‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 313 sur 411 · DU PAIN BÉNIT · texte numérisé non relu

DU PAIN BÉNIT

(Explication du P. Lebrun.)

Eulogie vient d'un mot grec qui signifie priêreoubénédiction. Le painbénitqui est, en plusieurs endroits , le seul reste de l'offrande des fidèles, est ainsi appelé, parce qu'il est bénit par une prière, et il a été institué pour être entre eux un signe de communion. Les chrétiens doivent tous ensemble composer un même corps, et l'on ne saurait trouver un symbole plus expressif de l'union de plusieurs choses que le pain qui est fait de plusieurs grains de blé réunis et confondus ensemble : Nous sommes tous itn même corps et un même pain, dit saint Paul (1), parce que nous devons tous être réunis en Jésus-Christ.

On voit au iv^ siècle que, pour exprimer cette union, les chrétiens s'envoyaient mutuellement du pain, qu'ils appelaient ilcs eulogies, à cause qu'ils y joignaient une bénédiction par la prière.

(t)Cor. X, 17.

(2) Orat. 19, tom. ï, p. 506.

(3) Panis quepi niisimus uberior benedicliofletdik'clione accipientis vcsirae benignilalis. Aug., cp. 51, al.ôt, ad Paulin.

(4) Pancm unum, qucm unanimilalis indicio niisimns charitali tuae, roganius accipiendo benedicas, Paulin., epist. 41, ad Avqiisl.

i'i) Panem uniini sanclilali lus unilatisgratia niisimus... Huiicpanem eulogiam esse tu facics dignalione suniendi. Paulin., pp. 4.'), ad Alip.

(fi) Voij. un fragment d'une lellre de saint Irénée au pape Victor. Kuseb. Histor. I. y, c. 2i.

Saint Grégoire de Nazianze |2; parle des pains blancs marqués d'un signe de croix, qu'il avait coutume de bénir, et qui donnèrent miraculeusement la santé à sa mère par la seule pensée qu'elle eut en dormant qu'elle en mangeait et qu'elle était guérie. Saint Augustin fait allusion à ces sortes d'culogies, lorsqu'il écrit à saint Paulin (.3) que la bénédiction du pain qu'il lui envoie deviendra plus grande par la charité avec laquelle il le recevra.

Saint Paulin envoya aussi un pain à saint Augustin en signe d union (i), et il le prie de le bénir en le recevant. Le même saint, envoyant un autre pain à saint Alipe, évéque de ïagasle, lui écrit (5) qu'en le recevant en esprit de charilé, il en fera une eulogie.

On s'envoyait même quelquefois l'eucharistie (6), qui est le plus grand de tous les signes d'union ; et le concile de Laodicée, vers le milieu du iv* siècle, au quatorzième canon, défend d'envoyer à la fête de Pâques les saints [sancta), c'est-à-dire l'eucharistie, au lieu d'eulogies.

Cecanon peut faire entendre qu'on envoyait quelquefois l'eucharistie, et qu'on envoyait plus souvent en signe de communion un simple pain bénit qu'on appelait eulogie. Les anciennes formules de Marculfe nous apprennent en effet que les évoques se sont envoyé durant longtemps des eulogies aux fêtes de Noël et de Pâques' (7).

Le pain bénit a donc été d'abord en usage pour entretenir l'union entre les chrétiens éloignés les uns des autres, et il l'a été ensuite pour être un signe d'union entre tous ceux qui se trouvaient ensemble à la messe. Le signe d'union par excellence est la communion eucharistique ; mais tout le monde ne communiant pas, on a institué un autre signe qui suppléât à la réception de l'eucharistie, afin qu'on pût dire en un sens ce que dit saint Paul (8 s Nous participons tous à un même pain. De là vient, que depuis un temps immémorial, dans les églises grecques et latines, on a bénit du pain pour le distribuer à la fin de la messe. Saint Germain, patriarche de Constanlinople, relèvelcs avantages qu'on doit tirer de ce pain; et l'on voit dans plusieurs autres auteurs (9) que les Grecs à la fin de la messe, le reçoivent du prêtre avec beaucoup de respect en lui baisant la main.

L'usage du pain bénit fut expressément re-

(7) Voy. lesch. 42, 44 et 45 du second livre des Formules, et les notes du savant Jérôme Bignon, lom. II des Tapiiulaircs, p. 429 et 9ii0.

(8J Cor. X, 17.

(0) Il est I arlé du pain bénit dans Balsamon sur le second canon d'Anlioclie (quoique ce canon ne parle en général que de la communion des chrétiens), dans l'bisloire de C;mlacuzène (I. i, c. 41), dans Niréphore de Conslantinople (c. 19), dans Codin, de Ofliciis aula: Conslaminop. Voyez aussi Cabasilas sur la liiuigie et les noies du P. Goàr sur l'Eucologe. Cet auteur, le P. Cabassut, et plusieurs autres savants citent parmi les preuves du paiu bénit la décrétale du pape Pie Ij au u' siècle. Mais c'est uns

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