ANESTHÉSIE
nausée?, les vomissements, l'embarras gastrique, les douleurs abdominales, le météorisme, les selles vertes et noires ont également moins de rapport avec l'anémie qu'avec l'intoxication. Les palpitations elles-mêmes sont plus violentes qu'à la suite de l'hypo-globulie ainsi que l'anxiété précordiale et les douleurs tboraciques rattachées à ce phénomène. La céphalalgie, la photophobie, l'amblyopie, les convulsions tétaniques, le trismus s'expliquent aussi par cet empoisonnement, dont il suffit de faire cesser la cause pour que ces effets disparaissent, si l'intoxication n'a pas produit des lésions organiques irréparables. Ce n'est donc plus l'anémie qu'il faut dire, mais l'empoisonnement des mineurs.
De l'anémie et spécialement de l'anémie chez les mineurs, par le docteur Fabre, médecin des mines de Gommentry. In- 8°, Paris.
En dehors des causes générales, comme l'absence d'air, il y a aussi sa viciation, qui varie selon le minerai exploité. C'est pourquoi le danger "de l'anémie varie suivant les mines. L'auteur en distingue ainsi les différentes causes avec les moyens de les atténuer ou de les éviter. C'est un véritable traité de cette anémie spéciale et toute professionnelle.
ANESTHÉSIE. Recherchant expérimentalement l'action des anesthésiques, Binz admet que la morphine, le chloral, l'éther et le chloroforme agissent par leur affinité avec la substance grise de l'écorce cérébrale en en produisant la coagulation. Introduits dans le sang, ils se combinent avec cette substance en s'opposant à la désagrégation de la partie vivante et à l'accomplissement de ses fonctions, tandis que d'autres agents chimiquement identiques ne possèdent pas ce pouvoir. (Archiv f. experim. pathol., 1877.)
Malgré l'obscurité de cette conception vague, Kanke y donne son assentiment, d'après ses expériences sur les grenouilles. Il a vu le chloroforme, l'éther, l'amyle, s'opposer à toute contraction du muscle, par l'irritation des nerfs taoteurs, comme dans l'empoisonnement avec le curare, bien que le tissu musculaire réagisse à une stimulation directe et que les courants restent constants en force et en direction. Dans la dernière période de l'anesthésie, ce tissu ne répond plus aux plus puissants courants, quoique sa
ANESTIIKSIK
force électro-motrice reste intacte. Plus tard, tout le tissu musculaire et le corps passent à l'état de rigidité. Bien plus, une solution d'albumine cérébrale ou de myosine musculaire dans de l'eau salée est précipitée par la Papeur des trois anesthésiques. Donc leur pouvoir de produire la rigidité musculaire dépend de la coagulation de la myosine.
Des expériences additionnelles ont aussi démontré à Kanke que l'éther, l'amyle, le bromoforme, les bromliydrates injectés dans les arlères produisaient, comme le chloroforme et le chloral, la rigidité musculaire, tandis que le tannin, le sulfate de cuivre, le chlorure mercureux, le sulfate de fer ou les alcools de vin n'amenaient que de fortes contractions fibrillaires, la coagulation du sang et la mort sans rigidité. L'iodoforme seule, en solution dans l'éther, l'amène plus rapidement que l'éther seul. C'est l'unique exception, car l'iodoforme n'est pas anesthésique, peut-être en raison de son insolubilité, tandis que les solutions de morphine n'ont jamais amené la rigidité musculaire. (Centralblatt, 1877.)
Il est curieux et instructif de montrer la méthode employée par les Allemands pour constituer ainsi leurs théories. Quelle analogie y a-t-il entre la coagulation de la myosine et celle des cellules cérébrales et l'effet transitgire, instantané de l'anesthésie avec l'injection dans le sang de semblables poisons? Il faut donc attendre que le rapprochement soit connu pour conclure.
Injections morphinées. Leur action adjuvante de l'anesthésie par le chloroforme, soit pour en prévenu' les accidents, soit pour en neutraliser les dangers, comme elle est exposée en 1 864 et 1872, en fait étendre les indications au professeur Konig. Outre les ivrognes avérés, chez lesquels elles sont indiquées, il y a beaucoup d'individus qui font un usage habituel des boissons fermentées et chez qui il est aussi prudent d'y recourir. Ceux qui offrent des états spasmodiques, surtout de nature toxique, doivent y être soumis, comme ceux qui présentent des accidents de nature douteuse rendant Je sommeil anesthésique plus difficile.
Elles sont surtout indiquées dans les cas où la longueur de l'opération ne permet pas une inhalation continue, ré-
AiNESTHÉSIE
milière, ou on fait redouter les mauvais effets. Elles procurent 'alors une analgésie qui dure plus longtemps que la cliloroformisation. Sans perdre entièrement le sentiment, les opérés demeurent alors très-abattus et perçoivent les impressions sensitives très-imparfaitement.
Une statistique de plus de 7,000 cas de ce mode d'anesthésie, sans un seul malheur, en démontre l'innocuité. (Centralblcitt fur chiri, n° 30, 1877.)
Ethérisation mortelle. Une femme de quarante-huit ans, bien constituée, fut soumise à l'influence de l'éther pour l'opération de synéchie postérieure complète de l'œil gauche. Elle se réveilla rapidement et fit bientôt des efforts inutiles pour vomir, puis tomba sans connaissance. La figure était cyanosée, la respiration embarrassée, la peau couverte de sueur; pouls rapide, mou; 120 pulsations. Au bout de quatre heures, l'état de la malade s'était amélioré; elle avait repris connaissance et répondait aux questions qu'on lui adressait par des mouvements de la tête. Hémiplégie gauche; incontinence d'urine. Le lendemain, elle semblait mieux; mais, le surlendemain, elle succomba.
A l'autopsie, hémorrhagie sous-arachnoïdienne, située à la surface supérieure de la portion moyenne de l'hémisphère gauche. Foyer hémorrhagique dans le ventricule latéral droit ; ramollissement et destruction de la couche optique et du corps strié. Dégénérescence athéromateuse des artères de la base du cerveau. D'où l'indication pour M. Mathewson de s'abstenir des anesthésiques chez les malades dont les vaisseaux sont lésés. {Revue des se. méd., juillet.)
Acide phénique. La solution en lavement a été suivie d'une anesthésie prolongée, chez un garçon de 4 ans atteint d'une diarrhée sanguinolente, sinon de dyssenterie. Deux grandes cuillerées d'acide phénique mises dans deux pintes d'eau furent injectées aux trois quarts, par le docteur Putnam, pour laver le côlon. Aucune douleur n'en résulta, mais bientôt l'enfant devint engourdi et contracture. Respiration superficielle à 30; pouls à 168, tombant à 120 pendant les deux heures suivantes. Des grandes injections fuient faites dans l'intestin, jusqu'à ce que l'eau en sortit sans odeur; des injections hypodermiques d'alcool furent
u ANESTHÉS1E
pratiqué©!, sans provoquer aucune péactiûfl musililkm Néanmoins, ce ne fut que deux heures après que Ja connaissance se manifesta par quelques mots, puis Je malade s'endormit deux heures ensuite très-naturellement et il était le lendemain aussi Lien que jamais. Un empoisonnement n'est donc pas à supposer. (Soc. méd. de Boston, avril.]
Protoxyde d'azote. D'après quelques expériences de M. P. Bert, on pourrait se servir pour l'anesthésie d'un air contenant 50 0/0 de protoxyde d'azote, à condition de le soumettre à une pression de deux atmosphères, tandis qu'à la pression ordinaire, il faut l'employer pur, ce qui produit nécessairement l'asphyxie. M. Bert se propose de continuer ces expériences ; il serait en effet trôs-avantageux de pouvoir généraliser l'emploi de cet anesthésique, qui n'agit pas sur le cœur comme l'éther et surtout le chloroforme. (Acud. des se.)
Chloroformisation par les dentistes. A la suite des déplorables accidents arrivés en Amérique par cette pratique, la jurisprudence professionnelle tend à se fixer et à devenir plus sérieuse. Au lieu du simple verdict de mort par syncope pendant l'administration du gaz chez un sujet atteint de dégénérescence graisseuse du cœur, rendu à Manchester l'année dernière (Voy. année 1877), un verdict plus juste et satisfaisant a été rendu à Philadelphie dans un cas semblable, grâce à l'adjonction de cinq médecins sur les six membres du jury. Il s'agissait d'une dame de trente-quatre ans, du comté de Montgommery, qui vint à Philadelphie pour se faire arracher une dent. Étant d'une santé délicate depuis quelque temps, elle était effrayée de se soumettre au chloroforme, et ce n'est que sur l'assurance du dentiste qu'il n'y avait pas de danger qu'elle y consentit. Il lui en fit donc inhaler, sans examiner le cœur ni l'aide de personne, la patiente étant assise dans son fauteuil. Une minute ne s'était pas écoulée que cette femme ne respirait plus, comme un médecin le constata aussitôt. A l'autopsie, un cœur gras fut découvert. Le jury conclut qu'Elizabetb Neely était morte le 29 mars 1878, au numéro 224 de la dixième rue du Nord, par le chloroforme administré par le docteur ^'inslow, et qu'il était coupable d'ignorance en employant uu remède si actif
ANESTI1ÉSIE
saàs aucun examen de la paticnle. Une punition a donc dû s'ensuivre. Cette sentence est d'un utile enseignement. (Med. and surg. Reporter, 10 mars.)
Il est vrai qu'en France, muni du diplôme de docteur comme Winslow, un dentiste n'encourrait aucune responsabilité. Mais en est-il qui commettraient une faute aussi lourde?
D'après la loi récente qui règle l'exercice de l'art dentaire en Hollande, il est également défendu aux dentistes, malgré les justes garanties de savoir et d'habileté exigées d'eux par des examens, d'employer des remèdes anestbésiques, cblorofprme, protoxyde d'azote, etc., sous peine d'emprisonnement d'un à six mois, et d'une amende de 25 à 100 florins. La prescription de remèdes internes et la vente de médicaments autres que les poudres, élixirs et autres dentifrices leur sont également défendues.
Le dentiste Privât, du Gros-Caillou, traduit en police correctionnelle pour avoir ebloroformisé ses patientes, a été condamné à deux amendes de lo francs pour exercice illégal de la médecine par jugement de la 8e chambre. C'est donc reconnaître implicitement que les dentistes, en France, ne sont pas autorisés à employer l'anesthésie.
L'inhalation du nitrite d'amyle a suffi tout récemment en Angleterre à prévenu' la mort d'une femme de 49 ans soumise à la chloroformisation pour l'ablation d'une tumeur graisseuse. Elle se montrait quelque peu réfractaire à s'endormir après la période d'excitation lorsque, soulevant la tète et faisant un effort de vomissement, cette femme poussa un soupir, le pouls s'arrêta, et les lèvres se couvrirent d'écume. On projeta de l'eau froide, on attira la langue au dehors en pratiquant la respiration artificielle sans succès. Quelques gouttes de nitrite d'amyle versées sur un linge furent alors placées sous le nez, et, en moins de dix secondes, la face rougit,. le pouls se rétablit ainsi que la respiration. (Briti&h viril, jauni., août 1877.)
On peul se. demander si l'arrêt du cœur, dans ce cas, était bous l'influence des contractions de l'estomac, du vomisseteeat on de l'intoxication ohloroformique. En tout cas, il est difficile de juger si le relour de la connaissance a été spontané on dn au nitrite d'amyle, en communiquant une impulsion soudaine à la circulation, bien que ce liquide offre un
24 ANKSTHKSUS
nouveau moyeu d'action précieux au chirurgien pour conjurer les accidents foudroyants.
Anesthésie généralisée. Siège. Chez un malheureux journalier de o2 ans, épileptiquc depuis cinq ans par le chagrin d avoir perdu sa femme et ses enfants et dix ans après une chute sur la tête d'un troisième étage, le docteur Méynd constata une insensibilité cutanée absolue de toute la surface du corps, à la douleur et à la chaleur, si ce n'est dans les plis interdigitaux, où elle est un peu moindre. Motilité conservée, quoique affaiblie, aux membres supérieurs. Strabisme droit avec affaiblissement de l'ouïe de ce côté, odorat nul, goût aboh, tact imparfait.
Le malade parle et raisonne; il n'est donc pas aliéné. Cette anesthésie est-elle due à l'épilepsie? M. Meynet est disposé à en placer le siège dans les pédoncules cérébraux ou dans la protubérance elle-même, d'après le siège des impressions sensitives qu'y place M. Vulpian et les recherches anatomiques de M. Conty, qui, dans cinq faits d'anesthésie généralisée suivis de mort rapide, a découvert une lésion étendue de la protubérance annulaire des deux côtés du mésocéphale. D'autres observateurs ont aussi rencontré des lésions bulbaires unilatérales et même du cervelet et du pédoncule cérébelleux inférieur. C'est ainsi que, dans une anesthésie prédominante à gauche, M. Clément rencontra à l'autopsie une tumeur entre les deux pédoncules, qui étaient presque complètement détruits des deux côtés.
Des lésions des pédoncules cérébraux dans le trajet de leur passage dans la protubérance, sinon de la protubérance elle-même, peuvent donc seuls exphquer ces étranges phénomènes. (Lyon mécl., n° 20.)
Anesthésie obstétricale. Elle tend décidément à entrer dans la pratique courante, en France comme, en Angleterre, au moins celle des jeunes maîtres. Elle ne pouvait s'y naturaliser tant que M. Campbell a été seul à l'employer dans sa pratique privée contre l'enseignement officiel de la Faculté et la pratique hospitalière. Mais depuis que M. Tarnier s'est déclaré franchement en sa faveur, en montrant qu'il l'emploie fréquemment avec, succès à la Maternité, malgré la réprobation de ses maîtres, d'autres ont imité son exemple.
ANESTHÉS1E
Renchérissant sur lui, M. Lucas Championnière, chargé du service ohstétrical de l'hôpital Cochin , arrive même à en formuler les règles d'emploi, d'après un grand nombre d'applications en ville et à l'hôpital, et à ne plus voir de contrindications de son usage.
L'habitude de l'anesthésie chirurgicale a seule pu faire méconnaître la réalité et les bienfaits de l'anesthésie incomplète et prolongée des femmes en couches. Sans avoir la régularité que certains observateurs lui attribuent, elle est soumise à des variations suivant les dispositions individuelles et la quantité de choloforme, ainsi que la période du travail à laquelle on en commence l'emploi. Au début, quelques gouttes versées sur un" mouchoir, que la femme porte elle-même à son nez et respire de temps en temps quand elle sent venir les douleurs, suffisent à en affaiblir tellement l'acuité, qu'elle ne crie ni ne se plaint et s'occupe du public qui l'entoure. Elle s'anesthésie ainsi elle-même , sans perdre connaissance, jusqu'à la dilatation complète. Un appel plus pressant au chloroforme est ordinairement le signe que la tête est "à la vulve, et l'on peut, alors ou en augmenter la dose, eu le cesser pendant cette dernière période; quelques grammes sont à peine nécessaires en pareil cas. C'est probablement ainsi qu'il a été primitivement administré à la reine Victoria.
Il n'en est pas ■ de même lorsque le chloroforme n'est administré qu'après plusieurs heures de souffrances. Les femmes n'accusent alors de bien-être que s'il est donné plus abondamment. Une tendance à l'assoupissement a lieu sans perte de connaissance. On les entretient ensuite dans cet état avec des doses très-minimes ; mais il faut continuer à les renouveler fréquemment pour les conduire jusqu'à la délivrance sans souffrir.
Il faut encore donner d'emblée une plus grande quantité de chloroforme jusqu'à assoupissement complet quand le travail débute seulement après la rupture de la poche des eaux, que l'utérus est dur et contracturé ou que le travail est très-avancé. Ce n'est pas encore l'anesthésie chirurgicale avec perte entière de la connaissance; mais, en la prolongeai ainsi pendant 15 à 20 minutes, on peut l'entretenir ïusquà la délivrance avec de faibles quantités, sans que la temme souffre, tout en ayant conscience de ses douleurs.