CADAVRES
verte de toile gommée ; recommencer ainsi tant que la cicatrisation n'aura pas été obtenue.
Voilà le pansement dans toute sa simplicité. Outre qu'il n'est pas dispendieux, considération importante lorsqu'il s'agit d'ouvriers peu fortunés, il amène la guérison des brûlures plus rapidement que d'autres.
Son efficacité s'explique par l'association de l'essence de térébenthine et de la baudruche gommée, qui ont l'une et l'autre un mode d'action particulier.
D'une part, l'essence de térébenthine est hémostatique et antiseptique-, elle active la cicatrisation de la brûlure et en modifie la suppuration, qu'elle finit par supprimer; de plus, son application est presque indolore, avantage à considérer dans le traitement d'une plaie aussi douloureuse.
D'autre part, la baudruche gommée agit comme moyen occlusif et compressif. Elle forme un épiderme factice qui met la plaie à l'abri de l'air extérieur, c'est-à-dire dans de bonnes conditions pour guérir; en outre, parla compression qu'elle exerce, elle prévient l'inflammation consécutive à la brûlure ou tout au moins en diminue l'intensité. (Jown. de méd. et chir.prat.)
CADAVRES. Alcaloïdes de la putréfaction. Il se forme au sein des cadavres certaines substances alcalines nommées ptomaïnes par le professeur F. Selmi, de Bologne, qui en a fait la découverte. C'est probablement l'analogue de la sepsine, extraite par les Allemands des produits septiques des plaies sur le vivant. MM. Brouardel et Boutmy en ont constaté la présence dans les viscères d'individus morts en dehors de tout empoisonnement comme chez ceux qui avaient été empoisonnas. La constatation de l'alcaloïde végétal est ain rendue d'autant plus difficile. Les organes d'un asphyxi par l'oxyde de carbone, exempts de poison quelques heures après la mort, contiennent, huit jours après, une base organique solide présentant les caractère généraux des alcaloïdes et capables de tuer à petite dose les grenouilles et les cobayes. Des empoisonnés par l'acide arsé-
CALCULS
oieux ont de même offert des ptomaïnes, malgré les propriétés antiseptiques de l'arsenic.
Ces alcaloïdes ne sont pas toujours similaires; ils présentent une différence complète d'ordre chimique et physiologique. Les uns sont des poisons violents et d'autres ne le sont pas. Le même alcaloïde toxique ou non peut se retrouver dans les cadavres d'individus morts dans des conditions absolument différentes. La même ptomaïne s'est rencontrée chez deux empoisonnés, le premier par l'oxyde de carbone, le second par l'acide prussique.
Ces agents toxiques sont fixes et souvent volatils. Une ptomaïne analogue à la vératrine a été rencontrée dans le corps d'un noyé resté dix-huit mois dans la Seine, et une autre a été trouvée dans une oie cuite. La réaction des poisons n'aura plus ainsi la même valeur, en médecine légale, après la putréfaction des corps. (Assoc. française, septembre.)
De la ptomaïne et de sa signification pour la chimie juridique et la toxicologie, par le professeur Th. Husemann. La formation de ces divers alcaloïdes dans les cadavres est évidemment analogue à celle qui doit résulter de la putréfaction des viandes conservées, crues ou fumées, dont on fait un si grand usage en Allemagne surtout et dont la consommation a déterminé tant d'empoisonnements. De là les nombreuses recherches faites sur ce sujet et les expériences tentées sur les animaux pour contrôler l'action toxique de ces divers alcaloïdes de la putréfaction.
CALCULS. Benzoate de lithium et borocitratc de magnésium. Ce dernier sel a été recommandé par A. Becker comme un dissolvant par excellence des calculs urinaires. et il l'a reconnu très efficace chez les personnes atteintes de graviers néphrétiques ou de calculs rénaux. On le comprendra, en sachant que le ludus Paracelsi, employé par Paracelse dans le traitement de la gravelle, dont les succès l'ont rendu si célèbre, était un mélange de boracite de Stassfurt et de sel ammoniac, c'est-à-dire une préparation analogue. L'alkaert, servant au fameux alchimiste à dissoudre la boracite, était le chlorhydrate d'ammoniaque, que les chimistes modernes remplacent par l'acide nitrique.
CALCULS
Lors de l'introduction du benzoate de lithium dans la médecine pratique, M. Madsen, le premier, mit ce sel sous les yeux des médecins danois; et il leur présenta, l'été dernier, le borocitrate de magnésium préparé d'après la formule suivante :
Carbonate de magnésie 1
Dissolvez l'acide citrique, et ajoutez à la solution le carbonate de magnésie et le borate de soude. La liqueur, évaporée sur des plaques de verre, fournit un sel en lamelles, qui est en réalité du borocitrate de magnésie et de soude.
Des expériences faites avec ces deux sels ont donné les résultats suivants.
•Un calcul d'acide urique, presque pur, fut pulvérisé. 169 milligrammes furent mis dans 10 centimètres cubes d'une solution de borocitrate de magnésium à 20 pour 100 de sel pendant six heures, à une température de 38 degrés centigrades. Après le refroidissement, le résidu, lavé et desséché, ne pesait plus que 49 milligrammes. Le calcul avait doue perdu 71,005 pour 100 de son poids.
308 milligrammes de la même poudre furent mis pendant six heures à Faction dissolvante d'une solution de benzoate de lithium, contenant 20 pour 100 de ce sel. Le résidu, lavé et desséché, ne pesait plus que 208 milligrammes; le calcul avait donc perdu 32,5 pour 100 de son poids.
Un second calcul d'acide urique, contenant des traces de chaux et de matières colorantes, fut également pulvérisé. 139 milligrammes de cette poudre perdirent 57,55 pour 100 dans une solution de borocitrate de magnésium à 20 pour 100.
A la même température, 210 milligrammes de cette poudre, placés dans 10 centimètres cubes d'une solution à 20 pour 100 de benzoate de lithium donnèrent un résidu, lavé et séché, ayant perdu 20,95 pour 100 du poids primitif.
Acide citrique. .
Borate de soude Eau bouillante..
CALCULS
L'action comparée de l'eau distillée sur chacun de ces calculs a montré que la poudre du premier (153 milligrammes), mise pendant six heures dans 10 centimètres cubes, à la température de 38 degrés, perdit 9,8 pour 100 seulement de son poids. Celle du second perdit 6,15 pour 100 dans les mêmes conditions.
Deux calculs semblables ont été placés entiers dans des verres suspendus dans de l'eau à 38° et remplis d'une solution de 12 grammes de borocitrate de magnésium à 20 pour 100, le premier jour, et à 5 pour 100 seulement les jours suivants. Voici les résultats constatés :
Premier calcul. Second calcul.
Poids primitif le 9 octobre 0 gr. 1895 0 gr. 166
Après 63 heures de solution, le 17 octobre 0 1750 0 149
Après 39 heures et demie de solution, le 23 octobre 0 1675 0 145
Le 30 octobre après 89 heures et demie de solution 0 1250 0 125
C'est donc une diminution de 33 pour 100 dans le poids du premier calcul, soit le tiers, et du quart environ dans le second. Tous deux étaient alors en désagrégation et se réduisaient en poussière à la moindre pression du doigt. Mais comment obtenir ces effets dans l'organisme? et encore ne suffirait-il pas du moindre noyau pour que, le traitement cessant, il ne reprît aussitôt un nouvel accroissement, les urines restant les mêmes et charriant toujours des graviers? (Bull, de thérap., janvier.)
Lithophone diagnostique. Cet instrument, dû au docteur Langlebert, se compose d'un petit tambour cylindrico-conique en carton à lisser ou carton d'orties, pouvant se fixer à frottement sur l'extrémité d'une sonde exploratrice à manche cannelé.
Tel est le pouvoir résonnant de cet appareil, que le choc le plus petit, un frôlement insensible du bec de la sonde sur une pierre dans la vessie, viennent aussitôt, en se multipliant, retentir dans le tambour, où ils semblent se produire.
Sous ce dernier rapport, l'illusion est complète, la vessie
GARNIER. XVI o
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se trouve, pour ainsi dire, amenée sous l'oreille du chirurgien.
Il est inutile d'insisler pour faire comprendre de quelle utilité peut être le lithophone pour la recherche des calculs vésicaux et aussi de leurs derniers fragments après une opération de lithotritie. (Voy. Oustruction intestinale.)
calculs rénaux. Ponction exploratrice. L'emploi fréquent de la néphrectomie, en obligeant le chirurgien à un diagnostic plus précis des maladies du rein, a incité M. Barker, professeur de clinique chirurgicale au Collège de l'Université, à employer un nouveau moyen à cet effet. C'était chez une femme portant une tumeur rénale depuis trois à quatre mois seulement, peu volumineuse, mobile et noueuse, très dure et douloureuse à la palpation. Urines purulentes, absence de sang.
Le diagnostic de plusieurs collègues variait entre une tumeur simple, une infiltration tuberculeuse ou un calcul. Pour l'élucider, M Barker anesthésia la malade le 21 février, pour mieux établir le siège rénàl de la tumeur, et, l'ayant affirmé, il plongea une longue et fine aiguille aspiratrice au milieu de l'espace latéral, entre la crête iliaque et la dernière côte, en dirigeant la pointe vers la surface abdominale de la colonne vertébrale et un peu au-dessus. En même temps, la tumeur était poussée en arrière vers l'aiguille par la main, placée sur l'abdomen. Le vide ayant été préalablement fait, l'aiguille pénétra dans la tumeur, à deux pouces de profondeur environ de la surface cutanée, et toucha manifestement un calcul dont le frottement, senti par la main, s'entendait très clairement. 8 grammes de pus épais, jaunâtre et inodore s'écoulèrent ensuite. Le diagnostic était donc précisé, et il ne s'agissait plus que d'extirper le calcul par la néphrectomie; mais la malade se refusa à l'opération et préféra sortir de l'hôpital. Cette exploration, loin de déterminer des accidents, amena un soulagement marqué. La douleur fut moindre, et la température baissa. L'urine ne fut même pas sanguinolente. L est donc là un nouveau moyen de diagnostic sans nocuité. (Lancet, 17 avril, n° 1G.)
Calculs biliaires. Cholécystotomie. La pratique chaque jour croissante de la gastrotomie à l'aide du nuage phè-
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niqué vient d'obtenir un nouveau succès pour l'extraction des calculs de la vésicule biliaire. L'idée de cette opération hardie, formulée explicitement par J.-L. Petit dès 1743, dans un mémoire à ce sujet, était attribuée en Angleterre à Handfield Jones, depuis que M. Marion Sims l'exécuta le premier sans succès. Mais M. Hulke a rétabli la priorité du chirurgien français, et la nouvelle application que vient d'en faire M. Lawson Tait a ainsi un double intérêt pour être publiée ici.
Une femme mariée depuis dix-huit ans, et mère de six enfants, fut prise de douleurs spasmodiques du côté droit, surtout en marchant et en portant des fardeaux. Un gonfleznent, perçu dès 1878, augmenta lentement avec des douleurs de plus en plus intenses. En 1879, elle avait une apparence cachectique avec céphalalgie, nausées et constipation opiniâtre. Une tumeur ferme et élastique, sans fluctuation, douloureuse au toucher et mobile, existait dans la région rénale droite. Urines négatives. Une consultation, sans établir un diagnostic précis, décida d'ouvrir l'abdomen. Une incision de quatre pouces sur la ligne médiane du ventre fut pratiquée antiseptiquement le 23 août. On trouva la tumeur formée par la" distension de la vésicule biliaire, remplie d'un liquide graisseux blanchâtre, avec deux calculs assez volumineux, l'un isolé et l'autre arrêté à l'entrée du canal cystique et adhérent à la muqueuse. Une opération laborieuse et délicate fut indispensable à son énucléation, et son poids total, adhérences comprises, était de 6 gr. 11. Les bords de l'ouverture faite à la vésicule furent suturés séparément à la paroi abdominale correspondante, et, celle-ci laissée ainsi ouverte — quite open ; le reste de la plaie étant fermé comme d'habitude.
L'opérée reprit connaissance en quelques heures, et le bandage était imprégné dès le lendemain d'une bile normale dont l'écoulement persista jusqu'au 3 septembre. La plaie était complètement fermée le 9, et dès lors l'opérée qui n'avait pris que du lait et du thé de bœuf, commença à prendre des aliments solides, qui lui réussirent parfaitement. Complètement guérie, clic retourna chez elle à la fin de septembre. {Royal med. chir. Society, ii novembre.)
Ce fait a une grande analogie avec celui qui su^éra l'idée de cette opération à J.-L. Petit. Le calcul était°îo°-é
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dans le canal cystique, et, dans ces cas, la vésicule se convertit en un kyste muqueux qui se remplit de la sécrétion de la séreuse en formant une véritable hydropisie, comme plusieurs spécimens démonstratifs en ont été présentés à la Pathological Society. La vésicule n'est pas distendue alors par la bile.
La potasse caustique pourrait remplacer avec avantage le bistouri dans cette opération, suivant M. Spencer Wells, d'autant plus que, dans le cas de Sims et un autre de Keene, de Philadelphie, l'incision de la paroi abdominale donna lieu à une hémorrhagie abondante. Il n'y en eut pas heureusement dans celui-ci, et, comme l'extraction des calculs serait beaucoup plus longue et plus difficile, l'auteur est d'avis de donner la préférence à l'incision sous le nuage phéniqué. (Lancei, 15 novembre.)
Dissolution. C'est à l'occasion de ces triomphes de la chirurgie, vantés à la Société de gynécologie de Baltimore, que le docteur Buckler, protestant vivement contre cet empiétement de la chirurgie, portant son couteau jusque dans la vésicule du fiel, s'est efforcé de démontrer que les calculs biliaires peuvent être dissous dans cette vésicule aussi facilement que dans un verre d'eau. Il s'agit de l'usage du chloroforme, vanté depuis longtemps contre les coliques hépatiques. A la dose de b à 6 gouttes toutes les quatre à six heures il a été ensuite préconisé comme un moyen certain de dissoudre les calculs de la vésicule, quelque nombreux et svos qu'ils fussent. En 1867, le docteur Buckler a aussi conseillé l'usage du succinate de fer comme dissolvant les calculs hépatiques et la cholestèrine , celle-ci existat-elle
même dans le sang. , +
Cette préparation de fer contient plus d oxygène naissant assimilable que tout autre agent thérapeutique connu. Ses décompositions et recompositions chinuques sont inollensives, et, de toutes les préparations ferrugineuses, cet agent est un des plus efficaces contre la cachexie palustre, l'hypo-globulie et la dégénérescence des globules san-
gTe me suis servi, depuis trente ans, dit le docteur Buckler, de ce sel préparé sous forme de succinate hydrate de peroxyde de fer, Fe2H2C2H*0* + 6HO. Contenue eu suspension
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dans l'eau distillée, sous forme impalpable, celle préparalion est stable, lorsqu'elle est bien faite.
D'après l'activité de l'oxygène, l'action de ce produit est facile à comprendre, en présence de la cbolestérine et de la graisse cbolestérique , qui ne contient que 1 1/2 p. 100 de cet agent omnivore. Dans les Transactions de la Société médicale du Kentucky, 1877, le docteur J.-A. Octerlony mentionne un certain nombre de cas de ebolélitbiase traités et guéris par le seul usage du succinate de fer. Dans les cas critiques et urgents de calculs hépatiques, où il n'y a souvent pas de temps à perdre, l'usage simultané du chloroforme et du succinate de fer de Stewart est préférable. Dans les trois derniers cas traités avec succès, ce mélange fut recommandé dès l'existence avérée du calcul hépatique. 10 gouttes de chloroforme toutes les quatre heures, avec une cuillerée à café de succinate une demi-heure après chaque repas, furent administrées.
Dans deux cas, les malades, de sexe différent, purent prendre une cuillerée à café de chloroforme toutes les six heures, sans aucun inconvénient. Ces doses massives produisirent la dissolution des calculs dans l'espace d'une semaine. Un de ces cas fut celui de Mme G..., intendante sur le navire Scotia, de la ligne Cunard, soignée par le docleur Bryce, chirurgien de ce bâtiment. Un cancer du foie avait été diagnostiqué par sept chirurgiens passagers. Un examen plus attentif révéla la présence d'une vésicule distendue, débordant la face inférieure du foie et s'appuyant contre le bord antérieur du lobe droit, remplie de calculs facilement appréciables à travers les parois décharnées , de l'abdomen. Une tumeur limitée avec teinte ictérique de la région étant reconnue, après trois jours de l'arrivée du navire à Jersey, j'ordonnai à la malade de prendre, en débarquant, une cuillerée à café de succinate de fer après chaque repas. En revenant en Europe dix-huit mois après, sur le même bâtiment, je passai plusieurs jours sans reconnaître une grosse Irlandaise, à la face réjouie, au teint florissant de santé. C'était la femme amaigrie et presque cachectique que j'avais vue antérieurement, actuellement replète, fraîche et transformée. Ayant pris une cuillerée à café de chloroforme dans de l'eau sucrée toutes les six heures, pendant six jours, après son débarquement, sa
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tumeur du foie avait disparu, et elle avail ensuite commencé l'usage du succinate ferreux, continué pendant plusieurs mois.
Ces cas sont rares, et, malgré les nombreux exemples de calculs biliaires observés, je n'en ai rencontré qu'un semblable cbez la femme d'un pasteur de New-York. Tous ont été beureusement traités par le chloroforme, le meilleur dissolvant de ces calculs et qui calme souvent aussi les douleurs intolérables provoquées par leur séjour et leur migration. Tous ces malades ont été soumis ensuite au succinate de fer, pendant quatre à six mois consécutifs, pour agir contre la diatbèse cbolestérique et prévenir la formation d'autres calculs.
La seule exception fut une dame de vingt ans, du comté de Cecil (Maryland), où elle avait été traitée par trois médecins, déclarant ex cathedra que les douleurs éprouvées par la malade ne pouvaient venir de l'acheminement d'un calcul dans les voies biliaires, puisque leur expérience ne leur fournissait aucun exemple d'une affection pareille chez un sujet aussi jeune.
Contre mon avis, ils engagèrent la malade à se rendre à Philadelphie pour consulter un médecin célèbre par sp connaissance des maladies des femmes. Il émit une opinion conforme, en montrant au mari que, d'après Budd, les calculs biliaires ne se voient que cbez les femmes d'un certain âge, et qu'il était impossible que sa femme, avec sa jeunesse, sa santé, sa beauté, pût souffrir d'une affection pareille. Il lui fallait de la distraction, des divertissements, l'Opéra tous les soirs. Elle s'y rendit plusieurs nuits de suite, et soupa après chacune de ces soirées. Le dernier souper fut celui du samedi. A deux heures du matin, le dimanche, elle fut prise de douleurs vives dans la région du foie, nausées, vomissements, et, après une maladie de huit jours, elle mourut. Le même jour, au matin, le mari, voulant connaître la cause de la mort, fit procéder à l'autopsie, qui révéla la présence d'un calcul solidement fixé dans l'infundibule de la vésicule du fiel. Une petite pierre est plus dangereuse qu'une grosse, par le fait de la possibilité d'un tel accident. Ce calcul me fut transmis par lettre • il était de la grosseur d'une petite fraise des Alpes.
Pendant les neuf ans que je passai comme médecin de
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l'hôpital de Baltimore, où il y a une moyenne d'un décès par jour, et où l'examen a lieu pour tous les cadavres, j'ai deux fois retiré de la vésicule du fiel des calculs de la grosseur d'un œuf de poule, qui, durant la vie des malades, n'avaient donné lieu à aucune plainte.
La plupart des malades ne pouvant ingérer que 10 à lb gouttes de chloroforme toutes les quatre à six heures, il convient de l'administrer pendant quinze ou vingt jours de suite. Chez une malade qui n'en pouvait prendre que •i gouttes toutes les six heures, le médicament fut continué pendant six semaines, avec des inhalations comme adjuvant.
Absorbé par l'estomac, le chloroforme passe nécessairement dans la circulation de la veine porte, dont le sang sert à élaborer la bile, et de là dans les acini de la glande hépatique. Charrié, avec la bile récemment formée, jusque dans la vésicule du fiel, il exerce son pouvoir dissolvant sur la cholestérine d'une manière tout aussi efficace que s'il agissait sur la même substance placée dans un verre à expérience. La cholestérine peut obstruer les acini du foie et les conduits hépatiques de petit calibre et produire la jaunisse. Dans ces cas, les symptômes de stase biliaire sont promptement amendés par l'usage du chloroforme. Le pouvoir dissolvant dont il jouit sur la cholestérine dans le corps humain démontre, jusqu'à l'évidence, qu'il n'y a point décomposition antérieure de ce produit en principes hydrocarbonés. On pourrait l'administrer sous forme de chloral ■ou de chloroforme naissant, ce dernier étant mis en liberté dès que le chloral entre en contact avec les alcalis du sang. Je ne l'ai jamais préconisé sous cette forme, préférant le chloroforme pur.
L'éther et la térébenthine ont été recommandés, il y a plus d'un demi-siècle, comme substances produisant la dissolution des calculs hépatiques ; mais leur usage a trompé mon attente, et, après une expérience de cinquante ans, l'efficacité de ces produits n'est rien moins que démontrée. La cause de ces insuccès est difficile à déterminer, puisque, hors du corps, la cholestérine n'est guère moins soluble dans l'éther que dans le chloroforme. La raison doit être dans la différence entre la gravité spécifique des deux corps, l'éther étant plus diffusible et surnageant dans l'eau, tandis que le chloroforme est plus lourd que l'eau.
104 CALCULS
Les eaux de Carlsbad ont notamment la réputation de guérir les malades atteints de calculs biliaires. C'est à tort, car j'ai vu et traité un Allemand pour des incrustations cholestériques de la vésicule du fiel, immédiatement après son retour de ces eaux. Elles ne peuvent être efficaces, puisqu'elles ne dissolvent par ces calculs. (Boston med.andsurg. journ. et Gazette hebd.)
Cette boutade bumoristique mettra-t-elle fin à l'extraction des calculs de la vésicule du fiel par le bistouri, comme l'auteur l'espère? Il n'y a pas de raisons d'y croire avec lui, car cette action dissolvante du chloroforme, connue depuis longtemps, n'a pas empêcbé de recourir à l'extraction suivie de succès. Nous en avons cité un cas l'année dernière, et ce n'est pas deux ou trois dont il faut tenir compte, car cette opération date de 1706, ainsi que nous l'avons déjà rappelé. (Voy. année 1879.)
Accès intermittents. Ils ont été la principale manifestation morbide et la cause de la mort, malgré l'expulsion antérieure de cent quarante-huit calculs et une gravelle biliaire abondante, dans un cas observé par le docteur J. Besnier. C'était chez un homme de cinquante-deux ans, dont le mal débuta par des douleurs gastralgiques revenant par accès, à la suite des repas, suivies de vomituritions et d'éructations acides, sans coliques hépatiques, ni néphrétiques, m ictère, mais avec pesanteurs consécutives dans l'hypocondre droit. Pas de douleurs dans la région du foie ni de gonflement de cet organe. Le diagnostic de lithiase biliaire fit ainsi recourir aux purgatifs, aux alcalins, à l'exclusion du chloroforme qui était surtout indiqué contre les accès douloureux Aussi, malgré la térébenthine et les eaux alcalines, l'iodure de potassium, qui fit tomber l'embonpoint le loie augmenta de volume en haut et en bas, sans relief de la
vésicule ni douleur. ,
Quinze mois de ce traitement symptomatique n avaient amené aucune amélioration; au contraire, tous les symptômes s'aggravaient en se localisant davantage vers le loie. A la pesanteur succéda une douleur sourde et prolonoe de l'hypocondre, avec irradiation du creux de 1 estomac et. comme si le foie était tortillé et traversé par une vrille. L'inappétence et les mauvaises digestions, jointes aux sout-
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frances, amenèrent l'anémie, à laquelle on opposa l'hydrothérapie. Le foie croissait toujours, tout en conservant sa forme et sa consistance normales, et c'est ainsi que, la faiblesse et l'amaigrissement s'accentuant, on allait renvoyer le malade à la campagne, au mois de juin, lorsqu'un violent accès, avec frisson et claquement de dents, se déclare le 23 mai, à la suite d'un purgatif au calomel. Ces accès, comme pernicieux, se renouvellent de jour en jour, malgré le sulfate de quinine, et l'urée augmente graduellement jusqu'à 35 gr. lo pour 1000 d'urine et 4 gr. 3o d'acide urique.
Appelé en consultation, le professeur Péter est frappé de l'anémie profonde du malade et de l'énorme volume du foie. On redouble le sulfate de quinine, et un vésicatoire est appliqué sur l'hypocondre, sans que l'on soupçonne la présence des calculs.
C'est seulement le 30 mai, sept jours après ces accès quotidiens, que, à la suite d'un nouveau purgatif au calomel, le malade rend, au milieu de selles verdâtres, un calcul mûriforme, sans facettes et gros comme une olive. Deux nouveaux calculs, gros comme des noisettes, mais à facettes, sont rendus le lendemain sans accès. Le 2 juin, une nouvelle prise de calomel ramène l'accès et l'évacuation de quinze calculs à facettes, et c'est alors, mais alors seulement, qu'un mélange de glycérine et de chloroforme est administré. Des calculs continuent à être évacués tous les jours, et le foie n'augmente plus. Mais ces accès répétés ont tué le malade, qui succombe le 8 juin, dans une de ces crises dont il avait tant souffert, avec douleur dans la région gastro-hépatique. L'autopsie ne put être faite. (Arch. de m éd., avril.)
On peut sans doute disserter longuement, comme l'auteur, pour montrer l'obscurité de ce cas remarquable; mais le court résumé de cette longue observation suffira à montrer que, en l'absence de coliques hépatiques et d'ictère, les douleurs de l'hypocondre et le gonflement du foie suffisent à l'indication du chloroforme comme dissolvant des calculs et calmant des atroces douleurs qu'ils provoquent.
Huile d'olives à haute dose. C'est, d'après le docteur R. Kennedy, le plus sûr moyen de provoquer l'expulsion
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indolore de ces calculs, dont voici un exemple frappant. Un fermier souffrait de coliques hépatiques depuis plusieurs années, suivies parfois d'expulsion de calculs. Six onces d'huile d'olives sont prescrites en se couchant et une once d'huile de ricin le lendemain matin. Douze heures après, nausées et syncope, sans coliques; selles copieuses ensuite, contenant plus de deux cents petites pierres, dont le volume varie depuis une noisette jusqu'à un pois. Cette médication, renouvelée à deux reprises, donna chaque fois un résultat semblable. Cinq mois après, les coliques n'avaient pas reparu.
Trois autres cas analogues sont cités à la suite, et, chez tous ces malades, il a suffi d'administrer l'huile d'olives à haute dose, plusieurs fois renouvelée à quelques jours d'intervalle, pour observer l'expulsion immédiate de nombreux calculs biliaires sans douleur. (Lancet, septembre, n° 12.)
Accidents de la lithiase biliaire. Thèse d'agrégation, par le docteur A. Mossé. Paris, 1880.
C'est en suivant le calcul dans sa migration normale et anormale et dans ses arrêts que l'auteur trace l'histoire de ses accidents, méthode aussi sûre que positive. La colique hépatique, la température élevée de Fhypocondre, l'ictère, et, à son défaut, la présence de la bile dans l'urine, les accès intermittents produits par la suppuration des voies biliaires avec diminution de l'urée, en sont les principaux signes. De là les troubles et les lésions cardiaques, la cirrhose biliaire et la suppuration, les ruptures, les perforations, les ulcérations et les fistules. Au point de vue symptomatique et anatomo-pathologique, cette monographie ne laisse donc rien à désirer.
CANCER. Carcinome ganglionnaire primitif. A l'occasion d'une observation de ce genre faite à l'hôpital Necker, service du docteur Ollivier, sur une femme de soixante-trois ans, entrée le 17 janvier avec des ganglions du creux sus-claviculaire formant des tumeurs bosselées, et qui succombait, le 24 avril suivant, à cette carcinose généralisée, M. Chambard se livre à un examen critique de cette espèce morbide, si redoutable. S'en tenant exclusivement à la définition histologique de Cornil et Ranvier, il
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élimine tous les faits n'ayant pas rigoureusement cette caractéristique, et, des nombreux exemples publiés comme des cancers primitifs des ganglions, il n'en trouve que quatre supportant cet examen, dont le premier remonte à 1873. Tous les autres sont considérés comme non avenus.
Réduite à ces quatre cas, l'analyse démontre néanmoins deux formes cliniques différentes : le carcinome ganglionnaire local, se bornant à un seul ganglion ou à un groupe de ganglions, se confondant avec l'adénite scrofuleuse ou la lympbadénie bénigne. Ce serait surtout la forme squirrheuse.
La forme généralisée, au contraire, se comporte comme la lympbadénie maligne, qui se confond généralement avec elle. Envabissant le système ganglionnaire de différentes régions et se généralisant jusque dans les viscères, le carcinome, en comprimant nerfs et vaisseaux, détermine de l'œdème et des épancbements séreux, purulents ou hémorrbagiques, qui provoquent rapidement la mort. (Revue mensuelle, février. )
En présence de ce simple résultat final, qui seul intéresse le praticien et le malade, on se demande à quoi ont servi toutes ces éliminations, ces divisions et ces distinctions subtiles de cellules ou de tissus, d'éléments altérés, pour former une espèce morbide qui ne peut se reconnaître, se constater qu'après la mort. Si ces tumeurs appelées lympbadénomes, lympbo-sarcomes, suivant les éléments altérés, ne peuvent être distinguées au lit du malade que suivant leur localisation ou leur généralisation, leur bénignité ou leur malignité, à quoi bon toutes ces divisions et ces dénominations diverses? L'oculaire commun et l'observation u'avaient-ils pas suffi depuis longtemps à distinguer le squirrbe local dur, lent, du carcinome mou, à la marcbe rapide, envahissante, redoutable? Ces caractères suffisaient au diagnostic, au pronostic et même au traitement, car l'observation avait montré que l'amputation, pour cette dernière espèce, précipitait plutôt qu'elle ne retardait l'issue fatale. Au point de vue clinique et pratique, il n'y a donc rien de changé. Constater, après la mort, comment elle est arrivée, est une vaine spéculation scientifique, si elle ne sert à la prévenir. Or l'histologie, avec le microscope et les réactifs, n'a servi jusqu'ici qu'à différencier les formes morbides à
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l'infini; le plus souvent confusément et contradictoireinent, comme le montre la revue si prolixe et prétentieuse de M. Chambard, sans contribuer à prévenir ni traiter plus sûrement le cancer que les anciens, quelle qu'en soit la forme, primitive ou secondaire.
Cancroïde papillaire. Il devrait former une classe à part, suivant le docteur Paquet, de Lille, en raison de sa bénignité et de sa non-récidive. Sur cinq cancroïdes enlevés en 1879 à -l'hôpital Sainte-Eugénie, trois étaient muqueux et se sont rapidement reproduils; les deux autres, papillaires, n'ont pas récidivé. Un autre cancroïde, envahissant la lèvre inférieure, les commissures et une partie du menton, chez un cultivateur de soixante-deux ans, avec hémorrhagies fréquentes qui l'affaiblissaient, fut également enlevé le 1er septembre 1879. Malgré l'étendue de la plaie, ayant nécessité une autoplastie et douze points de suture, la guérison fut î-apide, et il n'avait pas récidivé un an après. L'étude histologique montra les caractères du cancroïde papillaire et une agglomération de cellules épithéliales à la jonction de la tumeur et des tissus sains, formant comme une barrière à la diffusion du mal. On admet en effet que les cancroïdes ont une tendance à fuser le long des vaisseaux et des interstices musculaires. L'obstacle cellulaire précité pourrait donc expliquer la non-récidive dans celui-ci. (Société de méd. di Lille, juillet, et Bull. méd. du Nord, n° 9.)
Cancer de l'utérus. L'urémie est à craindre, suivant le docteur Ortille, quand les douleurs cessent complètement. C'est pour lui un signe clinique d'une grande valeur, qu'il a constaté chez plusieurs cancéreuses.
Mastic ou térébenthine de Chio. Tant de charlatans ont déjà annoncé des remèdes ou des moyens curatifsdu cancer du sein ou d'autres organes, qu'il n'y aurait guère à tenucompte de celui-ci, publié en Angleterre, s'il n'émanait d'un gynécologiste aussi honorable que célèbre : le professeur John Clay, de l'hôpital de la Reine, à Birmingham. De là le retentissement qu'il a obtenu. Comment admettre qu'un clinicien aussi consommé ait pu se méprendre sur les caractères évidents du cancer de l'utérus et sur les effets
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signalés de ce nouveau traitement? Venant d'un inconnu, les faits qu'il rapporte eussent été mis en doute, à cause de leurs lacunes, leurs omissions, et les assertions émises eussent paru exagérées. Mais un tel nom couvre tout, et la publicité de ces laits doit les faire admettre comme réels. Il n'y a donc qu'à les résumer, sous le bénéfice de ces réserves.
I. Une femme de cinquante-deux ans, atteinte d'un squirrbe du col et du corps de l'utérus, se présente à l'hôpital. Les ulcérations étaient si étendues que l'ouverture permettait l'introduction de trois doigts. Hémorrbagies excessives, douleurs violentes dans le dos et l'abdomen, cachexie marquée. Des pilules de 6 grains de térébenthine et 4 de Heurs de soufre furent ordonnées, une toutes les quatre heures. Pas d'opium ni de lotions locales. Dès le quatrième jour, la malade accuse un soulagement considérable, malgré un écoulement très abondant. A l'examen, le vagin était rempli d'une sécrétion si épaisse qu'elle se tirait comme des cordes, malgré une injection préalable. L'ouverture, contractée, n'admettait plus qu'un doigt. La tuméfaction environnante était notablement diminuée.
Le douzième jour, à l'épaisseur et à la ténacité de l'écoulement succédait un liquide séreux, abondant. Le col, moins contracté, n'était pas agrandi. Amélioration de la santé générale. La quinine, donnée durant la sixième semaine, provoqua des vomissements qui la firent cesser. A la douzième semaine, le spéculum montrait l'ouverture du col déchiquetée, avec plusieurs cicatrices, sans le moindre saignement. La malade était délivrée de ses douleurs, sans engorgement glandulaire, et parcourait facilement plus d'un kilomètre pour venir à l'hôpital. Sa disparition subite ne permit pas d'en savoir davantage.
H. Une femme de trente et un ans, présentant un cancer du col ayant acquis le volume d'un œuf de poule, fut traitée de la même manière-, le museau de tanche, dilaté, était rempli de tissu épithélial, saignant abondamment à' l'examen. Hémorrbagies continues depuis six semaines, violentes douleurs dans la région sacrée.
Après six jours de traitement, ces douleurs avaient disparu, et l'écoulement sanguin était remplacé par un abondant écoulement blanc. Le col et ses èvres entr'ouvertes revenus presque à leurs dimensions normales, étaient