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III. Le rapport des trois premiers Evangiles entre eux

Avant d'aborder la question des auteurs de nos Evangiles, il nous faut encore traiter une question préalable, celle du rapport qui existe entre les trois premiers d'entre eux. La détermination de ce rapport est, en effet, nécessaire pour apprécier l'ordre dans lequel ont paru les documents, leur dépendance ré-

ciproque, et par là même intéresse la question de savoir s'ils sont bien des auteurs auxquels on les attribue.

49. I. Etat dk l.v question. — Ressemblances des trois Evangiles. — La comparaison de nos Evangiles révèle entre les trois premiers des ressemblances étroites. Tandis que le quatrième s'attache à reproduire le ministère de Jésus en Judée avant la dernière semaine, se bornant presque à supposer son ministère galiléen, les Evangiles antérieurs racontent le seul ministère de Jésus en Galilée, à la suite du baptême et de la tentation au désert, et ne conduisent le Sauveur à Jérusalem que quelques jours avant la Pàque finale. Leur plan général est donc identique.

On y trouve aussi, pour une bonne part, les mêmes éléments, les mêmes miracles, les mêmes anecdotes, les mêmes discours, souvent groupés de la même manière, présentés de la même façon, parfois avec des coïncidences extraordinaires au point de vue du style et des expressions.

30. Leurs différences. — Cependant, à côté de ces ressemblances très remarquables, il y a des différences non moins évidentes. Des parties considérables manquent dans un Evangile et se trouvent seulement dans les deux autres : ainsi, les récits relatifs à l'enfance de Jésus sont particuliers à saint Matthieu et à saint Luc, et ils diflerent de l'un à l'autre de ces Evangiles; les discours, abondants en saint Matthieu et en saint Luc, sont presque nuls dans saint Marc. — D'autres parties sont exclusivement propres à tel ou tel de nos documents. Saint Marc est seul à raconter la guérison du sourd-muet de la Pentapole, celle de l'aveugle de Bcthsaide; il reproduit également seul la parabole de la semence qui croit d'une façon insensible et celle du maître qui laisse sa maison à la garde de ses serviteurs. On ne trouve que chez saint Matthieu les récits de l'adoration des mages, de la fuite en Egypte, du massacre des Innocents, les paraboles de l'ivraie, des ouvriers envoyés à la vigne, des dix vierges, etc. Saint Luc seul nous a conservé les récits de l'annonciation, de la Visitation, de la présentation au temple, les épisodes deZachée, du bon larron, de l'apparition aux disciples d Emniaiïs, les paraboles du bon samaritain, de l'enfant prodigue, du pharisien et du publicain, etc.

Si l'on combine entre eux les récits des trois Evangiles, on peut dire que les deux tiers des détails sont comnmns aux trois ; saint Matthieu possède en propre environ 1/6 de son Evangile, 33o versets; saint Luc envii'on i/4 du sien, 54 1 versets; saint Marc seulement 1/ 10, ou 68 versets.

Il n'y a pas moins de Aariété en ce qui concerne le groupement et la liaison des diverses parties, les détails fournis dans les récits, le choix des termes et les constructions. Saint Marc a environ un quart de ses mots qui se retrouvent chez les deux autres Evangiles, la moitié qui lui sont communs avec saint Mattiiieu, le tiers avec saint Luc; saint Matthieu et saint Luc ont en commun un quart de leurs mots.

SI. La question synoptique. — Pour saisir d'un coup d'œil ressemblances et divergences, on dispose les trois premiers Evangiles sur trois colonnes parallèles, en faisant correspondre leiu-s parties communes. On obtient ainsi une Synapse {rJvo'^ic), ou « vue d'ensemble » du contenu évangélique, tel qu'il résulte de ce triple document. De là le nom de Synoptiques donné à nos trois premiers Evangiles.

Le problème que pose à la critique le mélange extraordinairement complexe de ces ressemblances et de ces divergences est appelé lui-même le Problème synoptique.

ÉVANGILES CANOxXIQUES

Ce problème a reçu les solutions les plus variées; on peut dire qu'on a proposé tour à tour, ou à peu ])rès, toutes celles qui se peuvent imaginer. Nous nous bornerons à indiquer les principales d'entre elles, en insistant sur celles qui obtiennent plus généralement faveur aujourd'hui, et nous tâcherons de tirer ensuite les conclusions les plus probables.

II. Diverses solutions proposées. — Les solutions proposées se ramènent à trois. Ou bien les Evangiles dépendent les uns des autres, les auteurs plus récents aj'ant utilisé l'œuvre de leurs devanciers : c'est l'hypothèse delà dépendance mutuelle, ou de l'utilisation réciproque. Ou bien ils dépendent d'une source commune, et cette source elle-même peut être : soit \di tradition orale, soit un ou plusieurs c/ocwmen/s écrits primitifs.

32. I I. — Hypothèse d'une dépecdancs mutuelle, ou d'une utilisation réciproque. — Dans cette hypothèse, les évangélisles se sont connus les uns les autres, et les plus récents ont utilisé l'œuvre de leurs devanciers. Les combinaisons possibles sont avi nombre de six, suivant que l'oniilace tel ou tel des Evangiles en premier lieu, et tel ou tel autre en second. Toutes ont été mises en avant. Trois surtout ont rallié des sulTrages autorisés.

i" forme. — L'une fait apparaître les Evangiles dans l'ordre où ils sont rangés présentement dans le Canon : saint Matthieu aurait écrit le premier; saint Marc se seriiit servi de son Evangile ; saint Luc les aurait eus tous deux entre les mains. L'hypothèse avait été suggérée par saint Augustin, cjui. parlant de saint Marc, observe qu'il senil)le avoir suivi saint Matthieu, « tanquam pedissequus et brevialor ejus » {De consensu evang., I, ii, l^). Elle a été reprise et développée par de nombreux critiques catholiques : HuG, Danko,Patrizi, UE Valroger, AVallox, Schanz, Baguez.

2' forme. — La seconde adopte l'ordre suivant : Matthieu, Luc, Marc. Elle a été proposée par Gries- BACH, Commentatio qua Marci Eyangelium totum e Maithaei et l.ucae commentariis decerptum esse nionstratur, 1789, 1790. Saint Matthieu aurait écrit le premier son Evangile en grec, d'après ses propres souvenirs; saint Luc aurait utilisé saint Matthieu en le complétant par la tradition orale ; saint Marc aurait fait un extrait de saint Matthieu et de saint Luc, en j' mêlant quelques informations particulières.

3* forme. — La troisième suit l'ordre : Marc, Matthieu, Luc. Elle a été soutenue i)ar Koppe, Marcus non epitomator Maithaei, 1782; Storr, L'eber den Zi\'eck der e^'angeliscfien Gesciticlite des Johannes, 1786; De fontibus E^'angeliorum Mattliaei et J.ucae, 1794. Pour lui, saint Marc aurait mis d'abord par écrit la prédication de saint Pierre; saint Matthieu et saint Luc, chacun de leur côté, auraient utilisé ce premier Evangile, en le complétant d'après leurs propres informations.

Cette dernière hypothèse est combinée aujourd'hui par un grand nombre de critiques avec l'hypothèse documentaire, comme nous le verrons tout à l'heure.

53. Modifications récentes de la 1" forme. — Divers critiques récents ont renouvelé la première de ces hypotlièses, en lui faisant subir une moditication importante. — Dès le xvi' siècle, Grotius, Annot. in tit. jMattli., avait émis l'idée que saint Marc s'était servi de l'original hébreu de saint Matthieu, cl qu'à son tour le traducteur grec de saint Matthieu s'était servi de saint Marc. Celte combinaison a élc reprise par Th. Zahn, Kinleitung in das .V. T., t. H. 1899. D'après ce critique, Matthieu aurait d'abord écrit son Evangile cnaraméen; Marc aurait utilisé ce Matthieu

araméen, en l'abrégeant; à son tour, le traducteur grec de Matthieu se serait inspiré du second Evangile, au i)oint de vue de la forme seulement; Luc aurait utilisé Marc et des sources secondaires.

La même hypothèse a été adoptée, avec quelques modifications encore, par plusieurs critiques catholiques. — D'après Belser, Einleitung in das ^eue Testament, 1901, Marc dépendrait de Matthieu araméen et de la prédication de saint Pierre ; Luc aurait utilisé Marc, Matthieu araméen et grec, et la tradition orale. — Le P. Bonaccorsi, / tre primi Vangeli e la critica letteraria ossia la Questione sinottica, 1904, adopte à peu près le système de Zahn. — Le P. Calmes, Comment se sont formés les Evangiles, 1899, l'amende d'une façon sérieuse, en supposant que la réaction de Marc sur Matthieu n'a pas eu lieu seulement pour la forme littéraire, mais aussi pour le fond, c'est-à-dire que Marc aurait servi en partie de source pour la composition même de Matthieu canonique. L'hypothèse ainsi complétée se rapi>roche de l'hypothèse documentaire que nous aurons à exposer ci-après.

54. S 2. — Hypothèse d'une dépendanca commune â l'égard de la tradition orale. — Dans cette seconde hypothèse, nos Sjnoptiques auraient pour source commune la tradition orale, ou la catéchèse évangélique, prêchée d'abord par les apôtres, puis par les missionnaires chrétiens. Les apôtres racontaient la vie de Jésus-Christ et répétaient ses principaux enseignements : leur prédication ne tarda pas à se fixer dans un cadre assez uniforme ; à force d'être répétés aux fidèles, les discours du Sauveur, et même le récit de ses œuvres, prirent une forme presque invariable, et en quelque sorte stéréotypée. Missionnaires et catéchistes ne purent mieux faire que de s'assimiler cette prédication apostolique et de la reproduire à leur tour le plus fidèlement, par conséquent le plus uniformément, possible. C'est celte catéchèse qui aurait été utilisée, à des degrés divers et suivant des points de vue différents, par nos trois premiers évangélisles.

L'hypothèse a été énoncée d'abord par Herder, Vom Erlôser der Menschen nach den drei ersten Evangelien, 1796; Regel der Zusammenstimmung unserer Evangelien, 1797. Son patron principal a été Gieseler, Historisch-hritiker J'crsuch ùber die Entstehung und die frûhesten Schicksale der schriftlichen Evangelien, 1818. — Elle a été adoptée de nos jours par un grand nombre de critiques : soit prolestants, comme ^YESTcoTT, Godet, Wrigut, Veit; soit catholiques, connue Kaulex, Cornely,

KXABE.NBAUER, FoUARU, Le CaMUS, FiLLION, ctC.

§ 3. — Hypothèse d'une dépendance commune à l'égard de documents écrits. — Dans cette troisième hypothèse, les raiq>orls constatés entre nos Synoptiques seraient dus à leur utilisation d'un ou de i)lusieurs documents communs.

55. Un Evangile primitif. — D'après les uns, il y aurait eu à l'origine une sorte d'Evangile primitif, qui aurait été utilisé par les auteurs de nos trois j>remiers Evangiles. Mais cette hypothèse même a été soutenue sous des formes assez variées.

In Evangile primitif araméen. — D'après Lessing, Aeue Hypothèse iiber die Evangelisten als bloss menschliche Schriftsteller betrachtct, 1778 (publié, en 1784, dans Theol. Nachlass) la source connnune serait un protévangile araméen. dont nos Synoptiques ne seraient que des extraits, traduits en grec. La même hypothèse parait avoir été reprise par Ber- TiiOLi), liistor. krit. Einleitung in die Schrifien des A.

ÉVANGILES CANONIQUES

und X. T., 1812, et Bleek, Einleitung in das X. T.,

Une traduction grecque de l'Evangile primitif. — EiciiHORX, après avoir rattaché d'abord les Sjnoptiques au protévangile aramcen, AUgemeine Jîihliuthek der biblischen Literatur, t. V, 1794» corrigea ensuite son système, Einleitung, t. I, i8o/|, et établit que nos évangélistes aAaient utilisé le protévangile déjà traduit en grec, et morne qu'ils avaient eu de cette traduction grecque des recensions plus ou moins remaniées et complétées.

Un Evangile primitif en uraméen et en grec. — Les Synoptiques se seraient servis, soit du protévangile araméen, soit de sa traduction grecque, d'après Marsh, Translation of Micliaelis Introduction to the N. T., t. III, i8o3, et Gratz, Neuer Versuch die Entstehung der drei ersten Evangelien zu erklaren, 1812.

56. Modifications récentes de la 1" hypothèse. — Ces dernières années, A. Resch, Die I.ogia Jesu nach dem griechischen und hehrdischen Text tviederhergestellt, 1898, a soutenu l'hypothèse d'un protévangile rédigé, non plus en araméen, mais en hébreu proprement dit. C était un recueil de récits et de discours, rédigé par l'apôtre Matthieu, et comprenant à peu près toute la matière qui se trouve comnuine aux trois Synoptiques, celle qui est commune à deux d'entre eux. et même un bon nombre des éléments propres à chacun. Marc l'aurait utilisé, le preiuier; Luc et l'auteur do Matthieu canonique l'auraient exploité à leur tour, en se servant également de l'Evangile de Marc. M. Resch a essayé de reconstituer le texte hébreu du protévangile supposé, sous le titre de : Dibrê leshoua', « Paroles (et actes) de Jésus ».

Plus récemment encore, R. -A. Hoffmann, Das Marcusevangelium und seine Quellen, 190^, est revenu à l'hypothèse d'un Evangile primitif, rédigé en araméen, mais qui aurait existé sous deux formes : l'une plus courte, l'autre plus développée; la première aurait servi de source à Matthieu; la seconde formerait le fond de Marc et aurait été utilisée également pai* Luc.

57. Des sources multiples. — Ce ne serait pas un seul document, mais un grand nombre de petits écrits, soudés ensend>le, qui seraient à la base de nos Synoptiques, d'après Schleiermacher, Ueber die Schriften des Luhas, ein kritischer Versuch, iSi'j.

58. Deiix sources fondamentales : un proto- Marc et des T-ogia de Matthieu. — Le même Schleiermacher émit plus tard une opinion qui devait faire fortune, Ueber die Zeugnisse des Papias von unserer beiden ersten E\angelien. dans les Theol. Studien und Kritiken, 1882, p. SSô-^GS. Ce que Papias nous dit (n° 10) de l'Evangile de saint Marc se rapporterait, non à notre Marc canonique, mais à un Marc primitif, ou proto-Marc, moins complet, moins bien ordonné, qui aurait seulement servi de source à notre Marc actuel. Ce qu'il dit de l'Evangile de saint Matthieu conviendrait, non à notre Matthieu canonique, mais à un simple recueil de discours de Jésus, écrit par saint Matthieu en araméen, c'est-à-dire un proto-Matthieu.

L'hypothèse ainsi émise a été adoptée par un grand nombre de critiques modernes. D'après eux, notre Evangile canonique de saint Marc aurait pour base le proto-Marc, dont il serait comme une édition retouchée et remaniée. Les deux autres Evangiles, saint Matthieu et saint Luc, seraient essentiellement une combinaison du proto-Marc avec le proto- Matthieu, c'est-à-dire du recueil primitif de récils avec la collection primitive de discours.

Tel est, sauf les variantes, le système soutenu par

Credxer, Das X. Testament nach Zweck, Ursprung und Inhalt, iSli'd ; H. J. Holtzmanx, dans ses Sr?ioptischen Evungelien, i863, et dans la 1" édition de son Einleitung in das X. T., 18-8; A. Réaille, Etudes critiques sur l'Evangile de S. Matthieu, 1862; Jésus de Xazareth, 1897; Rexax, dans sa Vie de Jésus, i863; 13" éd. définitive, 1867; Weizsakcker, Untersuchungen ùber die evangelische Geschichte, i864, 1' éd., igoi ; Beyschlag, Leben Jesu, i885; Reuss, Histoire évangélique, 1876.

On retrouve quelque chose de cette hypothèse dans l'opinion de P. ^V. Schmiedel, art. Gospels dans VEncycl. biblica, t. II, 1901, et de J. Weiss, Das atteste Evangelium, 1903, d'après laquelle l'Evangile de Marc n'aurait pas encore eu sa rédaction pleinement arrêtée lorsqu'il servit de source à Matthieu et à Luc, mais aurait acc{uis sa forme définitive après les deux autres.

59. § 4. — Hypothèse mixte, de Marc et des Logia. ■ — Le plus grand nombre des critiques qui aujourd'hui se rangent à l'hypothèse des deux sources, la proposent avec une modilication importante par rapport au système iirécédent. A la base des Evangiles de saint Matthieu et de saint Luc, ils conservent le recueil de Logia, mais, au lieu d'un proto- Marc, placent le Marc canonique actuel. Nous avons dès lors une combinaison de l'hypothèse de l'utilisation avec l'hypothèse documentaire : Marc aiu'ait été utilisé par les deux autres Synoptiques, et en même temps ces deux derniers Evangiles dépendraient du document appelé Recueil de Logia.

Telle est, dans son ensemble, l'hypothèse proposée d'al)ord par Weisse, Die evangelische Geschichte kritisch und philosopitisch behandelt, i838; soutenue depuis par H. J. Holtzmaxn, dans ses plus récents travaux, Einleitung in das N. T., 2' éd., 1892; Die Synoptiker {Iland-Commentar zum X. T.), 3' éd., 1901 ; Renax, dans Les Evangiles, 1877; B. Weiss, Das Marcusevangelium und seine synoptische Parallelen, 1872; Das Matthausevangelium und seine Lucas-Parallelen, 1876-; I.ehen Jesu, 1882, 3' éd., 1888; Einleitung in das X. T., 1886, 3* éd., 1897; Wendt, Die Lehre Jesu, 1886, 1' éd., 1901 ; Weizsaecker, Das apustulische Zeitalter der christlichen Kirche, 1886, 2* éd., 1892; Rœhrich. La composition des Evangiles, 1897; Harxack, Die Chronologie der dltchristl. Literatur bis Eusebius, t. I, 1897; Spriiche und Reden Jesu, 1907; Wernle, Die synoptische Frage, J899; Juelicher, Einleitung in das A'. T., 189^, 5° éd., 1906; SoLTAU, Unsere Evangelien, ihre Quellen und ihr Quellemvert, 1901 ; O. Holtzmaxx, J.eben Jesu, 1901 ; vox SoDEN, Urchristliche LAteraturgeschichte : die Schriften des X'. T., 1906; Wellhausex, Einleitung in die drei ersten Evangelien. 1905 ; Loisy, Les Evangiles synoptiques, 1 907-1 908; Nicolardot, Les procédés de rédaction des trois premiers évangélistes, 1908; Staxtox, The Gospels as historical documents, t. II,

'909- Un certain nombre d auteurs catholiques se sont

rangés à celte hypothèse, ces dernières années. Tels, Mgr Batiffol, ^'(.r leçons sur les Evangiles, 1897, p. 66 sq.; Eenseignenient de Jésus, 1905, p. ix; V. Ermoni, /e noyau primitif des Evangiles synoptiques, dans la Bévue bibl., 1897, p. 269-264; le P. Lagrange, Jésus et la critique des Evangiles, dans le Bulletin de littérature ecclésiastique, igo^, p. 19; Mgr Barnes, Origin of the Gospel according to S. Matthe^v, dans le Journal of theological Studies, igoo, p. 188 sq.; F. Gigot, Studies on the Synoptics, dans la Xe^v-York Bevie»; t. I, II et III; Camerlynck et CopPiETERS, Evangeliorum secundum Matthaeum, Marcum et Lucam Synopsis, 1908, p. xiii, xxi-xxiii.

ÉVANGILES CANONIQUES

60. Points discutés parmi les tenants de cette hypothèse. — i" Luc, dépendant de Marc et des Logia, dépend-il aussi de Matthieu? — Les divergences notables qui existent entre les textes du premier et du troisième Evangile, dans les passages, étrangers à saint Marc, qui leur sont communs, ne permettent pas de supposer que les deux évangélistes se soient copiés, ni même utilisés dune façon tant soit peu considérable. Néanmoins un certain nombre de critiques ont pensé que saint Luc s'était inspiré de saint Matthieu, d'une façon accessoire, et à tout le moins l'avait connu. C'est l'opinion soutenue par Simoxs, Hat der dritte Evangelist den kanonischen Mutthâus benutzt ? i88o; AVeizsakcker, Z^as apostolische Zeitalter, i886, 2' éd., 1892; Wendt, Die I.ehre Jesu, 1886, 2° éd., 1901 ; H. J. HoLTZMAXN, Einleitung, 2' éd., 1892; O. HoLTZMANN, Lebeu Jesu, 1901.

Quelques auteurs se liornent à conjecturer que Luc a pu connaître Matthieu, avant que ce premier Evangile ait reçu sa forme détinitive, c'est-à-dire dans une édition antérieure qui n'aurait pas contenu les récits de l'enfance de Jésus, ni quelques autres morceaux, comme la promesse du Christ à Simon Pierre. Ainsi pensent Schmiedel, art. Gospels; "SV. SoLTAU, insère £i-angelien.

Mais la plupart des critiques, à l'heure actuelle, proclament l'indépendance complète de saint Luc par rapport à saint Matthieu. Rexan, Les Evangiles ; B. Weiss, op. cit. ; iuEi.iCïiER, Junleit. ; Wernle, Die synopt. Frage; vox Sodex, L'rclu-istl. Literat.; Loisy, Les Evang. srn. . Camerlyxck et Coppieters, Synopsis ; etc.

61. 2" Le recueil de Logia, qui, a\'ec Marc, a servi de source à Matthieu et à Luc, donne lieu à plusieurs questions.

A) Quel était au juste son contenu? — La plupart des partisans de la théorie des deux sources regardent le recueil de Logia comme ayant été essentiellement une collection de discours, introduits seulement par de courtes notices historiques.

Cependant quelques-uns estiment que le recueil a pu contenir de véritables récits, mêlés aux discours. H. J. Holtzmanx, Liinleitung, 2' éd., p. 35o.B. Weiss, op. cit., va plus loin. D'après lui, ce document primitif aurait contenu, outre les discours, un assez bon nombre de récits, et déjà comme une esquisse du ministère public de Jésus. — Rexax, Vie de Jésus, et Evangiles, y voyait même un véritable Evangile, ressemblant beaucoup à notre Evangile grec de saint Matthieu, sans lui être pourtant identique.

B) Sous quelle forme le document a-t-il été connu respectivement de Matthieu et de Luc? — D'après quelques critiques, Matthieu, et peut-être même Luc, auraient connu et exploité le recueil de Logia en araméen. — Le plus grand noml»re pensent que les deux évangélistes ont traAaillé sur ce document primitif déjà traduit en grec, et que même ils ont dû le posséder en des recensions dilKérentes, ce qui expliquerait en partie leurs divergences dans la manière de présenter les éléments cpi'ils lui ont empruntés. Tel est l'avis de Ueuss,A\'erxle, Jueliciier, vqnSode.n,

SOLTAU, LOISY.

C) Ce recueil de L.ogia était-il un écrit original, ou bien avait-il lui-même des sources? — Prcscpie tous les i)artisans de la théorie des deux sources ont jusqu'ici envisage le recueil de Logia comme un document original, primili\ ement rédigé en liél)reu, ou plutôt en araméen, et bientôt traduit en grec. Ainsi,

ReNAX, ReISS, II. J. IIoi.TZMANN, HaRX.A.CK, JuELICHEH, VON SODE.N, W'klLHAUSEX.

Exception est faite à présent par MM. Scumiedix et LoiSY, d'après lesquels le recueil de Logia, utilisé par nos Sjnoptiques, serait probablement dérivé

d'un document plus ancien, peut-être araméen, moyennant des combinaisons rédactionnelles intermédiaires, dont la série est d'ailleurs impossible à reconstituer. Schmiedel, art. Gospels, dans l'Z/Jc^c/. biblica, t. 11, col. 1862-1869; LoisY', Les Evang. syn., t. 1, p. i42-ii^3. Cf. Strauss, Nouvelle vie de Jésus, t. 1, p. 60, 149-1Ô2.

6S. 3" Xotre Evangile actuel de Marc, qui a servi de source à Matthieu et à Luc, est-il lui-même un document de première main, ou dépend-il de sources écrites ? — Les critiques, nous l'avons vu, semblent présentement s'accorder à reconnaître que notre Marc actuel ne vient pas d'un proto-Marc, c'est-à-dire d'un Evangile proprement dit, de contenu assez semblable, quoique non identique, à notre Marc canonique, et dont celui-ci serait un simple remaniement. Ils ont néanmoins continué de se demander si notre Evangile actuel de Marc était une œuvre pleinement homogène.

Jusqu'ici, la plupart ont admis l'unité et l'originalité de cet Evangile, exception faite pour le discours escliatologique du chap. xiii, qui serait une petite apocalypse, répandue d'abord dans la communauté chrétienne et utilisée plus tard par notre évangéliste. Telle est l'opinion de Re.nax, H. J. Holtzmann, Har-

XACK, JUELICHER, ^^'ER^•LE, SoLT.\.U.

D'après quelques critiques, l'auteur de Marc aiu-ait connu le recueil de Logia et s'en serait un peu inspiré. Weizsaecker, b. Weiss, O. Holtzmaxn, etc. — D'autres, plus récents, prétendent que Marc ne se serait pas seulement inspiré des Logia, mais qu'il en dépendrait A'éritablement pour une bonne partie de ses matériaux. Ainsi, J. "NVeiss, Uas atteste Evangelium, J9o3; Nicoi^vrdot, Les procédés de rédaction des trois premiers évangélistes, p. 2i5 sq. ; LoisY, Les Evang. srn., t. I, p. 82.

Au sentiment de M. Loisy', ibid., p. 118, le second Evangile aurait eu encore, comme source principale de ses récits, une sorte d histoire abrégée du ministère du Christ, ou de narration évangélique fondamentale, peut-être composée en araméen et à Jérusalem. Ce document narratif n'aurait pas embrassé l'ensemble de la vie publique, ce n'aurait pas été un Evangile abrégé, une sorte de proto-Marc, mais seulement une source partielle pour la composition ultérieure de notre Marc canonique. Il n'aurait pas davantage contenu, avec les récits, un ensemble de discours, coipme B. ^Veiss l'a conjecturé pour le recueil primitif de Logia, mais aurait constitué une source distincte du recueil des discours. En résumé, Marc aurait eu, à l'exemple de Matthieu et de Luc, une double source : l'une narrative, savoir un document historique, pris comme fond de narration ; l'autre, qui lui est commune avec les deux autres Synoptiques, le recueil de Logia. Cf. E. Wexdlino, i'r-.Varkus, 1906; Die Entstehung des Marcus-Evangeliums, 1908.

III. Appréciations et conclusions. — Voici ce que l'on peut dire de \Ans probable sur les hypothèses (jue nous venons d'exposer.

63. 1° — L'hypothèse de la dépendance à l'égard de la tradition ora/c est insullisante à expliquer l'ensemble (lu problême synoptique.

Elle fait sans douté fort bien comprendre que chacun de nos Evangiles ait des parties qui lui sont propres, et elle rend bien compte des divergences qui se constatent dans les parties communes à nos trois documents, soit récits, soit discours : nos évangélistes auraient consigné des traditions dillérentes et des catéchèsesde contenu varié. On peut même penser que là se trouve en effet, la vraie raison d'un grand nombre des particularités propres à nos divers écrits.

Lhypothèse oIVre également une explication assez

ÉVANGILES CANONIQUES

plausible de la ressemblance généi-ale de nos documents, au point de vue du fond : nos Evangiles reproduisent la même partie du luinistère de Jésus en Galilée, souvent les mêmes faits, les mêmes discours, parce que tel était devenu l'objet courant de la catéchèse prêchce dans les Eglises.

Mais, ce que l'on ne comprend pas, dans cette hypothèse, c'est que les trois Synoptiques s'accordent parfois à grouper les faits dans le même ordre et au moyen d'une liaison tout artilicielle. Qu'il suffise de citer en exemple le récit de la décollation de Jean- Baptiste, rattaché à la mention de l'opinion qui avait cours auprès d'Hérode Antipas sur Jean-Baptiste ressuscité, opinon uîanifestée elle-même à l'occasion des miracles opérés par Jésus : Marc, vi, i4 sq. = Matth., xiA-, I sq. Cf. Luc, m, 19-20; ix, 7 sq.

Ce que l'on ne s'explique également pas, c'est que, tandis que nos EAangiles relatent avec des variantes assez notables les paroles du Sauveur qui auraient dû être reproduites avec le plus de fidélité — par exemple, le texte de la prière dominicale, les expressions employées dans l'institution de l'eucharistie — ils s'accordent, au contraire, çà et là, pour rapporter les mêmes détails historiques de peu d'importance, pour mêler à leur narration la même obserAalion d'ordre très secondaire, pour citer l'Ancien Testament d'une façon identique, et cependant différente de l'hébreu et des Septante, parfois pour introduire ou relier entre eux leurs récits par des formules fort semblables. Exemples : Marc, i, 3 ^ Matih., m, 3 = Luc, m, 4; Marc, 1, iG = Matth., iv, 18; 3Larc, I, 21 =: Matth., IV, 3i ; Marc, i, 32 =^Matth., viii, 16 :=Luc, IV, 4o; Marc, ix, 36 =^ Matth., xviii, 2-3 := L.itc, IX, 47-48; Marc, xiv, 43 = Matth., xxvi, 4; = Luc, XXII, 47.

Ces particularités, et d'autres encore, ne semblent pouvoir s'expliquer quepar une dépendanceà l'égard de textes écrits: des Evangiles plus récents à l'égard des Evangiles antérieurs, ou des trois à l'égard de documents primitifs.

64. 2° — L'hypothèse de l'utilisation mutuelle de nos Evangiles ne fournit pas, non plus, une explication adéquate du problème.

Elle ne rend pas compte des divergences nombreuses et importantes qui se constatent entre nos documents, soit au point de vue du contenu général, soit au point de vue de l'ordre des récits et des discours, soit au point de vue des détails et des formules rédactionnelles. Si nos évangélistcs s'étaient servis du travail les uns des autres, on devrait le reconnaître d'une manière bien autrement sensible, à la comparaison de leurs écrits.

En particulier, il est difficile de croire que saint Matthieu et saint Luc se soient connus l'un l'autre: comprendrait-on le peu d'accord qu'offrent leurs récits de l'enfance de Jésus, l'absence chez l'un de discours ou de paraboles rencontrés chez l'autre, alors que tous deux attachent manifestement tant de prix aux enseignements du Seigneur, enfin la différence complète de Tordre dans lequel ils reproduisent ceux qu'ils ont en commun et de la liaison qu'ils leur donnent avec les événements de la vie de Jésus ?

11 est également improbable que saint Marc ait connu l'un ou l'autre des deux autres Synoptiques: on ne s'expliquerait pas qu'il en ait négligé les plus touchantes paraboles; il n'a pas voulu, en effet, se borner systématiquement au récit de l'histoire, puisqu'on n'est pas sans trouver chez lui des paraboles et des discours. Saint Marc n'a d'ailleurs rien d'un abréviatcur, même en ce qui regarde les récits : sa narration est souvent plus développée et plus circonstanciée que celle des deux autres.

Enfin, que saint Marc ait servi de source à saint

Matthieu et à saint Luc, c'est une supposition qui l)eut valoir seulement pour la partie narrative de ces deux derniers évangélistcs; aussi est-elle généralement combinée avec l'hypothèse d'une deuxième source, le recueil "de Logia. Même restreinte à la partie narrative, elle ne laisse pas de présenter de sérieuses difficultés, comme nous le verrons en parlant de l'hypothèse mixte,

65. 3° — L'hypothi'se documentaire, nécessaire après l'élimination des deux précédentes, satisfait difficilement au problème, si l'on se maintient à la supposition d'un seul document ou Evangile primitif, qui aurait contenu la matière de nos trois Synoptiques et aurait été exploité successivement par chacun d'eux. — Pourquoi saint Marc en aurait-il éliminé les discours? Pourquoi la partie narrative de ce second Evangile serait elle souvent i>lus déAcloppée que chez les deux autres ? Pourquoi les discoiu's apparaîtraient-ils sous une forme si divergente et dans un ordre si différent, en saint Mattliieu et en saint Luc?

66. 4° — ^(i supposition d'une multitude de petits documents écrits, qui auraient servi de sources à nos écrivains, explique très bien les divergences de nos Evangiles. Dans cette hy])othèse, combinée avec celle de la tradition orale, doit se trouver, en particulier, l'explication de ce que chacun d'eux a de propre, en fait de récits, de sentences ou de discours. Mais cette hypothèse, prise isolément, rend malaisé de comprendre l'accord remai'quable que les Synoptiques montrent, sous leurs divergences, dans leur plan général, le choix des matériaux, l'ordre dans lequel ils sont présentés, parfois la façon très spéciale dont ils sont groupés.

67. 5° — LJexplication qui paraît répondre le plus complètement aux données du problème est celle qui, tout en faisant une part assez large à l'influence de la tradition orale, ou des souvenirs personnels, et à celle des sources écrites particulières, rattache l'ensemble de la matière narrative des Synoptiques à un premier document écrit, et l'ensemble de leur matière discursive, surtout celle de saint Matthieu et de saint Luc, à un deuxième document.

A cette explication revient l'hypothèse mixte, qui, combinant la théorie de l'utilisation avec la théorie documentaire, présente Matthieu et Luc comme utilisant Marc et dépendant en même temps d'un recueil antérieur de Logia. Sous cette forme, nous l'avons vu, l'hjpothèse est soutenue aujourd'hui par le plus grand nombre des critiques. Elle est, de ce chef, une hypothèse des plus autorisées : l'on doit en tenir compte dans la controverse actuelle au sujet de l'origine de nos Evangiles.

68. Est-ce à dire que ce soit une hypothèse pleinement prouvée et que l'on doive considérer comme définitive ? Il est permis d'en douter.

En elTet, on ne trouve d'abord nulle part, entre saint Marc et les deux autres Synoptiques, une identité absolue. Or, si son texte avait été utilisé par eux, l'un ou l'autre, semble-t-il, devrait contenir des récits entièrement pareils, des phrases littéralement semblables. On prétend que Mattliieu et Luc ont retouché le style de Marc : il serait bien surprenant qu'ils l'eussent retouché d'une façon si complète.

Il y a d'ailleurs des péricopes de Marc qui sont omises, soit par Matthieu (Marc, i, 21-28; xii, 4i-44)> soit par Luc {Marc, vi, 45-46 ; vu, 24-viii, 21 ; x, 1-12, 35-45; XII, 28-34; xiv, S-g), soit par les deux (Marc, 111,20-21 ; IV, 26-29; "^"' 31-37; VIII, 22-26; XIII, 34-37; XIV, 5i-52). Or, dans l'ensemble, on ne voit jias de motif à ces omissions ; on se les explique malaisément de la part de nos deux évangclistes. s'ils prennent comme fond de leur ouvrage l'Evangile de Marc.

ÉVANGILES CANONIQUES

D'autre part, dans les morceaux où les trois Synoptiques marchent de front, on remarque parfois des divergences dans les expressions, les détails, ou le groupement des sentences reproduites, qui paraissent peu conciliables avec l'hypothèse d'une utilisation de l'un par les deux autres. Cf. Marc, xiii. 9-1 3 = Matth., XXIV, 9-1 4 = J.iic, XXI, 12-19. — Ailleurs, Matthieu et Luc s'accordent pour donner un texte plus court, et sans qvi'on voie encore de motif à leur abréviation commune, comme s'ils dépendaient d'une autre source que notre second Evangile. Marc, ix, i3-28 = Mattli., xvii, i4-20 = Luc, ix, 87-44^. Cf. Marc, XIV, 3o, 72 = Matih., xxvi, 34, ^5 = Luc, xxii, 3/J, 61 ; Marc, xvi, '^^Matth., xxviii, 7 = Luc, xxiv, 7. — D'autres fois, le texte de Marc, notablement plus court que celui des deux autres Synoptiques, ou bien, avec celui de Luc, notablement plus court que celui de Matthieu, a tout l'air d'un abrégé par rapport à un document antérieur plus développé. Marc, i, i2-i3 :=:^ Matth., IV, i-ii 3:1 Luc, iv, i-i3; Marc, xii, 38-4o = Luc, XX, 4^-47 = Matth., xxiii, 1-89. Cf. Marc, xii, 35-37 = ^"f> ^^' ^i-^li = Matth., xxii, 4 1-46; Marc^ xiii, 82-37 ;= Luc, xxi, 34-36 =z Matth., XXIV, 36-5 1. En particulier, Marc, m, 22 (calomnie des scribes sur le pouvoir de Jésus à l'égard des démons) paraît supposer quelque chose comme Matth., XII, 22-24 =^ Luc, XI, i4-i5 (expulsion actuelle d'un démon).

Ces divers phénomènes requièrent, semble-t-il, comme source des Synoptiques, un document plus ancien que Marc, et dont ce second Evangile dépendrait comme les autres. — L'induction est confirmée par ce fait que certains passages communs à Marc et à Matthieu paraissent, malgré leur parallélisme général, indépendants. Si l'on compare, par exemple, Marc, VII, 1-2^ = Matth., xv, 1-20, on constate des transpositions de sentences, et une précision de certains détails en Matthieu, qui se conçoivent mal du premier évangclisle utilisant le second. Comparer également Marc, \iu, ii-i3 avec Matth., xvi, i-4. Dans Matth., xx, 22-28, et xxi, 20, on comprend, au contraire, difficilement l'omission de détails contenus dans les passages parallèles, Marc, x, 88-89, ^^ XI, 21.

69. 6° Des observations antérieures il semble donc résulter, que Matthieu et Luc, non seulement n'exi)loitent pas Marc dans la mesure et de la manière que l'on attendrait, s'ils le prenaient comme fond narratif de leur Evangile, mais encore qu'ils dépendent, pour les récits, d'un document différent de Marc, tout en lui étant analogue, et que Marc luimême dépend de sources écrites antérieures. Dans ces conditions, les rapports constatés entre nos trois Synoptiques pourraient s'exvliquer par leur dépendance, non plus à l'égard de Marc et des I.ogia simplement, mais à l'égard de sources narratives et de recueils de discours, antérieurs au second Evangile lui-même. Cf. SpiTTA, Streitfragen zur Geschichte Jesu, 1907.

Il ne serait aucunement surprenant que la rédaction de nos Evangiles canoniques ait été ainsi précédée et préparée par une série de travaux plus ou moins complets, tendant plus ou moins parfaitement à la forme d'Evangiles. Cela s'accorde exactement avec le témoignage que saint Luc place en tête de son livre, Luc, i, i.

Les apôtres, en effet, commencèrent par prêcher oralement l'Evangile; mais on ne dut pas tarder à mettre celte prédication par écrit : à mesure que l'on avançait, il devenait plus précieux de ne i)as laisser perdre le souvenir précis et fidèle des témoins. Bien plus, sitôt que l'Eglise franchit les bornes de la Palestine, quand de simples convertis, parfois des étrangers, furent établis missionnaires de la bonne

nouvelle, il devint pour ainsi dire nécessaire de consigner pour leur usage l'essentiel des souvenirs gai-dés par les disciples de Jésus : d'abord les principaux discours, les éisisodes les plus instructifs; puis, à mesure que l'on s'intéressait davantage à la vie terrestre du Sauveur, une esquisse des principaux faits de sa vie, un tracé plus complet de l'ensemble de sa carrière, tel qu'on avait coutume de le présenter dans la catéchèse publique aux iidèles, sans compter les récits spéciaux relatifs à son enfance. Ainsi ont pu se constituer, en particulier, un document nai-ratif résumant, à l'usage des missionnaires chrétiens, la vie publique du Sauveur d'après la catéchèse des apôtres et tout spécialement de saint Pierre (n" 86); d'autre part, un recueil de ses discours jugés les plus utiles à l'instruction des fidèles. Inutile de dire qu'à une époque où l'on pouvait encore si facilement consulter les témoins, les mêmes documents ont dû. rapidement se diversifier dans le détail, se compléter et se répandre en des recensions différentes.

Nos trois Synoptiques ont fort bien pu être basés sur un ou plusieurs de ces documents primitifs, ou Evangiles partiels, qu'ils auront diversement traités, abrégés ou développés, suivant leur point de vue personnel, leur but propre, et aussi leurs sources d'information spéciales sur les points particuliers.

Ce doit être la tâche de la critique de chercher à déterminer avec plus de précision la nature et le nombre des travaux antérieurs, supposés par nos Evangiles canoniques. Mais y parviendra-t-elle jamais?

70. A consulter. — L. C. Filliox, Lntroduction générale aux Evangiles, 1889; Th. Calmes, Comment se sont formés les Evangiles ? 1899; E. Jacquier, Histoire des livres du A\ T., t. Il, 4' éd., 1906; Camerlynck et Coppieters, Evangeliorum secundum Matthaeum, Marcum et Lucam Synopsis, 190S,

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