‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales [electronic resource] (volume 5)Chapitre 15 sur 117 · ARSENIC · texte numérisé non relu

ARSENIC

boule en contient davantage. Et encore s'en trouvait-il en quantité notable dans les tentures du lit. Lés vêtements, les ^ouvertures, les tapis de la victime, qui pouvaient en retenir par suite de ses vomissements pendant dix-huit mois, n'en décelaient aucune trace , pas plus que le vin ni le sous-nitrate de bismutb pris par elle. On peut donc se demander si c'est là une preuve bien suffisante d'empoisonnement arsenical lent et criminel, quand on sait que les eaux, les légumes, le vin, les papiers de tenture, les fleurs, les étoffes en contiennent une certaine proportion.

L'analyse a paru d'autant moins concluante que la reeberebe du poison a été faite sur la masse des divers tissus examinés : foie, estomac, intestins, et que le cerveau, la moelle ni les nerfs, où se localise] et s'emmagasine surtout l'arsenic, d'après les recberebes expérimentales de M. Scolosuboff, n'ont pas été examinés. (Voy. année 1876.)

La stéatose arsenicale des organes, le foie en particulier, n'a pas été constatée plus que celle du cœur ni des canalicules urinaires, où passe l'urine éliminatrice du poison. Cette lacune, coïncidant avec la quantité infinitésimale d'arsenic trouvé, est d'autant plus grave qu'aucun symptôme précis distinct^ patbognomonique de cette forme d'empoisonnement, n'avait été observé pendant la vie par les différents médecins appelés tour à tour à visiter la malade. Vomissements, diarrbée, faiblesse, anémie, analgésie des membres inférieurs, tels étaient les principaux symptômes auxquels aucune étiquette nosologique n'a été attacbée. Pas d'éruption cutanée, surtout aux parties génitales, pas de paralysie distincte et surtout pas d'injection de la muqueuse eonjonctivale, signalée depuis longtemps comme l'indice de l'élimination du poison par les muqueuses et l'un des accidents les plus fréquents de l'arsenicisme chronique. La plupart des auteurs le considèrent comme le premier indice de l'in tolérance thérapeutique et de l'intoxication. Tous les animaux soumis à l'empoisonnement arsenical par M Loliiot (voy. année 1869) ont présenté ce: symptôme caractéristique. Lest donc aux médecins à en tenir plus de compte à 1 avenir dans les cas suspects.

C'est dans le foie surtout que la dégénérescence graisseuse était apparente chez une [.otite fille de 4 ans, prise, le M» novembre au matin, de vomissements et de douleurs

AHSE.Mlj

d'estomac. Ces symptômes continuèrent en augmentant jusqu'au 21 , c'est-à-dire pendant quarante-quatre heures après le début; la mort arriva, précédée de stupeur et de convulsions. L'examen des liquides de l'estomac décela la présence d'une grande quantité d'acide arsénieux au docteur W. Hills. Une partie égale de l'estomac, du foie, des reins et de la rate, traités ensemble, donnèrent également de l'arsenic. Mais le foie traité séparément n'en décela aucune trace, quoique son passage y eût laissé la plus profonde empreinte.

C'est dans cet organe où il paraît manifester sa présence le plus vite. Casper mentionne un cas fatal en douze beures avec un commencement de dégénérescence du foie. La mort, survenue après dix-sept beures, montra la même altération du cœur, du diapbragme, du foie et des reins, dans un cas relaté in Archiv. de Virchow. Les expériences de Saikowski sur les animaux, relatées dans ce recueil, lui ont montré que deux grammes donnés à des lapins ont produit, en vingt à vingt-buit beures, de la graisse dans le foie, les reins et le cœur, comme avec de petites doses. On a pu en déceler la présence dans le foie quatre beures après l'ingestion. Et cependant dans plusieurs de ces cas, comme dans celui-ci, les réactifs ont été impuissants à le retrouver en nature, alors que d'autres organes en contenaient. Il est donc aussi vite absorbé, détruit, dans le foie, que partout ailleurs. (Boston med. and surg. journal, septembre n° 12.)

Uréthrite arsenicale. L'arsenic absorbé, s' éliminant en grande partie par les urines, peut déterminer une irritation telle de la muqueuse urétbrale qu'il en résulte un véritable écoulement en debors de toute contamination vénérienne. Deux faits observés par M. Saint-Pbilippe sur des individus faisant abus de l'arsenic en sont la preuve et viennent confirmer quelques observations analogues faites pi^écédemment. Delioux de Savignac a noté un chatouillement de l'urètbre parfois très- désagréable avec tendance à l'érection et même un véritable érôtbisme du sens génital, cbez des sujets prenant 2 à. 3 milligrammes d'acide arsénieux. Delacour a signalé aussi un cas d'urétbrite arsenicale en 1870. CGraz. méd. de Boni., n° 42, 1877.)

' L'arsenic aurait donc une action topique sur les organes

ARTHRITES

génitaux, comme il a une action élective. On attribue ainsi les éruptions génitales qui se manifestent chez les ouvriers maniant les composés arsenicaux, au contact direct de leurs mains, de leurs doigts, tandis que les inflammations, les gangrènes, chez ceux qui en font usage à l'intérieur, ne peuvent résulter que d'une action élective. C'est là un fait à élucider.

ARTHRITES. Péri-arthrite scapulo-humérale. Origine rhumatismale. A la variété traumatique, si bien étudiée par M. Duplay en 1872, tend à s'en ajouter une autre. Deux observations relatées par le professeur Desplats, de Lille, montrent du moins qu'elle peut être consécutive au rhumatisme articulaire. Les troubles trophiques qui l'accompagnent en décèlent même la nature. L'atrophie musculaire, l'adipose, les éruptions cutanées, les sueurs locales qui ont été constatées, sont en effet les manifestations des lésions. Les nerfs étaient douloureux au toucher comme dans la névrite. C'est donc à une lésion du plexus brachial que cette grave affection serait due. (Gaz. hebd., n° 2i.)

Arthrite intermittente. Quoique rare, cette variété n'en paraît pas moins réelle. Un nouvel exemple identique à celui de M. Moore, relaté en 1867, en a été observé par M. Panas à l'hôpital Lariboisière. C'était une femme encore jeune sans aucun vice diathésique. Une double hydarthrose du genou, indolente, mais assez abondante pour soulever la rotule, apparaissait tous les quinze jours régulièrement, un lundi, pour disparaître quatre jours après. A deux reprises pendant les quatre premières années de cette affection intermittente, cette femme devint enceinte et accoucha la première fois à terme d'un enfant vivant ; la seconde fois elle avorta. Et, chaque fois, l'arthrite cessa pendant toute la durée de la grossesse, comme chez la malade de M. Moore, pour revenir ensuite.

M. Panas, en assistant k trois attaques successives de cette singulière hydarthrose, à l'hôpital, a pu se convaincre de sa réalité et s assurer qu'elle ne présente rien de particulier. Les téguments n'étaient pas relâchés; les mouvements de l'articulation sont normaux ; la seule modification est un épaissis- Sèment très-léger des culs-dc-sac de la membrane svnoviale.

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