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III. — L'Eucharistie d'après la tradition

A. — La présence réelle

Le dogme de la présence réelle est un des plus clairement et des plus anciennement attestés dans la tradition catholique. Jusqu'à l'époque de Biîrenger (y io88) il n'est l'objet d'aucune négation (la controverse de Paschase Radbert et de Ratramne,auix'' siècle, ne porte pas sur le dogme lui-même, qui est admis de part et d'autre) ; de là vient qu'on ne peut citer, pour l'époque patristique, aucun traité dogmatique, aucune définition conciliaire, qui cléAeloppe et éclaire la doctrine eucharisticiue, comme la cbristologie ou la théologie trinitaire ; mais les témoignages abondent; ils ont été recueillis liien des fois avec une plénitude à laquelle cet article ne saurait prétendre, v. La perpétuité de la foi de l'Eglise touchatit VEncliarisiie (5 vol., Paris, 1670-1718; réédité par Migne [Paris, i84i], 4 vol.); E. B. Pusey, The real présence, notes on a sermon (Oxford, Parker, i855), note 5, List of ancient authorities from the Jpostles' tiiiie to A. D. iSl on tJic real objective présence in the holy Eiicharist, p. 815-722; Tu. Lamv, De Syroriun fide et disciplina in re eiicharistica (Louvain, iSôg); Ad. Stuuckmaxx, Die Gegenwart Christi in der hl. Eucharistie Jiach den schriftlichen Quellen der vornizânischen ZcjV ("NVien, iQoô).

Ce qui frappe tout d'abord dans ce témoignage de l'antiquité chrétienne, c'est son caractère social et collectif. Dans le plus ancien exposé didactique de la foi chrétienne sur ce point on lit : « Cet aliment eon- « sacré par la prière formée des paroles du Christ,... « on nous a appris que c'était la chair et le sang de « Jésus incarné, x (S. Jlstix, I ApoL, Lxvr, 2.) L'apologie où se lisent ces paroles est écrite pour des païens; et si l'apologiste eiit prête à cette formule un sens symbolique, il l'eût à coup sûr interprétée, pour prévenir un malentendu et ne pas donner prise à l'odieuse accusation des festins de Thyeste. 11 n'en fait rien, mais se contente de rapporter l'enseignement déjà traditionnel qu'il a reçti ('■ôi5v.y6r,ij.s.').

Les autres écrits de cette époque témoignent de la même croyance : sans cesse, soit dans des exposés directs, soit dans des mentions incidentes, l'eucharistie est appelée la « chair du Christ », le « corps du Christ », le « sang du Christ « : S. Igxace, Ad Sniyrn., VII, I ; S. Inr.yÛB, Adv. haer., IV,xviii, 3,4; IV, xxxiii, 2; V, II, 2-3; Tertullien, De orat., xix; De resurrect., viii; De idololat., vu; De pudicit., ix; S. Cy- TRiEX, De lapsis, 11, xv-xvi, xxii ; De orat., xviti ; Epist., Lxiii, 9 ; Clément d'Al., Quis dives sah'ctur, xxiii; Origèxe, Contra Cels., VIII, 33; In Exod. homil. XIII, 3; In Numer. Itoni. vu, 2; In ludic. hom. VI, 2, etc.

On trouverait des témoignages seml)lables dansles inscriptions de cette époque (d'Abercius et de Pectorius); v. l'article Epigrapuie.

Ces locutions, tlont on pourrait multiplier les exemples, font connaître non l'usage particulier de tel ou tel auteur, mais l'usage universel de l'Eglise, qui s'imposait à tous.

On remarquera plus bas qu'Origène, cédant à son penchant habituel poui' l'allégorie, donne assez souvent une interprétation s\mbolique des jîaroles de l'institution de l'Eucharistie, et entend par le « corps du Christ » la doctrine du Verbe; mais, comme il l'observe lui-méine dans les passages qui seront cités, c'est là une interprétation savante ; à cùté d'elle, il y a l'iiiteiprétation eucharistique commune, la seule que connaissent les simples (k-/,s',>5-t£c5£), la seule aussi qu'Origèiie lui-même raf)porte dans les textes ci-dessus. Cette distinction confirme la portée de nos témoignages, en en faisant mieux saisir lecaractère : la règle de notre foi, ce n'est pas la spéculation savante de quelques théologiens, c'est la foi commune de l'Eglise entière; ce que nous avons donc à retenir du témoignage d'Origène, ce n'est pas son effort pour découvrir au dogme une signification phis profonde, c'est la doctrine commune qu'il a reçue de l'Eglise et qu'il transmet au.x simples.

Ce témoignage collectif de l'Eglise s'exprime avec une autorité particulière dans les liturgies. Malheureusement il nous est impossible d'atteindre dans leur intégrité les liturgies primitives. La Didaclié contient quelques prières eucharistiques, mais ce ne sont que des fragments et non un ensemble liturgique (cf. E. vox der Goltz, Das Gehet in der dltesten Christenheit (Leipzig, 1901), p. 218; Struckmaxx, /. /.,p. 18); saint Justin se contente de décrire la célébration de l'eucharistie (I ApoL, lxv-lxvii), et d'expliquer la nature du sacrement ; ce n'est qu'au iV siècle qu'on trouve des textes liturgiques plus développés : VAnaphore de Sérapiox (Funk, Didascalia et Constit. Apost., II (Paderborn, 190G), p. i58-2o4); les Constitutions apostoliques, II, lvii; VIII, xi, 7-xa', 1 1. Il y faut joindre les renseignements très précieux que contiennent les Catéchèses mystagogiques de S. Cyrille de Jérusalem, surtout la IV' et la V* et, pour l'Occident, le De mysteriis de Saint Ambroise et le De sacramentis (ces textes 'sont commodément réunis dans le Florilegium patristicum de G. RauscHEX, fasc. VII (lîonn, 1909); on trouve aussi les textes delà Didaclié, de S. Justin, des Constitutions apostoliques et de S. Cyrille dk Jérusalem dans H. LiETZMANN, Liturgische Texte (Bonn, 1908); les indications liturgiques contenues dans les œuvres des Pères grecs du iV siècle ont été recueillies par F. E. Brightman, L/iturgies eastern and western, I (Oxford, 1896). Appendices, p. 464 sqq.).

Ces textes liturgiques ont le même caractère que les citations patristiques réunies ci-dessus : ils expriment la même foi à la présence du corps du Christ dans l'eucharistie. A ce point de vue on remarquera particulièrement le récit de la cène, où sont toujours rapportées les paroles de l'institution, l'épiclèse où l'on invoque soit le Verbe (Anaph., Serap., iv, i5), soit le Saint-Esprit (Cyrill., Catech., v, 7; Constit. apost.. Vil, XI, 89, etc.) « pour qu'il fasse du pain le corps du Christ et du calice le sang du Christ », enfin la communion : le prêtre dépose l'eucharistie dans la main droite du communiant, en disant : « le corps du Christ «,etle communiant répond : « Amen. » (Cyrill., Catech., v, 21-22; Constitut., apost., VIII, XIII, i5; De sacram., iv, 6, a5; August., Serm., ccLxxii (P. L., XXXVIII, 1247); cf. Cornel., ap. EusEB., Ilist. eccL, VI, xliii, 18-19.)

Tous ces ti-aits constituent un ensemble dont on ne peut méconnaitre la signilication : il est certain

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que l'Eglise des premiers siècles reconnaît dans l'Eucharistie le corps du Christ. Qu'il faille entendre cette exi)ression au sens propre, on le verra plus clairement encore par les textes et les faits qui nous restent à considérer; mais, dès maintenant, il faut avouer que seule la foi en la présence réelle explique ces expressions universellement étaJjlies dans la liturgie, la prédication, la controverse apologétique, la vie chrétienne entière. Plus tard, il est vrai, on retrouvera parl'ois des expressions sendilables même dans des églises réformées qui ne verront plus dans l'eucharistie qu'un symbole du corps du Christ; mais ce ne seront que des survivances, d'ailleurs bientôt éteintes, d'un long passé chrétien qui impose encore quelque temps ses pratiques et ses formules liturgiques à des communautés qui ont déjà perdu sa foi. On ne saurait expliquer de même l'origine spontanée de cette langue chrétienne, dans une Eglise qui n'eût pas été dès l'abord pénétrée de la foi en la présence réelle du corps du Christ.

Au reste, la pratique religieuse des chrétiens répond elle aussi à cette foi : dès l'origine l'eucharistie est la chose sainte par excellence, « sanctum », rô ur/i'.-j {Didache, ix, 5; Tertull., De spectac, xxv; Cypr., /Je laps, xxv; Denys d'Al., ap. Ecseb., //. e., VII, ix, cf., dans les liturgies postérieures, « sancta sanctis ») et elle est traitée comme telle : Tertullien remarque déjà le soin qu'on apporte à ne rien laisser tomber des éléments consacrés : « Calicis aut panis etiam « nostri aliquid deculi in terram anxie patimur » (De corona, m); Origèxe de même : « Xostis qui divi- « nis mj'steriis interesse consuestis, quomodo, cum « suscipitis corpus Domini, cum omni cautela et « veneratione servatis, ne ex eo parum quid décidât, « ne consecrati muneris .iliquid dilabatur. Reos « enim vos creditis, et recte creditis, si quid inde « per negligentiam décidât. » (fn Exod. Iioin., xiii, 3.) S. Cyrille de Jérusalem fait aussi à ce sujet les recommandations les plus pressantes : Catec/i., v, 21. Ainsi cjud'a remarqué DoELLtNGER(Z)te Eucharistie in deii ersten drei Jahrhiinderten (Mainz, 1826), p. G4, cf. Struckmaxx, /. /., p. 162), on ne constate aujourd'hui ce respect et ce souci que dans les Eglises qui croient encore à la présence réelle; et en effet les autres ne voient dans ces textes patristiques que des témoignages d'une « antique superstition » (Har- NACK, Dogmengeschiclite'', I, p. 476, n. 1).

La même foi s'exprime encore dans le culte rendu à l'Eucharistie : au témoignage de saint Augustin {Kiuirr. in ps. xcviii, g. P. A., XXX VII, 1 26/1) on ne reçoit jamaisle corps du Christ sans l'adorer (« nemo illam « carnem manducat, nisi prius adoraverit »), ne pas l'adorer serait pécher (« peccamus non adorando ») ; cf. Episl. c\.y., 66-67 (^ ^". XXXIII, 666-567); on trouve des attestations semblables chez S. Ammroise, f)e Spir. Sanctu, III, 79 (/''• /-, XVI, 796); S. Cyrille de Jérusalem, Calccli. v, 22; S. Jean Ciirysostome, In Malllt. Itoni. vu (/-•. (7., LVII, 78); Théodoret, Eranistes, 11 (A G., LXXXIII, 168).

Ces formules et ces pratiques de l'Eglise sont par elles-mêmes assez claires; si cependant on en veut une interprétation authentique, ou la trouve dans les instructions adressées par les évêques aux nouveaux baptisés; il sudit de rappeler les Catéchèses inystagogiqiies iv et v de S. Cyrille de Jérusalem et le De niysteriis de S. Ambroise; ce sont précisément les documents les plus formels et les plus explicites de toute la tradition patristi(pie(cf. iiifru, col. \b~j!\-ib-b). M. Looi"s(art. Ahendmahl, I{ealencYklup(idic,l, i).53) voit dans le langage de S. Cyrille unccondescendance pour la foi des simples, et plus bas, citant Catech. iv, 9, il écrit : « On ne peut parler dune manière plus « massive; si l'on prenait ces paroles à la lettre, on

'( y trouverait la transsubstantiation. Mais Cyrille « parle en catéchiste. » Pour nous, ce qui donne plus de poids à ses paroles, ce qui nous les fait entendre à la lettre, c'est précisément qu'elles sont un catécliisme, adressé à des simples.

Les catéchèses de S. Augustin que nous possédons (.s'e/m. ccxxvii, ccxxix, cclxxii) sont bien plutôt des exhortations que des instructions ; S. Augustin suppose la doctrine eucharistique déjà enseignée, il la rappelle d'un mot (« panis est corpus Christi »...), et il passe delà aune exhortation sur l'unité de l'Eglise, le corps mystique du Christ (cf. K. Aoam, Die Eucharistielehre des hl. Augustin (Paderborn, 1908), p. 87).

Dans ce qui précède on s'est attaché à montrer la foi commune de l'Eglise primitive à la présence réelle, et à l'atteindre dans son expression collective et sociale; il est facile de conlirmer ces données et de les enrichir par l'étude des docteurs de l'Eglise; on trom-e chez eux non seulement l'allirmation du dogme, mais l'exposé rationnel de ses éléments constitutifs et de ses relations avec les autres dogmes chrétiens; nous n'avons pas à entrericidans le détail de cette théologie ; mais, restant sur le terrain apologétique qui est le nôtre, nous emprunterons seulement aux anciens Pères deux considérations très propres à conlirmer le dogme de la présence réelle et aussi à le faire mieux entendre.

L'Eucharistie et V Incarnation. — On a étudié plus haut (col. 1 56 1) le rapport de ces deux mystères d'après le discours de Notre-Seigneur tel qu'on le lit chez S. Jean (ch . vi). Les Pères, ceux surtout qui sont plus pénétrés de la doctrine johannique, se sont attachés à cette doctrine et l'ont développée. S. Ignace, déjà, marque, à propos des docètes, les rapports de la christologie et de l'eucharistie (Sniyrn., vu, i); S. Justin les accentue davantage (l ApoL, lxvi, 2): «De même « que par la vertu diu Verbe de Dieu, Jésus-Christ « notre Sauveur s'est incarné et a pris chair et sang « pour notre salut, ainsi cet aliment consacré par la « prière... est la chair et le sang de ce Jésus incarné. » Les Pères du iV siècle reprennent souvent cette comparaison, et la complètent en montrantcomment, par l'eucharistie, le Christ poursuit l'œuvre commencée par l'incarnation en sunissant à chacun de nous : S. H1LAIRE, De Trinitate, VIII, i3 (P. Z., X, 2^6); S. Grégoire de X'ysse. Orat. catechet., xxxvii. 3, 4. 10 {P. G.. XLV, 93-97); S. Jean Chrvsostome. /n Matth. liant, lxxxii (LA'III, 744> cf. 739, 740). xxv (LVII, 33i). S. Cyrille d'Alexandrie surtout insiste sur les relations de l'incarnation et de l'eucharistie ; ses textes on tété réunis en grand nombre par J.Maiié. L'Eucharistie d après S. Cyrille d'Alexandrie (liew d'hist. eccL, VIll (1907), p. 677-696^ surtout 690 sqq.). Cette comparaison traditionnelle met en lumière deux cléments très inq)ortants du dogme eucharistique : la réalité du corps du Christ dans l'eucharistie, et son identité avec le corps historicpie du Seigneur; la réalité est évidente : c'est elle qui justilie la comparaison des deux mystères, de l'incarnation et de l'eucharistie, et c'est elle aussi qui fait comprendre comment l'œuvre d'union, commencée par l'incarnation, se poursuit et se consonune par l'eucharistie. L'identité du corps historique du Christ aAec son corps eucharistique n'est i)as moins claire : le principe, en effet, d'où parlent les Pères, est que seul le corps que le Christ a pris à l'incarnation peut nous vivitier; tout leur elTort est donc d'expliquer comment « ce cori)s unicjue », ri h ixûvo s'S>uc/., comme dit S. Grégoire de Xysse (/. /., xxxvii, 4) peut atteindre tous les lidèles et s'unir à eux.

L'union du Christ et des chrét'ens par l'Eucharis-

EUCHARISTIE

tie. — Dans ce f[ui vient d'être dit, on a déjà vu comment le terme commun de l'incarnation et de l'eucharistie était l'union du Christ et des chrétiens. Cette union est très souvent décrite par les Pères, et toujours comme une union physique de notre être entier, et en particulier de notre chair avec la chair du Christ : S. Irénée, Adv. haeres, V, ii, 2-3; S. Cyrille DE JÉRUS., Catech. mrst., iv,3, 5; S. IIilaire, De trinit., VIII, i3-i7 {P., L., X, a^ô-a/lg); S. Grégoire DE Nysse, Orat. catech., xxxvii (P. G., XLV, g^, cf. 97); S. Jean Chrysostome, In Mattli. hom. lxxxii {P. G., LYIII, 7/J3); In loan. hom., xlvi(L1X, 260) ; In I Cor. hom. xxiv (LXI, 200-201), etc.; cf. A. Naegle, Die Euchavistielehre des hl. Joh. Chrysost. (Freiburg i. Br., 1900). p. 288-262 ; S. Cyrille d'Alex., In loan., VI, 5o {P. G., LXXIII, 577-580), cf. ib.. V, 35 (520- 521); 55 (58i);57 (58^; XV, i (LXXIV, 237-34'»)- etc.; cf. E. ^VEIGL, Die Ileilslehre des hl. Cyrill von Alex. (Mainz, 1905), p. 2o3-22i; J.Maué, art. cité; A.Struck- MAXX, Die Euchavistielehre des hl. Cyrill von Alex., (Paderborn, 1910), p. 1^2-1 58.

Tous ces textes ne font que développer la doctrine contenue dans le discours eucharistique du Christ, mais ils le font dans le sens le plus réaliste : par l'eucharislie, le chrétien devient membre du Christ (S. Irénée. s! Chrysostome), « concorporel etconsan- "uin » (7^77wyo; y.y.l •^yjy.iu.oî) avec lui (S. Cyrille de Jérusalem) ; il n'y a pas là seulement une union morale par la grâce, la foi, la charité, mais une union proprement physique (S. Hilaire, S. Chrysostome, S. Cyrille d'Alexandrie); le corps du Christ s'unit à notre corps comme un remède contre la mort (S. Ignace, Eph., xx, 2), comme une semence d'immortalité (S. Irénée), comme un ferment qui, mêlé à la masse, la fera lever tout entière (S. Grégoire de Nysse, S. Jean Chrys., S. Cyrille d'Alex.). Aussi ces Pères répètent-ils avec force l'enseignement du Christ : sans cette union viviliante avec la chair du Seigneur, il ne peut y avoir ni vie éternelle ni résurrection glorieuse (on expliquera ci-dessous dans quel sens il faut entendre cette nécessité).

S'il en était besoin, on pourrait conlirmer les arguments précédents en montrant comment, dans leurs controverses avec les hérétiques, les Pères se sont servis du dogme eucharisticfue comme d'une vérité universellement reconnue. C'est ainsi que s'en sont servis, contre les gnostiques, S. Irénée, Adv. haer., IV, xviii, 3-4 ; IV, xxxiii, 2 ; V, 11, 2-3 ; contre les Marcionites, Tertcllien, Adv. Marc, I, xiv {P. L., II, 262); IV, xl(II, 460); V,viii(II,489); contre les Ariens, S. Hilaire, De Trinitate, VIII, i3-i7 {P. L., X, 245- 249), S.Cyrille d'Alex., In lo., XV, 1 (P. G., LXXIV, 34*1); contre les Donatistes, S. Optât, De schism. Donat., VI, 1 (P. L., XI, io63 sqq.); contre Xestorius, S. Cyrille, Adv. Nestor., IV (LXXVI, 192-193). Anathem. XI (LXXVII, 121); contre les monophysites, S. LÉON, Serm. xci, 3 (P. L., LIV, 452), etc.

Aux conclusions ainsi établies la principale objection qu'on peut opposer se tire des expressions en apparence symboliques par lesquelles un certain nombre de Pères, surtout au m' et au iv' siècles, désignent l'eucharistie : elle est pour eux « l'image », '( la ressemblance », « l'antitype », « la ligure » du corps du Christ.

Ainsi, parmi les Pères grecs, ORiGÉNE,/n3/rt///<. tom. XI, i4 {P. G., XIII, 952 A); Adamantius, De recta in Detim fide, v, 6 éd. v. d. Sande (Leipzig, 1901), p. i84, 16); Euséhe, De dem. evang., I, 10 (P. G., XXII, 89 D), VIII, I (596 A); S. EusTATHE, ap. conc. Nie. II, act. vi (Cavallera, S. Eustathii homilia (Paris, igoS), p. 79, 80); SÉRArioN, Anaphore, m, i2-i4; S. Cyrille de

JÉRUS., Catech. niyst., iv, 3; v, 20; Macaire,/<o/h.xxvii, 17 (P. G., XXXIV, 7o5); Constit. apost., V, xiv, 7; VI, xxiii, 5; VI, XXX, 2; VII, xxv, 4; S. Epiphane, Haer. Lv, G (P. G., XLI, 981 A); S. Grégoire de Xazianze, Orat. viii, 18 (P. G., XXXV, 809 D); cf. Orat. 11, 90 (497 ^)' ^rat. XVII, 12 (980 B); 5. Grégoire DE Nysse, Adv. Etinom., xi (P. G., XLV, 880 B); S. Jean Chrysostome, In Matth. hom. lxxxu, i (LVIII,739); S. Cyrille d'Alex., //j loan., XII, xx, 26 (LXXIV, 725 D); Théodoret, in I Cor., xi, 26 (LXXXII, 317 A).

Chez les Latins on rencontre, quoique plus rarement, des expressions semblables : Tertullien, adv. Marc, IV. lx (P. G., II. 46o); S. Jérôme, In Jerem., XXXI, 10 (XXIV, 875 D), cf. adv. Jovin., II, 17 (XXIII, 3ii A); Ps. Amuroise, Z>e sacramentis,i\, 5, 21 (XVI, 443 B); Gaudentius de Brescia, Serm. xix (XX. 989 C); S. Augustin, Enarr. in ps. m, 1 (XXXVI, 78); Contra Adimant., xii, 3 (XLIl, i44); S. Gélase, Tract.

I, i4 (éd. Thiel, p. 54i). Sur tous ces textes cf. Pusey, Tlœ real présence, note I, p. g4-ii8; Batiffol, VEucharistie. p. 19S-210. 216, 3oo-3o4.

Les noms seuls des Pères qui viennent d'être cités suffisent à montrer que ces locutions sont conciliables avec la foi en la présence réelle; en face des déclarations si explicites et si formelles de S. Cyrille de Jérusalem, de S. Grégoire de Nysse, de S. Jean Chrysostome, de S. Cyrille d'Alexandrie, ou de l'auteur du De Sacramentis, nul historien ne peut douter de leur croyance; il faut donc reconnaître que le symbolisme de ces expressions n'exclut pas la réalité du corps du Christ, et en etïet, si on se reporte aux textes cités, on y trouvera seulement une doctrine sacramentelle, suggérée par l'analogie des autres sacrements et, dans l'Eucharistie même, très légitime : ce qu'on voit dans le sacrement est le signe et le symbole du don invisible qu'on reçoit; ainsi en est-il dans l'Eucharistie; ce qu'on voit du pain et du vin consacrés est le signe et le symbole du corps du Christ ; ce symbolisme n'implique ni n'exclut la présence du corps du Christ sous ces apparences; et, cette présence étant prouvée d'ailleurs, ce symbolisme n'3' contredit en rien. Cf. Bossuet, Exposition, xiii.

Certains Pères introduisent dans l'interprétation de l'Eucharistie un symbolisme tout différent : ils voient non plus dans les espèces sensibles, mais dans le corps du Christ lui-même le symbole d'une autre réalité, par exemple de la doctrine du Verbe, ou du corps mystique du Christ, c'est-à-dire de l'Eglise. De ces deux interprétations la première a été développée par Origène {fn loan., tom. xxxii, 16 (éd. Preuschen,p. 467); in Vh/jj., xvii, 9 (P. G., XII, 701); In Matth. /o/«. xi. i4 (P. G., XIII, 948-952); cf. Struckmann. Z. /.,p. i58- 194) et adoptée par plusieurs autres Pères: Eusèbe, Eccles. theol., 111, 11-12 (éd. Klostermann, p. 167-169): S. BXS11.E, Epist. vin, 4 (P- G., XXXll, 253); S. Hilaire. In psalm. cxxvii, 10 (P. L., IX, 709), cf. In psalm. Lxviii, 19(482), //( Matth., xiv. 10-11 (1000); S. Am- BROisE, In Luc. X, 49 (XV, 1816); S. Jérôme, //; Eccles. m, i3 (XXIII, 1039). cf. In Is. lxvi, 17 (XXIV, 666). L'interprétation qui voit dans l'Eucharistie le corps mystique du Christ, l'Eglise, se trouve déjà chez saint Paul (I Cor., x. 17); elle est particulièrement chère à saint Augustin (cf. Portalié, art. Augustin, dans le Dict. de théol., I, col. 2424-2426; K. Adam, Die Eucharistielehre des hl. Augustin, p. i52 sqq.).

Not. a) De la communion sous une seule espèce. — Dans l'antiquité chrétienne, la communion était administrée généralement sous les deux espèces. Cependant on constate déjà chez Tertullien l'usage de la réserve et de la communion sous la seule espèce du pain: De orat., xix (P. L., I, i 181 sq.); Ad uxor.,

II, 5 (I, 1296); on le retrouve chez S. Cyprien, De

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lapsis, f6 (éd. Hartel, p. 206) ; S. Dknys d'Alexaxdrje (ap. Euseb., H. e., VI, xliv. éd. Feltoe, p. 20); S. Basile. Epist. xciii (P. G., XXXII, 484-485); S. Am- BROisE, De excessuSatyri, i. l^'à (P. /,., XVI, i3o4). Cet usage était universel dans la messe des présanctifiés.

Inversement on donnait aux enfants la sainte communion sous la seule espèce du vin : S. Cypriex, De lapsis, xxv (éd. Hartel, p. 255), cf. Epist. lxiii, 8 (p. 707).

Il est donc certain que l'Eglise a toujours reconnu comme valide et eflicace la communion sous une seule espèce (sauf pour le prêtre qui célèbre le saint Sacrifice) ; dès lors on n'a pas de peine à admettre que lEgliseait pu, pour de justes motifs, imposer cette coutume (cf. Concil. Trident., sess. xxi, cap. i,e\.can. i-'i. Denz., 980, 934-936 [808, 8i2-8i4]).

b) De la nécessité de l'Eucharistie. — « En vérité, en vérité, je vous le dis; si vous ne mangez la chair du Fils de Ibomme et si vous ne buvez son sang, vous n'avez pas la vie en vous. » Ces paroles de Notre- Seigneur sont d'une force étrange, et la tradition patristique ne fait que les accentuer encore. Les Pères dont nous rapportions plus liaut les témoignages (col. 1 571) font dépendre nécessairement de la participation à l'eucharistie la vie de nos âmes et la résurrection de nos corps ; sans doute, ils le savent, les infidèles et les non initiés vivent et ressusciteront; mais cette vie n'est pas la vie véritable; cette résurrection ne sera pas la résurrection glorieuse : S. Jeax Chrysost., /n loan. hom. xLvir, i {P. G.. LIX, 260): S. GÉLASE, Epist. VI, G (éd. Thiel, p. 33i). Ailleurs ils assimilent la nécessité de l'eucharistie à celle du baptême : S. Jean Chrysost., De sacerd. m, 5 (XLVIII, 643), oumêmejirouAent par la nécessité de l'eucharistie la nécessité du liaptême : S. Augustin, Epist., CLXxxvi, 28 (P. L., XXXIII, 826); De peccat. meritis, I, 2G-27 (XLIV. 128-124); ihid., III, 8 (ibid., 190); Cuntra epist. Pelug., I, 4o {ihid., 770); S. Innocent I, Epist., ap. August., clxxxii. ô (XXXlll, 785); S. GÉLASE, Epist. VI, 5-6 (éd. Thiel, p. 829- 33 1) : Dominiis lesus Cliristus caelesti voce pronuntiat : Qui non niandncaverit... uhi utique neminem s'idenius erceptum, nec ausus est aliquis dicere, parvulum sine hoc sacraniento salutari ad aeternam yitain posse perduci.

En face de témoignages si considérables et si nombreux, on peut se demander comment il faut concevoir la nécessité de l'Eucharistie, étant donnée d'ailleurs la pratique de l'Eglise, sanctionnée par le concile de Trente, sess. xxi, cap. 4 et cun. 4 : Si quis dixerit pan'ulis, antequam ad uiinos disci-etionis pervenerint, tiecessariam esse Eucharistiae cominunioneni, anathenia sit. Denz., 987(815).

Pour résoudre cette contradiction apparente, il faut se reporter à la consultalion donnée par S. FuL- GENCE, disciple de S. Augustin et s'insjjirant uniquement des principes de son maître, Epist. xii, surtout 24-26 {P. L., LXV, 890-892): un baptisé qui meurt avant d'avoir reçu l'eucharistie est sauvé parce qu'il << a i>articipé au cori)S et au sang du Seigneur, quand il est devenu [)ar le baptême membre du corps du Christ ». S. Thomas, rej)renant cette question, la résout dans le même sens, mais met mieux en lumière le principe de sa solution (III", q. 78, a. 3) : le fruit pr()[)rc de l'eucharistie, c'csl-à-dire l'incoi poralion aiiClirist, est évidemment nécessaire au salut; toulifois, pour l'cvuliaristie comme jiour le liaplêmc, le fruit du sacrement peut être ac<iuis soit par la récejjtion réelle soit par le désir. II faut d'ailleurs remarquer une douI)le différence entre le baptême et l'eucliarislie : la vie spirituelle conmience par le baptême et se consonmie par l'eucharistie ; le

baptême est donc ordonné à l'eucharistie comme le moyen à la fin ; d'où cette autre différence que, dans les enfants qui n'ont pas l'âge de raison, rien ne peut suppléer la récei)tion réelle du baptême, tandis que le baptême lui-même suffît à les orienter vers l'eucharistie, « et de même qu'ils croient par la foi « de l'Eglise, de même par l'intention de l'Eglise ils '( désirent l'eucharistie et en perçoivent le fruit ».

B. — La transsubstantiation

Si l'on considère d'ensemble les textes patristiques relatifs à l'Eucharistie, on remarque que la consécration est présentée non pas comme unissant le pain au corps du Christ, mais comme le changeant aucorps du Christ. Sans doute on ne trouve pas, antérieurement au iv' siècle, de description précise de ce changement, mais on ne peut nier que, dès l'origine, les textes eucharistiques ne signifient une conversion bien plutôt qu'une union : S. Irénée, Adv. haer.,

IV, 11,8; TERTLLL..Jf/c..V«7'f.,IV, XL (f. /.., II, 46o) ;

Origène, c. rc/s..VIII, 33 {P. G.,X\, i565);S. Atha- NASE, Orat. ad nuper baptiz., ap. Eutychium (P. G., LXXXVI, 2401); SÉRAPioN, anaph., iv, i5; Constit. apost., VIII, xxxix;S. Jean Chrysosto.me, In Matth., Iiom. Lxxxii {P. G., LVIII, 744): P^e prodit. Judae, i (XLIX, 38o), cf. 11 (889); TnÉODORE de Mopsueste, //( Matth. XXVI, 26 (/>. G., LXVI, 718). Cf. Batiffol, L'Eucharistie '', p. 480-482.

La présomption créée par ces mentions brèves, mais nombreuses, devient une certitude quand on considère les textes plus explicites des Pères du IV' siècle. Il est utile d'en rapporter ici au moins les principaux.

S. Cyrille de Jérls., catcch. luyst. iv, 1-2 : « Le Christ ayant déclaré et dit du pain : « Ceci est mon corps »,qui osei-a encore douter? Le Christ ayant affiimi' et dit : « Ceci est mon sang », qui en doutera ? qui dira que ce n'est pas son sang? Il a changé jadis l'eau en vin, qui ressemble au sang, à Gana de Galilée, et nous ne le croirons pas quand il change le vin en sang ?... 6. Ne t'attache donc jias au pain et au vin comme à des élément* ordinaires ; car, selon l'aflirmation du Seigneur, ils sont corps et sang du Christ. Les sens te présentent cela ; que la foi te confirnae. Ne juge pas la chose d'après le goût; mais sois convaincu indubitablement par la foi que ta participes au corps et au sang du Christ... 9. Instruit de tout cehi et convaincu que ce qui paraît du pain nest pas du pain, bien que le goiit on donne l'impression, mais le corj)s du Christ, et que ce qui paraît du vin n'est pas du vin, bien (jiie le goùtîe veuille, mais le sang du Christ... participe à ce pain comme à une nourriture spirituelle. »

Ces textes se passent de commentaire. Un luthérien écrivait à ce sujet dans une thèse sur les catéchèses de S. Cyrille : « lis, cpiae sujjra laudavi. plane <• etapertc transsubstantialioncmdoccri quis, quaeso, « infitiari poterit? Nam si ego discipulis meis in ca- « techesi dicercm : « Ut Cliristus in iiuptiis Canae « celebratis aquam in vinum transmulavil, ita in « eucharistia vinum in sanguinem transnuitat; quod « vos in cucliaristia edilis et bibitis gustiim quidem « panis et vini habet, nihilominus autem necpie i)a- « nis est neque vinum, sed corpus et sanguis Do- « mini », quis, quaeso, dubitarct quin transsubstan- « tialionem docerem? » (Plitt, De CyriUi oratiouibus quae exstant catecheticis (Ileidelberg, !855), p. i5o.)

Steitz, Die Abendmahlstehre iJahi bilclicr fiir deutsche Théologie, X (1865), p. 422 sq.) a objecté la comparai- ' son que S. Cyrille établit {Catcch. mt/st. m, 3) entre le paiti de l'eucharistie et l'huile de la confirmation. — Sans doute, de part et d'autre, il y a sanctification, mais d'une façon très dilïérenlc, ainsi que l'indicpie le texte même : le |)ain devient cor|>s du Christ ('cù//k X^ittsû), l'huile devient seulement don du Christ (X,c(T7iO yâ.pi^uv.), CL

EUCHARISTIE

Ralschen, Flolilegiiim , p. 55, n. 1 ; Batiffol, L'Eucharhtie*, p. 348-351.

S. Grégoire de Nyssb affirme aussi énergiquement (^Orat. catech., xxxAii)la conversion du pain au corps du Christ; pour l'expliquer, il compare ce changement à celui des aliments assimilés par le corps humain ; il note toutefois cette différence (P. G., XLY, 9^ A; éd. Srawley, p. i5o)que « ce n'est pas par la « voie de l'aliment que le pain arrive à être le corps « du Verbe ; il se transforme aussitôt en son corps, « par la parole, selon qu'il a été dit par le Verbe : « Ceci est mon corps ».

Sans doute, cette comparaison n'est pas de tout point exacte : en la reprenant, presque dans les mêmes termes, Dlraxd {in sentent., IV, ii, 3) arrivera à la théorie erronée delà transformation; aussi M. Srawley peut-il dire dans son introduction (p. xl): « Le langage de Grégoire implique seulement un « changement de « forme « ; il n'enseigne pas, comme « font plus tard les scolastiques, un changement à « la fois de matière et de forme. » Il semble toutefois peu équitable d'identifier la doctrine de S. Grégoire et celle de Durand : la comparaison de la nutrition n'a pas au iv^ siècle la portée qu'elle aura au xiv^ siècle ; chez Durand, elle mai-que une réaction consciente contre une doctrine déjà clairement établie ; chez S. Grégoire, elle est un essai d'interprétation d'un mystère encore très imparfaitement exploré. Cf. TixEROXT, Histoire des dogmes, II (Paris, 190g), p. i83 : « S'il ne s'est pas expliqué aussi complète- « ment qu'on le fera plus tard, il n'en reste pas moins « qu'il a nettement orienté la pensée chrétienne vers « l'idée de transsubstantiation. Et quel exemple « aurait-il donc pu trouver dans la nature de ce que « représente ce mot ? »

En Occident, il faut recueillir surtout le témoignage de S. Ambroise, Be mrsteriis, ix, 62 :

K Sacramentuin istud, quod accipis, Christi sermoneconficitur. Quodsi tantum valuit sermo Eliae, ut igiiem de caelo deponeret; non valebit Christi sermo, ut species mutet elementorum ? De totius mundi operibus legisli : Quia ipse dixit, et facta sunt; ipse mandavit, et creata sunt. Sermo ergo Christi, qui potuit ex nihilo facere, quod non erat. non potest ea, quae sunt, in id mutare, quod non erat? Non enini minus est no vas rébus dare, quani mutare naturas... 53. Ipse clamât Dominus Jésus : Hoc est corpus meum; ante benedictionem verborum caelestium alia species nominatur, post consecrationem corpus significatur. Ipse dicit sanguinem suum; ante consecrationem aliud dicitur, post consecrationem sanguis nuncupatur. » (Malgré les doutes de Loofs, Realencyklopàdie, I, p. 61, l'authenticité du De mysteriis est très assurée; v. Batiffol, L'Eucharistie'^, p. 324 sqq.)

On trouve une doctrine aussi explicite dans le De Sacramentis, iv, i4-i5.

Ces textes sont d'autant plus remarquables qu'ils sont empruntés, comme ceux de S. Cyrille de Jérusalem, à des catéchèses populaires; on n'a donc pas ici la spéculation personnelle de quelques théologiens se frajant leur voie vers une interprétation nouvelle du dogme, mais bien l'exposition de la doctrine élémentaire de l'Eglise, faite par des évêques à leurs néophytes.

Les controverses cbristologiques du v" siècle obscurcirent dans les milieux nestoriens et antiochiens la doctrine de la transsubstantiation. On a vu plus haut(col.l570) les liens étroits qui unissaient la théologie de l'Incarnation et celle de l'Eucharistie ; il n'est donc pas surprenant que Nestoiius ait eu recours aux analogies eucharistiques. Dans le Bazar d Iléraclide (Bethune-Baker, Natorius and his teaching (Cambridge, 1908), p. 145-146), il nie que le pain subisse aucun changement de nature (sjî-t'a). On retrouve un raisonnement analogue chez un évéque de la

minorité antiochienne, Eutherius de Tyane (Ficker, Eut/ierius l'on Tyana (Leipzig, 1908), p. 20-21; cf. Batiffol, L'Eucharistie^, p. 435 sq.}.

Après le concile de Chalcédoine, les théologiens d'Antiocïie et ceux qui ont subi leur influence se sont servis assez souvent de l'analogie de l'eucharistie pour combattre lemonoplivsisme : Ilhf.ouo'rb.t , Eranisles ,\ [P . G., LXXXIII, 56), 11(165-169). III (•26<f-272); lepapeGÉLASE, Tract. III, de duabus naturis (éd. Thiel, p. 541. 542); Pseudo-Chrt- SOSTO.ME, Episi. adCaesar. (P. G., LU, 758); Ephre.m d'An- TiocHE, ap. Phot., cod. 229 [P. G., CIII, 980). Le but immédiat de ces auteurs est d'établir que le Christ a conservé, même après l'Ascension, les propriétés distinctives de la nature humaine, de même que, dans l'eucharistie, on reconnaît, même après la consécration, la permanence d'un élément visible et tangible; dans ces limites, cet argument était trèsjuste ; maisil pouvait entridner ces auteurs à confondre la permanence de la substance du pain avec celle des qualités sensibles; et, en effet, Théodoret et Pseudo-Chrisostome semblent n'avoir pas évité cette confusion. Cf. J. LebketO'S. Le dogme de la transsubsiantiation et la christologie antiochienne du v° siècle jReport of the 19''" Eucharistie Conqress [1908], p. 326-346; et Etudes, CXVII [1908], p. 477 sqq.).

La croyance à la transsubstantiation, que nous avons trouvée si clairement exprimée au ive siècle, se perpétue dans l'Eglise grecque et l'Eglise latine, V. g. S. Cyrille d'Alexandrie, In Matili., xxvi, 27 {P. G., LXXII, 452); S. Jean Damascène, Be fide 01thodoxa, IV, i3 {P. G., XCIV, ii44); cf. Batiffol, U Eucharistie'', p. [\bb sq. Ainsi, longtemps avant la définition de Latran, le dogme de la transsubstantiation est consacré par la tradition ; mais ce sera surtout à partir de cette date cjue s'en élaborera l'interprétation thcologique.

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