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II- la littérature babylonienne sur celle des Hél)reux

I rialement au sujet des traditions primitives?

Selon plusieurs auteurs (J. Goldziher, Fried. De-

' rzscn, etc.), les Israélites ont puisé directement à la

ipce même, à Babylone, au temps de la captivité.

Théorie inadmissible, sous cette forme générale,

jiarce que i. Les traditions en question existaient

ilijà chez les Ib'breux longtemps avant l'exil. — 2. Il

I >t invraisemblable que les .luifs, instruits et prémunis par leurs prophètes, se soient mis, ofnciellemcnt < t pour les vérités religieuses, à l'école des païens

II urs oppresseurs. Ce n'est pas à dire qu'en ce tempslà l'influence de Babylone ait été nulle. On a vu plus haut le contraire à i)ropos des chérubins décrits dans lis visions d'Ezéchiel; et l'on sait que les noms des mois assyro-babyloniens ont été adoptés peu à peu par les Juifs dans le courant du v' siècle av. J.-C.

D'autres critiques (Kuenen, Smend, Budde, préfè-

rent l'époque des Rois, du ix<" au vu' siècle av. J.-C — Israël, il est vrai, était alors en contact avec les Assyriens, siu'tovit depuis l'expédition de Téglathphalasar III en Palestine (784), mais tenu en garde contre l'invasion des idées étrangères par la prédication des prophètes. Ce sont les rois impies, Achaz et Manassé, qui font des emprunts au culte et à la magie des Assyriens (II Reg., xvi, 18, xxi, 8-7).

Avec G. A. Bartox, Gunkel, Zimmern, Driver, O. C. Whitehouse, etc., et parmi les auteurs catholiques, Fr. E. Gigot (/. c.) et le P. V. Zapletal, mieux vaut remonter jusqu'à l'époque des lettres d'El- Amarna (vers i4oo av. J.-C). Ces documents d'importance hors ligne prouvent que le pays de Canaan était alors sous l'influence de Babylone. Des poèmes comme celui du mythe d'Adapa (v. supra) y étaient connus, et servaient même, semble-t-il, d'exercices de lecture. Quelque chose a pu passer, par inflltration ou par emprunt, chez les Hébi'eux (cf. V. Zapletal, O. P., Der Schôpfungsbericht, p. 90-98; A. R. GoRDO.v, The earlv Traditions of Genesis, p. 62-76).

Enfin — c'est l'opinion de Franz Delitzsch, de HoMMEL, etc. — Abraham a pu transmettre à ses descendants quelques-unes des traditions qui avaient cours en Chaldée, son pays d'origine. Cette explication, fort plausible pour ce qui concerne certains faits primitifs tout à fait importants, se concilie très bien avec l'hypothèse précédente.

Ces données fondamentales ainsi transmises, et sans doute obscurcies ou déformées au cours des âges, ont pu, à diverses époques, être complétées et corrigées par des révélations particulières.

La Tour de Babel. — Sur ce sujet on n'a rien trouvé Jusqu'ici dans les inscriptions cunéiformes. Une relation Ijabylonienne, parallèle à celle de la Bible, nous est parvenue dans des textes de basse époque et d'origine peu sûre : un passage d'Abydène (u'= ou in« siècle après J.-C.) conservé par Eusèbe {Préparation é\'angélique, ix, i/|. Migne, P. G., t. XXI, col. 701 -704 ; et Chronique, i, 8, trad. armén. publiée en 1818 par Ang. Mai, P. G. XIX, col. 128; et Fragm. Hist. graec, éd. Didot, t. IV, p. 282). De plus, un passage d' Alexandre Polyhistor citant la Sibylle et cité lui-même par le Syncelle (Didot, Fragm. Hist. graec, i.ll, p. 602); l'intervention de laSibylle, et la ressemblance frappante avec le récit biblique rendent ce témoignage suspect.

Les anciens A'oyageurs cpii ont visité les plaines de la Babylonie, à la vue des ruines les plus imposantes par leur masse, ont pensé tout naturellement à la Tour de Babel. Elored, en i583, l'identifiait avec les ruines de 'Aqarqouf aune quinzaine de kilomètres à l'ouest de Bagdad. Sir Robert Ker Porter, en 1817-1820, se croyait sûr d'en avoir retrouvé les restes dans les gigantesques pans de murs de Birs Nimroud, à Borsippa; les traces d'un violent incendie qui détruisit l'édifice lui semblaient attester la vengeance divine. Oppert et Sayce furent du même avis (cf. ViGorROL'x. ^/>.l/<'. 1. 1, p. 870-401). — Mais, 1. Borsipjia est à douze kilomètres au sud-ouest de Babylone (Babel); — et surtout 2. les briques vitrifiées par le feu portent le nom de Nabuchodonosor. Dans une inscription Nabuchodonosor se vante d'avoir fait réparer et achever ce monument, qu'un de ses prédécesseurs avaient laissé inachevé. La ])artie importante du texte était traduite ainsi par Oppert, il y a environ cinquante ans : « Nous disons pour l'autre, qui est cet édifice-ci : Le temple des sept lumières de la terre, et auquel se rattache le plus ancien souvenir de Borsippa, fut bâti par un roi antique (on compte de là quarante-deux vies

BABYLONE ET LA BIBLE

humaines), mais il n'en éleva pas le faîte. Les hommes l'avaient abandonné depuis les jom-s du déluge, en désordre proférant leurs paroles. Le tremblement de terre et le tonnerre avaient ébranlé la brique crue... » (dté par Vigouroux, /. c, p. 38i-382). Il y a là de nombreuses erreurs de lecture ou d'interprétation. Dans la collection Schrader, Â'^, III, 2 (1890), p. 53, ce passage est rendu exactement : « Alors Èuriminanki (nom propre de la tour), la tour à étages de lîorsippa, qu'un roi antérieui' avait bâtie et élevée à une hauteur de 4^ coudées, sans en ériger le faîte, était tombée en ruines depuis de longs jours; le conduit des eaux était en mauvais état ; les pluies et les averses avaient démoli les murs ; les briques du revêtement avaient éclaté... » La durée de « qualante-deux vies humaines », les « jours du déluge », la confusion des langues, tout ce qui rappelait la Tour de Babel a disparu de la traduction correcte. — Les témoignages du Talmud auxquels on fait appel, toujours en faveur de Borsippa, ne méritent aucune confiance. Il ne reste donc pas une seule raison vraiment scientifique d'identifier les ruines de Birs Nimroud avec la Tour de Babel (cf. E. Pannier, art. Dabel (Tour de) dans le Dict. de la Bible ; Hilprecht, Explorations in Bible Lands, p. i4> 10, 46, 4/; i85).

Chronologie. — Depuis longtemps les historiens et les exégètes ont senti les difficultés de la chronologie biblique. S. Jérôme en parle d'un ton de découragement : '< Relege omnes et Veteris et iYot'i Testamenti libros, et tantam annorum reperies dissonaniiam, et niuneriim inter Judam et Israël, id est inter regnum iitrumque, confusum, ut hiijusceinodi haerere fjuaestionibus non tain studiosi quam otiosi hominis esse videatur » (Ep. 72, ad Vitalein, P. L., XXII, 676). Les indications chronologiques fournies par la Bible sont assez nombreuses; malheureusement, sur plusieurs points, elles sont inconciliables, contradictoires. Ainsi, entre la i""*^ année de Jéhu et la 9« année d'Osée, roi d'Israël, la durée totale des règnes pour le royaume d'Israël est de i47 ans et 7 mois; en additionnant les nombres d'années de chaque règne, entre ces deux mêmes termes, pour le royaume de Juda, on obtient la somme de i65 ans. Les diverses données qui concernent le même royaume, celui de Juda, par exemple, ne concordent pas non plus : ainsi, de II Reg. XVI, 2; xviu, 1, 2, 9, 10, 1 3, on peut conclure à trois dates différentes pour l'avènement d'Ezéchias. Quelle que soit la cause de ces divergences, qu'elles A iennent de la négligence des copistes parfois, ou, au contraire, du soin des auteurs à reproduire exactement, sur ce point, la teneur de plusieurs soiu'ces indépendantes, toujours est-il que ces chiffres peu sûrs ne permettent pas des supputations fermes. Aussi, avec tous les critiques, les écrivains catholiques les plus conservateurs (Vigouroux, J. Brucker, Pelt, Maxgexot, etc.) ont accordé la préférence, en matière de chronologie, aux données assyriologiques. Parmi les documents assyro-babyloniens les plus importants il faut mentionner le Canon des Eponymes et le Canon de Ptolémée.

Le Canon des Eponymes donne la série des règnes assyriens avec la séi-ie des années de chaque règne. Les années sont marquées une à une, toutes à la suite, par le nom d'un haut personnage de l'empire. Ordinairement le nom du roi est inscrit pour la deuxième année qui suit son avènement. Les années suivantes portent chacune le nom d'un grand fonctionnaire, intendant, général en chef, etc. Chaque année ainsi désignée s'appelle lima (ou limmu) éponymat (à tort les historiens, Maspero, etc., traduisent généralement ce mot par éponyme) ; et le nom de l'éponyme sert à dater les documents; tels les

archontes à Athènes, les consuls à Rome, les suffètes à Cartilage. Les fragments de ces listes trouvés jusqu'à ce jour donnent la suite continue des années de 893 à 666 av. J.-C. et, de plus, quelques noms épars pour la période précédente et la suivante. Il est clair que si l'on peut dater par rapport à l'ère chrétienne une année quelconque de ces listes, on obtiendra du même coup la date de toute la série des règnes assyriens qui y sont contenus. Or, justement, une liste mentionne pour la dixième année du règne d'Assourdan, sous l'éponymat de Pur Sagali, une éclipse de soleil qui eut lieu au mois de Sivan (z=z à peu près juin). Tous les savants sont aujourd'hui d'accord à reconnaître que celte éclipse est celle du i5 juin ^63 avant Jésus-Christ.

Le Canon de Ptolémée (ainsi appelé parce que Ptolémée, célèbre astronome et géographe grec du 11" siècle après J.-C, l'a inséré dans son grand ouvrage astronomique) est une liste, écrite en grec, des rois de Babylone et de Perse depuis Nabonassar jusqu'à Alexandre le Grand, des Ptolémées d'Egypte et des empereurs romains jusqu'à Antonin le Pieux. A côté du nom de chaque roi se trouve le nombre des années de son règne ; puis, pour chaque règne, il est fait mention des écbpses observées par les astronomes de Babylone et d'Alexandrie.

Ces documents, contrôlés et complétés par d'autres inscriptions cunéiformes (Anjiales des rois, contrats. — tels les contrats des derniers rois de Babylone édités par le savant J. N. Strassmaier, S. J. — etc.). ont permis de dater exactement les campagnes des rois d'Assyrie depuis le ix' siècle jusque vers le milieu du vii^ siècle, et, par suite, plusieurs événements importants de l'histoire dTsraël. Voici quelques dates certaines qui peuvent servir de jalons :

854. Bataille de Qarqar. Achab, roi d'Israël, y était (Monolithe de Salmanasar II, col. II, 1. 91-92, KL.

842. Tribut payé par Jéhu, roi d'Israël, à Saliniinasar II (Obélisque noir de Salmanasar II, légende explicative d'un des bas-reliefs, KB, t. I, p. i5o-i5i). De plus, d'après un estampage qui se trouve au British Muséum, nous savons que Jéhu paya ce tribut pendant l'expédition de Salmanasar II contre Hazaël de Damas. Or cette expédition contre Hazaël eut lieu la dix-huitième année du règne de Salmanasar II, c'est-à-dire en 842 (Obélisque noir, 1. 97, 98, KJi.

734-732. Expéditions de Téglathphalasar III contnles Philistins et contre Damas (Canon B des Eponj mes).

722/21. Prise de Samarie (Annales de Sargon).

701. Sennachérib bloque Jérusalem et reçoit un tribut d'Ezéchias (Prisme de Taylor, col. III, 1. ii-4i.

6o5. Bataille de Gargamià ; avènement de Xabucho-

donosor.

587. Prise de Jérusalem, la 19' année de Nabuchodonosor, d'après II Reg. xxv, 8, la 18' d'après Jér. LU, 29.

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