‹ Dictionnaire apologétique de la foi catholiqueChapitre 195 sur 214 · IV, XXII · texte numérisé non relu

IV, XXII

Syméon à son tour est mort martyr, durant le règne de Trajan, sous Atticus, proconsul de Syrie, à l'âge avancé de cent vingt ans. Ainsi l'atteste Hégésippe, cité par Eusèbe (//. E., III, xxxii, 3, 6).

Le témoignage d'Hégésippe fait foi, car il est entouré des garanties nécessaires de science et de véracité. Peu distant des faits attestés, puisqu'il entreprit son voyage à travers le monde romain dès le milieu du n* siècle, enfant de celte église judéo-chrétienne dont ses écrits révèlent une connaissance si parfaite, il fut certainement le contemporain de bien des gens qui avaient connu Syméon, mort au u* siècle seulement. Dans ces conditions, il a pu s'assurer (|ue Jacques et Syméon furent les deux premiers évèques de Jérusalem.

A la mort de Syméon, le siège épiscopal fut occupé par un certain Justus, de race juive comme ses pré-

décesseurs. Des milliers de circoncis se convertirent au Christ vers cette époque (Eusèbe, ILE.. III.xxxv).

L'historien Eusèbe a consacré un chapitre très intéressant à la liste des évèques judéo-chrétiens de Jérusalem. « Nulle part, écrit-il, je n'ai trouvé conservée par écrit la chronohjgie des évèques de Jérusalem. D'après l'histoire, /syi; /vréy-i, leur vie fut en effet extrêmement courte. Tout ce que j'ai trouvé dans des documents écrits, c'est que, jusqu'à l'extermination des Juifs sous Hadrien, il y eut une série de quinze évèques dans cette ville. Hébreux d'origine, comme on le dit, j-^^iV, tous ont embrassé sincèrement la doctrine du Christ, si bien qu'au jugement des hommes compétents, ils furent trouvés dignes de la fonction épiscopale. Car ils eurent le gouvernement de l'église entière des fidèles de race juive depuis les Apôtres jusqu'à cette guerre dans laquelle les Juifs, se croyant de force à résister, se révoltèrent de nouveau contre les Romains, mais furent complètement écrasés. Comme il n'y eut plus depuis ce moment d'évèques de la circoncision, riiv -y. -scitouv;; knzy.or'MJ. il est nécessaire d'en recenser le catalogue depuis le premier. Le premier donc est Jacques, appelé le frère du Seigneur; son successeur Syméon est le second; le troisième Juste, le quatrième Zachée, le cinquième Tobie, le sixième Benjamin, le septième Jean, le huitième Mathias, le neuvième Philippe, le dixième Sénèque, le onzième Juste, le douzième Lévi, le treizième Ephrès, le quatorzième Joseph, enfin le quinzième Jude. Tels sont les évèques de la ville de Jérusalem depuis les Apôtres jusqu'au temps indiqué : tous appartiennent à la circoncision, i< ttkvtî; ic rsîtrv/v^;. ). (//. E., IV, V.)

La liste épiscopale, avec ces courtes observations qui l'accompagnent, constitue un document de très grande valeur pour l'histoire primitive de l'église de Jérusalem. Ce n'est pas Eusèbe qui l'a dressée d'abord; il l'a trouvée dans un écrit plus ancien, qu'il nomme simplement ï-/-/pv.j.v., sans en indiquer formellement ni la nature ni l'auteur : u '■:/•/ py.-^wj T.'/.y.ur,-.y..

Ce terme désigne habituellement chez lui des livres ou écrits; plusieurs indices font penser qu'Eusèbe ici encore a puisé dans les Mémoires d'Hégésippe.

B. Eglise grecque. — Au lendemain de la destruction de la nation juive par Hadrien en i35, de nouveaux habitants vinrent peupler Jérusalem, et une nouvelle église s'y forma, composée de chrétiens des nations, dont le premier évèque fut Marc (Eusèbe, //. E., IV, VI, 4). Eusèbe reproduit encore la liste des évèques de cette série et en compte quinze depuis Marc jusqu'à Narcisse vers i85 (fh., V, xii).

Cette succession épiscopale, «< rw «>i$t ôty.ô';-/y.t\ Eusèbe l'a de nouveau vraisemblablement empruntée à Hégésippe, car elle finit aussi au pontificat d'Eleuthère et l'historien se plaint de ce qu'à partir de ce moment la durée des épiscopats n'a pas été conservée (Chronique, an 21g';, ou 2201). Du reste les documents ne lui ont pas manqué : outre les Mémoires d'Hégésippe il cite les Chroniques de Jules l'Africain, de Jude, de Cassien, de (dénient d'Alexandrie, toutes rédigées vers l'an 200 (//. E., VI, vi, vu, xiii, xxxi).

Concluons. L'église de Jérusalem, comme celles de Rome, d'Antioche et d'Alexandrie fut gouvernée par un évèque depuis les temps apostoliques.

S IV. — L'épiscopat au ir siècle

I. Gni'iCK. — GoiuNTiiK. — Le document très ancien connu sous le nom de Seconde épilre de Clément aux Corinthiens, et qtii n'est qu'un sermon d'un genre particulier, à savoir une exhortation générale, rappelant les grandes vérités morales, qu'on lisait à CoHiNTiiE.le dimanche, après l'Ecriture Sainte,

EVEQUES

ne fait aucune mention de l'évêque. Et cependant, à deux reprises, l'écrit parle des fonctions pastorales des prêtres, r/;£7/3;/r£/;oi, et de l'obéissance qui leur est due. Coiume il s'agit de considérations générales, on aurait attendu la mention de l'évêque, l'expression la plus haute de cette autorité ecclésiastique, s'il y en avait eu un.

Même remarque au sujet de l'église de Puilippes. Polycarpe, cvèque de Sinyrne, adressa une épître auxlidcles de cette ville en réponse à la leur, après le passage de S. Ignace le martyr, en 107. Il nomme plusieurs fois les prêtres et les diacres, mais non l'évêque. Conçoit-on que, demandant expressément le respect et la soumission à l'égard de l'autorité religieuse, il passe sous silence l'évêque seul, qui en est le chef et la source dans la communauté ? Cette omission serait d autant moins concevable qu'à sa lettre étaient jointes celles de S. Ignace, où la nécessité de l'obéissance à l'évêque est si instamment inculquée.

Encore, quand il donne des conseils sur la conduite à tenir à l'égard du prêtre Valens, qui ne prêchait pas d'exemple, comment n'aurait-il fait aucune allusion à l'évêque son chef responsable?

Pour Philippes, c'est tout. Mais l'histoire de Corinthe nous est mieux connue. Il est certain qu'au milieu du ii' siècle, quand Hégésippe y arriva, sous le pontificat romain d'Anicet (i 55- 166), cette église était goiivernée par un évèque. Il avait nom Phimus (Eus., //. Z,'.. IV, XXII, 2). Nous ignorons si cet écrivain racontait dans ses Mémoires quand et comment le siège épiscopal de Corinthe fut institué. Dans l'extrait conservé, il n'est rien dit d'une succession épiscopale à Corinthe, bien que l'écrivain y parle de la liste romaine.

Bientôt après, sous le pontiticatde Soter (166-175), Denys illustra le siège épiscopal de Corinthe. Eusèbe a consacré une longue notice aux épitres que cet évèque adressa à diverses églises. Ainsi nous furent conservés les noms de plusieurs évêques, ses contemporains {H. E., VI, xxiii).

Son successeur Baccuyllus est connu par la lettre qu'il écrivit à Victor de Rome, au temps de la controverse pascale (//. E., V, xxiii, 3).

Athkxes. — D'après la lettre adressée aux chrétiens d'Athènes par Denys de Corinthe, le premier évèque de leur église fut Dexys l' Aréopagite aux temps apostoliques; l'évêque contemporain se nommait QrADRATUs et son prédécesseur Pcblius, un martyr.

Crète. — Il y avait alors en Crète plus d'un siège épiscopal. Philippe, auteur d'un traité contre Marcion, occupait celui de Gortyne ; Pinytus celui de Cnosse {Denys de Corinthe cité par Eus., //. E., IV, xxi; xxiii, 5, 7, 8; xxv).

II. Tk.moigxages de s. Justin et Hégésippe. — V Apologie I, Lxv-Lxvii, de S. Justin (vers i5o) décrit la célébration de l'Eucharistie le dimanche. Comme ministres, elle requiert le célébrant, qu'il appelle le i( président des frères », et ses serviteurs les diacres, chargés de distribuer la sainte Communion. Au président incombe également la distribution des aumônes. Peut-être le mot /?;esic?en< est-il choisi intentionnellement pour comprendre l'évêque et le prêtre, selon les localités (cf. Ignace, Smyrn., viii, i).

Rappelons que, vers le même temps, Hégésippe rendit visite à un ^/'««rf nombre d' évêques ,TÙîi:s-'Ai iT.i'7/.dT<'A~ (rvu,u.t?ii£»,en cours de route de la Palestine à Rome, et en bien des villes il y avait déjà lieu de parler de séries d^ évêques -.h ky.y.'rrr,oiv.lo/f,{È\i^èhe, /I.E.,lY,-s.xii).

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