‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales [electronic resource]Chapitre 54 sur 74 · MOELLE ÉP1NIÈRE · texte numérisé non relu

MOELLE ÉP1NIÈRE

180 pieds sans interruption, quoique ses mouvements fussent ataxiques. Mais la sensibilité restait absente. Il fut tué le trente-cinquième jour. Une substance grisâtre, un peu aplatie d'avant en arrière, avait rétabli la continuité de la moelle. La partie correspondant aux colonnes antérieure et atérale présentait déjà un aspect médullaire ; les nerfs et les muscles des extrémités inférieures étaient normaux Au microscope, le nouveau tissu était strié de fibres nerveuses dirigées de haut en bas, avec une enveloppe médullaire.' Plusieurs fibres présentaient des nucléoles; d'autres, moins abondantes, en étaient privées et montraient une tendance variqueuse. Les deux espèces n'avaient aucune distribution régulière. Le tissu connectif interstitiel présentait des éléments cellulaires se colorant au carmin.

Le troisième chien vécut cent trente-un jours après l'opération, sans aucun retour des fonctions motrice et sensitive Aucune restauration de la continuité de la moelle n'existait à l'autopsie. Les extrémités étaient à 2 millimètres de distance. Aucun de ces animaux ne présentait de dégénérescence secondaire de la moelle. (Lcmcet, 7 août.)

Névrite optique. Les relations qui unissent les nerfs optiques et les altérations chroniques de la moelle épinière sont aujourd'hui bien connues. Elles le sont moins entre ces maladies à l'état aigu. Un dragon entre à l'hôpital au commencement de février; il présente une névrite optique gauche à la première période, sans aucun symptôme de lésion encéphalique.

Dans les premières semaines de mars, il présente les signes dune myélite aiguë. En même temps, la névrite optique marche vers la résolution. Les phénomènes paralytiques commencent à s'amender, vers le milieu du mois d'avril. Le 5 mai, V= ™ pour les deux yeux, le disque op tique gauche est encore un peu diffus, le champ visuel est normal, la perception des couleurs n'est nullement atteinte mais 1 œil droit commence à s'altérer à son tour

Cette observation paraît à M. Ghauvel démontrer les ranports qui unissent à l'état aigu, la névrite optique et la myélite. Il lui semble impossible de nier les rapports ettre

GARNI EU

|gg MYXUliUliME

MYXOliDÈMK. Cette affection épouvantable est décidément un produit de l'Angleterre, car un cas observé ré* cemment en France venait de ce pays. Le professeur Charcot, auquel U a été soumis, a désigné cette singulière maladie sous le titre de cachexie pachy dermique, en envoyant la malade à Aix-les-Bains. C'est le nom adopté par le docteur Thaon , en observant cette malade â Nice, 1 hiver dernier. Trois noms différents lui sont ainsi déjà imposés par les trois observateurs qui ont manifesté par la leur manière spéciale d'interpréter cette étrange affection. (Voy.

"Ta^adiexie se caractérise surtout par un degré prononcé d'anémie et les altérations remarquables de la peau et du tissu cellulaire des extrémités et des .membres L adjectit pachydermique est ainsi justifié. L'état cérébral particulier en acbève la distinction.

Rien de spécial à signaler de ce nouveau fait. L est toujours le même groupement de symptômes extérieurs, el l'on s'étonne, devant une apparence si monstrueuse et frappante, que cette appellation n'ait pas été faite plus tôt Endémiques ou non, ces faits ne doivent pas etie tiè rares, puisque, depuis la première observation de s r W Gull en 1873, en voici 15 ou 16 de relates. Elles deviendront de plus en plus fréquentes maintenant que la description en est connue, et telle est la f^^J^ que les médecins ne peuvent manquer de la distmgaei . L'unicrue exemple rencontré chez un homme par M. Chai- 3t à démontrer que cette affection n'est pas spéciale j

graduelle et considérable f West mJ

festée dans le cas actuel, après deux «^.àJ^e?;SS et le séjour à Nice pendant l'hiver, est sa principale distmc tion On peut donc en espérer la guérison. [Revue mensuelle,

a°Deux nouveaux cas en observation en sont également relate par M. Inglis, le premier chez un plombier don Y^t était déralgé > suite de chagrins domestiques A oui tenta de se suicider avec du laudanum. Il était guéri d^u slrois mois de sa mélancolie, quand ses pagjerw, sesP mains offrirent de l'infiltration qui s e Çj^a » suite à tout le corps, et principalement à la face. De

MYXOBDËME 387

l'aspect crétinoïde, la langue saillante hors de la Louche gênant la prononciation. Refroidissement du corps, même en ete. Peau sèche, avec obtusion de la sensibilité, comme dans le sclérème, urines non albumineuses, bruits du cœur normaux, mais lents et sourds. Pas de contractions réflexes m d'atrophie musculaire, mais absence d'excitabilité électrique, ce qui semble indiquer une dégénérescence du tissu nerveux à la périphérie. ■

Le second fait concerne une femme de trente-neuf ans mère de huit enfants bien portants, et prédisposée héréditairement à l'aliénation mentale. Sa maladie a débuté il y a cinq ans, en coïncidant avec un accès de mélancolie comme dans le cas précédent, dont les caractères physiques sont les mêmes. Un accès de manie aiguë l'a fait renfermer dans un asile. D'aimable et douce, elle est devenue irritable, passionnée et violente sans cause.

L'auteur admet, d'après ces deux faits, que le système nerveux est largement compromis dans cette affection. Des troubles de 1 esprit, des aberrations mentales ont été observes dans tous les cas, et, si ce n'est pas de l'aliénation, celle-ci ne tarde pas à se manifester à la moindre prédisposition, même occasionnelle. L'excitation et l'irritabilité du début sont attribuées à l'action nocive du liquide qui imprègne les tissus sur le cerveau. Ce serait une maladie primitivement nerveuse, dont les effets secondaires sur la peau et les viscères résulteraient d'une absorption insuffisante des lymphatiques et des troubles trophiques dans les cellules ganglionnaires. (Lancet, 25 septembre )

nirn-TL'f 6mFleS m ?nt été soumis à la Société clinique de Londres par le docteur Dyce Duckworth, le 12 nome™ de ÎTXTV'' T d& ?™te-sept ans, rr4s ont ce, ' . ' °utre.Pk« fausses couches; les règles ont cessé il y a six mois. Urines normales, sans sucre

totoAWT^ d affection chr'oniqued de ïcux rwS '' 60 PU,f ti0nS- TemPél^ure plus élevée de deux degrés environ à droite qu'à gauche, due peut-être à une parésie ancienne de ce côté

L'autre femme n'a que quarante-six ans et est encore réglée irrégu hèrement. Elle est devenue plus lourde 171 huit ans Pouls à 80; apparence de néphrife chro que sans armes albumineuses. Catarrhe bronchique. Œdème' plu

3^8 NÉCROLOGIE

marqué dans le membre inférieur droit que dans le gauche. La température est aussi plus élevée de deux degrés dans l'aisselle droite que dans l'autre. Aucun traitement n'a modifié la cachexie depuis le début.

La présence d'une excroissance molluscoïde sur la pommette gauche dans ce dernier cas — déjà observée dans huit ou neuf autres — est pour l'auteur un signe de dépression ou de trouble mental dans le myxœdème, et le fait est que le docteur Inglis a noté également cette particularité chez sa seconde malade.

Le docteur Sémon en a pris occasion pour montrer une troisième malade dont le trait le plus frappant est la chute totale des poils et des cheveux, ainsi que des dents. Elle a eu quatorze enfants et plusieurs fausses couches. La perle de mémoire et des hallucinations montraient aussi l'altération du cerveau. (Idem, 20 novembre.)

Cette énumération suffit à montrer que les observations de myxœdème se multiplient assez en Angleterre relativement aux autres pays pour en faire une affection endémique qui ne s'observe guère ailleurs. C'est donc dans les conditions spéciales des femmes anglaises surtout qu'il faut en rechercher l'étiologie.

NÉCROLOGIE. Au milieu des nombreux médecins qui succombent journellement et obscurément dans l'exercice de leur profession et en raison même de leurs services professionnels, il en est surtout qui fixent particulièrement l'attention. Ce sont les jeunes qui tombent victimes de leur zèle ou de leur dévouement à l'entrée de leur carrière dans les hôpitaux. Tel fut Georges Herbelin, interne à 1 hôpital Sainte-Eugénie, mort du croup en soignant un enfant qui en était atteint. Il trouva la mort en luttant contre elle, a dit son panégyriste et son chef de service, M. Lannelongue. Les plus grands honneurs publics lui ont été rendus, et il eut la suprême douceur, avant de rendre son dernier soupir, de recevoir la décoration de la Légion d'honneur, que le Président de la République s'empressa de lui envoyer.

mm

NÉCROLOGIE 389

Bien d'autres néophytes de la profession succombent de même dans ces foyers de contagion. Deux élèves externes ont ainsi contracté la variole : Mejia à Paris et Decourt à Lyon succombaient presque simultanément à cette maladie contractée dans l'exercice de leurs fonctions. Aussi est-il déplorable que, devant ces exemples répétés, il n'y ait pas obligation, pour tout étudiant en médecine qui prend sa première inscription, soit dans une Faculté, soit dans une Ecole secondaire de médecine, de produire non pas seulement, comme c'est l'usage, un simple certificat de vaccine mais un certificat de revaccination, portant mention expressé du résultat positif ou négatif obtenu.

C'est en vue de ces malheurs répétés qu'une pétition de médecins, demandant que l'Etat accorde des pensions aux veuves et aux orphelins des médecins qui succombent à une maladie contagieuse contractée en soignant leurs malades, a été envoyée au Parlement. Prise en considération elle a été renvoyée au ministre de l'intérieur, qui a iu-é que le médecin civil ne peut être assimilé ni à un soldat m même à un fonctionnaire, pour avoir droit à cette pension parce qu il est libre dans l'exercice de sa profession et qu il n en accepte que moralement tous les dangers. C'est donc dans 1 association mutuelle que les médecins doivent trouver les secours dont quelques victimes parmi eux peuvent avoir besoin. "

Aqzoux, Louis, l'inventeur et le vulgarisateur de l'anatomie élastique et qui rendit de si grands services à l'enseLne-

ment de cette science, est mort à Paris, à quatre-vingt-deux ans Une pate susceptible de prendre les empreintes ifs plus dél l cales et d acquérir par la dessiccation une grande solidité ui permit de composer des pièces anatomfques artificielle^ imitant la nature dans ses plus minutieux détails d S et de couleur. Les modèles ainsi obtenus sont formés d é lé-

Dès 1822, 1 Académie de médecine et l'Institut accordèrent un de leurs prix annuels à M. Auzoux. A toutes les S Lions universelles, il a obtenu des médailles d'or ?

Boll, Francis, professeur de physiologie comnarée à R™ et qu, s'est illustré par sa découverte du ^Z mL^n â

ggg NfemOLOGlE

,0R rocliurches à ce sujet, est. mort clans cclto ville, le (6 décembre 187». Il fiitl'un de oes Allemands qui contribuôrenl tant avec Mtolewfliott et Sôbiff, à répandre Laaeiencq positive eQ Italie, comme pour rendre à la péninsule tous Les bienfaits que l'Europe et l'Allemagne en particulier en avaient reçu lors de la Renaissance. Les sommités italiennes ont ainsi reconnu ses services d'une manière éclatante en accompagnant son corps, avec l'ambassadeur allemand, au cimetière protestant, où plusieurs discours ont ete prononcés.

Broca, PauJ, a cessé de vivre! Il est mort le 9 juillet, frappé subitement en pleine poitrine et au milieu de son œSre à cinquante-sis ans. Quelle perte et que demi l Des . Tatre poiutsV Vhoriaon médical et scientifique, la voix de La S ommée en a retenti douloureusement pour pleurer et eïïètter un si grand malbeur. Pas un accent n'a fausse SZS» /e regrets, d'autant f^f™**™™ moire que son élévation toute récente au Sénat avait nxfi l'attention publique sur lui. rnnsidé-

L' œuvre de Broca est immense et d autant plus consul rable qu'elle se répand en des ebamps très variés , différents fpresque opposes. Anatomie , physiologie, chirurgie antoonolo" ie lui étaient également familières, e partout il s e t SSen imprimant un caractère origma ou en rêah- Zl u nrosrès une découverte à tout ce qu'il a touché. Sa

ment à toutes les nob les ^ses joi la la v i Comme le lutteur infatigable, comme

NÉCROLOGIE

il meurt d'un coup subit et imprévu; frappé debout en pleine poitrine, il succombe couvert d'une gloire dont nous n'avons entrevu que l'aurore et qui va tantôt s'épanouir en son plein jour; il meurt entouré de l'estime universelle et comblé des affections les plus dévouées et les plus tendres. Grande et puissante intelligence, âme rayonnante et sereine, cœur plein de noblesse, rare et admirable trinité, merveilleuse union de tout ce qui fait la vraie grandeur de l'être humain : tout cela nous est enlevé, arraché en un instant, et il ne nous reste plus que la majesté de l'exemple et la poignante douleur de nos regrets. »

Budd. William, l'illustre contagioniste anglais, a cessé de vivre, le 9 janvier, dans sa soixante-dixième année. Il était retiré depuis dix ans du théâtre de ses brillants travaux, à Bristol, où il occupait le premier rang de médecin consultant par son savoir et sa position de médecin de l'Infirmerie royale, et de professeur à l'École de cette ville. Sa mort n'excitera donc pas le retentissement universel qu'elle eût causé dans le monde médical lorsque parut, en 1873, son fameux ouvrage sur la fièvre typhoïde, sa nature et ses modes de propagation et de prévention, traduit depuis dans toutes les langues. La précision et la sûreté de ses observations sur la contagion de cette maladie, son assimilation ingénieuse de la lésion anatomique de l'intestin à l'éruption, au rash des autres fièvres contagieuses^ comme les pustules varioliques, en rendant la contagiosité des matières fécales presque perceptible, avaient donné à son nom une célébrité égale à ceux de Harvey et Sydenham, ses glorieux compatriotes, sinon ceux d'Hippocrate et de Galien. Aujourd'hui que tout ce bruit est passé, que ses démonstrations ont été contrôlées et critiquées et que, par l'extension qu'il en a fait au choléra et à d'autres maladies épidémiques, on a pu acquérir une plus juste mesure de la valeur de ses théories doctrinales, sa perte paraîtra moins grande, malgré les immenses services qu'il a rendus. À lui appartient l'honneur d'avoir démontré la contagiosité de la fièvre typhoïde, et, à ce seul titre, il mérite la reconnaissance éternelle de l'humanité tout entière !

Ajoutons que la France peut se glorifier de cet honneur, car c'est elle qui lui donna sa première instruction médicale.

NÉCROLOGIE

G'esl après quatre ans passés à Paris, au Collège de Franco et à la Faculté de médecine, qu'il alla à Edimbourg se faire recevoir docteur en 1838, pour aller ensuite exercer à Bristol.

Bumstead, Frceman , célèbre syphiliographe américain , est mort à New-York, le 28 novembre, à cinquante- quatre ans. Professeur au Collège des médecins et chirurgiens de cette ville depuis 1868, il fut obligé de donner sa démission pour cause de maladie en 1871 et entreprit dès lors un traitement par le changement de lieu, en ne cessant de parcourir les diverses contrées de l'Europe jusqu'en 1878. Rentré dans sa patrie, il était occupé à revoir les épreuves de son Traité des maladies vénériennes, lorsque la mort le saisit. C'est le digne monument d'une carrière honorable, dont la tombe s'élève au mont Auburn.

Ceely, Robert, le célèbre praticien anglais qui, après Jenner, s'est rendu le plus utile et le plus renommé sur la vaccine, a terminé sa longue carrière le dimanche 28 novembre, à quatre-vingt-trois ans! C'est de 1840 à 1842 qu'il publia ses plus importantes recherches sur la vaccine et la variole. En témoignage de ses profondes connaissances à ce sujet, la Commission de la vaccine animale réclama encore ses avis l'année dernière, comme la Commission de la peste bovine en 1865.

Quoique pratiquant en province, à Aylesbury, où il fonda un hôpital en 1833, — Buchs gênerai infirmary, — dont il fut le médecin depuis lors, Robert Ceely exerçait une autorité réelle sur les plus importantes décisions sanitaires de son pays, aussi bien que sur celles de la Société épidémiologique et de l'Association médicale britannique, dont il était l'un des membres les plus révérés. Sa mort a été un véritable deuil parmi la population qu'il avait entourée de ses soins, par le vide irréparable qu'elle laisse.

Chauffard, Denis, le père du célèbre professeur de ce nom» mort subitement l'année dernière et auquel il eut la douleur de survivre, s'est éteint à quatre-vingt-quatre ans, au mois de décembre. Premier médecin de la ville et de l'hôpital d'Avignon, où il avait conquis, par son savoir et son honorabilité, la distinction et le respect que donnent de longs

NÉCROLOGIE

services dans une ville de province, il meurt comblé de litres et d'honneurs. Membre correspondant de l'Académie de médecine depuis quarante-cinq ans, il en fut élu associé national en 1871. Le père et le fils se trouvaient ainsi réunis dans un rang distingué à cette haute assemblée d'où la mort les sépare à jamais.

Corrigan, Dominique, l'illustre auteur de la maladie de ce nom, a cessé de vivre le 1er février, en succombant à Dublin aux suites d'une hémorrhagie cérébrale. Le cerveau qui l'avait si bien servi toute sa vie l'a aussi fait mourir, à soixante-dix-huit ans! C'est un grand deuil pour l'Angleterre et surtout l'Irlande, dont il était l'une des gloires les plus pures, car, desimpie apprenti du docteur 0 'Kelly en 1820, il s'éleva graduellement, par son mérite, son travail et ses services, aux plus hautes distinctions qu'un pays peut conférer à ses enfants.

Sir Dominic, comme on le distinguait, après avoir été successivement médecin de divers hôpitaux, fut nommé professeur à l'Université royale de Dublin dès sa fondation, en 1841, et en devint chancelier ensuite. Élevé à la dignité de baronet en 1866 pour ses éminents services dans l'enseignement, il fut choisi par la reine comme son médecin. Son pays l'envoya plus tard au Parlement comme député, tandis qu'il représentait déjà sa profession au Conseil médical, où il ne cessa d'être, de 1858 jusqu'à sa mort, le plus ardent défenseur de tous les praticiens et des progrès de leur instruction. Tous ses confrères perdent ainsi l'un de leurs meilleurs amis.

Des nombreux et divers travaux qui sont la gloire de cette brillante carrière, on en distingue trois qui forment son œuvre capitale : c'est son mémoire sur les valvules aortiques qui le premier, dès 1832, établit sa réputation et transmettra son nom à la postérité; puis sa description de la cirrhose du poumon, qui, malgré les lumières de la pathologie actuelle, n'en conserve pas moins sa valeur ; enfin ses leçons sur les fièvres, dont le mérite principal est la distinction du typhus et de la fièvre typhoïde, qu'il eut la gloire, avec deux ou trois de ses compatriotes, de prévoir et de préparer. A tous ces titres, l'immortalité de Corrigan est assurée.

NECROLOGIE

Deipecb, Armand, que ses travaux sur la néorose phfiSpliivre, V action du sulfure de carlmnr et tant d'autres, ont classé parmi les hygiénistes distingués, est mort subitement dans une partie do chasse. Il dissimulait trop son âge pour qu'on le connût; on savait seulement qu'il était né en 1 818. 11 disparaît inopinément, comme Chauffard et liroca, ses condisciples, mais sans laisser comme eux les travaux d'un labeur scientifique incessant. C'était plutôt un homme de plaisir, comme Tardieu, à l'intelligence vive et rapide, à la parole claire et facile, aux manières distinguées et bienveillantes.

C'est à ces qualités qu'il dut une pratique très étendue dans la clientèle riche . Professeur agrégé de la Faculté de médecine et médecin de l'hôpital Necker, il fut élu successivement membre de l'Académie de médecine, du Conseil d'hygiène et du Conseil municipal. Il était commandeur de la Légion d'honneur. Tous ces titres disent assez qu'il jouissait de la faveur publique.

Fairbank, Thomas, le médecin de la famille royale d'Angleterre au château de Windsor et dont il était devenu l'ami par ses grandes qualités, a succombé subitement le 26 février, âgé seulement de trente-six ans! Ses patrons, sir J. Clark et sir J. Paget, l'avaient placé dans cette position élevée à vingt-trois ans, en raison do ses brillanles études. Une chute de cheval, faite il y a cinq ans, paraît avoir déterminé un anévrysme du cerveau, cause de sa mort. Tout Un avenir brillant, basé sur une intelligence hors ligne, est ainsi brisé par un petit accident!

Hancock, HennJ, l'un des chirurgiens anglais les plus justement considérés, traducteur de YAnatomic des régions de Velpeau, dont il fut un fidèle et glorieux modèle, a succombé à une affection héréditaire du pylore, le 4 janvier, à soixante et onze ans, dans sa propriété de Chute Standen, où il S'était retiré. Il Se distingua en oculistiqtie, sous la direction de Guthrie, et fut le précurseur de l'iridectomie dans le glaucome par la section des muscles ciliaires. En chirurgie, ses études furent particulièrement dirigées sur les maladies articulaires. Son nom reste ainsi attaché a plusieurs résections du pied, dont il eut la priorité. Ce fut

NÉCROLOGIE

lui qui inaugura la résection de Moreau et qui la modifia ensuite par son amputation du pied, en ménageant le calcanéum et la partie supérieure de l'astragale. Ses leçons sur le pied humain au Collège des chirurgiens sont restées célèbres. C'est en effet dans ce corps savant qu'il joua son principal rôle, en assistant régulièrement à tous ses travaux. L'honneur de la présidence lui en fut accordé en reconnaissance de ses services en 1872, et ce fut le signe de sa retraite. Aussi une adresse spéciale de regrets a-t-elle été votée à sa veuve par le Conseil.

Par son attachement, son amour de la science et du progrès et l'accomplissement rigoureux de ses devoirs de professeur, c'était le plus parfait teacher ou enseignant. Il manqua rarement une de ses leçons, et il mettait toute son hahileté à enseigner tout ce qu'il savait.

Hébra, Ferdinand, le célèbre dermatologiste autrichien^ dont la réputation est universelle dans le monde médical, a succombé le S août, à soixante-quatre ans. Élève de Skoda, il trouva de bonne heure dans ce grand maitre un guide sûr et un ferme appui pour fonder et diriger en Autriche la spécialité des affections de la peau, qui était encore à créer lors de sa réception au doctorat en 1841. L'hôpital Saint-Louis était à cette époque la seule école de dermatologie en Europe, et, de même que Bazin allait y opérer une révolution doctrinale par son enseignement, Kébra institua un nouvel enseignement de cette science à Vienne. Sa première leçon eut lieu en 1842, alors que le grand ouvrage de Erasmus Vilson venait de paraître en Angleterre.

Si éclatant fut ce début que le gouvernement érigea un établissement spécial des maladies de la peau qui lui fut confié. Par l'abondance et le choix des matériaux qu'il sut y réunir, une grande clinique fut ainsi fondée, dont le maitre, par la clarté et l'originalité de son enseignement, son observation s;igace et ses comparaisons ingénieuses, acquit rapidement une célébrité européenne. Sa nomenclature simplifiée, basée sur les lésions auatomiques locales, d'après les travaux de Rokitanski, obtint tant de succès par s,i contradiction avec celle de Bazin, .pie le crédit de l'École dermatologique de Vienne fil échec à celle de Saint-Louis.

NÉCROLOGIE

Les étudiants s'y rendirent en foule do toutes parts et surtout d'Amérique, ainsi que les malades. Son crédit fui universel, et par l'étendue et le mérite de ses travaux, notamment son Traité et son Atlas des maladies de la peau, il ne cessa de le justifier. Les services qu'il rendit à la science furent largement récompensés par les honneurs et les dignités, et il disparaît en laissant un fils et un gendre, le professeur Kaposi, pour continuer la renommée de son nom et de son œuvre.

Lockhart-Clarke, Auguste- Jacob , dont les travaux et les découvertes sur le système nerveux ont rendu le nom si illustre, a cessé- de vivre le 25 janvier, victime d'une phthisic héréditaire, à soixante-trois ans. Ses nombreux travaux, bien connus et publiés en anglais, en français, en allemand, n'ont pas à être énumérés ici. Élevé en France, il s'était initié de bonne heure aux recherches biologiques des physiologistes français. Membre et lauréat de la Société royale de Londres, comblé de titres et d'honneurs, il pouvait aspirer et prétendre à une grande richesse comme consultant; mais ses goûts de savant le retinrent presque exclusivement dans ses études de prédilection, préférant enrichir la science que lui-même. Rare exemple à imiter!

Neil, John, le célèbre chirurgien américain dont l'Université de Pensylvanie s'honorait tant par l'éclat de son enseignement et de ses services, a cessé de vivre le 11 février, vaincu par la maladie de Bright dont il souffrait depuis trois ans et qui l'avait rendu aveugle. Il avait successivement parcouru, depuis 1840, tous les degrés de l'enseignement, jusqu'à la chaire de clinique chirurgicale à Philadelphie. Chirurgien de divers hôpitaux, il organisa le service hospitalier pendant la guerre et fut placé à sa tête, où il déploya la plus grande activité. Son nom était le plus populaire, le plus connu et le plus estimé des chirurgiens de la Pensylvanie. Entre autres travaux qui le distinguent, il reste surtout attaché au Compendium de Neil et Smith, devenu classique dans l'enseignement.

Porter, Joshua-Uenry , médecin en chef de l'armée anglaise en Afghanistan, a succombé d'une pneumonie le

NÉCROLOGIE 397

9 janvier, dans le camp de Sherpur. D'origine irlandaise et admis comme aide-chirurgien en 1853 , il ne cessa de prendre part depuis avec honneur à toutes les campagnes de l'armée anglaise. En Crimée, comme dans l'Inde et dans la guerre franco-allemande, ses services lui valurent des distinctions. Il fut ainsi chargé du service médical de la colonne du général Browne en Afghanistan et succéda au chirurgien en chef, Tornsend, hlessé dans la passe de Shutargurdan lors de la reprise des hostilités.

De 1873 à 1878, le docteur Porter fut chargé du cours de chirurgie militaire à l'hôpital spécial de Netley C'est alors qu'il publia The surgeon pocket-book ou Manuel du chirurgien militaire, qui remporta le prix international londe par 1 impératrice Augusta pour le meilleur traitement des plaies de guerre. C'est une grande perte pour I armée anglaise, qu'il honorait et servait avec dévouement.

Rizzoli, le grand chirurgien italien, est mort à Bolo-ne a un âge avancé : il avait plus de soixante-dix ans. Atteint' d une pehose rhumatismale, il entreprit, malgré ses souflrances, le voyage de Rome au commencement de l'année pour al er voter, en sa qualité de sénateur, contre l'impôt impopulaire de la mouture. Il a clos sa carrière et couronna ses œuvres chirurgicales en créant un établissement

;S;d;e vrè*de m°s^, d0nt ies ^ B^ent à

2°° 000 francs. En mourant, il légua le surplus de sa fortune, évaluée a plusieurs millions, à l'entretien de cet établissement, qui restera comme un temple impérissable a la mémoire de son nom et de la science qu'il honora.

Seaton, Edward-Cator, le célèbre hygiéniste anglais, dont les travaux sur la vaccine en particulier ont illustré le non, a succombe à une hémorrhagic cérébrale le 21 janvier après plus de six mois de paralysie. Ancien élève de l'Ecolê de Pans, le docteur Seaton se distingua surtout au Congrès sanitaire international de Vienne en 1874 et «uccéda&en suite à John Simon dans les conseils du gouvtnement

Séguin, Edouard, médecin français, qui s'est illustré en Amérique par son traitement de l'idiotie, est mort à New"

NECROLOGIE

York le 28 octobre, âgé de soixante-huit ans. Il était né à Clamecy. Toute sa vie et ses études furent consacrées à l'éducation des idiots, dont il ouvrit le premier établissement en 1839. Vingt-cinq furent fondés sur ce modèle en divers pays. 11 alla aux Etats-Unis en 1848, pour y propager sa méthode, et tels furent ses succès que onze écoles d'idiots y prospèrent aujourd'hui. Son nom mérite d'être conservé par les bienfaits qu'il a rendus à ces infortunés.

Sharpey, William, le savant aiiatomo-physiologiste anglais, s'est doucement éteint dans son fauteuil, à huit heures du soir, le 11 avril, âgé de soixante-dix-huit ans. Soit comme professeur d'anatornie et de physiologie au collège de l'Université pendant quarante ans, soit comme secrétaire de la Société royale, il se montra toujours un savant de premier ordre par l'étendue de ses connaissances autant que par leur exactitude. Son exposition était claire et lucide, car il s'était profondément assimilé tout ce qu'il enseignait. Les connaissances anciennes lui étaient aussi familières que les nouvelles : Vésale et Haller lui étaient aussi connus que Cl. Bernard et Ludwig.

Il avait acquis ces vastes connaissances par son séjour prolongé en Europe, au début de sa carrière scientifique, de 1822 à 1831. A Pavie sous Panizza et à Berlin sous Rudolphi, comme à Heidelberg sous Tiedemann, à Paris et à Vienne, comme à Edimbourg, il ne cessait de travailler. Son premier travail sur le mouvement particulier des ciliaires, qui figure dans l'Encyclopédie de Todd, le posa en maître, et il obtint bientôt la médaille Baly, de la Société royale, pour ses recherches physiologiques. La traduction de la Physiologie de Muller et de YAnatomie de Quain et bien d'autres lui sont dues en partie, et tout ce qui sortait de sa plume avait ce cachet de précision et d'exactitude qui distingue ses œuvres. Mais il savait trop pour écrire beaucoup, car plus d'un mémoire a vu le jour par l'ignorance même des auteurs de ce qui avait été fait avant eux. Il ne cessa ainsi de s'élever en honneurs et en dignités par les plus grands services publics rendus dans l'enseignement jusqu'en 1874, où il se retira, avec une pension de l'Etat.

Taylor, Alfrecl-Swainc, le toxicologiste anglais dont la réputation était devenue universelle, a succombé à une af-

NEPHRECT0M1E

fection cardiaque, le 27 mai, âgé de soixante-quatorze ans. Elève d'Astley Cooper à l'hôpital Guy, il y revint après avoir étudié en Franco, en Allemagne, en Italie, pour fonder la chaire de jurisprudence médicale où il s'illustra. Ses traités des poisons, de jurisprudence médicale, et de chimie attestent ses vastes connaissances spéciales et justifient sa célébrité.

NÉPHRECTOMBE. C'est le nouveau nom donné par le professeur Czerny, d'Heidelherg, à l'extirpation du rein; celui de néphrotomie étant réservé à l'incision simple. L'histoire statistique de cette opération, depuis que le professeur Simon l'a pratiquée le premier en Europe en 1869, après ses expériences sur les animaux, a été faite par M. A. Barker, à l'occasion d'un nouveau cas opéré par lui, le 2 décembre 1879, chez une fille de vingt et un ans, pour un rein mobile, soupçonné d'encéphaloïde par les violentes douleurs et l'hématurie abondante et continue qu'il provoquait. La laparotomie fut exécutée antiseptiquement, comme pour l'ovariotomie. Le côlon ascendant mit quelques empêchements à l'excision, à cause du ramollissement de la tumeur. L'uretère fut lié séparément, et une double ligature avec des fils de soie fut faite au pédicule avant sa résection. L'excision fut presque exsangue. Néanmoins l'opérée fut prise d'un accès de dyspnée et de faiblesse vingt-quatre heures après, et la mort, survenue soudainement, fut attribuée à une thrombose, que l'autopsie confirma. Un gros caillot ferme et à peine coloré fut rencontré dans le ventricule droit et l'artère pulmonaire.

Les 28 cas de néphrectomie collectés par l'auteur montrent que deux chirurgiens américains avaient pratiqué l'excision du rein avant Simon, de Heidelberg. Un tableau de ces faits, avec le nom de l'opérateur, le sexe et l'âge de l'opéré, la date et le siège de l'opération, ainsi que tous les renseignements principaux, démontre sa parfaite innocuité sur l'économie. Dans aucun cas, il n'en résulta de trouble profond, et dans deux cas de traumatisme, notamment où Je rein faisait saillie par la plaie, il fut excisé sans aucun trouble.

Six fois le diagnostic fut erroné, et. dans deux cas de néoplasme, la difficulté d'isoler l'organe ne permit pas d'en

ion

NÉl'HRBCTOMIE

achever l'excision. Lus causes des 20 autres cas se divisenl ainsi avec leurs résultats :

Fistules de l'uretère

Douleurs rénales aiguës....

Pyélite calculeuse

Blessures du rein

Rein mobile et douloureux. .

Néoplasmes

Pyouéplirose '.

Total

2, avec guérison.

2, une guérison et un dé<-èj.

2, suivie de mort.

3, un seul décès.

6, 4 guérisoos, 2 moits.

4, 3 guérisons, 1 morl.

1, guérison.

20, 13 guérisoûs, 7 morts.

Des 8 cas précédents, 7 ayant été mortels, les décès équivalent donc aux guérisons sur le total. La cause de la mort ne put être fixée dans plusieurs cas; mais, dans deux, le shock la détermina dix heures après; dans quatre laparotomies, la péritonite s'ensuivit, et la pyémie dans un septième. Elle ne survint que plusieurs jours après l'opération dans les autres.

La guérison fut complète dans les autres cas, si ce n'est la récidive possible dans les deux cas de néoplasme. L'incision avait été faite 9 fois dans l'hypocondre et i fois dans l'abdomen, tandis que, dans 9 cas de mort, elle avait été a l'ois lombaire et 4 fois ventrale.

D'où la conclusion que la néphrectomic semble devoir être une opération utile à l'avenir, quand on aura mieux appris à distinguer les cas où elle convient spécialement. Et quant au procédé à suivre, il résulte des faits précédents et d'expériences sur le cadavre, que l'incision lombaire est surtout applicable aux cas de traumatisme du rein ou d'inflammation périnéphrique ancienne ou récente, dans la pyo ou hydro-néphrose et les petites tumeurs fixes de cet organe. La laparotomie doit ainsi être réservée aux reins douloureux ou mobiles, surtout accompagnés de néoplasmes ou de kystes. La difficulté d'exciser les ganglions lymphatiques dans les cas de néoplasmes doit aussi y faire recourir de préférence, comme facilitant la ligature du pédicule. {Royal med. and chir. Soc, 9 mars.)

Ce mémoire, étant le premier à être soumis à la Société sur ce sujet, a donné lieu à une longue discussion, où plusieurs chirurgiens ont relaté des cas à l'appui des conclusions précédentes. Un enfant a été ainsi présenté par

NÉPHRECT0M1E ilH

.M. Knowsley Thornton, ayant subi l'excision d'une tumeur kystique remontant à cinq ans. La difficulté rencontrée dans l'incision lombaire montre que la laparotomie est préférable dans ces cas. L'excision du rein gauche, pratiquée aussi avec succès par M. Cl. Lucas, à l'hôpital Guy, sur un homme de trente-six ans, lui semble aussi justifier cette opération. (Lancet, février.) Une tumeur volumineuse ne peut être enlevée par l'incision lombaire sans danger d'hémorrhagie consécutive ou d'embolie des vaisseaux divisés. M. Spencer Wells a vu le professeur Simon exciser le rein avec succès pour une fistule urétérale consécutive à une ovariotomie. Mais M. Holmes voit une contre-indication formelle de la néphrectomie dans le cas de cancer, à cause de sa dissémination inévitable.

Deux observations en sont, aussi relatées par M. Czerny, la première chez un marchand de vin de cinquante ans, portant une tumeur volumineuse au-dessous des fausses côtes gauches et occupant la moitié de l'abdomen. Son siè°-e dans le rein fut démontré par l'injection d'une grande quantité d'eau dans le côlon. Le malade ayant réclamé l'opération, une incision lombaire mit la tumeur à nu. Elle était si molle qu'elle se rompit aux tentatives de soulèvement. Une abondante hémorrhagie eut lieu, et, malgré les ligatures et la pression de l'aorte, la mort survint dix heures après.

Le second cas était une femme de trente- deux ans qui souffrait en urinant depuis quatre ans. Un abcès se montra entre la onzième côte du côté droit; il fut ouvert. L'écoulement du pus rendit aussitôt l'urine claire; mais ce fut le contraire dès que le pus cessa de couler. Le 22 mai, la fistule fut ouverte parallèlement à la côte, et, pour y introduire la main, neuf centimètres eii furent réséqués à deux reprises, en conservant le périoste. Le rein malade, entouré d'un caillot de sang ancien, avait trois fois son volume normal. La partie supérieure en fut excisée et donna issue à une grande quantité de pus. Une ligature placée sur le bile permit l'incision complète de l'organe, et la plaie fut pansée et fermée antiseptiquement. Il n'y eut pas de fièvre, et, le li- juin, les ligatures tombèrent. Il n'existait plus qu'une fistulette le li septembre, au départ de l'opérée. {Central!), fur chir.)

NÉPHRBCTOMIE

Deux voies différentes sont, ainsi ouvertes à celle opération, et, si La seconde méthode est moins grave que la première, elles ne peuvent être employées indifféremment. Suivant l'auteur, la laparotomie doit être préférée si l'organe est mobile; au contraire, si le rein est fixe et peu volumineux, l'incision intracostalc est préférable. Le succès a ainsi couronné celle-ci, malgré une résection laborieuse. La guérison obtenue par le professeur Martin avec la laparotomie et l'excision faite par Zweifel montrent que cette méthode peut être également couronnée de succès.

Un succès remarquable en a été aussi obtenu par le docteur Savage, à l'bôpital de Birmingham, chez une femme de quarante-six ans, chargée d'embonpoint et mère de cinq enfants. Elle portait dans la région ombilico-lombaire droite une tumeur du volume d'une tête de fœtus, mobile, élastique, indolore et fluctuante comme un kyste, paraissant adhérer au rein droit, car la pression de cet organe en arrière la faisait saillir en avant. Urine normale, sans pus ni sang. Coliques rénales remontant à trois ou quatre ans. On diagnostiqua une hydronépbrose, et, la tumeur augmentant, une incision exploratrice l'ut pratiquée le 16 janvier. Commencée à 2 pouces au-dessus de l'ombilic, elle s'étendit à 2 pouces au-dessous et montra un kyste recouvert en partie du côlon transverse. Un liquide clair, aqueux et mêlé de sang s'en écoula par la ponction. Le pédicule était gros comme le poignet, et, dans l'impossibilité de lier cette masse ni les vaisseaux à une telle profondeur, on se borna à s'assurer que les uretères ne contenaient aucun calcul et à éponger l'intérieur du kyste avec une solution phéniquée. Les parois en étaient constituées en partie par les calices et les bassinets et de l'autre par la capsule. Elles furent réunies dans un clamp au milieu du kyste vidé, et un quart de la partie la plus externe en fut simplement réséquée. Du percblorure de fer fut appliqué sur la plaie, recouverte d'un linge phéniqué pour tout pansement. Du liquide urineux s'échappa du moignon le quatrième jour, et l'on crut à la formation d'une fistule urinaire persistante, mais cet écoulement cessa bientôt. Le clamp fut enlevé le vingt-troisième jour, et l'opérée sortait guérie le I°r mars. (Lancet, 17 avril, n° XV.)

La même opération a été exécutée le 2 janvier avec suc-

NliPimECTOMlE

cès chez une fille de sept ans, atteinte d'hydronéphrose du rein gauche. Admise à l'hôpital de la Samaritaine le 21 octobre, elle fut d'abord soumise a une ponction, le 4 novembre, qui donna six pintes et demie d'un liquide brunâtre, acide et urineux. Et, dès le lendemain, l'enfant, qui n'urinait depuis longtemps qu'une fois par jour et en très faible quantité, rendit immédiatement trois pintes d'une urine claire et deux le surlendemain. La quantité diminua ensuite graduellement, et, tout en se maintenant à 20 ounces par jour d'une urine claire, sans albumine, le kyste se remplit de nouveau et avait repris son volume primitif, le 15 décembre. M. Thornton pratiqua la néphrectomie, le 2 janvier, par une incision de 3 pouces 1/2, et l'opération dura une heure et demie. Aucune complication ne survint ensuite, et, vingt-trois jours après, l'opérée était envoyée en convalescence à Brighton, après sa présentation à la med. chirurg. Society.

De l'observation de ce fait, il résulte manifestement que la présence du kyste exerce une irritation sympathique sur le rein congénère. La congestion active qui s'y manifesta après l'excision du kyste, rendue évidente par une urine rare et sanguinolente, est attribuée par le docteur Thornton à l'action irritante du nuage phéniqué pendant l'opération, d'après la même observation faite dans plusieurs cas après l'ovariotomie. (Idem, n° XXIII.)

Le rein gauche, tuberculeux et donnant une suppuration abondante depuis longtemps, chez une fille de seize ans, a aussi été excisé, le 17 juillet dernier, à l'hôpital de Cbaring- Cross, par M. Barwell. L'ouverture existant en arrière fut agrandie, et un rein pesant six ounces trois quarts fut extirpé. Malgré l'état de faiblesse de l'opérée, produite par une longue suppuration, la guérison était certaine huit jours après. (Lancet, 24 juillet.)

Un autre exemple en est rapporté par le docteur H. Byford, de Chicago, sur une Allemande de trente-neuf ans, entrée à l'hôpital le 27 février 1878. Mère de six enfants, dont le dernier a dix-huit mois, elle ne s'est pas rétablie depuis son accouchement. Très émaciée, avec peau sèche, pouls accéléré, langue chargée, teint jaune, bouffissure de la face et des extrémités, elle a le ventre volumineux, de ii1 pouces de diamètre et iluctuant partout. Urines rares et

il)'!

NÉPHREOTOMI

très colorées sans albumine ni pus. r,„. gr06Se luilieur «régulière, ressemblant à un fœtus, est découverte du côté droit, attendant au delà de la ligne médiane et mobile de gauche à droite seulement et non de baut en bas. L'utérus étant libre, ainsi que le foie et la rate, il ne pouvait s'agir que d'une grossesse extra-utérine ou d'une tumeur du rein car sa base n'était pas dans le bassin, et l'utérus était situé normalement.

Le 14 mars, un petit trocart fut plongé dans la tumeur, et une pinte de sérum épais, jaunâtre, en sortit. Une incision fut faite au même siège, de 1 pouce 1/2 do long, qui donna issue à 16 ou 18 pounds ou livres de sérum. La tumeur rendue accessible était attachée, dans la moitié droite postérieure de l'abdomen, par une adhérence large et épaisse, divisée en deux; de là sa mobilité. Sa surface était nodulaire, incompressible et sans fluctuation. Sa forme ovale indiquait le rein, qui fut attiré en agrandissant l'incision, Il était recouvert de deux larges feuillets du péritoine réunis par du tissu connectif. Ils furent divisés entre deux ligatures et la tumeur mise à nu; des éponges phéniquées ayant absorbé le sérum, le pédicule put être fixé par des ligatures et la tumeur excisée. Elle pesait 4 livres 1/2, et l'examen microscopique montra une dégénérescence encépbaloïde du rein droit.

Malgré quelques accidents consécutifs et la formation d'un foyer purulent à la partie inférieure de la plaie, ayant nécessité de nouveau le drainage de la paroi abdominale, l'opérée quitta l'hôpital le 26 avril. Elle continua à se porter si bien depuis, que, le 1" juillet 1880, elle était notablement engraissée et n'éprouvait rien d'anormal dans le ventre. {Amer, gynec. Soc, septembre, et Bostoji med. and surg. journ., n° 13.)

La néphrectomie lombaire a été pratiquée pour la première fois en France pour une fistule urétérale du côté droit, sur un homme ayant reçu un coup de tranchet dans la région -rénale. Une fistule urineuse lombaire en résulta, dont le diagnostic précis fut établi séparément dans l'urine excrétée par l'urèthre et par la fistule, en administrant le salicylate de soude, qui se retrouvait dans l'une et dans l'autre, sur la réaction de l'iodure de potassium injecté dans l'urèthre et le nitrate de plomb déposé sur la plaie.

NÉPHRITES 405

Ces réactions, on montrant que l'urine venait directement du rein et non de la vessie, assuraient le diagnostic et l'opportunité de l'opération.

Des accidents de péritonite localisée s'ensuivirent bientôt, et enfin de la suppuration profonde, par la formation d'un abcès au siège même de la fistule, près du rein. Une fièvre hectique menaçant le malade d'une mort inévitable et prochaine, M. Le Fort, encouragé par les succès obtenus en Allemagne en pareil cas, tenta de le sauver par la résection du rein. L'altération profonde des tissus environnants ne laissait que peu de chances de succès et rendit l'opération extrêmement laborieuse. En réséquant une large portion de la douzième côte, à l'exemple de Bruns et Czerny il rencontra des adhérences et des indurations du tissu cellulaire, qui lui suggérèrent l'heureuse idée de procéder à la decortication du rein, pour triompher de ces complications Innovation heureuse qui pourra être suivie plus tard, quand Je rein se rencontrera placé dans une atmosphère celluleuse d'inflammation suppurée. Mais tous ces soins furent inutiles; des vomissements incessants survinrent aussitôt après 1 opération, et l'opéré succomba cinquante heures ensuite.

Cet insuccès n'est donc pas une contre-indication à répéter cette opération, mais un enseignement pour la pratiquer plus tôt, dès que le diagnostic est bien établi. Il serait regrettable que les chirurgiens français reculassent devant une opération qui a donné plusieurs succès en Allemagne a dit M. L. Labbé. (Acad. de méd., 3 novembre.)

NÉPHRITES. Sur 2430 cas de néphrites constatés anatomiquement à l'amphithéâtre de l'hospice général de Vienne pendant les douze dernières années, le professeur Bamberger ne les distingue même pas en interstitielles et parenchymateuses; au point de vue pratique, elles diffèrent surtout, dit-il, par leurs transformations et leur forme mixte, et il les divise simplement en primitives et secon-

am*a l T™ S°nt l0S pklS noral^uses ^ s'élevaient à 1623, dont 299 cas aigus, 805 chroniques et 3b7 atrophiées. 381 coïncidaient avec la tuberculose et la scroful - 222 avec les altérations valvulaires du cœur, 152 avec la grossesse et la puerpéralité, etc.

406 Mil' H RITES

Des 807 cas primitifs, 67 étaient aigus, 357 chroniques et 383 atrophiques. Cette division simple suffit à montrer la différence proportionnelle qui existe dans ces diverses formes, sans qu'elles soient plus fréquentes chez l'homme que chez la femme. (Volkmann Sammlung Min. Vortrâgc, 1879.)

Troubles intellectuels. Il se manifeste parfois, dans le cours de la néphrite chronique, des accidents maniaques, délirants, qui, selon le début et les symptômes concomitants, peuvent être rapportés à l'intoxication urémique par rétention dans le sang des produits de dénutrition, mais qui, dans d'autres cas et par les lésions constatées à l'autopsie, paraissent entretenus, au moins secondairement, par des altérations locales du cerveau coïncidant avec celles du rein. Ce signe est donc toujours très grave et dangereux, car, des 10 observations collectées par M. W. Berger sur ce sujet, la mort en a toujours été la conséquence, sauf une exception.

Le professeur Hagen paraît avoir communiqué les premiers faits de ce genre à la Société médicale d'Erlangen en 1870. Il cite ainsi une femme de quarante-six ans qui, s'étant refroidie à la suite de contrariétés , fut prise d'un délire aigu terminé par la mort.

L'autopsie montra des reins contractés, atrophies et parsemés de dilatations kystiques. Un homme atteint de o-angrène pulmonaire et mort avec des phénomènes de mélancolie agitée, présenta également de l'hydronéphrose du rein droit et de l'atrophie granuleuse du gauche. Enfin un garçon de vingt-neuf ans, atteint d'une nécrose ancienne du bras, étant devenu album inurique, présenta des signes de mélancolie active et succomba avec des phénomènes accusés d'urémie, des reins brightiques et une rate graisseuse. Mais l'exaltation religieuse antérieure de ce garçon atténue d'autant l'action directe de la néphrite.

A ce point de vue exclusif, le cas d'un ivrogne de soixantetreize ans, mort d'urémie à forme mentale et qui ne fut trouvé porteur que d'un rein à l'autopsie, n'est donc pas plus concluant que les précédents.

Celui du docteur Jolly, publié en 1873 dans la Berline, Min. Wochenschr., est encore moins probant. Il s agit a une fille de dix-neuf ans qui, après un refroidissement, est prise

NÉPHRITES

de céphalalgie, puis d'idées de mort. Elle tombe dans la stupeur et refuse de manger. En quelques jours, l'urine contient des quantités considérables d'albumine.

Dans son indifférence stupide , on est alors obligé de nourrir la malade avec la sonde œsophagienne. Il y a rétention d'urine et le cathètérisme est nécessaire. Néanmoins l'albumine diminue trois semaines après, quoique les troubles mentaux persistent avec hallucinations. Une amélioration lente a lieu, et tout rentre dans l'ordre.

Un sixième cas, observé par le docteur Scholz, de Brème, et publié dans le même journal en 1876, concerne un homme de quarante-trois ans, entré à l'hôpital pour une maladie de Rright, avec anasarque et urine albumineuse peu abondante. Hypertrophie du ventricule gauche, avec souffle sj'stolique etrétinite albuminurique prononcée. Tous ces symptômes augmentaient, lorsqu'une attaque de manie aiguë éclate le huitième jour, avec exaltation bruyante et hallucinations. La dépression s'ensuit, avec persistance des hallucinations, délire de persécution. Mort dans le coma, le trente-quatrième jour, sans manifestations urémiques ; mais les deux reins, contractés, et granuleux à l'autopsie, y font rapporter exclusivement les troubles intellectuels, tandis que l'hyperémie et l'épaississemcnt de la dure-mère, avec exsudât gélatineux récent étendu à la convexité des hémisphères, restent inexpliqués, lors que l'hypertrophie du ventricule gauche et l'insuffisance de la valvule mitrale sont rapportées à la maladie des reins. La complexité des symptômes ne permet donc pas encore d'être aussi affirmatif.

Trois faits analogues de manie brightique , urémique sont rapportés dans le Journal of mental sciences, en 1874, par le docteur Samuel Wilks, dont voici le résumé :

Employé de chemin de fer, manifestement atteint de néphrite interstitielle chronique, pris d'une manie violente pendant deux jours. Jeune femme, atteinte depuis longtemps d'une affection brightique, prise d'attaques épileptiformes et de manie aiguë qui oblige de la séquestrer. Léthargie ensuite, puis guérison. Une femme albuminurique, sur le retour, est prise subitement de furie et d'aliénation durant plusieurs semaines. Les reins sont trouvés atrophiés à l'autopsie.

Le docteur Savage a publié au- mois de juillet dernier,

NÉPHRITES

dans le infime journal, le cas d'une institutrice de trente-cinq ans qui avait reçu précédemment un coup violent sur le côté droit de la tfite. Après une excitation cérébrale morbide, elle tombe dans la stupeur. En août 1879, elle parle d'une manière incohérente avec hallucinations de la vue et de l'ouïe et crises cataleptiques. Douleurs dans la tête et les yeux surtout à droite. L'ophthalmoscope révèle de la névrite optique, surtout à droite. Vomissements, céphalée progressive, avec diminution proportionnelle des troubles psychiques. Urine abondante et très alburnineuse.

En 1880, les troubles et les lésions optiques augmentent; il y a des battements de cœur énergiques avec pouls tendu, et, dès le 10 février, le coma se manifeste, avec déglutition impossible. Cet état se prolonge pendant deux mois, sans que la malade reprenne connaissance, et la mort survient dans les convulsions, le 10 avril, la tfite entraînée à droite.

L'autopsie montre une adhérence légère de la pie-mère ; pâleur de la surface cérébrale , circonvolutions aplaties, hydropisie séreuse des ventricules latéraux, pas de tumeurs ni d'hémorrhagies autres que deux petites extravasations sanguines sur le pont de Varole. Artères de la hase athéromateuses. Cœur gros, ventricule gauche hypertrophié, reins petits, capsule adhérente, surface granuleuse, avec écorce contractée. On ne peut donc voir là qu'une affection cérébrale idiopathique.

Beaucoup plus probant est le fait observé par le docteur Hasland, sur un garçon de dix-neuf ans, entré à l'hôpital de Copenhague, Je 6 septembre 1874, avec tous les signes d'une néphrite chronique : œdème, vomissements, douleurs lombaires, urines albumineuses et cylindres. Le régime lacté améliore cet état d'abord, lorsqu'une recrudescence grave survient à la fin d'octobre, avec céphalalgie, ascite, somnolence, puis convulsion. Accès subit de délire et d'angoisse, avec hallucinations. Cet état se prolonge jusqu'au 15 mars, avec de fréquents accès de manie furieuse, l'œdème et l'ascite persistant.

Le calme revient cependant, et le malade sort avec de l'œdème et un peu d'affaiblissement de la mémoire. Néanmoins, après des alternatives de mieux et de pire, une nouvelle crise d'urémie survient et le malade succombe dans le collapsu<s sans convulsions ni délire.

NÉPHRITES

Au lieu du délire passager de l'urémie, c'était donc encore ici une véritable manie aiguë prolongée, ayant pour caractère une voracité et une saleté extrêmes. Si l'œdème du cerveau, produit par l'urémie, suivant la théorie de Traube, peut l'expliquer, comment les accidents de cet ordre sontils si rares? L'attention doit donc être fixée pour élucider ces deux points contradictoires. (Se/™. Jahrb. et Archiv. de méd., décembre.) Voy. Grossesse.

Néphrite interstitielle. Hypertrophie cardiaque consécutive. Le cœur rénal existe beaucoup plus souvent qu'on ne le suppose, suivant MM. Debove et Letulle, parce que les troubles et les lésions du cœur attirent beaucoup plus l'attention des malades et des médecins que ceux du rein, surtout au début. La période primitive ou rénale passe souvent inaperçue, tandis qu'à la période suivante ou cardiaque les altérations du cœur dominent tellement la scène morbide que l'on néglige celles du rein; d'autant plus que les phénomènes, les accidents produits se confondent ensemble et sont facilement rapportés au cœur, aux affections valvulaires surtout et mitrales en particulier. De là bien des méprises et la rareté prétendue de la néphrite interstitielle, dont on en confond les caractères ultimes avec ceux de la néphrite parenchymateuse, comme la diminution de la quantité des urines, des œdèmes considérables, une albuminurie intense. Les symptômes du début, au contraire, sont la polyurie, une albuminurie légère, des œdèmes passagers et peu prononcés. C'est alors que se prépare l'hypertrophie cardiaque par la néoformation conjonctive des vaisseaux, si bien étudiée et décrite par Gull et Sutton, et qui, en se propageant, atteint jusqu'au cœur, en commençant par le ventricule gauche et en s'étendant ensuite aux parois des autres cavités.

Cette hyperplasie conjonctive latente serait donc la cause de l'hypertrophie musculaire, toujours plus prononcée à gauche qu'à droite, où elle peut même manquer si le malade succombe de bonne heure à l'urémie. Autrement, les symptômes observés sont des palpitations fréquentes, 'pénibles, paroxystiques, constituant, d'après M. Lecorché,' une véritable souffrance pour les malades, surtout la nuit; des irrégularités et dos intermittences du cœur, se traduisant par

Page 1