‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 48 sur 411 · INVOCATION DU SAINT-ESPRIT · texte numérisé non relu

INVOCATION DU SAINT-ESPRIT

(Explication du P. Lebrun.) Nous avons offert le pain qui doit être changé au corps de Jésus-Chrisl;nous avons offert le vin mêlé d'eau, qui iloil être changé en son sang; et nous souhaitons d'élre changés nous-mêmes pour pouvoir être offerts à Dieu comme une hoslie qui puisse !ui plaire : tout cela ne peut être fait que par Topéra- Jion de l'Esprit sanclificatcur. Nous l'invoquons donc, afin qu'il daigne nous changer en même temps qu'il est invoqué pour changer le pain et le vin au corps et au sang de Jésus-Christ.

RUBRIQUE

Leprétre se tenant debout, et étendant les mains, les élève en haut et les joint : il élève aussi en même temps les yeux, et les baissant d'abord, il dit : ^ enez , Snnclifienteur. Jl fait le signe de la croix avec la »\ain droite sur l'hostie et sur le calice , en disant : Benedic. Tit. VII, n. 5.

REMARQUES

i. Il étend les mains, les élève vers le ciel, et les joint pour exprimer par ce geste qu'il souhaite le secours d'en haut.

2. Il élève les yeux, qui doivent suivre ordinairement l'aclion des mains; et il imite en cela Jésus-Christ, Noire-Seigneur, qui éleva les yeux au ciel en invoquant la toutepuissance de son Père.

3. 11 abaisse d'abord après les mains et les yeux sur l'oblation qui doit êlre bénite, et il fait le signe de la croix avec la main sur cette oblation , en disant benedic, bénissez , pour marquer que c'est par la vertu de la croix qu'il espère la bénédiction qu'on demande dans la prière.

Venez, Sanctifica- Veni , Sanctificalor leur tout - puissant , omnipotcns , seterne Dieu éternel, et bé- Deus , et benedic hoc nisscz ce sacrifice sacrificium tuosaiicto préparé pourla gloire nouiini pr.Tparalum. de votre saint nom.

Celte prière a été tirée de l'ancien Missel gallican, comme le Micrologue (Ij l'a remarqué. Elle se trouve dans le sixième ordre romain(2),qui a été au ix' siècle à l'usage des églises de France , et elle était aussi dans le Missel mozarabe des églises d'Espagne.

EXPLICATION

Le prêtre s'élève vers Dieu , comme toutpuissant, comme l'auteur et la source de toute sainteté, et le supplie de bénir le sacrifice , qu'il reconnaît ne pouvoir être offert qu'à lui seul.

A considérer simplement plusieurs termes décode prière, on pourrait croire qu'ils se

(1) ComposlU autem oblalione in aliaii, dicit sacerdos hanc orationem, juxla gallicanum ordiiiein : Veni, Sancliticalor.... tuo nomini prœparalum : Fer Cliriitum Dûmimun tiosirum Microl. , c. 11.

(2) Xibl ijraeparalum : Qui vivis, etc. Ord. Rom. vi. n. 10, p.7i. '

(3) Ego Dominus sanclificator Israël, i'tecft. xxxvn,

(1) Selon plusieurs Missels, on disait ici le Veni, sancle Spinlus, repie, ou le Veni, Creator tout au long. Fou. les Missels manuscnls d'Evreux, de Coutances : ceux de Rouen manuscrits, et imprimés en U85; celui de Uayenxcn iSOl; de Marnioutier en 1508; de Cliezal-Ben 11 < n 1515; pies-

rapporlent à Dieu lePère,ou indistinctement aux trois divines personnes. Eneffel, le terme de tout-puissant s'adresse ordinairement au Père, ou indistinctement aux trois personnes en un seul Dieu, aussi bien que celui de sanctificateur (.3); mais si nous les expliquons parles autres liturgies, et parles plus anciens auteurs, nous dirons que le prèlrn doit avoir principalemcnl en vue le S:iinl- Esprit , la troisième personne de la Trinité , lorsqu'il dit: Veni, Sanctificator; (ar, comme on vieni de le voir, cette prière a élé tirée des anciens Missels de l'Eglise gallicane avant Charlemagnc. Or, on s'adressait alors fort distinctement au Saint-Esprit ; co qui se voit évidemment dans la douzième messe de l'ancien Missel des Goths; et cet usage s'est tellement conservé dans la plupart des églises de France (4), qu'on a dit presque jusqu'à noire temps le Veni, sancl» Spiritus , reple, et le Veni , crealor Spiritus. Cela est encore plus évident dans le rite mozarabe, où l'on a toujours dit Veni, sancle Spiritus sanctificator.

Quoiqu'à présent dans cette prière nous ne nommions pas le Saint-Esprit, et qu'il y ait divers termes qui semblent désigner Dieu le Père, le seul mot veni doit faire voir que l'Eglise ne s'adresse pas ici au Père éternel ; car, suivant le langage de l'Eoriture, l'Eglise n'invite que l'une des deux divines personnes qui ont élé envoyées, le Fils ou le Sainl-Espril ; au lieu que, quand nous nous adressons au Père, nous disons : envoyeznous votre Esprit-Saint; ou par rapport au Fils: envoyez-nous le Rédempteur, l'Agneau qui efface les péchés du monde. Comme on ne peut point entendre ici le Fils par lequel nous faisons celle prière, les mots Veiu' , Sanctificator doivent nécessairement désigner le Saint-Esprit.

Ce qui détermine à s'adresser au Saint- Esprit , est , qu'encore que les effets do la toute-puissance viennent de Dieu, Père, Fils et Saint-Esprit, la bénédiction ou la sanctification des dons que nous offrons à Dieu pour êlre changés au corps et au sang de Jésus-Christ, est pourtant attribuée au Saint- Esprit, de même que l'accomplis-ement du mystère de l'incarnalion. et l'effusion des dons surnaturels sur l'Eglise.

Toutes les anciennes liturgies des églises grecques et latines, aussi bien que les Pères, parlent (5) le même langage. On demande dans ces liturgies, que le fou du Sainl-Espril vienne consumer le pain et le vin, pour les changer au corps et au sang de Jésus-Clirist ; elles nous font entendre que comme le corps

que tous ceux de la province i^e Reims; celui de I.yoi da 1310; de Grenoble de \'iti; et surinul ceux d'Autun do 1493 et 152i, où après le Veni, Sanctificalor, on lit ; Di~ cal : Veni, sancle Spiritus, reple... accpiide. Ileiimique dicat manibus jtinctis : Veni, veni, ineûabiiis Sanclificator, u( supra.

(5) Liiurg. Basil. Isid. Petits. 1. i, ep. 109, 313. Ciirill. Catech. cap. 5, Myslag. Oplnt. Hilev., I. 6, Futg., I. i, ad Monim. c. 6 et soi]. Beda, honi in boec \erba' Joannis .- Vidil Joannes Jesum... Panis el vim creaiura in sacraoïenlum corporis et sanguinis cjus inelTabili Spirilus sanclificatioiie Iransfertur.

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(lu Sauveur a été formé dans le sein de Marie par l'opération du Saint-Espril; c'est aussi par l'opération du même Esprit qu'il doit être produit sur l'nutel.

Omnipotens Dieu tout-puissant. Ces

effets ne peuvent être produits que par la toute-puissance. Or, le Saint-Esprit est Dieu, tout-puissant et éternel comme le Père et le Fils.

Et benedic Et bénissez ce sacrifice.

C'est par tous ces motifs que nous demandons au Saint-Esprit de bénir ce sacrifice, c'est-àdire de sanctifier ces dons en les changeant par une effusion de sa grâce toute-puissante. La Secrète de l'ancien Missel des Golhs, dont nous avons déjà parlé, nous le fait voir clairement (1) : 0 .S'e/jneur, que le Snint- Esprit, voire coopéraleur éternel, descende sur ce sacrifice, afin que le fruit de In terre que nous présentons soit chanijé en votre corps, et ce qui est dans le calice en votre sang.

Quand nous demandons que le Saint-Espril descende sur le sacrifice, nous entendons aussi qu'il sanctifie celui de notre cœur : nous demandons alors qu'il change et bénisse ce cœur, pour le rendre digne d'être offert à Dieu. Car, comme l'Apôtre nous dit que Jésus-Christ s'est offert en sacrifice sur la croix par le mouvementdu Saint-Esprit (2), c'est-à-dire par le mouvement d'une charité et d'une miséricorde infinie pour les hommes, il faut de même que le Saint-Esprit nous inspire l'amour et les autres dispositions avec les(iuelli'S nous devons accompagner le sacrifice intérieur que nous faisons de nousmêmes et de tout ce qui est en nous.

Tuo .sANCTO.... préparé pour la gloire de votre saint nom. L'Eglise intéresse le Saint- Esprit à tiénir ce sacrifice, en lui exposant qu'il est préparé pour son saint nom ; car il est offert ;iux trois divines personnes, et par conséquent au Saint-Esprit aussi bien qu'au Père et au Fils.

ITE M ISS A EST.

(Explication du P. Lebrun.)

§1. L'explication, l'antii]uilé de l'ite missa est , ei la

manière de le dire.

RUBRIQUE ET REM.iRQUES.

Le prêtre revient au milieu de l'autel, le baise, se tourne vers le peuple, dit encore Dominus vobiscum; et se tenant ainsi tourné il

(l) Les Missels de Narbonne de 1528 et 1576 ont retenu cette invocation : Descendal, quccsumits, Domine. Spirilm saiiclus <«»s super hoc uUare, qui litei: mimera titœ niajestati obUita, benediceiido ticnedicat , el simctiftcando sunctificel, el sumentium corda dignutiler emmtdet. Per.

(2j Qui per Spiritual saiictuuj seiuetipsum obtulit immaculaium. Uebr. c. 9, v. li.

(3) Le Mierologue,cap.46, Beletb. cap. -49, .Alexandre de Halès, de Ofjic. mit. el Durand, lib. iv, cap. S7, nianiuenl qu'on se tourne vers le peuple en disant VUe missa esl, ai in donueul cette même raison. A Sens, à Laon et a Nojon le diacre se tourne vers le seiaentrion.elnou directement vers le peuple. Je ne sais p;is la raison de cet usage particulier. Peut-être le fait-on à cause (lue le diacre se tourne de ce côté-là en lisant l'Evangile. Mais au diocèse de Sens on y fait même tourner le prêtre , selon les cérémonies imprimées à l:i liii du Kituel en 1694, oùon lii : Après que le célébrant u dit )J. minus \obiscuni, il st tunnie conjoiiilement avec te diacre et k sous-diacre du côté du septentrion pendantquele diacre citante l'Un missa est. (P. 478.) A Laon,

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dit, s'il faut le dire, Ite missa est. Tit. U.n.l. Aux grandes messes le diacre se tourne vers le peuple en même temps que le prêtre, et dit Ite missa est, n. .'5.

1. Le prêtre voulant congédier le peuple commence parle saluer ; et il va d'abord au milieu de l'autel, qu'il baise, pour en tirer en quelque manière les bénédiction^ et les grâces qu'il veut souhaiter au peuple en lui disant : que le Seigneur soit avec vous.

2. // se tourne vers le peuple, parce qu'il convient de regarderceux à qui l'on parle (3).

3. // dit : Ite missa est. Nous verrons, à l'article .Messe, ((u'on dit missa pour niis- »jo , c'esl-à-dire renvoi. Ainsi ces mois Ite missa est signifient, ùllez , c'est le renvoi; pour dire , il est permis de sortir , vous pouvez vous en aller. Les païens se servaient d'une formule à peu près semblable pour annoncer la fin des assemhléi's. On prononçait en quelques endroits / //ce; (i), pour ire licel, il est permis de se retirer. En d'autres on disait, congé aux peuples, populis missio [ri]. El Aviltis, arclievê(|ue de Vienne, qui écrivait vers l'an 3<!0, dit ((i) que non-seulement dans les églises, mais qu'au palais ou au prétoire on prononçait qu'on faisait la messe ( c'esl-à-dire le renvoi ) , quand on renvoyait le peuple.

Tertullien (7) et saint Cyprien (8 parlent du renvoi du petiple après les solennels, c'est-à-dire après la messe. Durant les siècles de persécution, c'était là un renvoi fait avec précaution pour éviter le bruit el la foule, plutôt ()u'un congé donné solennellement. Cela n'a dû se faire avec quelque solennité qu'au cuuimeucemenl du iv* siècle , lorsque les assemblées se sont faites en pleine paix.

Toutes les anciennes liturgies grecques marquent ce renvoi à la fin du sacrifice. Dans celle des Conslilulions apostoliques le diacre dit : Allez en paix (9) ; et dans les liturgies de saint Jacques, de saint Basile et de saint Chrysostôine, allons en paix : sortons en paix (10,.

On ne voit pas Vite missa est dans les sacramentaires des saiitts papes Gélase tt Grégoire. Mais la seule autorité d'Aviius nous montre qu'on le disait vers l'an 500 dans les Eglises latines; et il est dans l'ordre romain qui passait pour fort ancien au temps de Charlemagne.

il ne se tourne au septentrion qu'en disant : Ile missa est, au lieu qu'à Sens et a Nnyon, il s'y tourne aussi eu disant lienedicamus Domino el iiL'qH!<',si«)i( in pace. Chez les chartreux leiliacre rejjanle l'autel eu disant l'/lemisia t'sl.

(4) Serrius. in Virgil. Martiuii Lexic.

(5) .iput. Falml Miles. I. u.

(6) In ecclesiis, palatiisquesive prsetoriis missa Deri pronuntiatur, ccm popclus ab observatiunc dimittitor. Avit. epist. 1.

(7) Post iransacta solemnia , dimissa piebe. Ltb. de Anima.

(8) Dimissus, etadlmc gerens secum, ul assolet, bucbaristiam. Cypr. lib. de Speclac.

(9) Conc. Aposl., I. vin, 0. 15.

(10) Selon l'ancien rite des Eglises d'Espagne, la fin de 1« messe, que le prêtre ou le diacre annonçait, était marquée en ces termes: Dicat presbiiter vel diaconus; solemnia eouiplela suut in noiniiie Uoniini Jesu Christi , vutum oostrumsit accepiuiii cum pace. i^. Ueo gralias. Isla orutio supra dicta (il in médium aUaris. Miss. Mozar.

4. Aux grandes messes le diacre dit ■■ Itb mssA EST. Le diacre annonce ce congé de la part du prêtre. Les trois premiers ordres romains marquent (1) qu'il attend que le ponlife lui fasse signe pour dire l'Ile missa est. Le prêtre, selon le Missel romain, ne dit rien au diacre et ne lui fait d'autre signe que celui de se tenir lui-même tourné vers le peuple, ce qui le détermine à s'y tourner aussi. A Paris (2), à Laon (3), à Angers, à Melz (4), le prêtre dit tout bas au diacre Vile missa csl. A Verdun, le diacre à genoux reçoit du prélre Vile missa est, lui baise l.i chasuble, répond Deo (jratias, se lève et chante vers le pi'uple Itemissaest, pendant qut' le prêtre dit Placent, e\c. A Baycux (5), le diacre faisant une génuflexion, baise aussila chasuble ducélébrant, lequel, après avoir dit tout bas : Ile missa est, demeure tourné vers le peuple. Dans les églises cathédrales de Paris , de Narbonne , de Châlons -sur -Marne et du Meaux, le diacre dit Ile missa est en tenant à la main la crosse de l'évéque. Ce qui marque clairement qu'il annonce le congé avec l'autorité du pontife. Selon le cérémonial de Paris, le diacre tient toujours la crosse en disant Ile missa est, quand un évêque officie, dans quelque église que ce soil.

§ II. Des jours auxquels on dil lie missa est. RCBRIQDE ET REMARQUES.

1,'Ile missa est se dil toutes les fois qu'on a dit le Gloria in excelsis. Quand on ne dit p«« rite missa est, o/i (/if Benedicamus Domino, et l'on répond Deo gratias. Aux messes des morts on dit Requiescaiit in pace, et l'on répond Amen. 1 P. TU. XIII, 1.

La règle générale était anciennement de dire Ile missa esl aux jours auxquels il y avait concours de peuple, comme aux stations et aux jours de fêles, auxquels l'assemblée était d'obligation; afin que, conformé- Hftent au canon du concile d'Orléans, on attendît que la messe fût achevée (6). Suivant celle règle. Vite missa est se disait au ix" siècle tous les dimanches , sans excepter ceux du carême. Il paraît même clairement dans l'ordre romain qu'on le disait à toutes les fériés du carême ("7): parce qu'à tous ces jours de jeûne et de prière le peuple assis-

(1) Aspicit ad |ionlificcni ul ci aniiual, et dicit ad populuiii : Ite missa esl. Ord. i, u. 21. Ut ei inuuat, etc. Urd. ii, n. 15. Ul ei aiuiuai et dicat ad populum : Ite missa est. Ord ,-5, c. 18.

(2) Cœrem. Pat-it.

(3) Submissa voce indicit diacono : Ile missa esl, yel Beuedicamus Domino, vel Requiescant in pace. Miss. Lauduii. 170i.

(41 Ccrém. de Melz, 1G97.

(5) Cérém. deBayeux, 1677, p. 149 et 163.

(6) Populns lion anif, discedat, quam miss» solemnitas comiilalur. Conc.Aurel. i, au. 511, caji. 26.

(7) DicilUP oraiio super popului». Firjila oratione, dicit diacouHS Ile missa est. Simili, modo agiuir secunda feria,

le, per totamquadra{;esimain. Ord. Rom. i, n. 21. Missa fiiiila dicit diaconus : Humiliaie capiia vestra Deo , et Inclinant se omnes ad orientem. Et dicit poniifex oraiionem Mper jiopuluui ; diaconus, Ile missa est. N. 23.

(8) Semper cum Gloria in excelsis eliam Te Deum et Ite missa esl recilamus. Microl. de Eccl. observât, c. 46.

(9) Congrue autem el in festivis diel)us Ite missa estdlcitur, quia lune geiieralis oonventus celebrari sotet , qui per hujusmodi denuuliationem licentiam discedendi accipere solet. Ad quoiidiaua autem missarum solemnia , U014

tait à la messe , el n'endevaii sortir qu'après la prière qui se fait pour eux, el (|ui porte encore pour titre prière ou bénédiclion sur le peuple. Dans la suite, on a regardé le renvoi solennel aunoucé par le diacre commo une marque de joie ; c'est pourquoi on a cessé de le dire durant tout le carême, aussi bien les dimanches que les fériés. Ce qui a donné lieu à celte rubrique générale, qu« ïlle missa esl ne se disait qu'aux naesses où l'on dil le Gloria inexcelsis.

Le Micrologue, au xr siècle, est le premier auteur qui ail exposé cette nouvellerègle aisée à retenir (8), qu'on dirait Ilemissa esl quand on aurait dil le Gloria in excelsis. Cet auteur était persuadé (9j que le concours du peuple et l'assemblée d'obligation étaient la vraie raison d'annoncer le congé au peuple, et qu'ainsi Vile missa est convenait aux jours de fêles; qu'au contraire aux fériés, auxquelles il n'y a que des personnes pieuses qui sans obligation viennent aux offices, il ne couvient pas de les congédier en disant Vile missa est, mais plutôt de les invitera bénir Dieu, en leur disant : Benedi' camus Domino.

Par cette raison. Vite missa est devrait être dit tous les dimanches en Avenl el en carême; mais la nouvelle réflexion, qui l'a fait regarder comme une marque de joie, l'a fait ometlre aux dimanches de l'Avent, et depuis la Septuagésime, parce que c'est un temps de tristesse et de pénitence, auquel on ue dil pas le Gloria in excelsis (10)

Comme on était persuadé que Vite mi$sa esl se disait pour congédier le peuple, on a cru qu'il fallait faire une exception à cette règle, qui esl de ne point dire Ite missa est, lorsqu'il suit un office auquel on souhaite que le peuple assiste : et en efîet le micrologue (il) ajoute à toutes les remarques précédentes, que la messe de la nuit de Noël finissait par le Btnedicamus Domino, et non par Ite missa est, de peur que le peuple ne crût qu'on le congédiait, el qu'il ne devait pas s'arrêter à laudes. Belelh fait la même observation (12). Cet usage a été suivi dans les églises d'Allemagne (13), comme dans

generaliler ab omnibus , sed a religiosis couvenitur , qui plus spirilualibus negoliis quam saicularibus iuvigilant, qui et reliqua, dum licel , oOicia quotidie fréquentant. Ergo coiiveiMei.tei' dlis posl ui.ssam, ul non slatiu discedanlj sed ul ûomindm benedicaut, deunDlalttr. lliid.

(10) Scieiiduni laïueu quod lie missa esl liitra Adventuin Doinini cl Se|ilu;igesiniaui nuu reciletur; non quasi eo tempore nuUusIiat conventus, quisit dlmitteudns, sed potins pro trislilia temporis iusiuuanUa. Sic eiGloria in exfc/s/sdimillilur. Ibiii.

(ll)Cap. 3.'3.

(12) Sed in prima missa nalalis Domini non debetdici Ile missa est, ne videatur populus liceoliam babereredeuiidi. Caii. 40.

(13) Cela est marqué dans un Missel de Cologne, écrit l'an 1133, el dans ceux d'Ausbourg 1533 , d'Ulreclii 1497 el 1510, de Lunden eu Daneniarck 151 4, dans les rubriques du Missel de Trêves de 1383, etc. Il paraît même par le» Missels de Munster et de Slrasbourg de 1520 , qu enfaiisanl dire Benedicamus Domino , on ne doniiail pas la bénédiclioude peur que re ne fût une espèce de renT<iidu peuple. En d'autres endroits, comme à irras et Cambrai, on ne faisait pas difficulté de dire lie missa est , quoiqu'on dût chauler laudes apcii> la uesse , comiue ou le voit Uaus

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relies de Liège (où cela S'observe encore (1), de Mclz, de ïoul , de Verdun , el dans quel- <|ucs unes de Franco, cuniuie oD le voit par les Mjâ!»els de ^ ienne de 1519, el di' Narhonue 1&26 et 1572 (S . Durand ;ivail pu (nnii.iître les usa^'es de rcs ('■jïliscs : ce qui lui fait dire (3i qu'en quelquos endroits la ineniièie inesse de Noël finil par lienedicauiKS Domino. Mais iliins la ipluparl des égU- M's de Fiance on prit une autre voio d'arrèter 11 s peuples pour lau<lo$ : ce fut de les dire dans la u)ème messe, entre ranlieniie de la Communion el de \<a l'oslconimuniun, après laquelle le diacre dit lie missa est (i). C est ce qui s'observe encore à Reims, à Laon, à Paris, à Sens, à Orléans, chez les carmes el chez les jacobtns.

A Konit', quoique laudes ne Si- disent pas pendant la messe, on a dit Ile missa est à la du de celte première messe, dont la station est marquée à Sainte-Marie-Majeure, peut-être parce que la station à laquelle on invitait le peuple, était seulement pour la messe, et non pas pour laudes. (>uoi qu'il en soit, ces petilos variétés que nous avons observées, font voir qu'on a conservé assez communéluenl la première notion de r/(e missa ««/, qui est de le dire jiour congédier le peuple; au lieu qu'on dil : Benedicumus Dominu , quand on ne croit pas qu'il taille le congédier.

A l'égard des messes des aiorls, Etienne d'Autun a dit, il y a Kix. cents ans (5), qu'au lieu d'/<c missa est, mi dil Mequiescunl m pace; el lielctli, peu d'années après, ajoute que cela ae faisait par une coutume jçéncrale (6). Il est visible qu'on est alors tout occupé de procurer aux morts le soulagement dont ils oftl besoin en achevant d'expier leurs fautes et de se purilier avant que de jouir du repos éternel. 11 ue conviendrait pas de congédier le peuple en disant lie

missa est, parce qoe la messe est ordinairement suivie de l'enterrement, ou de quelques prières qui doivent déterminer les assistants à ne pas se retirer.

§ III. Rt''nexions <|u'oii faisait au neuvième siècle sur Vite

misiu est, où h messe Hoissait alors , et de la répoDte

Deo grattas.

Au jx' siècle, la messe finissait absolument à Vile, missa est. Jean d'.Vvranches, aa XV, la finit aussi en cet endroit, el elle finit de même encore en quelques cathédrales de France. «Tout étant Oui, dit Flore (7), le diacre annonce au peuple que tout est achevé, en disant i(c missa est. Il ne faut donc entendre par ce mol de messe, poursuit-il , que l'achèvement et le renvoi. La messe des catéchumènes se faisait avant l'aclion des saints mystères. La messe des fidèles se fait après qu'on y a participé. »

Amalaire donne encore une raison pour montrer comment tout finit à VJle missa est. Car, dit-il (8), c'est nous annoncer que l'ambassadeur par excellence, qui est Jésus- Christ Nolre-Seipncur, a élé envoyé poui nous à Dieu le Pèie, devant lequel il porte les marques de sa passion. Plaise à Dieu, ajoule-t-il (9}, que, quand nous entendons dire au diacre lie missa est, notre esprit se tourne vers la céleste pairie, où notre chef nous a précédés, et que nous soyons par nos désirs là où le désiré dos nations nous attend avec son trophée.

L'Ite missa est est encore expliqué dans l'églogue ou le recueil qu'Amalaire écrivit étant à Rome. « Que pensez-vous, mes frères, que signifie Vite missa est, dit-il (10), si ce n'est, allez-vous-en en paix dans vos maisons ; la légation a élé faite pour vous à Dieu, et les prières ont clé portées au ciel par les anges, s

Grâces à Dieu. Deo gratias.

« Le peuple répond Deo gratias (11], pour

les Oriiinaires et dans les Missels de ces églises (:U iliss. leod. 1327 el 1G95.

(2) riésemeiLieiit a Narbonne on dit Ite missa est, ce qui parait plus convenabln , parce C|ue, selon les Ordinaires manuscrils de celle Eglise, Ifs laudes sont marqut'es cnlre l'antienne de la Comniniiion et de la Poslcommuuion. Ce qui se voit aussi au Missel manuscrit de ^£gli^>e de Maguelone , transférée h Montpellier , et qu'ainsi les landes étant entièrement linies , aussi bien que la messe, Il y a lieu de congédier le peuple.

(3) Prima lamen missa in natali Domini in quihusdam locis clauditur per Benedicanms Domino. Durand. I. iv, c. S7.

(4) Selon l'Ordinaire de Saint-Quentin de 1401, quoique les laudes fussentditesdans la messe mème.lediacredilà la fin Beiiedicainus Domino, i cause que cet office était suivi de la messe de l'aurore. C'est ime des raisons que Durand donnait de cet usage , qu'il voyait pratiquer en quelques lieux. Llb. iv, c. 57. tin quelijues endroits, comme à Clivions sur-Sa6ne, aussi bien qu'à Tournai , selon les Ordinaires manuscrits de ces Kglises, on ne disait ni Ite missa est, ni Benedicamus Domino , mais tout finissait par l'antienne Ecce compléta siml , etc., à laquelle on répuadait Deo graiias : ce qui s'oliservc encore a Auxerre.

(5) Sleph. yfirfu. de Suer. AU.

(ti) Dicitnr iu missa pro defunctis, Requiescant in pace . quod ex sola coosueludioe generali nalum est. Belelh. cap. iO.

(7| Finitis veto omnibus, adstauti el observanii |K)pulo absulutio datur, iuolamanle diacono : Ite missa est. Missa erjî" iiiliil aliud intelligitur quam dimissio , id est absolutio. Missa ergo catechumenorum Gebat ante actiouem saerauiuuioruiQ. Missa âdelium fit posi coosecraiioueni tcou-

fecUonem) et participatlooem eorumdem sacramemorum. Am^n. Flor. de act. miss.

(8) Dicil diaconus : Ite missa est. Singularis etenim legatio Cbrisli missa est pro nobis ad Patrem , habens judioia suse sccum passioni*. Amal. 1. m, o. 36.

(9) 0 utinam quando audivimus a diacono Ite missa est, mens nostra ad illam palriam tendat, quo caput nostruiti processif, iil ilii simus dfslderio , ubi dssideratns cunctif gentibus nos exspeelal cum suo trophaeo. Id. Ibid.

(10) Etlog.de Offic. miss, capit. Franc, tomo II, vol. 1366. (U) M. de Vert regarde ces paroles comme un addilii.n ,

el il aurait fort approuve qu'on sorllt de ré;;llse dès qw û? diacre dit Ite missa est. « Les eufants de chœur de Notre-Dame de Paris , dil-il , sont peul-èire les plus exacts et les plus justes lU-dessus , car on les voit partir précisément do leur place à Ite missa est , sans même se donner le temps de répondre Deo gratias , qui esl apparemment une adililiou qu'ils Lie connaissent pas encore , non plus que le PUtceal , la bénédiction et l'Èvangde de saint Jean » ( Tom. I, p. Ul, 2' édit. et lom III, P- *16.) Mais cette réponse Deo gratins n'est nullement une addition. Elle est dans Amalaire , comme on le voit ici , aussi bien que dans tous les Ordres romains, et est par conséquent aussi ancienne que Vile missa est. C'est proprement i celte réponse que l'office limssait : Clero respondeiUt Deo gratias, o/Zinum ^iiiaf , disait Jean d'Avranchcs au II* siècle. {De Officio, p. 26.) Et Beleth, au xii«, ne doutait pas que cette ré|poiise ne fût nécessaire ; Oportet nos retpondere Deo gratias, etc., C. 49. Quoique les chartreux n'aient pas encore admis à leur messe la bénédictiim et l'Evangile de sainl Jean, ils ne s'avisent pasd« partir |.récisémenl de leurs places i Ile missa est , el leur usage esl saus doute pritérabld i^ celui des entaots da

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imiter les apôtres qui, après avoir été bénis de Jésus-Christ montant au eiel, s'en retournèrent comblés de joie, louant, bénissant et remerciant Dieu sans cesse. »

On ne peut Qnir le plus grand de tous les mystères et l'action de Dieu la plus merveilleuse, que par l'action de grâces. C'est observer ce qui est recommandé dans l'Ecriture (1) : Célébrez la magnificence de Dieu, ses oiivrages parfaits. Rien de plus court, et rien de plus grand, dit saint Augustin , que celte action de grâces : Deo gralias.

Nous faisons la même réponse, lorsqu'au lieu i'Ite missa est, le prêtre dit : Benedicatnus Domino. On demande d'où vient qu'on ne répond pas Amen, ainsi sait-il. Mais rien n'est plus juste, plus à propos, ni plus instructif que cette réponse : Grâces à Dieu. Car bénir Dieu signifie louer Dieu avec effusion de cœur et de grâces, dit saint Augustin (2); c'est le louer pour les grâces reçues. Ainsi, quand le prêtre dit : Louons le Seigneur avec effusion de cœur, les fidèles répondent: Oui, nous le louons avec reconnaissance, pour les grâces que nous avons reçues de sa bonté, en nous faisant assister et participer aux saints mystères.

IRRÉGULARITÉ. Voy. Censure.

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