CERVEAU
CATAPLASMES PHÉNIQUÉS. Voy. Abcès.
CERVEAU. Crime et intelligence. La découverte des centres moteurs à la surface extérieure du cerveau a ramené l'attention sur les plis cérébraux dans leurs rapports avec l'intelligence et Je crime. La morphologie des circonvolutions est ainsi, d'après M. Pozzi, un des plus importants facteurs de l'intelligence humaine. De même que la surface du cerveau des animaux est en général plus plane , moins plissée que celle de l'homme, et que ces plis sont moins profonds, ces caractères seraient un signe de l'ohtusion intellectuelle. Un arrêt de développement congénital ou pendant l'accroissement en serait la cause. Tout le secret de l'intelligence humaine serait dans la conformation extérieure du cerveau, le plissement plus ou moins serré et profond de sa surface. Or ce développement étant, comme toutes les formes et les traits du corps humain, indépendant de la volonté, il n'y aurait plus qu'à attribuer l'esprit à une force aveugle, héréditaire ou divine. (Annales médicopsychol., 1879.)
Si cette théorie était vraie, une circonvolution surnuméraire devrait donc être une condition précieuse pour l'étendue et la supériorité de l'intelligence. Par une amère dérision , une contradiction étrange, voici qu'elle serait, au contraire, la bosse du crime ! M. Bénédict de Vienne a fait connaître en effet l'existence de quatre circonvolutions frontales chez des scélérats, et le docteur Hanot vient de confirmer le fait à l'infirmerie centrale des prisons de la Seine. Sur onze autopsies, il n'a pas rencontré une seule fois la disposition classique ou normale des circonvolutions. Il ne dit pas si elles étaient aplaties ou moins plissées parfois; mais quatre cerveaux notamment présentaient quatre circonvolutions cérébrales à droite et une fois dans l'hémisphère gauche. La deuxième circonvolution frontale était dédoublée. (Soc. de biol., 27 décembre 1879.)
Deux raisons rendent cette coïncidence frappante. Cette quatrième circonvolution est assez rare pour qu'un interne des hôpitaux, M. Ovion, se livrant à des recherches à ce sujet, n'ait pas rencontré un cas semblable, tandis que, en recourant à l'écrou des hommes à la seconde circonvolution surnuméraire, M. IJanot s'est assuré que, sans être de
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grands criminels, c'étaient des piliers de prison, des récidivistes, n'ayant jamais su se plier à aucune règle sociale.
Sans tirer aucune conclusion de ces faits contradictoires, ils montrent que les différences morphologiques sont trop fréquentes et diverses pour que l'on puisse en rien inférer sur le caractère ni sur l'esprit.
Le cerveau, sa topographie anatomique, par le professeur Morel. Paris. Atlas de dix-sept planches gravées, avec texte explicatif en regard, d'un quart au-dessous de la nature. Elles offrent la reproduction exacte de la photographie d'un hémisphère cérébral traité par l'acide azotique étendu, puis desséché. Les circonvolutions, en se ratatinant par ce procédé, laissent mieux voir les sillons qui les séparent et facilitent ainsi l'étude.
CHANCRE. Traces indélébiles. D'un grand nombre d'observations cliniques recueillies à l'Antiquaille par M. L. Montaz pendant son internat, il résulte que le chancre syphilitique laisserait toujours et indéfiniment des traces appréciables, distinctes, sinon un indice des cicatrices simples d'autres ulcérations. Les quarante-huit' faits relatés semblent en effet très concluants sur le premier point, mais beaucoup moins sur le second, c'est-à-dire la persistance indéfinie de ces caractères. M. Cornil, qui a étudié histologiquement les caractères distinctifs des chancres, dans ses Leçons sur la syphilis, n'a pas cru pouvoir se prononcer aussi catégoriquement, et, comme le nombre de syphilis très anciennes observées par le jeune interne lyonnais est très limité, que la plupart des cas remonte à quelques années seulement, on peut douter de l'exactitude de cette persistance indéfinie qui aurait tant de valeur au point de vue diagnostique et médico-légal.
Quant à la physionomie caractéristique de ces stigmates, permettant, selon l'auteur, d'affirmer, par l'examen de la cicatrice, l'existence d'une syphilis éteinte ou latente, elle semble tout à fait problématique, d'après l'examen et les faits que lui oppose le docteur Coutagne. La cicatrice du chancre syphilitique subissant des modifications variées, par suite de la marche et surtout du traitement, elle ne saurait former un caractère uniforme. Ici, c'est une cicatrice plus
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ou moins chondroïde, là une simple modification de la muqueuse, pigmentée ou non, surtout dans la rainure balano-préputialc. Dire que le chancre simple n'est jamais suivi de cicatrice, c'est ne pas tenir compte de sa signification éliologique, ni de ses suites et de ses conséquences cliniques. De nombreux faits prouvent le contraire, surtout à la suite des cautérisations. En présence d'une cicatrice d'ailleurs, aucun signe différentiel ne distingue celle d'une ulcération gangréneuse ou serpigineuse de celle du chancre infectant avec ou sans complication. De plus, l'herpès génital, les furoncles, les érosions, les déchirures laissent des cicatrices si difficiles à distinguer que d'éminents spécialistes les confondent et ne peuvent se prononcer explicitement sur leur origine.
Si, pour le clinicien, la solution de ce problème est souvent des plus épineuses, elle est bien plus redoutable pour le médecin légiste, qui ne saurait jamais se prononcer que sur des preuves certaines. Isolé et variable, ce signe n'offre qu'une bien faible ressource pour reconnaître l'existence d'une syphilis ancienne. (Lyon méd. , décembre 1 879 et janvier.)
Une distinction importante à faire à ce sujet est le siège. Le chancre induré de la face, selon le docteur E. Besnier, s'il n'a pas été irrité par des cautérisations intempestives, ne laisse aucune trace après sa guérison. Tout récemment, une jeune fille avait présenté un chancre induré considérable à la lèvre inférieure, n'ayant laissé aucune trace appréciable après sa guérison. Le pansement local avec l'iodoforme parfaitement porphyrisé donne surtout ce résultat. On serait donc mal fondé à nier une syphilis antérieure, en ne trouvant pas de cicatrice ni aucun stigmate au point où l'on suppose qu'il a évolué. (Journ. de méd. et chir. prat., avril.)
Traitement abortif de l'adénopathie. Dès l'apparition de la douleur et du gonflement dans un ganglion dont les lymphatiques partent du point où siège une chancrelle, le docteur Mauriac conseille d'intervenir pour prévenir l'adénite et le bubon chancreux, beaucoup plus fréquent que l'adénite simple. Il est donc prudent d'agir comme si cette dernière n'existait pas, car le traitement abortif, loin de l'aggraver, l'abrège et prévient la formation possible d'un abcès inflammatoire considérable.
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Ce traitement abortif consiste à plonger dans le ganglion, jusqu'à son centre, un bistouri à lame très étroite, en imprimant à la pointe des mouvements de latéralité pour rompre les cloisons au tractus fibreux et faciliter l'évacuation du pus par des pressions énergiques et réitérées. Dès que les lèvres de la plaie donneront quelque signe de chancrellisation, et même dès la ponction et l'évacuation du pus, on injectera, avec une seringue en verre, quelques gouttes d'une solution de nitrate d'argent au dixième ou de chlorure de zinc à saturation, pour neutraliser le pus virulent. L'injection sera faite une fois par jour avec le nitrate d'argent et tous les quatre ou cinq jours avec le chlorure de zinc. (Journ. de mêd. et cJiir. prat., février.)
Acide pyrogallique. Cet acide Cr,H603, obtenu par distillation sèche de l'acide gallique chauffé de 200 à 215 degrés, se présente sous forme d'aiguilles ou fines lamelles blanches. Il fond à Mo degrés et bout à 210. A 250 degrés, il se dédouble en acide métagallique et en eau. Il est soluble dans 2 parties 1/2 d'eau; il est, en outre, très soluble dans l'alcool, l'éther et la glycérine. La solution aqueuse noircit à l'air; elle est neutre.
Employé à Vienne comme succédané de l'acide chrysophanique, il a donné des résultats favorables; mais on doit y recourir avec prudence, à cause de son action sur les reins.
Sur un homme porteur d'un ebancre mou, M. Vidal ayant pratiqué deux inoculations, la première sous la peau de l'abdomen à gauche, la seconde à droite, vit apparaître le phagédénisme à la suij;e. L'ulcération de la verge était large comme une pièce de 1 franc; celle de l'abdomen, du côté gauche, comme une pièce de 5 francs; celle du côté droit, comme une pièce de 2 francs. Des cautérisations faites avec le sulfate de cuivre, à deux ou trois reprises, parurent amender la tendance envahissante des ulcérations; puis survenait une rechute. Au bout d'un mois d'alternatives semblables, il employa l'acide pyrogallique, dont l'action s'exerce sur la néoplasie jusque dans ses lieux de formation. En voici la formule :
% Acide pyrogallique. Axouge ou vafelinc
'211 gr.
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II y eut trois applications en trois jours consécutifs : la douleur était modérée et ne durait que huit à dix minutes. Sous leur action, la surface des plaies atteintes de phagédénisme se modifia, et, après trois nouvelles cautérisations, la guérison fut rapidement complète.
Depuis ce premier succès, M. Vidal employa la même pommade pour obtenir la cicatrisation des chancres. Chez deux malades, la guérison fut rapide; elle fut complète, en elfet, après la troisième cautérisation. Dans un cas, l'acide pyrogallique employé pur ne parut pas plus actif que la pommade, peut-être même l'était-il moins. Sur un de ces malades, M. Vidal ayant pris, le troisième jour, un peu de pus l'inocula sans succès; la virulence était donc détruite. (Soc. de thér., janvier.)
Chancre infectant. C'est, suivant la formule exacte du professeur A. Fournier, la manifestation in situ de l'infection syphilitique. Son siège est partout, sans que les parties génitales aient le triste privilège de lui offrir l'hospitalité. Il peut s'établir sur toutes les parties du corps, comme les hôpitaux spéciaux en offrent l'exemple. Il se voit là aux endroits les plus étonnants, depuis la bouche jusqu'àl'anus, triste témoignage des habitudes vicieuses et d'une dépravation dont, pour l'honneur de l'humanité, on voudrait chercher l'explication dans l'aberration maladive des sens. Vu l'étrangeté du fait, et pour montrer que le chancre primitif peut se rencontrer partout, sans exclusion d'aucune place pouvant en faire rejeter l'idée, le cas suivant mérite d'être cité comme exemple.
Une jeune dame présente un chancre au mollet. L'endroit est assez extraordinaire pour qu'on soit porté à rejeter l'idée de la manifestation syphilitique in situ. Voici cependant comment la chose s'est expliquée, après de persévérantes recherches. A un dîner de gala, une bouteille de Champagne tomba par terre et, en éclatant, blessa notre dame au mollet. La blessée, extrêmement effrayée, est portée dans la chambre à coucher, où l'on procède à son pansement. Il se trouve parmi les convives un monsieur qui prétend qu'il faut sucer la plaie pour prévenir des suites fâcheuses et pour éloigner les petites parcelles de verre qui y sont probablement restées. Il s'offre galamment pour
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faire la petite opération, la fait et... inocule au mollet de la pauvre dame un chancre dont il était afiligé aux lèvres. La malade, grâce au traitement, va mieux et sera guérie; de cette manière, son malheur sera autant que possihle diminué. Combien terrible pouvait-il devenir si, n'attachant pas assez d'importance aux autres signes et rejetant la possibilité du chancre au mollet, on n'avait pas fait de patientes recherches anamnésiques et traité la malade pour une dermatose quelconque, l'ecthyma par exemple.
Il faut donc toujours, quand il y a soupçon de chancre, se faire donner par le patient tous les renseignements possibles, et tâcher de démêler dans le tas ceux qui peuvent jeter une lumière de ceux qui n'ont aucune valeur, ce qui, du reste, n'est pas toujours facile.
Parasitisme. Deux chancres indurés datant de trois à six jours et deux autres de plusieurs semaines étant excisés et examinés au microscope, après avoir été durcis dans le liquide de Muller et l'alcool, M. Pisarewki y a découvert l'infiltration du tissu cellulaire par des cellules caractéristiques de la syphilis. Elle était assez abondante pour cacher la structure normale dans les chancres anciens, surtout autour des vaisseaux, dont les parois avaient une épaisseur remarquable.
Des espaces sans revêtement épithélial et ressemblant à des lymphatiques se remarquaient dans toute la partie indurée. De petites cellules lymphoïdes et une masse finement granuleuse s'y distinguaient, au milieu d'une substance homogène vitreuse. Ces micro-organismes résistèrent à la coc- Uon dans l'alcool, l'éther, l'acide acétique, l'acide sulfurique concentré et les alcalis ; le sulfate de cuivre ammoniacal les fait gonfler et disparaître, comme les cellules végétales Les bâtonnets de Klebs n'ont pas été rencontrés. (Ccntralb fur chirur., n° 32.)
Raclage. Cette méthode de traitement est employée depuis trois ans, avec grand succès, par M. Marc Sée, contre l'ulcération de certains chancres virulents placés sous le frein du prépuce ou succédant à des adénites ou des ulcères phagédéniques, toutes lésions dont la durée, très longue, se compte par mois et par années, parfois même est indéfinie.
Ce traitement consiste à enlever, au moyen d'une curette tranchante, loulo la matière pulpeuse que l'on rencontre à la surface de l'ulcère, que l'on racle avec un soin minutieux jusque dans les plus petites anîractuosités, ouvrant tous les clapiers, jusqu'à ce que l'on soit arrivé aux tissus sains, toujours parfaitement reconnaissantes . Puis on pratique une cautérisation de toute la surface de l'ulcère, afin d'avoir une eschare sèche absolue; enfin on applique un pansement antiseptique de chloral ou acide phénique. Aucune inflammation ne se déclare, l'eschare s'élimine, et, au-dessous d'elle, on trouve des bourgeons charnus de nouvelle formation et de bonne nature, qui se comportent comme une plaie ordinaire. La guérison a lieu généralement entre quinze jours et trois semaines, rarement davantage, à moins qu'd s'agisse d'ulcères phagédéniques très étendus. (Soc. de ehir., 13 octobre.)
CHARBON. Quoique spéciale aux animaux et à certains animaux même, cette maladie, par sa virulence et sa nature, a des rapports si étroits avec la pathologie humaine qu'il est indispensable de tenir compte ici de tout ce qui se dit et se fait par les expérimentateurs et les vétérinaires à ce sujet. C'est actuellement leur champ clos, et toutes les maladies contagieuses, virulentes et épidémiques de l'homme, peuvent recevoir une part d'éclaircissements de ces discussions. La pustule maligne, qui y correspond directement, doit surtout en recevoir une solution quant à sa nature et son traitement. (Voy. ce mot.)
Etiologie. Sous la puissante direction, active et éclairée, de M. Pasteur, la découverte de la bactéridie, faite par M. Davaine, a pris surtout une importance considérable par ses démonstrations positives. Sa constatation des corpusculesgermes dans les terres recouvrant l'enfouissement des cadavres charbonneux, par des expériences aussi précises que concluantes , ont surtout une haute valeur. Exemple : Un mouton mort du charbon est enfoui, en août 1878, dans un jardin d'une ferme de la Beauce. Dix mois après, puis quatorze mois plus tard, la terre recueillie à la surface même de la fosse, qui n'avait pas été remuée depuis, contenait des corpuscules-germes et donnait le charbon expérimental à
des animaux. La terre prise à la surface de la fosse d'une vache charbonneuse enfouie à deux mètres de profondeur donna des résultats analogues. Ses recherches ont même démontré que les germes se retrouvaient après toutes les opérations de la culture et des moissons, tandis que la terre n'en contenait pas dans les points éloignés des fosses.
Un argument incontestable a été opposé à ces faits par M. Colin : c'est que la virulence charbonneuse, attachée aux liquides et aux tissus, est une propriété éphémère, qui s'éteint avec plus ou moins de rapidité, mais sûrement, dans le sang, la lymphe, les sérosités, le tissu des organes, les dilutions étendues et concentrées, en un mot dans les solides ou les liquides s'altérant d'eux-mêmes ou soumis à la dessiccation, à l'ébullition, à l'action de l'alcool, des acides, etc.
Elle met à disparaître, en moyenne, trois, quatre, cinq jours dans le sang et la plupart des organes; au plus, huit, dix, douze jours, lorsque les liquides ou les cadavres sont maintenus à une basse température et séparés des parties très putrescibles. Et, loin d'être exceptionnelle, cette extinction est constante et prouvée par la stérilité des inoculations de tous les produits charbonneux dont la putréfaction s'est emparée ou qui ont été modifiés d'une manière quelconque par des agents énergiques.
Comment admettre, en présence de cette destruction, cette neutralisation irréfragable de la virulence charbonneuse par la putréfaction, constatée par tous les expérimentateurs, que les cadavres et leurs produits puissent, pendant et après leur décomposition, devenir le point de départ du charbon, qui sévit sous les formes sporadique ou enzootique, dans la Beauce, la Brie, les montagnes d'Auvergne et une foule d'autres localités. Si, par une exception bizarre, la putréfaction laissait au cadavre enfoui la virulence dont elle le dépouille dans toutes les autres conditions; si la bactéridie était la cause de la virulence; si cette bactéridie pouvait vivre, se multiplier ou se cultiver dans le sol comme dans l'organisme, la question de l'étiologie du charbon se débrouillerait comme par enchantement.
S'il est parfaitement exact, et personne ne le conteste, répond M. Pasteur, que le cadavre enfoui se putréfie à l'intérieur, dans les couches profondes de la terre, pour provo-
quer la septicémie, il n'en est pas de même tout autour de lui et vers la surface du sol, où le sang qui l'imprègne se dessèche et n'est pas dans les conditions de la putréfaction. N'est-il pas démontré que ce qui tue la bactéridie filiforme, comme l'air comprimé, la chaleur, les acides, l'alcool, peut en conserver le germe ou ses corpuscules? Ceux-ci peuvent donc s'entretenir dans la terre et à sa surface et y vivre d'une vie latente, en produisant la bactéridie spécifique, infectieuse et virulente, dans certaines conditions. Et, s' appliquant aussitôt à rendre ce fait appréciable, l'illustre panspermiste démontre que du sang charbonneux, répandu sur la terre par les cadavres des animaux qui y sont traînés ou enfouis, produit des germes de bactéridies, qu'on peut retrouver une année après et probablement plus tard, de façon à faire périr charbonneux des animaux qu'on inocule avec ces germes. Il a pu même réaliser des cultures de bactéridies dans de la terre, sans dire comment, de même qu'il en réalise depuis longtemps dans des liquides appropriés, notamment l'urine.
M. Colin oppose alors des faits contradictoires et personnels. J'ai recueilli, dit-il, lors d'une excursion dans la Beauce, des échantillons de terre et de terreau, de fumier, d'herbes et de céréales dans les champs où les troupeaux contractent le sang de rate, et recueilli également des eaux: dans les fossés où s'abreuvent ces troupeaux. J'ai lavé, lessivé à froid la terre et les engrais; traité par infusion les plantes et les chaumes qu'on peut supposer chargés d'agents virulents; puis injecté les eaux de lavage et celle des fossés, à la dose de 2, 3, 4 centimètres cubes dans le tissu cellulaire de plusieurs lapins. Jusqu'ici, rien ne m'a indiqué, dans le sol ni dans les aliments ou la boisson, la présence de la bactéridie incriminée, de ses germes ou d'un agent virulent quelconque. Ces cultures, dans l'organisme même, sur le terrain le plus favorable, sont demeurées stériles.
Il cite en outre, comme infirmant la présence dans le sol de la bactéridie, d'un germe ou de tout autre agent virulent, l'exemple du grand établissement d'équarrissage près de Chartres, dirigé par M. Rabourdin, et où sont amenés les cadavres des animaux morts du charbon dans un rayon très étendu. Eu égard au nombre des animaux charbonneux ouverts et convertis en engrais ou en produits industriels,
c'est certainement le plus vaste réceptacle à bactéridies qu'on ait en France. Cet établissement a pour annexe une ferme, où se trouvent plusieurs bâtiments servant à loger les chevaux, héberger une série de vaches laitières, avec leurs produits, et tout ce qui s'ensuit. Ces divers bâtiments ouvrent sur une cour commune pourvue d'une grande mare, véritable lae où sont jetés, enfouis tous les détritus animaux et végétaux de l'établissement et dont le purin arrose le fumier qui sert à fumer le jardin et les prairies environnantes. Eh bien,, plantes, animaux et gens se portent à merveille dans ce milieu, et le charbon y est si rare que le propriétaire et organisateur est obligé de remonter bien haut dans ses souvenirs pour en citer un ou deux cas.
De tous ces faits vagues, négatifs, M. Pasteur ne tientaucun compte et leur oppose victorieusement ses expériences si précises et leurs résultats concluants, qu'il s'offre toujours de répéter publiquement pour convaincre les plus incrédules. Pour affirmer contradictoirement que la terre ne contient pas de germes de bactéridies, il fallait les chercher de la même façon et dans les mêmes conditions expérimentales. Des données vagues et choisies à dessein ne suffisent pas à infirmer un fait positif et tangible. C'est le tort de M. Colin de ne vouloir jamais combattre sur le même terrain que son adversaire, de s'y dérober constamment, pour choisir un endroit plus favorable à ses contradictions. De là ses défaites constantes avec un adversaire aussi inflexible et opiniâtre que M. Pasteur. (Acacl. de méd., 1879.)
Action des vers. Après avoir fait contracter expérimentalement le charbon à des moutons, en les nourrissant avec de la luzerne arrosée du liquide servant aux cultures artificielles de la bactéridie charbonneuse, et augmenté leur mortalité en mêlant à ces aliments souillés des objets piquants, comme les barbes d'épis d'orge fragmentées, ou les chardons, M. Pasteur ne pouvait s'en tenir à ces faits bruts; il lui fallait en trouver l'explication. La présence de la bactéridie dans le sol recouvrant les enfouissements d'animaux morts du charbon ne suffisait pas à expliquer comment et pourquoi certains pâturages transmettaient spécialement le charbon, et, la génération spontanée du parasite étant hors de cause pour l'illustre panspermiste, il lui restait à décou-
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vrii' le secret de sa conservation, sa propagation et sa transmission.
Du même qu'il avait démontré la présence des germes fermentesci'bles dans l'atmosphère, l'air ambiant, eu y suspendant ses petits ballons ouverts ou fermés, M. Pasteur s'est obstiné à chercher dans la terre l'agent mystérieux et secret qui pouvait seul servir à cette transmission du charbon. Sa découverte des germes même de la bactéridie dans le sol était, pour cet esprit d'une logique inflexible, un guide et un garant qu'il ne pouvait se tromper. S'il est incontestable que la putréfaction détruit la virulence des animaux charbonneux en détruisant la bactéridie, comment ses corpuscules-germes se retrouvent-ils dans la terre, à l'état de vie latente, après des mois et des années"?
Dans l'impossibilité d'expliquer ces résultats contradictoires en apparence par l'ascension même de la bactéridie à la surface du sol, M. Pasteur imagina d'abord une hypothèse : C'est que le sang et les matières qui s'échappent du corps de l'animal charbonneux sur la terre, lors de son enfouissement, sont la source de ces germes. Mêlés à la terre aérée, ils échappent à la putréfaction et se trouvent, au contraire, dans les conditions d'un milieu favorable à la formation et à la culture de ces germes bactéridiens.
Mais ce n'était là qu'une supposition incapable de convaincre ni d'expliquer l'ascension de ces germes microscopiques, ni leur présence dans les pâturages et sur les végétaux. Comment des profondeurs de la terre remonteraient-ils à la surface, contre la force même de l'écoulement des eaux et des plaies, et jusqu'à de grandes hauteurs? Leur immobilité était la négation de ce système. Aussi l'auteur poursuivit-il ses investigations; car, au point où en était cette question, le crédit de la doctrine panspermiste était attaché à cette solution, et l'esprit ingénieux de son auteur n'a pas fait défaut pour la trouver.
Ici, l'esprit demeure véritablement confondu devant une perspicacité si merveilleuse. M. Pasteur a découvert que les vers de terre sont les messagers des germes qui, des profondeurs de l'enfouissement, ramènent à la surface du sol le terrible parasite. C'est dans les petits cylindres de terre, à très fines particules terreuses, que les vers rendent et déposent à la surface du sol, après les rosées du matin
ou après la pluie, que se trouvent, outre une foule d'autres germes, ceux du charbon, il est facile d'en faire l'expérience directe : que, dans la terre à laquelle on a mêlé des spores de bactéridie, on fasse vivre des vers; qu'on ouvre leur corps, après quelques jours, pour en extraire, avec toutes les précautions convenables, les cylindres terreux qui remplissent leur canal intestinal, on y retrouve en grand nombre les spores charbonneuses.
Il est de toute évidence que si la terre meuble de la surface des fosses à animaux charbonneux renferme des germes du charbon, et souvent en grande quantité, ces germes proviennent de la désagrégation par la pluie des petits cylindres excrémentitiels des vers. La poussière de cette terre désagrégée se répand sur les plantes à ras du sol, et c'est ainsi que les animaux trouvent, au pacage et dans certains fourrages, les germes du charbon par lesquels ils se contagionnent , comme dans les expériences où lecharbon a été communiqué en souillant directement de la luzerne. Dans ces résultats, que d'ouvertures pour l'esprit sur l'influence possible des terres dans l'étiologie des maladies, sur le danger possible des terres des cimetières, sur 1 utilité de la crémation!
Plusieurs faits patents et d'observation journalière tendent à confirmer ces expériences. Le charbon est inconnu dans les terrains pauvres, crayeux de la Champagne, impropres à la vie des vers. Au contraire, les contrées où se rencontre le charbon dans l'Aveyron sont, d'après M Magne à sol argilo-calcaire, tandis qu'il est inconnu où il est schisteux et granitique, parce que les vers y vivent difficilement.
C'est la démonstration positive de l'observation des anciens admettant que le terrain argileux ou argilo-calcaire, non seulement de la Beauce, mais de toute autre contrée contenait des germes se développant sous l'influence de l'humidité et de la chaleur. Car ils avaient parfaitement observé que ces germes, absorbés par les animaux, déterminaient chez eux 1 apparition des maladies charbonneuses, sans qu.l fût nécessaire du contact avec un animal charbonneux. L était lu leur spontanéité du charbon, qui, parla découverte de M. Pasteur, se change en contagion directe par
Mais, ajoute M. Leblanc, comment expliquer qu'un troupeau charbonneux, transporté dans une contrée éloignée de son lieu d'origine et où le charbon ne sévit pas, échappe aux ravages de la contagion après avoir eu encore quelques victimes? On a beau enfouir ces victimes dans le champ et y faire paître des moutons l'année suivante, la maladie ne reparaîtra pas. La réponse est bien simple : c'est que le sol ne convient pas aux vers conservateurs des corpusculesgermes de la bactéridie charbonneuse, qui, détruite définitivement par la putréfaction du cadavre, ne peut se reproduire spontanément dans cet endroit. Loin d'être une objection, ce fait est plutôt une confirmation de la doctrine exclusive de la contagion. L'importance attachée par les anciens spontanéistes à l'étude du sol et du sous-sol des contrées n'a pas d'autre raison. Comme il y a l'immunité de certains sujets appelés réfractaires et l'immunité de la race, il y a aussi l'immunité des terrains calcaires et siliceux. (Àrch. de méd.)
Action des pâturages. L'immunité des années et des saisons sèches est aussi réelle. On a remarqué que c'est spécialement après un été chaud et un automne pluvieux que le danger du charbon est plus grand en Beauce. Il est même très admissible que les propriétés toxiques des fourrages, provenant de prés argileux, inondés, récoltés après de grandes chaleurs dans les marais de la Seillo, ayant une odeur aigre, et dont l'usage produit presque inévitablement le charbon, sont précisément dues aux corpuscules-germes de la bactéridie, comme la soutenu M. Peignant, le vétérinaire des Deux-Sèvres. Combien de prés, de fourrages avariés, récoltés dans ces conditions, sont consommés ailleurs, sans autre dommage que leur mauvaise qualité nutritive, parce qu'ils sont privés de la fatale bactéridie? Tout peut ainsi s'expliquer par la nouvelle doctrine.
Elle est confirmée par l'expérience suivante de M. 1 oincarré, de Nancy. Ayant constaté dans l'eau d un pâturage des bactéridies semblables à celles que renfermait le sang d'un animal mort charbonneux, il a fait une injection souscutanée de cette eau à un cobaye, le 30 juin dernier. L animal se montra malade du 2 au 3 juillet et succomba dans la nuit. Son sang présentait l'altération parasitaire décrite
par Davaine, et, inoculé à un second cobaye le o juillet, celui-ci mourut dès la nuit suivante. L'autopsie démontra la nature charbonneuse de l'affection. (Acacl. des sciences, juillet.)
De là une nouvelle prophylaxie du charbon, en n'enfouissant jamais les animaux qui en meurent dans des champs destinés à des récoltes de fourrages ou au pacage des moutons. Toutes les fois crue cela sera possible, on devra choisir pour l'enfouissement des terrains siliceux , sablonneux, ou des terrains calcaires , mais très maigres , peu humides et de dessiccation facile; peu propres, en un mot, à la vie des vers de terre.
On comprend donc l'enthousiasme du maître proclamant que, si les cultivateurs le veulent, l'affection charbonneuse ne sera bientôt plus qu'un souvenir pour leurs animaux, pour leurs bergers, pour les bouchers et les tanneurs des villes , parce que le charbon et la pustule maligne ne sont jamais spontanés, que le charbon existe là où il a été déposé et où l'on en dissémine les germes avec la complicité inconsciente des vers de terre ; qu'enfin, si dans une localité quelconque on n'entretient pas les causes qui le conservent, il y disparaîtra en quelques années. La théorie des germes, ajoute-t-il , parait prendre plaisir à se jouer de ses adversaires. Tandis qu'ils s'épuisent dans la recherche des vaines contradictions qu'ils ne parviennent même pas à formuler clairement, elle agrandit ses conquêtes et fortifie ses méthodes. On n'arrêtera sa marche ni en France ni à l'étranger; i un souffle de vérité l'emporte vers le champ fécond de l'avenir. (Acad. de méd., 20 juin.) En admettant tous ces faits nouveaux, annoncés par Pasteur — que le sol imprégné du sang charbonneux conserve les corpuscules-germes de la bactéridie spécifique lesquels, transmis par les vers de terre à la surface du sol' se répandent sur les plantes et peut-être dans les eaux pour infecter les animaux par des écorchures aux jambes ou des plaies à la bouche — il reste encore une expérience directe à faire : c'est de transmettre le charbon par l'inoculation même de ces corpuscules-germes, ces spores charbonneuses qui remplissent leur canal intestinal. Tant que celte expérience ne sera pas réalisée, il sera possible de douter de la
spécificité charbonneuse de ce germe animé et d'affirmer qu'il est la véritable et la seule source de la propagation contagieuse. Cette expérience est d'autant plus indispensable que les liquides, filtrés et purifiés, de ces corps figurés, n'en transmettent pas moins les effets atténués du ebarbon, d'après M. Toussaint.
Il est vrai que M. Pasteur désavoue dés à présent les expériences de M. Toussaint et l'interprétation de ses résultats sur la prévention du ebarbon. Il doit y mettre son veto, tandis qu'il . poursuit la démonstration de sa tbéorie des germes par des exemples positifs, comme le suivant. D Dans un petit village du Jura que le ebarbon n'avait pas visité depuis longtemps, il s'est déclaré en 1878. Trois des vaches, mortes charbonneuses au mois de juin dernier, ont été enfouies à des places distinctes, à 2 mètres seulement de profondeur, dans une prairie de plusieurs hectares, un peu inclinée. L'une de ces fosses ayant été entourée d'une barrière à claire-voie, quatre moutons y ont été placés pour paître, le 18 août 1880, tandis qu'à 3 ou 4 mètres en amont, où il n'existait pas de fosse, quatre autres moutons ont été installés à manger comme les premiers , pour leur servir de témoins.
Or, dès le 25 août, l'un des premiers moutons est mort charbonneux sur l'enclos même de la fosse, le sang rempli de bactéridies, tandis que les moutons témoins se portent très bien. (Acad. des se, septembre.)
Une objection se présente à cette tbéorie de la transmissiôn des germes du ebarbon par les vers de terre. Comment imaginer qu'ils se localisent ainsi dans un étroit espace de terrain? Est-ce que leurs mœurs, leurs migrations sont assez bien connues pour être certain qu'ils ne dépassent pas les limites de l'enfouissement, et que, pour leur reproduction surtout, ils ne s'éloignent pas de ce lieu primitif? Conclure comme M. Pasteur, c'est admettre implicitement que le ver dépose ses œufs dans le même endroit où il est né, sans s'en écarter seulement d'un mètre. Est-ce donc probable?
Préservation. De même que M. Cbauveau avait déjà démontré que, si l'on inocule une brebis avec le ebarbon dans les derniers temps de sa gestation, l'agneau qui en
naîtra sera absolument rôfractaire à cette maladie, M. Toussaint a montré expérimentalement que l'on pouvait préserver directement les chiens ou les moutons du charbon en les inoculant avec le virus atlénué. Le procédé consiste à défibriner le sang charbonneux, par filtration ou par échauffement à oo", pour le priver des bactéridies qu'il contient. On l'injecte ensuite sous la peau de l'animal, et, après une période d'incubation dont la durée est d'environ douze à quatorze jours, l'immunité complète est acquise par ce nouveau vaccin. Les animaux sont réfractaires au charbon, et les inoculations les plus chargées de bactéridies ne produisent même aucun effet local, les plaies se cicatrisent simplement. Exposés à la contagion charbonneuse avant cette période, ils peuvent au contraire contracter la maladie, comme l'enfant vacciné contracte la variole, s'il en a reçu le germe auparavant.
Cette pratique a été suggérée à l'auteur par l'idée que l'infection bactéridienne procédait primitivement du système lymphatique. S'inspirant sans doute des recherches expérimentales de M. Colin montrant que les ganglions sontles premiers envahis après l'inoculation (Voy. année 1878), il a tenté d'en faire la démonstration en condensant primitivement la substance de ces ganglions pour empêcher la bactéridie de s'y implanter. Il a pratiqué ainsi des inoculations au voisinage des ganglions de l'aine et du cou pour les obstruer. Mais l'évolution ne s'est pas généralisée, et il est arrivé, empiriquement, à sa vaccination préventive, dont M. Colin aura été l'inspirateur à son insu, si elle se réalise. (Acad. de méd., 3 août.)
Mais, comme l'a remarqué M. Bouchut au Congrès de Reims, s'il y a absence complète d'éléments figurés dans le sérum inoculé comme vaccin, c'est un bouleversement de la théorie des inoculations, puisque le succès de cellesci ne repose que sur celui-là : toutes les inoculations des autres virus, celle de la vaccine en particulier, n'étant efficaces qu'avec le liquide contenant ces éléments. Il y a donc une inconnue à débrouiller dans ces résultats comparatifs, puisque le liquide infectieux employé par M. Toussaint reste virulent par ses effets sans renfermer la bactéridie ni ses spores. C'est une contradiction manifeste avec les assertions de M. Pasteur, bien qu'il vaccine aussi efficacement
l'iO
ses poules de leur choléra avec un liquide dilué, affaibli, ou seulement atténué, mais il ne dit pas encore « dépourvu de toute trace d'organismes ». Aussi désavoue-t-il d'avance ces faits extraordinaires et l'interprétation qui leur est donnée, comme on l'a vu.
Les faits déjà constatés autorisent pourtant à admettre, suivant M. Bouley, que cette inoculation est réellement préventive et communique l'immunité du charbon. Dix moutons et un lapin, vaccinés par M. Toussaint ù l'École de Toulouse, y sont ainsi invulnérables, et, sur les seize moutons survivant à l'inoculation vaccinale d'Alfort, deux ont été inoculés avec un charbon très actif sans en rien ressentir, tandis que le lapin, inoculé comme témoin avec le même virus, a succombé aussitôt. C'est donc là un commencement de preuves qui, sans être faites conformément à la doctrine des germes, n'en ont pas moins leur valeur. (Acad. des sciences, septembre.)
Il y a d'ailleurs bien des inconnues et des déceptions dans ce procédé opératoire. Après l'inoculation du sang charbonneux filtré, les ganglions augmentèrent considérablement de volume avec fièvre intense, dans les premières expériences de M. Toussaint. La température s'éleva jusqu'à 42°, 3 chez le mouton, et c'est seulement cinq à six jours après que ces animaux étaient revenus à Tétat normal, quoique les ganglions fussent encore volumineux.
Le traitement du sang charbonneux par le chauffage à 00° pendant dix minutes, déjà indiqué par M. Davaine comme suffisant à tuer toutes les bactéridies, ne donne pas toujours des résultats identiques. Six moutons, divisés en trois séries différentes et inoculés avec du sang chauffé à 430°, n'en moururent pas moins. L'addition d'un pour cent d'acide phénique au sang charbonneux ainsi surchauffé n'avait pu réussir à en détruire la virulence.
Le sang charbonneux filtré, surchauffé et mis en contact avec une proportion de 1 à 2 0/0 d'acide phénique, ne peut donc toujours être inoculé avec succès. Sur vingt moutons ou brebis inoculés, le 8 juillet à la ferme de Vincennes, avec 4 centimètres cubes de sang ainsi préparé, quatre succombèrent au charbon quatre jours après et plusieurs autres étaient sérieusement malades. C'était un vrai désastre, dit M. Bouley, et la preuve que le liquide préparé et chauffé
à 52° pendant dix minutes ne suffisait pas à le priver de bactéridies. Ces faits rentreraient donc dans la loi générale de M. Pasteur par leur analogie avec ceux relatifs au choléra des poules. (Assoo. française, août.)
En effet, sur les seize moutons ayant survécu à Vincennes, huit ont été inoculés de nouveau, soit avec un liquide te culture, soit avec du sang charbonneux, et aucun n est mort, mais tous ont présenté de légers symptômes de maladie. Réunis à ceux de Toulouse, c'est donc un total de dix-neuf moutons ayant acquis l'immunité par cette inoculation vaccinale, comme par le climat algérien.
De là l'espoir formulé éloquemmeut par M. Bouley d'être à la veille de posséder bientôt un préservatif du charbon, comme des autres maladies virulentes, et la promesse d'en faire des applications importantes dans la pratique de la médecine humaine. Des inoculations réitérées ou multipliées seraient susceptibles d'augmenter chez l'homme la résistance à l'action du virus varioleux. Avec un vaccin charbonneux suffisamment dosé, on pourrait de même, dans les pays à charbon, inoculer ce liquide aux animaux pour les mettre à l'abri du fléau. Les champs maudits, où les moutons contractaient le charbon par l'infection du sol résultant de l'enfouissement d'animaux charbonneux, mis en évidence par la récente expérience de M. Pasteur à Arbois, n'auraient plus de raison d'être. Ces expériences vont être continuées à Senlis et à Reims avec les moutons vaccinés de Vincennes, en en ayant d'autres pour témoins. On saura ainsi si l'hypothèse du quid divinum, du quid ignotum, ou du génie épidémique, sur laquelle reposaient l'étiologie et la pathogénie des maladies infectieuses et contagieuses, a une forme saisissable, déterminée, concrète; si ces idées vagues, ces abstractions sont réalisables sous la forme d'un microbe animé, comme M. Pasteur le prétend pour le choléra des poules et M. Toussaint pour le charbon. (Acad. de mèd., 21 septembre.)
Immunité des moutons algériens. De nouvelles expériences comparatives de M. Chauveau par l'inoculation du sang de rate ont donné les résultats suivants : 12 moutons européens de diverses races ont tous succombé après une seule inoculation, tandis que, des 47 moutons^ algériens inoculés, 8 seu-
lement sont morts, 39 ont résisté à des inoculations multi phées. Leur immunité est donc bien constatée et réelle dit il, et cette qualité peut être exploitée en toute sûreté dans l'intérêt des opérations zootechniques. (Acacl. des se. 14 juin ) On voit au contraire par ces résultats, qu'elle n'est pas absolue et que la sécurité est toute relative puisque sur le sujets réfractaires mêmes, l'inoculation de la bactéridie produit toujours des effets appréciables : tuméfaction des ganglions lymphatiques, voisins de la région inoculée, élévation de la température avec ou sans signes extérieures de malaise comme 1 abattement et l'anorexie, et environ 16 pour 100 dê morts. 1
Cette immunité est congénitale, comme le montre péremptoirement l'inoculation d'agneaux venant de naître et qui ont parfaitement résisté dans tous les cas. Un seul en manifesta du malaise, et ce fut précisément celui dont la mère mourut de cette inoculation, comme si son immunité en eût été affaiblie. C'est donc bien un héritage maternel
Est-ce donc une propriété de famille créée avec la race en même temps que les autres caractères constituants' On peut en douter, en admettant que c'est plutôt une propriété acquise par l'ensemble des individus dans le milieu algérien. M. Chauveau le croyait ainsi, en pensant que les moutons trouvent abondamment et incessamment dans ce milieu des germes de bactéridies bénignes qui, en se développant dans 1 orgamsme de l'animal, créent l'immunité contre la bactéridie charbonneuse vraie, surtout pendant la vie intrautérine .
Cette hypothèse a été contredite par une expérience décisive. Un petit troupeau de mérinos européens, formé avec des reproducteurs des bergeries de l'Etat issus directement de Rambouillet, existe depuis une douzaine d'années dans une ferme de la commune de Rouiba, à l'entrée de la plaine de la Mitidja, sans aucun croisement. Deux agneaux d un an, de la quatrième et cinquième génération du troupeau primitif, c'est-à-dire bien acclimatés et imprégnés du milieu algérien, en furent distraits et inoculés Je 2 avril, avec trois témoins, une chèvre et deux lapins, dans des conditions identiques aux moutons algériens. Tous les cinq sujets succombèrent également du sang de rate : l'un des moutons trente-trois heures après l'inoculation, et l'autre
CHARBON Ji;{
dix heures plus tard, avec une infection bactéridienne des mieux caractérisées. Un résultat si clair et positif est donc une preuve suffisante de l'impuissance du milieu algérien à communiquer l'immunité. C'est donc bien une propriété de la race.
Ajoutons en passant qu'il serait au moins rigoureux de tenter la contre-épreuve en Europe, pour conclure définitivement, d'autant plus que, d'après un vétérinaire d'Arles, M. Delorme, cette immunité des moutons algériens paraît s'affaiblir à la longue par leur transport et leur séjour en Provence. C'est donc à l'avenir de décider cette question étiologique.
Tous les moutons de l'Algérie jouissent également de celte immunité, malgré quelques variétés distinctives de l'est à 1 ouest. Aucune différence sensible d'aptitude n'existe entre ces divers sujets. Deux moutons d'un an, ayant du sang mérinos d'après la toison, ont aussi bien résisté à 1 inoculation que les moutons barbarins à grosse queue et que les moutons purs ou croisés du Soudan. (Idem.)
Traitement. Un vétérinaire du Jura, M. Louvrier appelé ï combattre la fièvre charbonneuse qui sévissait épiaémiquement dans plusieurs communes des environs de Lonsde- Saulnier, a institué une nouvelle méthode, fondée sur la célèbre expérience de M. Pasteur. En réussissant à inoculer e charbon aux oiseaux qui y sont ordinairement réfractaires en les refroidissant, les poules par exemple, il avait démontre péremptoirement que la température é evée de leur corps était la cause de leur immunité dans l'état naturel. E Ion pouvait voir une autre confirmation de ce fait dans 1 immunité au charbon, constatée simultanément pa M. Chauveau sur les moutons de l'Algérie, en raison de la température élevée où ils vivent. Il était donc permis de e demander si, en élevant la température d'un animal pri du charbon, on ne combattrait pas efficacement cette maladie en en arrêtant le développement. De là le traitwi^t 8S vant, formulé par M. Louvrier ■ anement sui-
£Tt immediat du corps de i J^ZTânZXZ' mant uw couche de regaiu ou secondes herbes de7o à 12
centimètres d'épaisseur formant manchon sur la peau de l'animal. La propriété fermentescible du regain est encore augmentée par son aspersion avec du vinaigre très fort et chaud. Et après l'enveloppement semblable des quatre memhres on recouvre le tout de couvertures chauffées. Toutes ces opérations, exécutées avec rapidité, pour ne pas laisser refroidir l'animal, sont une condition du succès.
Si, malgré cette espèce d'étuvc où l'animal est plongé, la dyspnée et le refroidissement du corps augmentent, et que l'animal chancelle ou tombe, l'appareil est enlevé, et l'on renouvelle immédiatement le sudorifique et les frictions plus fortement. Alors l'animal se relève, le corps et les extrémités se réchauffent, la respiration redevient normale, et le triomphe de cette première période est obtenu. De là l'urgence de ne pas quitter l'animal jusqu'à cette réaction manifeste, qui se fait attendre pendant une à trois heures.
Après bien des essais, le meilleur stimulant sudorifique adopté est le café. Il a mieux réussi que les alcooliques. Deux bouteilles de décoction concentrée et sucrée est la
dose ordinaire.
L'ammoniaque et la térébenthine à parties égales servent aux frictions. On peut même ajouter de la farine de moutarde au regain. (Bec. de méd. vétérinaire.)
Sur cinquante-trois cas de charbon ainsi traités, la guérison a été constante. C'est donc là un traitement aussi énergique et efficace que rationnel, d'après les doctrines régnantes sur cette maladie, et qui peut être appliqué sur les vaches et les chevaux, mais qui ne semble pas aussi facilement applicable aux moutons, à cause de leur toison.
M Pasteur, intéressé plus que tout autre à ces résultats, hautement confirmatifs de ses doctrines et obtenus dans son pays même, loin de s'en contenter, les a soumis au contrôle de sa méthode rigoureuse. Deux des vaches mises au traitement précédent et guéries du charbon ont été inocu- ' lées par lui avec cinq gouttes d'une culture de hactendies. L'une n'offrit pas de symptômes morbides sensibles, mais l'autre est devenue malade avec œdème considérable et gonflement des ganglions. Cependant elle guérit.
Ce n'était donc qu'une confirmation incomplète de leur immunité. La première vache guérie et une autre furent dès lors soumises à une dose double, soit dix gouttes de la
CHIMIE MÉDICALE
culture bactéridienne. La première n'en ressentit de nouveau nul effet; mais la seconde fut très malade, avec une température de 41°, et ne guérit que huit jours après. D'où la conclusion que la première était bien devenue réfractaire au charbon; mais la guérison des deux autres, malgré l'infection qu'elles avaient manifestée, demandait une nouvelle épreuve.
Elles furent donc réinoculées de nouveau, et cette fois avec un résultat négatif, ce qui démontre que le charbon ne récidive pas.
Pour confirmer l'action directe du procédé Louvrier, quatre nouvelles vaches n'ayant pas eu le charbon ont été inoculées avec le même liquide que les précédentes, et deux de celles-ci sont immédiatement soumises au traitement Louvrier. L'une de celles-ci meurt, en même temps que l'une de celles qui n'avaient reçu aucun traitement et les deux autres guérissent; ce qui prouve que l'efficacité de ce procédé n'est pas absolue.
Ces deux vaches guéries sont inoculées de nouveau sur le flanc opposé avec cinq gouttes de la culture et elles n'en éprouvent aucun effet appréciable. Confirmation nouvelle de la non-récidive du charbon et que l'inoculation de celùici, quand elle ne tue pas, devient préventive et procure l'immunité. Ce serait donc un véritable vaccin. (Acad. de mécl., 28 septembre.)
D'après ces nouvelles expériences, il ne serait donc pas nécessaire, comme M. Toussaint l'avait pensé, que le liquide vaccinal ne contînt pas d'éléments figurés, ainsi qu'il avait cru les détruire par l'ébullition. Le résultat de ses expériences précitées àAlfort, où quatre moutons ont succombé, témoigne hautement de la virulence de ce liquide. Ce n'est donc que par son atténuation à doses faibles ou par un traitement spécial, comme celui de M. Pasteur, indiqué ci-après pour le choléra des poules, que ce liquide devient préventif du charbon. Et cette vertu est aujourd'hui confirmée par ces quatre nouvelles expériences positives de M. Pasteur venant s'ajouter à celles de M. Toussaint.
CHIMIE MÉDICALE . Manuel de chimie médicale et pharmaceutique, par Alfred Riche, professeur de chimie à l'Ecole supérieure de pharmacie de Paris. Troisième édition.
CHIMIE MÉDICALE
Un vol . in-lS de HW pages 1res coin pactes, avec 120 figures dans Le Lexte. Librairie Germer Tiaïlliève,
La parL sans cesse croissante accordée à l'examen physicochimique dans l'étude de la pathologie humaine est devenue le caractère distinctif de l'école moderne. Suivant les méthodes usitées dans les sciences exactes, elle s'attache principalement à bien déterminer par poids et mesures tout ce qui est appréciable aux sens. Le raisonnement et l'induction y sont absolument subordonnés. La température locale et générale tient le premier rang; puis vient l'analyse des liquides normaux et morbides, avec l'examen de leurs principes constituants, de leurs éléments figurés en quantité et en qualité. De là une nouvelle éducation à fane pour le praticien de la génération précédente pour comprendre le langage du jour et se faire comprendre des autres.
C'est surtout dans le domaine de la chimie organique et biologique, comme dans l'histologie normale et pathologique, que les progrès, les changements de l'enseignement actuel sont le plus marqués. L'étudiant d'il y a trentecinq à quarante ans, qui n'aurait pas renouvelé sa biblio- Lhèque ni augmenté ses connaissances en se tenant au courant des innovations et des découvertes, courrait risque de ne plus rien comprendre à l'enseignement du jour. Le diagnostic et le pronostic ne se déduisant, ne s'instruisant que de la lésion, de l'altération des éléments anatomiques, globules ou cellules, et du trouble de leurs fonctions, une thérapeutique toute différente en est résultée. Au lieu de la pharmacologie massive et complexe d'autrefois, elle se réduit à des éléments simples, extraits des minéraux, des végétaux et des animaux, sous forme d'alcaloïdes donnés à dose presque homœopathique et qui en font les médicaments les plus subtils et actifs à la fois.
La matière médicale à étudier, à connaître réside ainsi dans les principes divers des médicaments composés d'autrefois, solides, liquides ou gazeux, et dans leurs combinaisons réciproques. Par les progrès de l'analyse , le quinquina et l'opium, l'alcool, l'éther, l'eau même se sont divisés en une foule de médicaments simples, opposés dans leur action, c'est-à-dire en principes élémentaires déterminés mathématiquement par leurs équivalents et Leur quotation atomistique ou moléculaire. La précision Ihera-
CHIMIE MÉDICALE
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peutique répond ainsi à la précision anatomico-séméiologique des positivistes sctuels.
C'est afin de vulgariser ces données précises et exactes que ce livre a été publié. De là son actualité et son succès, parce qu'il remplit parfaitement son but. Sans être exclusivement consacré à la cbimie médicale, il lui donne tous les développements nécessaires pour tenir le lecteur au courant des découvertes les plus récentes à ce sujet. Elémentaire par sa concision, il est savant par sa division et ses détails. L'ordre méthodique et philosophique qui y règne permet d'embrasser d'un coup d'œil tout ce que l'on sait de positif à cet égard.
11 est divisé en trois parties principales : chimie minérale, organique et biologique. La première comprend les métalloïdes et les métaux, classés en familles naturelles, d'après la méthode de M. Dumas. Chacun y est séparément décrit dans son histoire, sa préparation, ses propriétés physiques et chimiques et ses applications, en y reliant toutes les combinaisons, les préparations dont il est susceptible. Les propriétés médicinales, l'usage thérapeutique et les effets toxiques, les réactifs mêmes en sont aussi indiqués séparément à la fin de chaque section, sans qu'il y ait jamais lieu à répétition. La toxicologie du plomb et du mercure est indiquée avec autant d'extension que celle de l'arsenic aux métalloïdes, avec leur emploi thérapeutique. Tout cela dit d'une façon si concise et topique que, malgré les formules et les 98 figures de cette première partie, la chimie spéciale n'occupe guère plus de la moitié du volume.
Restent les deux autres, dont les corps simples et composés par leurs diverses combinaisons sont classés et divisés dans le même ordre. Tous les carbures et hydrocarbures sont décrits successivement dans leurs familles différentes, d'après leur analogie d'origine, de propriétés ou d'action. Puis viennent les alcools, les éthers, les aldéhydes, les acides organiques et les alcaloïdes, ce qui forme avec les composés polyatomiques : alcools, corps gras, acides et alcaloïdes, sucres et tannins, toute la partie importante et condensée de la chimie organique, c'est-à-dire la description de tous les produits immédiats des végétaux cl des animaux, leur préparation, leurs usages domestique et
lis
CHIRURGIE
hygiénique, et surtoul leur emploi médicinal, qui a de si fréquentes applications.
La chimie biologique, d'origine toute récente, est La moins étendue, mais elle commence par une exposition de MM. Dumas el Boussingault, qui en montre bien toute l'étendue et l'importance chez les végétaux el les animaux, dont elle constitue la vie même. Son étude est placée en première ligne à l'ordre du jour. Voici le plan suivi par l'auteur à ce sujet :
Après l'énumération succincte des substances organisées fournies par les végétaux et les animaux, les fonctions principales sont passées en revue, en décrivant les divers principes qui servent à leurs actes successifs. La digestion, par exemple, dans ses divers phénomènes sert à décrire toutes les sécrétions qui y contribuent et leur composition. El ainsi de suite de l'absorption, de la respiration, de la nutrition, l'assimilation, etc. La chimie animale a reçu ainsi de grands développements par l'analyse des urines, du sang, du lait et des divers liquides, normaux et morbides. Un essai des tissus, des écritures, des beurres, des margarines, des graisses et des huiles en est le complément.
Par sa distribution méthodique, cet inventaire de matières disparates est aussi intéressant et instructif par la richesse et le rapprochement, la liaison des détails, qu'un ouvrage original. La clarté et la précision du style le rendent aussi compréhensible que facile à consulter par l'index bibliographique qui le termine. Il sera aussi utile aux vieux praticiens qu'aux jeunes étudiants, en les initiant également aux méthodes actuelles d'observer et de traiter les malades.
CHIRURGIE. C'est surtout en simplifiant son instrumentation que la chirurgie actuelle diffère de l'ancienne. Non seulement le malheureux qui va subir une opération grave n'a plus à s'épouvanter d'avance, ni à supporter la vue des préparatifs qui devaient servir à le torturer, le fer et le feu, puisqu'il est privé de connaissance et de sensibilité avant la moindre piqûre; il est encore ménagé lorsque l'anesthésie ne peut ou ne doit pas être employée. Il y a toujours le secours de l'anesthésie locale pour les pusillanimes, et l'appareil instrumental est toujours simplifié. L'écraseur, le thermo-cautère ne sont pas épouvantables comme le
CHIRURGIE
couteau, Je bistouri, et le bandage d'Esmarcb, en diminuant la sensibilité et l'effusion du sang, n'est pas effrayant comme le garot ou le tourniquet. Quelle différence entre le pansement simple de Lister et ceux si compliqués d'autrefois, que l'abondance de la suppuration obligeait de changer tous les jours! Un linge, une mousseline trempée dans l'eau pbéniquée et étendue sur la plaie, ou une injection faite dans la cavité, et c'est tout. Les fils et les drains sont aussi modifiés, simplifiés, et il n'est pas jusqu'aux caustiques que l'on cherche à rendre plus doux.
Et que d'opérations nouvelles, de mutilations hardies sont nées de ces simplifications! que de maladies internes, de lésions viscérales sont traitées chirurgicalement ! On résèque le rein et la rate, comme l'utérus et les ovaires; on incise le foie, et, si l'on ne cherche pas encore à le supprimer, on va jusqu'à extraire les calculs de la vésicule biliaire par la cholécystotomie. La laparotomie est maintenant si hardiment pratiquée, que l'intérieur de l'abdomen est aussi justiciable du chirurgien que l'extérieur. Et il en sera bientôt de même du thorax, depuis que la laryngectomie est pratiquée avec succès et que l'on peut boire et avaler, parler même avec des organes vocaux artificiels. Le chirurgien a ainsi changé son rôle de bourreau en celui de sauveur.
Le système antiseptique de Lister ne cesse de rencontrer ses plus redoutables adversaires dans son pays d'origine. On n'est jamais prophète en son lieu. Le listerism, comme on l'appelle par dérision et ironie, est toujours battu en brèche, comme n'ayant rien de spécialement antiseptique en luimême. Les précautions et les soins minutieux dont son emploi est accompagné seraient tout le secret de ses succès. Et quant aux statistiques des opérations graves, comme la laparotomie, l'ovariotomie, — dont la mortalité de 10 0/0 s'est abaissée à 7 1/2 dans la pratique de Spencer-Wells. — on attribue ce résultat à différents facteurs, comme l'abandon des émissions sanguines, un meilleur état sanitaire des hôpitaux, des soins mieux raisonnés et un meilleur régime des opérés. On oppose ainsi que ces différences de la mortalité ne sont pas démonstratives de la spécificité de ce traitement, comme si les antiseptiques employés exclusivement n'avaient pas une part considérable dans ces résultats. 0 aveuglement systématique!
CHIRURGIE
Ses effets sont indiqués également par la diminution de la mortalité dans tous les hôpitaux. A Saint-Barthélémy, par exemple, sir .1. Paget a vu cette mortalité de 15 0/0, de 1817 à 1857, tomber graduellement à S 0/0 seulement, dans les dix dernières années, de 1867 à 1877. De même dans sa pratique privée : tandis qu'elle s'élevait à 10 0/0, il y a vingt ans , elle n'est plus actuellement que de 2 0/0.
Voy. Drainage, Laryngectohie, Néphrolituotomie, Thermocautère.
Pratique journalière de la chirurgie, par Adolphe Richard, avec 21 o figures originales intercalées dans le texte, avec la légende explicative au-dessous. Deuxième édition, revue et augmentée des notes de l'auteur, par son élève le docteur J. Crauk. Un gros volume grand in-8° de 760 pages. Paris, librairie Germer BaiUière.
Une deuxième édition est toujours l'éloge d'un livre, surtout quand son auteur n'est plus là pour le faire vendre par sa réputation, son enseignement et sa pratique. Elle marque mieux encore, dans ces tristes conditions, le mérite intrinsèque de l'ouvrage, malheureusement incomplet, que nous a laissé ce jeune maître à l'esprit original et primesautier. Aussi, comme nous le disions ici en annonçant la première édition en 1868, il sort tout à fait des us et coutumes, et n'a rien des clichés modernes ni classiques. C'est le maître signalant, dans un style simple, rapide et attachant, les écueils et les difficultés de la pratique courante de la chirurgie aux praticiens placés sur un théâtre moins vaste, et leur enseignant sans emphase les moyens d'en triompher ou qui lui ont réussi dans sa vaste clinique. Point de ces longues descriptions classiques que l'on trouve partout à peu près uniformes, ni de dissertations érudites. Il s'adresse directement au praticien qui sait déjà beaucoup , mais qui se trouve embarrassé par les hasards de la pratique sur un sujet quelconque.
Cette seconde édition est distribuée comme la première, et nous n'avons qu'à renvoyer ànotre première bibliographie pour la connaître. On y a ajouté seulement les notes trouvées après la mort de l'auteur pour la compléter. Elles sont assez nombreuses et ont trait particulièrement aux plaies et affections de la tête, aux opérations de l'empyème et de la thora-
CHLORÀL iJ1
centèse, aux kystes du foie, aux abcès et tumeurs de l'abdomen et à l'ovariotomie. Sur tous ces sujets, comme sur les précédents, l'auteur n'eût pas manqué de signaler les procédés opératoires marquant un progrès véritable, comme l'emploi du tbermo-cautère, des injections sous-cutanées, du drainage et le pansement phéniqué, qui ont pris tant de développement depuis sa mort. On doit regretter que M. Crauk ne l'ait pas osé faire, pour rendre l'ouvrage plus complet. Mais il reste ainsi avec toute son originalité.
Manuel de pathologie chirurgicale, par A. Jamain et F. Terrier, 2e fascicule de 368 pages in-12. 3° édition. Paris, librairie Germer Baillièrc. Ce fascicule complète le deuxième volume de cette réédition, dont le premier a paru en 1878: Jl termine la description des maladies du nez et des conduits, des sinus qui y correspondent. Le chapitre IV traite des maladies de l'oreille interne et externe et se termine par celles des yeux. Toutes les affections de ces deux grands appareils connexes sont décrites avec l'ordre et la méthode analytique qui distinguent cet ouvrage. Quiconque n'a pas "une riche bibliothèque en traités spéciaux peut consulter ce petit manuel en toute sécurité pour se renseigner. Il est sûr d'y trouver au moins l'indication de ce qu'il cherche, et cela avec la plus grande facilité. Il lui suffit de jeter les yeux sur la table ou la bibliographie étendue qui termine chaque section, pour rencontrer le renseignement cherché.
En s'adressant spécialement aux étudiants, cet ouvrage ■est donc un mémento aussi utile à consulter pour le praticien que pour l'auteur, par l'abondance des matières et des renseignements qu'il contient. Un troisième volume, sous pi'esse, en fournira prochainement le complément.
CHLORAL. Une enquête due à l'initiative de la Société clinique de Londres et faite parmi le corps médical anglais, sur les effets de l'usage prolongé du chloral, a donné des résultats nouveaux. D'après soixante-dix réponses seulement, sur plus de mille demandes faites par circulaire, il résulte que, dans vingt-neuf cas, cet agent, malgré des doses prolongées, n'avait produit aucun mauvais effet. Les docteurs Curgenven, W illiams, Squirc, Buzzard et Clifford Allbutt ont pu