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CHARBON

CHARBON. La discussion a continué sur l'étiologie de cette grave maladie. Un fait important a surtout été avancé par M. Colin : c'est que les ganglions lymphatiques, où l'induction clinique fixait le point d'arrêt de l'absorption du virus, en sont réellement le siège. Ses recherches donnent une sanction expérimentale à ce fait, d'autant plus important que ces organes se transforment successivement en foyers virulents de proche en proche à partir du point d'inoculation, deviennent virulents avant l'apparition des bactéridies dans leur intérieur et alors que le sang, le foie, la rate, ni aucun autre viscère ne possèdent cette fatale propriété. La tuméfaction, l'œdème, la teinte rougeâtre, l'hémorrhagie interstitielle sont les caractères physiques de cette virulence.

Mais M. Pasteur conteste la valeur de ces expériences, parce que le microscope ne saurait découvrir la bactéridie unique qui peut exister dans l'intérieur d'un ganglion virulent lors de l'examen. Tant que l'absence de ce vibrion n'aura pas été absolument démontrée par la stérilité bactéridienne de son ensemencement dans un liquide approprié, il considère ces expériences comme non avenues. (Acad. de méd., mars.)

M. Pasteur a démontré expérimentalement un fait non moins important à l'appui de l'origine bactéridienne du charbon. Ayant reconnu que ce vibrion ne peut se développer à une température de 4i° C, et qu'au dessous de 45 le sang des mammifères est incompatible avec la vie, comme la constaté Cl. Bernard, il a pensé que les oiseaux, la volaille, étaient peut-être rebelles au charbon, en raison de la température élevée de leur corps. Il a ainsi pris trois poules pour résoudre cette question. Deux ont été inoculées simultanément avec de l'eau de levure servant à l'ensemencement de la bactéridie. L'une d'elles a été laissée libre ; l'autre avec la troisième , n'ayant rien reçu , ont été attachées, fixées à une planchette et plongées ainsi à micorps à peu près dans un bain d'eau froide à T6° pour abaisser leur température. 29 heures après, celle qui était inoculée et baignée mourait du charbon. Tout son sang, la rate, le poumon, le foie étaient remplis de bactéridies chai'bonneuses susceptibles de se reproduire dans les liquides inertes et dans le sang des animaux. L'autre poule, refroidie

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comme la première, mais non inoculée, se porte aussi bien «lue celle qui, hioeuléc, n'avait pas été refroidie.

M. Clin, qm avait contredit d/abord ces résultats pour ne paa s être placé expérimentalement dans des conditions identiques a celles de M. Pasteur, a été obligé de reconnaître publiquement leur exactitude, leur réalité. Toutes ses objections tombent ainsi devant la poule témoin qui a survécu, mal-ré qu'elle ait été garrottée , refroidie et anémiée' comme celle qui est morte.

^ Delà les conclusions que les poules, comme les oiseaux, à l'état normal, sont réfractaires au ebarbon, en raison de la température élevée de leur corps ; que , refroidies , elles le contractent facilement, de même que leurs petits, peu de temps après la naissance, alors qu'ils n'ont pas encore leur cbaleur normale, comme M. Colin l'a réalisé cbez les petits oiseaux par l'inoculation du sang ebarbonneux, tandis qu'il n'a pu l'obtenir cbez les poules.

Il est même résulté de cet enseignement qu'une poule inoculée et refroidie pouvait se rétablir et guérir en étant mise dans une étuve et réebauffée immédiatement. Les bactéridies sont alors tuées à ce degré normal de sa température et les germes ne peuvent même s'en développer ultérieurement. De là l'indication de tenir les animaux menacés du ebarbon à une température aussi élevée que possible, comme contre-épreuve de cette ingénieuse et curieuse expérience. (Idem, juillet.)

CHIRURGIE. Chirurgie d'Hippocrate, par J.-E. Pétrequin, ex-ebirurgien en cbef de l'Hôtel-Dieu de Lyon. Deux volumes grand in-8. Paris.

GEuvre immense d'érudition et de science qui éclaire et rectifie bien des points restés obscurs dans l'œuvre du père de la médecine sur les fractures et les luxations surtout, les bémorrboïdes et les fistules. Des rectifications, de nouveaux éclaircissements en font le complément indispensable des autres traductions. Aussi a-t-elle été confiée aux presses de l'imprimerie, nationale, aux frais du gouvernement, car l'auteur, après plus de 30 ans de labeur continu, est mort avant de pouvoir la mettre au jour , bien qu'elle doive lui donner l'immortalité.

CIRRHOSE

Traité d'amttomie topographique avec applications à la chirurgie, par M. 'filiaux. Un vol. in-8° de 1221 pages avec figures dans le texte et tirées en couleur. Paris, 1877.

Quoique destiné particulièrement aux élèves que l'auteur est chargé d'instruire et de diriger à l'Amphithéâtre général des hôpitaux de Paris, 'ce livre peut également servir aux praticiens ohligés de pratiquer des opérations délicates dans des régions dont ils ont un peu ouhlié les détails. Par sa clarté, sa concision et ses figures, ce livre les leur rappellera rapidement.

Manuel de pathologie et de clinique chirurgicale, par A. Jamain et Terrier. Tome 2e, 1er fascicule de 390 pages in-12. 3e édition, librairie Germer Baillière. Paris.

Avec le premier volume, publié en 1876, ce fascicule forme la moitié de l'ouvrage, qui comprendra 3 volumes au prix de 8 francs chacun. On ne peut que répéter le bien déjà dit ici de cette réédition, soigneusement revue et augmentée de toutes les acquisitions nouvelles de la science. L'ordre qui y règne permet de s'en convaincre facilement en consultant ce fascicule qui traite des maladies et des difformités des articulations. Toutes les espèces d'arthrites, celles de nature syphilitique surtout, y sont distinguées, différenciées avec les divers néoplasmes. L'étude des difformités congénitales et accidentelles forme une section à part.

La troisième partie, traitant des affections par régions et appareils organiques , commence par celles du crâne et du cerveau, puis du rachis et delà moelle et successivement de l'appareil olfactif. Par cette méthode simple et naturelle, rien n'est oublié, et tout se trouve à sa place pour faciliter le diagnostic différentiel. En réunissant les différentes lésions suivant leur nature, inflammatoires, traumatiques ou syphilitiques, il aide et facilite puissamment les recherches, aussi bien pour le diagnostic que pour le traitement.

CIRRHOSE. Cirrhose atrophique latente. Cette marche anormale a été observée chez trois hommes à l'Hôtel-Dieu de Lyon, en l'espace de six mois, et constatée par l'autopsie dans le laboratoire d'anatomie pathologique de la Faculté. Dans le premier cas, fondeur de 48 ans, l'œdème ne se révèle que huit jours avant la mort, arrivée subitement par des lié m a-

CIHHIIOSE

témôses répétées. Elle survint deux mois après le début des symptômes dans le second et un mois a peine dans le troisième. Dans ces trois cas, le foie, plus ou moins diminué de volume, ratatiné, dur, fibreux, à surface chagrinée ou framboisôc, présentait tous les caractères de la cirrhose porte, granulée, avec ascitc plus ou moins abondante. Des varices œsophagiennes, indiquées récemment comme un caractère spécial de la cirrhose, existaient même dans le premier, et il est remarquable que la mort arriva à la suite d'hématémèse, comme dans les deux derniers cas cités. (Voy. années 1875, 1877.)

Cette marche rapide ou latente, en contradiction avec la forme généralement lente qui est observée, mérite d'autant plus de fixer l'attention qu'elle n'est signalée explicitement dans aucun auteur classique. La récente traduction française de Murchison ne l'indique même pas, et, si celle de Frerichs cite le fait, c'est pour l'atténuer, en disant qu'une complication vient alors accélérer le dénouement fatal. Or il est remarquable que des complications graves existaient aussi dans les trois cas précédents : altérations du poumon gauche ici, de la rate et de l'aorte là, des reins et de la vessie ailleurs. La cirrhose n'était donc pas seule en question pour expliquer la mort.

Et, il faut bien le noter, puisque l'auteur de ces observations ne le fait pas, ce sont des complications analogues que l'on trouve dans les autres qu'il rapporte à l'appui de cette cirrhose latente. Excepté le cas observé par M. Pierret à la Salpêtrière et relaté trop succinctement, bien d'autres lésions coexistaient avec l'atrophie du foie. La rate même était très-volumineuse chez cette femme, morte 24 jours après un embarras gastrique suivi d'ascite rapidement croissante avec ictère. Si un foie petit, à surface bosselée, avec capsule , opaque et épaissie, fut la principale lésion constatée par Frerichs chez ce garde de nuit de 58 ans, qui mourut dans le coma trois mois après une diarrhée compliquée d'ascite sans ictère, elle n'était pas davantage unique. La rate était aussi doublée de volume, recouverte d'une couche couenneuse d'un brun foncé uniforme, et des lésions non moins graves du tube digestif sont notées. De même chez ce phthisique de 21 ans, entré à l'Hôtel-Dieu à la fin de 1877 avec un œdème léger s'accroissant si vite, et accompagné

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là

de vomissements, d'urines albumincuses, ascite, diarrhée, qu'il meurt un mois après. S'il y avait un foie petit, atrophié, à surface mamelonnée, dure, d'un blanc bleuâtre, capsule épaissie et tous les caractères d'une cirrhose périlobulaire, n'existait-il pas aussi des lésions tuberculeuses graves, une hydropisie de toutes les séreuses, néphrite interstitielle et rate très-volumineuse, rouge et ferme? (Progrès mécl., 4 mai.)

Il est donc important de tenir compte de ces lésions et des complications qu'elles entraînent pour expliquer la mort, sans la rapporter exclusivement à une cirrhose latente. Lorsque plusieurs organes, pris ensemble, expriment leurs souffrances simultanément, n'est-ce pas aux plus impressionnables, aux plus sensibles à donner le ton, la note aiguë? Les symptômes sourds de la cirrhose atrophique peuvent bien être ainsi obscurcis, voilés, cachés. Le début n'en peut être d'ailleurs facilement précisé chez ces malades des hôpitaux, comme MM. Simon et Rendu le font remarquer dans les Dictionnaires. Il paraît de plus, d'après M. Hilton Fagge, que l'altération cirrhotique peut exister chez les alcooliques sans déterminer aucun symptôme appréciable. De nombreuses autopsies d'ivrognes lui ont montré souvent le foie lésé sans que l'on en ait reconnu l'état morbide pendant la vie. Or c'est au moins le cas pour le premier des malades précédents et peut-être pour d'autres, ce qui expliquerait encore mieux cette forme latente. Il y a donc lieu d'y faire attention à l'avenir. (Lyon méd., n° 43.)

COCA. Ensayo esperimental sobre el erythroxylam Koca (essai expérimental sur la coca). Thèse inaugurale soutenue à la Faculté de médecine de Buenos-Ayres par M. Espinosa, ancien interne de l'hôpital général. In-4 de 90 pages avec tracés sphygmographiques et tableaux synoptiques. 1877.

On s'est assez occupé de la coca dans ces dernières années pour ne pas avoir à nous appesantir sur les caractères botaniques et chimiques, la matière médicale, ni les usages pharmaceutiques de cette fameuse plante, malgré les détails intéressants contenus à cet égard dans cette thèse. Son histoire générale est bien connue, et l'on sait que, glorifiée et divinisée autrefois dans l'empire des Incas à l'égal de la vigne en Europe, à cause de la force, de la vigueur qu'elle communiquait à ses habitants, elle est encore d'un usage

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hvri-i'ùpandu dans diverses régions de l'Amérique méridionale, notamment le Pérou et la Bolivie , où elle forme une source de richesse pour ceux qui la cultivent et est l'objet d'un impôt important pour L'État. En débattant le prix de sa journée, l'ouvrier indien y comprend la quantité de coca à recevoir, comme ici la quantité de vin, et c'est en en mâchant ainsi deux à trois onces par jour qu'il se livre aux durs travaux des mines du matin au soir. Elle est l'analogue du vin ici, comme du thé et du café ailleurs, sous le rapport de l'alimentation. Nous n'avons donc qu'à indiquer certains détails moins connus sur l'usage de cette plante et ses propriétés, d'après les expériences personnelles de l'auteur.

L'Indien est toujours pourvu d'une certaine quantité de feuilles de coca, qu'il porte ordinairement avec lui dans une blague, comme les fumeurs leur tabac. Mais il ne la mâche pas seule, comme on le croit. A sa mascada ou chique, il joint un morceau de llipta,, espèce de pâte sèche composée avec les cendres de divers végétaux et donnant à l'analyse plus d'un tiers de son poids de carbonates alcalins. L'acidité naturelle de la coca est ainsi neutralisée, et le principe actif, la cocaïne, mis facilement en liberté par la mastication. Les bicarbonates de soude et de potasse ou d'autres alcalins, les pastilles de Vichy en particulier , peuvent donc suppléer efficacement la llipta. Les pastilles de coca sont ainsi une des meilleures préparations pharmacologiques de coproduit par les poudres alcalines qui peuvent en former l'adjuvant.

Il n'est pas à désirer que l'usage de ce produit exotique s'introduise et se naturalise parmi nous, car, comme le tabac, l'opium, le haschich, le vin et l'alcool, il entraine facilement à l'abus par le bien-être et le plaisir qu'il procure. L'Indien se passionne ainsi à mâcher la coca et à en avaler le suc pour se plonger dans une sorte d'ivresse qui lui procure des hallucinations extatiques dont on peut avoir une idée par ce que dit le docteur Mantegazza de ses sensations : « Transporté sur les ailes de deux feuilles de coca, je volais dans les espaces de 77,438 mondes plus splendides les uns que les autres. Dieu est iujuste, ajoute-t-il une heure plus tard, d'avoir fait l'homme capable de vivre sans mâcher, chiquer constamment la coca. Je préfère une vie de dix années avec la coca que cent mille... siècles sans elle. » Qui ne voudrait connaître et goûter ces jouissances

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paradisiaques dans notre Europe si sensuelle, s'il pouvait se les procurer au prix de quelques feuilles de coca , si elles étaient à sa disposition.

Pour mieux en savourer les délices et cacher sa passion, l'Indien se retire dans la solitude des bois; mais on le reconnaît à son retour à sa pâleur, ses tremblements musculaires, ses yeux ternes et abattus, surtout cbez les jeunes gens. Tels sont les coqueros, qui ne tardent pas à contracter une véritable cacbexie cocalique analogue à l'alcoolisme.

Tous les cerveaux, il est vrai, ne sont pas aussi impressionnables que celui de Mantegazza à l'influence hallucinatoire de la coca. Après en avoir absorbé 24 à 30 grammes, l'auteur n'en a éprouvé qu'une excitation légère, un peu de douleur et de céphalalgie et la privation du sommeil. Le haschich, le stramonium et quelques baies de belladone réussissent donc plus sûrement à provoquer les hallucinations.

Quant à ses propriétés physiologiques d'augmenter la force musculaire, le mouvement, l'agilité, et d'entretenir la chaleur organique, en retardant la combustion des éléments plastiques et réparateurs de l'économie comme les aliments d'épargne, elles sont contredites par les résultats obtenus par l'auteur. S'étant soumis, conjointement avec l'un de ses camarades, M. Berra, comme témoin et terme de comparaison, à un régime uniforme et détaillé pendant 25 jours consécutifs, du 17 mars au 10 avril 1877 inclusivement, il a divisé cette observation en cinq périodes égales de cinq jours en ajoutant une dose quotidienne de coca à leur régime alimentaire dans deux de ces périodes intermédiaires, savoir : 12 grammes par jour du 23 au 27 mars, et 24 grammes du 2 au 6 avril , laissant ainsi un intervalle de cinq jours avant et après chaque expérience, pour juger plus clairement de leurs résultats. Or les conditions atmosphériques et l'état des fonctions organiques des deux expérimentateurs étant consignés jour par jour sur deux tableaux synoptiques correspondants, une accélération manifeste de ces fonctions, avec augmentation notable de leurs résidus, en est résultée sous l'influence de la coca, comme le prouvent les chiffres suivants des moyennes obtenues dans chaque période :

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Périodes :

Urine acide ronduo

ffr.

en 24 heures. ... 1

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