‹ Dictionnaire annuel des progrès des sciences et institutions médicalesChapitre 84 sur 158 · GARNIER · texte numérisé non relu

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ii revenir à la mode comme les eaux minérales, les bains médicinaux, l'hydrothérapie et tant d'autres méthodes générales de traitement, dont il est plus facile de voir, de constater les bons effets que de les expliquer, car parler de modifications organiques, constater même des changements dans les sécrétions, ce n'est pas expliquer l'action directe de ces différentes médications.

Quoi qu'il en soit, à un premier mémoire sur la dièle lactée, par un des disciples de l'école de Montpellier (voy. Coeur), le docteur Karell, médecin ordinaire de l'empereur de Russie, en a ajouté un second sur la cure de lait, dans différents cas pathologiques dont il rapporte les observations recueillies, soit par lui, soit par d'autres médecins distingués, et notamment le professeur Niemeyer, de Tubingue. C'est ainsi que dans une thèse soutenue en 1864, devant la Faculté de médecine de cette ville, par M. le docteur Schmid, ayant pour titre : Emploi exclusif du régime lacté dans la maladie de Brighl, quatre observations sont relatées in extenso, dont trois suivies de guérison. Il serait donc sans objet de les rapporter ici, non plus que celles du médecin russe, d'autant moins que le diagnostic en est vague, indéterminé dans la plupart des cas, et qu'ils n'ont que peu ou pas de rapports entre eux. Il suffira de relater en détail la méthode du médecin russe.

« Je commence généralement la cure, dit-il, en employant le lait seul, et en défendant toute autre nourriture. Je procède avec beaucoup de précaution, en prescrivant au malade, trois ou quatre fois par jour, et à des intervalles rigoureusement observés, un demi-verre ou un verre plein ( 2 à 6 onces = 60 à 200 grammes) de lait écrémé. La température doit être conforme au goût des malades. En hiver, ils aimenL généralement le lait tiède, chauffé au bain-marie, c'est-à-dire en plaçant le verre ou la tasse dans un6 coupe remplie d'eau chaude; en été, ils le préfèrent égal à la chaleur tempérée des appartements. Ils ne doivent pas boire tout d'un trait, mais lentement et à petites gorgées, pour que la salive s'y môle suffisamment.

» Il va sans dire que le lait doit être de bonne qualité. Celui des vaches de ville réagit ordinairement d'une manière aigre; mais celui des vaches nourries à la campagne vaut mieux, parce que sa réaction est presque toujours sans effet appréciable.

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» Si le malade digère bien le lait, ce qui se prouve par des selles solides, j'augmente peu à peu la dose. La première semaine est la plus difficile à passer, si le malade n'a pas une ferme volonté et l'intime conviction d'obtenir sa guérison. On arrive presque toujours, pendant la seconde semaine, à deux bouteilles par jour.

» Si la cure a pris son cours régulier, on boira le lait quatre fois par jour, à huit heures du matin, à midi, à quatre et à huit heures du soir. Si le malade le désire, on peut changer les heures, mais j'insiste sur l'observation des intervalles. Le malade est alors préservé de réplétion. Il peut après quatre heures consulter son appétit, et convaincu désormais de faire une cure sérieuse, il en suivra les prescriptions plus exactement. Cela n'arriverait sans doute pas si le médecin lui disait : « Buvez du lait quand vous voudrez et autant que vous en voudrez. »

» En obéissant aux indications du médecin, les malades ne se plaignent jamais, ni de la faim, ni de la soif, quoique les premières doses leur paraissent minimes. Si, au lieu de quatre tasses de lait écrémé, la personne atteinte d'une maladie grave buvait quatre grands verres d'un lait provenant immédiatement de la vache, on peut être sûr qu'elle ne le digérerait pas, et sa confiance dans ce régime se trouverait ébranlée dès le commencement,

» Je fus consulté, il y a six ans, par l'épouse du général B. .. qui souffrait depuis quatre mois de vomissements et de diarrhée passés à l'état chronique. Ce mal était réputé une gastro-entérite chronique. La malade était extrêmement amaigrie, et le foie avait subi la transformation graisseuse. Elle avait souffert longtemps d'hémorrhagies internes. Dans une consultation, avec deux praticiens expérimentés, je proposai la cure du lait comme « refugium unicum ». On répondit : « Nous l'avons essayé à plusieurs reprises et madame ne le supporte pas. » — Mais ayant su que la malade avait bu le lait à grandes doses, plusieurs fois par jour, en prenant dos bouillons et d'autres aliments légers, j'ordonnai du lait écrémé trois fois, et à quatre cuillerées chaque fois le premier jour, mais rien, absolument rien que cela. Dès ce moment, les vomissements cessèrent, et la diarrhée même disparut dès le troisième jour. Les évacuations alvines se formèrent et gagnèrent une densité normale, telle que la malade n'en avait point connu de pareille depuis des années. A la fin de la seconde semaine, elle pouvait

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digérer sans inconvénient deux bouteilles de lait par jour. En résumé, elle se rétablit définitivement, et vécut encore plusieurs années.

y. On aurait tort de croire qu'un tel effet puisse généralement se produire rien que par l'emploi de petites doses alimentaires. J'ai mis des malades à petites doses, au bouillon, au pain blanc et à l'eau ; cependant je n'ai point recueilli do ce traitement les mêmes résultats satisfaisants. Les effets n'étaient jamais aussi concluants dans la cure lactée, si j'avais permis d'ajouter au lait quelques autres aliments pour le dîner. Quelquefois, lorsque les malades étaient déjà arrivés à dix ou douze verres par jour, j'ai constaté une recrudescence de leurs maux. Je devais alors reprendre la cure à nouveau en prescrivant les petites doses.

» Dans le commencement , le malade est souvent constipé, ce que je considère comme de bon augure. La résorption des parties fluides du lait s'étant opérée, et le malade ne prenant pas d'autre boisson faute de soif, les évacuations alvines sont compactes et très-dures. On p.îut y remédier par des lavements d'eau simple, par l'huile de ricin, par un peu de rhubarbe. Les personnes qui souffraient de flatuosités s'en trouvaient bientôt débarrassées dans celte cure. Si la constipation est opiniâtre, je fais ajouter le matin, dans le courant de la cure, un peu de café à la dose de lait ou, vers quatre heures, des pruneaux cuits ou une pomme grillée Si des borborygmes ou la diarrhée surviennent, c'est que le lait était trop gras, ou que la dose était trop forte. Si la diarrhée no provient pas d'exuicérations du tube intestinal, elle se guérit facilement par le régime rigoureusement observé.

» La fièvre n'est pas une contre-indication pour la cure.

» Si le malade a soif, je lui permets de l'eau simple ou de l'eau de Seltz naturelle. S'il a un désir prononcé de prendre des aliments plus solides, je lui permets, dans la deuxième ou troisième semaine, un peu de pain blanc rassis avec du sel, ou un petit morceau de hareng salé. Vers les quatre heures, temps habituel de son dîner, le malade pourra prendre, comme le matin, un peu do pain blanc rassis. Au lieu de lait pur, je iui donne alors une fois par jour uno soupe au lait et au gruau. Après une telle cure, continuée pendant cinq ou six semaines, on peut la modifier selon les circonstances, en ne donnant du lait que trois fois, et en y ajoutant un dîner

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