‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 350 sur 411 · PAX · texte numérisé non relu

PAX

FAX

ïig;

ou quelques goullcs du sang précieux avec (lu vin non consacré, desllnc pour la cooinuinion du peuple.

Il csl conslanl que depuis huil ou neuf cents ans , aux messes solennelles où le nombre des communianls se Irouvait fort grand , outre k- calice du sang qui était sur Paulel , on préparait un autre calice avec du vin ; et qu'après la communion du prêtre on versait quohine peu du sang précieux dans le calice du vin non consacré , afin que ce vin lirât de là uix- espèce de sanctification et de consécralion. Les anciens Ordres romains yl) le marquent ainsi.

Il est certain encore qu'on se contentait en quelques endroits (2) , en donnant la communion du calice aux assistants, de mêler du vin dans le calice, pour aciiever de communier tout le monde sous deux espèces, parce que , comme disent l'iiblié Panorme et Durand , au xiii'= siècle (3), il y aurait de l'inconvénient de consacrer autant de sang qu'il in faudrait pour la multitudi', et qu'on n'aurait pas même de calice assez graml pour cela. Mais ce mélange se faisait sans aucune cérémonie. Le prêtre le laissait faire au diacre, au lieu qu'il a toujours mêlé lui-même le corps et le sang. La prière Hwc commixtio ne devait point être dite en mêlant un peu du sang précieux dans le calice du vin , ou en y mêlant la particule de l'hostie, comme l'on fait le vendredi saint où il n'y a que du vin dans le calice. L'ancien Ordre romain marque qu'on ne dit point alors : llœc cummixlio , et cela s'observe encore aujourd'hui. Véritablement on trouve dans les bas siècles (4) que cette prière s'est dile (5) en quelques églises le vendredi saint , contre ce qu'a dit Durand (6), sans aucune exception, l'an 1286. Mais on a reconnu dans ces églises-là même que c'était un abus, comme il paraît par plusieurs Missels manuscrits et imprimés qu'on pourrait rapporter ici. Le P. Mabillon en a cité sufGsammenl (7).

Enfin le mélange de la particule de l'hostie ou de quelques gouttes du précieux sang avec le vin ne se faisait que quelques jours de l'année , au lieu que celte oraison doit se dire à toutes les messes , en mêlant le corps et le sang précieux , et l'on ne doit point révoquer en doute qu'elle n'ait été l'aile pour être dite en faisant ce mélange.

Seconde difficidlé. Pourquoi l'on mêle le corps avec le sang de Jésus-Clirisl.

Réponse. On le fait par l'autorité des liturgies et des conciles , par une raison naturelle et par mystère. Cet usage est marqué

(1 ) Ord. I, Il et 111. Comment. Mabill. p b8.

(-2) Us. CisU'ic. c. 55.

(3) Uiide in quibusdam locis post sumplionem corporis el sanguinis Cbrisli aliquid de ipso sanguine rpservauir in calice, etsu|iei' iiilundllur viiium piirum, ulipsi comnuinicanles inde suniant : non enim esset deceiis tanUini saiiguinem cnnlicere, nec calix capax invenirelur. Durand, liv. iv, c. i'2, a. 1.

|4) Depuis environ le \' siècle.

(5) Koi;m le commentaire du. P. Mabillon sur l'Ordre romain, où il a parlé de tous ces usages avec beaucoup d'éruililion, de discernemenl el de sagesse. Voije: aussi le l'. Marlène, de anliq. Rit. cap. 4, art. 10, ». H et IS!.

[ti) Hac diequando particula hostia in calicein niitlitur,

dans la liturgie de saint Jacques , qui csl la plus ancienne de l'Eglise grecque. On le voit aussi dans les plus anciens Ordres romains. Le premier concile d'Orange, en k'*i, dit (8) qu'auec la capse te calice doit être présenté el consacré par le mélange de l'euclmrislie. La capse élail la boîle où l'on conservait l'eucliarislie. On la portait à l'autel au comniencenirnl de la messe, et avant la communion elle élait présentée au prêtre , afin qu'il y prît la parcelle réservée pour la mettre dans le calice.

Pour bien entendre cet usage, il faut se souvenir qu'outre la parlicule qu'on met à présent dans le calice , après la fiaclioii de l'hostie, on y mettait autrefois celle qui avait été envoyée parles évêques, ou celle qu'ils s'étaient réservée eux-mêmes pour le sacrifice suivant..

On voit , par les constitutions des papes Melchiade(9) et Sirice (10), rapportées dans les anciens catalogues des papes, el par la lettre (11) d'Innocent I" à Dccentius , <liie le pape et les autres évoques d'Italie envoyaient tous les dimanches aux prêtres des églises titulaires une partie de l'eucharistie qu'ils avaient consacrée à la messe; et le prêtre mettait celle parlicule dans le calice en disant: Pax Domini, etc., en signe de communion.

Les évêques aussi , le jour de leur sacre , recevaient de celui qui les consacrait une grande hostie qu'ils conservaient durant quelques semaines , pour en mettre chaque jour une partie dans le calice au même endroit de la messe. On voit encore, par de fort anciens manuscrits (12), qu'on gardait une partie de l'hostie consacrée par le pape à Pâques , à la Pentecôle et à Niël, pour la porter aux stations qui se faisaient durant le cours de l'année, et la mettre dans le calice en disant: Pax Domini, lorsque le pape n'allait pas aux stations.

Le pape et les évêques, avant le iv siècle, reccvaienl l'eucharistie desEglises éloignées, comme la letlre de saint Iréni'c au pape A iclor touchant les Eglises d'Asie le fait Voir, et ils conservaient eux-mêmes, en (lisant la messe, une partie de l'hostie pour le sacrifie suivant.

Ces particules qu'on envoyait aux églises s'appelaient /tT»ien/i«m, levain, parce qu'on les regardait comme un levain de communion et (le charité, qui marquait qncle pape, les évêques et les prêtres offraient un même sacrifice , et qu'eux tous avec les fidèles qui y

non dicuntur verlia illa : Fiat commixtio, quia ilii de sanguine mentio lit, sed in calice sanguis non est, nec liodie consecralur. Durand. Ration. I. vi, c. 77, n. 26.

(7) In Ord. Rom. n. 15, p. 86.

(8) Cum capsa et calix oITerendus est, et admixiinne Eucliarislia; consecrandus. Conc. Aiaus. t, can. 17. On lit dans les manuscrits inferendiis, au lieu d'offerendiis.

(9) Hic lecil ut oblatioiies consecratee per Ecclesias ex. consecralu episcopi dirigerenlur, quod declaralur fernienlum. Proptjl. Ad. SS. Mail, p. 51.

{[0)1 bid , p. 53.

(11) E|,i.<ii. 29.

{\'2) Codex Ralispon. Mabil. /(. Gennan. Mus. liai loin. Il, p 38.

nc7

participaient avaient lieu de lire avec saint Panl(l) : Nous ne sommes tous ensemble qu'un seul pain et U7i seul corps, noiis tous qui pnrtieipons (5 un même pain.

Scion les deux premiers Ordres romains (2) cl Amalairc (3) , on portail celle partie de la sainte cucharislic dans une bollc devant le pape, lorsqu'il allait à l'autel. Il l'adorait avant que de coniincnccr la messe , et c'est celle même particule qu'il mettait dans le calice, en disant : Pax iJomini. Il est évident, par ces Ordres , que ce n'était point là une parcelle de l'hostie du jour , parce qu'on n'avait pas encore fait la fraction de la nouvelle hostie (ï), dont on mctiait aussi ensuite une parcelle dans le calice en disant : Fiat commixtio , etc. Ce dernier mélange s'est toujours fait. Et dcpuisqu'on no ré>crvc plus de parcelle de l'hostie, il a pris la place du premier.

Quant à la raison de ces usages , la parcelle réservée était mise dans le calice, 1" en ïigne de communion avec ceux qui l'avaient envoyée ; 2" pour joindre la consécration des jours précédents avec celle du jour môme, et marquer ainsi l'unité et la conlinuilc du sacrifice ; 3" la particule réservée pouvait élre mise dans le calice pouruiie raison naturelle. C'est que , les hosties étant autrefois plus épaisses qu'elles ne le sont à présent , cette parcelle pouvait être durcie et avoir besoin d'être humectée pour la prendre plus facilement. Il est certain que, dans la plupart des Eglises grecques où l'eucharistie destinée aux malades est mise en réserve le jeudi saint pour toute l'année, les prêtres la font {.'>) ramollir dans du vin en la donnant aux malades. Nous voyons dans Eusèbe (fi) que celui qui porta l'eucharistie au vieillard Sérapion eut ordre de riiuniecler, el le concile de Car- (hago (7) , qui veut qu'on verse reucharistie danslabouchcdu malade, donne aussi lieu de croircqu'on la mêlait dans une liqueur. I^es premiers chrétiens el les solilaires qui portaient et conservaient l'eucharistie chez eux pouvaient en user ainsi ; el dans la manière de communier que l'artlievéque de Corinthe, aux' siècle, prescrivit au solitaire Luc , il est marqué (8) qu'en prenant la sainte hostie il devait prendre en même temps du vin dans

(1) Unus panis, ununi corpus mniti suiniis, oniiios qui île uiio pane p;irlicipamiis I Cor. x, 17.

(2) Subiîiacoiuis luncns luanum siiam in ore cipssB , osluiiilil sancla poiililici... l'oiilifcs salulal sancia et coiileinplauir; ut si fiicrll siipcrahiuiilaiis pixcipiat, ut ponalur iii coïKlilorio. Ord. i, n. 8. Ad altare primo adorai sancta. Oiri. Il, n. i.

(5) F.i'iscopus venions ail altare, ailorat primo sancU. Amal. Kglog. Mabil. in Ordin. Rom. p. 5(1.

(il Cum ilixerit : Pa.v Doiiiim sil scmper vobiscum, faciens crucpm iribns vicibus manu sua super caliceiti, millit sancla in eum... Tune [lontilox runipil oblatam... explela coiifyaclione... de ipsa saucta quam momorderit, ponil... dicens in calice : Fiat roinmixlio. Ord. i, n. 18 el 19. Cum dixprii, Pax Domini sit sempcr vobiscum, miiiil in calicem de sancla oblata, .mhI arcliidiaconus p:icpm dal cpisi opo priori : deiiide caeleri per ordinem, el populus, soparatim viri et feinina;. Tune poulilex runipil uiilalaui... explela conrracliunc... de ipsa sancla quam momorderit, ponit in- Ipr niauus arcbidiaconi in calicem, taciens cruceni 1er diccndo: Fiai commi.ilio, olc. Ord. n, n. t5.

(■)) Voyez la lettre de Léo Allatius au père Morin, de récent Grœconim templis.

(6) llist. ecctes. 1 vi, c. 56.

un petit vase destiné uniquement à co ministère. La particule qu'on met encore lo vendredi saint dans du vin est peut-être un reste de l'ancien usage.

Mais on a toujours eu une raison plus considérable et toute myslérionse de mêler le corps el le sang de .lésus-Christ, consacres sons les espèces du pain et du vin , qui est de marquer la réunion du corps et du sang de Jésus-Christ, et sa résurrection glorieuse. En effet , jusqu'à cet endroil de la messi; l'Eglise n'a exprimé que la passion et la mort de Jésus-Christ par la consécration de son corps cl de son sang faile séparément. Il est certain, comme dit le concile de Trente, que par la vertu des paroles sacramentelles dites sur le pain le corps est consacré seul ; cl que par la vertu des paroles sacramentelles prononcées sur le calice le sang est aussi consacré seul. II est pourtant de foi que cette séparation n'est que mystérieuse , et que réellement le corps n'est point sans le sang, ni le sang sans le corps , puisque le corps de Jésus-Christ est véritablement un corps vivant et glorieux. Or, il est important qu'on, représente dans le sacrifice la mort de Jésus-Christ et sa vie glorieuse , parce que le sacrifice de la messe est le renouvellement de celui qu'il a offert en mourant sur la croix, et qu'il offre vivant dans le ciel. Le corps consacré séparément et le sang consacré séparément sont le signe de sa mort. Le corps et le sang réunis sont le signe de la vie qu'il a reprise en ressuscitant : car l'espèce du vin , pénétrant l'espèce du pain, nous représente quelecorps et le sang résident ensemble, et sont réunis comme dans un corps vivant. Amalairc (9) avait expliqué cette raison mystérieuse , cl elle est aussi rapportée dans la messe de Ma u ri Ile (10), archevêque de Rouen, et expliquée par Jean , évêque d'Avranches au xr siècle. C'est encore ce que Flore, Uemi d'Auxerre cl Aleuin nous ont fait entendre eu disant (1 1 qu'on mel la particule dans le calice afin qu'il contienne toute la plénitude du sacrement.

Expliquons tous les termes de la prière qui accompagne ce mélange ( 1-2), oii nous verrons 00 que signifie le terme de consécration, qui fait la troisième difficulté.

(7) Conc. CartliaK. iv, can. 76.

(8) Àctii sanct. Lucœ, Jwi. .\\ict. Biblioth. PP. cl apud Bolland. 7 fe!}r.

(9) In islo oflicio monslralur sanguinem fusum pro noslra anima, Ptcarnemmortnampro nostro corporc, redire ad propriam substantiam, alque Spiritu vivificante, vc^etiri linmlnem no\um, ut ultra non niorialur, qui pro nuliis morlmis fuit et resurroxit. Aitial. 1 m de Eccl. Offic. c. .11.

(10) Per particulain oblalje immissa; in calicem nslendilur corpus Christi, quoil rcsurrexit a niorliiis. fli7. celeb. miss. Maurill. episc. llulhom., et Joan. .\briuc. de Offic. pag^ 25.

(11) UtcaliiDomini totam plenitudinenicontincatsacranienli. FInr. tu Can. Mi.ss. ; Kcmig. Expos. Miis. ; Aleuin. de div. Offic.

(12) Cette prière, qui est dans les plus anciens Ordres romains, dans Amaiaire, dans le Micrulogue et dans un grand nombre d'anciens MIsspIs manuscrits de France, d'Anjîleterre el d'Allemagne, n'csl |ias dite parles cliartreux et ne se trouve piPint dans les coulumej; de Clunj • ce <|iii marque que dans quplipies Eglises de Fraure, cpioi- (prellcs eussent pris le rite romain, on a mis la particule lie l'hostie dans le calice sans rien prononcer, apparem-

PEN

PEN

ii;o

HilC COMMIXTIO ETCONSECRATIo(l).Le tllOl

de consécration ducorpsetdusany ne signifie ici que le corps et le sang consiicrcs. Saint Laurent disait au pape saiiUSixte(2 •.Eprouvez le ministre à quivoiis avez confié la consécration du san<i du Seigneur, pour dire à qui vous avez confié le sang de Jésus-Christ consacré, parce que celait au diacre à le distribuer à la communion. Le corps consacré sous les espèces du pain s'appelle la consécration du corps , le sang consacré sous les espèces du vin s'appelle la consécration du sang, e( le corps cl le sang réunis dans le calice sont la consécrationdu corps et du sang. L'Eglise réunit ces deux consécrations en faisant mettre par le prêtre une partie de l'hostie da ns le calice ; et le premier concile d'Orange recommanda expressément cette pratique : Le calice, dil-il, doit élre consacré par le mélange de l'eucliarislie, c'est-à-dire que, contenant déjà la consécration du sang, il doit aussi contenir celle du corps : afin que , comme on a vu , le calice sous un symbole sensible contienne toute la plénitude du sacrifice, et qu'il soit le signe et la cause de la vie glorieuse que nous attendons. C'est le but et la (in de la suite de cette prière.

Fiat accipientibus , servent pour la

vieélernelle. Nousdemandons quece mélange, qui est le symbole de l'union mutuelle du corps et du sang de Jésus-Christ, pour marquer sa résurrection et sa vie glorieuse, soit un signe et un gage de notre union à Jésus- Christ pour la vie éternelle, qui ne nous est promise (3) que p;n- le corps et le sang du Rédempteur.

A nous gui le recevons. Celte prière ne regarde à présent que le prêtre cl ceux qui par un reste d'antiquité communient sous les deux espèces en quelques solennités.

Il n'est pas inutile d'observer ici que, comme le mélange des deux espèces sucramcntelles marque la réunion de l'âme cl du corps de Jésus-Christ, il y a un grand nombre de Missels (i) où l'on demande pour ce sujet la santé du corps et de l'âme , et ensuite la vie éternelle.

Page 1