‹ Dictionnaire alphabético-méthodique des cérémonies et des rites sacrésChapitre 76 sur 411 · MANIPULE · texte numérisé non relu

MANIPULE

(lî.vplicalioii du P. Lebrun. ) Le manipule a oie origiiiairenioni appelé tnappuhi, qui signifie une pelilc servirlle ou mouchoir. Les Eglises d'Allemagne l'appelèrenl fanon (1), qui en alleniaml signifie étendue, ser\i('(le, nappe, ou nioucliuir. Les Eglises d'Angleterre et de France le nommèrent siuipieuient niouclioir, sudarhtm.

Bède (2), l'ancien ordre romain (.3) el Amalaire(4), le nomment ainsi, cl ils disent qu'il sert à essuyer le visage.

Du mot inappula on a peut-être fait manipula, qui se trouve dans des anciens Pontificaux du is siècle (5J. Il est néanmoins plus vraisemblable qu'on a tiré manipula et manipulus de manus, main, à cause qu'on l'a porté sur le bras, ou plus conununément sur le poiguei ou à la main même. Ce qui a fait dire à un ancien vocabulaire que le manipule esl un ornement île la main A>).

Le manipule a succédé à Vorarium , qui n'était ancicnncmentqu'un mouchoir, comme nous allons voir en parlant de l'élole; el ce manipule ou ce mouchoir était un linge long et étroit, (lu'on portail communément sur le bras ou à la main gauche, ainsi que le représente une manialure faite sous Charles le Chauve au ix' siècle. Ou y voit que ces petites serviettes longues et étroites avaient' déjà des franges aux. extrémités. Au X* siècle, ces franges étaient d'or en quelques églises. A la fin du xr siècle on s'en servait encore comme d'un mouchoir, selon I»es de Chartres (7); et même au commencement du xir on ne laissait pas d'en pouvoir essuyer les yeux, selon Etienne d'Autun (8), qui fut évoque en 1113; mais on garnit enfin si fort ce manipule ou ce mouchoir, que quarante ou cinquante ans après on se souvenait seulement que les anciens l'avaient appelé mouchoir, el qu'on s'en servait autrefois pour s'essuyer. C'est ainsi qu'en parle Robert Paululus, dans le traité

(t)Rabau. Maur. 1. 1, cap. 18, Sacram. i«s. Trevir.

(2j lu ilailijrol.

(3) Le plus auc en ordre romain , écrit avant l'an 800, rarle d'un mouchoir (loiiiié par le sous-diacre eu céréuio- Die àl'évèijue au cnnum iiceiueul de la messe.

(i) L. u, c. ii, de siiduno.

(5) Ou lit isiius tiKiiiijHdiv djns un Missel manuscrit de Nojon, d'oniiron huit cents ans, oij sont des préparations |iour la messe; cl selou uu l'ouiilical manuscrit de Tout, d'environ deux cent cim|iuuio ans, l'évû jue, après avoir doiuié le UKuiipule au\ sous-di.icrcs, dit : In vc.^ttoiw ImlîiiH m'inipidarum snbniic le. Domine, dqireaimur, etc.

(li) .MuLupulus est oruaiueutuiu manus. NVill. liritx) in Tucab.

(1) « lu siuistra manu ponilur quaedam mappula, quse S3iQi: Queuleui oculorum pituiUnu tergat , et ocnloruui lippitudiiieni reiuoveal. » tvo Caruul., seriiu de iigitific. tmlmn. sacei:d.

' (81 « Mappula qua soient siccari slillicidia ocnîorum excita, uos a ! vijsilaudum. » SteiJli. ^idueu.. deSaami. Al ■

dos Offices ecclésiastiques, qui a été longtemps attribué à llugucs de Siint-Victor (Di

Lti manipule était donc dès lors un pur ornemeui, nullement propre à essuyer le vi>age. El de là vient (lue vers l'an llDo, le cardinal Lothaire, connu depuis sous le nom du pape Innocent III, ne parle plus de manipule que comme d'un mouchoir figuratil, propre à essuyer non le corps, mais l'esprit et le cœur, pour en bannir la craime du travail , el y faire naître l'amour des bonnes CEmres(10 . L'Eglise nous a toujours inspiré cette pensée, soit que le manipule ail été sans ornemcuts, soit qu'il ail été orné; et elle a fait dire pour ce sujet di puis six ou S(!pt cents ans Cette prièie en le prenant: Que je mérite, Seirjncur, de parler le manipule de douleurs el de larmes, pour recevoir aicc joie la récompense du traïuil (11).

Il esl visible, et plusieurs anciens Missels ne laissent pas lieu d'en douter ^12), que celte prière est faite sur les versets : liunles ibant et flebanl millenles seinina sua ; ] cnienles auUrn venienl cum exsullalione portantes manip dos suos [i'.i) . Manipulus signifie poignée, ce qu'on porte à la main. Or, ce verset du psaume présente à l'espiit deux sorles do manipules ou poignées : l'une, de ceux qui sèment ce qu'ils ont pris dans leurs m.iins; l'autre, des moissonneurs qui recueillent. On sème dans ce monde par le travail el les souffrances, cl l'on porte dans l'autre avec joie les manipules ou les poignées, c'esl-àdire le fruit de ce travail, .\insi le manipule de ce monde est un manipule de douleur, et celui que nous porterons dans l'autre sera un manipule de joie. L'Eglise, suivant cette allusion, vent donc que ce manipuio qu'on a mis à la main ou au bras gauche, et qui servait autrefois à essuyer les larmes et la sueur du travail, nous fa^se souvenir qu'il faut travailler et souffrir en ce monde, pour avoir part aux récouipeuses éternelles.

OI)scrvai.ioiis sur le mouchoir qu'on a siJiStitué au manipule.

Lorsque le manipule fut si orné qu'il ne put plus servir à s'essuyer, on introduisit au xir- siècle un nouveau mouchoir. Eudes de Paris ordonna dans son synode, vers

tar.,c. 10.

(9) « Ad exlremum saccrdos fanoncm in sinisiro bracliio ponil, quein et inanipulum el sud^iriuui appellavenint, per quem oliui sudur el nariuni surdes eMergebaiilur. » Va Olfic. EccL, L I, cap. 51; et Uouorius, 1. lycap. 20S.

(10) <i lu sinislra manu qnœdam ponilur map|>ula, quas m^niiulus Vil sudariuni .ippellainr, (pio sudorein meuiis abslPr|,'at, et soporem corois excntiat, ut depulëo taedio vel lorpore, bonis optribus diligeruer invigilel. » Lili. i, c 59.

(Llj lALerear, Domine, puiiare nianipulum fletusetdoloris, ul cum exsullalione rccipiaiu mercedem laboris. » Miis. Rom.

(12) Lesaucieos Missels du Cbùlons-stir-Marne, de Saint- Paul de Léon, de l'écaïup» el lous ceux de Paris, jusqu'en 16tt>, faisaient dire simpiemeiil en prenant le mani| ulc : Vtniciues aideniveiiiciU, de; cl c'est ce que l'évèqua dit encore aux chartreux,, eu leur donnaul le mauipule t leur coiisécraliou.

Clô} Psalm. cxxv, G.

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