D'après la critique interne
La vérité du témoignage ainsi fourni par l'histoire jteut se contrôler à l'aide du témoignage de nos écrits eux-mêmes. Que l'on examine, en effet, soit la langue, soit le contenu, doctrinal et historique, des Evangiles, par comparaison avec ce que nous savons de l'époque à laquelle le témoignage de l'histoire les fait remonter, et l'on trouvera un accord parfait avec ce témoignage.
2S. 1° La langue des Evangiles. — Rien de plus caractéristique que la langue de nos Evangiles. Les philologues en ont fait l'objet d'études approfondies; ils en ont analysé toutes les phrases, déterminé toutes les constructions, classé tous les mots ; et l'on a rédigé lexiques et grammaires des Evangiles, par comparaison avec les lexiques et les grammaires des autres documents de l'antiquité chrétienne. Or, de tous ces travaux \me conclusion se dégage, irrécusable: c'est que le lexique et la grammaire des Evangiles ont, sous la forme giec(jue,un caractère essentiellement sémitique. On n'y trouve jias seulement çà et là quelques mots conservés de la langue araméenne, parlée au temps du Christ, tels que Corhan, Raca, Ephpheta, Thalitha cumi. Eloi Eloï lamnia sahactani. Nombre de locutions ne sont intelligibles qu'en faisant appel à l'hébreu ou à l'araméen. La tournure des phrases, la liaison des propositions, la construction des mots, portent habituellement la marque de l'esprit sémitique.
C'est donc un fait que nos Evangiles sont l'œuvre de chrétiens familiarisés avec la langue juive. Bien plus, nous le verrons, leurs auteurs, à l'exception peut-être de l'auteur du troisième Evangile, et y compris celui du quatrième, sont eux-mêmes des Juifs d'origine.
Or, cela nous reporte au premier âge de la foi chrétienne, à cette époque primitive où l'Eglise sortait à peine de la synagogue et comptait parmi ses membres principaux des Juifs convertis.
53. 2° Le contenu doctrinal des Evangiles. — Le contenu des Evangiles accuse la même ancienneté. Si l'on se place au point de vue de la doctrine, nos écrits peuvent se comparer aux écrits chrétiens du II' siècle et de la tin du 1". Or, de cette comparaison il ressort qu'ils n'offrent aucune trace de dépendance à l'égard des mouvements d'idées les plus saillants qui s'accusent dans ces ouvrages.
Cela est vrai du quatrième Evangile lui-même, le plus récent d'entre eux. Baur prétendait y voir une sorte de compromis entre le gnosticisme dans tout son développement et la tradition chrétienne primitive. Aujourd'hui l'on s'accorde à reconnaître que notice Evangile est complètement étranger au mouvement gnostique; la sobriété remarcpiable de sa spéculation, sa simplicité hardie et puissante, tranchent sur la fantaisie extravagante et échevelée qui caractérise la gnose ; il ne montre même pas la moindre intention de la réfuter, ni de la concilier avec la tradition, mais lui paraît entièrement indifférent. Or, celte absence de tendance antignostique, cette parfaite sécurité à l'égard de la gnose hétérodoxe, semblent une preuve positive que l'ouArage a été écrit avant que ce mouvement eût commencé d'être un danger pour l'Eglise. Juelicher, Etnleitutig in das N. T., p. 324; J. RÉVILLE, Le quatrième Evangile, son origine et sa valeur historique, 2= éd., 1902, p. 3a6- 32" ; LoisY, Le quatr. Evung., p. 4o, 95.