AGE TÉTÉE PRIS EN 24 HEURES
Chùvro.
De 1 jour à 1 mois. 53 gr. 5
De 1 à 3 mois 73 gr.
De 3 à 0 mois 105 gr. 8
La comparaison de ces chiffres met en relief ce fait que le lait d'ânesse a été pris en quantité plus considérable que le lait de chèvre.
Un autre résultat de ces pesées a été de prouver d'une manière incontestable que, pour le même âge, les enfants qui ont guéri prenaient toujours plus de lait que ceux qui sont morts, qu'il s'agisse de l'ânesse ou de la chèvre.
Malheureusement, l'alimentation par le lait d'ânesse n'est pas toujours pratique, surtout dans les grandes villes, où l'on se procure plus aisément et à meilleur marché du lait de vache, dont la qualité est inférieure,
Anesse. Chèvre. Anesse.
52 gr. 5 375 gr. 367 gr.
86 gr. 500 gr. 602 gr. 3
106 gr. 5 741 gr. 746 gr.
32 ALLAITEMENT ARTIFICIEL
à ce point de vue spécial. Sa composition, de même que celle du lait de chèvre, diffère notablement, en effet, du lait de femme. On en peut juger parle tableau suivant :
Vache. Chèvre. Ancsse.
Caséine 36 37 17
Sucre de lait 55 /j0 58
Beurre «> 15
Le lait de femme renfermant en moyenne, par litre, 19 grammes de caséine, 46 à 53 grammes de sucre de lait et 45 grammes de beurre, pour réduire le lait de vache aux mêmes proportions en caséine et en sucre de lait, il faut donc le couper presque par moitié et y ajouter, soit un peu de sucre de lait, soit un peu de sucre ordinaire.
A la Maternité, M. Tarnier, après avoir essayé l'allaitement direct au pis de la chèvre et le lait de vache pur ou coupé, ainsi que le lait condensé et la crème Beidert, n'obtenait que des résultats défectueux, quand il eut recours au lait d'ânesse, exclusivement employé depuis
le 23 avril 1881.
Dès ce jour, la digestion des enfants devint excellente; tout fut simplifié dans l'alimentation des nouveau-nés, et la mortalité diminua manifestement. De tous les aliments employés dans l'allaitement artificiel, le meilleur serait donc le lait d'ânesse, qui, depuis plus de quinze mois, a donné d'excellents résultats. Mais, après six semaines ou deux mois, ce lait devient insuffisant, et il convient de le remplacer par du lait de vache convenablement coupé. (Acacl. de médecine.)
En considérant le grand nombre d'enfants qui meurent à Paris dès la première année par le fait seul d'un mauvais allaitement artificiel, cette découverte de la supériorité du lait d'ânesse sur tous les autres ne peut manquer d'être un grand bienfait. Il ressort en effet de la statistique municipale que des 60 856 enfants nés à Paris en 1881, 10 180 succombèrent dès la première année sur les 46 285 restés à Paris, les 14 571 autres ayant été envoyés en nourrice. C'est donc 22 0/0 de décès, dont 5 202 par athrepsie ou mauvaise alimentation et 3 067 nourris au biberon.
On sait que La réputation du lait cl anesse en France vint de l'usage qui en fut prescrit à François Ier. par un médecin israélite venu exprès de Constantinople. Ce remède doux réussit si bien au monarque que tous les courtisans s'empressèrent de suivre le même régime. Son usage est particulièrement répandu contre les affections pulmonaires et bronchiques, et s'il pouvait se généraliser clans l'allaitement artificiel, la vie d'un grand nombre d'enfants pourrait être conservée. Il suffirait qu'il se formât à Paris des ânesseries comme à Utrecht, pour que chacun y eût recours.
AMPUTATIONS. Diminution du calibre des vaisseaux. Après' avoir constaté mathématiquement et établi graphiquement par dix observations authentiques et concluantes cet effet consécutif aux amputations des membres, comme d'autres auteurs l'avaient fait avant lui, M. P. Segond cherche à en déterminer aussi positivement la cause. Ce n'est pas facile, car, après l'avoir attribuée à l'inertie fonctionnelle du membre amputé, en vertu de certaines lois générales, comme l'influence de l'exercice d'un organe et la quantité de sang qui traverse ses vaisseaux, on a invoqué son atrophie musculaire, ses troubles de nutrition, la contraction locale des vaisseaux divisés par action réflexe, etc., etc. La première explication toute physique est réfutée par des faits probants. L'amputation du pied, faite neuf jours après un accident, avec exercice du membre comme avant, n'a pas empêché la diminution du calibre de tous les vaisseaux de ce membre constatée à l'autopsie par M. Verneuil. Un amputé de cuisse, faisant ensuite des courses de 40 à 50 kilomètres, a présenté la même diminution. Ce n'est donc pas la cause importante de cette altération. Son apparition rapide, précoce et constante, sur toute l'étendue du membre montre qu'elle est antérieure à l'atrophie et qu'elle détermine plutôt cet effet secondaire qu'elle n'en dépend.
Fort simple en apparence, ce phénomène est donc plus complexe en réalité. Trois facteurs y contribuent selon M. Verneuil : une loi d'hydraulique au début par l'excès de pression du sang, provoqué par le brusque obstacle
apporté à son cours par la ligature de l'artère; une action réflexe du segment de celle-ci, qui, loin de se laisser distendre comme un tube inerte, surexcité par l'excès de tension, réagit en se contractant; une métamorphose de tissu par la rétraction succédant à la distension et à la contraction artérielle.
Contrôler, vérifier et établir ces trois points sur des basesindiscutables par des faits cliniques et des expériences est bien le programme de l'auteur, suivant les exigences de la science actuelle ; mais comment le remplir? La contraction vasculaire est aussi facile à constater sur le moignon de l'opéré que sur les animaux; mais sa durée, son étendue et les modifications en résultant, comment les vérifier et les distinguer de l'influence de la tension et la pression du sang? Autant d'inconnues et de difficultés insurmontables pour les résoudre, et c'est ainsi que ce long travail ne confirme que des faits déjà établis, sans éclairer les autres plus intimes et vitaux. C'est donc un aveu tacite d'impuissance des faits sur le raisonnement. (Revue de chirurgie, août et septembre.)
Diminution de la mortalité. Rien ne peut démontrer plus clairement les progrès de la chirurgie moderne sur l'ancienne que les résultats des grandes amputations primitives et consécutives, surtout en comparant ceux d'aujourd'hui avec ceux d'autrefois. Ainsi procède le docteur Thomas pour l'infirmerie royale de Glasgow où 720 amputations pratiquées du 1er janvier 1874 au 31 décembre 1881, soit huit années, ont donné 1-66 décès seulement, tandis que dans les 25 années précédentes, un total de 1412 amputations semblables avait donné 452 morts. Cette énorme mortalité de 32 pour 100 est donc descendue à 22,8, soit une réduction de 10 pour 100 environ.
D'après leurs causes, ces amputations des membres se divisent en :
307 primitives ayant donné 99 décès, dont 49 pour 185 grandes amputations.
87 amputations secondaires pour blessures ont donne 27 décès, dont 23 pour les 57 grandes amputations.
338 amputations pour maladies n'ont donne que-
-10 décès, dont 21 pour les 149 grandes amputations.
Sur cette mortalité générale de 165, il n'y a eu que 3 morts par pyémie et 1 par septicémie ; et si l'on tient compte que 22 amputés ont succombé le jour même et 11 le lendemain, indiquant que l'opération a été pratiquée sans aucune chance, on verra, en les défalquant de cette statistique, que la proportion de mortalité pourrait être abaissée à 18,9 pour cent. (Lancet, 1er juillet.)
Amputation congréniaie. Un exemple très rare de ce que Ton est convenu d'appeler ainsi a été présenté par le docteur Lannelongue, qui tend à en modifier profondément l'interprétation. C'est un enfant de deux mois et demi, né à Saint-Dizier, le 29 août 1881, d'une mère primipare, de vingt-quatre ans, mariée depuis dix mois à un garçon de vingt-sept ans, sans parenté ni hérédité aucune. Grossesse normale, accouchement naturel trois semaines avant terme. A sa naissance, il présentait des sillons circulaires sur les quatre membres, notamment à la jambe droite, qui étreignent les chairs et les divisent presque jusqu'à l'os. En se creusant progressivement depuis la naissance, ces sillons ont déterminé la chute spontanée de cinq orteils, et plusieurs des autres, ainsi que les doigts, entourés comme d'une sorte de ligature, sont destinés à tomber ultérieurement, comme sous l'effort constant d'un fil de caoutchouc. L'index seul de la main gauche présente une amputation de la troisième phalange; mais tous les autres offrent, comme les orteils des sillons et des déformations. (Acad. de mèd ^ novembre 1881.)
Depuis l'interprétation toute mécanique donnée à ces strictions circulaires par Montgommery, admettant que •des brides placentaires ou le cordon lui-même provoquaient ces amputations dans le sein de la mère, comme des exemples le démontrent péremptoirement, on en rattachait tous les cas à cette étiologie, sans y regarder de plus près On alla même jusqu'à supposer des fracturcs préalables se produisant sous l'action d'une violence extérieure pendant la grossesse, dont le mécanisme était encore plus obscur et impénétrable
On en était là de ces explications quelque peu cômplai-
santés ou traditionnelles et dont plusieurs observations offraient des contradictions flagrantes, lorsqu'on 1863 Mirault (d'Angers) observa un cas analogue dont il envoya l'observation à la Société de chirurgie, sous le nom d'affection singulière des doigts et des mains. Le mal avait débuté à l'annulaire de la main droite, par gonflement et rougeur, avec un sillon ressemblant à un étranglement produit par un anneau métallique. Ce doigt fut amputé dans l'article et la plaie ne guérit que dixhuit mois après. D'autres doigts se reprirent, et après quinze ans de souffrances et la perte successive de quatre doigts, rien ne faisait présager la guérison. Aucun membre de la Société de médecine d'Angers ni de la Société de chirurgie ne pouvait donner aucun renseignement sur cette affection, inconnue jusqu'alors. Après l'examen anatomo-pathologique des doigts amputés. M. Verneuil pensa qu'il s'agissait d'une variété exceptionnelle de lasclérodermieà forme circulaire paraissant se rattacher au rhumatisme. (Gaz. hebdom., 1863.)
C'est après cette discussion retentissante à l'étranger surtout que parut dans la Gazeta medica da Bahia, au mois de janvier 1867, une étude originale sur Yainhum, maladie endémique au Brésil, parmi les nègres africains, et consistant dans une dégénérescence graisseuse de tous les éléments anatomiques du petit orteil, consécutive à l'apparition spontanée d'un sillon ou étranglement à la racine de cet orteil, analogue au précédent, sans que rien pût en expliquer la cause ni en arrêter le développement. On pratiquait ainsi couramment l'ablation de cet orteil quand il était devenu gênant pour la marche.
L'auteur de ce mémoire intéressant, le docteur da Silva Lima, médecin de l'hôpital de la Charité de Bahia, en nous adressant ce travail, y joignait un spécimen anatomique de cette maladie, destiné à être soumis à l'examen histologique de M. Verneuil. Nous lui remîmes nous-même cette pièce, conservée dans l'alcool, avec tous les détails à l'appui, sans en avoir eu aucune nouvelle ensuite. De là la traduction résumée de tous les points intéressants de ce travail dans ce dictionnaire. (Voy. années 1867 et 1868.) .
La similitude frappante de ces faits avec celui de
Mirault ne pouvait manquer d'attirer l'attention. Les médecins de la marine française en particulier s'en occupèrent vivement et montrèrent par des exemples que, loin d'être spéciaux à la race nègre et indienne du Brésil, ces faits se rencontraient chez les créoles et les Hindous. Cette maladie, quoique se développant pendant la vie et ayant pu être considérée comme une variété de lèpre dactylienne amputante, en se montrant aux doigts et aux orteils, pouvait donc être rapprochée également des amputations congénitales et offrir ainsi de précieux éclaircissements à leur interprétation.
Un fait publié en 1879 par M. Guyot, médecin de la marine, montra qu'une petite fdle de deux ans, atteinte d'ainhum, était venue au monde avec des mutilations congénitales multiples, véritables amputations spontanées, car l'auriculaire de la main droite présentait un sillon profond dès la naissance. La continuation du travail pathogénique a presque entièrement détaché l'extrémité unguéale de ce doigt en deux ans. C'était la démonstration que Yaînhum pouvait se développer pendant la vie intra-utérine, et sa fréquence dans la race noire le rapprochait d'autant mieux des amputations spontanées que celles-ci sont infiniment plus communes que parmi les autres.
En rapprochant ces faits de celui qu'il a observé, et guidé par les recherches histologiques déjà réalisées, M. Lannelongue est conduit à se demander si ce rétrécissement annulaire, observé chez les blancs comme chez les noirs, à la naissance comme après, n'expliquerait pas plus rationnellement certaines amputations congéniales que la cause mécanique admise pour tous les cas. Que Ion en fasse un processus identique h celui de la sclerodermie, avec M. Verneuil, ou une lèpre amputante, avec M. Collas, il est évident que cette lésion locale, le le p us souvent, procède d'une cause générale interne qui lui permet de s'étendre aux différentes extrémités, comme le cas actuel en est la preuve. Les altérations entraînées par le sillon, le serrement, expliquent ensuite la chute spontanée des parties placées au-dessous, Mrchiv. de méd., décembre 1881 et janvier )