ENSEIGNEMENT
beaucoup plus de liberté à cet égard, et il n'est pas rare que ces mutations s'observent en Angleterre comme en Allemagne, voire même en Italie parfois. Le professeur Lister est arrivé ainsi par étapes successives de Glasgow à Edimbourg et à Londres, sans que le crédit de son beau-père Syme ait fait tous les frais de cette ascension rapide. Spence lui fit obstacle, et c'est en connaissant par expérience toutes les chances de ces mutations brusques pour les élèves que l'Université d'Edimbourg vient de remplacer ce dernier par le docteur J. Chiene, son élève. Dans le même esprit sans doute, l'Université Harvard de Boston, sur la désignation du professeur I Henry Bigelow, qui tenait le sceptre de la chirurgie cleï puis vingt-cinq ans, a fait passer à sa place, dans la chaire de chirurgie opératoire, M. David Cheever, professeur de clinique chirurgicale, dont les tendances sont bien connues. Il n'y aura donc pas de transition.
Il en a été tout autrement à Berlin, par suite de la démission du professeur Langenbeck. Pour avoir un successeur digne du maître, l'Université s'est d'abord adressée au professeur Billroth ; mais quoique son élève, il a décliné l'offre d'aller occuper la chaire de son maître, préférant se consacrer aux intérêts de l'Université de Vienne. Ce refus lui a valu de chaleureux applaudissements et les remerciements de la jeunesse enthousiaste. Le professeur Volkmann, de Halle, choisi ensuite, n'a pas accepté davantage, et voici cette petite Université, qui a fait la gloire d'Hoffmann, tenant en échec la première de l'empire. Ces deux refus sont significatifs et montrent que la centralisation de l'empire à Berlin n'est pas encore générale ni poussée aussi loin qu'à Paris. Von Bergmann est l'heureux successeur.
Accroissement des étudiants en Angleterre. Depuis 1865 que l'inscription des étudiants est requise dans tous les corps enseignants, leur nombre s'accroît d'une manière progressive plus frappante chaque année, malgré les conditions préliminaires imposées à cette inscription. De 1866 à 1873, 8 912 furent- inscrits, soit une moyenne annuelle de 1 114 pour les trois Royaumes unis. Dans les huit années suivantes, cle 1.874 à 1881,
KPANC11F.MENTS
il y en eut 18 850, soit 1 732 par année moyenne. Or ces nombres ont été graduellement de 1 367, 1 311, 1 479,1 1 684, 1 732, 2 069, 2 106 et 2 171 en 1881. Rien d étonnant! à cette progression, en rapport avec l'augmentation defl la population générale, mais il est remarquable que le I commencement des études a lieu surtout (Lais les écoles écossaises, car elles comptaient 567 inscriptions I en 1881. (Lnncet, 15 avril.)
L'Université d'Édimbourg a enregistré 2 909 inscrip- 1 tions au commencement de cette session, avec une aug- I mentation de 94 sur l'année précédente, dont 76 pour! la Faculté de médecine. Le nombre total des étudiants I en médecine est ainsi de 1 388 pour 1883.
2 270 inscriptions ont été prises à l'Université de I Glasgow, dont 623 en médecine, au commencement de I l'année scolaire 1882-83. Le nombre en était de 2 321 I l'année dernière.
En raison même de ce nombre considérable d etu- I diants, les deux grandes Universités écossaises font une I énergique et persistante opposition au projet de fusion I du Médical Council pour que tous les corps enseignants I abandonnent leur droit de conférer les grades. Un seul I jury d'examen en serait r chargé dans chacun des trois ! royaumes : Angleterre, Ecosse et Irlande.
ÉPAIVCIIEMENTS. Bruit de glouglou pleural. Sem- j blable à celui d'une bouteille qui se vide, ce nouveau signe, découvert par M. Variot chez deux malades, un homme et une femme, observés dans le service de Maurice Raynaud peu de temps avant sa mort, indiquerait la présence des gaz clans la plèvre, à défaut de la fluc- j tuation thoracique résultant de la succussion. Il n'y avait ainsi ni souffle amphorique ni tintement métallique h ( o-auche chez le premier malade, et des secousses brusques 1 et vigoureuses ne donnaient aucun résultat. La matité j complète et l'absence de tout bruit normal ou morbide : ni murmure vésiculaire, ni souffle pleural, ni frottement firent diagnostiquer un pneumo-thorax chez ce tuberculeux.
( "est alors que le malade accusa un bruit clans sa poitrine lorsqu'il se baissait. L'interne le fit descendre expé-
lïl'ANCHEMENTS
rimentalement de son lit et se baisser pour saisir le vase. La main, appliquée sur le côté gauche, ne perçut rien dans ce premier mouvement, mais, clans le brusque redressement qui suivit, elle ressentit très nettement un frémissement, comme un frou-frou prolongé. L'auscultation clans ces mêmes mouvements perçut un bruit d'une intensité remarquable et d'un timbre spécial, en faisant pousser la flexion jusqu'à l'angle droit. C'est une sorte de borborygme de deux ou trois grosses bulles éclatant comme dans une cavité close. Le redressement brusque reproduit le même bruit en simulant le glouglou d'une bouteille qui se vide. On peut espacer ces
I bulles et les faire éclater à distance par la lenteur même des mouvements. Dans le redressement brusque, le bruit
■ s'entend à deux ou trois pas de distance. Le malade l'avait indiqué en le ressentant lui-même. La constance et la régularité de ce glouglou ne pouvaient faire douter de
i son siège dans la plèvre. Elle était sonore cà l'égal du côté droit, en faisant fléchir le [tronc à angle droit sur les cuisses, tandis que la matité (reparaissait par le redressement du tronc. Observé pendant plus de six semaines sur ce malade, ce signe diminua ensuite et disparut.
Le même phénomène s'observa chez une domestique de trente-neuf ans, avec épanchement à droite et tous les
. signes ordinaires en résultant. Prise d'une vomique quelque temps après, elle s'améliora graduellement, sans qu'il fût possible, parla succussionni autrement, de constater la présence de gaz dans le thorax. En lui faisant répéter la même manœuvre que le malade précédent, on constate, par l'auscultation et la palpation, absolument les mêmes phénomènes que chez lui. La percussion donne une zone mate clans l'attitude verticale, tandis qu'elle redevient sonore dans la flexion du tronc. La malade quitta l'hôpital améliorée.
Le déplacement réciproque des liquides et des gaz contenus dans la plèvre se trouve ainsi mis en évidence. Le bruit morbide résulte vraisemblablement de leur collision pendant ces mouvements. Contrairement à la fluctuation thoracique, le bruit de glouglou n'a jamais pu
l être détermine par l'ébranlement violent et répété du thorax, le malade étant debout ou assis. Sa condition a
Kl'ANCJIliMENTS
été la llcxion à angle droit du tronc sur les cuisses et le redressement. Les dispositions relatives des gaz et des liquides ne sont donc pas les mêmes dans les deux cas, puisque les bruits tout différents résultent de mouvements opposés. Quelques cas de pneumo-thorax avec épanchement, présentant les bruits amphoriques, n'ont pas donné le glouglou, mais simplement le clapotement bref de la fluctuation. 11 semble donc que ce glouglou résulte d'une pleurésie cloisonnée, d'autant plus probable chez les deux malades précédents qu'elle était chronique.
Laennec seul paraît avoir constaté ce phénomène, mais non d'une manière positive. Ce signe serait donc absolument nouveau, et c'est à en élucider le mécanisme ou le mode de production que l'auteur a consacré un mémoire très intéressant. (Revue de méd., mai.)
Tympanisme sous-claviculaire. En se manifestant dans les conditions morbides les plus opposées du lobe supérieur, ce signe affecte des tons si variés qu'il ne peut être utilement analysé dans son ensemble, sinon au point de vue de la physique expérimentale, comme l'ont fait les Allemands surtout. Son interrogation dans un état morbide déterminé, en en signalant les principales différences, est seule capable de le rendre utile à la clinique. C'est en le distinguant ainsi dans" les épanchements pleurétiques, où il se rencontre presque constamment, que le docteur Grancher va le faire servir surtout à leur pronostic, non plus seulement par lui-même, mais d'après la combinaison des autres signes physiques avec lui. C'est donc la méthode clinique par excellence.
Il se rencontre sous trois formes distinctes. La première, quand la respiration est augmentée ainsi que les vibrations vocales par rapport au côté opposé sain. D'où le schéma suivant :
La respiration puérile , exagérée aux deux temps, avec augmentation des vibrations thoraciques, s'observe
Bon
Vibrations..
Respiration
îa'xVNCUEMKNTS
ainsi dans certaines pleurésies avec épanchement et clans quelques pneumonies. L'association de ces trois signes en plus indique l'intégrité du parenchyme pulmonaire. 11 subit seulement les effets de la compression et du refoulement, sans prendre part au processus morbide. D'Où la conclusion que la pleurésie est simple et offre les plus grandes chances de guérison.
Cinq observations en sont la preuve, dont trois pleurésies guéries. Chez un pneumonique, l'autopsie a montré l'état sain, crépitant, souple, de la partie du lobe supérieur, où ces signes se rencontraient. Tout le reste était en hepatisation. Même vérification à l'autopsie d'un malade atteint d'hydrothorax d'origine cardiaque. C'est donc là un simple tympanisme de suppléance dans la partie du poumon qui surnage h l'épanchement. C'est le cas particulier de cette loi générale que toute respiration supplémentaire s'accompagne d'une augmentation du son et des vibrations vocales.
La deuxième forme est quand ce tympanisme existe avec augmentation des vibrations vocales et diminution de la respiration figurée par le schéma :
Son ,
Vibrations " ,
Respiration
Tantôt le murmure respiratoire est très affaibli, presque nul, tantôt il est simplement diminué ; quelquefois il est en même temps faible et rude, la tonalité de l'inspiration aussi sensiblement abaissée. Chacun de ces degrés, chacune de ces nuances a sa valeur dans le diagnostic de la nature même de la lésion pulmonaire et pour son pronostic.
Au lieu d'être associé aux autres signes physiques, le ' yinpamsme est dissocié de la respiration très affaiblie. Kien n est plus fréquent que ce type dans l'observation journalière des pleurésies par l'examen de la région sous-claviculaire. C'est l'indication que le lobe supérieur, non recouvert par l'épanchement, comme l'exagération des vibratibna locales en est la preuve, est atteint d une lésion propre, concomitante, complexe. C'est ord.nairement un état congestif simple ou de nature tuber-
Ki'ANCUEMENTS
ouleuse,qui survit à l'épanchement plus ou moins longtemps; il peut disparaître, s'il n'y a point de tubercules locale, ou rester le témoin d'une lésion pulmonaire primordiale, et évoluer ensuite dans le sens de la phthisie.-!
Les exemples de ce type sont très communs dans les conditions suivantes : Un homme vigoureux prend une pleurésie, en même temps qu'il tousse et crache un peu. Vu quelques jours après le début, soit à l'hôpital, soit en ville, il présente, avec un épanchement pleurétique moyen ou abondant, cette dissociation particulière des signes physiques, dans la région sous-claviculaire. Avec ou sans ponction, avec ou sans vésicatoires, l'épanchement disparaît, et le lobe inférieur du poumon reprend peu à peu ses fonctions. Les vibrations, la respiration, le son même reviennent à la base; au contraire, le lobe supérieur reste à peu près dans le même état. Le tympanisme a disparu cependant et a fait place à une submatité ou même à une matité évidente; ces vibrations sont toujours exagérées et la respiration toujours affaiblie.
Un mois ou deux peuvent ainsi se passer sans changement notable, et le malade reprend une partie de ses forces, mange et se croit guéri. Mais il ne tarde pas à rechuter, on constate alors tous les signes de la phthisie.
L'un de ces malades, suivi par exception à l'hôpital du commencement à la fin des accidents, a confirmé pleinement à l'autopsie ce diagnostic porté dès son entrée : congestion pulmonaire tuberculeuse, accompagnée d'épanchement pleurétique. C'est le nommé Fouq, homme extrêmement vigoureux, alcoolique, qui commença sa maladie à l'hôpital Tenon et vint mourir quinze mois après à Necker.
Les choses ne tournent pas toujours au tragique, lors même que la congestion pulmonaire est de nature tuberculeuse. La phthisie marche parfois lentement, avec de longues périodes de rémission; elle peut même s'arrêter sur place et guérir. Cette congestion n'est pas d'ailleurs toujours tuberculeuse. Quelques faits rares, exceptionnels prouvent que la respiration et les autres signes physiologiques ont reparu après l'épanchement pleural.
ÉMNGHEMENÏS
Cette forme peut donc s'appeler le tympanisme par congestion, par opposition à la première, et indique bien plus de gravité, parce que cet affaiblissement de la respiration est ordinairement en rapport avec une forme de tuberculose pulmonaire masquée par un épanchement pleurétique.
La troisième combinaison est la plus rare. Elle consiste dans la diminution ou l'extinction, l'absence des vibrations vocales, avec affaiblissement de la respiration selon ce schéma :
Son -f.
Vibralions —
Respiration —
Elle coïncide avec une compression du hile du poumon ou des grosses bronches du lobe supérieur. L'œdème pulmonaire concomitant de l'hydrothorax la produit aussi. Une pleurésie médiastine, remontant audessus du hile du poumon gauche et comprimant la racine des bronches, a été diagnostiquée par l'ensemble de ces signes, et l'autopsie a confirmé le diagnostic.
C'est le tympanisme de compression et d'œdème pulmonaire, mais sans permettre de diagnostiquer positivement l'état sain ou pathologique du lobe supérieur. Il est comme l'intermédiaire entre les deux autres. (Soc. méd. des hôp.)
Réduit à son observation clinique, sans aucune explication physique ni acoustique et sans s'arrêter à ses tonalités différentes, on voit que le tympanisme sous-claviculaire peut être de la plus grande importance aux praticiens pour le diagnostic et le pronostic de plusieurs affections pulmonaires très fréquentes.
La vériiication clinique de ces signes par M. Féréol l'a amené à juger comme préférable d'interroger le sommet du cote sain que celui atteint d'épanchement, pour le diagnostic de la tuberculose. Il serait téméraire de s en rapporter à cet égard aux signes fournis du côté de 1 epanchement.
Sauf cette réserve, il a constaté chez un de ses malades la parfaite exactitude et la confirmation de la théorie précédente de M. Grancher. (Idem.) (JARMiiK. XVIIJ< 10
17(1 Kl'ANCliliMENTS
Ponction. Elle ne doit jamais servir à évacuer que la moitié du liquide épanché, selon le professeur Potain, qui emploie un manomètre spécial à cet effet. A défaut de cet instrument, il faut mesurer la quantité évacuée, aussi exactement que possible; autrement, la pressiom devenant négative, une véritable pluie de liquide sM produit dans la plèvre, et des accidents sérieux peuvenfl en être la conséquence.
Les quintes de toux sont le plus redoutables par les! congestions quelles provoquent et la douleur en résulS tant. Une injection d'un centigramme de morphine suffit à les prévenir ou à les arrêter. Et, comme elles appaJ raissent parfois une demi-heure après la ponction, alorJ que le médecin n'est plus là pour la pratiquer, une! mort subite peut s'ensuivre. D'où l'importance de me-J surer le liquide évacué, sauf à revenir à une nouvelle ponction, après une dizaine de jours. Elle estcontre-indiJ quée chez les tuberculeux, malgré l'abondance de l'épanj chement. L'affaissement du poumon et sa compressioij en résultant du côté malade sont une condition avantal geuse, comme le pneumothorax. (Voy. Phthisie. 1881.1
Tous les autres moyens sont préférables pour le diminuer lentement. (Journ. de méd. et chir. prai., avril.)
Drainage capillaire. Entre ce procédé et la pon« tion avec aspiration, le docteur Southey se demande lequel est préférable pour faire courir le moins de risques à l'opéré et diminuer plus sûrement sa douleur.] La ponction avec aspiration a souvent amené une dou- 1 leur considérable notée dans plusieurs cas. Elle produit, soit au début, soit à la fin de l'évacuation du liquide, des quintes de toux; elle cause quelquefois une expectoration de liquide, soit par la faute du malade ou celle de la méthode, ce qu'il est difficile de décider.
Le drainage graduel semble par conséquent être un moyen plus pratique et sûr pour donner issue au liquide. Il est peu douloureux, facile à exécuter, et répondrait probablement à toutes les exigences de ce traitement délicat. Deux observations où ce mode de traitement fut employé avec succès sont rapportées à l'appui. (Lancel, juillet 1881.)
KNLEPRIE
Epanchements du péricarde. Un nouveau signe en a été découvert par le docteur Rendu chez un garçon de i vingt ans, auquel il a pratiqué la paracentèse du péricarde, le 31 octobre 1881. C'est une sonorité skodique en arrière vers la partie moyenne du poumon gauche, produite par la compression du péricarde très distendu. Aucune trace de pleurésie n'existait, ni matité à la base du poumon. En avant, la matité précordiale mesurait 16 centimètres verticalement sur 11 de large, au niveau de la ligne mamelonnaire, et 13 un peu au-clessous. En ne s'écartant pas de la dilatation cardiaque, ces dimensions auraient donc rendu le diagnostic difficile, si la I marche antérieure cle l'épanchement et le signe indiqué plus haut n'eussent éclairé l'opérateur. La ponction donna issue à 950 grammes d'un liquide citrin qui amena rapidement la guérison. (Soc. mèd. des hôp., 21 février.)
ÉPILEPSIE. Ligature des artères vertébrales. Je puis hardiment recommander cette opération, dit le docteur W. Alexander, quand tous les autres moyens ont échoué et que les accès sont assez répétés pour compromettre la personnalité sociale et intellectuelle du malade. Je l'ai tentée dans des cas d'épilepsie héréditaire ou suite de fièvre scarlatine, de traumatisme, de frayeur, et dans d'autres à genèse inconnue. Dans tous les cas, j'ai amélioré le malade; le plus souvent même, j'ai obtenu des guérisons, autant du moins qu'il m'est permis d'en juger jusqu'ici . (Médical Times and Gazette, mars.)
Voici les nouveaux faits cités à l'appui de cette assertion.
I. Enfant de sept ans, idiot, né de parents alcooliques, ayant des attaques depuis l'âge de vingt-deux mois. On en compte douze du 3 au 23 novembre. La ligature de la vertébrale gauche diminue les attaques sans les faire disparaître. On lie alors la droite le 27 décembre, et il ne présente plus d'attaque jusqu'au 23 janvier, jour de sa sortie. Son intelligence s eclaircit d'une manière étonnante.