‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicales (volume 2)Chapitre 46 sur 149 · CURARE · texte numérisé non relu

CURARE

les émanations qui se dégagent du cuivre en fusion, sont pris d'oppression passagère comme il l'a éprouvé lui-même, espèce (le spasme qu'il attribue au dépôt des particules mélalliqiies sur les muqueuses des voies aériennes qui les irritent et les dessèchent. Mais cet accident se dissipe rapidement au grand air et l'expulsion de ces par ticules a lieu avec l'expectoration

Un autre accident plus grave accusé par ces ouvriers e?t une h douleur localisée sous le nom de colique à la partie supérieure et moyenne du ventre. Sur 78 fondeurs ou chaudronniers, les deux tiers au moins l'avaient éprouvée. Ce ne sont pourtant pas ces coliques toxiques admises par les anciens observateurs et niées par les modernes. C'est une sensation douloureuse augmentant à la pression, et résidant chez la plupart à l'épigaslre ou entre celui-ci et l'ombilic, à peu près dans la direction du côlon transverse. 11 y a des nausées, parfois des vomissements et plus rarement de la diarrhée. Ces symptômes sont passagers et durent au plus deux à trois jours sans que les ouvriers s'en inquiètent, qu'ils recourent au médecin. Ils se guérissent euxmêmes par l'ingestion d'une abondante quantité de lait. 11 est des ouvriers qui éprouvent ces accidents dès qu'ils se remettent au travail du cuivre, et qui en sont débarrassés dès qu'ils l'abandonnent [Arch. de méd. navale^ janvier). S'il est impossible de voir là l'expression de l'empoisonnement admis par certains observateurs, et généralement niée aujourd'hui, il n'est pas moins vrai qu'il faudrait voir là une action spéciale du cuivre, à moins qu'elle ne dépendît des conditions spéciales de la profession comme la chaleur, la fumée, les poussières développées par les différentes opérations que les observations ultérieures pourront élucider.

CURARE. Son emploi dans les affections tétaniques a conduit le docteur Laudenberger à l'essayer chez un homme robuste de vingt-neuf ans, pris, à la suite d'un refroidissement, de toux sèche, entrecoupée et de troubles graves de la respiration, quoique les organes thoraciques fussent à l'état normal. Un endolorissement de l'hypochondre gauche et une douleur i:ravative au niveau de la dernière vertèbre dor.sale, s'étendant bientôt à tout le dos, apparurent avec des spasmes toniques, puis cloniques du bras gauche. Un véritable opisthotonos et des secousses convulsives générales s'ensuivirent, surtout du côté igauche, les muscles de la face, le larynx et le pharynx excep-

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lés. Les accès duraient de un à trois quarts d'heure avec perle de connaissance el délire, fréquence du pouls, paralysie et analgésie delà jambe gauche.

Contre cet état qualifié de ménintjile spinale, tous les dériva, tifs locaux et généraux, l'opium, la quinine, le camphre, les bains froids, etc., furent employés vainement pendant un mois. Les injeclions hypodermiques avec 4 2 milligrammes de curare, puis 25 furent pratiquées deux fois par jour. Dès la sixième^ les convulsions étaient diminuées et cessèrent le sixième jour, après des sueurs profuses. {Vurtemb. corr. bl., 1 864.)

Quelle que soit au juste celte affection, il est certain que l'élément convolsif, tétanique, en a été efficacement combattu par cet énergique poison.

M. Spencer- Wells l'a employé aussi avec succès contre le tétanos compliquant l ovariotomie. Voy. ce mot.

Curarine. A cause de ses singulières propriétés sur le système nerveux, le curare a acquis depuis quelques années une grande célébrité parmi les physiologistes ela été l'objet de plusieurs essais thérapeutiques sur l'homme. Mais les principaux obslaçles à son étude physiologique et thérapeutique résident dans l'ignorance de la composition de cet agent et l'incertitude de son dosage, à cause des grandes variétés qu'il présente dans son intensité d'action. M. Cl. Bernard a pu expérimenter sur dix ou douze sortes de curares, tels qu'ds arrivent des Indiens de l'Amérique du Sud, fixés sur l'extrémité de flèches empoisonnées ou renfermés dans des calebasses ou de petits pots en argile. Dans ces expériences, plusieurs échantillons se rapprochaient beaucoup les uns des autres par leur énergie; mais il s'en est aussi rencontré qui différaient considérablement et dont l'intensité toxique pouvait varier enlre eux comme 1 est à 6. Il en est résulté aussi que les curares les plus violents étaient généralement ceux qui recouvraient l'exlrémité des flèches empoisonnées ou ceux contenus dans les petits pots d'argile, tandis que ceux des calebasses étaient ordinairement moins actifs et donnaient pour le même poids de substance une dissolution aqueuse bien moins colorée.

Le curare est un extrait noir, cassant et d'apparence résinoïde, composé, d'après le récit des voyageurs, d'un très-grand nombre de substances végétales et même de matières animales. Dès lors se présentait la question de savoir si son action, déler-

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minée aussi exactement que possible sur l'animal vivant par le i,M and physiologiste, devait être considérée comme appartenant il un principe actif unique mêlé à d'autres substances inertes, ou bien si celte action du curare était la résultante de plusieurs principes actifs distincts les uns des autres, mais associés dans l exlrait curiarique en proportions différentes, ainsi que cela a lieu pour les principes actifs de l'opium, par exemple. Il s'agissait donc de rechercher si la curarine, déjà signalée par MM. Boussingault et Roulin, représentait à elle seule tous les effets réunis de l'extrait curarique, ou bien si elle n'en manifestait qu'une partie. M. le docteur W. Preyer jeune étant parvenu à extraire la curarine à l'état de pureté, comme le montre sa Note communiquée à l'Académie, M. Cl. Bernard a pu en étudier comparativement les effets physiologiques avec ceux du curare. En voici les résultats.

1° La curarine est beaucoup plus active que le curare d'où elle est extraite. L'expérience sur les animaux a montré que celle provenant des curares contenus dans des calebasses, et par conséquent les moins actifs, était au moins vingt fois plus énergique. Un milligramme de curarine en dissolution dans l'eau, Injecté sous la peau d'un lapin de forte taille, le tue très-rapidement, tandis qu'il faut 20 milligrammes de curare injectés de même pour obtenir cet effet,

2° Sauf l'intensité, les effets physiologiques de la curarine sont identiques avec ceux du curare. L'action est exactement la même sur le système nerveux, et, aussi loin que celte comparaison physiologique a pu être poursuivie, aucune différence apparente n'a été observée. En outre, la curarine a paru rester, comme le curare, très-difficilement absorbable par le canal intestinal.

De ces simples indications , jointes aux observations de M. Preyer montrant que les résidus du curare d'où l'on extrait la curarine cessent d'être actifs , il paraît établi que l'action toxique si remarquable du curare est due à un principe actif unique, résidant dans une espèce d'alcaloïde.

Quant à savoir quelle est la plante, les plantes ou la substance quelconque qui fournit la curarine, M. Cl. Bernard a pensé que celle question ne pouvait se résoudre qu'expérimentalement, c'est-à-dire en faisant séparément et successivement des extraits avec les diverses plantes ou ingrédients que les récils des voyageurs indiquent comme entrant dans la compo-

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