‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales (volume 2)Chapitre 34 sur 149 · C.HORÉE · texte numérisé non relu

C.HORÉE

droit ayant été inutilement traitée fut sacrifiée de la même manière que dans le Ciis précédent. L'insufdalion pulmonaire est pratiquée pour remplacer l'aclion spasmodique du diaphragme, et dès lors rien n'est changé dans les convulsions du membre atteint que l'abolition des mouvements volontaires rend môme plus appréciables. On voit alors qu'elles s'étendent dans les muscles de la masse commune, et dans ceux de la queue du mêmecôlé etjusquedans les extensf urs des doigts du membre antérieur gauche. Une section entre les deux dernières vertèbres dorsales fait cesser subitement la convulsion des muscles en arrière de cette section. Puis, en cessant la respiration artificielle, elle cessa dans la patte droite avec les mouvements du cœur.

Or, étant prouvé que l'axe médullaire perd ses propriétés vitales presque immédiatement après la mort, et que le pouvoir ridexe cesse avec les battemetils du cœur, tandis que la motilité persiste un temps plus ou moins long si la section des nerfs musculaires ne vient l'interrompre instantanément, il est prouvé par cet exemple que la persistance des convulsions pendant la respiration artificielle et leur ces.sation immédiate ne pouvaient y être entretenues que par l'action réflexe de la moelle épinière. Reste à déterminer l'influence qui la met en jeu. {Mém. de la Soc. des se. méd. de Lyon, 1864.)

Étant reconnu que l'aliénation mentale en est souvent l'aboutissant, M. Thore a montré, par le résumé des travaux publiés sur ce sujet et deux observations originales, que dans ce cas la chûrée est rarement isolée et que l'on n'a pas assez tenu compte de ses complications dans l'explication pathogénique des troubles intellectuels (,4)iH. méd. psycholog., mars). Ce serait donc moins la clioréequi y conduirait que les antécédents des malades, ce qui rentrerait dans l'éiiologie ordinaire de la folie.

Traitement. L'aphorisme suivant a été trouvé dans les notes cliniques de Bretonneau :

XXXiV. — Le nitrate d'argent est un excellent remède contre la danse de Saint-Guy ; j'en ai fait prendre plus de 4 onces à un jeune homme de la ville, que vous avez peutêtre remarqué. à cause de la couleur bronzée de sa peau, couleur qu'il conservera probablement toute sa vie. Chez lui, la maladie était héréditaire, et portée à ce point qu'il était trèsdifficile de le faire manger ; le nitrate d'argent seul a pu triompher de cette affection nerveuse si rebelle.

CIRRHOSE. ioô

Fève de Calabar. A l'exemple du docteur Harley et d'autres praticiens anglais, le docteur M. Laurin a employé la teinture de ce nouveau médicament à la dose de 2 t;oaties par jour, équivalant à 8 grains de la fève. C'était chez un garçon de neuf ans atteint depuis plus d'un mois, et qui ne pouvait plus ni marcher ni se servir. Knlré à l'hôpital de Greenwich, il s'ainéliora bientôt sous l'influence de ce médicament, sans nul accident. {Lancel, n° XIV.)

CHROMIDROSE. Cliromîdrose jaune. Variété observée par M. de Moerloose sur une fille hystérique de vingt-trois ans qui, à la suite de troubles menstruels, présentait sur la face une couleur jaune brunâtre se perdant insensiblement sur le cou, vers les clavicules. Cette matière colorante, qui s'enlève avec l'huile, est insoluble dans l'alcool et l'éther et inattaquable avec l'acide sulfurique. MM. Coppee, Van Wesemael, Ingels et de Moerlooîe ont vu la couleur enlevée se reproduire sous leurs yeux ; la reproduction était plus facile quand la température était plus élevée. (Soc. de méd. de Garni, octobre 1 864.)

C'est donc là un fait analogue à la couleur bleue ou noirâtre dont plusieurs exemples sont relatés dans le traité de la chromocrinie cutanée de M. Le Roy de Méricourt.

CIRRHOSE. Cirrhose pulnionairc. Si la pénétration de» poussières organiques , et inorganiques dans les voies aériennes est démontrée aujourd'hui, il n'en est pas do même de la natnre des lésions organiques qu'elles provoquent. Les opinions varient à ce sujet suivant la nature des poussières inspirées et les symptômes observés. Pour les uns, c'est laphlhisie pulmonaire, pour d'autres, c'est l'emphysème, l'asthme, un catarrhe particulier ou une maladie spéciale appelée anlhracose. Par des expériences suivies d'autopsies sur "ffl^Tapînset la relation de sept observations complètes avec autopsie de tailleurs de pierre, M. Fellz, chef des cliniques à l'hôpital civil de Strasbourg a constaté à l'aide du microscope une altération cirrhotique, une cirrhose pulmonaire bien définie ayant de nombreux points de ressemblance avec la tuberculose, et qui ne s'en distingue qu'à la troisième période. On explique ainsi la méprise, et si l'on ajoute que les ouvriers prédisposés à la tuberculose y succombent bien réellement, on comprend les dissidences qui se sont produites à cet égard.

ciniulûsK.

Comme dans l'évolution tuberculeuse, la cirrhose pulmonaire compte trois périodes : dans la première, il y a hypertrophie vl multiplication des cellules plasmatiques par la division des noyaux des anciennes, absolument comme la prolifération de ces cellules qui caractérise la première ph;ise du processus tuberculeux. Dans la seconde période, les cellules néoplasiques deviennent fusiformes, s'accolent par leurs bouts, et par leur accumulation donnent lieu à de petits noyaux blanchâtres très-apparents, absolument semblables aux nodosités blanchâtres delà seconde phase tuberculeuse. Mais tandis qu'à la troisième, ces cellules passent à la dégénérescence graisseuse dans le tubercule qui est ainsi ramolli, les fuseaux deviennent fibres au contraire dans la cirrhose; il y a formation complète de tissu fibreux parfaitement reconnaissable à l'œil nu ; il n'est autre que du tissu de cicatrice ordinaire. Ce tissu néoplasique sillonne en tous sens le parenchyme pulmonaire, car l'irritation s'étend du tissu connectif des bronches au tissti conneclif interlobulaire et sous-pleural.

Il est ainsi impossible de distinguer une nodosité tuberculeuse du bouton de cirrhose sans le microscope. Or. dans la plupart des autopsies de tailleurs de pierre, il est question de fî/tercu/es criis. Onles eût appelés de même dans trois ou quatre des observations de M. Feltz sans l'examen microscopique. L'erreur est donc expliquée.

La cirrhose pulmonaire entraîne consécutivement une espèce d'emphysème décrit par Rokitansky le premier et confirmé par plusieurs autres observateurs. Il estcaractérisé par la dilatation des lobules et l'effacement de leurs alvéoles, et ressemble à celui que produirait une ligature jetée sur une portion du poumon.

Le docteur Jordan confirme cette distinction anatomique par la distinction des symptômes observés pendant la vie parmi les aiguiseurs sur acier des fabriques de Suhl [Ann. d'hyg. et de médi légale, avril). Tout se borne pendant de longues années, dit-il, chez les ouvriers qui commencent à aiguiser tard et qui n'ont pas de dispositions aux maladies chroniques du poumon, à un état asthmatique sans diminution des forces, précédé depuis longtemps par la loux et accompagné d'une expectoration abondante de mucosités et de grumeaux de poussière. Celte dyspnée assez intense est avec la toux le seul symptôme incommode, et l'on ne trouve à l'exploration qu'un thorax proéminent et bombé en avant, d'une circonférence agrandie et un élargis-

(URRHOSt;.

.somont des inlei-valles intercostaux, d'une sonorité remarquable |,artout avec une respiration bronciiique mêlée de bruits divers. Cet état se prolonge pendant plusieurs années, et il n'est pas rare alors de voir ces ouvriers atteindre la cinquantaine, qui est la vieillesse pour un aiguiseur.

Un signe non mentionné encore par les auteurs distingue péremptoirement cette affection de la phtliisie : c'est l'absence d'hérédité sur laquelle insiste l'auteur. Ses observations particulières et des recherches multipliées dans une localité aussi bien placée pour cette enquête lui ont démontré que les aiguiseurs, à l'époque où ils présentent la maladie parfaitement caractérisée, engendrentdes enfants sans la moindre disposition a la môme maladie.

Chez les ouvriers jeunes, au contraire, ou ceux qui portent le germe de la tuberculisation pulmonaire, la loux et la dyspnée, débutent simultanément; la première, d'abord sèche, devient purulente après plusieurs crachements de sang, et fréquemment mêlée de concrétions calcaires. On observe une chute rapide des forces, de l'amaigrissemenl, etc., et le malade présente les phénomènes bien connus de la phthisie pulmonaire, auxquels se joint la coUiqualion au dernier moment. Tel est le sort des apprentis appelés très-jeunes à l'aiguisage, et qui périssent misérablement entre vingt à trente ans.

C'est ainsi que chez les tailleurs de pierr» on ne rencontre pas toujours cet élat cirrhotique; parfois, c'est une ulcération du parenchyme pulmonaire, déjà signalée par M. Desayvre (de Chatellerault) et même une véritable évolution tuberculeuse dans quelques cas. D'où M. Feltz conclut que les poussières, chez les tailleurs de pierre, provoquent un travail inllammatoire qui conduit presque toujours à la cirrhose pulmonaire, quelquefois à l'ulcération du parenchyme et à la tuberculose seulement, quand il y a pi'édisposition du sujet, [Gaz. méd. de Slrasb , 2 et 3.)

Ce mémoire, suivi d'une bibliographie très-complète , apporte ainsi des éclaircissements pathogéniques Sïir cette question tant controversée de la nature de la maladie des ouvriers qui inspirent des poussières et notamment des tailleurs de pierfe. L'examen microscopique des poumons des mineurs, des charbonniers, des boulangers et de tous ceux qui, par leut profession, sont exposés à inspirer des poussières, permettra déjuger à l'avenir si l'observateur alsacien a bien vu.

Page 1