GARNIER. XVIII
ALIMENTATION FORCÉE
et notamment un spasme du pharynx. Depuis plusieurs mois, elle ne mangeait plus et était réduite à un état de débilité extrême. Des aliments furent introduits par la sonde, en en augmentant progressivement la dose. La malade reprit bientôt, et, quand elle fut ainsi engraissée et que ses joues eurent repris leur couleur normale, les accidents hystériques disparurent. L'alimentation avait mieux réussi que tous les antispasmodiques. (Voy. Hystérie.)
Un régime toujours le même, comme le régime lacté, peut amener l'anorexie, le dégoût. Un malade atteint d'un ulcère simple de l'estomac était tombé dans un état déplorable. L'usage du lait, bien toléré au début, lui était devenu si odieux qu'il ne pouvait plus en prendre un quart de verre, et, avec le régime ordinaire, les accidents gastriques, douleurs et vomissements, reparurent aussitôt. Le lait, introduit par la sonde, fut très bien toléré, et le malade put ainsi se sonder lui-même trois fois par jour. Quand il put travailler et que la dose d'un litre de lait ordinaire, trois fois par jour, fut insuffisante à le soutenir, on le mélangea avec du lait concentré, de manière à faire deux litres de lait sous le volume d'un seul. L'amélioration fut telle que ce malade augmenta de 3 kilogrammes en neuf jours. On pourrait agir de même contre la dysenterie chronique, quand le régime lacté , si nécessaire, est difficilement toléré. (Bull, de thèrap., mai.)
Une convalescente d'une fièvre typhoïde, qui vomissait tout ce qu'elle ingérait, ayant été soumise au gavage par M. Troisier, cessa de vomir, malgré des quintes de toux violente après chaque repas.
L'introduction de la sonde est ordinairement facile, et l'on peut toujours éviter les accidents en se servant d'un mandrin au début. Trois ou quatre séances suffisent à l'éducation des malades, et ils avalent ensuite le tube sans l'intervention du médecin.
Une modification a été apportée par M. Dujardin- Beaumetz à ce procédé. La pénétration du tube jusque dans l'estomac n'étant pas nécessaire, pourvu qu'une pression suffisante pousse le liquide, il a réduit de plus de moitié le calibre du tube de Faucher et dimi-
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nué sa longueur d'un tiers. Cette nouvelle sonde, construite par M. Galante, est aplatie à son extrémité pharyngienne ; tandis qu'un disque en caoutchouc, placé à son extrémité buccale, s'applique sur la bouche du malade et l'empêche de l'avaler.
Un vase à deux ouvertures et agissant comme un, siphon sert à faire pénétrer les liquides dans l'estomac, à l'aide d'une pomme en caoutchouc placée sur l'un des tubes et qu'il suffit de presser avec la main pour pousser le liquide et l'appeler. (Idem, juillet.)
Poudre de lait. Voy. Ulcère de l'estomac.
Sur-alimentation. Poudre de viande. Une préparation spéciale de la viande fraîche de bœuf, faite par M. Debove, a permis de la réduire en poudre sèche très fine, qui représente environ quatre fois son poids de viande fraîche. Seule ou mêlée à une poudre de lentilles et dissoute clans du lait ou du bouillon, elle permet de nourrir certains malades au point de les faire engraisser rapidement, en commençant par de très petites doses, soit 2 grammes, pour éprouver la tolérance de l'estomac et de l'organisme. Dès qu'elle est supportée, on peut l'augmenter graduellement et arriver vite à des doses considérables, qui, par une assimilation complète, produisent bientôt un engraissement sensible.
La sur-alimentation n'est donc pas applicable, comme l'alimentation forcée, aux malades qui vomissent leurs aliments ou qui ne peuvent les déglutir, les avaler. Elle a pour but d'introduire dans l'économie des quantités considérables d'aliments, d'augmenter les combustions organiques et de modifier pour ainsi dire le milieu intérieur des malades. De là l'addition de la poudre de viande et des féculents au lait, aux œufs, au bouillon, au vin même introduits par la sonde chez des malades susceptibles de s'alimenter naturellement. C'est donc un vrai gavage. Il est indiqué de préférence chez les malades qui maigrissent quand même et dont les dépenses excèdent les recettes par la paresse des fonctions digestives et le défaut d'assimilation ou la nature
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même de l'affection dont ils sont atteints; il a surtout produit les meilleurs effets chez les tuberculeux, en modifiant et en reconstituant l'organisme. Les précautions à prendre pour l'emploi de cette méthode sont indiquées au mot Phtisie.
Un avantage particulier de cette poudre alimentaire est de favoriser la digestibilité de l'estomac, en faisant reprendre une activité nouvelle à la muqueuse. Un grand nombre de malades qui avaient complètement perdu l'appétit l'éprouvent de nouveau après quelques jours de son emploi, comme le docteur Martel, chirurgien de l'Hôtel-Dieu de Saint-Malo, en donne l'exemple suivant :
Un arthritique de quarante-deux ans, dyspeptique, avec troubles hépatiques, depuis la guerre de 1870, fut pris, à la suite d'émotions pénibles et prolongées, d'une dyspepsie si intense et tenace que l'on pouvait craindre un cancer de l'estomac.
Le dégoût pour la viande était si prononcé, la digestion en était si pénible, que l'alimentation, malgré le danger visible, était devenue tout à fait insuffisante : d'où amaigrissement, teinte jaune de la peau, etc. A chacun des faibles repas végétaux et lactés, une quantité de poudre de viande fut administrée, qui ne dépassa pas 2 grammes chaque fois, trois fois par jour au plus. Très rapidement, l'appétit reparut graduellement, et, quelques semaines après, il était redevenu normal. D'où retour de l'embonpoint à un degré raisonnable, disparition des accidents et guérison rapide d'une maladie qui avait résisté à la série des remèdes conseillés contre la dyspepsie : amers variés, acide chlorhydrique, eaux minérales, etc., etc.
Depuis ce moment, la santé est restée assez bonne. Sous l'influence des mêmes causes, les troubles digestifs ayant tendu à reparaître, l'anorexie et le dégoût de la viande furent rapidement enrayés par le retour à l'usage de la poudre de viande. (Bull, de thérap., mars et octobre.)
Alimentation des herbivores avec le sang cuit et desséché. Le sang desséché, en poudre, a aussi été utilisé
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par M. Regnard, chez les herbivores. Recueilli dans les abattoirs, il est chauffé à 100° C. et le coagulum, pressé et séché dans une étuve, est mis en poudre dans un moulin à café. Privé ainsi d'odeur et de goût, il peut être mêlé à différentes doses à divers aliments. Six agneaux orphelins de la ferme-école de Joinville ont été mis en expérience, en en soumettant trois au régime purement végétal ordinaire, foin et betteraves, tandis que l'on a ajouté à cette ration des trois autres 10 à 80 grammes de poudre de sang cuit et desséché. Les premiers ont complètement dépéri, pendant que les autres sont devenus superbes, au point que les connaisseurs déclarent n'en avoir jamais vu d'aussi beaux du même âge. Leur poids et leur taille ont rapidement augmenté du triple et ils dépassent ceux nourris par leurs mères.
La même nourriture donnée à des veaux a eu le même succès, et des volailles ont acquis également un poids plus que double de ceux qui recevaient la nourriture ordinaire, notamment des poulets et de jeunes faisans. C'est donc là un moyen d'utiliser le sang perdu et d'augmenter la richesse publique.
Si les expériences ultérieures viennent confirmer ces résultats, il peut y avoir un grand avantage économique à l'emploi du sang, dont plusieurs centaines de mille kilogrammes sont à peu près perdus chaque semaine dans les abattoirs de la ville de Paris. L'élevage des veaux dans les mêmes conditions va commencer et pourra être comparé avec celui-ci. Ce mode d'alimentation chez un enfant rachi tique de dix-huit mois a d'ailleurs déjà donné d'excellents résultats au même auteur. Ce système d'alimentation mixte est donc plein de promesses pour l'avenir et une confirmation des bons effets obtenus avec la poudre de viande. (Soc. de biologie, juillet.)
ALLAITEMENT ARTIFICIEL. Une grande nouveauté est proclamée officiellement par ce fait que tout change, même les choses les mieux établies en apparence. Rien n'est stable, surtout à notre époque. Le lait de vache, regardé comme le mieux approprié à la nourriture du
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nouveau-né après le lait maternel, quand il manque ou devient insuffisant, est maintenant condamne à n'être plus qu'un auxiliaire très secondaire, non du lait de chèvre, considéré jusqu'ici comme le meilleur après lui, mais du lait... d'ânesse. Et cela sans jeu de mots. De par l'autorité du professeur Parrot, qui a fait instituer une nourricerie spéciale à l'hospice des Enfants assistés de Paris, surtout pour les enfants syphilitiques, qui ne peuvent être allaités au sein sous peine d'empoisonner leur nourrice, le lait d'ânesse est celui qui leur convient le mieux, puisqu'un plus grand nombre survivent avec celui-là qu'avec tous les autres. Sur 89 enfants atteints de syphilis héréditaire, allaités à la nourricerie du 2 juin 1881, date de son ouverture, au 24 février 1882 :
6 ayant pris exclusivement du lait de vache au biberon, 5 ont succombé, un seul a guéri.
42 ont été nourris au pis de la chèvre, 8 ont guéri, 24 sont morts (mortalité : 80 p. 100).
38 ont été nourris au pis de l'ânesse, 28 ont guéri, 8 sont morts (mortalité : 26,3 p. 100).
Ces chiffres mettent en évidence la supériorité du lait d'ânesse sur celui des autres animaux. De là son éloge.
L'ânesse, par sa sobriété, par la manière dont elle supporte la stabulation prolongée, surtout par la constitution chimique de son lait, qui le rapproche beaucoup de celui de la femme, tient le premier rang parmi les animaux qui peuvent être utilisés pour l'allaitement artificiel, surtout dans les grandes villes.
La nourricerie, pourvue exclusivement de chèvres au début avec une seule ânesse, n'a plus aujourd'hui que ces animaux. Le trayon paraît le mieux s'adapter aux lèvres de l'enfant. Elle est douce et docile, d'une grande sobriété et peut suffire à l'allaitement de 4 ou 5 enfants, tandis que la chèvre n'en peut nourrir que 2, 3 au plus. Son lait, riche en albuminates et en beurre, se rapproche de celui de la femme et se trouve l'analogue de celui de la jument. Après le lait d'ânesse viennent ainsi ceux de la jument, la chèvre et la vache. Le lait de brebis, très caséeux, vient en cinquième et dernière ligne.
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Le nombre des tétées, dans les vingt-quatre heures, varie de six à huit; il sera d'autant moins considérable que les enfants seront plus âgés.
Là où la chèvre pourra vivre en liberté et trouver ses aliments de prédilection, on la substituera sans inconvénient à l'ânesse.
Dans la thérapeutique de l'enfance, le lait d'ânesse doit tenir une place importante; il est particulièrement indiqué dans les affections gastro-intestinales ; exceptionnellement, il remplace avec avantage le lait de femme.
Toutes les maisons hospitalières destinées à l'assistance des nouveau-nés et des enfants du premier âge, sains ou malades, devront être pourvues d'une nourricerie où l'on entretiendra, proportionnellement à leurs besoins, des ânesses et des chèvres.
Les locaux affectés à ce service seront disposés de telle sorte que 1 etable où séjourneront les animaux soient d'un accès facile.
Les enfants ayant été pesés après chaque tétée, on a obtenu les moyennes suivantes du lait absorbé par eux à chaque tétée et par jour.