III. TÉMOIGXAGES DE LA FIN DU I^r SIÈCLE
L'Apocalypse. — Indépendamment du témoignage de saint Justin, l'Apocalypse (de l'an 96, au plus tard) semble, par ses seules données, attester le séjour de saint Jean en Asie Mineure. Elle se donne, avons-nous dit, pour l'œuvre d'un chrétien, nommé Jean, lequel apparaît manifestement comme un Asiate. Or, ce Jean d'Asie Mineure, auteur avoué de l'Apocalypse, ne peut être vraisemblablement que l'apôtre. Il se suppose bien connu de ses lecteurs, à qui il se désigne simplement par son nom de Jean ; il sait à merveille les secrets des Eglises d'Asie ; il leur parle avec une autorité absolue, à la façon d'un chef éminent et incontesté. Il s'agit évidemment du fameux Jean d'Ephèse; et la manière simple dont il se désigne, comme l'autorité exceptionnelle qu'il s'attribue, s'accorde bien avec toute la tradition subséquente qui identifie ce Jean d'Ephèse à l'apôtre saint Jean.
157. Le chapitre xxi de l'Evangile. — C'est un témoignage plus précis et décisif que nous ofi're enfin le dernier chapitre du quatrième Evangile. — L'auteur de ce chapitre, nous l'avons vu (n^ 145), présente à ses lecteurs asiates le personnage bien connu, regardé comme le dernier survivant de l'âge apostolique, qui est le fameux Jean d'Ephèse, et il l'identifie expressément avec le disciple, c'est-à-dire l'apôtre, qui a reposé, à la dernière Gène, sur la poitrine de Jésus. Qu'est-ce à dire ? Sinon que l'auteur de ce chapitre identifie Jean d'Ephèse à Jean l'apôtre, et par conséquent admet le séjour de l'apôtre Jean à Ephèse.
Dans l'hypothèse même où ce chapitre aurait été ajouté à l'Evangile, au moment de sa publication, c'est donc dès la fin du 1" siècle, et en Asie Mineure, que nous trouvons attesté le séjour de saint Jean en cette contrée. Or, il est impossible de soupçonner avec M. Loisy, Le qiiatr. Evang,, p. 182, un faux commis par les éditeurs, dans l'intention de donner crédit à leur livre. Comprendrait-on qu'à Ephèse même, immédiatement après la mort du personnage bien connu de cette ville, sinon auparavant, on ait eu l'audace de le faire passer pour l'apôtre Jean, alors que tout le monde aurait bien su qu'il ne l'était pas? Et comprendrait-on que, dans ce milieu, à cette
époque, la fraude grossière eîit si bien réussi que toute la tradition asiate en aurait subil'influence, sans que l'on trouvât trace de la moindre contradiction? La chose est simplement incroyable.
158. Conclusion. — En résumé, le séjour de saint Jean à Ephèse est un fait attesté aussi sérieusement qu'il est possible. L'historien doit l'admettre avec une confiance absolue. Rexan, E Antéchrist, 1878, p. 558 sq. ; Wei/sahcivEr, Das Apostolische Zeitalter der christlichen Kirche,'à' éd., iyo2, p. 477-482; Jueli- CHER, Einleitung in das \. T., 6' éd., igo6, p. 323 sq., 339-340; CoRssEX, W'aruni ist das yierte Ei'angeliiini fur ein Werk des Aposlels Johannes erklàrt worden? dans la Zeitschrift ftir die neiit. IVissenschaft, 1901, p. 207, 21 1 ; Harnack, Chronologie, 1897, t. i, p. G78, n. 3; Drummond, An Inquiry into the Character and Autkorship of the Fourth Gospel, 1903, p. 21 3-235. Cf. Lepin, L'origine du quatrième Es'angile, 1907, p. 73-177.
Or, nous l'avons dit, c'est une garantie de premier ordre en faveur de la tradition qui attribue à Jean l'apôtre notre Evangile d'Asie Mineure.