AMPUTATIONS
centré dilué au douzième. Il arrêterait [même la diarrhée produite par le lait naturel non digéré. Mai« l'incertitude de sa provenance et de sa composition doit toujours faire préférer le lait [naturel pris à une source certaine. (Journ. de rnéd. et chir. prat., mai.)
AMPUTATIONS. Amputation de l'épaule. Hémostase. Un aide compétent étant toujours indispensable dans ce cas pour prévenir l'hémorrhagie, le docteur E. Moore, de Preston, y supplée par un large bandage de calicot jeté préalablement autour de l'articulation scapulo-bumérale et enveloppant le thorax et la partie supérieure de l'épaule. L'anneau d'Esmarch, ou une bande de caoutchouc, ou un tourniquet, étant appliqué sur ce bandage, établit une compression si efficace et uniforme, sur l'artère axillaire notamment, que dans deux cas d'amputation opérés ainsi il n'y a eu aucune hémorrhagie. Il suffit que le bandage soit retenu par un aide du côté opposé du thorax pour éviter qu'il ne glisse et donner le temps de poser les ligatures. {Laneet, 29 novembre 1879.)
Amputation du col de l'utérus. Mauvais effets du thermocautère. Il s'agissait d'une femme de trente-un ans, mariée, n'ayant jamais eu d'enfant et qui était venue consulter le docteur Eustache au sujet de sa stérilité. Examinée au spéculum, elle présente un allongement hypertrophique considérable du col en battant de cloche, proéminant dans le vagin. L'excision de la portion exubérante par le thermo-cautère fut pratiquée; mais ce mode opératoire présenta, par la fumée s'en dégageant dans la cavité vaginale, de telles difficultés que l'opération dut être suspendue et reprise sept fois de suite ; elle dura une heure. Cependant aucun accident ne survint, les menstrues devinrent plus faciles, et la malade a guéri. Mais les inconvénients sont si graves qu'ils paraissent à l'auteur contre-indiquer l'usage de cet instrument en pareil cas , bien que le bistouri en ait parfois de plus redoutables. {Bull, de thêrap., 15 juin.)
L'inconvénient de la fumée est facile à prévoir, dit M. Trélat. Aussi préfère-t-il, en pareil cas, l'anse galvano-caustique. 11 la trouve d'un excellent usage, à la condition de faire coucher la femme sur le côté et de se servir du gros spé-
•eulum américain, qui donne un très grand jour. On comprend donc qu'il ne soit pas toujours applicable, chez les nullipares notamment.
A cette anse galvano-caustique, M. Le Dentu ajoute l'emploi d'aiguilles à manches, permettant d'accrocher le col où bon semble et de glisser ainsi la chaîne sans crainte sur le point voulu, sans danger qu'elle le dépasse. La seule contre-indication serait parfois dans une trop grande mollesse des tissus.
D'un commun accord, cette anse est bien préférable à celle de l'écraseur ordinaire, dont la chaîne tend toujours à glisser au delà du point que l'on veut atteindre. Elle peut même léser le péritoine, selon M. Sée. Mais il préfère encore l'usage du bistouri, qui n'expose la femme ni aux rétrécissements cicatriciels, ni à l'oblitération du conduit vaginal. Mais Fhémorrhagie est toujours à craindre, comme M. Le Dentu en cite un cas qui donna de vives inquiétudes. (Idem, mars.)
Le thermo-cautère n'a donc que des applications très restreintes dans la cbirurgie utérine. MM. Lucas-Championtiière et Marc Sée l'ont seuls défendu et appliqué. L'anse galvano-caustique semble plus sûre que l'écraseur et le bistouri, mais elle n'est pas toujours applicable par l'étroitesse même du vagin. (Soc. de chir., 22 mars.)
ANEMIE. Etiologic parasitaire. En poursuivant ses études à ce sujet, sur les ouvriers occupés au tunnel du Saint- Gothard, M. Perroncito, qui avait déjà signalé la présence de l'anchylostomc dans l'intestin des anémiques (voy. Année 1879), en a confirmé l'existence par de nouvelles observations, plus nombreuses et plus précises. Elles m'aulorisent à déclarer, dit-il, que l'anémie de ces ouvriers, pris d'une lente déperdition des forces, est sous la dépendance de trois espèces différentes d'helminthes : le Doehmius duodenalis de Dubini, YAnguillula stercoralis &tYAnguillula in testinalis de Bavay. Chez certains individus, les anchylostomes existent seuls ou en grande majorité ; chez d'autres au contraire, ce sont les anguillules qui prédominent ou se rencontrent exclusivement, bien qu'il ne soit pas toujours possible d'établir nettement le diagnostic différentiel entre ces deux variétés d'infection.
Mes assertions reposent essentiellement sur ces faits, à savoir : 1° que certains sujets éliminent principalement des œufs qui offrent tous les caractères de ceux des anchylostomes et qui, après incubation, donnent naissance à des larves appartenant à cette espèce ; 2° que, chez d'autres malades, les déjections contiennent un plus ou moins grand nombre d'œufs présentant les caractères anatomiques et l'éclosion très irrégulière des œufs d'anebylostomes, mais produisant des larves très nettement distinctes des premières par leurs caractères et par leurs mœurs, et que je déclare appartenir à l'espèce Anguillula intestinalis de Bavay. En outre, chez les sujets spécialement porteurs d'an- °-uillules, j'ai fréquemment trouvé, dans les fèces récemment évacuées, parmi un nombre plus ou moins considérable d'œufs, des larves assez abondantes, s'agitant en tous sens et présentant tous les caractères anatomiques de Y Anguillula stercoralis de Bavay.
J'ai tenté l'éducation des larves de ces trois espèces dans des conditions particulières, et j'ai pu observer ainsi les diverses phases de leur vie à l'état libre. Il résulte de ces recherches que l'embryon du Dochmius duodenalis devient larve adulte sans subir aucune mue, mais en présentant une transformation remarquable du pharynx. De plus, et c'est là sans doute un fait d'une très grande valeur, la dernière phase du développement des larves à l'état de liberté est caractérisée par Yencapsulement, c'est-à-dire la formation * d'une sorte de capsule chitinoïde transparente, sécrétée par le tégument et enveloppant la larve d'une manière plus ou moins étroite. Cette capsule s'imprègne de sels calcaires et devient généralement rigide. Cette phase marque évidemment le degré ultime du développement de la larve en dehors du corps humain; elle paraît correspondre à la phase d'enkystement des vers à transmigrations et, comme dans ce dernier cas, la larve doit infailliblement mourir si elle n'est introduite dans l'organisme de l'hôte qui lui convient. J'ai constaté en outre que ces larves peuvent, après leur encapsulement, résister à la dessiccation pendant vingtquatre heures au moins ; cette résistance démontre qu elles sont susceptibles d'être transportées à distance par le vent, en vertu de leur ténuité, avec les poussières en suspension dans l'air, et d'infecter ainsi des localités jusqu'alors saines.
Enfin, ces larves encapsulées vivent très activement dans les eaux, et l'on conçoit facilement qu'elles puissent ainsi produire l'infection, même à des distances considérables s'il s'agit d'eaux courantes.
Les larves de VAnguillula intestinalis s'entourent également d'une capsule, quoique celle-ci soit très difficile à percevoir, mais leur mode de vie est assez différent de celui des larves d'anchylostomes. Tandis que ces dernières, en effet, avant leur encapsulement, ne peuvent pas vivre dans les substances liquides, celles de l'anguillule, au contraire, meurent en debors de l'eau. La "mort s'e révèle comme dans les larves de l'anchylostome, par une dégénérescence granulo-graisseuse des' tissus, donnant assez°bien l'apparence de la mue que certains auteurs ont supposée ou décrite précisément pour celles-ci. Quant aux larves de VAnguillula intestinalis, elles sont émises, avec les fèces à différents degrés de développement, parfois encapsulées.'
J'ai soumis les Lrois espèces de larves à l'action d'une température graduelle, au moyen de la table de Scbultze et j'ai pu constater, dans de nombreux essais, qu'elles meurent constamment à 50° C, et dans un laps de temps qui ne dépasse jamais cinq minutes. J'ai également expérimenté, sur les larves du Dochmius duodenalis et de VAnguillula intestinalis, l'action de différentes substances médicamenteuses. Ces différentes recberebes conduisent à entrevoir la possibilité d'établir la propbylaxie et même le traitement curatif de cette grave maladie.
En résumé, il est constant que tous les individus revenus du tunnel du Saint-Gotbard — et ils sont déjà nombreux — sous le coup de l'anémie ou oligoémie pernicieuse, sont porteurs d'un nombre tellement considérable d'anchylostomes et d'anguillules , que la présence seule de ces vers suffit à expliquer le développement de l'anémie. J'ajouterai gue 1 apparition de cette anémie pernicieuse, dans les condi tions dont il s'agit, n'est pas un fait isolé. Le docteur Giac cone, actuellement médecin de la compagnie du Saint- Gothard, affirme qu'une maladie identique s'était déi;. développée pendant le percement du tunnel de Fréjus
H s'agit donc d'une question qu'on peut à bon droit qualifier d internationale et qui mérite la plus sérieuse attention. (Acad. des sciences.)
GARNIER. xyii 3
' Ces parasites, de dimension assez notable, puisqu'ils ont plusieurs millimètres de longueur, s'attachent aux parois de l'intestin, déterminent par leurs morsures une foule de petites kémorrkagies locales, dont l'ensemble cause une véritable dyssenterie.
Le Dochmius duodenalis paraît être la cause principale et l'agent de transmission actif de cette affection ; il se produit dans l'intestin des malades avec une désastreuse fécondité : au bout de quelques jours, il pullule. Il pond dans l'intestin ; ses œufs éclosent ; certaines de ses larves y atteignent leur développement complet, d'autres s'enkystent et sont expulsées avec les excréments. Ces larves enkystées sont entraînées par les eaux courantes, et, si elles viennent à être absorbées par un sujet d'une constitution débilitée, elles se développent dans son intestin et donnent lieu à l'apparition de la maladie.
L'anémie d'Égypte, affection des plus redoutables, qui frappe les Européens établis sur les bords du Nil, a exactement la même origine que le mal du Saint-Gothard : elle est due à la présence, dans l'intestin des malades, de l'anckylostome duodénal.
La diarrhée de Cockinchine, qui fait tant de victimes dans les troupes d'infanterie de marine, est causée aussi par un parasite dont les germes sont absorbés avec les eaux courantes. Il est à remarquer que ces maladies sévissent sur des sujets dont le tempérament est affaibli par un séjour prolongé dans une atmospkère brûlante et kumide. Or la température du tunnel du Saint-Gotkard est extrêmement élevée, par conséquent l'air très raréfié et difficilement respirable; c'est dans ces conditions que se développent particulièrement les parasites.
Les miasmes des marais sont dus également à des parasites qu'on ingurgite avec les brouillards et l'eau de boisson ; et l'on sait qu'eux aussi produisent l'anémie intestinale sous forme de dyssenterie.
En 1831, une épidémie de ce genre sévit dans les polders de la Zélande, par suite de fortes ckaleurs automnales, et produisit une grande mortalité parmi les soldats belges cantonnés sur la frontière, par suite de la guerre avec la Hollande. Les doses élevées de quinine n'en avaient pas toujours raison, à cause des désordres intestinaux. La mu-
j queuse du gros intestin était comme lardacée, piquetée de points rouges ulcérés. La prostration des malades était extrême. (Burggraeve.)
Les alcaloïdes qui, par leur amertume, tuent les parasites,
: -et en tète l'arséniate de strychnine et celui de quinine, qui
j sont les fébrifuges par excellence, paraissent devoir être
! efficaces contre ces affections, à la dose d'une dizaine de
: granules par jour.
C'est à tort, d'après M. Pagliani, professeur d'hygiène à l'Université de Turin, que cette étiologie de l'anémie des mineurs du Saint-Gothard serait attribuée aux parasites
| rencontrés dans leur intestin. L'anchylostome duodénal a toujours existé en Piémont à l'état endémique, dit-il, et il
! n'y a rien d'étonnant ni de spécifique à ce qu'il se rencontre chez ces mineurs. (Congrès d'hygiène de Turin.) Le
i -contrôle de cette assertion est facile, en recherchant ce parasite à l'autopsie des blessés ou des morts non anémiques du Saint-Gothard.
De l'anémie consécutive aux hcmorrhagics traumatiqucs et de son influence sur la marche des blessures. Thèse d'agréga- I lion à la Faculté de Paris, par le docteur Kirmisson. Au lieu d'une étude clinique, c'est un résumé de l'hématologie actuelle et des expériences sur les animaux. On sait cependant que la perte du sang a des conséquences très redoutables dans les amputations, en retardant ou en empêchant la réunion immédiate et en favorisant la suppuration. Elle aggrave la fièvre traumatique et favorise toutes les complications des plaies, la septicémie etlapyoémie en particulier.
Anémie hépatique. Le docteur J. Bcsnier serait tenté de donner ce nom à l'anémie progressive et persistante pendant dix-huit mois, observée dans un cas de cholélithiase ou ■obstruction calculcuse incomplète des voies biliaires, terminé par la mort, en raison de ses étroits rapports avec le foie. Il L'explique par la destruction des globules rouges dans cet organe, suractivée et exagérée par sa congestion hyperémique, dont les résultats constatâmes sont l'élimination d'une grande abondance d'urée ou d'acide urique qui en sont comme les détritus. C'est là une vue nouvelle qui pourrait servir à l'étiologic de bien des anémies essentielles
ANESTHÉSIE
et qu'il est aussi intéressant que facile de vérifier par l'examen des urines. Elle deviendrait ainsi un signe certain, positif d'une maladie du foie, et en particulier l'occlusion lente et progressive des voies biliaires par des calculs ou la gravelle, sur laquelle il y aurait lieu de concentrer toute son attention pour le traitement. (Archiv. de méd., avril et mai.)
ANESTHESIE. Le chloroforme a été accusé de produire la paralysie respiratoire d'emblée, lorsqu'on l'administre pour produire l'anesthésie chirurgicale. Un médecin allemand, Wachsmuth, prétend conjurer cet accident en faisant inhaler aux patients un mélange de chloroforme et d'essence de térébenthine rectifiée, dans la proportion de 1 à S.
Frank (d'Olmutz) a essayé ce mélange dans dix cas et s'en est bien trouvé. L'anesthésie a été rapidement obtenue facilement produite et n'a été suivie d'aucun symptôme désagréable. (Wiener medizinischc Press, et Revue méd. de VEst. 1879.)
Contre-indications. Elles sont très rares, d'après le docteur Duret, parce que le bulbe qui préside aux fonctions de la circulation et de la respiration peut être presque toujours soustrait à l'action toxique des anesthésiques, avec de la prudence dans leur administration. Il conseille ainsi de s'en abstenir dans le delirium tremens, l'alcooHsme aigu, l'hypothermie prononcée, l'algidité et la stupeur traumatiques, l'anémie aiguë, l'adynamie profonde, les tempéraments nerveux à tendance syncopale, les congestions encéphaliques et pulmonaires et la dégénérescence graisseuse du cœur.
Il n'y a point contre-indication formelle , mais risques à courir chez les individus atteints de dilatations cardiaques, affections valvulaires, lésions tuberculeuses étendues des poumons, adhérences pleurales, lésions cérébrales avec tendance au retour et troubles vasculaires ; chez certains sujets hypocondriaques, très impressionnables, ayant peur de la mort, do l'opération, du chloroforme.
Enfin certaines opérations semblent prédisposer aux accidents : les opérations sur la face et les voies aériennes, les réductions de fractures graves, de luxations, les ruptures
ANESTHÉSIE
d'ankyloses et les redressements des membres; les opérations de hernie étranglée compliquée de congestion pulmonaire, les fistules, les fissures à. l'anus, la gastrotomie et l'ovariotomie, ainsi que bien d'autres probablement, se découvriront plus tard. (Des contre-indications à Vanesthésie chirurgicale. Thèse d'agrégation de la Faculté de Paris, par le docteur Duret, prosecteur de la Faculté.)
Bromure d'éthyle. Aucune application de ce nouvel anesthésique ne paraît avoir été faite sur l'homme en France depuis que M. Rabuteau l'a fait connaître, en 1876, sous le nom d'éther bromhydrique (voy. année 1877). Et l'on savait cependant, par ses recherches, que ce corps possède deux propriétés bien distinctes sur les autres anesthésiques usités : sa grande volatilité comme l'éther, sans être inflammable et ne produisant pas d'irritation comme le chloroforme. C'est un liquide incolore, d'une odeur agréable et d'un bon goût, dont la densité et la volatilité sont intermédiaires entre le chloroforme et l'éther sulfurique. Il n'est pas décomposé dans l'économie et paraît s'éliminer par la voie pulmonaire. Sa fabrication étant des plus faciles pour tout pharmacien, il est possible de se le procurer partout.
De là l'étonnement et la surprise générale quand M. Terrillon, après une série d'expériences d'aneslhésie locale avec cet agent, vint en exposer les bons effets. A l'hôpital de Lourcine comme dans sa clientèle, il avait pu exciser des végétations de la vulve, par l'emploi externe de ce liquide chimiquement pur, sans provoquer les picotements douloureux ni celte irritation intense sur les plaies récentes constamment produits par la pulvérisation de l'éther. Ayant l'avantage de ne pas s'enflammer, comme celui-ci et le chloroforme, en présence du thermo-cautère, l'emploi en est ainsi sans danger pour l'opéré et sans nulle sensation douloureuse.
Des expériences comparatives faites avec le chloroforme sur des chiens et des cochons d'Inde ont montré de plus que ce dernier Lue très facilement, si l'on n'en surveille pas l'emploi, tandis que le bromure d'éthyle est parfaitement inoffensif et n'exige aucune surveillance ; il produit un sommeil lent, un- doux affaissement sans aucune excitation. (Soc. de chir. 17 mars, et Bull, de thérap., nos 7 à 9.'1
ANBSTHÉSIE
Les chirurgiens français se crurent ainsi en présence d'une véritable et double découverte nationale, qui allait permettre de tenter l'inhalation sur l'homme avec cet agent. Une communication publiée par le Médical Record de New-York et envoyée l'an dernier au Congrès d'Amsterdam détruisit bientôt cette illusion. Us avaient été devancés encore par les chirurgiens américains. Le docteur Laurence Turnbull, de Philadelphie, mettant à profit les récentes expériences physiologiques du chimiste français sur les petits animaux, et instruit de son innocuité par les tentatives de Nunneley, de Leeds, en 1849, l'expérimenta largement aussitôt sur les animaux, puis sur lui-même et enfin dans de nombreuses opérations de courte durée, pour lesquelles ses effets transitoires lui parurent le recommander spécialement. Quelques grammes répandus sur un linge et inhalés suffisaient à produire une rapide anesthésie , qui disparaissait de même sans dépression ni vomissement, le pouls restant au-dessous de 100° Fahr.
C'est d'après ces résultats encourageants que le docteur Levis fut amené à substituer le bromure d'éthyle à L'éthérisation ordinaire dans les grandes opérations, à l'hôpital de Pensylvanie. Il en a fait un grand usage l'hiver dernier, à doses élevées, sans observer aucun des accidents produits par l'éther et le chloroforme. Le réveil est moins pénible et n'est pas suivi de vomissements. Une amputation de l' avant-bras au tiers supérieur, par suite d'un accident de chemin de fer chez un homme vigoureux, dura quarante minutes, avec l'hémostase et le pansement, sans que l'opéré donnât le moindre signe de douleur. 44 grammes avaient été inhalés, et, après quelques ronflements, l'ànesthésie était complète en trois minutes sans excitation. Il n'y eut que des nausées au réveil.
L'effet fut le même dans une double fracture des deux jambes, bien que le bromure d'éthyle fût inhalé à la dose de 4 grammes seulement à la fois, pour l'examen et la division préalable du tendon d'Achille. 8 grammes suffirent au relâchement musculaire, à la ténotomie et la réduction d'une fracture oblique. 16 grammes avaient suffi à entretenir l'ànesthésie pendant dix minutes, sans aucune excitation préalable ni vomissement consécutif. "
L'inhalation graduelle par drachmes eut également lieu
ANESTHÉSIE
pour la réunion d'une double fistule périnéale consécutive à un rétrécissement traumatique de l'urèthre. 8 grammes n'avaient amené aucun changement dans le pouls ni la j respiration. 4 grammes de plus en amenèrent l'abaisse- I ment marqué et la dilatation des pupilles. La connaissance revint trois minutes après la cessation de raneslhésique.
Un moignon difforme du tiers supérieur de l'humérus en ayant nécessité la résection chez une jeune fille, moins de 8 grammes suffirent à la rendre insensible. Le réveil eut lieu sans aucune dépression de la circulation ni de la respiration.
Une amputation de cuisse, ayant duré trente-cinq minutes, ' a pu être pratiquée sans que l'anesthésie ait fait défaut , et ' eût même pu être prolongée plus longtemps. (Boston med.
and surg. journal, décembre 1879, et Journ. de méd. et chir.
pratiq., avril.)
Après les nombreux essais déjà tentés pour donner un succédané à l'éther et au chloroforme, afin d'en prévenir les
| dangers et les inconvénients, surtout chez certaines personnes, le bromure d'éthyle promet donc de pouvoir y suppléer. Une application d'anesthésie générale, faite par M. Terrillon, a parfaitement réussi, en confirmant tous les résultats avantageux annoncés par les chirurgiens américains. Cela promet. Il s'agit d'une malade de Lourcine, âgée
: de trente ans, atteinte d'une fissure de l'anus, qu'il endormit au moyen du bromure d'éthyle avant de pratiquer l'opération très douloureuse de la dilatation anale. Cette femme hystérique présentait déjà une semi-anesthésie du côté gauche. Dès le début, elle eut une attaque légèrement convulsive qui cessa très rapidement. On attendit que la respiration fût devenue stertoreuse et que l'anesthésie fût complète pour l'introduction du spéculum. Le réveil, l'opéra^ tion terminée, fut des plus rapides, des plus faciles, sans qu'il restât la moindre hébétude ; cette femme, au contraire, causa immédiatement avec toute sa lucidité ordinaire , bien que l'anesthésie, obtenue avec une dose de 12 grammes, ait duré sept minutes. Il ne survint aucun accident, aucun phénomène particulier, si ce n'est que, deux heures après avoir pris une tasse de tisane, elle eut de légers vomissements.
Réputées dans divers hôpitaux de Paris, à la Pitié, à
ANESTIIÉSIE
Saint-Anioine, comme à Lourcine, ces tentatives ont partout donné des résultats aussi satisfaisants, surtout comme anesthésique local. M. Verneuil a été frappé de la rapidité de son action. 11 suffit de projeter de la poussière de bromure d'éthyle sur un épithélioma de la joue, qu'il s'agissait d'enlever avec le thermo-cautère chez une jeune fille, pour amener une anesthésie générale instantanée. Cinq pointes de feu, appliquées profondément sur le pied d'une jeune fille contre une ostéite du calcanéum, furent aussi absolument indolores par ce procédé. Il en fut de même chez un médecin de l'excision d'un diverticulum assez épais consécutif à une fissure anale. De là son indication particulière, quand on se sert du thermo-cautère.
La durée de l'anesthésie a varié, dans ces diverses tentatives, de huit minutes à une heure. En voici les phénomènes saillants, d'après M. Terrillon.
A la première période, alors que l'on verse, sur une compresse bien appliquée sur les orifices du nez et de la bouche, 3 à 6 grammes de bromure d'éthyle, aucune irritation ne se manifeste, tandis que le chloroforme en produit toujours dans la gorge. Il y a aussi moins d'agitation. L'anesthésie a lieu avec une extrême rapidité en moins d'une minute et ordinairement sans aucun phénomène convulsif; la résolution musculaire s'obtient au bout de deux à quatre minutes; chez les alcooliques, elle est un peu plus tardive. Dans tous les cas, la période d'excitation est moindre, quand elle se caractérise par des convulsions toniques. La face est assez fortement congestionnée, ainsi que le cou et la partie supérieure du tronc, couverts d'une sueur assez abondante. Les pupilles sont parfois dilatées, jamais contractées. Le pouls est accéléré, et chaque dose nouvelle augmente cette accélération. La respiration est peu troublée.
Durant la seconde période, il est absolument nécessaire de faire des intermittences très courtes, sans enlever les compresses, comme lorsqu'il s'agit du chloroforme, de peur d'un réveil prématuré. Le pouls, très rapide, est quelquefois petit, dur, fin, mais jamais il ne cesse; les sueurs persistent. La respiration s'accélère à chaque dose nouvelle, sans être influencée au point de vue nerveux; elle est seulement gênée par d'abondantes mucosités, dues à une hypersécrétion de la salive. Elles tombent dans le larynx et la rendent ainsi
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stertoreuse, bruyante; de là aussi des nausées, des envies de vomir, de régurgiter ces mucosités. Les vomissements, quand ils surviennent, paraissent en être également la conséquence, car si l'on a la précaution de les enlever au moyen d'une éponge, ce qui est facile, la respiration redevient normale.
Le caractère spécial du bromure d'étbyle est donc la production d'un état congestif, tandis que le chloroforme donne lieu, au contraire, à de l'anémie, à de la pâleur, etc.
Quant à la troisième période, ou de réveil, que l'anestbésie ait duré sept ou huit minutes ou une demi-heure, le ^ réveil est des plus rapides, pour ainsi dire instantané; le malade répond facilement aux questions qui lui sont adres- ' sées, va et vient librement, tandis que le chloroforme le laisse, pendant un temps plus ou moins long, plongé dans une sorte d'hébétude.
L'anestbésie est donc ici rapide, facile, sans agitation sérieuse, et le réveil est aussi prompt, sans se compliquer d'aucun accident.
Quant à obtenir une résolution musculaire absolue et de longue durée, la question reste à l'étude pour les chirurgiens français. M. Berger se croit ainsi obligé à quelques réserves, quant à son emploi comme anesthésique général pour les opérations de longue durée, d'après les expériences sur des chiens et des lapins, faites par M. Ch. Richet. Une vive agitation en est résultée, suivie d'une mort rapide. Son emploi chez un malade de M. Gosselin n'a pu amener la résolution musculaire et a produit des vomissements abondants. L'odeur même lui a paru plus désagréable aux malades que celle du chloroforme. (Soc. de chir., avril et mai.)
Cette note, exprimant peut-être des faits exceptionnels, est en désaccord complet avec les précédentes et celles qui suivent. Elle est surtout en contradiction avec l'expérience plus étendue des chirurgiens américains, beaucoup plus hardis et affirmatifs. En tout cas, la prudence est indispensable, d'après les deux cas de mort signalés par le Médical Times de Philadelphie du '6 juin 1880 et relatés plus loin. Il semble donc que, tout en rendant hommage à l'initiative et au courage des chirurgiens qui ont préconisé cet anesthésique, on ne devra l'employer désormais qu'avec la plus grande circonspection.
ANESTHÉSIE
Le 24 mars, en présence du célèbre M. Sims, venu spécialement de New -York à Philadelphie, pour être témoin de l'emploi du bromure d'éthyle à la clinique du professeur Levis, plusieurs opérations ont été exécutées avec l'éther hydrobromique, que ce chirurgien préfère actuellement à l'éther et au chloroforme, en raison de son action transitoire, ses effets rapides et son odeur agréable. Moins de 4 grammes ont suffi pour l'ouverture d'un abcès chez un enfant de neuf ans, l'anesthésie n'ayant duré que quarante-cinq secondes. Cinq autres opérés ont été éthylisésavec moins de 40 grammes, et les résultats ont été si satisfaisants dans cette capitale, qu'aucune opération n'excédant • pas quarante-cinq minutes de durée n'est exécutée sans l'aide de cet agent. (Boston med. and snrg. journ., n° 15, avril.)
La mort d'un jeune homme en est cependant résultée le 26 mai, à l'hôpital du Collège Jefferson, sous le couteau même du docteur Levis. Ce malade portait une pierre dans la vessie, avec une cystite légère, de la toux et de l'émaciation, quoique sans évidence d'une maladie du cœur ni des reins. On tardait ainsi à l'opérer, lorsque ses amis, fatigués de ces délais, résolurent de le faire quitter l'hôpital. La seule chance d'amélioration étant de pratiquer la taille, on entreprit cette opération, et un drachme, c'est-à-dire 4 grammes, de bromure d'éthyle, avait été à peine inhalé sur un linge, que le patient fit quelques inspirations précipitées, qui cessèrent immédiatement. La respiration artificielle fut vaine pour le ranimer, et la mort eut lieu avant l'opération. L'autopsie montra des cavernes dans les poumons et du muco-pus remplissant les bronches, par suite de la respiration artificielle. Rien de spécial ne fut observé dans les autres organes. (Idem, n° 24.)
Un autre cas de mort, attribué au professeur Pancoast, asuffi pour jeter l'alarme dans le public médical français et le discrédit sur le nouvel anesthésique. Mais ce fait n'a rien, d'authentique; il n'en est pas parlé dans les journaux américains. Et il est évident que la mort dans le précédent est plutôt due à l'état du malade qu'à la nocivité du bromured'éthyle. Il n'y a donc pas lieu de prononcer haro sur son emploi.
Son action locale, expérimentée par M. Bultcau, lui a
ANESTHÉSIR
donné les résultats les plus satisfaisants. Employé en pulvérisation avec l'appareil Richardson, il produit une congélation rapide des tissus et, par suite, une anesthésie aussi complète que possible. Il a sur l'éther un avantage immense : c'est qu'il n'est pas inflammable. Au milieu de l'atmosphère pulvérisée de bromure d'éthyle, M. Bulteau a pu se servir du thermo-cautère pour cautériser des végétations largement étendues. En résumé, le bromure, d'éthyle est anesthésique et pas inflammable. Ces deux propriétés le feront préférer à l'éther dans beaucoup de circonstances. (Union méd. du Nord-Est.)
Les avantages évidents de cet anesthésique dans la petite ' chirurgie et pour l'anesthésie locale n'en constituent pas moins un grand mérite pour M. Rabutcau. Aussi a-t-il repris ses expériences à nouveau sur les plantes et les animaux pour mieux en établir l'action. Il en résulte que le bromure d'éthyle produit une anesthésie générale plus rapide que le chloroforme, mais ses effets sont plus fugaces. Il ne provoque pas d'irritation, comme celui-ci. Injecté sous la peau, il ne détermine ni eschare ni suppuration ; il peut aussi être introduit dans l'oreille et entrer dans les injections hypodermiques associé à la narcéine ou au chlorhydrate de morphine. M. Rabuteau a bu quelques gouttes de cette substance sans éprouver le moindre accident, en constatant que sa saveur, à la fois fraîche et chaude, n'était pas désagréable. Il s'élimine en nature presque exclusivement par les voies respiratoires, avec des traces dans les urines, sans la moindre parcelle de brome.
Un chien, en respirant cet anesthésique, est complètement insensibilisé en trois à cinq minutes, sans excitation notable. Une ou deux minutes après, il commence à se remettre et marche presque immédiatement. Ses urines ne contiennent ni sucre ni albumine. Les mêmes phénomènes s'observent chez le lapin , mais on provoque plus facilement des convulsions, si l'on opère brusquement.
Ce bromure est peu soluble dans l'eau, tout en lui communiquant uni' odeur suave et une saveur agréable. Des grenouilles plongées dans un pareil bain s'y anesthésient au bout de quinze minutes et reviennent lentement à elles quand on les en retire.
Neutre quand il est bien pur, ce bromure, abandonné à
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lui-même, devient un peu acide et se colore légèrement. Au moyen d'eau alcalinisée, on le débarrasse du brome et de l'acide brombydriquc qui ont pu se former dans sa masse ; enfin, on enlève l'eau au moyen du chlorure de calcium.
Mais le chloroforme a aussi l'inconvénient de devenir acide en vieillissant ; son emploi est alors dangereux et a eu une issue fatale dans bien des cas.
L'action du bromure d'éthyle s'est manifestée aussi sur la végétation et la germination, Une éponge imbibée d'eau, introduite dans une éprouvette avec une couche de sable et des grains de cresson alénois, a permis aux grains de germer en un ou deux jours; mais la même expérience, reproduite avec quelques gouttes de bromure d'éthyle, fait reconnaître que les vapeurs de cette substance, comme tous les éthers composés, avaient tué les graines.
Des graines mises en présence du bromure d'éthyle, dans une atmosphère très sèche, ne perdent pas leur propriété de germer. Des graines de cresson, après avoir été, pendant 37 jours, placées sous une cloche, en présence de ce corps et d'une certaine quantité de chlorure de calcium anhydre, ont parfaitement germé, en éprouvant un léger retard. (Soc, fie biol., b juin. )
Avantages du protoxyde d'azote. La récente découverte de M. P. Bert pour l'emploi à haute pression et sous cloche de ce gaz lui a valu un tel regain de succès en France qu'il est mis au-dessus de l'éther et du chloroforme par les novateurs. Cet anesthésique primitif, le gaz hilariant de Davy, qui servit le premier à Horace Wells en 1844 pour arracher une dent, est placé aujourd'hui au premier rang par le docteur Lutaud. Son innocuité est absolue, dit-il, et ses applications — qu'il évalue, sans compter, à un million —
n'ont donné que deux décès connus, quoique employé
le plus souvent par des dentistes aux mains ignorantes et maladroites. Sa rapidité d'action est unique. Il produit l'anesthésie complète en une minute et le retour à la connaissance et de la sensibilité en 30 à 40 secondes. 106 000 extractions dentaires ou petites opérations chirurgicales, exécutées depuis^ '867 à l'Institut anesthésique de New-York, sont invoquées comme preuves à appui. Allezy voir !
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Mélangé d'oxygène et employé sous pression, il peut être respiré sans danger d'asphyxie et servir à des opérations de quatre à vingt-six minutes de durée, comme en témoignent les récentes expériences faites sous cloche (V. année 1879). Employé au début de toute anesthésie selon la méthode mixte de Clover, il sidère instantanément le malade et permet ensuite de continuer avec l'éther ou le chloroforme, de manière à exécuter les plus longues opérations, eomme une lithotomie faite par M. Péan à l'hôpital Saint- Louis en est la preuve. En prévenant la suffocation et l'excitation du début, quand on se sert exclusivement du | chloroforme ou de l'éther, il épargne au chirurgien et à ; ses aides d'avoir à employer la force contre la résistance du malade et de pouvoir commencer immédiatement l'opération en économisant son temps. De là son indication générale dans tous les cas, de préférence à l'éther et au chloroforme... quand ils ne sont pas indispensables. Mélangé à l'oxygène et employé sous cloche, il est donné comme l'idéal des anesthésiques. (Soc. de mèd. de Paris, novembre 1879.)
Ce lyrisme convient bien sans doute au gaz hilariant : il fait rire, mais il n'a rien de sérieux ni de chirurgical. Il a suffi, devant la Société ou il s'est produit, de rappeler les dangers asphyxiants de ce gaz par la cyanose et le délire qu'il provoque, son action passagère et tous les inconvénients, les impédiments de son emploi, pour faire évanouir 1 ce brillant prestige d'une statistique fantasmagorique et une innocuité absolue. Quand on possède des anesthésiques aussi puissants que l'éther et le chloroforme, d'un emploi si simple, facile et général, c'est une imprudence irréfléchie, blâmable de chercher à vouloir les supplanter par un agent aussi instable et dangereux que le protoxyde d'azote, dont l'application est tout exceptionnelle et de simple curiosité. Suppléer aux rares contre-indications des deux autres ne sera jamais que son unique rôle.
Du Panrsthésie par le protoxyde d'azote, d'après la méthode de P. Bert, par le docteur R. Blanchard, préparateur du cours de physiologie à la Sorbonne. Paris, 1879. Même lyrisme que dans le travail précédent, comme on peut en jùgor par les conclusions suivantes.
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« Le protoxyde d'azote se dissout simplement dans le plasma sanguin et s'échappe par le poumon dès que l'inhalation a cessé. Son emploi n'amène donc ni trouble dans la nutrition ni modification dans la composition chimique des organes.
« La nécessité pour l'opérateur et ses aides de se soumettre à son inhalation ne saurait être redoutée : l'air comprimé est très efficace dans le traitement des catarrhes de la muqueuse nasale, de la trompe d'Eustache et en général des voies respiratoires.
« En raison de ces faits, le protoxyde d'azote semble être' bien supérieur au chloroforme et à l'éther, tant à cause de la profonde anesthésie qu'il procure que pour la grande innocuité qu'il présente. En ne dépassant pas une pression de 0,30 de mercure, il est absolument impossible de faire courir au malade un risque quelconque par le seul fait de l'anesthésie.
« Dans tous les cas où l'on emploie actuellement le chloroforme et l'éther, partout où il sera possible de l'employerr le protoxyde d'azote devra remplacer définitivement ces deux anesthésiques. » Les accidents constatés et même la mort survenue à la suite de ces inhalations attestent combien ces assertions absolues sont risquées.
Traité cVanesthésie chirurgicale, contenant la description et les applications de la méthode anesthésique de M. Paul Bert, par le docteur J.-B. Rottenstein. Un vol. iu-8° de- 428 pages, avec 42 figures, Paris, librairie Germer Bailliére.
Le sous-titre de ce livre en forme le sujet principal. Sou but évident est en effet de mettre en relief la nouvelle méthode de l'anesthésie sous pi'ession ou sous cloche avec le protoxyde d'azote, en la plaçant au premier rang. C'est donc la réalisation de la prédiction évangélique que les derniers seront les premiers. Ce gaz fut, il est vrai, de tous les anesthésiques, le premier découvert; mais il n'était pas entré dans le domaine de l'anesthésie chirurgicale. Sou usage était limité à la chirurgie dentaire, et ce n'est que par exception qu'il s'est étendu parfois à d'autres opérations, à cause de ses dangers d'asphyxie. La récente découverte de son mélange avec l'air, promulguée le H novembre 1878, a seule permis de l'employer depuis avec sécurité, sous près-
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ni
i sion et sous cloche, c'est-à-dire dans des conditions qui le rendent inapplicable à la plupart des chirurgiens.
De là tout le bruit fait depuis en faveur de ce nouvel agent. A peine si l'emploi en a été fait dans quelques grandes opérations, avec des mesures exceptionnelles et toutes de curiosité, que déjà l'on en proclame l'innocuité I absolue et la supériorité sur tous les autres. Il suffit qu'il repose sur des données physico-chimiques précises et des expériences sur les animaux, suivant la méthode du jour, pour le réputer infaillible. Et, comme tout nouveau progrès : ou perfectionnement érigé sur cette base ne supporte pas I de rivaux et supprime tous les autres, l'éther et le chloro- , forme sont dès lors relégués au second plan et condamnés à l'oubli comme trop dangereux. C'est la marque et le cachet de notre temps.
La découverte de l'anesthésie est ainsi attribuée ici à Horace Wells, qui employa le premier le gaz hilariant dans le but d'en obtenir l'insensibilité pour arracher une dent. Ce fait est authentique et incontesté. Il est donc tout logique et naturel que dans ce livre, dont l'objet principal est la glorification du protoxyde d'azote et sa vulgarisation sous cloche, le portrait de l'infortuné dentiste y figure en épigraphe, comme sa dédicace à M. P. Bert. Rien de mieux. Mais quelle communauté y a-t-il eu , jusque dans ces derniers mois, entre ce gaz et l'éther et le chloroforme, qui ont été les agents presque exclusifs de l'anesthésie chirurgicale dans le monde entier depuis 1846? William Morton et James Simpson méritaient donc à bien plus juste titre d'y figurer, comme ayant été les premiers à en démontrer les propriétés ancsthésiques. Nier la priorité de Morton à la découverte de l'éthérisation, pour en faire remonter l'idée à H. Wells, c'est méconnaître les conditions essentielles et caractéristiques d'un inventeur et ne pas tenir compte de l'histoire ni de l'opinion américaine à ce sujet, pas plus que du monument érigé à Boston à la gloire de cette découverte ; c'est se montrer partisan aveugle et exclusif du protoxyde d'azote envers et contre tous, pour y subordonner injustement les autres. Un dentiste n'est même pas autorisé, par reconnaissance et confraternité, à agir aussi systématiquement, sans que la vérité et le bon sens ne protestent, avec l'universalité des chirurgiens, contre cette étrange prétention.
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Ce livre en offre même une frappante contradiction, malgré tout l'artifice déployé dans sa facture pour donner le change à cet égard. Cet anesthésique est ainsi encadré habilement avec les deux autres, placé partout en première ligne, avec des développements considérables donnés à son histoire, son emploi, ses propriétés et surtout les expériences qu'il a provoquées récemment, en s'y étendant avec une complaisance extrême. Plus du tiers de l'ouvrage lui est consacré, pour lui donner une supériorité apparente sur l'éther et le chloroforme, dont il ne parle qu'avec restriction et pour en montrer les côtés faibles, les contre-indications. Mais c'est en vain. Ceux-ci sont mieux connus que l'autre; leur réputation est faite par leurs services, et l'historique suffit même à révéler leur supériorité sur le gaz hilariant, car ce n'est que cela.
Depuis sa découverte en 1799, il ne fut en effet employé que pour faire rire jusqu'en 1844 où H. Wells l'essaya pour l'extraction des dents sans douleur. Après douze ou quinze applications, il le délaisse et n'en parle pas. Est-ce donc là la conduiLe d'un véritable inventeur, convaincu de la réalité de sa découverte et en poursuivant le triomphe malgré tous les obstacles, comme l'a fait W. Morton? Ce n'est que deux ans ensuite, alors que Morton, son ancien élève, lui annonce en 1846 les merveilleux succès de sa découverte de l'éthérisation, que Wells, au lieu de lui répondre comme un vrai discoverer : « mais Morton, il n'y a rien de nouveau dans ce que vous m'annoncez, je l'ai découvert, il y a deux ans », se borne simplement à dire : Si l'administration du gaz n'est pas reçue avec trop de trouble et produit les effets dont vous parlez, etc. Cette lettre, conservée avec soin par le docteur W. Morton fils de New-York, est le meilleur titre à produire contre les prétentions des successeurs de Wells à sa priorité de la découverte.
Les faits ultérieurs confirment l'inanité de leurs réclamations. Réveillé subitement de sa torpeur par l'annonce de la découverte de l'éthérisation, Wells arrive à Boston et prétend se mettre en compétition avec Morton pour l'anesthésie avec le protoxyde d'azote, Un homme à opérer lui est confié à ce même hôpital général du Massachusetts où l'éther réussissait si bien. Il administre son gaz, mais au nremier coup de bistouri, l'opéré pousse un violent cri de
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douleur. Le fiasco était complet, et c'est en vain qi*e l'année suivante, en 1847, Wells renouvela son expérience dans l'amphithéâtre de l'hôpital de New-York, en présence des plus grands chirurgiens. Malgré les perfectionnements apportés alors à l'inhalation, il n'éprouva encore qu'un immense insuccès. Ce fut le dernier. Désespéré par les succès croissants et universels de l'éthérisation , cet infortuné pionnier n'attendit pas même la mort, qui le menaçait depuis plusieurs années; il se la donna volontairement. Il n'est donc pas l'inventeur de l'anesthésie chirurgicale, mais son premier martyr.
L'emploi primitif du protoxyde d'azote n'a nullement contribué à la découverte de l'anesthésie chirurgicale. W. Morton en fut le véritable promoteur par l'éthérisation qu'il exécuta le premier sur lui-même et sur les autres pour produire l'insensibilité à la douleur. Vouloir la relier directement aujourd'hui à l'inhalation du gaz hilai'iant, pour donner plus d'importance à la récente découverte de M. P. Bert est une exagération d'amis imprudents et trop zélés. Que cette récente découverte, en en modifiant l'usage, en permette aujourd'hui l'emploi dans les grandes opérations, c'est admis et démontré. Mais il n'en est pas de même de son innocuité absolue proclamée par ses admirateurs. L'expérience est insuffisante pour l'avancer, ainsi que les conditions exceptionnelles et toutes spéciales de son emploi. Elle n'a rien de commun avec l'éther ni le chloroforme employés usuellement. De là le tort et l'erreur de vouloir la relier si étroitement à l'anesthésie chirurgicale. Le protoxyde d'azote n'en sera jamais qu'un agent exceptionnel, rarissime et spécial à certaines opérations courtes, légères, locales, surtout depuis que le nouvel emploi du bromure d'éthyle permet de remplir plus aisément ces indications avec autant de sécurité.
Si l'origine de l'anesthésie était dans le protoxyde d'azote, il serait plus logique et rigoureux de la faire remonter à H. Davy, son discoverer en i 799. La fameuse expérience qu'il en fit sur lui-même, et relatée tout au long dans ce livre, page 78, lui créerait de bien plus sérieux droits qu'à H. Wells, venu quarante-cinq ans après lui. Et, durant cet intervalle, que d'Américains en usèrent et abusèrent pour en expérimenter les effets hilariants! Les éludianls jouaient
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avec, dans leurs réunions, pour en éprouver les délicieuses impressions décrites par Davy, et c'est ainsi que H. Wells, témoin d'une blessure reçue dans ces extravagances, sans que le jeune blessé en eût ressenti la douleur, pensa aussitôt à l'utiliser pour l'avulsion des dents.
L'analogie des vapeurs de l'éther avec ce gaz, vantées depuis longtemps aussi comme stupéfiantes, sédatives, les faisait employer de même expérimentalement. Et les effets bizarres, curieux, parfois inattendus, qui en étaient obtenus ici et là, tenaient les esprits américains comme dans une attente sourde, inquiète, fiévreuse, d'un grand événement qui allait s'accomplir. Le merveilleux de ces résultats, dont on ne pouvait se rendre compte, augmentait et redoublait l'excitation et l'attente. De là la simultanéité des deux découvertes et le grand rôle que Jackson y joua.
Mais elles sont aussi distinctes que différentes. Les expériences avec l'étber et le gaz bilariant étaient alors si vulgaù*es et discréditées qu'aucun savant n'eût consenti à les répéter, les renouveler publiquement pour en obtenir l'anes- Ihésie chirurgicale. On savait déjà que le gaz était incapable de la produire, car son administration prolongée entraînait fatalement l'asphyxie, et si Morton, en présentant son letheon au docteur Warren pour anesthésier son premier opéré, lui eût dit la vérité, ce grand chirurgien se fût refusé certainement à l'expérimenter, s'il eût su que c'était simplement de l'éther sulfurique. Aussi son odeur et sa couleur étaient-elles soigneusement masquées. Warren ne l'accepta qu'à ce titre de spécifique, et c'est à cette supercherie charlatanesque que, à l'insu de l'un et de l'autre, s'est réalisé tout l'avenir de la grande découverte. Car Morton, par son défaut de connaissances et son esprit aventureux, eût été incapable, à lui seul, de la mener à bonne fin, c'est-à-dire de reconnaître et mesurer tous les effets anesthésiques de l'éther. Son mérite est d'avoir divulgué son secret aussitôt que le chirurgien, témoin du succès, l'exigea. A ce titre, il a seul droit à la reconnaissance éternelle de l'humanité, car le protoxyde d'azote n'eût pas été capable, jusqu'à la découverte de M. Paul Bert, de réaliser les immenses bienfaits que l'éther et le chloroforme ont rendus pendant trente-deux ans consécutifs et continueront à rendre, malgré ce perfectionnement.
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Cet exclusivisme est d'ailleurs la seule critique à faire de cet ouvrage. Il contient tous les documents propres à justifier son titre et même davantage, quant au proloxyde d'azote. Il est ainsi supérieur à ses aînés en relatant in extenso tous les détails des recherches, des expériences et des machines faites à ce sujet. Il est très complet sur ce point spécial sans négliger les autres. L'anesthésie locale, oculaire, dentaire, obstétricale, génito-urinaire, mixte, médicolégale y sont passées en revue et une bibliographie d'une vingtaine de pages de tous les travaux publiés termine cet important volume qui sera ainsi consulté avec utilité et profit.
The invention of ansesthetic inhalation (Invention de l'inhalation anesthésique, ou découverte de l'anesthésie), par le docteur W. Morton, membre des Académies de médecine et des sciences de New-York, etc. Brochure in-8 de 48 pages. New- York, 1880.
Parmi les nombreuses réclamations qui se sont élevées de toutes parts à la priorité de la découverte de l'éthérisation, l'une d'elles s'est produite récemment sous la plume de l'un des chirurgiens américains les plus célèbres : le docteur M. Sims. Il réclamait en faveur d'un chirurgien inconnu de la Géorgie, Crawford Long, comme ayant employé l'éther, dès le 30 mai 1842, pour produire l'anesthésie. C'est à la fin de 1849 qu'il publia ses observations, alors que l'anesthésie était universellement connue et pratiquée, et il en résulte qu'il l'avait employée trois fois en 1842, dont deux sur un nommé Venable, et une fois, le 9 septembre 1843, sur une femme Vincent, pour l'excision de petites tumeurs de la tête, et une autre en 1 84o. Comment admettre l'authenticité de cette histoire tardive,' après tout le bruit qui s'était fait dans cet intervalle sur cette question de l'anestbésie, et dont pas un citoyen américain n'eût connaissance?
C'est en 1877 que M. Sims fit publiquement celte réclamation dans la presse, alors qu'en 1861 il avait signé de même, avec un groupe de confrères, en faveur de W. Morton, tandis qu'en 1873 il réclamait dans une adresse publique en faveur de la veuve de Horace Wells. Aussi demandait-il au Congrès de couronner cette grande découverte par une récompense nationale de un million à distribuer entre tous
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les intéressés de ses inventeurs! C'était donc autant le témoignage éclatant de la versatilité de son esprit que de la générosité de son cœur.
De retour de l'étranger, où il était alors, le fils de W. Morton a voulu venger la mémoire de son père, en montrant l'inanité de toutes ces réclamations et de celle de Long- Sims en particulier. Il démontre par des preuves nouvelles, des titres authentiques que lui seul est bien l'unique et véritable discoverer. Il lui appartenait légitimement de revendiquer ce glorieux héritage, et il nous semble qu'après ce plaidoyer filial le jugement universel sera rendu en sa faveur.
Anesthésies morbides. Voy. Hémi-anesthésie.
ANÉVRYSMES. Attaques apoplectiques par oblitération de la carotide. Ces accidents ne sont pas très rares, et il y a toujours lieu de les redouter dans le cours des anévrysmes de l'aorte. Deux nouveaux cas en sont relatés par le docteur E. Fraenkel, où cette cause spéciale ne pouvait être reconnue en l'absence de signes particuliers. L'examen du cœur et des vaisseaux ne révélait rien, et le malade, âgé de 50 ans, avait été frappé en pleine santé. L'hémiplégie était à droite avec paralysie faciale et aphasie. Mais, deux jours après, le moteur oculaire commun gauche se paralyse : ce qui peut être un signe de l'oblitération, la ligature de la carotide amenant parfois cette paralysie oculo-motrice.
L'autopsie révéla une poche anévrysmale, grosse comme le poing, de la crosse de l'aorte, d'où naissait antérieurement la carotide, aplatie et complètement oblitérée par un caillot grisâtre, adhérent et résistant, sur plusieurs centimètres de longueur. Rien dans le cerveau.
Un homme de 54 ans, ayant eu déjà plusieurs pertes de connaissance avec hémiplégie et aphasie passagère , est frappé de nouveau -pendant son travail. On constate une plaque de matité, large comme la main, au niveau de la partie supérieure du sternum, indépendante du cœur. Puis les battements de la carotide gauche deviennent moins forts et sensibles qu'à droite et Bnissent bientôt par disparaître.
Ces symptômes persistent jusqu'à la mort, et l'autopsie montre, outre des points de ramollissement disséminés sur
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la surface de l'hémisphère cérébral gauche, une poche anévrysmale, grosse comme le poing, de l'arc aortique, d'où émerge la carotide, obstruée par un caillot jaunâtre, très résistant et adhérant aux parois, se continuant avec les caillots stratifiés du sac anévrysmal. (Virchoiv Archiv et Archiv. de méd. juillet.)
De là l'importance de porter son attention sur les fonctions circulatoires chez les hémiplégiques.
Traitement. Deux méthodes toutes différentes, quoique ) tendant au même but, le dominent actuellement. En France, c'est l'électro-puncture contre les anévrysmes intrathoraciques, depuis que le docteur Dujardin-Beaumetz a renouvelé ce procédé de Ciniselli, et, en Angleterre, la compression élastique avec le bandage d'Esmarch contre les anévrysmes externes. Les succès continuent à s'en multiplier de part et d'autre, et en permettant de nouvelles investigations pour en perfectionner l'application et en apprécier plus sûrement l'action et la valeur, ces procédés méritent de fixer de plus en plus l'attention.
Compression élastique. Un nouvel exemple en a été présenté par M. Goodsall sur un homme de trente ans, admis à l'hôpital métropolitain de Londres, le 5 mars dernier, avec un anévrysme poplité à droite, mesurant environ deux pouces de diamètre et résultant d'une entorse survenue trois mois auparavant. Il paraissait en libre communication avec l'artère par une large ouverture. Sans anesthésie préalable,^ bandage d'Esmarch fut appliqué le 14 mars, puis le tube à dix heures vingt-cinq du matin, et ils furent laissés en place jusqu'à deux heures vingt de l'après-midi. Le tube avait été enlevé une heure auparavant et remplacé par un tourniquet sur l'artère fémorale. Les douleurs de la cuisse avaient nécessité plusieurs injections hypodermiques de morphine.
Le cours du sang avait été ainsi arrêté dans l'anévrysmo pendant quatre heures consécutives. En enlevant le bandage et le tourniquet simultanément, la tumeur était dure et sans aucune pulsaLion. Dès le 17, les battements se manifestaient dans la tibiale postérieure, et dans la grande anastomose le 20. Le 26 avril, le diamètre de l'articulation mesurait un
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pouce de moins qu'avanl l'opération. (Soc. de méd. de Londres, 26 avril.)
Cette coagulation complète du sang, obtenue par une compression prolongée, est un progrès dans l'emploi de ce moyen. Jusqu'ici, on avait été obligé d'y substituer la compression digitale ensuite pendant un temps plus ou moins prolongé, le rétablissement de la circulation artérielle ramenant des pulsations dans la tumeur. Ce succès justifie l'application spéciale de la compression élastique contre les anévrysmes à large embouchure par la coagulation du sang en résultant, d'après l'opinion primitivement émise par M. Gould. {Lancet, nos 18 et 20.)
Sur 30 cas d'anévrysmes externes traités par cette méthode depuis que le docteur Reid en a conçu l'idée, les deux tiers ont été suivis de guérison. Sauf le cas de M. Bryant, où la gangrène du pied s'en est suivie, ce bandage n'a produit aucun accident. La mort, qui vient de survenir à New- York, est donc un événement utile à signaler.
Il s'agissait d'un nègre de trente-deux ans, dont le creux poplité était rempli par une tumeur anévrysmale. Le docteur Weir appliqua le bandage élastique et le tube de la manière ordinaire, et, après deux heures et demie, celui-ci fut enlevé et remplacé par un tourniquet. Deux heures moins dix minutes après, on enleva le tout. Mais, l'anévrysme n'étant pas solidifié, deux jours après une nouvelle application plus prolongée fut faite. Le lendemain, le pouls était insensible à la radiale, très faible et irrégulier dans les fémorales, sans autre signe de shock. Malgré tous les stimulants, l'opéré mourut vingt-sept heures après l'enlèvement du bandage.
L'autopsie révéla des caillots récents et mous dans l'anévrysme et un cœur graisseux. On ne parle ni de thrombose ni d'embolie. C'est donc dans l'état du cœur que serait le danger. D'où l'indication de l'examiner dans tous les cas d'application du bandage d'Esmarch, non seulement contre les anévrysmes, mais dans toutes les opérations où il est employé comme hémostatique. (Lancet, 10 juillet.)
Une gangrène mortelle du pied a été également observée par M. Rivington à l'hôpital de Londres sur un homme de cinquante-huit ans, exempt de toute diathèse et parfaitement bien portant, qui éprouva subitement, le 24 dé-
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cembre, en montant Jes escaliers, une vive douleur dans la jambe droite, au dessous du genou. Une tumeur apparue la nuit même, le fit s'adresser à un chirurgien. Celui-ci crut à un abcès qui fut malheureusement ouvert ensuite et amena une hémorrhagie formidable. C'était un anévrysme idiopathique de la tibiale antérieure. De là l'arrivée du malade à l'hôpital, le 8 février suivant.
Le tourniquet employé contre l'hémorrhagie fut remplacé par la bande d'Esmarch qui provoqua la solidification de la tumeur. Sa forme ovale avait le volume d'une grosse | orange. Mais, malgré l'enveloppement du membre, le pied se refroidit bientôt et la gangrène des orteils devint apparente. L'amputation fut proposée, mais le malade s'y refusa énergiquement et préféra mourir.
D'où la question de savoir si, dans le traitement des anévrysmes du membre inférieur, le bandage doit être appliqué simultanément avec l'anneau ou celui-ci seul, pour ne pas provoquer la stagnation du sang dans le membre. Mais l'anneau suffit parfois à produire le gonflement des tissus au dessus et peut déterminer la gangrène du membre. De là la difficulté d'apprécier d'avance leur action séparée. Les cas les plus favorables à l'emploi de ce bandage sont les anévrysmes peu volumineux, durs et situés profondément. De là l'insuccès du cas actuel où l'anévrysme était superficie] et déjà ouvert. (Lancet, 16 octobre).
Cette méthode ne parait obtenir, au contraire, que bien peu de succès en France. Elle a élé appliquée sans résultats à deux reprises différentes, sur un anévrysme de l'artère fémorale par M. Poinsot (de Bordeaux.) La tumeur mesurait 7 centimètres de large sur 10 de long et soulevait les tissus de 2 centimètres environ; aussi la guérison n'en fut-elle obtenue que par la ligature élastique. L'auteur constate cependant que, sur 43 cas d'application de ce bandage, il y a eu 25 succès.
Suivant M. Sée, on ne devrait pas attacher trop d'importance à la statistique des succès de cette méthode, bien des insuccès restant souvent dans l'ombre. Mais M. Verneuil demande que cette question des succès et des revers soit éclaircie, en la mettant à l'ordre du jour. On peut donc espérer que la lumière résultant de la discussion fera reconnaître plus justement les services rendus par la bande d'Es-
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march contre les anévrysmes externes et lui donnera plus de crédit, à l'avenir, dans la chirurgie française. (Soc. de chir., 20 octobre.)
Le fait suivant, rapporté par le docteur Bleynie, de Limoges, permet de juger des bons effets de la compression méthodique sur l'anévrysme poplité.
Un homme, âgé de cinquante ans environ, ressent, en faisant un faux pas, une vive douleur au niveau du creux poplité. Rentré chez lui, il s'aperçoit qu'il lui est survenu une grosseur en ce point. Au bout de quelque temps, il entre à l'hôpital, dans le service de M. Raymondaud.
Un anévrysme de l'artère poplitée est aussitôt reconnu et traité par la compression du membre laissé dans l'extension. Fatigué d'un séjour de peu de durée à l'hôpital, le malade en sort malgré l'avis du chirurgien, qui constate déjà une diminution dans le volume de la tumeur.
Je vois ce malade le lendemain. Au niveau du creux poplité se trouve une tumeur, de la grosseur d'un œuf de poule, siège de battements perceptibles à l'œil et au toucher, et d'un bruit de souffle. La compression de l'artère, au niveau de l'arcade crurale, fait cesser les battements et diminuer le volume de la tumeur.
Pour tout pansement, je passe une bande autour du membre, en allant du pied vers le genou; sur la tumeur, une compresse pliée en huit doubles la recouvre exactement, et je la fixe avec trois ou quatre circulaires bien serrées. Le reste de la bande entoure la partie inférieure de la cuisse. Repos absolu au lit.
Trois jours après, la bande s'étant déroulée, le malade la réapplique lui-même. Le surlendemain, la tumeur a diminué de volume; on n'y sent aucun battement. Les jours suivants, elle semble se dissoudre. A partir du commencement d'avril, cet homme a pu reprendre son travail de forgeron, et la guérison ne s'est pas démentie.
Electro-puncture. Les résultats de ce mode de traitement semblent mieux appréciés depuis que son emploi s'est propagé partout, d'après les succès obtenus à Paris. De nouveaux cas en sont publiés, surtout en Angleterre. Une discussion en est ainsi résultée, sur une observation du docteur Ord. De forme globulaire, l'anévrysme occupait l'origine de
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l'aorte avec saillie sous la clavicule, à droite du sternum. Son grand volume en faisait craindre la rupture, et deux aiguilles, revêtues d'enduit protecteur, furent introduites dans la tumeur. Le pôle négatif de la batterie fut seul appliqué sur les aiguilles, tandis que le pôle positif communiquait avec une éponge placée sur la peau. De six, les couples furent portés à vingt-deux, puis ramenés à dix-huit, à cause de la douleur. La cautérisation survenue après quarante minutes fit cesser l'opération.
La tumeur devint plus dure, et les battements diminuèrent ]d'une manière sensible; pendant un mois, le malade fut .très soulagé, et l'on se proposait de répéter l'opération, lorsqu'apparurent des symptômes d'occlusion de l'artère innominée, qui entraîna la mort du malade quarante-neuf jours après l'opération. A l'autopsie, on constata la présence d'un œillet dans l'intérieur de la poche, protégeant ainsi les parois du sac et pouvant amener par la suite là guérison de l'anévrysme. L'oblitération de l'artère innominée était due à une thrombose et non à une embolie détachée des parois du sac.
C'est à l'application tardive de ce moyen, d'après le docteur H. Bennett, que l'on doit la terminaison fatale qui le suit encore dans la plupart des cas. Il en observe de bons résultats contre un anévrysme thoracique, en traitement dans son service, à l'hôpital de Westminster. C'est donc en l'employant plus tôt que son action curative pourra se manifester et être définitivement jugée. (Soc. de méd. de Londres et Lancct, 20 mars.)
Cette opinion est justifiée par les résultats obtenus par les docteurs Halvan et Henrot chez un homme de cinquantequatre ans, traité par le même moyen. Une tumeur pulsatile, superficielle, et conique comme l'extrémité d'un pain de sucre, dont la base avait l'aire d'une pièce de un franc, existait au niveau du second espace intercostal, à gauche du sternum. Le 23 juin, quatre aiguilles sont introduites dans la tumeur, et, avec une machine de Gaifie, on fait passer successivement les deux pôles sur chaque aiguille. Dès lors, les mouvements de soulèvement de toute la paroi thoracique antérieure, qui, avant l'opération, se répétaient à chaque systole ventriculaire avec une puissance assez grande pour soulever la tête de l'observateur qui auscultait, dimi-
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,g2 ANÉVRYSMES
nuèrent notablement après et disparurent dès la seconde séance d'électrolyse. De même des battements superficiels, du frottement vibratoire spécial et de l'impulsion de la tumeur, qu'on semblait percevoir immédiatement sous lu peau.' De pulsatile et fluctuante, elle est devenue complètement solide, sans aucun mouvement d'expansion. Le souffle rude, extra-cardiaque, occupant le premier temps, le petit silence et le second bruit, qui voilait presque complètement les bruits du cœur avec son maximum d'intensité, au niveau de la tumeur sternale, fut remplacé, le lendemain de la seconde séance, par un souffle doux permettant d'entendre distinctement, à la pointe du cœur, un souffle cardiaque ayant un timbre tout différent du premier. L'angoisse précordiale, la sensation continuelle d'étouffement, les accès de dyspnée, quelquefois même d'ortbopnée, les quintes de toux incessantes, les douleurs insupportables que le malade ressentait dans la poitrine, l'épaule gauche et l'oreille, modifiés après la première séance, ont disparu presque complètement pendant les deux jours qui ont suivi les deux séances d'électrolyse, et le malade témoignait toute sa joie de n'avoir plus de douleur ni d'étouffement s et de pouvoir
respirer à fond. . (
Il survint malheureusement aussi une hémiplégie complète droite, comme conséquence de la première séance d'électrolyse ; mais sa disparition en trois jours suffit à en montrer le peu de gravité.
Les constatations cadavériques ont confirmé en tout point les signes observés pendant la vie. Les parois de la poche en rapport avec la partie des parois thoraciques où ont été implantées les aiguilles étaient tapissées de caillots fibnneux, lamelliformes, appliqués les uns sur les autres par des séries de couches concentriques; ceux-ci, de formation récente, renfermaient encore des hématies dans leurs mailles fibrineuses. La poche sternale était complètement comblée par des caillots fibrineux consistants, 1res adhérents aux parois amincies de cette tumeur, qui menaçait de se rompre. {Union médicale du Nord-Est, mars.)
Deux nouveaux faits, traités par M. Dujardin-Beaumetz, ont démontré ce que l'on peut attendre de ce procédé. Le premier est relatif à un homme de cinquante -trois ans, malade depuis deux ans, avec tare syphilitique. 11 garde le
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lit depuis plus de neuf mois et ne calme ses douleurs intolérables que par des injections répétées de morphine.. Dyspnée et liémoptysies. Une vaste tumeur molle occupe la moitié supérieure gauche du thorax, débordant de quelques centimètres le bord droit du sternum, dont la face postérieure est usée, ainsi que celle des deuxième, troisième et quatrième côtes gauches, avec tous les caractères physiques en avant et en arrière d'un anévrysme de l'aorte.
Cinq séances d'électro-puncture ont suffi pour que le malade pût se lever et marcher à l'aise. Une demi-seringue d'injection morpbinée suffisait à calmer ses douleurs. La tumeur, notablement diminuée de volume, était devenue dure et résistante, avec diminution de ses battements expansifs. L'état général était assez bon pour que le malade retourne dans son pays en se disant guéri. Il peut reprendre ses occupations actives, cessées depuis près d'un an.
L'amélioration a été aussi manifeste chez le second malade, marchand de vin de quarante-deux ans, entré à l'hôpital Saint-Antoine le 9 février. Il souffrait depuis quatre à cinq ans et avait parcouru successivement divers hôpitaux. L'anévrysme était aiTivé à sa période ultime : plus de sommeil ni de repos, toux incessante, dyspnée extrême,, impossibilité de quitter le lit, douleurs intolérables, accroissement notable et journalier de la tumeur. Après cinq séances d'électro-puncture, les douleurs ont disparu, le malade a retrouvé le repos : il se lève et marche sans inconvénient et repart également dans son pays.
Ce n'est pas la guérison, sans doute; mais, devant ce soulagement, cette amélioration, cette méthode est supérieure à toutes les autres médications. (Bull, de thér., lb juillet.}
Sa valeur est encore justifiée par la statistique suivante. Sur ll i cas collectés par le docteur Petit, il a trouvé :
68 améliorations ;
40 morts sans amélioration ; 3 statu quo ; 3 inconnus.
Parmi les améliorés :
28 ont survécu de 1 à 6 mois ;
26, de 7 mois à 1 an ; 6, de 13 mois à 2 ans ; 4, au-dessus jusqu'à S ans.
6/l ANÉVRYSMES
Un abcès s'est développé accidentellement au siège de la piqûre d'une cinquième application de la galvano-puncture faite le 19 mars dernier par les docteurs Sturges et H Beunett, chez un laboureur de quarante-trois ans, contre un anévrysme de l'aorte. Rien n'avait été changé aux précédentes applications. L'abcès augmenta et prit un caractère érysipélateux. Il avait le volume d un œuf de dinde, avec écoulement d'un liquide jaune sanguinolent, lorsquun flot de sang jaillit subitement le quinzième jour. L anévrysme s'était ouvert, et la mort en résulta instantanément. (Lancet, 7 août.)
Étude expérimentale et clinique de Vèlectro-puncture dans la cure des anévrysmes intra-thoraciques, thèse inaugurale, par L. Robin, Paris, 1880.
Histoire et description du procède opératoire, action dilférente des pôles et la supériorité du pôle positif indications et résultats de l'opération avec expériences et observations cliniques démonstratives, tel est le contenu de ce travail qui peut être considéré comme le résumé le plus complet de cette nouvelle conquête thérapeutique.
Anévrysme de la sous-clavière. Effet ou non de la faveur croisante des méthodes de douceur en chirurgie, l amputation de V épaule, instituée par W. Fergusson comme moyen de traitement radical de cet anévrysme, est en train de succomber en Angleterre sous les aiguilles de M. C. Heath W eu à traiter un anévrysme de ce genre, survenu a la fuite d'une fracture de la clavicule et de la première co te tanches chez un paralysé de ce côté, il amputa l'épaule le f novembre-, mais la tumeur anôvrysmale n'en continua JaTmoms à 's'accroître, malgré la compression et es inje fions d'ei-otine. M. Heath introduisit alors dans le sac, le T*A trois paires de fines "^.^^3^ part en part. Un caillot se forma aussitôt, et les aiguilles Fuit retirées le cinquième jour. La tumeur et l'on pouvait en espérer la guénson, lorsqu une bioncni te ntercuLnte enleva l'opéré le 18 janvier. L'autops. montra en effet la guérison de l'anévrysme le sac étent remph d'une fibrine dense et communiquant avec ^ous-clavière par une petite ouverture faite par la côte brisée. D où il
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conclut que cette méthode est bien préférable à l'amputation aussi bien qu'à l'introduction des fils- métalliques ou des crins de cheval. (Royal med. and chir. Society, 27 janvier. )
On aneurism (Des anévrysmes du thorax et du cou en particulier), par R. Barwell, chirurgien de l'hôpital de Charing Cross; un volume, avec planches. Londres. Relation des succès obtenus par la nouvelle ligature faite avec les parois de l'aorte fraîche du bœuf, laquelle, par son élasticité, peut être appliquée sans rompre les membranes artérielles. L'emploi du listerism en est aussi une condition. Une double ligature de ce genre, faite sur l'innominée contre l'anévrysme, a donné ainsi trois guérisons sur quatre cas. Sept autres applications dans la continuité des plus grosses artères sont également relatées, sans qu'il en résulte la preuve de la non-division des parois artérielles par ce nouveau tissu.
ARSENIC. 11 est curieux de montrer jusqu'où vont aujourd'hui les recherches de la jeune école pour rendre plus positives les applications de la thérapeutique, celles des poisons en particulier. Les expériences de M. Scolosuboff ayant démontré que l'arsenic se localise dans le cerveau (V. année 1876), il s'agissait do déterminer la partie même du cerveau dans laquelle il se concentre ou du moins le principe qu'il neutralise ou élimine en le remplaçant. Et supposant — car il faut toujours partir d'une induction avant d'agir — que l'arsenic détruisait le phosphore, lequel ne peut s'éliminer que par l'urine, MM. Scolosuboff et Gautier ont institué des expériences d'après ces prémisses.
Après avoir dosé exactement à plusieurs reprises l'acide phosphorique de l'urine de plusieurs cobayes, ils les ont soumis à un régime identique en y mêlant ensuite de faibles doses d'acide arsénieux jusqu'à leur mort. Deux séries d'expériences ont été faites du 10 janvier au 2 avril 1879 , sur un cobaye ayant absorbé 685 dix-millièmes d'acide arsénieux en trente-trois jours , tandis que le second en a pris' 91 o en trente-huit. Or, comme dans cet intervalle l'élimination du phosphore par l'urine, restée de .") à 700 dix-millièmes par jour avant l'administration de
66 ARSENIC
l'arsenic, s'est tout à coup élevée graduellement jusqu'à 1700 dix-millièmes et plus pendant son absorption, les auteurs en concluent que l'influence d'un traitement arsenical augmente considérablement l'élimination du phosphoredans les urines.... des cobayes. Et, sa diminution ayant été constatée cbez l'bomme dans le cours des affections cérébrales, ils s'en servent pour prouver que sa surélévation dépend exclusivement d'une substitution de l'arsenic par Le pbospbore dans le cerveau et non d'un état pathologique de l'animal.
Telle est la science du jour. Au lieu d'observer directement sur l'bomme, — ce qui serait facile avec l'administration fréquente de l'arsenic, — on y substitue le cobaye, comme plus rigoureux, et l'on assimile, on confond même les résultats obtenus de part et d'autre pour en inférer que le traitement arsenical provoque l'élimination du pbospbore du cerveau. Que l'on en conclue que l'arsenic semble remplacer le pbospbore de l'acide pbospbo-glycérique contenu dans la lécitbine, en produisant un acide arsénio-glycérique à sa place, c'est bien, il est permis de tenter toutes les expériences et les réactions à ce sujet; mais inférer de là quoi que ce soit pour une tbérapeutique sérieuse et positive de l'arsenic nous semble une pure spéculation scientifiqui'.
Influence des corps gras sur l'absorption; tbèse inaugurale soutenue à la Faculté de médecine de Lyon, par le docteur A. Chapuis, maître de conférences à cette Faculté- Lyon, 1880. .
Résultats d'expériences faites sur des cbiens avec de 1 acide arsénieux porpbyrisé et mélangé intimement à du beurre frais. L'auteur et un de ses amis se sont même soumis à l'ingestion quotidienne, pendant cinq à six jours consécutifs, de b centigrammes d'acide arsénieux dans 5 grammes de .beurre, et, dans tous les cas, les résultats ont été les mêmes.
L'arsenic seul est beaucoup plus toxique que mélange aux corps gras. Sous cette dernière forme, il est réellement absorbé, mais tardivement, sept à huit heures après 1 inges- • tion. Mais, une fois l'absorption commencée, elle se continue de telle sorte que, à doses égales, l'arsenic mélangé aux corps gras est, en fin de compte, absorbé en plus grande quantité que s'il était seul, probablement par la formation
ARSENIC
de l'hydrogène arsénié. Des analyses comparatives, jour par jour, des urines et des [matières fécales, en ont donné la preuve.
Son élimination suit de près l'absorption. On en constate la présence dans les urines huit heures environ après l'ingestion, soit une demi-heure après l'absorption. Elle est très rapide. C'est au début que les urines en contiennent le plus, et elle serait complète en vingt-quatre heures, s'il n'en restait pas dans le tube digestif.
Ingéré et absorbé de cette manière, l'arsenic ne se localise pas et n'entre pas en combinaison avec les tissus, comme dans les autres conditions. C'est là un fait de la plus haute importance pour les médecins légistes. Des animaux soumis à un traitement semblable pendant trente jours, et qui ingéraient de '6 à 7 centigrammes d'acide arsénieux par jour, ne présentèrent à l'autopsie aucune localisation, aucune altération d'organes. Pas d'arsenic dans le cerveau, la moelle, les muscles, le foie; une certaine quantité dans la peau et les poils. Cependant les urines avaient été tout le temps fortement arsenicales : la quantité d'arsenic éliminée par cette voie peut être évaluée par jour de 9 à 12 miligrammes calculés en acide arsénieux.
Il n'a pas davantage d'action corrosive sur la muqueuse de l'intestin, tandis que, ingéré seul, il ne tarde pas à y déterminer des désordres irréparables.
La mort peut survenir à la suite du traitement arsenical gras longtemps continué, sans accidents préalables bien marqués. L'animal meurt presque subitement, avec tous les symptômes d'un empoisonnement aigu : vomissements répétés, diarrhée abondante, hoquets, dyspnée, accompagnés de phénomènes nerveux que rien ne faisait prévoir un jour ou trente-six heures auparavant.
Il y a donc des différences considérables dans la marche de l'empoisonnement par l'arsenic, suivant qu'il est administré seul ou associé aux corps gras. Ceux-ci peuvent retarder le passage du poison de l'intestin dans l'organisme, en atténuer les conséquences ; mais ils sont impuissants à empêcher l'absorption définitive et ne doivent pas être considérés comme un antidote.
En résumé, la lenteur de l'absorption, ou plutôt le long intervalle compris entre l'ingestion d'une part, l'apparition
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des premiers phénomènes d'intoxication et l'élimination d'autre part - en second lieu, l'absence de localisation, le manque d'ulcérations du tube digestif ; enfin la mort survenant presque subitement, sans accidents prémonitoires et avec le cortège des manifestations ordinaires de l'empoisonnement aigu : voilà des caractères bien suffisants pour imprimer une physionomie toute spéciale à l'intoxication par l'arsenic mélangé aux corps gras.
ASPHYXIE. Asphyxie par les vapeurs de charbon.
Glycosurie passagère. Deux nouvelles observations de ce phénomène — recueillies parle docteur Ollivier dans son service de l'hôpital Lariboisière sur deux hommes s'étant asphyxiés par le charbon, et dont l'un a succombé, — montrent que cette présence du sucre dans l'urine est proportionnée, dans sa quantité et sa durée, à la gravité même de l'empoisonnement, preuve évidente qu'elle en dépend. On peut d'autant mieux s'en assurer que la rétention d'urine ordinaire, dans ces cas, oblige de recourir au cathétérisme. On n'en constata ainsi que de minimes quantités pendant les deux premiers jours chez le jeune homme qui guérit ; au contraire, le vieillard, qui mourut, en présenta des quantités plus notables pendant les quatre jours suivants. Ce signe même pourrait donc éclairer le pronostic de l'empoisonnement.
Ce symptôme du début est si léger que, sur les quatorze observations d'empoisonnement par le charbon rapportées par Friedberg eu 1866, il ne se montra que dans quatre cas. On le rencontre plus souvent chez les animaux asphyxiés expérimentalement. Aussi l'étiologie en est-elle des plus obscures comme sur toutes les autres variétés du diabète. L action asphyxiante de l'oxyde de carbone sur les globules du sang, éclairée par Cl. Bernard, ne parait pas avoir élucidé cette question. C'est du moins ce qui résulte de l'historique très bien fait à ce sujet par M. Ollivier. [Archives de méd., novembre 1879.)
Suivant les expériences de M. Dastre, cette glycémie asphyxique serait une conséquence immédiate de la soustraction de l'oxygène. La quantité de sucre est proportionnée à la rapidité de l'asphyxie. Elle augmente et diminue à volonté, suivant que l'on donne plus ou moins d'air à l'animal ou que l'on gêne plus ou moins sa respiration. Moins il y a
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d'oxygène dans l'air respiré, plus il y a de sucre dans le sang. L'asphyxie sous cloche et par dépression a mis ce fai hors de doute. L'oxyde de carbone ne serait pour rien dans ce résultat. (Acad. des sciences, octobre 1879.)
Asphyxie par le gaz d'éclairage. Lorsqu'il se produit une perte de gaz aux abords des maisons, soit par une fuite, soit par un siphon vide, comme on en dispose en quelques points sur les tuyaux pour en retirer l'eau de condensation, si l'accident a lieu au moment où les couebes supérieures de la terre sont gelées, le gaz, au lieu de s'échapper immédiatement à travers le sol devenu imperméable, s'infiltre au loin et vient se dégager dans les caves ou les sous-sols, d'où il gagne facilement les appartements. Dans les faits observés, dit M. Layet, les phénomènes graves d'empoisonnement ont été presque toujours précédés d'un certain nombre d'accidents, comme des nausées, de la céphalalgie, des vertiges, etc., ce qui, joint à l'odeur insupportable répandue dans les maisons, peut mettre sur la voie du diagnostic et permettre de prendre des mesures préventives. Quant à l'agent toxique, on sait que c'est l'oxyde de carbone, enlrant dans la composition du gaz d'éclairage en quantité plus ou moins considérable, qui doit être avant tout incriminé. Aussi les accidents sont-ils ceux de l'empoisonnement par ce gaz et doivent-ils être traités comme tels. C'est donc à diminuer ou supprimer ce produit dans le gaz d'éclairage que doit tendre l'industrie, autant que possible, et aussi à diminuer les causes d'infiltration qui se produisent plus particulièrement au moment des gelées. {Revue d'hygiène.)
Les fortes gelées qui ont sévi pendant les mois de décembre et janvier de l'hiver dernier ont produit partout plusieurs accidents de ce genre par l'éclatement des conduites d'eau et de gaz. Peu de villes ayant une usine à gaz n'ont eu à déplorer des cas d'asphyxie. En voici un exemple, semi- dramatique et semi-comique, observé à Mâcon par le docteur C. Biot.
A 60 ou 80 mètres de l'usine à gaz vivaient les époux D., dans une maisonnette à deux étages dont les murs en pisé ont une épaisseur de 40 centimètres environ. La façade sur la rue est constituée par des châssis vitrés, et l'autre, plus
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massive, ouvre sa porte et ses fenêtres sur un petit jardin au levant se terminant par le mur du gazomètre.
Le mari de cinquante ans et la femme de quarante-cinq couchaient au rez-de-chaussée, dans une chambre carrelée, dont une fenêtre de 60 centimètres sur 40 était l'unique ouverture sur le jardin. Son entrée est dans la pièce sur la rue, dans le plancher de laquelle existe une trappe de- 2 mètres de long sur 1 de large qui donne accès dans une excavation servant de cave.
Le 21 décembre 1879, à dix heures et demie du matinr j'étais appelé dans cette maison pour secourir une femme qui respirait à peine et se mourait, disait-on. Elle était étendue dans son lit, la face pâle, les lèvres cyanosées, respirant avec une difficulté extrême, ayant les pupilles contractées, égales , mais insensibles aux excitations lumineuses. Le pouls, régulier, bat 116 par minute. Pas d'odeur spéciale de la respiration ni de contracture des membres, mais sans la flaccidité absolue, comme dans le cas d'hémorrhagie cérébrale. Dans la chambre, aucune odeur spéciale. Pas de feu dans le poêle, qui ne contient d'ailleurs que des débris de houille. Sur la cheminée et la table, pas de flacon à allures suspectes.
Voici les renseignements donnés par le mari.
Le vendredi précédent, c'est-à-dire trois jours auparavant, les deux époux se réveillèrent à l'heure habituelle, ayant tous deux mal au cœur, la tête lourde, sans savoir à quelle cause attribuer ce malaise. Le mari s'empressa alors d l'aller chez le pharmacien, qui délivra une purgation que les deux époux partagèrent. Dans l'après-midi, ils se trouvèrent mieux et purent vaquer à leurs occupations habituelles.
Le lendemain, samedi, le mari n'éprouva rien de particulier, sinon encore un peu d'inappétence. La femme avait de nouveau la tète chaude et des nausées fréquentes. Cependant ils prirent leurs repas comme d'habitude et s& couchèrent, vers huit heures du soir, dans un état relativement bon. Dans la nuit, le mari s'aperçut que sa femme, contre son habitude, ronflait très fortement. Au matin, lorsqu'il se leva, sa femme ronflait toujours; quant! à lui, à peine était-il sur pied, que, perdant l'équilibre à caused'un violent mal de tête, il tomba tout de son long. Tl voulut
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se relever et aller à la fenêtre pour respirer un air plus frais ; mais une nouvelle chute l'en empêcha. Il prit alors 3e singulier et stoïque parti de remonter dans son lit, et il se rendormit. Vers dix heures et demie, une parente qui venait les voir, trouvant portes et fenêtres closes, et apprenant des voisins qu'on ne les avait pas encore vus sortir, s'inquiéta et, brisant un carreau de vitre, ouvrit la fenêtre du dehors. Le mari eut alors la force de se lever et d'aller ouvrir la porte. La femme était toujours endormie profondément. Sa parente, inquiète de ne pouvoir la tirer de ce sommeil, lui fit respirer du vinaigre, lui mit des compresses d'eau vinaigrée sur la tête, et ouvrit portes et fenêtres pour •changer rapidement l'air de la chambre, puis on m'envoya chercher.
Une asphyxie étant évidente , il s'agissait d'y remédier sans en déterminer la cause. Une injection hypodermique d'éther ranima un peu la malade; on lui fit respirer de l'ammoniaque et couvrir les jambes de sinapismes. Un quart d'heure après, elle ouvrit les yeux, balbutia ensuite, et, une heure après, elle était hors de danger. A la visite du soir, la connaissance était revenue et il n'y avait plus que de là céphalalgie ; mais, saisi en entrant par une odeur de benzine, j'en recherchai la cause. Le mari et les voisins l'attribuaient à celle du pétrole provenant de quelques fûts déposés à côté Je fis lever la trappe, et à l'odeur qui me suffoqua, je pus affirmer que cette femme avait été empoisonnée par le gaz d'éclairage ou les émanations de l'usine voisine. La 'terre étant gelée à plus de 80 centimètres, les vapeurs >n ayant pu se dégager plus près de leur source, étaient venues sourdre dans la cave, dont les parois perméables en facilitaient le hbre dégagement. Je prescrivis d'abandonner le rez-de-chaussée et de coucher au premier éta°-e
Le lendemain cependant, les époux D. avaient résisté et ce n est que devant mes craintes d'une nouvelle asphyxie ou d une explosion qu'ils cédèrent heureusement, car dans a nuit suivante, la femme ayant soif, le mari alluma une bougie et descendit pour aller à la cave. Mais, à peine avait-il soulevé la trappe, qu'une vive lueur se produit et le rejette en arrière. Une explosion formidable éclate aussitôt la maison en est violemment ébranlée, les volets et la devanture sont projetés au loin, toutes les vitres sont brisées
le plancher même du rez-de-chaussée est soulevé en bloc et déplacé, lits et meubles sont renversés, le mur se lézarde et le plafond tombe émietté. La malade, restée. au premier étage en fut épouvantée et se crut ensevelie sous les décombres. Réveillés en sursaut à cette détonation, tous les voisins accoururent pour porter secours.
A ma visite, le mari avait les cheveux, les sourcils, les cils la barbe 'entièrement brûlés et toute la face profondément atteinte, ainsi que la région dorsale de la main gauche. 11 en fut heureusement quitte en gardant la chambre une quinzaine de jours. Sa femme n'en éprouva qu'une sorte d'hébétude et de céphalalgie sourde et gravative. Un petit abcès limité se développa au siège de l'injection hypodermique d'éther. (Lyon mèd.)
ATAXIE LOCOMOTRICE. Les nouvelles découvertes françaises sur les redoutables complications de cette maladie ont eu en Angleterre un complément d'instruction officielle qui en a confirmé tous les détails d'une manière éclatante. Trois ataxiques, présentant des lésions osseuses et articulaires types, avec crises gastriques, ont été soumis par le docteur Buzzard à la Société pathologique de Londres comme des exemples irrécusables des découvertes de M Charcot, en s'étonnant que leur importance n'ait pas encore provoqué de débat public au delà du détroit. Le premier est un exemple typique d'arthropathie tabétique (Voy. année 1875). C'est un homme dont la tête et le col du fémur ont entièrement disparu en trois mois, tandis que le tendon supérieur du muscle droit présente une ossification de neuf pouces de long. Les deux autres sont des femmes actuellement en observation à l'hôpital spécial des paralysés L'une est une veuve de cinquante ans, souffrant depuis'onze ans de douleurs typiques des membres et de crises gastriques, ou douleurs déchirantes de 1 estomac et de la poitrine, avec vomissements revenant irrégulièrement de quatre à huit mois d'intervalle. Elle se fractura le col du fémur droit en marchant tranquillement en octobre 18/8. et le fémur gauche se luxa spontanément en se couchant en juillet 1879. Les deux articulations sont mobiles, mais les mouvements sont limités, avec crépitation marquée surtout à droite. C'est donc un exemple de double fracture spon-
tanée, avec désorganisation de la jointure, atrophie et absorption de la tête et du col de l'os droit.
L'autre a trentre-six ans et fait remonter les douleurs fulgurantes des membres à dix ans, revenant par intervalles d'un mois à deux, avec crises gastriques caractéristiques comme chez la précédente, et durant trois à quatre jours chaque mois. Pupilles insensibles; cécité partielle des couleurs, analgésie des extrémités. La jambe droite rougit et enfla, il y a trois ans, sans douleur et, après quelques alternatives de mieux et de pire, la jambe gauche se prit de même. Le genou droit fut dès lors trouvé désorganisé II y avait crépitation, sans douleur, et fluctuation. Le condyïe interne faisait saillie en dedans, et tous les ligaments ont maintenant disparu; le genou gauche se prit de même Puis ce fut l'épaule droite. Le frottement indolore des os de toutes ces grandes articulations donne maintenant un bruit perceptible aux assistants. L'extrême mobilité des surfaces articulaires, en en changeant les rapports, oblige de tenir ces articulations enveloppées solidement
Ces exemples caractéristiques des lésions osseuses et articulaires de 1 ataxie ne sont pas toujours accompagnés des crises gastriques. M. Buzzard les a rencontrées seulement huit fois, dont quatre cas très prononcés, dans cinquante-six cas de tabès de son expérience personnelle. Sur soixante observations d'arthropathie tabétique, collectées dans le, auteurs français, ce phénomène gastrique est seulement
ïïwfifj tT S!X- Et> C,°mme " Peut être rationnellement attubue à la sclérose des racines du nerf vanie ce svmn
tôme gastrique lui semble indiquer que c'est° au SE
de ZZ^'^iï m°elle all°ngée' qUe 1>0n a chan- «Vm V- léS1°nS onSl»aires des altérations du
sys Urne osseux, bien plus que dans les cornes antérieure de a moelle spinale, suivant l'idée de M. Charcot. Trois ré cen es autopsies ayant montré les cellules de ces cornes parfaitement saines infirment celte opinion. Sans réclamer pour cette idée d'autre valeur que celle d'une léSbi hypothèse, M. Buzzard pense que, d'accord avec Pas soda ion cUmque des symptômes, c'est dans cette région que Lanatomie pathologique doit utilement diriger ses recher Ches pour trouver le siège de l'arthropathic tabéLue L-i découverte de ce centre de nutrition des articulations dans