ENSEIGNEMENT
par la Fédération médicale, dans la réunion du 14 mai, cette I demande a d'autant plus d'importance qu'elle n'est ni isolée ni individuelle. Il appartient surtout à ces grandes associations professionnelles, libres et indépendantes, de résoudre les divers problèmes qui agitent et troulilent l'ordre médical. La dépendance budgétaire des Académies leur a fait négliger cette partie intéressante de leur mission ; elles ne pouvaient se montrer exigeantes envers les gouvernements qui les subventionnaient, et elles ont trouvé plus commode de limiter exclusivement leur action à la partie scientifique. En méconnaissant celte nécessité impérieuse de notre temps de s'occuper également "des questions sociales ei professionnelles, elles ont donné naissance à un pouvoir rival et distinct qui, en comblant cette lacune par son initiative, est destiné à remplir un rôle non moins utile et non moins grand que ces corps savants.
De la liberté de l'enseignement médical, par M. le docteur Dupré, professeur d'anatomie et de chirurgie à l'École pratique. Brochure in-8" de 32 pages. Germer Baillière.
Abolition du monopole de l'État dans l'enseignement et liberté de la concurrence, voilà le résumé de ce programme libéral.
I Centralisation pour l'examen, décentralisation pour l'enseignef ment, en sont les deux termes. C'est l'opposé du système prO'^ ■ posé par M. Jaccoud, dans son rapport concluant au monopole
de l'enseignement et des examens. Pour les facultés, M. Dupré
II s'accorde ainsi avec M. Diday, pour un corps enseignant séparé des examinateurs.
Eascignemcnt en Angleterre. Une diminution considérable du nombre des étudiants, à Londres, a été la conséquence des nouvelles conditions mises à leur éducation préliminaire, accessoire et professionnelle, ainsi qu'il résulte du tableau suivant des examens faits par les différents corps enseignants.
1 Examen. 2e Examen.
Admissions. Refus. Admissions. nefus,
1315 inscriptions seulement ont été prises cette année, dont 4210 après un examen préliminaire, 103 candjcjats en ayant encore été dispensés.
S'il est curieux de comparer ces chiffres avec ce qui a lieu à
ENTROPION.
Paris, c'est surlout sous le rapport de la sévérité des actes, dont la proportion des ajournements permet de ju^er. D'après le rapport de M. Tardieu, elle était de 1 : 6, soit 16,67 p. iOO en 1 864 ; elle est de 1 8 pour le premier examen et de i 1 ,72 pour le second à Londres, soit 15 p. 100 en moyenne. La conclusion à en lirer est facile. D'où l'utilité de ces rapports annuel-!, minutieux, clairs et précis sur l'enseignement médical.
Conaullations graluiles. Source féconde d'instruction pour les élèves, dont ils ne profitent guère par la rapidité et le peu de soin avec lesquels elles ont lieu ; la plupart des élèves ne les suivent même pas, tandis qu'elles pourraient être très-utilement érigées en polycliniques comme en Allemagne. Il suffirait à cet égard que le chef de service désignât les élèves chargés d'aller visiter à domicile les malades dans l'intervalle d'une consultation à l'autre, soit toutes les semaines pour éclairer, élucider les cas de diagnostic douteux, ou en surveiller le traitement. The Lancet, n° XV, propose un autre moyen d'utiliser cette précieuse ressource d'enseignement. C'est d'obliger les élèves à faire une espèce de surnumérariat à la salle des consultations gratuites en pansant les blessés et recueillant les observations, avant d'êlre admis à faire ce service pour les malades de l'intérieur, et de fixer un jour spécial pour l'examen approfondi des cas de diagnostic difficile ou douteux. En France, ces mesures ne sont guère applicables sous l'empire de la loi et le service de ces consultations fait alternativement par chaque chef de service.
ENTROPION. Un nouveau procédé, emprunté à celui de MM. Jasche et Arlt, modifié par M. de Graefe, est ainsi exposé par M. Warlomont à l'Académie de médecine de Belgique :
La plaque de corne de Jaeger étant introduite sous la paupière supérieure, qu'elle sépare ainsi du globe de l'œil, est confiée à un aide; deux incisions perpendiculaires à la fente palpébrale, comprenant toute l'épaisseur des tissus recouvrant le cartilage tarse et d'une hauteur d'un centimètre environ, sont pratiquées, limitant en dedans et en dehors toute l'étendue du bord palpébral dont le redressement a été jugé nécessaire. Celui-ci est alors saisi par les cils, au moyen du pouce et de l'index, préalablement recouverts de craie pour en rendre le
ENTROPION.
contact plus ferme, et autant que possible tenu écarté de la plaque de corne. Alors le chirurgien introduit à plat, au milieu de l'espace intermarginal, c'est-à-dire entre le sol ciliaire, qui reste placé en avant, et le cartilage tarse, avec l'ouverture des glandes méibomiennes, situées en arrière, un bistouri bien pointu et affilé, qu'il enfonce à environ un centimètre de hauteur et conduit ainsi, depuis le milieu de la paupière jusqu'aux limites marquées par les deux incisions perpendiculaires, de manière à doubler celle- ci et à faire de la table externe, ainsi ménagée, un lambeau rectangulaire adhérent à sa base et présentant à son bord libre les cils qu'il s'agit de redresser. La table interne, qui demeure intacte, comprend le cartilage tarse avec son système glandulaire et la conjonctive palpébrale, que l'incision a entièrement respectée.
Ce lambeau quadrangulaire disséqué à la hauteur d'un centimètre environ, il ne reste plus qu'à le fixer dans une position telle qu'il ne puisse plus redescendre à son ancien niveau ; pour cela, on enlève à sa base, au moyen de bons ciseaux courbes, un pli de la peau palpébrale en feuille de myrte, que l'on a préalablement soulevé avec des pinces et parallèlement à cette même base, puis on en réunit les lèvres au moyen de deux ou trois points de suture, qui ont pour effet de remonter et de retenir fixé en haut tout le bord incriminé; on l'arrête définiti- \ement dans cette position, en réunissant par un point de >iiture l'angle inférieur de chacune des extrémités du lambeau quadrilatère à l'extrémité supérieure des deux premières incisions.
De cette opération on comprend l'effet : la cicatrice de la [)laie en feuille de myrte attire en haut et y maintient le bord ciliaire, ainsi définitivement éloigné du globe, et la cicatrice intermarginale se fait, en dehors de tout contact avec la cornée, qu'elle n'est pas destinée à toucher jamais, ni partant à irriter par les irrégularités dont elle pourrait être hérissée. La table interne de la paupière , que l'on a laissée en arrière , est demeurée pourvue de son système glandulaire, qui continue à y remplir son office, c'est-à-dire à lubrifier le bord palpébral, a'msi maintenu dans les meilleures conditions physioloiriques.
Ce procédé opératoire est applicable aux cas les plus graves, les plus étendus, les plus invétérés. Appliqué sept fois dans des conditions que l'on pouvait considérer comme désespérées,
ÉPIDÉMIES
chez des malades qui avaient déjà, pour la plupart, subi d'autres . opérations et qui étaient privés de la vue depuis un grand I nombre d'années, il a produit une telle amélioration que tous ■ ont pu reprendre leurs travaux et même leurs études, et pourvoir à leur subsistance. L'opération est assez longue et laborieuse. M.Warlomont n'eut recours qu'une fois, chez un enfant, à l'emploi du chloroforme. Des fomentations froides sont tout 1 le pansement; les fils sont coupés le quatrième jour, et le quin- • zième la cicatrisation est en général terminée et le succès as- • suré.
ÉPIDÉMIES. Épidémie russe. Dès les premiers mois i de 1865, le bruit étrange que la peste noire régnait en Russie • se répandit tout à coup et vint épouvanter toutes les popula- ■ tiens d'Europe et jusqu'à celles du nouveau monde. Des renseignements demandés de toutes parts, des médecins envoyés de i plusieurs États pour étudier le mal à sa source, convainquirent bientôt que celte épidémie ne présentait rien de nouveau. Il s'agissait tout simplement d'une forme particulière de la . fièvre typhoïde, connue sous le nom de fièvre récurrente, fièvre < à rechute ou relapsing fever des Anglais, recurrendes fieber des ; Allemands, des Espagnols, qHi,sous la forme simple i
et bilieuse, exerçait ses ravages en Russie comme elle s'était , manifestée ailleurs. Si l'incertitude a pu régner au début de i cette épidémie, qui ne s'était jamais présentée à Saint-Péters- ■ bourg, le diagnostic fut bientôt fixé et déterminé.
Elle débuta à la fin d'août 1864 par cinq ou six cas cha- • que jour. Les premières observations, recueillies par M. Her- • mann à l'hôpital d'Aboukhoff, datent de celte époque. Puis i elle se développa tellement qu'au mois de novembre suivant, on en comptait déjà SOO cas dans les hôpitaux civils, vers la i fin de janvier et le commencement de février elle était à son i apogée et amenait jusqu'à 150 réceptions dans les hôpitaux ; civils, et si l'on comprend les cas de typhus ordinaire et d'aulreg i maladies aiguës, le nombre s'en est élevé jusqu'à 250 et même ; 300 par jour. Enfin, elle s'est étendue dans plusieurs dislrictg > du gouvernement de Saint-Pétersbourg et même sur quelques . points de celui de Novogorod, particulièrement sur la ligne ' ferrée, où elle paraît transmise de la capitale. Quelques casse ■ sont aussi montrés dans d'autres, et la maladie mérite d'autant " plus de fixer l'attention que, dans sa forme bilieuse, elle est
ÉPIDÉMIES
Lrès-grave el fait de nombreuses victimes, surtout parmi les hommes.
La période prodromique consiste en deux ou trois accès fébriles dont l'invasion brusque s'annonce tantôt par un frisson violent qui peut se répéter une deuxième fois, tantôt, el plus souvent, par des frissons erratiques. La céphalalgie, une soif vive, l'anorexie, des vomissements, une prostration plus ou moins profonde, se déclarent ensuite. Il s'y joint tantôt une diarrhée, tantôt de la constipation. Un sentiment de brisement des memhres, des douleurs musculaires ou articulaires simulant celles iki rhumatisme, se manifestent parfois dès cette période, et persistent ensuite pendant toute la durée du cours de la maladie.
Ces accès sont séparés par une rémission complète et très- Tusque. Les localisations les plus constantes ont lieu sur la r.Ue, qui acquiert des dimensions considérables et sur l'appareil [liliaire.
C'est- ainsi qu'après vingt-quatre heures, la maladie est constituée : face rouge, physionomie altérée fréquemment, légère teinte ictérique, dès le troisième ou quatrième jour. . Céphalalgie gravative, peau chaude et sèche ; parfois s'observe une certaine tendance à la moiteur. Température à 39, 40 et même 41° cenlig. à 22 inspirations. Météorisme fréquent ; foie légèrement tuméfié, et accroissement presque constant de la raie. Soif vive, anorexie complète ; selles habituellement molles, abondantes, d'un jaune clair. Urine rare avec réaction acide et traces d'albumine, d'un poids spécifique de 1,016 à 4,024 vi de 1,007 à 1 ,009 dans les rémissions. Douleurs musculaires persistantes ; sentiment de prostration profonde et apathie. Pouls de 100 à '120 dès le premier jour, et de 1 30 et même I 40 plus tard. Jaclilation, insomnie et parfois délire. Cet état dure sept jours en moyenne, quatre jours au moins, dix au plus, et, au moment où tous les symptômes paraissent avoir atteint leur summum, ils s'amendent ou même disparaissent tout à coup, le plus souvent à la suite de sueurs copieuses ; après quoi survient un sentiment de bien-être. Le malade, laible, anémique, semble entrer en convalescence. Mais ce n'est le plus souvent qu'un temps d'arrêt ; règle générale, 'luatre à dix jours après ce premier accès survient, sans cause apparente, une récidive de tous les symptômes caractéristiques ivec une intensité moindre. Ces deux accès constituent d'ordi-
ÉPIDflMIES-
naire la maladie ; on a vu cependant des rechutes se reproduire une seconde et même une troisième fois.
La mort peut avoir lieu dans le premier accès. Une prostration profonde, l'état hydrémique, l'hydropisie générale, le délire suivi de coma, tels sont les symptômes qui l'annoncent. Les convulsions n'ont été observées que dans un seul cas.
Telle est la simple fièvre à rechute; la forme bilieuse {febrU recwrens biliosa, biliose typlwid) en diffère seulement par la prédominance des symptômes hépatiques: vomissements bilieux presque incessants, ictère prononcé, accidents cérébraux,' collapsus, hémorrhagie, et lout le tableau symplomatique de l'ictère grave. Le pronostic, en pareil cas, est des plus sérieux. Néanmoins, alors même que le coma persiste depuis plusieurs jours, on peut voir, sous l'influence des moyens irritants, et surtout des affusions froides, la guérison survenir. Des selles liquides, noirâtres, vomissements d'une matière noire, marc de café ou du sang altéré, sont très-graves. La teinte ictérique est alors extrême ; le coma et le collapsus (algidité, cyanose des extrémités) très- prononcés, et la mort a lieu, en général, du dixième au douzième jour. Dans cette forme bilieuse, il y a de courtes intermittences ou plutôt des rémittences. Le pouls, durant l'accès, oscille entre 100 et 160 et descend dans les intermissions jusqu'à 45. Presque toujours petit, sa fréquence s'accroît sous l'influence des moindres excitations ; jamais il ne s'est montré dicrote. La durée de la période d'intermission varie entre quatre et dix heures.
On a toujours essayé sans succès de prévenir les rechutes par l'administration du sulfate de quinine.
L'accès se termine en général brusquement et par des phénomènes critiques, sueurs profuses persistantes pendant douze, vingt-quatre ou même trente-six heures. Le pouls descend rapidement de 100, 120, à 60 ou 40 pulsations; la température de 1 à 3 ou 4 degrés centigrades. Une apyrexie lente n'a lieu que s'il existe quelque complication.
Les symptômes les plus saillants sont: le collapsus (algidité, cyanose), les douleurs rhumatoïdes et -surtout la tuméfaction de la rate, appréciable dès le deuxième ou le troisième jour. La détumescence est au contraire très-lente, les vomissements de sang plus ou moins altéré appartiennent surtout à la forme bilieuse.
La durée totale de la maladie varie de 21 à 30, 40 et même
ÉPIDÉMiliS.
52 jours ; c'est-à dire plus que celle du typhus. La mortalité a été, pour les faits observés à l'hôpital d'Oboukhoff, de 10,77 pour 1 00. Elle ne s'est pas élevée à plus de 60 par jour au maximum i&ns les hôpitaux de Saint-Pétersbourg, et de 25 à 30 eu moyenne; ainsi, tandis que la proportion demortaliié était de 1 décès sur 17 malades, en janvier 1 864, elle s'élevait à 1:11 en janvier 1865. Telle est la différence sans distinction. La forme bilieuse est beaucoup plus redoutable, surtout lorsqu'elle s'accompagne de symptômes urémiques ou cholériformes; les malades succombent alors dans la proportion de 2 sur 3.
L'autopsie a toujours montré la rate augmentée de volume ; , son poids s'élevant jusqu'à 3 livres. Le parenchyme splénique est friable, remarquablement granulé ; les corpuscules de Malpighi présentent habituellement des dimensions considérables. Le foie est tuméfié comme la rate, mais à un degré bien moindre ; les cellules hépatiques ont perdu leur transparence et renferment d'abondantes granulations graisseuses. Dans certains cas, suivant le docteur Herrmann, on trouve en outre, au milieu des acini, des dépôts constitués par une matière grasse qui présente ce caractère particulier, qu'elle ne se divise pas sous forme de gouttelettes et qu'elle ne se dissout pas dans l'éther. La vésicule biliaire est distendue par une bile épaisse. Jamais il n'existe d'obstruction dans le trajet du canal cholédoque, mais l'orifice duodénal de ce conduit et la membrane muqueuse du duodénum elle-même, ainsi que la muqueuse gastrique, portent tiabituellemeni les traces d'une inflammation calarrhale intense, avec accompagnement d'hémorrhagies capillaires dans certains cas; dans l'intestin grêle, la membrane muqueuse est aussi parfois injectée, mais d'ailleurs on n'y rencontre aucune altération des glandes de Peyer ou des follicules isolés.
La dégénération graisseuse des cellules épithéliales du rein est chose fréquente. — En général, les centres nerveux, ainsi ilue les nerfs périphériques, ne présentent aucune altération appréciable. — Les fibres musculaires du cœur sont, au contraire, souvent le siège de la dégénération granuleuse, et, en même temps, les muscles de la vie animale, ceux des bras et (les mollets en particulier, présentent des trace? évidentes de liégénération graisseuse.
En ce qui concerne l'éliologie, il faut signaler au premier rang le caractère contagieux de la maladie : plusieurs médecins il plusieurs personnes attachées au service des hôpitaux en ont
274 r;i»iDEMifc;s.
été alleinls. En général, on compte peu de victimes dans les classes moyennes, et principalement dans les hautes classes; elles ont été au contraire surtout nombreuses parmi les ouvriers jeunes et vigoureux. L'encombrement, l'usage des pommes de terre malades et d'un pain altéré par la présence de l'ergot de seigle, l'abus des boissons spirilueuses, prédisposent, à contracter la maladie. [Petersbiirger Medicin, n" 29, 1864.)
M. Lebeau assimile la fièvre récurrente à la fièvre intermittente pernicieuse, malgré la longueur du stade. L'inefficacité bien constatée du sulfate de quinine dépendrait de l'état phlegmasique de l'estomac. Pour M. Sovei, la constatation du degré de chaleur animale, suivant la méthode de M. Robert de Latour, résoudrait celte question de diagnostic. {Acad. de méd. de Belgique, a\T\\,)
La fièvre récurrente de Sainl-Pétersbourg en 1 863, par le docteur Van den Corput, délégué par le gouvernement belge en Russie. Brochure in-S». Bruxelles. Compte rendu de sa biission officielle donnant le tableau suivant des ravages du fléau.
t)u commencement de l'épidémie à la fin de février I 865 :
Malades. Moris.
De typhus '-Oi^' 1 U,7i2 12,034
De fièvre lécuiTehlc. , . 7,625 ) 830 J
Avec les cas traités à domicile, les médecins, placés dans les meilleures conditions pour être bien informés, ont évalué à 1 8,000 le nombre total des personnes atteintes par l'épidémie jusqu'au 15 mai sur une population de 550,000 âmes.
Dans les hôpitaux, il y eut en mars :
Fièvre rccurrcnlc. .
Malades.
Morts.
Guéris.
En liailenicnl 1 ,068 1,931
En avril :
Kièvre récurrente. .
Ces chiffres permettent do juger et de la gravité et de la mortalité réelles de celte épidémie.
PachyméningiLe. Dans les autopsies faites à l'hôpital militaire
ÉPIDÉMIKS.
deErster-Land, à Sainl-Pétersbourg.M. Kremianski a rencontré isi souvent l'inflammation de la dure-mère avec tous les caraclères de la pachyméningite, qu'elle ne saurait être considérée
^ autrement que comme un phénomène épidémique. De septembre 1864 au mois de mars 1 865, ill'a rencontrée 49 fois; un mois plus tard, le nombre s'en élevait à 80, et ensuite presque journellement. Dans la moitié des cas environ, on observait les lésions que le professeur Illinsky a rencontrées dans les mêmes conditions.
I Ainsi, à la face interne de la dure-mère, se trouvait au ni-
' veau des faces supérieures ou latérales des hémisphères cérébraux, une couche mince d'un dépôt jaunâtre, délicat, paraissant semé d'un nombre variable de caillots sanguins dont le volume varie depuis celui d'un grain de pavot à celui d'un grain de millet et même d'un petit pois. Lorsque ce dépôt a peu d'épaisseur et ne contient qu'un petit nombre de taches sanguines, ce qui est le cas le plus fréquent au début de l'afifeclion, il est ordinairement masqué, au moment de l'autopsie, par le sang qui s'écoule des sinus et qui recouvre la face interne de la duremère. Il peut dès lors passer facilement inaperçu quand on n'a pas soin de laver la dure-mère avec précaution. Lorsqu'on a procédé à cette opération, on voit le dépôt, sous forme fibriiieuse et dendritique, flotter et se détacher nettement sous l'eau. Ailleurs, la dure-mère paraît seulement opaque, plus succulente qu'à l'état normal et plus tendue. Quand on l'incise, elle laisse écouler une assez grande quantité d'un liquide séreux, trouble, contenant des globules sanguins et des cellules épithéliales atteintes de dégénérescence graisseuse. L'élément le plus important de cette lésion , ce sont les extravasalions sanguines ^ dues à la rupture des vaisseaux de nouvelle for-
;mation, Ces hémorrhagies sont parfois extrêmement abon-
î Jantes.
1 On trouve alors à la face interne de la dure-mère, à la conivexité ou sur les côtés des hémisphères (jamais à la base du • :râne), une couche de caillots sanguins ayant plus de deux ignés d'épaisseur et enchevêtrés dans les mailles du néoplasme. VI. Kremiansky admet que cette quantité de sang est suffisante 30ur exercer une compression mortelle sur le cerveau. Le plus souvent la quantité de sang extravasée est moins grande, et l'on ; rouve surtout un exsudât séreux abondant.
Ces lésions correspondent manifestement à la période aiguë,
ÉPIDÉMIES
initiale, de l'affection décrite par Vircliow sous le nom d'hématome de la dure-mère, et par d'autres auteurs sous celui de pachyméningite interne chronique. Mais cette affection n'avait pas été observée jusqu'à présent sous forme d'épidémie. [Dealsclie h'iinilc^ n° 26.) Voy. Pachyméningite.
Épidémie d'Allemagne. Sa coïncidence avecla précédente a surtout contribué à appeler l'altention sur elle lors de son apparition, au mois de décembre dernier, dans les provinces orientales de la Prusse. Le voisinage des lieux autant que la gravité du mal justifiait l'émotion qu'elle a causée et l'examen spécial qui en a été fait. Sans confondre ces deux fléaux, les médecins allemand.s pouvaient bien hésiter au premier moment à caractériser une maladie qui ne s'était pas encore montrée sur leurs terres à l'état épidémique. Sous celte forme, en effet, le méningite cérébro-spinale fit sa première apparition à Genève, en 1805, De 1 832 à 1849, elle se présenta à plusieurs reprises en France et dans l'Italie méridionale, puis en Algérie, aux Étals-Unis, à Gibraltar, en Danemark, en Suède, en Norwége, à Dublin, Bedford etÉdimbourg. En 1860, elle décima les troupes hollandaises àÂrnheim, et la voici qui sévit maintenant dans la forteresse fédérale de Rastadt, la Hesse, le Brunswick, le Hanovre, le grand-duché de Bade, frappant avec une égale intensité sur la population civile et militaire sans distinction d'âge ni de sexe, et donnant une mortalité de 50 à 60 pour 100.
Elle se distingue surtout par son extrême intensité, comme . le montre l'histoire complète tracée par le professeur Niemeyer. [Die epidemische cerebro-spinal ineningilis, 69 pages in-8" ; Berlin.) A Rastadt, sur 38 décès survenus dans la garnison, 4 eurent lied le premier jour, 6 le second, 6 le troisième, 7 le quatrième, 2 le cinquième, 1 le sixième, 2 le huitième et 2 le neuvième jour ; les 8 autres étant survenus à une époque plus éloignée. 83 cas dans la population civile ont donné 27 décès. A Carlsruhe, sur 6 soldats atteints, 5 moururent. Les jeunes gens et les enfaiits ont été principalement atteints dans certaines localités. A Einbeck, en Hanovre, 80 enfants et 5 adultes atteints ont donné une mortalité de 33 pour 100. Tels sont les désastres de cette terrible affection qui, dans certains cas, débute subitement par des vertiges, le délire et les convulsions, et se termine par la mort vingt-quatre heures après.
ÉPlDÉMlIiS.
A part ces cas foudroyants, des prodromes comme du malaise, un frisson intense se manifestant vers le soir, suivi d'une chaleur considérable avec céphalagie, nausées, vomissements, marquent l'invasion. Puis se manifestent une sensation de tension à la nuque, une agitation considérable, du tremblement des extrémités, avec hypereslhésie si douloureuse de la peau, que le moindre attouchement arrache des cris au malade. L'aspect de la face est celui d'un homme ivre : œil brillant, conjonctives injectées, pupilles contractées. Le pouls est le plus souvent modéré, et la température s'élève excppiionnellemenl à 40 degrés, sinon dans les cas rapidement mortels où, après une ou deux oscillations, elle s'élève à un degré supérieur pour ( y rester jusqu'à la mort.
De véritables accès spasmodiques suivent bientôt. Spasmes i tétaniques du trapèze et des muscles du cou imprimant à la I têtes des positions variées dans un angle droit avec le tronc, convulsions tétaniques des membres, délire et coma. Dans les intervalles de calme, le malade accuse d'intenses douleurs de tête et d'estomac, les vomissements continuent. Une prostration extrême s'empare du sujet, surtout quand la mort doit s'ensuivre. Il ne répond plus aux questions et reste sans mouvîvement dans le décubitus dorsal. Les extrémités sont agitées de petits tremblements; la face pâlit; le pouls, de 80 à 100, est surtout manifeste dans les carotides, comme dans le cas de gêne circulatoire intra-crânienne. Des éruptions dénature rubéoliqup, scarlalineuse, herpétique, érysipélateuse, apparaissent surtout à la face. On a noté la constance de l'herpès labial, la fréquence des péiéchies. Le catarrhe intestinal, la pleurésie, la péricardite, les parotidites et les inflammations de l'œil viennent aussi compliquer souvent la maladie principale, iïnfin, le coma augmente ; il y a strabisme, amaurose, surdité, paraplégie, et la mort termine ordinairement cette scène douloureuse.
Le traitement a été purement symptomatique : glace sur la tête, émissions sanguines locales, opium, calomel, suivant les indications. Mais il n'a paru avoir généralement que peu d'action. La guérison a surtout lieu au début du mal,, quand après en avoir présenté les symptômes caractérisques, les malades, activement traités, sont pris d'une transpiration profuse qui arrête ordinairement les accidents. Ce n'est que par exception que, la maladie ayant parcouru ses périodes, on voit les exsu-
ÉPIDÉMIES
dats se résoibor, les symplômcs graves disparaître graduellement, et s'ensuivre une convalescence à marche ordinairement lenle.
Tout en ne paraissant due ni au sol ni au climat, celle afTeclion a revêtu néanmoins une forme bien plus grave dans le» endroits humides ou mal aérés. Des casernes ont été ainsi décimées, et bien que son caractère contagieux ne puisse être mis en doute, on a pu distinguer l'action de celte cause toute locale.
Les lésions trouvées à l'aulopsie sont l'hypérémie génér.ile du cerveau el la congestion de ses membranes. Les sinus de la dure-mère contiennent un abondant exsudât sanguin fibrineux, fibrino-albumineux, avec effusion purulente paifois colorée de sang dans la trame cellulaire de la pie-mère. Même après vingt-qualre heures, l'abondance de celle exsudation est telle, que l'arachnoïde et la pie-mère en étaient désunies dans quelques cas. Cette couche de pus est surtout considérable à la base du cerveau, autour des nerfs optiques, le long de la moelle allongée et spinale, principalement aux rendements dorsal et lombaire.
En général, ces lésions ont été dans un rapport constant avec les symptômes observés pendant la vie. Ainsi le coma répond à la méningite de la convexité, tandis que celle de la base correspond à l'amaurose, la paralysie du trijumeau, la fonte de l'œil, la surdité, la paralysie faciale, etc. Les troubles convulsifs, tétaniques ou éclamptiques, étaient en relation avec la méningite de la face inférieure du cervelet et du bulbe rachidien, comme les paralysies et les contractures des membres, le relâchement des sphincters correspondaient à la lésion des segments des méninges spinales qui président à ces fonctions.
Si donc ces graves lésions anatomo-palhologiques révèlent le peu d'espoir qu'il y a à fonder sur le traitement de celle épidémie, elles expliquent du moins les phénomènes observés et éclairent sur le rôle physiologique spécial des centres nerveux. [Union méd., n° 75.)
Épidémie «le laRciiiiion. Une fièvre, offrant une certaine analogie avec la précédente, a éclaté dans celle île à la suite d'un débarquement de quatre cent cinquante émigrants de Calcutta, le 15 décembre 1 864. Sept hommes étaient morts durant la
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traversée et plusieurs étaient malades à l'arrivée. Bienlot la maladie se répand, se propage avec un caractère contagieux des plus évidents. Le mal débute sans prodromes. Mal de tête violent avec courbature, brisure des membres, fièvre ardente avec ou sans frissons, faciès exprimant une fatigue extrême, comme si tontes les forces étaient épuisées ; l'œil est rentré, douleur épigastrique prononcée, s'irradianl souvent dans tout l'abdomen; teinte ictérique marquée: les conjonctives sont d'un jaune plus ou moins foncé; aucune éruption à la peau, Les vomissements i et la diarrhée sont souvent bilieux, et quolquefois noirs comme du marc de café, mêlés de caillots de Suug noir. La diarrhée , manque quelquefois, mais les vomissements et les nausées rare- I ment; hoquet; urines rares et très-bilieuses; soif ardente; inappétence complète ; agitation , somnolence ; jamais de délire.
Cette période aiguë, de delix, trois, quatre, huit jours, est parfois suivie tout d'un coup d'une rémission complète avec ' sueurs froides, abondantes. Le mieux survient alors, ou un affaissement promptement mortel. La langue, assez souvent, reste humide; elle est aussi sèche, rouge, comme l^rûlée, rarement blanchâtre. Ceux qui semblent le plus gravement atteints guérissent souvent assez promptement, et d'autres, avec des symptômes d'apparence légère, restent longtemps malades ou rschutent, sans rien de régulier à cet égard, et le plus souvent par imprudence manifeste dans le régime.
Les autopsies ont révélé une teinte jaune prononcée dans tous les organes, jusque dans les cartilages ; le foie d'un jaune pâle, sans altération de texture; la rate hypertrophiée, ramollie et contenant une bouillie noire ; le sang généralement altéré dans sa consistance, décoloré, extravasé parfois dans les tissus; l'estomac et les intestins offrant parfois quelques traces d'in- (lammation , mais rien de caractéristique. ( Union médicale , n° 81 .)
Aussi le docteur Lacaze, qui s'est fait le narrateur de celle épidémie, penche-t-il h croire à la fièvre jaune, que ces lésions anatomo-palhologiques ne confirment que trop.
Typhus contagieux des bâtes sV cornes. Cette maladie ossenliellement contagieuse et originaire des steppes de l'Europe occidentale, où elle trouve seulement les conditions de sa f,'énération et de son développement spontané, a été de nou-
ÉPIDÉMIES
veau importée en Anglelerre, qui] attire sur son marché des animaux de boucherie de tous les pays, par l'énorme consommation de viande qu'elle fait. Sans avoir encore les documents nécessaires pour en établir la voie de transmission, M. Bouley, envoyé à Londres pour étudier cette maladie, sait pourtant que son apparition dans cette ville a coïncidé avec l'arrivée d'un convoi de trois cents animaux embarqués à Revel dans le golfe de Finlande, à destination de l'Angleterre, et arrivés par Lubecket Hambourg, après une traversée de six jours environ, grâce à la rapidité des moyens de communication.
Le typhus des bêtes à cornes est, de toutes les maladies qui attaquent nos animaux celle dont les propriétés contagieuses sont le plus développées. Un seul animal malade dans une élable suffit pour infecter tous ceux qui l'habitent. Il suffit, pour qu'un troupeau contracte le typhus, qu'il se trouve sons lèvent d'un animal infecté... Sa transmission peut aussi s'opérer par l'intermédiaire des vêlements des hommes qui sont restés en rapport avec les animaux infectés...
La période d'incubation de cette terrible maladie varie entre cinq et treize à quatorze jours. Les premiers symptômes sont l'abattement, la prostration ; l'animal est triste, sombre, absorbé. La respiration laryngée est un peu sonore; la rumination est irréguiière, incomplète. Il y a des bâillements fréquents et des grincements dedenis. Puis apparaissent des tremblements généraux, manifestés surtout en arrière des épaules, aux jarrets et aux fesses, avec des alternatives de chaleur à la peau et d'abaissement de température, notamment à la base des cornes et aux extrémités.
Des larmes s'écoulent en abondance des veux et ont une telle âcrelé qu'elles excorient la peau.
Un liquide non moins âcre sort des cavités nasales. Avec les progrès de la maladie, les humeurs des yeux et des cavités nasales deviennent purulentes, et souvent, à cette époque, l'air exhalé par les cavités nasales répand une odeur fétide ; à ce moment aussi la respiration devient plus difficile et s'accompagne, dans le larynx, d'une sorte de bruit de cornage que l'on entend à dislance, en entrant dans les étables.
Salive écumeuse sortant de la bouche ; épithélium de cette cavité soulevée par la sérosité, ce qui fait qu'il se sépare à la moindre pression avec la pulpe des doigts... La diarrhée ne tarde pas à se manifester : ce sont d'abord les matières alinien'
ÉPIDÉMIES
I laires qui sont expulsées liquides d'une manière torrentueuse,
; peut-on dire, et associées à des gaz qui leur donnent une fétidité caractéristique; puis, quand le canal est vide, les produits
I des digestions deviennent séreux, et enfin, à la dernière période, ils sont sanguinolents et de plus en plus fétides.
Tous les symptômes ci-dessus augmentent à mesure que la maladie progresse, la température de la peau s'abaisse sensiblement, et quand on appose les mains sur la peau du dos, on perçoit une sensation analogue à celle que donne le toucher d'un animal à sang froid ; souvent, à cette périoda, un symptôme se manifeste, déjà signalé par les anciens auteurs, et très-caractéristique: je veux parler de l'état emphysémateux du tissu cellulaire, notamment à la région supérieure le long de l'épine. Lorsque ce symptôme est apparu, les animaux sont devenus tout à fait insensibles. Aussi les mouches les couvrent-elles comme si déjà ils étaient des cadavres. Elles s'accumulent autour des ouvertures naturelles et y déposent leurs œufs, qui quelquefois ont le temps d'y éclore...
L'amaigrissement rapide et profond des sujets est un des caractères propres à celte affection et qui s'accuse à un degré d'autant plus marqué que la vie se prolonge davantage. Les sujets deviennent véritablement étiques. Leurs muscles effacés et parcheminés laissent apparaître tous les reliefs du squelette, notamment à la région du bassin, dont les excavations se creusent profondément.
La mort survient d'ordinaire du troisième au douzième jour; rarement la vie se prolonge au delà de cette dernière période. Les lésions les plus remarquables sont les suivantes : Inflammation à tous les degrés, depuis la simple rougeur
jusqu'à l'ulcération et la perforation dans toutes les parties du
canal digestif ; ecchymoses, vergetures, gonflement, pustula-
:lion, ulcération des plaques de Peyer.
Rate saine ; taches péléchiales et ecchymose profonde du
cœur. Emphysème général des poumons. {Acad. de méd.,
taoût.)
On the Caille plague, or contagions typhus in horned cattle . Du typhus contagieux des bêtes à cornes; histoire, origine, description et traitement, par le docteur Bourguignon. Un volume in-1 2 de 480 pages environ.
Le savant lauréat de l'Institut de France pour ses recherches