reslo donc que, pnr le pain quotidien , nous entendions principalement les hiens spirituels qui doivent nourrir notre âme pour la vie éternelle, et dont nous avons besoin continuelleiuenl. La vie de I âme consiste dans l'union qu'elle a avec Dieu pour qui elle est faite. Quund elle est séparée de Dieu, elle est dans la mort. Ainsi sa nourriture, son soutien et tout ce qui la fait vivre, c'est ce qui la remplit de Diiu : c'est la foi (1), la connaissance et l'amour de Jésus - Christ; parce que celte connaissance et cet amour nous donnent la vie, en nous détachant de tout ce qui peut donner la mort à notre âme : c'est sa parole, c'est la méditalion de SCS lois saintes et le goût qu'il nous y fait trouver; c'est enfin la grâce qui nous est nécessaire pour observer ses commandements. Voilà le |)ain quotidien qu'il convient aux enfants de Dieu de demander continuellement, parce qu'ils en ont besoin sans cesse. Quand on se dispose à communier, on entend alors par le pain quotidien la divine eucharistie, la chair sacrée de Jésus-Christ, par laquelle toutes les autres grâces sont données; on entend ce pain par excellence qui nous soutient dans nos langueurs, et nous fortifie dans le chemin que nous devons faire pour arriver à la vie éternelle. C'est aussi pour demander ce pain céleste que l'Eglise nous fait dire à la messe l'oraison dominicale avant la communion. L'eucharistie était véritablement un pain quotidien pour les premiers chrétiens; elle l'est encore pour un grand nombre de personnes qui ont le bonheur de la recevoir tous les jours, et tous les fidèles devraient s'appliquer à vivre de telle manière qu'ils pussent mériter chaque jour le même bonheur.

Enfin, après avoir eu principalement en vue nos besoins spirituels, nous pouvons demander les besoins de la vie temporelle; tels que la nourriture, le logement et le vêtement; mais il faut les demander comme on demande du pain, c'est-à-dire ne demander que co qui est purement nécessaire. Il faut les demander liodie, pour aujourd'hui, afin d'éloigner toute avarice et toute sollicitude pour l'avenir. Il faut les demander pour nous tenir dans une continuelle dépendance de Di(;u en toutes choses. En effet, à l'égard de tous ces besoins, toutes nos prévoyances deviendraient inutiles, si Dieu ne nous secourait. Car, dit Jésus-Christ (2), en quelque abondance qu'un homme soit, sa vie ne dépend point des biens qu'il possède. En quel<iue état que nous soyons, pauvres ou riches, nous devons mettre uniquement notre couûance

(!) .Iiislusautcm meus ex fide vivit. Het)r. x, 38.

{'1) Viil>-li' et cavele ab oinui avarilia, quia uon iu abundamia cujusijuaui viia ejus esl ex lus quiC possidet. Luc. Ml, IS.

(.j) [a manu Dei piosperitas bominis. Ecch. x, S.

(4) Psal. cm

en Dieu, et vouloir dépendre absommcnt d« la puissance et de la bonté du souverain Seigneur, qui peut en un moment faire cesser l'indigence du pauvre (.'{), et réduire le plus riche dans l'clat où était Job sur son fun)ier. Le prophèle-roi nous fait bien entendre cette confiance et celte dépendance, lorsqu'il dit (i) : Toutes les créatures ntlendent de vous que vous leur donniez teurnourriturc en leur temps. Vous la leur donnez, et elles la recueillent. \ ous ouvrez voire main, et elles sont rassasiées de vos biens. Vous détournez les yeux, et elles entrent dans le trouble. ] ous en relirez l'esprit, et elles tombent dans la défaillance, et retournent dans la poussière doit elles ont été tirées. Il fiiul donc tous les jours demander à Dieu notre p.iiu comme dis indigents. Ce pain esl une grâce et non une dette. Nous devons bénir le Seigneur quand il nous donne peu comme quand il nous donne beaucoup, parce que la privation nous est souvent plus utile que l'abondance.

Cinquième demande. — dimitte nobis débita NO.sTKA, SICUT ET NOS DIMITTIMDS DEBI-

ToiUBUs NosTBis; remettez -nous nos dettes comme nous les remettons à ceux qui nous doivent. Nos dettes (5) sont nos péchés. Ils sont appelés dettes, parce qu'ils nous rendent reilevables à la justice de Dieu, à laquelle il faut satisfaire en ce monde ou en l'autre. Et, par les dettes que nous nous engageons de remettre, il faut aussi entendre principalement les offenses, plutôt que les dettes d'argent ou d'autres choses, suivant la remarque de saint Augustin (6;. Jésus- Christ nous le marque assez clairement lorsqu'à la fin de celte prière il nous dit que (7), si nous remettons aux hommes leurs péchés, le Père céleste nous rcmellra les nôtres. Ainsi, c'est avec raison qu'on exprime ordinairement celte demande en ces termes :

Pardonnez-nous nos offenses comme nous pard3nnons à ceux qui nous ont offensés.

Mais on doit remarquer en premier lieu que, quoique par les dettes il ne faille pas entendre précisément les dettes d'argent ou d'autres choses, il ne faut pas aussi exclure les offenses qui peuvent se commettre à l'occasion des dettes; mais qu'il faut entendre généralement tous les loris qu'on peut nous faire par rapport à nos biens, à notre honneur et à nos personnes.

Jésus-Christ veut nous engager ici à être miséricordieux envers tous nos frères. La règle qu'il veut que nous nous prescrivions en demandant à Dieu qu'il nous remette nos dettes n'est pas restreinte. Il faut que nous remellions les injures qu'on nous a failes, de quelque nature qu'elles soient, et il y a toujours, à l'égard même des dettes d'argent, des règles qu'il faut observer pour remettre l'olfense et pour êlre miséricordieux com. ne ^

(3) DimiUe nnbis peccata nosira, siquidem et Ipsi dimiiiiumsoiuni dehenii uol)is. Luc. xi, i.

(6) L. Il de Serin, in nionlo, c. 8.

(T) Si eniin dimlseriUs hoininibus peccata eorum, diniitlet et vobis Paier cœleslis delicta veslra. MaUh. vi, ii.

Jésus-Christ nous engage à l'élro, si nous voulons quo Dieu le suit à noire égard.

Preniièrcment, relui i)ui ne veut pas nous payer ce qu'il nous doit nous fait injustice; il faut lui remcllre celle offense dans le fond du cœur, sans en conserver de ressciilinienl.

ScciMidenienl , quand nous exigeons la dette par des voies légitimes, comme nous avons droit de le faire, soit pour avoir soin de notre bien, soit pour porter le détiileur niême à rein|)lir son devoir, il faut le faire sans dureté, par les voies \c> plus douces, et exercer en cela même la mis.érieorde.

Troisièmtnient, quand celui qui nous doit devient si indigent qu'on ne peut le contraindre à payer sans le réduire à une extrême nécessité, il laut alors non-seulement pardonner l'injustice iju'il nous a faite de ne

Une troisième remarque importante est que celle demande a un rapport nécessaire à la seconde, dans laquelle nous désirons que le règne de Dieu vienne en nous; car toute la peine que nous sentons à remettre les offenses vient de ce que nous voulons régner it dominer sur nos frères. Si nous ne désirons sincèrement d'autre règne dans nos creurs que celui de Dieu, nous ne chercherons que son lionncur et sa gloire, nous rougirons de nous compter pour quelque chose, nous lui abandonnerons tout ce qui nous regarde, cl nous serons bien éloignés de vouloir exercer sur nos frètes la veageance que Dieu seul s'est réservée (3). L'homme, dit le texte sacré (4), garde sa colère contre un homme, et il ose demander à Dieu quil le guérisse l II est sans miséricorde

nous avoir pas payé quand il le pouvait, pour un homme semblable à lui, et il demande mais il faut lui remettre la dette même, le pardon de ses péchés! Lui f/ui n'est que chair

parce que nous ne pourrions l'exiger sans blesser la charité, et par conséquent sans pécher contre la miséricorde que nous voulons que Dieu exerce envers nous.

Enfin il ne faut jamais perdre de vue ce que Jésus-Christ a dit, à légard même des dettes d'argent, dans la parabole qui a une liaison nécessaire avec la cin(|uième demande du Pater. Le serviteur à qui le maître avait remis une somme très-considérable voulut impitoyablement se faire payer une petite somme qui lui était due; et le maître en colère lui dit (1) : Méchant serviteur, ne fallait-il pas que tu eusses pitié de celui qui était serviteur comme toi de la même manière gue j'ai eu pitié de toi?

11 faut remarquer en second lieu avec saint Augustin que (2), « des sept demandes que Notre-Seigneur nous ordonne de faire en priant, celle sur laquelle il a appuyé davantage est' celle qui regarde le pardon des péchés : en quoi il nous a marqué qu'un des plus sûrs moyens que nous ayons de nous délivrer de nos misères, c'est d'être miséricordieux; aussi est-ce la seule demande de l'Oraison dominicale oii nous prions Dieu comme si nous composions avec lui; car nous lui disons : Remettez nous nos dettes comme nous tes remettons à ceux qui nous doivent. Si, dans ce traité que nous faisons avec lui, nous agissons de mauvaise foi cl que nous mentions, nous ne tirerons aucun fruit de notre prière : Car, dit-il, si vous pardonnez aux hommes les u^'enses qu'ils commettent contre vous, votre Père, qui est aux deux, vous pardonnera aussi celles que vous commettez conti'e lui; mais, si vous ne leur pardonnez pas, votre Père ne vous pardonnera pas non plus. » Il nous rend les arbitres de l'arrêt qu'il doit prononcer, et il nous donne le choix de sa,bonté ou de sa rigueur, selon que nous userons envers nos frères de l'une ou de l'autre.

(1) Serve, neqiiam, nonne ergo oporluil el lo inisereri consLTvi lui.sicui cl egolui niisertcis sum? Mauh. x»iii,

(2) L. Il de Serm. in monto.

(ô) Mihi viiidicia, el ego reliibiiani. Rom. xu, 19.

(+j liomo bomini roservai iram, el a Dec qiiœril mede-

garde sa colère, et il demande miséricorde à Dieu! Qui osera prier pour lui ? Quand même, par les calomnies les plus sensibles et les plus humiliantes , on noircirait notre réputation d'une manière irréparable, il faudrait encore étouffer tous les ressentiments contre ceux qui nous porteraient des coups si douloureux. Or comment nous mettre si fort audessus de tous les mouvements de l'amourpropre, si Dieu ne règne absolument dans nous, et ne possède toute notre âme? Le pardon des offenses est donc une suite de la seconde demande.

Enfin, comme le désir du règne de Dieu est le désir même de la vie éternelle, le pardon des offenses est une suite du désir du règne de Dieu, parce que c'est l'amour de nos frères qui nous fait jouir par avance de la vie bienheureuse. Nous vivons tous d'un même esprit en Jésus-Christ, comme membres de ce divin chef : notre union est notre vie; et, comme celle union ne se fait que par l'amour, nous ne vivons ensemble que par l'amour; ainsi nous nous faisons mourir nous-mêmes, et autant qu'il est en nous nous donnons la mort à notre fière en lui ôlani celte vie qu'il a en nous, el que nous devons tous avoir dans le corps de Jésus-Christ où nous vivons tous ensemble. Nous reconnaissons, dit saint Jean (o , que nous sommes passés de la mort à la vie, parce que nous aimons nos frères; et celui qui n'aime point son frère demeure dans la mort : tout homme qui huit son frère est homicide; et vous savez que nul homicide n'a la vie éternelle résidant en lui. Nous avons donc en nous la vie cl le règne de Jésus-("ilirisl, en aimant nos frères et en pardonnant les offenses. Sans celle disposition, nous demandons notre condamnation à Dieu, qui ne doit pas nous pardonner, puisque nous ne pardonnons pas.

Sixième demande. — Et ne nos inducas IN TENTATiONEM, Cl nc nous induiscz point en

lani! In hominem siniileni .silii non liabct niisTicordiam, et de peccalissiiis dc|irec3lnr ! Ipse ciiiii c:iro sil, réservai iram, el |iropiiiatioiieiii p. lii a Dec! Quis exorabil oro da liclis illius? Ki.vii. xsviii, 3.

(j) Jujd. m, li.

OllA

tentation, .-es Icntations auxquollcs nous sommes exposés nous cmpôchenl souvent d'areoinplir la volonté de Dieu ; ccsl pourquoi nous demandons de n'être point induits en tentation. Expli<iuons tous ces termes pour rn bien coinpreiiiire le sens.

Tenter, c'est ordinairement éprouver pour ronitaîlrc ou faire connaîlre quelcjue chose. On peut tenter un homme, premièrement, pour tàclier de ('Oiin;iiire sa disposition , quand on l'ignore. Uieu ne tente pnint en cette manière, parce que tout est à découvert à ^es yeux (I).

SecnndeinenI, on peut tenler un homme, c'est-à-dire l'éprouver, pour faire connaStrc sa vertu. C'est ainsi que Dieu éprouve ((uelquefois les justes, pour leur donner lieu de mériter la gloire, et les faire servir d'exemple. C'est ainsi qu'il a tenté Abraham (2), Job, Tobie (3) et plusieurs autres. Mais ces deux manières de tenter ne conviennent [loinl à ce que nous demandons dans notre prière. La tentation s'y prend en mauvaise part, puisque nous demandons de n'y être pas induits; et il faut remarquer avec soin comment il peut convenir à Dieu d'induire en tentation.

On peut induire quelqu'un en tentation, premièrement, en le portant au mal; secondement, en ne détournant pas les tentations dont il va être attaqué; troisièmement, en le laissant sans les secours qui l'empêcheraient de succomber à la tentation.

Nous n'avons garde de demander à Dieu qu'il ne nous porte pas au ma! : nous savons tous qu'il ne nous tente pas de celte manière (V), et qu'il ne peut nous induire en lentalion que dans les deux derniers sens; ainsi nous demandons, à cause de notre fragilité, que Dieu ne nous laisse pas entrer en tentation. C'est la prière que Jésus-Clirist dit aux apôtres de faire (5); et c'est en ce sens que saint Cyprien et plusieurs autres Pères expliquent ces paroles : Ne nous- itictiilscz point en lentalion; c'est-à-dire ne souffrez pas que nous soyons tentes.

Mais comme cette vie est une tentation continuelle, tl que nous ne pouvons pas espérer d'éviter toutes les tentations, ayant à combattre contre le démon, le monde et la chair, nous demandons aussi que Dieu ne nous laisse pas succomber à la teniaiion en nous abandonnant à nous-mêmes. Nous ne nous éloignons de la volonté de Dieu, et nous ne succombons à la tentation, qu'en manquant de lumière et de force. La grâce de Dieu est toute notre ressource pour l'aire le bien et pour vaincre les tentations : « et comme nous sommes victorieux quand Dieu nous assiste, dit le pape Innocent I", il est nécessaire que nous soyons vaincus quand il ne nous assiste pas;» ainsi, si Dieu (6)

ll'br ?v""l'- '"'^'" ""^^ '*' '"'"''''* ^""' "'""'^ ®J"^- (2) Teiilavit Abraliani Deus. Gen. xxii , 1. (5) .Necesse luit ut lemalio probarét le. ïob. xii ,

(1) Deus eiiim inleiilator malorum est, ipse aiitcni ueiniiiem tentai : unusquisque vcro leulalur a loucupiscenlia sua. Jac. 1, 13, 14. Concupisceolia qiise non est ex

; oiu !)7a

nous laisse à nous-mêmes, il nous induit ca tentation, non en nous ij poussant, mais en nous ahnndonnani, dit saint Augustin. Nous demandons donc que Dieu ne nous abandonne pas et ne nous laisse pas succomber A la tentation. Nous savons qu'étant fidèle à ses promesses il ne nous laissera pas tenter au delà de nus forces (7); cl nous espérons qu'il ne permettra la tentation que pour nous en faire sortir avec avantage.

Septième demande. — Sed libéra nos a MALo, mais délivrez-noxts du mal. C'est ici la c inclusion de la prière et la demande qui doit nous procurer l'elTet et le fruit de toutes les autres. Nous trouvons continuellement des obstacles aux dispositions que ces demandes supposent en nous; toute notre ressource est que Dieu nous préserve du mal, non de quelque mal eu particulier, mais généralement de tout ce qui peut nous empêcher de sanctifier le saint nom de Dieu, de désirer son règne, de faire sa sainte volonté, de recevoir les biens qui nous sont nécessaires, de pardonner les offenses, et d'obtenir le pardon des nôtres, et de nous préserver de tentation. Jésus-Christ nous fait demander ici ce qu'il demanda lui-ujême pour ses apôtres la veille de sa mort; priservez-les du mal (8), c'est-à-dire préservez-les de lotit ce qui nuirait à leur salut.

11 ne faut donc pas restreindre ici le mot de mal pour l'appliquer au péché, au démon ou à (itfelque autre objet particulier. Le péché est sans doute un mal et le plus grand de tous les maux ; mais ce n'est pas seulement du péché qu'on demande ici la délivrance; nous avons déjà demandé d'être délivrés tie nos péchés, et même de la tentation qui nous porterait au péché. Le démon est aussi un mal : il est appelé dans l'Lcriture /em j/m .9). Mais nous ne demandons pas seulement d'être délivrés des attaques du démon ; car il y a d'autres causes qui nous portent au mal. 11 faut prendre le mot de mal généralement pour tout ce qui nous détourne des vrais biens, soit en nous faisant tomber dans de nouveaux péchés, soit en renouvelant les fâcheuses impressions que les péchés passés ont laissées dans notre esprit et dans notre cœur. En un mot, nous demandons à Dieu de nous délivrer des maux , quels qu'ils soient, ijui nous détournent de notre saigt, et qui mettent en nous des oppositions à sa sainte volonté.

§ VI. Riibri(iue et remarques sur ce que le peuple dit : Sed libein nos amato, el le prêtre lépond : Aiiien.

Aux grantli's messes le clergé et le peu] le, et aux messes liasses le ministre pour les a.ssislants, disent ; Sed libéra nos a inido, et le pièlre ré|ninil a voiv basse : Amen.

1. Dans l'Eglise grecque, et autrefois avant Charlemagne dans les églises des Gaules le pré>

Paire. I .Toan. ii, IG.

{5) Orale ne inlretis in tentalionem. Luc. xxn , 40.

(6) Non cogeiido, sed deserendo. Aug. serni. 57, in Maiili. IX.

(7) Non palielur vos teulari supra id quod potestis, sed faciel etiam cum tenlatione provenlum. I Cor. x, 13.

(SI Si'd ut serves eosa malo. Joan. xvn, 13. "Jl .Maligims non tangit eum. Juan. v. 18.

tre el le ppuple disaient ensemble l'oraison dominicale (I). EnAfrique au contraire, selon le témoignage de saint Augustin (2), le peuple l'écoulait seulement : c'est ce qui s'observait à Uome au temps de saint Grégoire. « Chez les Grecs, dit ce saint pape (3), l'oraison dominicale est dite par tout le peuple , et chez nous par le prêtre seul. » L'Eglise romaine avait juge à propos que le prélre récitât seul le Pater à haute voix, dans la vue, ce semble, que tout le monde l'entendît plus distinctement; et, dans la suite, afin que le peuple y prit également part, on lui a fait réciter la dernière demande qu'il doit dire comme une espèce de récapitulation de l'oraison dominicale : car c'est comme s'il disait : Délivrez-nous du mal. Seigneur, afin que vous soyez toujours glorifié en nous, que vous y régniez seul, que nous fassions votre volonté, que nous obtenions de votre bonté les biens spirituels el temporels, que nous méritions le pardon de nos péchés par l'amour sincère de nos frères, et (juc notre fiiiblesse ne soit point exposée aux tentations.

2. Le prêtre répond Amen à voix basse. Selon de très-anciens Sacranientaires il n'y a point ici A^Amen, {h), parce qu'en effet la prière suivante Libéra nos est comme une suite du Pater, après laquelle on répond : Amen, Cependant, comme dans les évangélisles le Pater est terminé par Amen, on a jugé à propos de le terminer de même à la messe; et il paraît, par Flore et par Rcmi d'Auxcrre, qu'il était ainsi communément terminé au neuvième siècle.

Le prélre, qui est à l'autel pour appuyer les di'mandes du peuple, dit cet Amen; et comme il parle souvent seul et en secret avec Dieu, il reprend la récitation secrète pour dire : Amen. Conime s'il disait : Oui, Seigneur, nous sentons la grandeur et l'étendue des maux qui nous détournent dû bien; délivrez-nous-en

Oramos te. Domine.

l'Explication du P. Lebrun.) nuBniQDE.

Le prêtre étant monté ii l'autet dit secrètement Orumus te. Domine; nous vous prions, Seigneur; et lorsqu'il est venu à ces paroles, donl les reliques sont ici, il baise l'autel Siins faire aucun signe de croix sur l'endroit qu'il baise. TH. i, n. 1.

REUiHQUES.

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